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10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 12:44

La START UP « EN MARCHE » réusssit son OPA sur l’entreprise en difficulté « FRENCH REPUBLIC INC. »

Le 7 Avril une fraction minoritaire des 46 millions de détenteurs d’actions de FRENCH REPUBLIC INC. a accepté l’offre de rachat par la START UP « EN MARCHE ».

EN MARCHE, très faiblement capitalisée par son fondateur, a réussi son opération grâce à une LBO (achat à effet de levier) en s’endettant lourdement auprès des BIG FRENCH FORBES LEADERS (classement des principaux milliardaires français publié par FORBES) : ARNAULT, DRAHI ,NIEL, BERGE …

Les créanciers sont donc les maitres de la situation.

Le CAC 39 ouvre à la hausse

08.05.2017

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30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 22:20

Coup d’état militaire à Abidjan

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Le 11 Avril 2011 la république française organise un coup d’Etat militaire en Côte d’Ivoire. L’armée française obéissant à son chef : Nicolas Sarkozy, renverse le Président ivoirien régulièrement élu et régulièrement proclamé par le Conseil Constitutionnel ivoirien en décembre 2010: Laurent Gbagbo. L’armée française bombarde le palais présidentiel, s’empare du président élu et le remplace par «son » candidat, le battu : Alassane Dramane Ouattara.

Ce retour aux pires heures et aux pires méthodes de la France coloniale nous a amené à étudier le parcours politique de Laurent Gbagbo.

Il nait dans une Cote d’Ivoire, formellement indépendante depuis 1960 et qui sera dirigée pendant 33 ans et jusqu’à sa mort par un homme fort : Félix Houphouët-Boigny, figure majeure des dirigeants néocoloniaux de l’ex empire français choisis par la France et chargés de maintenir l’ordre néocolonial.

Laurent Gbagbo fait des études d’histoire à Abidjan et entame une carrière de professeur d’histoire puis de chercheur en histoire. Cela le conduit inévitablement à faire son métier et il se penche en historien sur la genèse du néocolonialisme qu’il voit triomphant sous ses yeux.

Sa recherche débouche sur un livre publié en 1978 intitulé « Réflexions sur la Conférence de Brazzaville ». Sa publication étant politiquement impossible dans la Côte d’Ivoire d’Houphouët , il doit s’en remettre à un éditeur camerounais : les éditions CLE.

Cet ouvrage n’ayant pas été réédité, COMAGUER se met en quête et par bonheur va mettre la main sur un vieil exemplaire. Une véritable trouvaille.

La Conférence, tenue en Février 1944 à Brazzaville, dévoile la future politique que la France de De Gaulle qui n’est ce jour là, alors que la France n’est pas libérée, que le chef de la « France Libre » et en fait que le chef des COLONIES LIBRES de la FRANCE PAS LIBRE, entend appliquer quand il parviendra au pouvoir et prendra place, non sans difficultés, dans le camp des vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale.

En analysant les discours tenus par le chef de la France LIBRE et par les gouverneurs des colonies africaines progressivement ralliés à sa cause de Juin 40 à Février 44 qui sont réunis à Brazzaville, et en revenant sur les deux conférences coloniales qui ont précédé celle de Brazzaville, l’une en 1917, l’autre en 1934, Laurent Gbagbo met en lumière le fait que la bourgeoisie française sait , hier comme aujourd’hui, que sans les colonies la France n’est pas une grande puissance et qu’elle doit donc tout faire pour les conserver. Mais en 1944 elle comprend que le rôle décisif des colonies en particulier celles d’Afrique subsaharienne dans la reconquête du territoire national doit être pris en compte en réaménageant les rapports entre la maison mère et ses filiales sans remettre en cause en aucune manière les rapports de subordination existants.

Ce plan qui n’échouera qu’en Indochine et en Algérie pour cause de guerre de libération victorieuse sera soigneusement mis en œuvre dans les colonies africaines regroupées dans l’AEF et l’AOF. Seul s’y opposera par les urnes la Guinée de Sékou Touré qui subira en retour de très sévères punitions du colonisateur.

Né et ayant grandi dans la Côte d’Ivoire néocolonisée d’Houphouët, Laurent Gbagbo vérifie donc l’existence et la mise en œuvre persistante du plan de néocolonisation. Il va dés lors se consacrer à s’y opposer.

La lecture de son livre est une révélation pour le colonisateur qui en tire une conclusion évidente et définitive : « Cet homme est dangereux ! » et qui fera tout son possible pour faire échouer son programme d’indépendance réelle.

Malgré ce, Laurent Gbagbo réussit par un travail politique prolongé et en créant un parti de masse démocratique non tribal : le Front Populaire Ivoirien, à arriver au pouvoir, à la régulière, par la voie électorale en 2000.

La France coloniale qui n’a jamais accepté cette victoire mettra dix ans pour le chasser du pouvoir et devra pour y parvenir se résoudre, en dernière instance, au coup d’état militaire. Les péripéties de ces dix années ont été relatées dans divers ouvrages bien documentés mais constamment oblitérés par une puissante propagande coloniale qui tente de masquer l’énormité du fait que la république française organise et finance, à partir de 2002, autour de son poulain Ouattara, une sécession armée violente de la partie nord du territoire de la république de Côte d’Ivoire qui restera active au cœur même de la campagne électorale de 2010.

Aujourd’hui Laurent Gbagbo est en prison à la Cour Pénale Internationale dont il est clair que l’unique mission est de le garder aussi longtemps que possible - Laurent Gbagbo a 71 ans - tant elle est consciente du fait que son procès ne peut aboutir qu’à un non-lieu.

Pour participer à la campagne pour la libération de Laurent Gbagbo nous avons décidé de diffuser la photocopie de ce livre introuvable que vous trouverez en annexe.

Le cas de la Côte d’Ivoire et l’existence de dirigeants africains agents objectifs et conscients du néocolonialisme que ce soit Houphouët, Campaoré, Ouattara, Eyadema et fils et nombre d’autres illustre les pages lumineuses de lucidité écrites en 1961 quelques mois avant sa mort par Frantz Fanon dans le troisième chapitre des DAMNES DE LA TERRE dont suivent quelques extraits significatifs.

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Les damnés de la terre

Page 69 Edition la découverte juin 2010

Le peuple colonisé n’est pas seul. En dépit des efforts du colonialisme, ses frontières demeurent perméables aux nouvelles, aux échos. Il découvre que la violence est atmosphérique, qu’elle éclate çà et là, et çà et là emporte le régime colonial. Cette violence qui réussit a un rôle non seulement informateur mais opératoire pour le colonisé. La grande victoire du peuple vietnamien à Dien-Bien-Phu n’est plus, à strictement parler, une victoire vietnamienne. À partir de juillet 1954, le problème que se sont posé les peuples coloniaux a été le suivant : « Que faut-il faire pour réaliser un Dien-Bien-Phu ? Comment s’y prendre ? » De la possibilité de ce Dien-Bien-Phu, aucun colonisé ne pouvait plus douter. Ce qui faisait le problème, c’était l’aménagement des forces, leur organisation, leur date d’entrée en action. Cette violence ambiante ne modifie pas les seuls colonisés mais également les colonialistes qui prennent conscience de Dien-Bien-Phu multiples. C’est pourquoi une véritable panique ordonnée va s’emparer des gouvernements colonialistes. Leur propos est de prendre les devants, de tourner à droite le mouvement de libération, de désarmer le peuple : vite, décolonisons. Décolonisons le Congo avant qu’il ne se transforme en Algérie. Votons la loi-cadre pour l’Afrique, créons la Communauté, rénovons cette Communauté mais, je vous en conjure, décolonisons, décolonisons... On décolonise à une telle allure qu’on impose l’indépendance à Houphouët-Boigny (1). À la stratégie du Dien-Bien-Phu, définie par le colonisé, le colonialiste répond par la stratégie de l’encadrement… dans le respect de la souveraineté des États.

  1. Souligné par Comaguer

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IN Chapitre 3 : Les mésaventures de la conscience coloniale

La faiblesse classique quasi congénitale de la conscience nationale des pays sous-développés n’est pas seulement la conséquence de la mutilation de l’homme colonisé par le régime colonial. Elle est aussi le résultat de la paresse de la bourgeoisie nationale, de son indigence, de la formation profondément cosmopolite de son esprit.

La bourgeoisie nationale qui prend le pouvoir à la fin du régime colonial est une bourgeoisie sous-développée. Sa puissance économique presque nulle, et en tout cas, sans commune mesure avec la bourgeoisie métropolitaine à laquelle elle entend se substituer. Dans son narcissisme volontariste, la bourgeoisie nationale c’est facilement convaincue qu’elle peut facilement remplacer la bourgeoisie métropolitaine. Mais l’indépendance qui la met littéralement au pied du mur va déclencher chez elle des réactions catastrophiques et l’obliger à lancer des appels angoissés en direction de l’ancienne métropole. Les cadres universitaires et les commerçants qui constituent la fraction la plus éclairée du nouvel Etat se caractérisent par leur petit nombre, leur concentration dans la capitale, le type de leurs activités : négoce exploitations agricoles, professions libérales. Au sein de cette bourgeoisie nationale on ne trouve ni industriels ni financiers. La bourgeoisie nationale des pays sous-développés n’est pas orientée vers la production, l’invention, la construction, le travail. Elle est toute entière canalisée vers des activités intermédiaires. Etre dans le circuit, dans la combine, telle semble être sa vocation profonde. La bourgeoisie nationale a la psychologie d’un homme d’affaire non de capitaines d’industrie. Et il est bien vrai que la rapacité des colons et le système d’embargo installé par le colonialisme ne lui ont guère laissé de choix.

Dans un système colonial une bourgeoisie qui accumule du capital est une impossibilité. Or précisément il semble que le rôle d’une bourgeoisie nationale authentique dans un pays sous-développé est de se nier en tant que bourgeoisie, de se nier en tant qu’instrument du capital et de se faire totalement esclave du capital révolutionnaire que constitue le peuple.

Dans un pays sous-développé une bourgeoisie nationale authentique doit se faire un devoir impérieux de trahir la vocation à laquelle elle était destinée, de se mettre à l’école du peuple, c’est-à-dire de mettre à la disposition du peuple le capital intellectuel et technique qu’elle a arraché lors de son passage dans les universités coloniales. Nous verrons malheureusement que, assez souvent, la bourgeoisie nationale se détourne de cette voie héroïque et positive, féconde et juste, pour s’enfoncer, l'âme en paix, dans la voie horrible, parce qu’antinationale d’une bourgeoisie classique, d’une bourgeoisie bourgeoise, platement, bêtement, cyniquement bourgeoise.

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pj : Réflexions sur la conférence de Brazzaville (pdf)

Laurent Gbagbo
Réflexions sur la Conférence de Brazzaville
(1978)

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Avant - Propos
Si la Conférence de Brazzaville a marqué si nettement la conscience des hommes politiques africains d'aujourd'hui, c'est parce que, intervenant à un an de la fin du second conflit mondial, elle devait prendre à l'intérieur du système colonial classique français de nouvelles dispositions qui allaient permettre à ceux qu'on appelait alors les évolués de participer à la gestion des affaires de leurs propres pays. En fait la Conférence de Brazzaville n'est qu'une étape sur le long chemin de la mise en dépendance de l'Afrique. Avant elle, en effet, plusieurs rencontres ont eu lieu ; nous pouvons citer d'une part les Conférences internationales sur les affaires coloniales ; Conférence de Berlin, Conférence de Casablanca, etc. d'autre part les Conférences coloniales propres à chaque puissance coloniale; dans le cas de la France citons les Conférences de 1917, 1935, etc.
Réflexions sur la Conférence de Brazzaville est un ouvrage que nous présentons en deux parties: dans la première partie nous faisons une brève analyse critique des travaux de la Conférence ; cette analyse permet au lecteur d'aborder de façon plus aisée les documents que nous lui proposons dans la seconde partie. Car notre objectif est de mettre à la portée du public des documents dont la connaissance éclaire sur bien des aspects l'évolution actuelle de nos pays. C'est donc une série d'ouvrages de la même nature que nous nous proposons d'écrire, espérant que la connaissance de tous ces documents qui dorment aujourd'hui dans les fonds des archives et des bibliothèques spécialisées serviront à une plus grande connaissance de l'Afrique et de ses problèmes.
*
Préface
Un jour que je faisais une Conférence à Gagnoa (1) sur le thème: « La décolonisation, essai de définition d'une problématique », devant un public composé presqu'essentiellement d'élèves des lycées et collèges, plusieurs questions me furent posées sur la Conférence de Brazzaville. Dans l'esprit de beaucoup de mes jeunes auditeurs (de même que - hélas! - dans l'esprit de beau-coup de grandes personnes comme j'ai eu l’occasion de le constater plus tard), la Conférence de Brazzaville avait été convoquée dans le but de décoloniser l'Afrique noire; pour certains autres, la Conférence avait réuni tous les leaders africains (!!!) pour discuter des destinées de l'Afrique; j’ai entendu ce jour-là beaucoup de fables.
C'est donc pour aider à comprendre un évènement qui sort déjà de l'histoire pour entrer dans la légende que j'ai entrepris de livrer ici ces quelques réflexions. Avant donc de parler de la Conférence proprement dite, je pense qu'il est indispensable de retracer brièvement les traditions coloniales françaises en période de crise.
1. Ville de la Côte d'Ivoire située à 300 kilomètres environ d'Abidjan au Centre-Ouest du pays.
*
I. TRADITIONS COLONIALES FRANÇAISES
La France a toujours été un grand pays colonisateur. Au début de ce siècle, elle était à la tête du second empire colonial mondial après la Grande-Bretagne (1). Ce n'est pas ici le lieu d'évoquer les raisons qui ont poussé les pays capitalistes à rechercher des colonies ni de montrer le rôle que jouaient ces colonies dans les différentes économies métropolitaines. Disons seulement en schématisant que:
- vers les colonies, la métropole exportait: des hommes (des administrateurs pour maintenir la souveraineté de la puissance coloniale, des colons pour entreprendre des exploitations); des capitaux
- pour financer les exploitations et les travaux d'infrastructure (2) des produits manufacturés qui transformaient le colonisé, l'«indigène» en consommateur et la colonie en débouché; des machines-outils qui permettent les exploitations
- vers la métropole, les colonies exportaient: des matières premières minières, sylvicoles, agricoles ; les superprofits réalisés grâce à l'abondance des matières premières et de la main-d'oeuvre bon marché.
TI ne faut pas oublier que les colonies servent aussi (et quelquefois surtout) de bases d'appui stratégiques pour le déploiement et l'exercice des forces militaires métropo1itaines dans le monde.
(1) L'Empire colonial français était grand comme 20 fois la France métropolitaine; il s'étendait sur 12 millions de km2 et comptait environ 70 millions d'habitants.
(2) Généralement, les capitaux d'origine publique servent à réaliser les travaux d'infrastructure (ports, routes, voies ferrées, etc.) tandis que le capitaux d'origine privée vont dans les exploitations jouer un rôle capital dans les périodes où les métropoles traversent de grandes crises. Tout au long de l'histoire de la coIonisation française, à chaque moment de crise a correspondu un effort particulier de l'Empire en vue du redressement de la situation dans la mère patrie.
D'une manière générale, disons que dans les colonies l'on développait une économie complémentaire de celle de la métropole. Mais l'histoire nous montre que les colonies ont toujours joué un rôle capital dans les périodes où les métropoles traversaient de grandes crises. Tout au long de l’histoire de la colonisation française, à chaque moment de crise a correspondu un effort particulier de l’Empire en vue du redressement de la situation dans la mère patrie.
Nous allons évoquer ici quelques-uns de ces moments.


1 - LA PREMIERE GUERRE MONDIALE ET LA CONFERENCE COLONIALE DE 1917.
En 1917 la France est éprouvée par trois années de guerre. Comme toujours en pareille circonstance, la France comme d'ailleurs les autres puissances belligérantes a d'énormes difficultés pour le ravitaillement en produits alimentaires, en matières premières rentrant dans l'industrie. Toutes ces difficult6s agissent naturellement sur le moral des troupes ct de la population. Le Ministre des Colonies, M. MAGINOT, conçoit alors et convoque une conférence coloniale dont les buts sont contenus dans cet extrait du rapport de la Section Générale présidée par M. Challey :
« La guerre nous a montré combien il est dangereux pour une nation d'importer de l'Etranger pour son alimentation et pour les besoins de ses usines 6 milliards et 1/2 de matières premières.
Elle nous a, en même temps, amenés à penser que nous pourrions nous passer de ces importations étrangères et nous approvisionner nous-mêmes en utilisant mieux les ressources de la Métropole et surtout celles de nos Colonies. Désireux de donner un effet pratique à cette constatation, et d'en déterminer la portée utile, M. MAGINOT, dès son arrivée rue Oudinot (1) a jugé qu'il convenait de procéder sans retard à l'inventaire des richesses naturelles exploitables dans nos possessions d'Outre-mer, de préciser notamment les quantités qui pouvaient être fournies, immédiatement ou dans un délai très court, à la Métropole pour faire face à l'alimentation chaque jour plus difficile de sa population, approvisionner les industries de guerre, préparer la constitution des stocks nécessaires pour reconstituer les pays envahis, et pour permettre à l'industrie de reprendre l'activité dont dépend la restauration morale et matérielle du pays.
Inventaire de nos ressources coloniales, étude des moyens propres à en. Intensifier l'exploitation, tel est Je programme de la Conférence coloniale dont le Ministre des Colonies a pris l'initiative avec une clairvoyance dont le pays lui sera à juste titre reconnaissant ».
(1) C’était le siège du Ministère des Colonies.
De ce passage et de bien d'autres nous pouvons retenir ceci :
a) Les Pouvoirs Publics français partent d'un constat: il y a une trop grande dépendance de la France vis-à-vis des pays étrangers; en effet selon les chiffres rapportés par la Section Générale de cette Conférence, la France faisait en 1913 une importation totale de 6 123 592 161 francs; sur ce chiffre elle importait 5 430 211 504 F de l'étranger et seulement 693 380 657 F des colonies. Or « les pays étrangers », c'est-à-dire les autres pays du Centre, sont directement engagés dans la guerre soit dans le camp des ennemis de la France (c'est le cas de l'Allemagne), soit dans le camp de ses amis (c'est !e cas de la Grande-Bretagne). Ces deux positions déterminent deux attitudes dans le commerce international: les ennemis de la France prennent la décision politique de suspendre leurs exportations en direction de la France (c'est de bonne guerre) ses amis sont contraints de diminuer fortement leurs exportations pour ne pas se trouver démunis. Le résultat en est que les importations françaises baissent dangereusement au risque de menacer et le ravitaillement des populations en vivres et la bonne marche des usines.
b) Dans cette situation où elle frôle la catastrophe la France métropolitaine cherche à rétablir l'équilibre des importations en se tournant résolument vers ses colonies :
« Aujourd'hui sous la pression de nécessités impérieuses, notamment par suite d'un change en dérive et de l'insuffisance des produits alimentaires dans le monde le pays se tourne vers nos Colonies et leur demande aide et soutien » (1)
(1) Conférence coloniale (1917) instituée par M. A. MAGINOT, Ministère des Colonies Emile Larose, Editeur, 11 rue Victor Cousin. Paris.

 

c) Conférence Coloniale a non seulement pour but de résoudre les problèmes immédiats du ravitaillement de la Métropole, mais elle a aussi le devoir de préparer la restauration économique française de l'après-guerre:
« Songeons aussi au lendemain de la guerre. Après son héroïque effort militaire, nous avons le devoir d'assurer à la France une puissante renaissance économique. Cette renaissance dépendra des efforts de chacun de nous dans tous les domaines de l'activité commerciale, industrielle ct agricole aussi bien dans la mère-patrie que dans nos possessions d'Outre-mer. Ces dernières, si nous savons le vouloir, ont un grand rôle à jouer dans cette oeuvre vitale... » (2)
Nous pouvons donc résumer en deux points les buts essentiels de cette Conférence Coloniale de 1917:
- à court terme, s'appuyer sur Ies colonies pour le ravitaillement de la France aussi bien en produits alimentaires qu'en matières premières utiles aux industries;
- à long terme, s'appuyer sur les colonies pour préparer le redressement économique de la France. Ce sont là des rôles classiques de la périphérie par rapport au centre.
(1) Conférence coloniale de 1917, rapport de la Section générale.
(2) MAGINOT, convocation pour la réunion de la Conférence coloniale : voir annexe.


2 - LA GRANDE CRISE ET LA CONFERENCE ECONOMIQUE DE LA FRANCE METROPOUTAINE ET D'OUTRE-MER (DECEMBRE 1934 - AVRIL 1935).
La grande crise économique née aux Etats-Unis en 1929 frappe durement les pays européens à partir de 1930 (1). Pour guérir leurs pays de la crise, les Gouvernements eurent recours à un certain nombre de mesures: la surélévation des droits de douane pour dresser des barrières contre ~ produits étrangers donne lieu à la « fragmentation de l'économie mondiale » (2) tandis que le recours au dumping entraîne la guerre des prix et des monnaies etc. Cette crise touche tous les domaines de la vie (économique, politique, financier, culturel, moral) et finit par donner naissance à deux blocs économiques antagonistes:
Les having not : ce sont les pays pauvres (Allemagne, Italie, Japon par exemple). Nations industrielles, à population très dense, ne possédant que peu ou pas de colonies, manquant de beaucoup de matières premières et démunies d'or, elles sont dans une situation particulièrement grave (3);
Les having : ce sont les pays riches qui possèdent à eux seuls 80 % de l'or mondial; ces pays cherchent à maintenir l'ordre colonial tel qu'il existe depuis la fin des conquêtes coloniales.
(1) Un colloque a été tenu à l'Université de Paris VII en Avril 1976 sur le thème "L'Afrique et la crise de 1930".
(2)Jacques NERE: La crise de 1929, Armand Colin, 1973, Paris.
(3) GENET, Le Monde contemporain Hatier, Paris 1962.


Dans cette dernière catégorie de pays, l'Angleterre, la France et la Belgique songent à recourir au commerce colonial comme bouée de sauvetage et c'est dans cette perspective qu'est réunie à Paris la « Conférence économique de la France Métropolitaine et d'Outre-mer ». Le but assigné à cette conférence est clairement indiqué par Louis Rollin, Ministre des Colonies:
« Si nous voulons sortir des désordres où nous nous débattons, il faut rétablir l'équilibre. Mais lequel? Et comment? ... En développant les facultés et les possibilités de la consommation tout à la fois par l'abaissement des prix de revient et surtout, peut-être, par l'asservissement de la capacité d'achat de millions d'hommes qui sont actuellement sous alimentés et qui seront heureux d'utiliser toutes ces richesses qui ne trouvent plus de débouchés.
Sur les côtes de l'Atlantique, de la Méditerranée, de l'Océan Indien, du Pacifique, 60 millions de Français ou d'indigènes pourront, si nous savons accomplir l'effort nécessaire, constituer pour la Métropole une magnifique clientèle C'est pourquoi nous devons nous appliquer et c'est l'objet même de la Conférence qui s'ouvre aujourd'hui à développer et à resserrer les liens d'ordre économique qui nous unissent à notre. Empire d'Outre-mer. Il ne s'agit pas là d'une vue de l'esprit, mais d'une adaptation nécessaire, impérieusement commandée par les faits, à l'ordre économique nouveau qui semble vouloir s'instaurer sur la planète» (1),
(1) Louis Rollin, Ministre des colonies : Discours prononcé à la séance d’ouverture de la Conférence, voir annexe


Des Actes de cette Conférence, nous retenons les points suivants :
a) La Conférence impériale de 1934 - 1935 est avant tout une réponse à l'exacerbation des particularismes économiques qui nuit énormément au développement des échanges entre les pays du centre; la courbe des exportations françaises vers les autres pays du Centre est d’ailleurs significative à cet égard comme le note Louis Rollin dans son discours:
« Nous constatons une énorme régression dans le commerce mondial. Pour ce qui nous concerne, en 1913, la valeur de nos exportations à l'étranger (calculée en franc-or 1928) atteignait 29 milliards 500 millions et après s’être élevée à 47 milliards 200 millions en 1927 elle a fléchi progressivement jusqu'à 12 milliards 400 millions en 1933. »
b) Après ce constat pour le moins fâcheux, on décide de se tourner vers les colonies pour en faire des marchés viables où la Métropole pourrait écouler ses produits manufacturés. Pour ce faire, il faut y entreprendre une politique démographique et sanitaire vigoureuse pour accroître le nombre d'acheteurs potentiels et une politique économique conséquente pour créer des besoins chez l'indigène (on parle même de développer la publicité) et en faire un consommateur de produits manufacturés.
c) Il faut reconquérir sur les autres puissances impérialistes, la place qu'elles occupent sur le marché de l'Empire français ;
« Il apparaît que dans celles de nos possessions où la France ne possède pas une liberté douanière complète, en vertu d'accords diplomatiques, les importations d'origine étrangère tiennent encore une place considérable qui pourrait être réduite au profit des fournitures métropolitaines, lesquelles ne représentent actuellement que 19 % au Togo, 27 % au Cameroun, 38 % en Afrique Equatoriale, 46 % en Afrique Occidentale. 48 % au Maroc et 75 % en Tunisie. Il y a donc là une part importante de nos marchés d'Outre-mer à reconquérir. (1).
(1) Rapport de la Commission générale des Productions.
On envisage donc de revenir dans les faits, si ce n'est dans le principe, au vieux système de l'exclusif colonial.
Mettons un terme à ces quelques réflexions sur la conférence impériale de 1934 - 1935 en dégageant l'idée centrale. La caractéristique de la crise de 1930, c'est qu'elle est une crise de surproduction; par conséquent la France cherche à écouler le surplus de sa production industrielle et naturellement c'est vers son Empire qu'elle se tourne. Chercher à élever le niveau de vie de l'indigène signifie concrètement qu'il faut qu'elle lui donne les moyens de pouvoir acquérir les articles fabriqués dans la métropole. C'est là un rôle classique de la périphérie par rapport au Centre.


3 - LA DEUXIEME GUERRE MONDIALE ET LA CONFERENCE "AFRICAINE" DE BRAZZAVILLE (1944).
En 1944, la France a derrière elle quatre années d'une guerre particulièrement pénible et meurtrière. De plus depuis 1940, une partie du territoire métropolitain est occupée. Dès le début des hostilités, la Troisième République s'est effondrée et a laissé la place au Gouvernement Pétain qui pactise avec l'occupant nazi. Non seulement la France est militairement vaincue, mais elle est politiquement soumise et économiquement exploitée. Sur l'échiquier international elle fait donc figure d'une puissance coloniale démissionnaire. L'Empire français paraît alors être un grand corps sans tête qui suscite bien des convoitises dans les rangs mêmes des alliés.
Fallait-il consacrer tous ses efforts à La Libération de l'Hexagone uniquement, au risque de perdre ses colonies après la guerre ? Fallait-il tout en préparant la libération de la mère-patrie, mettre tout en oeuvre pour conserver son empire, le soustraire des dangers du nationalisme naissant et des convoitises des autres puissances coloniales ? C'est cette deuxième voie que choisit le Comité Français de la Libération Nationale, qui s'est constitué à Alger Le 3 juin 1943. C'est pourquoi il convoque la Conférence de Brazzaville.
C'est volontairement, pour ne pas alourdir ce chapitre qui n'est en fait qu'une introduction, que nous passons sous silence des manifestations françaises comme la Foire Coloniale de Marseille (1900) et la Conférence Impériale de 1937 ou encore des rencontres internationales comme la Conférence de Gènes (1922), La Conférence de Londres (1933) etc. Notre intention, et le lecteur s'en sera rendu compte, n'était pas d'écrire l'histoire des Conférences coloniales. Nous avons voulu tout simplement placer la Conférence de Brazzaville dans le cadre qui est le sien, à savoir que chaque fois que la France a traversé une crise grave, menaçant son économie et ses institutions, elle s'est précipitée vers ses colonies pour y chercher le salut (1).
(1) Cette pratique est d'ailleurs commune à toutes les puissances coloniales.

La deuxième guerre mondiale fut une crise grave pour tous les pays du monde et en particulier pour la France. C'est donc tout à fait logiquement que les hommes qui s'apprêtaient à assumer les responsabilités du pouvoir dans leur pays se sont réunis pour recueillir des avis qui leur permettraient de faire un bon usage de leurs possessions d'Outre-mer après les tempêtes de la guerre.
Nous avons voulu montrer aussi que ces Conférences sont toutes des moments de réflexions pour tirer le meilleur parti des colonies et de chacune d’elles: la spécificité de proposer des solutions particulières à des problèmes particuliers. Ainsi la Conférence de 1917 insiste sur le ravitaillement de la Métropole, le problème principal étant une menace de pénurie généralisée tant en ce qui concerne les denrées alimentaires que les matières premières industrielles. Celle de 1934 - 1935 met l'accent sur l'utilisation rationnelle de l'Empire comme marché naturel pour écouler les produits de l'industrie métropolitaine, le problème principal posé étant la mévente; cette mévente qui menace l'économie française d'asphyxie provient de la désorganisation du commerce international au Centre due aux particularismes économiques suscités par un climat général de méfiance. La Conférence de 1944 voudra surtout proclamer que la France reste toujours debout et que son empire demeure bien le sien; il ne faut pas oublier que, outre les menaces que font peser sur les possessions françaises les convoitises des autres puissances coloniales, l'Indochine est encore occupée et qu'elle se bat, seule, pour se libérer du fascisme japonais.
Nous disons que la Conférence de Brazzaville s'inscrit dans la tradition gouvernementale française qui veut qu'à la faveur de chaque crise, on ait recours à des replâtrages et à des bricolages, quitte à reprendre le lendemain ce dont on avait posé le principe la veille.


II. LES CONDITIONS DE LA CONVOCATION DE LA CONFERENCE.
La Conférence s’est réunie en 1944 et pas avant. Elle a été convoquée par le CFLN (1) et non pas par le Gouvernement « légal » de Vichy. L'étude de la situation mondiale en 1944 nous permet de saisir pourquoi le CFLN a convoqué cette Conférence à ce moment-là et dans quel esprit il l'a fait.
(1) Comité de Libération nationale.


1 -L'OFFENSIVE DES ALLIES ET SES CONSEQUENCES POUR LA FRANCE.
Les années 1940 et 1941 ont été marquées par les victoires des puissances de l'axe avec notamment la défaite des pays de l'Europe de l'Ouest (sauf la Grande Bretagne), l'attaque de la Grèce par l'Italie, les offensives allemandes en Libye, en Grèce en Yougoslavie, en Crète, en Russie et l'offensive japonaise dans le Pacifique.
Ces victoires des puissances de l'axe ont pour la France métropolitaine des conséquences importantes.
Sur le plan militaire, l'armée française vole en éclat. De cet échec militaire, le Général de Gaulle donne l'explication suivante :
«Certes, nous avons été, nous sommes submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne, de l’ennemi. Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, Ies avions, les tactiques des Allemands qui nous font reculer ... » (1)
Et le Maréchal Pétain d'ajouter: «Moins forts qu'il y a vingt-deux ans nous avions aussi moins d'amis. Trop peu d'enfants trop peu d'armes, trop peu d'alliés, voilà les causes de notre défaite» (2)
(1) Général de Gaulle: L'appel. 18 juin 1940.
(2) Le Maréchal Pétain, Appel aux Français 20 juin 1940.


Sur le pian politique la troisième République se volatilise et le pouvoir échoue entre les mains d'un Gouvernement formé autour du Maréchal Pétain et de Pierre Laval. Aussitôt formé ce Gouvernement reconnaît la victoire ennemie et signe l'armistice :
« J'ai demandé à nos adversaires de mettre fin aux hostilités. Le Gouvernement a désigné mercredi les plénipotentiaires chargés de recueillir leurs conditions.
J’ai pris cette décision dure au coeur d'un soldat parce que la situation militaire l'imposait. Nous espérions résister sur la ligne de la Somme et de l'Aisne. Le Général Weygand avait regroupé nos forces. Son nom seul présageait la victoire. Pourtant la ligne a cédé et la pression ennemie a contraint nos troupes à la retraite. Dès le 13 juin, la demande d'armistice était inévitable ... » (3)
(3) Maréchal Pétain, Appel aux Français 20 juin 1940.
Mais face au Gouvernement de Vichy et contre son gré, se dressent les patriotes français qui prennent le maquis et les armes pour défendre leur pays. C'est la Résistance intérieure. Cette Résistance intérieure va être prolongée par la résistance extérieure animée par de Gaulle qui annonce la formation d'un Conseil de défense des Colonies françaises (4).
(4) Renouvain, Histoire des Relations Internationales Tome VllI p. 262.


Nous voilà donc en 1940 en présence de deux Frances : l'une capitularde qui réunit autour d'elle toutes les forces les plus rétrogrades de la France (monarchistes, gros industriels, réaction cléricale, groupe pronazi...) ; l'autre résistance qui rassemble toutes les forces progressistes et patriotiques. Aussitôt ces deux Frances vont engager la lutte pour le contrôle de l'Empire car la survie de chacune d'elles passe par les colonies autant que les alliances. Genet nous dit qu'en 1940 cette lutte était en défaveur de la Résistance et des Alliés :
« A la radio de Londres, le Général de Gaulle a commencé une campagne pour la continuation de la lutte. Il trouve quelques échos: le Gouverneur Eboué au Tchad, le Général de Larminat en A.E.F., le Commandant Leclerc au Cameroun. Mais Vichy garde l'essentiel : l'Indochine (amiral Decoux), l'A.O.F., où le Gouverneur Général Boisson repousse à Dakar une tentative gaulliste, l'Afrique du Nord, où, après de vives hésitations, le Général Noguès, au Maroc, s'est rallié à Vichy; et l'inutile attaque anglaise contre la flotte française, en rade de Mers-el-Kébir, le 3 juillet 1940, qui fait 1.400 morts, crée un mouvement d'opinion défavorable à l’Angleterre» (5).
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(5) Genet, ouv. cité.
Dans les premières années donc de la guerre, les puissances de l'Axe ont le vent en poupe et avec elles le Gouvernement de Vichy.
Mais à partir de 1942 - 1943, la guerre entre dans une phase décisive: c'est la contre-offensive des alliés, contre-offensive qui va les conduire jusqu'à la victoire finale. Cette contre-offensive est marquée par certains faits importants.
- Le 8 novembre 1942, les forces alliées (anglaises et américaines) débarquent en Afrique du Nord, plus particulièrement en Algérie et au Maroc, avec l'aide et l'appui des résistances locales ;
- En février 1943, l'armée allemande est défaite à Stalingrad; les russes reprennent ROSTOV et en août ils sont devant KHARKOV;
- En mai 1943, après d'âpres batailles, les alliés chassent les forces allemandes de Tunisie; la Tunisie est libérée.
- En juillet 1943, l'opération « Husky » donne la Sicile aux Alliés; peu de temps après Mussolini est déchu et remplacé par Badoglio etc.
On peut résumer ainsi le grand tournant que représentent les années 1942 et 1943 : depuis la bataille de la mer de Corail (1942) l'armée japonaise a perdu sa superbe et n'est plus que l'ombre d'elle-même; la bataille de Stalingrad marque le début de la fin de la chevauchée allemande tandis que la déjà piètre armée italienne est anéantie après le débarquement des alliés en Sicile.
Sur tous les fronts donc les forces fascistes battent en retraite et les alliés entrevoient enfin clairement une issue victorieuse à la guerre.
Pour chaque allié, le problème de la fin de la guerre se pose en ces termes :
- Tout mettre en oeuvre pour participer à la victoire finale;
- Participer à la victoire finale pour être présent au grand rendez-vous de la «paix », c'est-à-dire au grand rendez-vous du repartage du monde.
Que se passe-t-il alors en France ?
- le régime de Vichy s'effondre; en effet les allemands répondent au débarquement des alliés par l'occupation de la partie non occupée du territoire métropolitain; l'armée de Vichy se laisse dissoudre et en novembre 1942, les Français se résolvent à saborder la flotte de Toulon plutôt que la laisser aux mains de l'ennemi.
- dans la France métropolitaine, les résistants créent le Conseil National de la Résistance (C.N.R.);
- la résistance extérieure suit le train; les américains ne veulent pas de de Gaulle et tentent d'imposer Giraud. Après le ralliement de l'A.O.F. et du Maroc, la résistance extérieure essaie de s'organiser, C'est ainsi qu'en mai 1943 est créé à Alger le Comité Français de libération Nationale sous la présidence conjointe de de Gaulle et de Giraud; mais ce dernier est rapidement éliminé et de Gaulle reste seul maître du Comité.
Mais ce bref panorama serait incomplet si nous ne disions un mot des évènements ou prises de position qui fondaient les craintes du Comité Français de Libération Nationale à la veille de la fin de la guerre.


2,- LES CRAINTES DU C.F.L.N.
A la fin 1943, la «France libre» avait beaucoup d'inquiétudes. En effet, outre que la métropole, théoriquement gouvernée par Vichy, était encore occupée par les troupes allemandes et italiennes, le Comité Français de libération Nationale avait de sérieuses raisons d'avoir des soucis pour l'avenir de son Empire. Ces inquiétudes étaient nées d'une part de la situation qui se développait dans les colonies, d'autre part de l'attitude des alliés.
a) Les nationalismes.
Des deux grandes puissances impériales d'Europe (France, Grande-Bretagne), l'une est vaincue et l'autre est obligée de consacrer la plus grande partie de ses forces à la défense de la métropole. L'effacement des métropoles coloniales le sentiment d'avoir oeuvré pour le salut des différentes métropoles (sentiment très justifié), le sentiment qu'ont les élites coloniales d'être pour le moins capables de participer à la gestion des affaires publiques, la haine de plus en plus affichée contre un colonialisme véreux et une administration tracassière, le constat enfin d'une Europe coloniale décadente et l'espoir, fondé ou pas, que suscitent les deux nouveaux maîtres du terrain militaire (U.S.A. et U.R.S.S.), tout cela achève de consolider chez les peuples assujettis un sentiment national qui du reste n'a jamais cessé d'exister depuis les premières heures de la colonisation.
- L'occupation de l'Indochine par les japonais où «la propagande nippone répète à satiété que les Français sont chassés et ne reviendront pas» (1) porte un coup fatal au prestige français. Malgré les tracasseries policières de l'administration française qui arrête en 1943 dix mille patriotes, 1e mouvement nationaliste, dirigé par Ho Chi Minh, se développe, lutte âprement contre les forces d'occupation japonaises et proclame lia République en 1945.
(1)Renouvain Histoire des relations internationales Tome VIII p.376


_ Les nationalistes maghrébins, de leur côté ne reconnaissent pratiquement plus l'autorité française. Renouvain écrit à ce propos:
"C'est le 22 décembre 1942 que, dans un message adressé « aux autorités responsables» et non pas aux seules autorités françaises, Ferhat Abbas a revendiqué pour les musulmans algériens un « statut politique, économique et social », qui serait prépare par les représentants des organisations musulmanes; c'est le 26 mai 1943 qu'il a réclamé l'institution d'un Etat algérien « autonome », doté d'une Assemblée législative élue au suffrage universel. L'exemple a été suivi au Maroc, où Allal el Fassi., en janvier 1944, a reconstitué le «Parti de l'indépendance », avec un programme qui s'inspirait du traité anglo-égyptien de 1936; il l'a été, un an plus tard, en Tunisie, où le chef du Destour, Bourguiba, a remis à la Résistance générale un « manifeste des notables tunisiens ... ». (2)

(2) Renouvain, ouv. Cité p. 390.


De toute évidence, l’Empire bouge. La France n'est plus la référence unique. L'ambition du C.F.L.N., c'est donc de refaire l'unité de l'Empire et de le rassembler «autour d'un seul pouvoir» de façon à ce que la France, forte de ses colonies, puisse être présente au rendez-vous du repartage du monde.
b) L'Union Soviétique
Depuis la révolution d'octobre, l'Union Soviétique a toujours proclamé avec constance son soutien actif aux peuples coloniaux. C'est donc avec inquiétude que les pays colonisateurs en général (et la France en particulier) voient se consolider la puissance militaire et industrielle de cet Etat. Mais en plus du soutien matériel et moral qu'elle apportait aux mouvements d'émancipation, l'Union Soviétique était en plus un exemple pour les intellectuels des pays colonisés pour un certain nombre de raisons
- Ce pays arriéré jusqu'en 1917, a réussi en vingt-cinq ans de régime soviétique, à devenir une des plus grandes puissances industrielles du monde, en tout cas la plus grande d'Europe ;
- L'idéologie communiste écarte toute idée de discrimination raciale, ce à quoi sont particulièrement sensibles les peuples coloniaux, eux qui sont quotidiennement victimes du racisme dans leur propre pays.
Pour le C.F.L.N., il faut donc barrer la route au communisme en rassemblant l'Empire autour de la France.
c) Mais la plus grande crainte de la « France libre» venait du côté de ses alliés anglo-saxons, plus singulièrement de la part des U .S.A. En effet les Etats-Unis d'Amérique qui avaient profité plus que tout autre pays de guerre, voulaient profiter de l'affaiblissement des puissances coloniales européennes pour envahir les marchés coloniaux et y acquérir petit à petit une position dominante (1). C'est ainsi que dans la charte de l'Atlantique, en août 1941, entre Churchill et Roosevelt, ce dernier insiste pour que soit formellement mentionnée la «libre disposition des peuples» et leurs « droits souverains» et c'est en 1943 que le mot trusteeship est prononcé pour la première fois. Cette idée sera d'ailleurs reprise en 1945 à la conférence américaine de Hot Springs par l'Institute of Pacific Relations qui parle, pour les colonies, d'une administration autonome chargée de préparer l'indépendance.
(1) Ces intentions sont déjà inscrites dans les propositions de Wilson à la fin de la première guerre mondiale.
Il faut ajouter à toutes ces craintes que, pendant toute la durée de la guerre, le Comité Français de Libération Nationale avait un sentiment de frustration parce qu'il n'a jamais été admis dans les grands débats engageant l'avenir de l'humanité, pas plus que les gouvernements exilés de Pologne, de Grèce, de Yougoslavie, des Pays-Bas et de Norvège.


3 - SITUATION ECONOMIQUE
Après la défaite militaire, la France a subi un véritable blocus économique. Cette situation tendait à asphyxier l‘Hexagone qui dut vivre replié sur lui-même. De ce fait le commerce français connut une chute spectaculaire d'autant plus que le pays n'avait pratiquement plus de marine marchande: «Même si nos ports avaient été intacts, nous n'aurions eu pour ainsi dire plus de marine marchande. Notre flotte, qui comptait avant la guerre 3 millions de tonneaux environ était réduite à 1 million, encore les bateaux que nous conservions n'étaient-ils pas à notre disposition mais à celle du pool maritime interallié» (1)
(1). L'année politique 1944 - 1945 Editions le Grand sièc1e.

Pour l'industrie, disons simplement qu'en 1938 la France achetait 70,9 % des matières premières nécessaires à son industrie en dehors de l'Europe, le blocus fait donc peser sur l'industrie française un danger mortel. D'ailleurs selon les «documents de l'Assemblée Consultative Provisoire », l'industrie française a connu toutes les pénuries, chaque période de l’histoire de la guerre s'étant caractérisée par une pénurie dominante; c'est ainsi que les pénuries successives furent la crise des matières premières (1940), la crise des transports (1940-1941), la crise énergique (1941-1942), la crise de la main-d'oeuvre qualifiée (1942-1943).
*
Ainsi donc rejetée du concert des grandes puissances, harcelée dans ses propres colonies par un nationalisme désormais confiant et agressif, soupçonneuse que les amis d'hier ne soient les concurrents de demain, frappée à mort dans sa production industrielle sans parler de la raréfaction des produits de premières nécessité, la France se tourne une fois de plus vers son Empire et lui commande de ressusciter la Métropole des cendres de la guerre et de la remettre à la place qu'elle croit être la sienne, parmi les grandes puissances de ce monde.
C'est pour routes ces raisons que le C.F.LN. convoque la Conférence de Brazzaville.
*

 

III. TRAVAUX DE LA CONFERENCE DE BRAZZAVILLE

Le texte sur lequel nous avons travaillé est un texte dactylographié de 108 pages que nous avons trouvé dans le courant de l'année 1974 dans les archives de l'Assemblée nationale de Côte d'Ivoire. Il est divisé en 11 parties :

1 - un avant -propos.

2 - la composition de la Conférence africaine française de Brazzaville (voir annexe.)

3 - Trois discours prononcés à l'ouverture de la conférence :

- Le discours d'ouverture de M. René PLEVEN, Commissaire aux colonies (voir annexe);

- le discours de M. Félix GOUIN, président de l'Assemblée Consultative Provisoire;

- le discours du Général de Gaulle (voir annexe).

4 - Trois messages:

- un message à la France.

- un message à l'Indochine.

- un message aux autres colonies.

5 - les recommandations

  1. organisation politique
  2. questions sociales.
  3. questions économiques.
  4. questions administratives,

(voir en annexe des extraits de ces recommandations).

6 - Le discours de clôture de M. René PLEVEN.

7 - Le procès-verbal de la séance du 6 février 1944 consacrée à la représentation des colonies dans une nouvelle Constitution française.

8 - Un extrait du Procès-verbal de la séance du 3 février 1944 consacrée aux problèmes des coutumes familiales et sociales.

9 - Des opinions africaines.

10 - Des Extraits de la Communication faite par M. René PLEVEN à l'Assemblée consultative provisoire sur les travaux de la Conférence africaine française, le 15 mars 1944.

11- Un annexe; il s'agit de la liste des décrets pris de février à août 1944 en application des recommandations de la Conférence africaine française de Brazza­ville.

Ce texte est rigoureusement conforme au texte publié par le ministère des colonies en 1945 (1).

(1) On peut aussi voir « La Conférence Africaine de Brazzaville. Editions des Baobab, Brazzaville. »

Signalons que la conférence n'a aucun pouvoir de décision, elle se limite à exprimer des recommandations qui devront inspirer la future constitution française ...

A) Quelques remarques sur les "opinions africaines".

Avant de continuer, nous allons nous arrêter un instant sur les opinions africaines car nous n'aurons plus à en parler. Il faut tout de suite dire qu'aucun africain n'était présent à cette conférence qui réunissait exclusivement outre les membres du Comité français de Libération nationale et la forte délégation de l'Assemblée consultative provisoire, les administrateurs des colonies françaises d'Afrique (2). Ces « opinions africaines» sont des communications recueillies avant la Conférence par le Gouverneur EBOUE et lues par lui dans le cadre de la Commission des coutumes familiales et sociales.

(2) A cette conférence, il n'y avait ni colonisés ni colons; il n'y avait que des administrateurs coloniaux. D'ailleurs les colons se plaindront, lors des Etats généraux de la Colonisation, de n'avoir pas été invités à Brazzaville

Ces communications écrites par des africains dits « évolués » mériteraient de faire l'objet d'une étude particulière et permettraient à coup sûr de cerner la psychologie du colonisé lettré qu'on affuble du titre d'évolué, et qui y croit. Leurs auteurs font preuve d'une naïveté politique et d'une débilité intellectuelle à un point qu'il n'est pas permis d'atteindre.

Ces « opinions africaines » comprennent d'une part les rapports présentés par le cercle des Evolués de Brazzaville et d'autre part deux communications de Fily Dabo Sissoko.

Les évolués de Brazzaville après avoir pondu deux petits rapports sur les « Coutumes » et 1'« évolution des femmes» (rapports qui reprennent les thèses de la Communication des Coutumes familiales et sociales à moins d'avoir été repris par elles), déclarent dans les « statuts » qu'ils sont pour la libre intégration dans le peuple colonisateur par « assimilation » et proposent en conséquence la création d'un «citoyennat d'Empire» (ce n'est pas bien nouveau). Mais, disent-ils, puisque les colonisés n'ont pas tous le même degré d'évolution, il faudra prévoir d'une part « un citoyennat français intégral» pour les évolués c'est­-à-dire eux) et d'autre part des libertés limitées pour !es non-­évolués. Parmi ces «évolués», il y en a un qui se singularise particulièrement par son rapport intitulé «Occidentalisme et Africanisme », Il s'agit de Jean-Rémy Ayouné. Dans ce papier, il s'efforce de légitimer la colonisation parce qu'il appelle « un besoin de nivellement» au nom duquel les groupes ethniques « avancés» auraient le devoir de s'occuper des groupes « primitifs » (le mot est de lui !). Décrivant le Congo (et partant l'Afrique) précolonial, il fait étalage d'une très grande ignorance :

« Car ici, quoi qu'on en dise, aucune institution nettement définie ne marque un développement quelconque. Tout est à faire. Pas une langue pouvant servir à toutes les parties du pays; à peine des dialectes locaux. Pas une institution scientifique quelconque. En matière de morale: des institutions fétichistes naïves et plus ou moins incohérentes. Au point de vue artistique : des créations spontanées, sans principes fixes. Donc, rien que des virtualités » ! ! !

D'autre part étant donné que M. Ayouné estime que les africains sont encore des primitifs, il estime que c'est au colonisateur qu'il revient le devoir de les élever; c'est ainsi qu'en matière de religion, il écrit :

« Et le Noir d'Afrique, quel qu'il soit, a un rudiment de religion. Le lui enlever par l'athéisme ou par la confusion des doctrines religieuses importées c'est, à coup sûr, en faire un désaxé. Il faut en choisir une et c'est au colonisateur de la trouver (1) » !

(1) Souligné par moi.

Quant à Fily Dabo Sissoko, chef de canton de Niamba, il a écrit deux communications: « L'évolution et la colonisation en A.O.F.» et «l'évolution à l'œuvre » n'a rien compris, lui au phénomène colonial: «La tâche essentielle (2) de la colonisation, écrit-il, est d'aider à l'évolution du ou des groupements ethniques dont elle a charge devant l'Histoire ». Il estime en outre qu'il y a des «peuplades» qui n'ont point d'histoire: « Ceux qui n'ont aucun passé ou qui balbutient leurs premières leçons d'évolution, se jetèrent impétueusement dans le flot sans crier gare. Ils sont aujourd'hui à l'avant, du moins en apparence car, au fond, la brute sommeille ».

(2) Souligné par moi.

Evidemment, les proconsuls rassemblés à Brazzaville avaient besoin de ces opinions car elles les confirment dans l'idée que l'Européen apparaît toujours aux yeux de l’Africain de race noire comme le messager d'une civilisation supérieure » (3).

(3) PLEVEN, communication présentée le 15 mars 1944 à l'Assemblée consultative provisoire sur les travaux de la Conférence de Brazzaville

B) La Conférence de Brazzaville concerne les colonies d'Afrique Noire.

Le fait que les résolutions de cette Conférence ne traitent que des seules colonies, d'Afrique Noire n'est pas lie résultat d'un choix délibéré, Il faut comprendre qu'au moment où elle s'ouvre l'Indochine est encore occupée; d'autre part les vieilles possessions françaises des Caraïbes de même que les territoires du Maghreb ont un statut juridique sensiblement différent des autres colonies d'Afrique Noire. Ce sont ou bien des départements français relevant du ministère de l'Intérieur (Algérie), ou bien des protectorats traitant avec le ministère des Affaires étrangères, C'est pourquoi Les administrateurs français de l'Algérie et du Maroc sont présents à la Conférence en tant qu'observateurs.

Nous avons déjà essayé de montrer dans quel contexte historique la France a tenu la Conférence de Brazzaville. Elle était dans une situation économique catastrophique; apparemment bicéphale, l'Etat était en réalité acéphale; aux quatre coins du monde les colonies embouchaient les trompettes de la libération. Mais par dessus tout le C.F.L.N. avait peur de ses amis et cette crainte capitale, le commissaire aux colonies l'exprimait clairement: «Nous lisons de temps à autres, que cette guerre doit se terminer par ce qu'on appelle un affranchissement des peuples coloniaux »,

Il faut donc réagir, le C.F.L.N. le fait en convoquant la Conférence de Brazzaville. Il s'agit alors :

- d'affirmer la volonté de la France de rester seule maîtresse de son empire;

- d'intégrer le plus possible les colonies à l'univers français, de faire en sorte qu'il n'y ait plus aucun hiatus entre la France métropolitaine et ses possessions d'Outre-mer, Pour que cette intégration soit la plus parfaite possible, deux séries de mesures sont envisagées:

Le colonisé, le non-français initial; il faut Iui donner confiance en l'œuvre et aux institutions françaises; il faut lui donner plus d'aisance matérielle et plus de responsabilités politiques, afin qu'il ne soit plus tenté de regarder vers d'autres cieux que le ciel français :

« C'est l'homme, c'est l'Africain, ce sont ses aspirations, ses besoins ... ses faiblesses ... ; c'est l'incorporation des masses indigènes dans le monde français; c'est l'ascension des populations africaines vers la personnalité politique, en un mot l'homme et la société humaine auront à Brazzaville la primauté »;

Il faut, par une « planification » et une aide à l’exploitation, intégrer plus qu'elles ne l'étaient par le passé, les différentes économies coloniales à l'économie métropolitaine.

Ce sont ces deux séries de mesures d'intégration que nous allons essayer de cerner.

1- MESURES D'INTEGRATION POLITIQUE

Ici il s'agit de voir tour à tour comment la Conférence définit la nature des rapports entre la France et ses colonies, la place que l'indigène doit occuper dans la politique coloniale et impériale, la politique de l'Enseignement et le problème du travail.

a) Rapports entre la France et ses colonies.

Le problème de ces rapports est abordé par la Conférence sous l'angle unique de la souveraineté indéniable de la France sur ces territoires d'Outre-mer. Cette souveraineté française, abondamment évoquée par MM. PLEVEN et de Gaulle à la séance d'ouverture est légitimée par ces mêmes orateurs en trois argumentations :

- l'histoire : la France a conquis son empire par la force des armes et le sacrifice de ces «morts immortels» que sont les conquérants Gallieni, Archinard, Van Vollenhoven, Lyautey, Brazza etc.

- La France a toujours eu une «vocation civilisatrice» et son génie s'est employé à élever patiemment des peuples jadis très arriérés; elle n'est pas disposée à perdre le bénéfice de tant de sacrifices :

- la guerre est là qui le montre, les peuples colonisés ont toujours manifesté leur amour et leur reconnaissance à la France; ils ne demandent pas à s'en séparer.

Se fondant donc sur ces argumentations contenues dans les discours de la séance d'ouverture que nous reproduisons en annexe , la Conférence pose comme préalable aux débats sur l'organisation politique de l'Empire que «les fins de l'œuvre de civilisation accomplie par la France dans les Colonies ECARTENT TOUTE IDEE D'AUTONOMIE, TOUTE POS­SIBILITE D'EVOLUTION HORS DU BLOC FRANÇAIS, DE L'EMPIRE: LA CONSTITUTION EVENTUELLE, MEME LOINTAINE DE SELF-GOVERNMENTS DANS LES COLO­NIES EST A ECARTER» (1)

(1) Les grands caractères sont dans le texte d'origine.

Voilà donc défini clairement le cadre dans lequel vont se placer non seulement les débats de la Conférence, mais ensuite toute la politique coloniale de la IV· République.

b) Place de l'indigène dans la gestion des affaires publiques.

Ici, il y a deux niveaux à distinguer,

- En ce qui concerne la gestion des affaires publiques au niveau de chaque territoire la Conférence n'a pas de peine à tomber d'accord sur la nécessité de la création de conseils généraux composés de notables indigènes et d'Européens désignés par des élections au suffrage universel si possible. Mais il faut tout de suite préciser que ces conseils ne sont que consultatifs

- Au niveau de la politique générale de la France, comment intégrer, l'indigène à la gestion des affaires publiques ? La Conférence trouve « désirable et même INDISPENSABLE QUE LES COLONIES SOIENT REPRESENTEES AU SEIN DE LA FUTURE ASSEMBLEE QUI RECEVRA MISSION DE REDIGER LA NOUVELLE CONSTITUTION FRAN­ÇAISE» (1); elle trouve indispensable aussi d'améliorer cette représentation. Mais quelle doit être la dénomination de cette future Assemblée ? Quelles doivent en être les compétences? Qui doit y entrer? A ces questions précises et: délicates la Conférence n'arrive pas à trouver de réponses; elle les renvoie donc à « une Commission d'experts désignés par le Gouvernement ».

(1) Les grands caractères sont dans le texte d'origine

c) Politique de l’enseignement.

L'Enseignement a toujours été une arme privilégiée entre les mains des colonisateurs. D'une part elle permet de dégager assez rapidement une élite pour en faire l'auxiliaire de la colonisation aux plans idéologique, politique et économique; d'autre part elle permet à l'administration coloniale de pratiquer sur une vaste échelle lie génocide culturel, prélude à la confiscation de la pensée des peuples soumis. Pour rester fidèle à cette ligne, la Conférence estime que «. L'ENSEIGNE­MENT DOIT ETRE DONNE EN LANGUE FRANÇAISE (2) l’emploi pédagogique des dialectes locaux parlés étant absolument interdit aussi bien dans les écoles privées que dans les écoles publiques ».

(2) Les grands caractères sont dans le texte d'origine

d) Régime du travail

« L'institution d'un service obligatoire du travail» (3) montre que la Conférence n’est pas guérie de la vieille idéologie colonialiste selon laquelle les nègres n'aiment pas travailler, il faut donc les y contraindre.

(3) Cette institution n'est pas nouvelle.

Cependant la Conférence fait un grand progrès en ce qui concerne le régime du travail dans les colonies.

- la durée de la journée de travail est fixée à huit heures;

- la création d'un corps d'inspecteurs de travail est recommandée ;

- la reconnaissance des syndicats de travailleurs est proposée.

Mais en ce qui concerne la liberté du travail la Conférence adopte une attitude des plus opportunistes. D'un côté elle essaie de satisfaire les colons en reconnaissant que l'effort de guerre exige le maintien du travail forcé, de l'autre elle donne de l'espoir aux indigènes en affirmant « la supériorité absolue de la liberté du travail » ; au nom de quoi elle propose un délai maximum de cinq ans pour rétablir cette liberté du travail.

Voilà donc brièvement présentées les mesures préconisées par la Conférence de Brazzaville pour que l'indigène, le colonisé soit plus que par le passé intégré à l'empire français.

2- MESURES D'INTEGRATION ECONOMIQUE

Nous avons déjà dit que l'objectif principal que visait la Conférence était d'intégrer au maximum les colonies au monde français de sorte qu'elles puissent échapper aux convoitises des U. S. A. Ainsi donc il va s'agir pour la France de doter ses colonies d'une économie rigoureuse leur permettant non seulement de résister aux chants de sirènes mais en plus de pouvoir tout en aidant au redressement économique de la Métropole magnifier le génie français par la réussite économique des colonies. C'est pourquoi la commission chargée des questions économiques affirme : « En général on sera guidé au cours de cette discussion par l'idée que la France mettra non seulement son honneur mais son intérêt à avoir des colonies douées d'une prospérité propre et que l'accès à la richesse de tout ce qui porte le nom français est le gage le plus sûr pour notre pays du retour à la grandeur lt. Pour assurer donc ce retour à la grandeur la France affirme sa volonté de s'engager plus directement que par le passé dans les équipements d'Outre-mer. C'est cette volonté qui conduira les pouvoirs publics à mettre sur pied dès 1946 le fonds d'investissement pour le développement économique et social (FIDES) alimenté par une dotation annuelle de la métropole (55 %) et par une contribution des territoires (45 %).

Cette volonté affirmée par la France qui est d'abord une décision plus politique qu'économique est pratiquement la seule innovation en ce qui concerne les questions économiques.

Pour les autres points la Conférence a repris en les actualisant les conclusions de la Conférence économique de 1934- 1935. Il s'agit principalement :

- du développement de l'infrastructure. C'est là un point capital pour l'exploitation des colonies. En effet le rôle principal des colonies dans la spécialisation internationale est de fournir aux pays centraux des matières premières d'origine minière, agricole et sylvicole. Or, pour ce faire il faut que ces produits soient transportés d'abord du lieu d'exploitation à la côte, ensuite de la colonie à la métropole. Tout ce trafic intérieur et extérieur exige la création et l'entretien d'un réseau routier, de lignes de chemin de fer, de ports, de voies fluviales, etc.

- Le régime douanier

Ici encore la Conférence va montrer une de ses belles ambiguïtés dont elle a fait preuve mut au long de ses assises. D'une part elle commence par préconiser la libéralisation et l'assouplissement du régime douanier de telle sorte qu'il soit « capable de s'adapter aux aléas de l'économie mondiale comme aux besoins des territoires trop divers pour être soumis aux mêmes règles ou tarifs » et d'autre part elle préconise une très forte concentration des pouvoirs douaniers dans les mains du Gouvernement métropolitain en ce qui concerne les transmissions en franchise et les prohibitions d'entrée ou de sortie.

- Le développement de l'agriculture est vu sous l'angle de J'amélioration quantitative et qualitative des productions coloniales. Pour ce faire un certain nombre de mesures sont préconisées :

- la mécanisation de l'agriculture. « Il est demandé que, dans chaque colonie soit établi un programme de commandes d'outillage agricole à répartir largement parmi [es populations indigènes

- des recherches agronomiques : « qui conduiront au perfectionnement de la qualité moyenne des produits coloniaux, en leur permettant d'affronter sans risque la concurrence étrangère ».

- une organisation rationnelle de la production; pour ce faire il est proposé d'envoyer en U.R.S.S. une mission en vue d'étudier sur place l'exemple kolkhozien.

Un accent particulier est mis sur le développement industriel et il est même dit que bien que l'industrialisation doive être de préférence le fait de l'initiative privée, « l'Administration aidera au succès de ces initiatives; en assurant les charges des usines pilotes dont elle aura reconnu l'intérêt, pendant la durée de leurs essais.

- en soutenant les industries vitales pour les pays qui apparaîtraient non payantes;

- en créant des centres d'essais et de recherches à la disposition des industriels pour toutes études ou contrôles de fabrication ».

Que retenir de ce rapide survol ?

Un fait saute manifestement aux yeux, c'est que jamais la Conférence de Brazzaville n'a été convoquée pour discuter de l'affranchissement des peuples coloniaux. Cela n'a pas été et cela ne pouvait pas être pour la simple raison que dans l'histoire aucun pays colonisateur n'a jamais décidé d'affranchir les peuples qu'il exploite et qui font sa richesse, sa puissance, sa grandeur. Si les empires égyptien, romain, macédonien se sont désagrégés ce n'est pas parce que les maîtres ont voulu la libération des esclaves mais parce que la volonté de la libération de ces derniers conjuguée avec l'affaiblissement des premiers a entraîné une rupture dans l'ordre ancien. Et c'est cette rupture qui est révolutionnaire dans son essence parce qu'elle est un procès de l'asservissement d'un peuple par un autre et parce qu'elle propose une redistribution des forces dans Ie monde, c'est cette rupture donc qu'on appelle décolonisation. Or pour que la décolonisation soit effective il faut qu'elle soit le fait de ceux qui souffrent de la colonisation, et il faut qu'elle s'attaque radicalement à tous les aspects de la colonisation et du colonialisme : aspects idéologique, politique, économique et culturel.

Ceux qui prétendent que la Conférence de Brazzaville avait une mission libératrice devront répondre à ces questions précises:

- Qui a décidé de tenir cette Conférence ?

- L'idéologie colonialiste y a-t-elle été rejetée ?

- Le principe de la conquête et de l'occupation des terres d'autrui y a-t-il été condamné ?

- La spoliation et l'exploitation des peuples soumis y ont-elles été condamnées ?

- La culture de chaque peuple y a-t-elle été respectée ?

A toutes ces questions nous répondons NON.

  1. le colonisateur qui a décidé de réunir toutes ses troupes pour réajuster sa politique compte tenu des événements imposés par les circonstances. C'est la France coloniale et colonialiste, meurtrie par quatre années de guerre, effrayée de sa propre faiblesse, mesurant avec inquiétude Je précipice économique où elle est sur le point de tomber, inquiète de l'attitude nouvelle de ses alliés momentanés, tremblante à l'idée que ses sujets ne soient tentés de lever contre elle d’armes « parricides », cherchant à mieux soumettre les autres pour pouvoir mieux se libérer elle-même, c'est cette France-là qui s'est réunie à Brazzaville pour mettre de l'ordre dans la maison avant qu'il ne soit trop tard.

L'idéologie colonialiste a guidé les travaux de ces assises du premier au dernier jour. La mission civilisatrice de la France a été hautement proclamée et la domination de la France sur l'Empire a été montrée comme une évidence indiscutable.

En ce qui concerne la conquête et l'occupation des terres d'autrui l'œuvre de Brazza, d'Archinard, de Gallieni ... a été magnifiée. Non seulement l'exploitation des peuples soumis a été présentée comme un signe de la grandeur française, mais des dispositions ont été prises pour la rendre plus conséquente et plus durable. Des plans d'exploitation de quinze ans, de vingt ans et de quatorze ans ont été même proposés.

En ce qui concerne la culture on a simplement écarté d'un revers de main les langues africaines les jugeant incapables d'élever le niveau de connaissance d'un peuple.

Voilà donc les réponses précises à ces questions précises.

ANNEXES
A- LA CONFERENCE COLONIALE (1917)

 

1 - CONVOCATION A LA CONFERENCE

Monsieur,

Nos Colonies, depuis le début des hostilités, ont puissamment aidé la Métropole; elles lui ont fourni des combattants, des travailleurs, des denrées d'alimentation, des matières premières. L'aide qu'elles ont ainsi apportée à la mère-patrie constitue un titre impérissable à notre gratitude comme elle est la meilleure réponse à ceux qui, dans le passé, ont été les détracteurs de notre politique coloniale. Mais il ne suffit pas d'enregistrer avec satisfaction les résultats déjà obtenus, il faut intensifier le concours que peuvent nous apporter nos Colonies, pour le présent d'abord, pour l'avenir ensuite.

Aujourd'hui, tout l'effort doit tendre à obtenir de nos colonies une contribution plus large, beaucoup plus large, en denrées d'alimentation. C'est un moyen et non des moins efficaces de conjurer pour l'année prochaine la crise du ravitaillement. Nos alliés anglais se sont déjà préoccupés de mettre en œuvre à cet effet toutes leurs ressources coloniales; imitons leur exemple et traçons hardiment et sans tarder le programme des initiatives nécessaires.

Songeons aussi au lendemain de la guerre. Après son héroïque effort militaire, nous avons le devoir d'assurer à la France une puissante renaissance économique. Cette renaissance dépendra des efforts de chacun de nous dans tous les domaines de l'activité commerciale, industrielle et agricole aussi bien dans la mère-patrie que dans nos possessions d'Outre-mer. Ces dernières, si nous savons le vouloir, ont un grand rôle à jouer dans cette œuvre vitale.

Le succès dépend d'une collaboration intime entre les pouvoirs publics, les représentants élus des colonies et les initiatives privées. C'est cette collaboration dont il s'agit actuellement de jeter les bases.

Pour atteindre le but projeté, j'ai pensé qu'il convenait tout d'abord de réunir les personnalités les plus qualifiées du monde colonial dans une conférence préparatoire qui aurait pour objet de déterminer, dans un délai très court, les possibilités de production de chacune de nos colonies et les moyens qui permettraient de les placer rapidement à la disposition de la Métropole.

Comptant sur l'aide de votre expérience et de votre activité, je vous prie de vouloir bien participer à cette conférence dont la première réunion se tiendra sous ma présidence à l'Ecole Coloniale, 2, A venue de l'Observatoire, le samedi 30 juin à 3 heures de l'après-midi.

Veuillez agréer, Monsieur, l'assurance de ma considération très distinguée.

MAGINOT

 

 

 

2- DISCOURS DE M. MAGINOT (Ministre des Colonies)

A LA SEANCE D'OUVERTURE DE LA CONFERENCE.

"Je vous ai réunis d'ailleurs, non pour vous faire perdre votre temps à entendre des discours, mais pour agir.

Agir. Oui, c'est bien pour cela, uniquement pour cela, que je me suis tourné vers vous et que je vous ai lancé mon appel, Si l'action, en effet, est à l'heure actuelle une nécessité qui s'impose à nous comme une condition de vie ou de mort dans tous les domaines, cette nécessité se fait sentir avec plus d'acuité encore lorsqu'il s'agit des choses coloniales, parce que l'a réalité y accuse peut-être davantage qu'ailleurs, la disproportion qui existe entre tout ce qu'on aurait pu faire et ce qui a été fait.

En vous parlant ainsi, il n'est pas dans ma pensée, vous le supposez bien, de méconnaître les louables efforts auxquels nous sommes redevables des résultats qui ont été obtenus jusqu’'ici, mais nous sommes à un moment où il faut avoir la volonté et le courage de regarder en face. Or, la vérité est celle-ci.

Pour tirer de notre admirable empire colonial le parti que nous devions normalement en tirer, il nous reste à faire dix fois, vingt fois plus que nous avons fait jusqu'à présent (1).

(1) Souligné par l'orateur.

II faut aussi faire différemment, mettre un terme à ce manque de coordination trop longtemps constaté dans les directives de notre politique coloniale, ne pas craindre, et je parle pour l'administration en ce moment, de favoriser les initiatives particulières et de donner à celles-ci l'impression réconfortante d'une collaboration plus agissante de la part des services publics.

Réorganisation de l'administration centrale du ministère, où la multiplicité des compartiments aux attributions qui s'enchevêtrent nuit à la bonne et rapide expédition des affaires; réorganisation de l'inspection des colonies; établissement d'un régime douanier plus libéral et mieux approprié; refonte de notre organisation bancaire; révision du régime des concessions: autant de réformes indispensables qui doivent concourir à rénover notre action administrative et à la réalisation desquelles je suis tout prêt - mes collègues des colonies auxquels je me suis déjà ouvert de mes intentions à cet égard le savent - à conserver tous mes efforts.

En même temps que se précise ainsi le programme de réformes sans l'accomplissement desquelles notre œuvre coloniale, en comparaison de Ce qui se fait ailleurs, est forcément vouée à la médiocrité, il est de toute nécessité de dresser avec plus de soins que jamais le catalogue des ressources que peuvent nous procurer nos colonies et, une fois cela fait, d'étudier les moyens susceptibles de développer ces ressources et de les utiliser au mieux des intérêts respectifs de la métropole et des possessions d'où elles sont tirées.

C'est tout le problème d'une meilleure utilisation de nos richesses coloniales qui se pose et qu'il s'agit de résoudre pour le présent d'abord, pour l'après-guerre, ensuite, problème essentiel, problème vital auquel l'administration livrée à ses seuls moyens ne peut qu'apporter des solutions insuffisantes et pour lesquelles nous avons besoin, Messieurs, de tout votre concours.

Déjà... d'intéressants efforts ont été faits dans l'ordre d'idées où je me place. Dès le début de la guerre, par un arrêté en date du 29 septembre 1914, mon honorable collègue et ami, M. Doumergue obéissant à des préoccupations analogues à celles auxquelles j'obéis aujourd'hui et sentant la nécessité, lui aussi, de faire appel. en une semblable matière, aux avis exprimés des personnalités les plus au courant des choses coloniales, constituait une Commission consultative, qui, sous la présidence de ce colonial averti et orienté vers les réalisations qu'est M. le Sénateur Henry Berenger, a travaillé avec beaucoup d'opportunité et un sens très net des nécessités que comporte notre situation. Le programme qui avait été assigné à cette commission dont l'existence prévue pour toute la durée 42 de la guerre devait malheureusement prendre fin au bout de quelques mois, pourrait à peu de chose près, nous resservir à l'heure actuelle, tant les données du problème sont restées les mêmes. Les évènements qui se sont déroulés depuis, les leçons qui se sont dégagées de la guerre, n'ont en efIet contribué qu'à rendre plus impérieuse la nécessité des solutions qu'on envisageait alors.

A une autre initiative également de l'honorable M. Dou­mergue est due la création, au ministère des colonies, d'un service d'utilisation des produits coloniaux pour la Défense Nationale. Ce service fonctionne depuis deux ans. Au début, simple organe de liaison entre l'ensemble de nos possessions d'Outre-mer et le ravitaillement militaire qui se procurait, par son entremise, les produits coloniaux nécessaires aux besoins de l'armée, il est devenu, par la force des choses. .. l'intermédiaire normal entre le ravitaillement général et les colonies susceptibles de fournir à la consommation métropolitaine ... Toujours dans le même ordre de vues ... la Commission des affaires extérieures et coloniales de la Chambre vient tout récemment, au cours du mois dernier, de charger une de ses sous-commissions de faire l'inventaire, par colonie, des ressources qui peuvent être tirées de chacune d'elles. Je ne doute pas que mon administration ne voie ses efforts très utilement secondés par les enquêtes auxquelles se livrent actuellement nos collègues de la Commission des affaires extérieures.

De tout ce qui précède il résulte que nous voyons de plus en plus, en. France les regards se tourner vers nos colonies comme si un sûr mais tardif instinct indiquait à chacun que c'est de leur côté que doivent venir les moyens qui peuvent permettre à notre pays de demeurer économiquement et, par conséquent, politiquement, une grande nation n'a fallu malheureusement, pour ouvrir les yeux à cette claire vision de nos intérêts primordiaux que depuis plusieurs années cherchaient à éveiller les éloquents appels des Etienne, des Lebrun., des Bérenger, des Lucien Hubert, des Chailley, des Du Vivier de Street, trois ans de guerre, la crise du charbon, la menace d'une disette des céréales !

On avait trop oublié aussi que la France était de toutes les nations une de celles qui se trouvaient le plus tributaire de l'étranger pour ses approvisionnements en matières premières, surtout pour celles employées par l'industrie. Nos importations, de ce cher, s'élevaient, en effet, avant la guerre, à 6 milliards et demi, c'est-à-dire à un chiffre égal au plus des trois quarts de nos importations totales. On avait cru aussi que la guerre serait courte et que notre situation de créancier de l'étranger nous permettrait, à Ia fin des hostilités, de continuer comme par le passé à nous approvisionner au dehors. Or, la durée de la guerre a eu comme conséquence de transformer notre situation créditrice vis-à-vis de nos fournisseurs extérieurs en situation débitrice.

Aujourd'hui, l'opinion publique commence à s'émouvoir. Le problème du charbon et celui: des céréales lui apparaissent obscurs et menaçants; mais elle ne s'est pas encore inquiétée de la disette des autres matières premières; leur insuffisance n'est cependant pas moins troublante, en ce qui concerne I'avenir, tout au moins. Si, faute de matières premières, nos usines ne pouvaient se rouvrir à la fin de la guerre, ce serait, au moment le plus tragique, le chômage forcé de notre industrie avec les plus terribles conséquences.

Nos colonies, nous avons heureusement cette bonne fortune, peuvent nous permettre de parer à ces redoutables éventualités. Après nous avoir donné généreusement des hommes, combattants et travailleurs, elles peuvent, c'est une question d'exploitation et de transports, nous procurer pour le présent indépendamment de tout ce qu'elles fournissent actuellement à la Défense nationale, des denrées d'alimentation : certaines céréales susceptibles de suppléer, dans une appréciable mesure, à l'insuffisance de notre production agricole, éventualité contre laquelle il est prudent, dès maintenant, de se prémunir. Elles peuvent ainsi concourir d'une façon très efficace à notre ravitaillement immédiat, ce qui répond, si on envisage les problèmes par ordre d'urgence, à notre préoccupation la plus impérieuse du moment. Elles peuvent également, si nous savons nous orienter vigoureusement dans ce sens, nous procurer, pour demain, les matières premières nécessaires à nos fabrications, matières premières dont nos colonies sont riches et sans lesquelles la restauration de notre activité industrielle, qui se trouve si intimement liée à notre relèvement économique, serait fatalement compromise.

  1. Elles peuvent nous fournir en abondance des minerais, des produits oléagineux, du caoutchouc, de la pâte à papier; elles peuvent nous fournir du coton ; elles peuvent nous procurer les bois que [a dévastation de nos forêts du Nord et de l'Est par un envahisseur implacable nous met dans l'impossibilité, pour longtemps, de demander à notre propre sol. Longue pourrait être cette énumération. Nous avons là, en effet, une réserve remplie de richesses qui ne demande qu'à être exploitée et qui, intelligemment mise en valeur, peut nous permettre, dans la bataille économique de l'après-guerre qui ne manquera pas d'âpreté, il faut bien s'y attendre, de tenir notre place et nous développer, sans risquer d'être écrasés par la concurrence de trop puissants rivaux (1).
  1. Souligné par moi.

Au fur et à mesure, d'ailleurs, que la consommation métropolitaine s'alimenterait davantage en produits des colonies, elle apporterait à celles-ci la prospérité, prospérité dont une des premières conséquences serait de créer des débouchés de plus en plus larges pour l'exportation des articles de notre propre industrie.

Il en résulterait ainsi un égal profit pour la mère-patrie et pour ses colonies. Rien de plus légitime et de plus désirable car, en définitive, de plus en plus, il ne doit y avoir qu'une France qui ne s'étend pas seulement des bords de la Manche aux rives de Ia Méditerranée, mais qui va, suivant une belle expression que j'ai entendue récemment: « de la ligne bleue des Vosges aux forêts du Cameroun » et dont toutes les parties après avoir été solidaires devant les mêmes périls, doivent pouvoir, au jour où elle se produira, profiter chacune polir leur part de la prospérité nationale.

 

B. - CONFERENCE ECONOMIQUE DE LA FRANCE ME­TROPOLITAINE ET D'OUTRE-MER (1934-1935).

1 - DISCOURS DE M. LOUIS ROLLIN, MINISTRE DES COLONIES

(Il fait l'éloge des anciens administrateurs, en particulier Lyautey et Van Vollenhoven, puis continue).

_ Tels sont les hommes qui ont su réaliser cette œuvre admirable : l'unité politique et morale de la Métropole et de son Empire d'Outre-mer.

Autant pour asseoir et fortifier cette œuvre que pour répondre aux besoins et aux nécessités des temps modernes, il importe qu'aujourd'hui nous nous appliquions à réaliser son unité économique.

Que faut-il entendre par Ià ? Est-ce à dire que nous voudrions constituer une sorte de vaste empire économique capable de se suffire à lui-même pour tous ses besoins et, par suite, fermé aux exportations étrangères?

Non, Messieurs, nous sommes très loin de cette pensée. La plus grande France n'entend nullement s'isoler économiquement du reste du monde.

Bien au contraire, et, comme Monsieur le Président du Conseil, Pierre-Etienne Flandin, l'affirmait récemment avec tant d'autorité et de force, nous souhaitons voir s'abaisser progressivement les innombrables barrières qui cloisonnent le monde et favoriser - autant qu'un juste esprit de réciprocité nous le permettra- les libres courants des échanges ...

L’unité économique de la plus grande France n'est donc nullement exclusive de l'activité de ses relations commerciales avec tous les autres peuples.

Mais il n'a pas dépendu de nous que ces relations aient été, au cours de ces dernières années, profondément troublées, entravées, paralysées ...

Nous constatons une énorme régression dans le commerce mondial. Pour ce qui nous concerne, en 1913, da valeur de nos exportations à l'étranger (calculée en francs-or 1928) atteignait 29 milliards 500 millions - et après s'être élevée à 47 milliards 200 millions en 1927 - elle a fléchi progressivement jusqu'à 12 milliards 400 millions en 1933

 

Le regretté Louis Barthou écrivait, il y a peu de temps encore:

« Les événements ont considérablement dépassé le niveau d'un accident monétaire ou d'une insuffisance de trésorerie. La crise vient de plus loin et va plus haut; elle a créé ni plus ni moins un état révolutionnaire. »

Une révolution économique; Les faits et les chiffres ne permettent pas d'en douter. Ses causes dont, pour quelques-unes du moins, le caractère permanent est certain, et ses développements apparaissent, d'ailleurs, clairement :

A la faveur de la guerre, d'immenses progrès ont été réalisés dans tous les domaines de La technique, de la machine, de l'équipement, de l'outillage de la normalisation, de la rationalisation, de la standardisation : d'où un accroissement intensif et déréglé de la production et de la fabrication.

D'autre part, tous les peuples ont pratiqué l'autarcie économique, prétendant tout produire et tout fabriquer sans égard pour la réciprocité des échanges. Les marchés se sont peu à peu repliés sur eux-mêmes et fermés aux exportations étrangères par toute une série de prohibitions et de restrictions douanières et monétaires.

Que cette situation puisse, dans l'avenir, s'améliorer, nous l'espérons et le souhaitons.

Mais nous avons le devoir d'écarter les décevantes illusions et de regarder les réalités en face: un ordre économique nouveau tend à sortir des bouleversements de la guerre. Il est basé sur le progrès scientifique et technique, sur la puissance de la machine, sur la surabondance des richesses.

Le désordre vient de ce que les peuples n'ont pas pu encore ou n'ont pas su s'adapter à ces nouvelles conditions de la vie économique. C'est ce défaut d'adaptation qui engendre ce qu'on est convenu d'appeler la crise ...

Si nous voulons sortir des désordres où nous nous débattons, il faut rétablir l'équilibre. Mais lequel ? Et comment ?

En développant les facultés et les possibilités de la consommation - tout à la fois par l'abaissement des prix de revient et surtout, peut-être, par l‘accroissement de la capacité d'achat de millions d'hommes qui sont actuellement sous-alimentés et qui seront heureux d'utiliser toutes ces richesses qui ne trouvent plus de débouchés.

Sur les côtes de l'Atlantique, de la Méditerranée, de I ‘Océan Indien, du Pacifique, 60 millions de Français ou d'Indigènes pourront, si nous savons accomplir l'effort nécessaire, constituer pour la Métropole une magnifique clientèle.

C'est pourquoi nous devons nous appliquer - et c'est l'objet même de la conférence qui s'ouvre aujourd'hui - à développer et à resserrer les liens d'ordre économique qui nous unissent à notre Empire d'Outre-mer. Il ne s'agit pas là d'une vue de l'esprit, mais d'une adaptation nécessaire, impérieusement commandée par les faits, à l'ordre économique nouveau qui semble vouloir s'instaurer sûr la planète.

Comment pourrions-nous hésiter devant les constatations suivantes : en regard d'un fléchissement formidable de nos exportations vers l'étranger, nos exportations vers nos possessions d'Outre-mer sont supérieures de près de 2 milliards à leur chiffre de 1913 et représentent actuellement 32,6 % du total de nos exportations au lieu de 13 % en 1913 et la moitié de nos exportations vers l'étranger.

Les importations de la France d'Outre-mer dans la Métropole ont suivi une courbe analogue : elles sont actuellement supérieures de près de 3 milliards à leur chiffre de 1913 et représentent une proportion de 23,6 % du total de nos importations au lieu de 9,3 % en 1913. Cette situation tend encore à s'améliorer en dépit de la dépression universelle - le mouvement des échanges s'accentue en Indochine, à Madagascar et plus particulièrement en Afrique occidentale.

C’est assez dire, Messieurs, combien la Métropole se trouve aujourd'hui justifiée dans son œuvre de mise en valeur de son immense domaine d'Outre-mer ...

(Suit une énumération de réalisations : transports, assistance médicale, écoles, exploitations économiques, (chiffres à l'appui) etc., puis le ministre poursuit :).

Et ce n'est pas seulement la mise en valeur des terres que nous entendons poursuivre, mais encore, si je puis ainsi dire, la mise en valeur des corps et des âmes.

Nous devons nous appliquer à élever sans cesse l'étiage physique et moral des races qui nous sont confiées. Le premier devoir est d'assurer à l'indigène des conditions d'existence telles qu'il puisse accroître ses besoins et, dans le cadre de ses traditions, de ses mœurs, de ses coutumes développer ses facultés.

Il n'est d'ailleurs pas de meilleure méthode de gouvernement.

Régner sur des esclaves ne serait pas digne d'une grande Nation civilisée.

La soumission obtenue par la contrainte - sans compter qu'elle offense la justice et l'idéal humain - ne donne que l'illusion de la sécurité.

Savoir se faire obéir est bien, savoir se faire obéir en se faisant aimer, telle est notre règle que nous devrons chaque jour davantage appliquer.

Ainsi, nous nous emploierons à développer constamment nos œuvres d'assistance, de prévoyance, d'hygiène. Nous nous pencherons avec une particulière sollicitude sur le sort de l'enfant, de tous les enfants et en particulier des plus malheureux. Nous leur apporterons aide et protection dès ce premier berceau qu'est .le corps de la mère …

... Que les hommes, dans les agitations et les tumultes provoqués par la guerre, se soient laissés surprendre par les événements et les désordres qu'elle portait en elle et qui, à la vérité se sont précipités à une allure torrentielle - passe encore.

Mais aujourd'hui, après tant d'expériences et de tribulations et sous Ia lumière crue qu'elles projettent, nous serions sans excuse et la faute vraiment serait inexpiable.

Il convient de fixer les règles qui devront présider à la réalisation de cette unité économique et ce sera là un des objets essentiels de la Conférence impériale ...

... Deuxième règle : pourvoir d'abord, avant de songer à l'exportation, aux besoins de consommation des populations qui doivent être définitivement mises à l'abri contre les terribles aléas des disettes et des famines. C'est là une œuvre sociale capitale et urgente qui rejoint d'ailleurs nos préoccupations d'ordre économique, car des millions d'individus assurés d'un minimum de vie deviendront peu à peu des producteurs pour l'exportation et des consommations pour la Métropole ...

... Je reprends ici Ia formule de Monsieur le Président du Conseil Pierre-Etienne Flandin, ce jeune chef, comme disait récemment le Président Herriot, pour qui les formules Del sont pas de vains mots, mais qu'il s'applique au contraire sans délai, avec une incomparable maîtrise, à traduire en actes : « liberté organisée, contrôlée et défendue ».

... Il importe, en effet, plus que jamais que ceux qui ont l'honneur de parler au nom de la France - sur quelque terrain que ce soit et quelle que soit la nature des problèmes - parlent au nom de la France totale. Car il n'y a qu'une France : elle aime d'un même amour ses enfants et se refuse - au mépris même de certaines attaques, - à les distinguer autrement que par beurs vertus et leurs mérites ...

... Quelle fierté d'ailleurs et quel accroissement d'autorité de pouvoir parler au nom de cette France unique.

Dans l'ordre des relations économiques internationales nous devons veiller à ce que ses intérêts soient sauvegardés et obtenir des pays étrangers qu'ils fassent à nos produits coloniaux une équitable part.

Pour qu'ils puissent avoir accès sur ces marchés, les producteurs devront s'appliquer à abaisser Ie prix de revient de telle manière qu'ils ne dépassent pas le cours mondial…

…Parmi ces problèmes (1), il en est un particulièrement délicat; il est posé par le régime préférentiel qui doit favoriser les échanges entre l'Empire et la Métropole, et doit donc nécessairement comporter toutes mesures susceptibles d'assurer à nos exportations une protection équitable et en contrepartie toutes dispositions de nature à réserver sur notre marché une part légitime et de plus en plus importante aux importations de produits coloniaux complémentaires, et pour lesquels nous sommes largement tributaires de l'étranger.

(1)Les problèmes qui doivent être débattus à la Conférence.

 

Ces grands mouvements d'échange qu'il s'agit d'organiser, de favoriser, d'intensifier, sont naturellement susceptibles d'améliorer la situation de notre marine marchande si cruellement éprouvée par la crise mondiale.

Je suis convaincu, et ce n'est pas mon ami, M. WILLIAM Bertrand, Ministre de la Marine marchande, qui me démentira, que la Conférence économique aura d'autant plus le souci de lier ses intérêts à ceux dont l'examen lui est soumis, que le sort de notre empire d'Outre-mer ou pour mieux dire de la plus grande France, est manifestement solidaire du nombre, de la rapidité et de la sécurité de ses moyens de communication. Parmi eux, la navigation aérienne, dont Ies progrès sont constants, est de toute évidence appelée à un rôle éminent…

 

II - Discours de M. Albert SARRAUT, (ancien ministre des Colonies), Président de la Conférence.

« … Car, Messieurs, il ne faut pas s'y méprendre, cette conférence doit être une date dans notre histoire; elle est Un acte grave, et d'un intérêt fondamental pour notre Pays ...... Cette Conférence, Messieurs, doit aboutir pour trois raisons majeures. »

La première est que son échec serait. une grande déception pour l'opinion française qui a toujours espéré ... qu'elle pouvait attendre de son domaine d'Outre-mer, seul poste stable et solide actuellement dans le déclin de sa balance commerciale, un élément de puissance nationale et le concours d'un potentiel économique, politique et militaire nécessaires à la sécurité de l'avenir français.

La deuxième raison est que cet échec serait Une déception plus cruelle encore pour toute cette belle France d'Outre-mer qui compte voir enfin -se dégager ici les moyens de relever sa détresse et de réorganiser solidement les garanties de sa vie normale.

La troisième raison, dont vous sentirez que je n'ai pas à souligner lourdement l'importance, est que l'échec de cette conférence porterait un coup singulièrement rude au prestige, à l'autorité morale et aux intérêts de la France dans l'univers. Nous n'avons pas, Messieurs, quo des amis sur la planète; et parmi les amis eux-mêmes, certains sont assez souvent nos concurrents et nos rivaux. Ce n'est pas d'aujourd'hui que des espoirs des convoitises ou des malveillances ont commencé de rôder autour du second empire colonial du monde, le nôtre. Elles nous surveillent, elles nous épient, en cet instant même, pour savoir si nous allons nous montrer capables de régir ce vaste domaine extérieur, ou si, confessant publiquement notre impuissance, nous encourageons Ies calculs qui, tournés vers lui, y escomptent pour l'avenir des abandons ou des démembrements ...

Messieurs, l'affirmation que nous avons à proclamer est bien simple; cette Conférence a lieu, parce qu'elle ne pouvait ne pas avoir lieu ! Le fait qu'elle a été projetée par des Gouvernements successifs est la preuve même qu'elle n'est pas le geste impulsif ou l'invention individuelle de tel ou tel homme d'Etat, mais le fait même des circonstances et la conséquence logique forcée inévitable, d'un état de choses déterminé.

Quel est cet état de choses ? Quelle est la situation de fait qui nous conduit, j'allais dire, qui nous contraint, nous français, à dresser aujourd'hui l'inventaire du potentiel économique de l'Empire et à organiser l'agencement de sécurité de la maison française avec ses fondations métropolitaines et ses étages coloniaux ?

C'est une situation de fait que nous n'avons pas créée, que nous subissons, mais que nous ne pouvons pas continuer à subir jusqu'à ce que mort s'en suive. C'est un état économique international, qui reste plein de périls à cause de son désordre persistant, et qui s'obstine à ne pas changer, malgré tout ce qu'on a pu dire, malgré tout ce qu'on a pu faire, malgré ce que nous avons fait, nous-mêmes, proposé ou entrepris, nous Français, dans un haut esprit de solidarité internationale, pour que cet état soit modifié dans l'intérêt universel.

Cet état de fait, c'est l'échec de toutes les initiatives qui ont été tentées depuis la Guerre et qui ont été répétées depuis les folies de l'euphorie d'après-guerre, pour organiser la coopération internationale, l'accord international spécialement, dans cet ordre économique qui commande de plus en plus la politique. C'est l'échec des trêves douanières essayées depuis 1927; c'est l'échec de la fédération économique. européenne dont, en 1930, Aristide Briand portait à Genève, devant la S.D.N., le généreux et clairvoyant projet; c'est l'échec plus grave et plus retentissant encore, l'an dernier, de cette Conférence mondiale de Londres, où la France s'est présentée les mains libres, sans s'être liée d'abord à son Empire par une réplique d'Ottawa, et dans laquelle, par les projets que j'ai exposés en son nom, elle a vainement adjuré les nations de mettre un terme à l'anarchie économique qui ravage le monde, en '.réglant la coopération des pays dans 10 domaine de la production et des échanges. C'est, au lendemain de cet échec, le renforcement agressif des nationalismes économiques, faisant jouer à la fois la herse, le dumping et les manipulations monétaires. C'est le cloisonnement chaque jour plus étanche des Etats qui se barricadent dans la citadelle de leur économie hérissée de prohibitions, de restrictions et de tarifs. C'est la consécration du « chacun pour soi », attestée non seulement par ces repliements nationaux, mais plus encore peut-être par la constitution défensive ou offensive de grands groupes ethniques, de véritables constellations économiques, conjuguant et consolidant leurs forces internes et fortifiant leur vie propre, le groupe Américain, le Britannique, le Russe. C'est l'impossibilité, au moins actuelle et pour on ne sait combien de temps, de prévoir à quelle date se fera l'adaptation du monde civilisé à un ordre nouveau, basé sur l’intelligente compréhension et l'intelligente conciliation des intérêts respectifs.

Et dans le fond de ce sombre décor d'hostilité, de discorde et de déchirement économiques qui affecte surtout le destin de la race blanche, c'est enfin l'apparition redoutable de l'invasion grandissante de cette économie asiatique que j'ai prophétisée, sans être entendu, depuis des années, et qui préfigure dans l'économie mondiale le plus vaste conflit pathétique de demain entre les prolétariats évolués de l'Occident et les immenses prolétariats nus de l'Orient.

Et comme conséquence de tout cela sur nous, comme incidence et répercussion sur notre économie de cet état de choses, c'est, dans la Métropole française, le déficit prolongé de notre balance commerciale avec son cortège de faillites et de chômages; et c'est dans la France d' Outre-mer, qui reste aujour­d'hui cependant la cliente la plus fidèle de la Métropole, la situation cruelle d'une économie déprimée, les ruines successives de la plupart des entreprises qu'elle avait laborieusement mais bravement édifiées, l'atonie de son activité, avec cette indignation grave de Ia régression de la masse indigène vers le passé, vers les indigences matérielles et morales d'autrefois dont nous pensions lui avoir pour jamais fait franchir le stade; et c'est aussi malgré le loyalisme et l'admirable résistance morale des indigènes et des colons, heureusement moins enclins que leurs frères métropolitains aux manifestations bruyantes de la rue, certains signes, certains craquements qui, notamment dans notre Afrique du Nord, décèlent le malaise politique engendré pour notre souveraineté par la prolongation de la détresse économique.

  1. dis cela parce qu'il faut avoir le courage de tout dire, et qu'au surplus il n'est pas une nation colonisatrice au monde qui ne connaisse à l'heure actuelle des inquiétudes pareilles aux nôtres, et parfois même plus lancinantes. Toutes les éprouvent; mais la plupart, du moins, ont tâché de les amoindrir, et c'est notamment le cas du plus puissant colonisateur, l'Angleterre, en resserrant davantage les attaches de solidarité de la Métropole et de son Empire... .

A l'entreprise de l'économie impériale, problème principal, je discerne pour ma part qu'il faut assurer quatre sécurités essentielles, qui sont la caution même de son succès sur le chantier colonial.

La première est la sécurité politique (1) La sécurité et la durée nécessaires à l'exécution du programme que nous dresserons impliquent la sécurité même et la durée de notre souveraineté sur notre domaine d'Outre-mer. La confiance est profonde, certes, que nous gardons à cet égard; mais elle ne doit pas nous dispenser de veiller à tout ce qui peut l'affermir; et voilà qui vous amènera Logiquement à vous pencher sur le problème de la politique indigène, comme sur celui de l'organisation de nos communications maritimes de tout ordre.

(1). Souligné par l'orateur.

La seconde sécurité est la sécurité démographique (2)

L'essentielle garantie d'exécution d'un programme de grands travaux et de mise en valeur est dans l'existence d'une main ­d'œuvre indigène suffisante, et suffisamment encadrée par l'élément français ; et, d'autre part, l'accroissement des populations indigènes, augmentant le pouvoir d'achat des colonies intéresse au plus haut degré l'équilibre des échanges de l'Empire. Vous ne pourrez donc éviter d'examiner Ie problème de la population, l'action de l'assistance médicale, l'œuvre de prévoyance sociale et, conjointement, la question encore mal éclaircie quoi qu'on dise du peuplement français encore possible dans certaines colonies, ou certains îlots tempérés de nos possessions tropicales elles-mêmes.

(2). Souligné par l'orateur.

La troisième sécurité est la sécurité financière 2. Il faut au programme dont vous proposerez la réalisation la garantie qu'il aura, pendant le temps qu'il y faudra, les moyens financiers de s'exécuter. Et cela vous conduit à scruter le problème de la Participation nécessaire et rationnelle de l'Etat français au développement des ressources coloniales qu'attend l'Empire, de la révision du régime des emprunts coloniaux et de la question capitale du Crédit colonial.

Enfin, la quatrième sécurité, qui n'est pas la moins nécessaire, est celle de l'unité du Commandement métropolitain (3)

(3)Souligné par l'orateur.

3 - RAPPORT DE LA COMMISSION GENERALE DES PRODUCTIONS

La commission a tiré de ses travaux les principales constatations et conclusions résumées ci-après.

1. Importance croissante de la clientèle d'Outre-mer pour nos exportateurs métropolitains.

II apparaît, à première vue, que l'approvisionnement des 60 millions d'habitants de nos territoires d'Outre-mer, offre à la Métropole de larges débouchés pour ses industries d'exportation. Ces débouchés seront d'autant plus précieux que les difficultés du' commerce international et les exagérations du nationalisme économique s'accentuent de plus en plus.

TI apparaît que dans celles de nos possessions où la France ne possède pas une liberté douanière complète, en vertu d'accords diplomatiques [es importations d'origine étrangère tiennent encore une place coosidérab1e qui pourrait être réduite au profit des fournitures métropolitaines, lesquelles ne représentent actuellement que 10 % au Togo, 27 % au Cameroun, 38 % en Afrique Equatoriale, 46 % en Afrique Occidentale, 48 % au Maroc et 75 % en Tunisie. n y a donc là une part importante de nos marchés d'Outre-mer à reconquérir,

2. Nécessité de renseigner la production métropo1itaiue sur les besoins et possibilités des marchés d'Outre-mer.

3. Nécessité de protéger les exportations métropolitaines aux colonies et d'alléger les charges fiscales et sociales qui grèvent la production française.

4. Nécessité d'accroître le pouvoir d'achat de nos populations d'0utre-Mer.

Commission spéciale des productions minières.

La Commission a mis tout d'abord en valeur l’importance capitale que doit avoir la production minière dans l'économie de la France totale, principalement pour des besoins de notre industrie et de la Défense nationale. Cette production est grandement insuffisante pour bon nombre d'articles; il en est résulté, chaque année, une charge de plusieurs milliards de francs pour notre balance commerciale, du fait des achats de substances minérales à l'étranger, chiffre supérieur à celui de notre production impériale.

La Commission a conclu à la nécessité d'un plan d'exploration géologique et minière qui devra être établi et poursuivi, en s'inspirant de ce qui a été réalisé depuis quinze ans dans l'Empire britannique.

En conséquence, la commission demande instamment, à titre de première mesure d'exécution, la création d'un organisme central minier (1) sous la forme d'une fondation technique chargée de contribuer à l'exploration géologique et minière et à la mise en valeur du sous-sol de notre, empire.

1. Souligné dans le texte.

Ses attributs comporteraient:

1. La création et le contrôle technique, avec l'appui et l'accord des Gouvernements Locaux intéressés d'établissements coloniaux ayant pour but l'exploration géologique et minière des possessions françaises d'Outre-mer;

2. La Constitution et la publication d'une documentation sur la géologie et les gisements miniers coloniaux;

3. L'organisation de cours et stages pour la préparation d'un personnel technique spécialisé pour les colonies;

4. l'aide apportée aux laboratoires s'occupant de recherches géologiques et minéralogiques;

5. L'organisation de missions géologiques et minières dans nos possessions d'Outre-mer.

 

 

C- CONFERENCE DE BRAZZAVILLE

1. COMPOSITION DE LA CONFERENCE AFRICAINE FRANÇAISE DE BRAZZAVILLE

PRESIDENT: M. René PLEVEN, Commissaire aux Colonies.

SECRETAIRE GENERAL: M. Henri LAURENTIE, Gouverneur des Colonies, Directeur des Affaires Politiques au Commissariat aux Colonies.

MEMBRES:

MM. Pierre COURNARIE, Gouverneur Général de l'Afrique Occidentale Française.

Félix EBOUE, Gouverneur Général de l'Afrique Equatoriale Française.

Pierre de SAINT MART, Gouverneur Général de Madagascar et Dépendances.

Charles ASSIER DE POMPIGNAN, Gouverneur du Dahomey.

André BAYARDELLE, Gouverneur (Secrétaire Général) de l'Afrique Equatoriale Française.

Auguste CALVEL, Gouverneur du Soudan. Jean-Charles-André CAPAGORRY, Gouverneur de la Réunion.

Hubert CARRAS, Gouverneur du Cameroun.

Jean CEALVET, Administrateur en Chef, Gouverneur par intérim de la Mauritanie.

Charles DAGAIN, Gouverneur du Sénégal André LATRILLE, Gouverneur de la Côte d'Ivoire.

Gabriel FORTUNE, Gouverneur du Moyen Congo.

Albert MERCADIER, Gouverneur de la Circonscription de Dakar.

Jean NOUTARY, Administrateur en Chef, Gouverneur par intérim du Togo.

Marie-Jacques ROGUE, Gouverneur du Tchad.

Raphael SALLER, Gouverneur de l'Oubangui.

Jean François TOBY, Gouverneur du Niger. Paul VUILLAUME, Gouverneur du Gabon.

Tous les participants ci-dessus avaient voix délibérative.

DELEGATION DE L'ASSEMBLEE CONSULTATIVE PROVISOIRE :

MM. Félix GOUIN, Président de l'Assemblée Consultative Provisoire.

Ernest BISSAGNET, Délégué de la Résistance extra métropolitaine.

Albert GAZIER, Délégué de la C. G. T.

Pierre GUILLERY, Délégué du Cameroun.

Jean MISTRAL, Délégué de la Résistance.

Jules MOCH, Ancien Ministre, Délégué parlementaire.

Marcel POIMBOEUF, Délégué des Syndicats Chrétiens.

Marc RUCART, Ancien Ministre, Délégué parlementaire.

Henri SEIGNON, Délégué de l'Afrique Equatoriale Française.

OBSERVATEURS :

Du Gouverneur Général de l'Algérie: M. FABREGOULE, Secrétaire Général Adjoint du Gouverneur Général de l'Algérie.

M. Le Colonel SPILLMAN, Directeur des Services d'Information du Commissariat à la Coordination des Affaires Musulmanes.

Du Résident Général du Maroc: M. VALLAT, Contrôleur Civil du Maroc.

M. BERQUE, Contrôleur Civil du Maroc.

2 - DISCOURS D'OUVERTURE PRONONCE PAR M. PLEVEN, COMMISSAIRE

AUX COLONIES, LE DIMANCHE 30 JANVIER 1944.

 

Mon Général,

Sur la route longue, escarpée, douloureuse, où vous êtes entré, solitaire, le 18 juin 1940, suivi d'abord. par une poignée de fidèles dont Ie gros était formé par des soldats, des colons, des fonctionnaires de l'Afrique Française Libre, dont Brazzaville et Douala demeurent les capitales vibrantes et passionnées, sur cette route où finalement un peuple entier s'est engagé, gagné par votre exemple, la journée d'aujourd'hui marque à la fois le terme et le commencement d'une étape.

Congo Belge, notre ami des bons et des mauvais jours, de Messieurs les Consuls Généraux de Grande-Bretagne et des Etats-Unis, dont les gouvernements; nos Alliés, nous apportent une aide sans laquelle nous n'oublions pas que nous ne pourrions donner à notre effort de guerre toute son ampleur que devant Monsieur le Président et plusieurs membres de ['Assemblée Consultative Provisoire, qui montrent ainsi l'intérêt que les Français de la Métropole portent toujours plus à la chose coloniale, qu'avec les délégués du Gouvernement Général de l'Algérie, des Résidents Généraux du Maroc et de Tunisie, se trouvent réunis devant vous, les Chefs de tous les territoires de l'Afrique Française, voilà la preuve de l'achèvement et de la réussite et comme le couronnement de l'infatigable effort que vous aviez entrepris pour rassembler les terres françaises d'Outre-mer et faire servir leurs ressources humaines et matérielles à la lutte contre l’ennemi.

Mais la réunion de cette Conférence Africaine emprunte aux circonstances de l'heure une autre signification.

Sa convocation est l'indice que commence une phase nouvelle du redressement français. Elle révèle que, se dégageant déjà des débris du passé, des ruines du présent, la France lève les yeux vers son avenir. Elle souligne la détermination des hommes qui voulurent Ia libération du pays de vouloir aussi sa renaissance. EIle démontre que nous entendons que, de même qu'elles prirent part à nos malheurs, les populations françaises ou autochtones de notre Empire soient pleinement associées aux bienfaits que nous espérons de notre renouveau. Car, Messieurs, si le moment choisi pour réunir cette conférence, convoquée en pleine guerre et le sol métropolitain envahi, si le lieu adopté pour tenir ses assises au centre même de l'Afrique et dans l'atmosphère coloniale la plus militante qui se puisse trouver, suffiraient à lui donner un caractère exceptionnel, elle se distingue pour des raisons plus profondes et bien significatives de l'orientation des pensées de la France qui combat et qui renaît de celles qui dans les années de paix, l'ont précédées.

Le Gouvernement de la République avait tenu, avant guerre, deux conférences impériales, l'une en 1934 - 1935, l'autre en 1937. La première d'entre elles, intitulée Conférence Economique de la France Métropolitaine et d'Outre-mer, rassemblait le ban et l'arrière-ban des organisations Métropolitaines et Coloniales intéressées au développement de l'Empire; la seconde réunissait suivant la formule adoptée par notre Conférence de Brazzaville, les seuls Gouverneurs Généraux et Gouverneurs de nos Colonies.

Un travail considérable fut accompli dans ces conférences qui furent essentiellement consacrées aux problèmes économiques.

Cette sorte de primauté accordée à l'économie était le reflet des préoccupations d'une période dominée par une crise mondiale sans précédent, causée largement par des conceptions financières qui faisaient de la monnaie non plus l'instrument destiné à servir l'homme mais, en quelque sorte, une fin en soi. Période détestable et navrante, dont les coloniaux de longue expérience que vous êtes, se souviennent, et qui marque une sorte de tournant de l'orientation de notre administration coloniale, contrainte, de sacrifier trop souvent à ce qu'on nomme nécessités économiques, les essentiels besoins humains.

La conception qui inspire le programme de la Conférence de Brazzaville est tout autre. Elle a attribué aux problèmes économiques la large part qui leur est due. Nous sommes trop réalistes pour ne pas toujours nous souvenir, que, sans le développement de la production, il n'est pas de ressources disponibles pour assurer le progrès social. Mais nous nous sommes refusés à donner à l'économique la première place et surtout à l'isoler des problèmes politiques et sociaux qui se poseront dès la fin de cette guerre devant l'intelligence et la conscience des grandes Nations colonisatrices et du monde contemporain.

C'est l'homme, c'est l'Africain, ce sont ses aspirations, ses besoins et, n'hésitons pas à la reconnaître, ses faiblesses c'est l'Africain pris comme individu, aussi bien comme membre de la cellule familiale ou villageoise que comme élément de la société appelée, ainsi que toutes les sociétés, à évoluer profondément sous l'effet de da technique et de l'idéologie contemporaines, qui seront la préoccupation constante de cette conférence ; c'est l'incorporation des masses indigènes dans le monde français, l'évolution de nos liens avec elles du stade du dévouement instinctif du sergent Mélamine, au loyalisme nécessairement différent et plus nuancé de l'éduqué et du citoyen, c'est l’ascension des populations africaines vers la personnalité politique qui retiendront une partie très importante et peut-être la plus longue du temps de la Conférence, en un mot l'homme et la société humaine auront, à Brazzaville la primauté.

- Et, ce faisant nous continuerons simplement les grandes traditions coloniales de la France, celles des grands hommes à qui le pays doit son Empire. Qu'ils se soient appelés Ga1liéni ou Lemyre de Villers à Madagascar, Pavi en Indochine, Archi­nard et Van Vollenhoven en A. O. F., Lyautey au Maroc ou ici même, SAVORGNAN DE BRAZZA, à qui nous rendons aujourd'hui un hommage trop longtemps différé, les fondateurs de l'Empire, qu'ils fussent militaires ou civils, ont toujours assigné comme objectif suprême à l'administration coloniale de la France, l'élévation matérielle, morale, civique de la population.

Loin de voir dans les préoccupations et les charges qu'une telle orientation imposait au peuple colonisateur une contradiction quelconque avec l'autorité et les droits de la France, ils y ont vu la meilleure garantie de cette autorité et de ces droits.

J'ai déjà dit à Brazzaville en octobre, et tout récemment à l'Assemblée consultative, pourquoi l'absence de l'Indochine nous avait imposé de circonscrire cette conférence à notre domaine africain. Dans cette limite géographique, c'est l'ensemble des problèmes de la colonisation en Afrique que nous avons entendu poser devant les hommes les plus qualifiés par l'expérience irremplaçable que donnent les lourdes responsabilités du commandement pour offrir une recommandation et un avis au chef du département des colonies et, par lui au gouvernement.

La politique indigène et le régime du travail, le rôle, les droits et les devoirs des colons ou des nan Africains, le développement économique et le progrès 'Social, La représentation de la population, de toutes les races, dans le cadre du territoire, l'intégration de l'Empire dans la future constitution française, aucun de ces chapitres ne peut être traité séparément si l'on veut orienter avec clarté et fermeté l’action civilisatrice de la France et aboutir à une doctrine cohérente. La Conférence de Brazzaville aura réussi dans la mesure où elle nous aura permis de mettre au point Ies idées et les informations nécessaires à l'élaboration de notre politique de demain.

Mon Général, je sortirais du cadre assigné à cette séance solennelle si j'anticipais dans quelque mesure sur les propositions qui résulteront des discussions ardues, laborieuses qui attendent cette Conférence. En vous demandant de bien vouloir déclarer ouverte la Conférence africaine française de Brazzaville, je vous prie d'accepter, au nom de toute l'administration coloniale, au nom de l'armée qui garde ces territoires, au nom des populations françaises et autochtones de toutes races, l'expression de notre gratitude pour avoir accepté au prix d'un long et fatigant voyage, de venir en inaugurer les travaux.

Votre présence est, pour ceux qui servent, travaillent et évangélisent en Afrique, la plus belle des récompenses et le plus stimulant des encouragements.

Par-dessus tout, elle nous permet de faire de cette conférence africaine française, ce que nous voulons en premier lieu qu'elle soit: l’affirmation de notre foi en la mission de la France en Afrique, de notre conviction que les Français portent en eux, l'aptitude, la volonté et la force de la mener à bien enfin, I ‘affirmation de notre volonté de prendre nous-mêmes et surtout sans les partager avec aucune institution anonyme, les immenses mais exaltantes responsabilités qui sont nôtres, vis-à-vis des races qui vivent sous notre drapeau.

Un demi-siècle a suffi à la France pour faire régner sur ces immenses territoires l'ordre et la paix, pour les couvrir des institutions de l'éducation, de l'assistance, de l'apostolat et des réalisations techniques que notre ambition veut toujours plus nombreuses, plus appropriées au but. Nous n'écartons pas le principe et, au contraire, nous recherchons dans tous les domaines la collaboration internationale et surtout celle de nos voisins. Nous lisons, de temps à autre, que cette guerre doit se terminer par ce qu'on appelle un affranchissement des peuples coloniaux. Dans la grande France coloniale, il n'y ni peuples à affranchir, ni discriminations raciales à abolir. II y a des populations qui se sentent Français et qui veulent prendre et à qui la France veut donner une part de plus en plus large dans la vie et les institutions démocratiques de la communauté française.

Il y a des populations que nous entendons conduire, étape par étape, à la personnalité, pour les plus mûres aux franchises politiques, mais qui n'entendent connaître d'autre indépendance que l'indépendance de la France.

 

 

 

  1. - DISCOURS PRONONCE A LA SEANCE D'OUVER­TURE PAR LE GENERAL DE GAULLE, PRESIDENT DU COMITE FRANÇAIS DE LIBERATION NATIO­NALE.

Messieurs,

Si l'on voulait juger des entreprises de notre temps suivant les errements anciens, on pourrait s'étonner que le Gouvernement français ait décidé de réunir cette Conférence africaine.

« Attendez, nous conseillerait, sans doute, la fausse prudence d'autrefois. La guerre n'est pas à son terme. Encore moins peut-on savoir ce que sera demain, la paix. La France, d'ailleurs, n'a-t-elle pas, hélas, des soucis plus immédiats que l'avenir de ses territoires d'Outre-mer. »

Messieurs, il a paru au Gouvernement que rien ne serait en réalité moins justifié que cet effacement; ni plus imprudent que cette prudence. C'est qu'en effet, loin que la situation présente, pour cruelle et compliquée qu'elle soit, doive nous conseiller l'abstention, c'est au contraire, l'esprit d'entreprise qu'elle nous commande. Cela est vrai dans tous les domaines, en particulier dans celui que va parcourir la Conférence de Brazzaville. Car sans vouloir exagérer, l'urgence des raisons qui nous pressent d'aborder l'étude d'ensemble des problèmes africains français, nous croyons que les immenses événements qui bouleversent le monde nous engagent à ne pas tarder; que la terrible épreuve que constitue l'occupation provisoire de la Métropole par l'ennemi ne retire rien à la France en guerre de ses devoirs et de ses droits; enfin, que le rassemblement maintenant accompli de toutes nos possessions d'Afrique, nous offre une occasion excellente de réunir, à l'initiative et sous la direction de Monsieur le Commissaire aux. Colonies, pour travailler ensemble, confronter leurs idées et leur expérience, les hommes qui ont l'honneur et la charge de gouverner, au nom de la France, ses territoires africains. Et où donc une telle réunion devait-elle se tenir, sinon à Brazzaville, qui, pendant de terribles années fut le refuge de notre honneur et de notre indépendance et qui restera l:'exemple du plus méritoire effort français.

Depuis un demi-siècle, à l'appel d'une vocation civilisatrice vieille de beaucoup de centaines d'années, sous; l'impulsion de gouvernements de la République et sous la conduite d'hommes tels que: Galliéni, Brazza, Dodds, Joffre, Binger, Mar­chand, Gentil, Foureau, Lamy, Borgnis-Desborde, Archinard, Lyautey, Gouraud, Mangin, Largeau, les Français ont pénétré, pacifié, ouvert au monde une grande partie de cette Afrique Noire, que son étendue, les rigueurs du climat, la puissance des obstacles naturels, la misère et la diversité de ses populations avaient maintenue, depuis l'aurore de I'Histoire, douloureuse et imperméable.

Ce qui a été fait par nous pour le développement de richesses et pour le bien des hommes, à mesure de cette marche en avant, il n'est pour le discerner, que de parcourir nos territoires et, pour le reconnaître, que d'avoir du cœur. Mais de même qu'un rocher lancé sur la pente roule plus vite à chaque instant; ainsi l'œuvre que nous avons entreprise ici nous impose sans cesse de plus larges tâches. Au moment où commençait la présente guerre mondiale, apparaissait déjà la nécessité d'établir sur des bases nouvelles les conditions de la mise en valeur de notre Afrique, celle du progrès humain de ses habitants et celles de l'exercice de la souveraineté française.

  1. toujours, la guerre elle-même précipite l'évolution. D'abord, par le fait qu'elle fut, jusqu'à ce jour, pour une bonne part, une guerre africaine et que du même coup, l‘importance absolue et relative des ressources, des communications, des contingents d'Afrique, est apparue dans la lumière crue des théâtres d'opérations, mais ensuite et surtout, parce que cette guerre a pour enjeu ru plus ni moins que la condition de l'homme et que sous l'action des forces, psychiques qu'elle a partout déclenchées, chaque population, chaque individu, lève la tête, regarde au-delà du jour et s'interroge sur son destin. S'il est une puissance impériale que les évènements conduisent à s'inspirer de leurs leçons, et à choisir noblement, libéralement, la route des temps nouveaux où elle entend diriger les soixante millions d'hommes qui se trouvent associés au sort de ses 42 millions d'enfants, cette puissance c'est la France. .

En premier lieu, et tout simplement parce qu'elle est la France, c'est-à-dire la nation dont l'immortel génie est désigné pour les initiatives qui, par degrés, élèvent les hommes vers les sommets de dignité et de fraternité où, quelque jour, tous pourront s'unir. Ensuite parce que, dans l'extrémité où une défaite provisoire l'avait refoulée, c'est dans ses terres d'Outre-­Mer dont toutes les populations dans toutes les parties du monde, n'ont pas, une seule minute, altéré leur fidélité magnifique, qu'elle a trouvé son recours et la base de départ pour sa libération et qu'il y a désormais, de ce fait, entre la Métropole et J'Empire un lien définitif. Enfin, pour cette raison que tirant à mesure du drame, les conclusions qu'il comporte, la France est aujourd'hui animée, pour ce qui la concerne elle-même, et 'pour ce qui concerne tous ceux qui dépendent d'elle, d'une volonté ardente et pratique de renouveau.

Est-ce à dire que la France veuille poursuivre sa tâche Outre-mer en enfermant ses territoires dans des barrières qui les isoleraient du monde et, d'abord, de l'ensemble des contrées africaines. Non, certes, et pour le prouver, il n'est que d'évoquer comment, dans cette guerre, l'Afrique Equatoriale et le Cameroun français n'ont cessé de collaborer de la façon la plus étroite avec les territoires voisins, et comment, à l'heure qu'il est, l‘Empire français tout entier, à l'exception momentanée de l'Indochine, contribue dans d'importantes proportions, par ses positions stratégiques, ses voies de communications, sa production., ses bases aériennes, sans préjudice de ses effectifs militaires, à l'effort commun des alliés. Nous croyons que, pour ce qui concerne la vie du monde de demain, l'autarcie ne serait, pour personne ni souhaitable, ni même possible. Nous croyons, en particulier qu'au point de vue du développement des ressources et des grandes communications, le continent africain doit constituer, dans une large mesure un tout. Mais, en Afrique Française, comme dans tous les autres territoires où des hommes vivent sous notre drapeau, il n'y aurait aucun progrès qui soit un progrès, si les hommes, sur leur terre natale, n'en profitaient pas, moralement et matériellement, s'ils ne pouvaient s'élever peu à peu jusqu'au niveau où ils seront capables de participer chez eux à la gestion de leurs propres affaires. C'est un devoir de la France de faire en sorte qu'il en soit ainsi.

Tel est le but vers lequel nous avons à nous diriger. Nous ne nous dissimulons pas la longueur des étapes. Vous avez, Messieurs les Gouverneurs Généraux, Messieurs les Gouverneurs, les pieds assez bien enfoncés dans la terre d'Afrique pour ne jamais perdre le sens de ce qui est réalisable et, par conséquent, pratique.

Au demeurant, il appartient à la Nation Française et il n'appartient qu'à elle, de procéder le moment venu, aux réformes impériales de structure qu'elle décidera dans sa souveraineté. Mais, en attendant, il faut vivre, c'est chaque jour entamer l'avenir.

Vous étudierez ici, pour les soumettre au Gouvernement, quelles conditions morales, sociales, politiques, économiques et autres vous paraissent devoir être progressivement appliquées dans chacun de nos territoires pour que, par leur développement même et le progrès de leur population ils s'intègrent dans la communauté française avec leur personnalité, leurs intérêts, leurs aspirations, leur avenir.

Messieurs, la Conférence africaine française de Brazzaville est ouverte.

4 - RECOMMANDATIONS DE LA CONFERENCE

 

RECOMMANDATIONS ADOPTEES PAR LA CONFERENCE:

PREMIERE PARTIE :

 

ORGANISATION POLITIQUE DE L'EMPIRE FRANÇAIS ORGANISATION POLITIQUE INTERIEURE DES COLONIES

La Conférence africaine française de Brazzaville, avant d'aborder cette partie du programme général qui était proposé à son examen, a cru devoir poser le principe ci-après :

« Les fins de l’œuvre de civilisation accomplie par la France dans les Colonies écartent toute idée d'autonomie toute possibilité d'évolution hors du bloc français de l'empire; la constitution éventuelle, même lointaine, de self-gouvernements dans les colonies est à écarter. »

A. - ORGANISATION POLITIQUE DE L'EMPIRE FRANÇAIS

Le programme général de la Conférence de Brazzaville résumait ainsi les données du problème:

« On veut que le Pouvoir politique de la France s'exerce avec précision et rigueur sur toutes les terres de son Empire. On veut aussi que des colonies jouissent d'une grande Liberté administrative et économique. On veut égaiement que les peuples coloniaux éprouvent par eux-mêmes cette liberté et que leur responsabilité soit peu à peu formée et élevée, afin qu'ils se trouvent associés à la gestion de la chose publique dans leur pays. »

La Conférence de Brazzaville, après en avoir délibéré dans sa séance du 6 février 1944, a adopté la recommandation ci-­après.

RECOMMANDATION:

« La représentation des colonies dans une nouvelle Constitution française, en raison de la complexité des problèmes soulevés, ne peut être étudiée utilement que par une Commission d'experts désignés par le Gouvernement. »

«Il apparaît toutefois que ces experts devraient retenir, pour guider et orienter leurs travaux, les principes ci-après :

1. « Il est désirable et même indispensable que les colonies soient représentées au sein de la future Assemblée qui recevra mission de rédiger la nouvelle constitution française, »

« Cette représentation devra être adéquate à l'importance des colonies dans lia communauté française, importance qui ne saurait plus être discutée après les services qu'elles ont rendus à la nation au cours de cette guerre. »

« 2. Il est indispensable que la représentation des colonies auprès du pouvoir central dans la Métropole soit assurée d'une manière beaucoup plus large et beaucoup plus efficace que par le passé. »

« 3. A priori, tout projet de réforme qui tendrait seulement à. améliorer le système de représentation existant au 1 septembre 1939 : députés et sénateurs coloniaux au Parlement métropolitain" Conseil supérieur de la France d'Outre-mer, paraît inadéquat et condamne à la stérilité.

« Il en est ainsi notamment de l'augmentation qui pourrait être envisagée du nombre des députés et sénateurs coloniaux au sein du Parlement métropolitain et de l'octroi de nouveaux sièges aux colonies qui, actuellement, ne sont pas représentées ».

« En tout état de cause, l'organisme nouveau à créer, Parlement colonial, ou préférablement, Assemblée fédérale, devra répondre aux préoccupations suivantes : affirmer et garantir l'unité politique et la liberté locale de chacun des territoires constituant le bloc France-colonies, ou si l'on veut bien admettre ce terme malgré les objections qui seront réservées au pouvoir central ou organe fédérateur d'une part, celles qui seront reconnues aux colonies, d'autre part.»

« 4. Le régime législatif des colonies, ou pour parler un langage plus concret, le domaine respectif de la loi, du décret et de l'arrêté, ne pourra être déterminé utilement que lorsque seront intervenues les décisions fixant, sur de nouvelles bases, le départ des attributions entre le pouvoir central ou organe fédérateur et les divers territoires dont on marquera avec force qu'on désire les voir s'acheminer, par étapes, de la décentralisation administrative à la personnalité politique. »

B. - ORGANISATION POLITIQUE INTERIEURE DES COLONIES.

Le programme général de la Conférence africaine française de Brazzaville posait, ainsi qu'il suit, le problème des institutions représentatives:

« Le problème actuel consiste, pour les Gouverneurs, à rechercher tout ce qui, dans leur colonie, est déjà capable de donner un avis compétent et de susciter dans ce qui existe ou dans ce qui pourrait exister, l'extension de cette justice consultation politique...

En un mot, la Conférence de Brazzaville est interrogée sur les points suivants :

1. La représentation intérieure des colonies, doit-elle être considérée comme une matière en état d'évolution ?

2. Si tel est le cas quels sont actuellement les organismes qui pourraient valablement être déjà consultés sur ce point ?

3. De quelle façon pourra-t-on assurer le progrès d'une représentation intérieure ainsi envisagée, aussi bien du côté indigène que du côté européen ?

4. Peut-on, dès à présent, concevoir dans certains cas une représentation commune des européens et des indigènes ?

La Conférence, après en avoir délibéré dans ses séances des 4 et 5 février 1944 a adopté la recommandation ci-après:

RECOMMANDATION:

« Il est indispensable de créer les moyens d'expression politique qui permettront aux chefs de Colonies, auxquels on veut assurer dans leur administration intérieure une initiative aussi large que possible, de s'appuyer, aussi bien du côté européen que du côté indigène, sur un système représentatif parfaitement équilibré et légitime.

Il est recommandé, en conséquence, la suppression des organismes consultatifs actuels et leur remplacement:

En premier lieu, par des conseils de subdivisions et des conseils régionaux composés de notables indigènes, et utilisant chaque fois que cela paraîtra possible, le support des institutions traditionnelles existantes;

En second lieu, par des Assemblées Représentatives composées en partie d'européens et en partie d'indigènes;

Le mode de désignation devrait être celui de l’élection, et le moyen, celui du suffrage universel, partout et dans tous les cas où la possibilité en serait reconnue.

A défaut, la désignation serait faite par cooptation. Exceptionnellement, un petit nombre de membres européens et indigènes, connus pour leur compétence ou les services rendus" serait désigné par le Gouverneur.

Les attributions des Conseils de Subdivisions et des régions seraient consultatives: celles des Assemblées seraient délibératives pour Je vote du budget et l'établissement des programmes de travaux neufs, consultatives dans toutes les matières ressortissant aux pouvoirs de législation et de règlementation reconnus au Gouverneur.

Des conseillers d'Administration composés exclusivement de fonctionnaires assisteraient en outre, le Gouverneur pour l'application des règlements seulement ».

«En ce qui concerne les Affaires pénales, ils ressort par contre que les coutumes ne peuvent plus, dans l’état actuel des mœurs, servir de base à la législation pénale. La rédaction d'un Code Pénal commun à tout le Continent Africain qui s'inspirerait des dispositions du Code Pénal de l'Afrique Occidentale Française et qui tiendrait compte des retouches et des améliorations que l'expérience permet d'apporter à ce texte, est préconisée.

Sanctions disciplinaires

« La suppression progressive des peines ordinaires de I ‘indigénat doit être assurée dès la fin des hostilités ».

D. ENSEIGNEMENT

«Le progrès dans l'ordre moral et dans l'ordre matériel des populations indigènes ne peut pas se concevoir sans un enseignement adéquat. Celui que nous donnons est-il suffisant par le nombre des personnes qu'il louche, par la façon dont il les touche ? Il paraît sans objet de continuer à discuter, de savoir si l'enseignement professionnel ou manuel est préférable à l'enseignement intellectuel. Ni l'un, ni l'autre ne pénètre la masse, ne lui apprend à mieux vivre. Cet enseignement de la masse qui donnerait à l'ensemble de la population la recette d'une vie plus productive, plus saine, meilleure, reste encore à créer ».

Le problème étant ainsi défini, la Conférence, après en avoir délibéré, dans sa séance du 8 février 1944, a adopté la recommandation ci-après:

 

 

RECOMMANDATION:

1. L'enseignement des indigènes africains doit, d'une part, atteindre et pénétrer les masses et leur apprendre à mieux vivre, d'autre part, aboutir à une sélection sûre et rapide des élites;

Une importance égale à celle attachée à l'enseignement des garçons doit être apportée à l'enseignement des filles qui doit marcher de pair afin d'éviter un déséquilibre fatal à la société et à la famille indigène;

3. L'enseignement doit être donné en langue française, l'emploi pédagogique des dialectes locaux parlés étant absolument interdit aussi bien dans les écoles privées que dans les écoles publiques;

4. L'enseignement des masses ne peut être entrepris et réalisé que par la Création d'écoles dans tous les vidages pouvant présenter un effectif scolaire de cinquante élèves, garçons et filles, la condition préalable étant la formation d'instituteurs et d'institutrices indigènes dans des écoles normales à établir dans le plus bref délai possible ;

5. Grâce à l'extension. ainsi prévue de l'enseignement des masses et à la sélection des élites, il devra être ouvertes dans tous les territoires de l'Empire; des écoles professionnelles, des écoles primaires supérieures et' des établissements d'enseignement spécialisé, nécessaires à la formation des élites indigènes qui devront être appelées à tenir un nombre de plus en plus grand d'emplois dans le commerce, l'industrie et l'Administration.

6. Les modalités de recrutement du personnel européen nécessaire au fonctionnement des écoles primaires supérieures et des établissements d’enseignement spécialisé devront être étudiées dès à présent.

E. REGIME DU TRAVAIL

La question posée à ta Conférence était ainsi conçue:

« Comment faire pour concilier la nécessité de faire fonctionner et de développer les exploitations agricoles existantes (ou celles même qui seraient créées), les mines, les chantiers forestiers et les industries actuelles ou éventuelles avec la double obligation de maintenir en bon ordre la Société indigène et d'assurer la repopulation? .

Après en avoir délibéré dans sa séance du 2 février 1944, la Conférence a adopté la recommandation ci-après :

RECOMMANDATION :

« Si l'effort de guerre exige provisoirement le maintien du régime présent du travail, la Conférence n'en est pas moins unanime à affirme la supériorité absolue de la1ibertê du travail; un délai maximum de cinq ans sera imparti aux autorités locales pour la rétablir.

Le rétablissement du libre marché du travail ne peut aller sans un relèvement sensible de la condition morale et matérielle du travailleur, qui trouvera, dans la hausse des salaires, dans l'organisation de l‘apprentissage et. dans le développement de l'enseignement professionnel avec l'éducation de la responsabilité qu'il comporte, le moyen d'être attiré vers le travail et d'y satisfaire sa dignité et ses besoins.

Toujours dans le dessein de donner au travail en Afrique, la place d'honneur qui lui revient, il est recommandé:

« 1° L'institution d'un service obligatoire du travail pendant un an, pour les indigènes de 20 à 21 ans, reconnus aptes et qui n'auraient pas été pris dans la première portion du contingent militaire.

Ces indigènes seraient employés uniquement sur les chantiers d'intérêt public.

Seraient exemptés de ce service du travail les indigènes qui pourraient prouver avoir travaillé pendant 18 mois chez un employeur privé ».

« 2° La création d'un livret de pécule, qui assurerait une retraite à l'indigène après 15 ans à 20 ans de travail Cette mesure devrait s'étendre à toutes les catégories de travailleurs indigènes. »

« 3° L'observation régulière du repos hebdomadaire.

« 4° La durée de la journée de travail à huit heures.

« 5° Le respect de toutes les croyances religieuses, que les travailleurs soient chrétiens, musulmans ou fétichistes.

« 6° L'interdiction d'une retenue de salaire sans l'assentiment de l'administration.

Le montant des retenues autorisées serait versé à la Caisse des Retraites des travailleurs. »

« 7° Le droit pour le mari d'être accompagné par sa femme sur le lieu de son travail .A cet effet, et pour obtenir un contrôle vraiment efficace du régime ainsi défini du travail indigène il est recommandé la création d'un corps spécialisé de l’inspection du travail dépendant du Ministère des colonies. Ces inspecteurs devront réunir la double garantie de la compétence technique et l'expérience coloniale.

Dans le même ordre d'idées, le développement des associations professionnelles doit être considéré comme un moyen efficace d'améliorer la condition du travailleur indigène.

*

TABLE DES MATIERES

I. Traditions coloniales françaises

1 - La première guerre mondiale et la Conférence de

1917

  1. - La grande crise et la Conférence économique de la France Métropolitaine et d'Outre-mer (Décembre 1934 - Avril 1935)

3 - La deuxième guerre mondiale et la Conférence « africaine» de Brazzaville

II. Les conditions de la convocation de la confèrent

l - L'offensive des Alliés et ses conséquences pour la France

  1. - Les craintes du C.F.L.N. (Comité Français de Libération Nationale)

3 – Situation économique

III. Travaux de fa Conférence de Brazzaville

1 Mesures d'intégration politique

2 - Mesures d'intégration économique

A. Conférence Coloniale (1917)

1 - Convocation à la Conférence

2 - Discours die M. MAGINOT (Ministre des Colonies) à la séance d'ouverture

B. Conférence Economique de la France Métropolitaine et d'Outre-mer (1934-1935)

1 - Discours de M. Louis ROLLIN Ministre des Colonies

2 - Discours de M. Albert: SARRAUT, Président de la Conférence

3 - Rapport de la Commission Générale des Productions

 

C. Conférence de Brazzaville

1 - Composition de la Conférence africaine française de Brazzaville

  1. - Discours d'ouverture prononcé par M. PLEVEN, Commissaire aux Colonies, le dimanche 30 janvier 1944 . "..

3- Discours prononcé à la séance d'ouverture par le Général de Gaulle, Président du Comité Français de Libération Nationale

4 - Recommandations de la Conférence

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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 14:52

Business as usual !

Les missiles de croisière TOMAHAWK sont produits par la compagnie étasunienne RAYTHEON également fabricant des missiles Patriot.

D’après les classements du SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute) cette entreprise est la 4° entreprise mondiale d’armement et probablement le premier producteur mondial de missiles. Son chiffre d’affaires dépassait 20 milliards $ en 2013 et selon d’autres sources aurait atteint 23 milliards $ en 2015.Les bénéfices déclarés sont de l’ordre de 10 % du chiffre d’affaires. Aux présidentielles de 2012 RAYTHEON a donné un peu plus aux Républicains qu’aux Démocrates

Le tir de 59 Tomahawk sur la Syrie a été salué par une légère hausse du titre à Wall Street et va permettre de reconstituer les stocks de l’US Navy qui en est le principal utilisateur. L’annonce d’une hausse des dépenses militaires du pentagone pour le nouvel exercice prend désormais un sens très concret et le complexe militaro-indsutriel se réjouit de cette concrétisation. En effet RAYTHEON qui a reconstitué ses stocks en 2012 pour livrer 361 missiles en 2012 et 252 en 2013 à l’US Navy avait craint de devoir arrêter sa production en 2014 si de nouvelles commandes n’arrivaient pas. L’action de Trump va venir apaiser ces craintes et l’usine de montage des TOMAHAWK à Tucson dans l’Arizona va continuer à produire.

De conception ancienne – années 70 - le Tomahawk est un missile subsonique qui vole en basse altitude. Il est tiré depuis des navires de surface ou des sous-marins. Il peut, dans certaines versions, être équipé d’une ogive nucléaire. Guidé par GPS le Tomahawk est considéré comme assez précis sur des cibles fixes mais moins sur des cibles en mouvement. RAYTHEON en aurait produit plus de 4000 exemplaires.

Le prix du Tomahawk est estimé aujourd’hui autour de 1 million de dollars pièce, Raytheon annonce un chiffre inférieur mais certains chroniqueurs militaires parlent de 1,5 millions $ . Donc la salve de jeudi soir a coûté environ 59 millions de dollars.

Des centaines de Tomahawk ont été lancés sur l’Irak à diverses occasions entre 1991 et 725 en 2003 au moment de l’invasion. Il a également été utilisé contre la Serbie dans la guerre du Kosovo et 200 exemplaires environ ont été lancés sur la Libye en 2011 au moment de l’attaque occidentale. Le Yémen a été ciblé en 2016 mais dans l’indifférence générale puisque « les USA ne sont pas en guerre au Yémen ! ».

La base aérienne syrienne attaquée dans la nuit de Jeudi à vendredi a retrouvé son activité normale dés le Samedi 8 Avril.

 

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2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 17:50

Un mur, des murs

Murs partout, les maitres assiégés …


 

L’inquiétude des classes dirigeantes occidentales face aux incertitudes sur les politiques que va réellement conduire l’administration TRUMP est patente. Le personnage lui-même se garde bien de les lever essayant de profiter au moins temporairement par ses annonces tonitruantes et déstabilisatrices d’un effet de peur voire de sidération de ceux qui s’opposeraient à son ambition de redonner, comme il l’a dit, à « l’AMERIQUE » sa prédominance perdue.

Le premier cas mais il y en aura d’autres puisqu’il s’agit de l’application d’une méthode de gouvernement directement inspirée par la gestion contemporaine des grands monopoles capitalistes (cost killing, contrats éphémères et précaires avec tous : salariés, clients, fournisseurs…) qui est soumise à l’épreuve du feu, est celui du mur avec le Mexique.

La nouvelle fait aussitôt le tour du monde et rares sont ceux qui rappellent que la construction du dit mur a commencé sous Clinton s’est poursuivie sous Bush qui a fait valider cette politique par le Congrès en 2006 et qu’aujourd’hui les fractions de mur déjà construites représentent en gros un sixième des 3000 kilomètres de la frontière commune. Rares sont ceux également qui n’oublient pas de mentionner que la pratique des murs entre Etats s’est beaucoup répandue dans le monde ces dernières décennies (les deux plus connus sont le mur de l’apartheid israélien et le mur marocain d’isolement de la république arabe sahraouie mais il y en a d’autres) et que de plus en plus les quartiers de riches se barricadent, se murent à l’intérieur des grandes villes du monde.

Les gouvernements mexicains successifs ont observé sans réagir le phénomène qui confirmait que le traité de libre-échange de 1994, comme tous les traités de libre-échange conclus entre deux pays inégaux, profitait principalement au plus puissant des deux. Ainsi étaient fabriqués au Mexique par un prolétariat surexploité des produits manufacturés pas chers pour le marché étasunien, ainsi les produits de l’agrobusiness étasunien lourdement subventionnés pouvaient envahir le marché mexicain et détruire la paysannerie mexicaine. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes capitalistes possible, le Mexique vendu par sa bourgeoisie compradore réprimant de plus en plus violemment une population ouvrière et paysanne appauvrie. Ce grand flux transfrontalier légalisé de marchandises s’accompagnait d’un flux parasite : la drogue, pour alimenter le premier marché mondial des stupéfiants : les Etats-Unis, parachevant ainsi la violence sociale du processus libre-échangiste.

La réponse populaire à cette violence était la tentative de passer au nord avec l’espoir d’échapper à ces conditions de pays dominé. Au moment même où Clinton ouvrait la frontière aux marchandises, il commençait à la fermer aux hommes. Bush allait continuer. Il ne faut jamais oublier que ce genre de fermeture n’empêche jamais tout passage mais qu’il le limite fortement en le rendant très difficile, très onéreux et très dangereux voire mortel et que d’autre part les enfants de la bourgeoisie mexicaine qui venaient étudier aux Etats-Unis n’avaient pas besoin de passeur pour sauter le mur, ils étaient accueillis légalement comme l’étaient les diplômes mexicains qui venaient ainsi mettre au service des monopoles étasuniens des qualifications acquises aux frais de l’état et des contribuables mexicains. Le freinage était un freinage de classe, donc brutal.

Mais le freinage ne fonctionnait que sur une fraction de la très longue frontière commune. Inévitablement TRUMP allait intervenir sur ce terrain pour pousser à l’achèvement du mur. Il se trouvait ainsi face à une redoutable contradiction : tenir ses promesses électorales de limitation de la main d’œuvre immigrée, et du « fabriquons US » promesses bien reçues dans toute une série d’états de l’union où sévit la désindustrialisation et où s’étend la misère et ne pas piocher dans les caisses d’un Etat surendetté alors qu’il n’a pas prévu de taxer comme ils le mériteraient les milliardaires étasuniens. On voit mal TRUMP exiger du PDG d’Exxon qu’il vient de choisir comme secrétaire d’Etat que la plus grande compagnie US qui ne paye pas d’impôts aux Etats-Unis rapatrie ses bénéfices (somptueux mais off shore) aux Etats-Unis.

D’où l’annonce : Les Etats-Unis construisent le mur mais le Mexique paye. La seule réponse possible du président mexicain a été : « Le Mexique n’a rien demandé, il n’a rien à payer » Le gouvernement mexicain ne peut rien dire d’autre puisque le mur est un mur contre les mexicains et d’autres latinos plus au Sud et que les nombreuses victimes du difficile passage du mur sont aussi des latinos. Accepter le principe du mur et le financer aurait été pour lui outrageant. D’où le refus de Pena Nieto d’une rencontre officielle avec TRUMP.

La seconde contradiction n’est pas moins redoutable. TRUMP ne se contente pas de lancer le débat sur le mur et son financement mais il va plus loin dans les remises en cause des politiques précédentes : il annonce la révision de l’accord de libre-échange de 1994 arguant du fait que le commerce entre les deux pays est déséquilibré au détriment des Etats-Unis. Le fait est réel mais pouvait-il en être autrement puisque le but était de faire fabriquer à bas coût des produits destinés au marché étasunien par des ouvriers et ouvrières mexicains surexploités. Cette opportunité ne pouvait qu’être saisie à bras le corps par le Capital international. Deux décennies plus tard le résultat est là : les importations depuis le Mexique sont énormes.

TRUMP agite alors une menace de taxation de 20% des importations en provenance du Mexique. Que peuvent faire les multinationales qui ont profité de l’aubaine ? Plusieurs réponses sont possibles mais ne sont pas immédiates :

  • Surexploiter encore plus la main-d’œuvre mexicaine pour faire baisser son prix et en mettre une partie au chômage

  • Demander au gouvernement mexicain de dévaluer le peso pour annuler l’effet immédiat de la taxation mais les recettes consolidées en dollars baisseraient d’autant

  • Relocaliser une partie de leur production aux Etats-Unis mais à condition que le prix du travail aux Etats-Unis ne soit pas trop supérieur à ce qu’il est au Mexique donc affronter la classe ouvrière étasunienne y compris celle qui a voté TRUMP.

Dans quelque direction que l’on regarde d’immenses affrontements de classe sont en préparation au Mexique et aux Etats-Unis pour commencer mais bien au delà. Que vont faire les guatémaltèques, honduriens, salvadoriens qui transitaient par le Mexique pour passer aux Etats-Unis et qui représentaient un tiers des candidats au franchissement du mur ? Déjà les Etats-Unis avaient fait pression sur le Mexique pour qu’il construise un mur sur sa frontière Sud et en 2016 le président Pena Nieto avait semblé acquiescer en commençant par acquérir aux Etats-Unis du matériel de contrôle d’une frontière passoire et avait augmenté les expulsions.

Deux sorties : d’un côté la lutte organisée et prolongée de la classe exploitée, de l’autre l’effondrement déjà observable aux Etats-Unis dans l’overdose, le shoot généralisé, le désespoir chimiquement assisté.

Dans son discours d’investiture TRUMP a affirmé que « l’AMERIQUE » retrouverait son rayonnement mondial quand elle serait exemplaire. A ce train, il faudra attendre.

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20 janvier 2017 5 20 /01 /janvier /2017 20:34

Le vocabulaire des bouffons

*****

Les communicants de l’équipe MACRON ont labellisé HAMPERS les supporters du « jeune leader » (version française du Young leader pro étasunien dument accepté outre-Atlantique pour servir les maitres de Washington (Maison Blanche, Pentagone, FED, FMI , Banque mondiale, Goldman Sachs et autres)

Ironie du verbe !

En anglais le verbe TO HAMPER veut dire : déranger, empêcher, faire obstacle à une théorie.

Il s’agit donc de faire croire que le jeune leader dérange quoi que ce soit. Fadaises et billevesées ! Tout au plus va-t-il déranger les candidats besogneux à la primaire du PS.

Ex associé gérant de la banque ROTHSCHILD ,c’est-à-dire partageant les bénéfices de l’entreprise, il ne dérangera pas « la finance » (lire le capitalisme contemporain) dont il est un représentant au plus haut niveau et le fourbe Hollande , souvenez-vous, « mon ennemi c’est la finance ! » l’a choisi chez ROTHSCHILD comme secrétaire général adjoint de l’Elysée avant d’en faire un ministre c’est à dire avant de le mettre en circulation comme gadget nouveau sur le marché politique, nouvelle tête de gondole de la foire aux mensonges.

La soumission de François II le Fourbe à la politique étasunienne, visible dans toute son action, l’a conduit dans un premier temps à faire adouber le jeune leader par la puissance dominante. Ce fut fait dès 2013 quand Macron fut accueilli par l’UNION INTERALLIEE, club franco-étasunien très chic (adhésion annuelle entre 25000 et 50000 €) installé à quelques pas de l’Elysée dans l’ancien hôtel Henri de Rothschild pour y « exposer la politique de la France » selon les propres termes de l’invitation. Etrange république où le président délègue un de ses mignons pour se prosterner devant les maitres …*

Passé ce premier grand oral, l’impétrant est passé l’année suivante devant le jury plus large et plus transnational du club de Bilderberg. Validé ! Après pareil parcours il ne manquait plus au jeune poulain qu’un bref galop ministériel avant d’aborder le grand prix de l’Elysée. Nous y voilà !

Avis aux HAMPERS macroniens:  vous n’empêcherez rien ! Votre rôle est au contraire de pérenniser la vassalisation de la France dans l’empire militaro-capitaliste étasunien.

Et puisque votre gourou vous invite à parler anglais, vérifiez ! HAMPER, substantif, veut aussi dire « panier à linge sale » !

 

  • http://www.prixinterallie.org Voir sur ce lien une étonnante intervention en 1964 de Georges Pompidou lui aussi pur produit de l’écurie Rothschild devant le même cercle de l’Union Interalliée qui laisse entrevoir sa candidature à la présidentielle et la fin des « excentricités » gaullistes anti étasuniennes.
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18 janvier 2017 3 18 /01 /janvier /2017 21:40

TRUMP, les nouveaux habits de l’empereur ?

***

Que l’élection de Trump ait surpris une bonne partie des groupes dominants aux Etats-Unis qu’ils soient dans la sphère économique et ses relais médiatiques ou dans certains secteurs de l’appareil d’Etat est désormais bien établi et les tensions dureront jusqu’aux dernières heures précédant l’investiture. Les pronostics sur la future politique du nouvel élu sont divers et très contradictoires.

Aussi n’est-il pas inutile de se reporter huit ans an arrière et de se remettre en mémoire les pronostics faits sur le nouvel élu : Barak Obama. Ambiance bien différente : il importait de tourner la page Bush et de mettre en circulation un produit nouveau : un « intellectuel noir ». Double effet d’étiquetage commercial abusif : un diplômé de droit à Harvard n’est pas nécessairement un « intellectuel », Bush était lui-même diplômé de Yale et Obama était métis.

Méfiant face à cette opération de promotion commerciale du produit Obama, COMAGUER avait à l’époque traduit et diffusé le texte d’un intellectuel brésilien dont la pertinence est maintenant établie. Le prix Nobel de la Paix attribué en début de mandat c’est-à-dire sans aucune justification concrète allait très vite confirmer la justesse de l’analyse de FREI BETTO confirmée par une récente interview sur la situation brésilienne annexée à ce bulletin. Une brève biographie de l’auteur précède le texte.

***

Frei Betto

Carlos Alberto Libânio Christo, ou Frei Betto, est dominicain et écrivain, auteur de nombreux livres et essais, entre autres de Típicos Tipos, qui a obtenu le prix Jabuti en 2005. Il a été conseiller spécial de Lula en 2003-2004. La valeur de son témoignage est renforcée par la persécution qu’il a personnellement vécue sous le gouvernement militaire (1964-83). Engagé en 1969 dans la lutte armée aux côtés de Carlos Marighella et prisonnier pendant cinq ans, à sa libération en 1974, il fonde la Pastorale ouvrière puis la Pastorale de la terre, qui seront des pépinières de cadres du nouveau syndicalisme brésilien (CUT), du Parti des travailleurs (PT) et du Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST).

Source http://www.autresbresils.net/Frei-Betto

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Les vieux habits de l'empereur

(De Frei Betto, écrivain brésilien)

Traduction: COMAGUER - comaguer@orange.fr- 21.01.2009)

Après son élection comme président des Etats-Unis, Obama a dit à ses amis sionistes:

« Détruisez Gaza maintenant, avant ma prise de pouvoir, que je puisse jouer la comédie du changement ».

***

Ce ne furent peut-être pas les paroles exactes, peut-être ne les prononça-t-il pas lui-même peut-être lui suffit-il de les susurrer à l'oreille de l'un de ses sicaires, ou bien ce fut l'un d'entre eux qui les lui susurrèrent; mais, directement ou indirectement, c'est bien ce qu'a dit Obama à ses principaux alliés.

Les ingénus croient - et les pusillanimes feignent de croire - que les israéliens ont interrompu leur génocide juste un jour avant la prise de pouvoir d'Obama parce que c'était Bush qui leur permettait de le perpétrer et qu'après son départ ils n'auraient plus l'autorisation du maître.

En réalité ils l'ont fait parce que le président-carpette sortant allait quitter son poste et qu'il était tellement couvert de sang qu'il était sans importance de l'en éclabousser encore un peu plus, tandis qu'il convenait de laisser le nouveau propre en apparence le plus longtemps possible.

Dans la gendarmerie sordide qu'est la Maison Blanche, l'alternance n'est pas entre des républicains et des démocrates, mais entre « mauvais » policiers et « bons» policiers. A Obama, tout comme au Kennedy néfaste, avec lequel beaucoup le comparent, est échu le rôle de bon policier. Et tout comme le boucher du Vietnam, le prochain boucher du Moyen-­Orient essayera de cacher avec son caractère atypique et son sourire facile la même politique d'expulsion et d'extermination que celle de ses prédécesseurs et de ses protecteurs.

Tout comme le mauvais policier te met la tête dans la baignoire et ensuite le bon policier essaye de te convaincre avec de mots gentils, Bush massacra des milliers d'afghans et d'irakiens et permit le massacre de milliers de palestiniens, et maintenant la tâche d'Obama est de nettoyer le sang et de signaler aux survivants du massacre qui s'ils ne se comportent pas bien, il réutilisera la manière forte. Comme s'il y avait une autre!

A l'inverse de l'empereur d'Andersen, le nouveau titulaire de l'empire prétend nous faire croire qu'il arrive au pouvoir « presque nu comme les fils de la mer », comme aurait dit Machado, il veut faire croire que nous ne voyons pas son manteau de rouge ensanglanté. Et ils sont si nombreux ceux qui, à l'intérieur et hors des Etats-Unis, feignent de ne pas le voir et il faudra, une fois de plus donner raison à Goebbels, le grand idéologue des démocraties occidentales.

*******

Au terme de ces huit années, le bilan est sombre. Loin d’avoir mis un terme aux guerres de Bush, en Afghanistan et en Irak, Obama les a prolongées. En Irak en particulier il a fait obstacle aux tentatives de reconstruction d’un Etat national, a favorisé l’émergence de l’Etat islamique, a soutenu la province kurde en appuyant sa dissidence et il a ajouté quatre nouvelles guerres. Par ordre chronologique : Libye, Syrie, Ukraine, Yémen.

Prenons les dans cet ordre

  • Libye : après des manœuvres douteuses d’apaisement menées avec l’appui de la France et de la Grande-Bretagne auxquelles Kadhafi cède, la guerre commence par la violation de la résolution du Conseil de Sécurité, énorme pied de nez à la Russie (Medvedev président) et à la Chine (Hu Jin Tao président) qui s’étaient abstenues. S’en suit la destruction du pays, le renversement du régime et l’assassinat programmé du chef de l’Etat, le tout accompagné du rire haineux et satisfait d’Hillary Clinton.
  • Syrie : le renversement du régime sur le mode du printemps arabe ayant échoué, le recours à la violence armée est très vite décidé. Des bandes de plus en plus internationales et de plus en plus nombreuses (on avance le chiffre de 200 000 hommes, « rebelles » dans le jargon propagandiste occidental, décapiteurs et empoisonneurs de réseaux d’eau potable sur le terrain) de terroristes sont financées, équipées et conseillées par l’Occident (USA, France, Grande-Bretagne, Israël, Allemagne et leurs alliés Arabie Saoudite, Qatar, Jordanie). L’armée arabe syrienne résiste mais la partie est difficile, ses adversaires sont dotés d’armements plus modernes que les siens et une partie du territoire échappe à son contrôle. Cette guerre qui a perdu très vite tout caractère civil est une guerre internationale organisée par le camp occidental et dont l’issue aujourd’hui proche est sa défaite face à une coalition militaire de la Russie de l’Iran et du Hezbollah autour du noyau dur de l’armée arabe Syrienne et de l’Etat syrien qui a continué à fonctionner sur la partie la plus peuplée du territoire.
  • Ukraine : susciter une guerre civile dans ce pays qui était la république la plus développée de l’ex URSS a paru la seule façon de couper des liens historiques, culturels, et économiques très forts avec la Fédération de Russie. Opération menée sans relâche pendant deux décennies, ratée une première fois avec l’’échec de la révolution orange et reprise en 2014 avec cette fois la participation active des organisations fascistes bien préparées et faisant usage de leurs pires méthodes (voir massacre de la bourse du Travail d’Odessa). Guerre civile financée par les Etats-Unis comme attesté par Madame Nuland (« nous avons dépensé 5 milliards de dollars »).Résultat : la Crimée retourne dans le giron russe qu’elle n’avait quitté que sur un coup de tête bureaucratique de Khrouchtchev et un pays divisé, appauvri qu’une partie de sa population a fui.
  • Yémen : Une guerre menée officiellement par l’Arabie Saoudite surarmée par les Etats-Unis et appuyée par les moyens d’observation (satellites, avions Awacs), par l’usage des drones US décollant depuis Djibouti, par la surveillance maritime des côtes yéménites assurée par la VII° flotte US et par le renseignement US contre son voisin pauvre.

Second aspect de la poursuite effrénée de la guerre impériale le plus préoccupant même s’il n’est pas pour l’heure le plus meurtrier : la mise en place de l’Axe réactionnaire pour la domination du capital anglo-saxon. Le terme utilisé par Bush junior pour dénoncer l’Axe du mal n’est plus utilisé aujourd’hui, car cet Axe part de Washington.

En effet outre ces guerres la politique internationale telle qu’elle s’est clairement dessinée au cours du second mandat d’Obama a bien consisté à mettre sur pied une coalition réactionnaire mondiale destinée à contrebalancer les puissances émergentes (et même bien émergées comme la Chine). En font clairement partie :

    • Israël : car venant d’un pays si prompt à décider d’embargos ou de sanctions commerciales dés qu’un autre Etat poursuit une politique qui lui déplait et les critiques verbales d’Obama sur les colonies ne peuvent pas faire oublier les milliards de dollars d’aide qui se poursuivent et constituent le sommet mondial de la fourberie propagandiste
    • Colombie : qui vient de signer un accord de coopération avec l’OTAN et où sont installées sept bases militaires US, futurs points d’appui d’une offensive militaire contre le Venezuela qui n’a pas succombé aux actions civiles déjà lancées et parmi lesquelles a probablement figuré l’assassinat d’Hugo Chavez.
    • Pologne : en pleine réaction anti russe et anticommuniste où viennent d’arriver les éléments de la brigade blindée étasunienne et ses 4000 hommes qui s’installeront à portée de fusil de l’enclave russe de Kaliningrad. Les Pays baltes s’inscrivent dans le même mouvement
    • Japon : qui supporte mal d’avoir dû céder la place de seconde économie mondiale à son voisin chinois et qui sous la direction du nostalgique impérial Shinzo Abe devient le point d’appui asiatique des Etats-Unis, à preuve les visites successives d’Obama à Hiroshima et d’Abe à Pearl Harbour destinées l’une et l’autre à effacer avec quelques paroles lénifiantes cette vilaine guerre du Pacifique entre impérialismes concurrents. Il est significatif et le fait a été repris dans une pétition lancée en commun par des universitaires japonais et étasuniens que les paroles de regret de Shinzo Abe pour la mort de 2400 soldats US à Pearl Harbour n’aient pas été suivies de paroles analogues pour les 300 000 massacrés de Nankin et les quelques 12 millions de morts chinois dans la guerre d’agression japonaise, pas plus que pour les souffrances infligées au peuple coréen pendant 35 ans d’occupation.
    • Australe et Nouvelle Zélande : ces isolats anglo-saxons à la périphérie de l’Asie n’ont aucune autonomie stratégique et condamnés au suivisme.
    • Reste le cas des principaux pays de l’Union Européenne : France, Grande-Bretagne, Allemagne, Italie. Si leur engagement dans la politique guerrière d’Obama n’a pas fait le moindre doute et même si certains ont pratiqué la surenchère, la France en particulier, ils sont tous aujourd’hui face à des situations politiques critiques où la question de leur vassalité vis-à-vis de Washington va inévitablement venir en débat. Leurs dirigeants, niant l’évidence, ne craindront même pas le ridicule d’imputer ces interrogations populaires profondes à de sournoises influences russes.

***

Le bon flic s’est ainsi mué en mauvais flic. Quel habit peut revêtir le nouveau président ? Celui de la brute à front bas qui écrase l’adversaire sous des tapis de bombes ou celui du fourbe cool qui tire dans le dos ? Ni l’un ni l’autre !

Trump devra répondre à un défi d’une autre magnitude : il n’aura pas à choisir entre l’habit du bon flic et celui du mauvais flic.

Il sera confronté à la perte quasi totale de la légitimité du rôle de flic mondial.

THE END !

 

ANNEXE De http://www.autresbresils.net/ La vocation littéraire de Frei Betto. 5 juillet 2016, par Manuel da Costa Pinto Source : Revista Cult - Mai 2015 Traduction par Piera Simon-Chaix - Relecture par Pascale Vigier Avec bientôt 71 ans révolus et derrière lui une soixantaine de publications, Frei Betto a découvert très tôt l’amour de l’écriture, lorsque ses rédactions d’écolier (ses compositions, comme on disait à l’époque) attirèrent l’attention de ses professeurs sur son talent. Mais il n’est devenu un auteur que « grâce aux généraux brésiliens ». Membre de l’Action catholique, groupe qui s’est opposé au régime militaire, Carlos Alberto Libânio Christo a été fait prisonnier deux fois : en 1964 et entre 1969 et 1973, alors qu’il était dans l’état de Rio Grande do Sul et participait à un réseau clandestin mis en place par les dominicains pour venir en aide aux insurgés. De cette seconde expérience résulteront deux recueils de lettres, actuellement réunies en un volume unique appelé Lettres de prison [1]. Le profil du religieux et du militant commençait à s’y esquisser, lui qui publia plusieurs livres à caractère moraliste – parmi lesquels Baptismo de sangue [Baptême de sang, non traduit], qui raconte l’enchaînement des évènements ayant mené à l’assassinat de l’activiste Carlos Marighella [2] et qui allait inspirer le film du même nom réalisé par Helvécio Ratton. La rencontre de l’action politique et de la religion a rapproché Frei Betto du christianisme progressiste des dominicains et de la théologie de la libération, mais ils n’ont jamais étouffé sa vraie vocation – la littérature. Vocation qui fut attisée par sa mère, Maria Stella Libânio Christo, une chrétienne progressiste et auteur de livres culinaires (parmi lesquels le classique Fogão de Lenha [Four à bois, non traduit] et par son père, Antônio Carlos Vieira Christo, avocat, chroniqueur et fervent anticlérical, qui pleura abondamment lorsqu’il apprit que son fils allait rentrer dans l’ordre des dominicains, mais qui plus tard deviendrait « fan de la théologie de la libération de D. Pedro Casaldáliga » selon Frei Betto. Dans l’entretien ci-dessous, mené au couvent des dominicains, dans le quartier de Perdizes, à São Paulo, l’auteur de Minas do ouro [Mines d’or, non traduit] évoque la nécessité de dissocier fiction et questions idéologiques. Ces dernières se sont toujours manifestées dans ses interventions publiques, le menant à participer au programme Faim zéro sous le gouvernement de Lula, mais sans l’empêcher d’être critique par rapport aux déviances du Parti des travailleurs (PT) et de la timidité de la gauche. CULT - À quel moment la littérature et l’écriture apparaissent-elles dans votre vie ? FREI BETTO - J’ai commencé à écrire très tôt. Je raconte toujours qu’à huit ans, quand j’étais à l’école primaire, ma professeur Dercy Passos est entrée dans la salle avec une pile de compositions (un beau nom que l’on utilisait alors pour parler des rédactions) et qu’en commençant à corriger, elle a gardé la mienne pour la fin. Elle a ensuite dit à la classe : « Vous devriez prendre exemple sur Carlos Alberto ; lui il écrit ses propres compositions, il ne demande pas à ses parents de les faire à sa place. » J’étais tellement fier... Et plus tard, en première année de ginásio [3], au collège des Maristes, mon professeur de portugais m’a appelé et m’a dit : « Si tu ne deviens pas écrivain, ce sera uniquement parce que tu ne l’auras pas souhaité ». Sauf que pour moi, être écrivain, c’était quelque chose d’un autre monde, réservé aux intellectuels. C’est à partir de là que j’ai commencé à faire du journalisme. En 1966 je suis entré là où bien des gens aimeraient terminer leur carrière : la revue Realidade [4] . Mais c’est seulement grâce aux généraux brésiliens que je suis devenu écrivain, en écrivant Lettres de prison – qui ont d’abord été publiées à l’étranger [sous un autre titre et en plusieurs volumes], d’abord en Italie, en 1971, puis en France et dans d’autres pays. C’est seulement ensuite, en 1977, qu’elles ont été publiées au Brésil. CULT - L’expérience politique a beaucoup marqué votre littérature. À quel moment une fiction « pure » a-t-elle surgi, libérée de cette préoccupation ? FREI BETTO - Le militantisme a rendu la fiction très difficile pour moi, même s’il s’agit de ce que je préfère. J’ai dû lutter pour me défaire de cette camisole de force. Mon premier roman fut O dia de Ângelo [Le jour d’Ângelo, non traduit], où cette camisole de force était encore prégnante, où j’avais mis un peu de mes expériences d’emprisonnement solitaire. Puis ça a été Hotel Brasil [5] et Minas do ouro – où j’ai un peu plus lâché la bride. CULT - Ce changement coïncide avec la période qui suit la chute du mur de Berlin, quand les grandes questions idéologiques étaient sur le déclin. C’est seulement après, par exemple, que vous écrivez Hotel Brasil, un roman policier. Existe-t-il une relation entre les deux ? FREI BETTO - Si je vais au bout de ce que je peux affirmer de façon consciente, je crois que je voulais me mettre au défi d’écrire un roman policier – double défi de créer fiction et mystère, conduire le lecteur jusqu’à la fin sans qu’il découvre l’identité de l’assassin. C’est ça que j’avais en tête. Je n’avais pas conscience qu’avec la crise des idéologies, j’allais faire de la littérature « pure ». Je réserve 120 jours par an à l’écriture. Ils ne se suivent pas, mais ils sont sacrés. Et je me retrouve très souvent à court d’idées en écrivant de la fiction ; alors, sans coup férir, je lis Machado de Assis. Il me réchauffe, provoque mon inventivité. J’ai été un lecteur vorace de Jorge Amado et d’Erico Verissimo, qui était mon ami et qui m’a aidé à mettre en place une bibliothèque dans le pénitencier où j’étais emprisonné - et j’ai été très marqué par la littérature française, Camus, le Sartre du théâtre et de La Nausée. CULT - En parlant de Jorge Amado et de Sartre, qui étaient des écrivains très engagés, quelle est votre évaluation de la gauche d’aujourd’hui ? FREI BETTO - Aujourd’hui, la gauche est une rareté. J’ai très intimement connu le monde socialiste, au Nicaragua puis à Cuba, où j’ai réalisé pendant dix ans, entre 1981 et 1991, un travail institutionnel de rapprochement de l’Église et de l’État. Avec la chute du mur de Berlin, la gauche académique, qui n’a jamais effectué de travail populaire, a été cooptée par le néolibéralisme, au point qu’aujourd’hui l’Europe occidentale connaît une crise énorme sans que la gauche fasse la moindre proposition. Le principal problème philosophique aujourd’hui, c’est que le temps n’est pas considéré selon une perspective historique. Cela a un impact sur la gauche mondiale, qui est en train de perdre son horizon utopique (il n’y a pas d’utopie, il n’y a pas de projet) et cela a aussi un impact au niveau personnel, sur la difficulté d’avoir un projet personnel dans la vie professionnelle, artistique, affective (tout le monde devient vulnérable aux difficultés rencontrées dans la relation conjugale). Tout cela mène à l’absence d’espoir et fait glisser la discussion politique du rationnel à l’émotionnel. J’ai toujours participé à des discussions politiques et je n’ai jamais été confronté à un niveau d’animosité aussi fort qu’aujourd’hui, parce que l’horizon historique s’est éteint. Ce n’est pas facile d’être de gauche dans un monde aussi séducteur que celui du capitalisme néolibéral. D’où le problème du PT, qui a perdu son horizon utopique d’un projet Brésil et qui l’a échangé contre l’horizon immédiat d’un projet de pouvoir. CULT - À quel moment vous êtes-vous rendu compte que le PT abandonnait son projet initial ? FREI BETTO - Il a disparu durant la campagne de 2002, quand le PT a choisi de s’assurer la gouvernance en s’appuyant sur le marché et sur le Congrès. C’est de là que viennent les alliances et la « Lettre aux Brésiliens » [6] qui est en fait la « lettre aux banquiers ». Le PT a abandonné à ce moment-là sa matière première, c’est-à-dire les mouvements sociaux par lesquels il aurait dû assurer sa gouvernance, comme l’a fait Evo Morales en Bolivie, qui n’avait aucun appui au parlement et s’est reposé sur les mouvements sociaux et, grâce à eux, est parvenu à changer le profil du parlement. Aujourd’hui il bénéficie du soutien des deux, c’est le président le plus solidement en place de cette moisson progressiste. Le PT a choisi le marché et le Congrès. Maintenant il est à leur merci et il en paye largement le prix. À tel point que le gouvernement a fait appel à un homme issu du monde de la finance [Joaquim Levy] pour voir s’il allait améliorer l’économie et a offert la partie politique au PMDB. CULT - Si la « Lettre aux Brésiliens » vous avait déçu, pourquoi avoir participé au programme Faim zéro, du gouvernement de Lula ? FREI BETTO - J’ai pensé que la « Lettre aux Brésiliens » était une tactique, qu’une fois élu, le PT mettrait en œuvre des réformes des infrastructures, des impôts, une réforme agraire, quelque chose. J’étais extrêmement enthousiaste. On a toujours fait appel à moi pour travailler dans l’administration, mais je n’ai jamais voulu travailler ni pour le privé ni pour les gouvernements. J’aime ma vie errante, sans entrave. Quand Lula a été élu et qu’il m’a invité pour participer du programme Faim zéro, j’ai pensé que travailler avec les plus pauvres des pauvres – les affamés – avait à voir avec mon engagement religieux et j’ai reçu le soutien de mes supérieurs dominicains et même du Vatican. Je suis resté deux ans et, d’un seul coup, le gouvernement a mis un terme au programme Faim zéro pour le remplacer par la Bolsa Familia. J’ai alors eu la certitude que ce choix allait à l’encontre de tout ce que le PT revendiquait depuis sa fondation. Le programme Faim zéro est un programme qui vise à l’émancipation des personnes concernées, la Bolsa Familia est une compensation. Le programme Faim zéro s’attaquait à la structure du pays et c’est pour ça qu’il a été boycotté par les préfets des différents états de l’union. Il était coordonné par des comités de gestion municipaux, sans passer par les préfets, sans possibilité d’utiliser les ressources du programme pour s’en servir dans le grand jeu électoral. C’est pour ça que les préfets se sont rebellés, ont fait pression sur le Ministère de l’Intérieur, qui a fait pression sur Lula. Finalement, Lula a cédé et moi je me suis enfui. CULT - Il vous est arrivé d’écrire que le PT fait du « populisme de façade ». FREI BETTO - L’erreur de Lula a été de faciliter l’accès du peuple aux biens personnels et pas aux biens sociaux, à l’inverse de ce que l’Europe a fait au début des années 1920 en donnant d’abord accès à l’éducation, l’habitation, le transport et la santé et seulement ensuite aux biens personnels. Ici c’est différent. Si vous allez dans une favela, les gens ont des télés en couleurs, une cuisinière, un frigo, des micro-ondes (grâce à l’exonération des appareils électroménagers), un téléphone portable, un ordinateur et même une voiture au pied du morro, mais ils habitent dans une favela, il n’y a pas de système d’évacuation des eaux usées, pas d’éducation de qualité. C’est un gouvernement qui organise l’intégration économique sur la base de la consommation et ne met pas en place d’intégration politique. Les gens consommaient, l’argent circulait et l’inflation était sous contrôle, mais ce n’est pas pour ça que s’est instauré quelque chose de durable. Maintenant la plaisanterie est finie, c’est le moment de payer la note et Joaquim Levy devient ministre des Finances. CULT - Les catholiques de gauche ont été méprisés par le PT à cause des compromis avec les évangélistes ? FREI BETTO - Lula a toujours reconnu que les Communautés ecclésiastiques de base (CEB) ont eu plus d’importance pour la capillarité du PT sur le territoire brésilien que le syndicalisme. Dans les années 1980, il existait des noyaux du PT au fin fond du Maranhão ou de l’Amazonas, grâce à ces communautés. Durant leur période d’activité, il n’y avait pas de fuite des fidèles vers les églises pentecôtistes. C’est le fait que le Pontificat de Jean Paul II ait réprimé les CEB qui a poussé les évêques à ne plus les soutenir et de nombreuses personnes à se tourner vers les églises évangéliques. Dans les CEB, le pauvre se sent à son aise. Mais dans une église, non. Si à la paroisse, il n’y a que des gens de classe moyenne, s’il y a la patronne, si tout est concentré autour du prêtre – les gens n’échangent pas comme dans une communauté. Les CEB existent encore, mais pas avec la même force qu’avant. Les CEB ont produit de nombreux militants, comme Erundina, Vicentinho, Chico Alencar. Les figures éthiques [du PT] ont une tradition d’église. Le PT est formé de trois segments : les gens d’Église, les syndicalistes et les gens issus de la gauche – réminiscences de la gauche de l’époque de la dictature (Zé Dirceu, Paulo Vannuchi, etc.). Ceux des CEB, par formation personnelle, n’ont jamais couru après le pouvoir. Peu à peu, ils se sont retrouvés au second plan. D’un autre côté, les évangélistes mettent en place une grande stratégie pour dominer la politique brésilienne, qui se résume à : « Nos principes religieux exigent des attitudes morales déterminées et nous ne pouvons imposer cela que de deux façons : en convertissant toute la nation (ce qui est impossible) ou en détenant le pouvoir d’inscrire dans la loi civile l’obligation pour la population de faire ce que nous voulons (puisque la loi est universelle) ». Il suffit du stylo pour qu’un principe religieux devienne une loi. CULT - Voyez-vous de la sincérité religieuse dans cette posture, ou s’agit-il de la manipulation de sentiments réactifs des fidèles ? FREI BETTO - Les deux. Il y a les fondamentalistes, et il y a ceux qui sont seulement opportunistes. Ceux-ci comprennent qu’il s’agit d’un vivier de votes. Le pasteur le dit clairement : « le candidat, c’est celui-ci ». Cela n’a pas lieu au sein de l’église catholique – ça avait lieu dans les années 1930, avec la LEC (Ligue électorale catholique), avec l’évêque qui disait « ça oui, ça non ». Dans les églises évangéliques, aujourd’hui, la trajectoire est parfaitement explicite. De nombreux hommes politiques y sont par fondamentalisme, d’autres par opportunisme. CULT - Quelle est votre position par rapport à l’autorisation de l’avortement ? FREI BETTO - Je défends le modèle français. Tout doit être mis en œuvre par l’État pour convaincre la femme de ne pas avorter, mais la décision finale lui appartient. Ce modèle, en premier lieu, a permis d’en finir avec l’avortement clandestin et a ainsi permis de diminuer le nombre de décès. En second lieu, le fait que le médecin et le responsable religieux de la femme l’incitent à ne pas avorter a permis d’augmenter le nombre de femmes qui ont cherché à avorter, mais ont finalement décidé d’assumer l’enfant. J’ai moi-même une expérience personnelle à ce sujet. J’ai déjà reçu des adolescentes dans cette situation, et j’ai toujours dit : « Va jusqu’à l’accouchement et laisse l’enfant, je m’en charge, laisse-le à la porte du couvent ». Personne n’en a jamais amené et aujourd’hui, j’ai une tripotée de filleuls... J’ai une position ouverte, je pense que l’avortement en dernière instance est un droit de la femme et ne peut absolument pas être criminalisé. CULT - Mais cela ne contrevient-il pas aux dogmes de l’église ? FREI BETTO - Ce n’est pas un dogme. Si s’en était un, l’Église devrait aussi être contre la guerre, il n’y aurait pas de chapelain militaire et, aux États-Unis, elle serait contre la peine de mort. En vérité, la théologie est ambiguë. Saint Thomas d’Aquin acceptait l’avortement jusqu’à quarante jours après la fécondation, parce qu’il n’y avait pas encore, véritablement, une personne – et c’est lui, la doctrine officielle de l’Église. La discussion théologique n’est pas fermée. À tel point que j’ai écrit un texte à ce sujet en 1988, qui a circulé au sein de la Conférence nationale des évêques du Brésil, et je n’ai jamais été confronté à des remontrances. D’ailleurs, dans ce texte, je dis que « si l’homme accouchait, l’avortement serait un sacrement »... CULT - Et pour ce qui est du mariage homosexuel ? FREI BETTO - Le fondement de la relation de tout être humain est l’amour – et s’il y a de l’amour, il y a Dieu. Le thème de la sexualité et de la famille est figé au sein de l’Église catholique depuis le 16e siècle. Plusieurs tentatives ont eu lieu pour évoquer ce thème dans les conciles, mais sans succès. Je pense que le pape François, d’une façon très intelligente, est en train de parvenir à se débarrasser de ces préjugés. Au lieu de dire « nous allons accepter le mariage homosexuel », il dit « ces couples ont des enfants, les enfants n’ont-ils pas le droit au catéchisme ? ». Grâce à ça, il ouvre déjà le champ des possibles. Il a récemment reçu au Vatican un transsexuel espagnol qui a été discriminé par les évêques et qui va désormais se marier. Ça a été un scandale en Espagne, à tel point qu’ils affirment que la droite espagnole prie ainsi pour le pape : « Seigneur, illuminez-le ou éliminez-le ». CULT - Un autre sujet d’actualité qui divise l’opinion publique est l’abaissement de la majorité pénale. Qu’en pensez-vous ? FREI BETTO - Criminaliser la jeunesse est une manière commode de ne pas avoir à se confronter à ce qui devrait être fait pour éviter la criminalité juvénile : éduquer. C’est le cas des Unités de police pacificatrice à Rio [7] : la police monte dans la favela, mais l’école, le théâtre, le cinéma, le sport, la musique ne montent pas – et le trafiquant ne souhaite pas que son fils soit un délinquant, il veut qu’il soit médecin. Une génération aurait déjà pu être sauvée à Rio si les équipements sociaux étaient eux aussi entrés dans les favelas. CULT - En tant que militant et ex-prisonnier politique, comment voyez-vous cette clameur pour la destitution de la présidente et pour le retour de la dictature ? FREI BETTO - Je ne suis pas inquiet devant ces menaces de destitution ou de coup d’état. Elles n’ont pas de base solide. Les militaires ne sortent même pas en uniforme dans la rue. Avant, les soldats se baladaient en uniforme avec orgueil, même pour draguer les filles... Je suis plutôt inquiet de la dépolitisation de la jeunesse brésilienne. Les segments de la gauche devraient être préoccupés par la politisation, comme cela a intensément eu lieu dans les années 70 et 80. Il n’y a pas de formation de la pensée critique – et alors les gens se tournent vers l’émotionnel, ils attendent le retour des militaires, sans avoir la moindre idée de ce qu’a été la dictature, parce qu’elle peut donner l’impression d’avoir été calme, mais c’est juste un effet de la violente censure. Nous sommes en train de revenir à ce niveau de désinformation, à cette répugnance envers la politique. Manuel da Costa Pinto est journaliste et critique littéraire. Témoignages au sujet de Frei Betto Raduan Nassar, écrivain : « Dans le monde stupide qui nous entoure, la voix de Frei Betto est exemplaire, elle est dotée d’une efficacité rare, d’où le respect que j’ai à son encontre » Ricardo Kotscho, journaliste : « Notre Frei Betto, également connu sous le nom de "moine volant", parce qu’il est toujours en déplacement, a un secret que nous sommes peu nombreux à connaître. Savez-vous comment il parvient à écrire tellement de livres et d’articles, à être l’auteur d’une œuvre si prolifique qu’il semble impossible qu’elle ait été écrite par un seul homme ? Il y a de nombreuses légendes à son sujet qui disent qu’il dispose d’une équipe de petits moines retraités qui passent leurs jours et leurs nuits dans le sous-sol du couvent à écrire pour lui. Betto donne un sujet, du pain et du vin à volonté, puis il signe... J’aimerais savoir où il trouve le temps de faire autant de choses en même temps, sans jamais faire faux bond à un ami ou à quiconque aurait besoin de son aide. C’est n’est pas seulement une question de temps, paraît-il, cela implique aussi la patience nécessaire pour écouter les doutes et les plaintes de tellement de gens que, bien souvent, il ne connaît même pas. Pour mieux cerner le personnage, je conseille la lecture du livre Essa escola chamada vida [Cette école appelée vie, non traduit], qui contient des témoignages que j’ai recueillis auprès de Betto et de Paulo Freire, de nombreuses années plus tard, sur leurs trajectoires de vie quand ils étaient jeunes. Seule l’école de la vie peut expliquer les mystères de cet être humain spécial, dont je suis très fier d’être l’ami et avec lequel j’ai déjà partagé de nombreuses joies et tristesses au cours de ce long voyage de rêves par les routes du monde. Ça valait le coup, Betto, et ça vaudra toujours le coup une fois encore ». Luiz Ruffato, écrivain : « En ce qui concerne Frei Betto, je jouis d’un triple privilège : je suis son lecteur depuis que je suis étudiant, je suis son voisin depuis dix ans, et, malgré la distance, j’ose dire que nous sommes amis. Pas du genre qui se voit tous les jours, car il a constamment de nombreux engagements, mais du genre qui partage des idées proches, qui ont à cœur de lutter pour un monde meilleur, pour autant que cette phrase ou ce sentiment résonnent, en nos temps d’extrême égoïsme, comme un cliché. Frei Betto est le genre d’hommes absolument nécessaires, de ceux dont nous parle Brecht : son parcours personnel se confond avec l’histoire politique récente du pays, depuis qu’il était séminariste, quand il a été emprisonné pour son combat contre la dictature militaire. Intellectuel organique, Frei Betto est l’un des grands noms de la littérature brésilienne contemporaine. Son œuvre étendue, qui comprend des dizaines de titres dans les genres les plus différents, a pour point central de proposer une réflexion sur le passage de l’humanité sur cette Terre. Quelque chose comme : quel est, finalement, le sens de la vie ? Si nous avions davantage de gens comme Frei Betto, la réponse serait simple : la recherche du bonheur. » Adelia Bezerra de Meneses, professeur de théorie littéraire et de littérature comparée à l’université de São Paulo : « Au milieu de la prolixe bibliographie de Frei Betto, je choisis un titre : Baptismo de sangue : les dominicains et la mort de Carlos Marighella. Prix Jabuti en 1982, ce livre est douloureux et indispensable. Dans ce livre, où se confondent le journaliste, l’historien, le mémorialiste et l’analyste politique – tous placés sous le signe de la Parole qui libère – Frei Betto retrace, en pleine ambiance historique du Brésil des années de plomb, le parcours de Carlos Marighella et de Frei Tito de Alencar Lima, tous deux assassinés par la répression. Mais Frei Betto lui-même, protagoniste de la résistance à la dictature militaire, n’est pas simplement un narrateur. Il est aussi un personnage de ce « temps des hommes brisés » (l’expression est de Carlos Drummond de Andrade, qui fait référence à une autre dictature, celle de Getúlio Vargas). Et Frei Betto raconte la saga de Tito, avec qui il s’est trouvé en prison, jusqu’à ce que son confrère dominicain soit emmené à la « succursale de l’enfer » qu’était l’OBAN [8]. Avec objectivité et ténacité, il construit un témoignage ému qui restera gravé – mémoire retrouvée de quelque chose qui ne pourra jamais être oublié. Guidé par l’utopie, Frei Betto semble avoir pris à sa charge, devant ses compagnons emprisonnés et assassinés, devant son frère Tito détruit par la torture, l’engagement de transmettre aux générations actuelles et futures cette mémoire partagée. Parce que se souvenir, c’est résister. » Ignácio de Loyola Brandão, écrivain : « Pendant des années, j’ai toujours vu Frei Betto arriver dans une ville avec son paquet de livres. Il transportait des livres, où qu’il aille. C’est sûr, c’est ainsi qu’il faut faire, en ce Brésil où les rares librairies qui existent sont défaillantes. Transporter ses livres, c’est un signe d’humilité et d’amour à nos écrits. C’est connaître le pays où nous vivons. Voilà l’une des nombreuses leçons que cet ami m’a données. Une fois, dans une dédicace de deux lignes, il a définit l’amitié, les relations, l’échange. Dans le roman Entre todos os homens [Entre tous les hommes, non traduit], il a écrit : « Loyola, l’amitié en laquelle je te tiens et les conversations que nous n’avons pas encore eues me manquent. » Au moment de signer, il a ajouté un néologisme extraordinaire : fraternura [mot-valise inventé à partir de fraternité et tendresse]. Tout est dit. Une fois, en apprenant que nous allons nous trouver à la même table ronde, j’ai renoncé. Connaissant sa façon de parler, je savais que j’allais être absorbé. Je n’aurais rien à dire. Cependant, davantage que la peur, c’est un raisonnement qui m’est venu à l’esprit : si je reste à cette table, je dois me concentrer sur ce que je vais dire et je ne vais pas écouter sa voix qui enrobe, douce, dure, rauque. Je n’oublierais jamais un jour, dans les années 1970, où il est venu déjeuner chez moi. Il venait de sortir de prison. Moi, qui m’imaginais un homme révolté contre tout et tous, j’ai vu arriver un homme plein de sérénité, quelqu’un qui comprenait le pourquoi et le comment des choses. Anxieux, je l’ai interrogé sur la peur. Comment ne pas lui succomber ? En prison, je mourrais avant qu’on ne me tue. Il m’a dit : "Il suffit de mesurer la quantité de peur qui est fabriquée par ton imagination. Si tu parviens à en faire abstraction, le fantasme s’arrêtera. C’est la peur amplifiée par l’imagination qui a raison de toi. ». Livres de Frei Betto traduits en français : • Hotel Brasil, trad. du portugais (Brésil) par Richard Roux, La Tour d’Aigues : Editions de l’Aube, 2012. Lien vers un compte-rendu du Monde Diplomatique. • Entretiens sur la religion avec Frei Betto, avec Fidel Castro, trad. de l’espagnol par Charles Antoine, Paris : Éd. du Cerf, 1986, [indisponible]. • Les frères de Tito, trad. du portugais (Brésil) par Charles Antoine et François Malley, Paris : les Éditions du Cerf, 1984, [indisponible]. Lien vers un court compte-rendu du Monde Diplomatique. • Lettres de prison, présentation, sélection et traduction du brésilien par Charles Antoine, Paris : Éditions du Cerf, 1980, [indisponible]. • L’Église des prisons : lettres de Betto, Paris : Desclée De Brouwer, 1972, [indisponible]. [1] Lettres de prison, présentation, sélection et traduction du brésilien par Charles Antoine, Paris : Éditions du Cerf, 1980, [indisponible]. [2] Marighella, né en 1911 a été en 1968 un fondateur de l’ALN (Action de libération nationale), mouvement qui visait à unir les différentes forces révolutionnaires. Il est aussi connu pour son manuel de guérilla urbaine. Victime d’une embuscade policière, il est tué en 1969 et amnistié en 2012. [3] Jusqu’en 1971, il s’agissait d’un cycle d’enseignement de quatre ans qui suivait l’école primaire. [4] Revue d’investigation née en 1966, confrontée à la censure après 1968, elle a cessé de paraître en 1976. [5] Hotel Brasil, trad. du portugais (Brésil) par Richard Roux, La Tour d’Aigues : Editions de l’Aube, 2012. Lien vers un compte-rendu du Monde Diplomatique. [6] Il s’agit d’une lettre que le candidat Lula a lue devant son parti. Il proposait une série de mesures économiques à discuter avec le gouvernement de Fernando Henrique afin de lutter contre la crise de 2002. [7] Unités policières implantées dans les favelas pour démanteler les trafics et prendre le contrôle territorial. [8] L’Opération Bandeirantes, le centre militaire qui coordonnait la lutte contre la résistance à la dictature.
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1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 18:20

Qu’arrive-t-il à Madame Park Geun Hye ?

Les récents évènements en Corée du Sud ont fait la une des médias mondiaux. Intérêt justifié par l’ampleur des manifestations de rejet de masse de la Présidente. Pour autant les motifs de cette opposition massive et pacifique sont-ils convaincants ?

Cette question surgit nécessairement quand on constate que les forces de police sud coréennes supérieurement équipées et allant facilement au contact et souvent de façon assez rude avec les manifestants sont restées très discrètes. Les manifestations seraient donc une réaction à des accusations de corruption de la présidente et de son entourage.

Or tous les observateurs impartiaux, tous les diplomates étrangers en poste à Séoul savent que la corruption est consubstantielle avec le miracle économique sud coréen qui a fait d’un petit pays agricole pauvre en 1953 la douzième économie mondiale. Les Chaebols, ces grandes entreprises les Hyundai, Daewoo, LG, Samsung, Hanjin et autres qui vendent aujourd’hui dans le monde entier ont un pouvoir d’influence considérable sur le gouvernement sud-coréen, quelles que soient ses orientations. Très exactement un capitalisme monopoliste d’Etat où l’Etat est au service des monopoles capitalistes nationaux. Dans ce contexte une accusation de corruption qui soudainement crée une crise politique au plus haut niveau est-elle un évènement inattendu, un mouvement d’humeur incontrôlé dans une société disciplinée ? Lors de la campagne électorale pour les présidentielles de 2012 tant Mme Park que son adversaire de centre gauche avaient annoncé une ferme volonté d’agir contre la corruption.

Pour tenter de répondre à cette question il convient de revenir sur la personne de la présidente destituée et sur son histoire.

Elle est la fille de Park Chung Hee. Ce militaire issu d’un milieu modeste commence sa carrière dans l’armée japonaise au Mandchoukouo. Sorti de formation en 1944 il est libéré après la capitulation le 02 septembre 1945 avec le grade de sous-lieutenant. Il a 28 ans. Il travaille dans la police puis rejoint l’armée coréenne. Mais lorsque la ligne de démarcation au 38° parallèle est mise en place il est chassé de l’armée car il est à l’époque adhérent au parti sud coréen des travailleurs et donc considéré comme communiste. Mais il est réintégré dés le début de la guerre dans l’armée sud coréenne et suivra aux Etats-Unis une formation militaire d’un an pendant la guerre. Il en ressort avec le grade de général de brigade.

Ce jeune général a des ambitions politiques. A la suite du renversement du président /dictateur Syngman Rhee par d’imposantes manifestations étudiantes, un gouvernement est élu. D’abord restée passive l’armée renverse ce gouvernement et Park Chung Hee s’attribue bientôt tous les pouvoirs. Il gouverne le pays d’une main de fer pendant 18 ans de 1961 à 1979. Il lance un programme d’industrialisation sous l’état d’urgence, réprimant tous les troubles sociaux engendrés par la brutalité du processus de développement. Il s’agit d’un programme national sous des barrières douanières élevées et avec une forte limitation des libertés publiques y compris syndicales. Il va finir assassiné par Kim Jae Kyu le chef des services secrets la KCIA, la CIA coréenne. Pas un assassinat clandestin et commandité, non, des coups de revolver au milieu d’une réunion de travail de l’équipe présidentielle, comme un règlement de comptes entre mafieux. La mort du général Park Chung Hee débouche sur une brève période de libéralisation mais quelque mois plus tard l’homme fort éliminé est remplacé par un autre homme fort, le général CHUN DOO HWAN qui poursuit la même politique. La population sud-coréenne très sévèrement encadrée n’intervient pas dans ces troubles violents circonscrits au sein de la direction politique d’un pays sous influence d’une armée étrangère sur puissante qui, même si elle est concentrée le long du 38° parallèle, reste une armée d’occupation effectuant chaque année avec l’armée sud-coréenne des manœuvres imposantes destinées à impressionner les pays voisins et en priorité la RPDK.

La fille du général Park est présente sur les lieux de l’assassinat de son père comme elle l’était quatre ans plus tôt le jour de l’assassinat de sa mère Yuk Young Soo par un « sympathisant » nord-coréen rapidement jugé et exécuté et depuis la mort de sa mère elle joue auprès de son père le rôle de « première dame ». L’accession de Madame Park Geun Hye à la présidence de la République de Corée en 2012 est celle d’un personnage du sérail accoutumé à ses violences, internes et externes, et parfaitement informé des rapports de force internationaux dans lesquels son pays est inséré, bon gré mal gré.

Elle a inévitablement une idée sur les raisons de la liquidation de son père et elle sait que la partition de la Corée est le déterminant principal de la position du tuteur étasunien. Or il se trouve que vient d’arriver à la Maison Blanche un nouvel occupant, Jimmy Carter, dont la mission principale telle qu’elle lui a été confiée par l’oligarchie capitaliste dominante qui s’exprime au sein du Council of Foreign Relations est de tourner la page après la défaite vietnamienne c’est-à-dire de donner à la politique impériale un visage moins martial. La Corée du Sud du général Park qui a envoyé au Vietnam plus de 300 000 soldats combattre aux côtés de l’armée Us y a été l’allié le plus fidèle et le plus engagé de Washington. Cette image avait donc besoin d’être gommée…

Les faits et gestes de Madame Park Geun Hye comme ceux de tout président sud coréen ont été suivis avec la plus extrême attention par l’ambassadeur des Etats-Unis à Séoul et par le département d’Etat. Or elle commet de leur point de vue un premier faux pas : une visite officielle à Beijing en 2013 où elle est accueillie par le Président Xi Jinping qui fait ainsi progresser la politique chinoise à l’égard de la Corée. Il s’agit d’une politique qui pourrait être qualifiée d’équidistante. La Chine a pris conscience du fait qu’elle ne peut faire progresser la réunification de la Corée dans l’arène internationale que si elle ne s’appuie pas que sur la seule République Populaire et Démocratique de Corée (RPDK). Ses liens avec celle-ci demeurent évidemment très étroits mais toute solution diplomatique à la partition suppose l’établissement de liens confiants avec la Corée du Sud. Ils le sont déjà avec les Chaebols qui ont beaucoup investi en Chine, ils doivent être étendus à la sphère politique.

C’est tout le sens de la visite de Madame Park Geun Hye à Beijing. Message bien reçu à Washington dont les inquiétudes vont être confirmées et accrues par la participation de la présidente sud coréenne devant les caméras du monde entier à l’immense manifestation pékinoise de commémoration de la victoire des alliés en 1945 contre les puissances de l’Axe : Allemagne, Italie et Japon en Septembre 2015. A cette occasion Madame Park exprime le sentiment profond du peuple coréen, qu’il soit du sud ou du nord, face au colonisateur japonais qui est le facteur le plus décisif d’une future réunification.

Ce jour là, la présidente a certainement franchi une ligne rouge diplomatique nettement tracée à Washington. Le temps n’étant plus aux assassinats directs de dirigeants politique en voie de dissidence, Madame Park Geun Hye n’allait pas comme son père être abattue par un de ses collaborateurs. Il fallait donc mettre en place un dispositif de renversement de présidente de type brésilien, une crise « interne » manipulée avec des ingrédients spécifiques : d’abord la corruption qui bien qu’endémique et même constitutive du système sud coréen peut toujours servir puis l’apparition de l’élément maléfique, et en même temps très « people » : l’amie, la conseillère influente , la femme de l’ombre, corruptrice et corrompue elle-même, qui peut être réel mais n’est connu que d’un cercle très étroit et n’est livré en pâture à l’ opinion publique par des médias bien soumis que sur décision prise au plus haut niveau.

Arguments destinés à masquer le motif profond de son élimination : la conférence de presse du 12 Janvier 2015 au cours de laquelle la présidente affirme qu’elle est prête à rencontrer Kim Jong Un sans conditions pour parler de l’avenir commun, ce qui est dans le droit fil de la politique chinoise et à l’exact opposé de celle d’Obama. La presse occidentale rappela alors que Madame Park Geun Hye s’était rendue à Pyongyang en 2002 pour y rencontrer Kim Jong Il alors qu’elle n’était que simple députée. Elle sentait déjà le soufre …

La couverture médiatique mondiale des manifestations hostiles à Madame Park Geun Hye qui vont déboucher sur sa destitution est là pour confirmer le déroulement d’une opération de remplacement de dirigeant « imposée par la rue », rue sud coréenne à qui serait accordée soudain une formidable liberté d’expression et de manifestation. Laquelle évidemment, on l’aura compris, ne saurait s’étendre à la question de la réunification du pays, sujet tabou.

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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 12:35

LE WORLD POLICY FORUM

UNE COMMISSION TRILATERALE A LA FRANCAISE

 

 Sur le modèle du groupe de Bilderberg et de la Commission trilatérale les techniques de domination mondiale de la classe capitaliste transnationale sont désormais bien rôdées et le World Policy Forum  qui vient de tenir sa 9°  réunion à Doha fonctionne sur le même modèle.

La différence provient du fait qu’il s’agit d’une initiative française et que son multilatéralisme donne une image des ambitions et des réseaux du sous impérialisme français réellement existant.

A l’origine le patron du principal think français : Thierry de Montbrial fondateur et dirigeant de l’Institut Français des Relations Internationales  (IFRI) qui connait tous les rouages du Bilderberg et de la Trilatérale pour en être de longue date un participant actif. A ses côtés le patron du groupe Lafarge, multinationale d’origine française ayant déménagé récemment son siège social en Suisse suite à sa fusion avec le cimentier suisse HOLCIM qui a été un des groupes capitalistes les plus actifs dans les activités de la Trilatérale  et le général le plus versé dans la politique internationale Jean-Louis Georgelin qui fut chef d’état-major des armées après avoir été le chef d’Etat-major du Président Chirac dès son installation à l’Elysée en 2002. Sans oublier l’incontournable Jean Claude Trichet, ex patron de la banque centrale européenne et habitué de toutes ces mondanités capitalistes.

Pour rassembler pendant 3 jours tous frais payés 250 invités à l’Hôtel Sheraton de DOHA il faut de l’argent. Il y en a via la FONDATION DU WORLD POLICY FORUM, siège à Genève où la discrétion bancaire est mieux assurée qu’à Paris et il y en a sur place au Qatar.

Le WORLD POLICY FORUM a tenu 8 réunions depuis sa fondation en 2008. Son caractère français est marqué puisque ses conférences se sont tenues deux fois et demi en France (Evian, Cannes, Monaco) une fois en Suisse (Montreux) et en Autriche (Vienne) et deux fois à Marrakech cette ville marocaine si prisée de la bourgeoisie française. Le seul pays lointain qui l’ait accueillie avant le Qatar cette année est la République de Corée (lire « Corée du Sud »).

Parmi les invités des précédentes conférences quelques hommes d’influence au service des intérêts du grand capital transnational baptisé MONDIALISATION pour gommer la forte composition de classe du phénomène. La MONDIALISATION est la forme contemporaine et l’appellation ouatée de la guerre des classes planétaire menée par la fraction la plus riche et la plus monopoliste de la classe capitaliste mondiale.

Pour bien montrer l’étroitesse de  ce cercle à vocation hégémonique relevons quelques noms de participants bien connus aux réunions du Bilderberg et de la Commission Trilatérale.

Mario Monti (Goldman Sachs boy), Ehud Barak, Jaap de Hoop Scheffer ( ex secrétaire général de l’OTAN), Alassane Ouattara, le président ivoirien mis en place par l’armée française et son chef Nicolas Sarkozy, le prince saoudien Turki Al Faisaal , ancien ambassadeur à Washington, grand copain de Bush mis sur la touche par le nouveau monarque saoudien après avoir été le chef des services de renseignement, Martii Ahtisaari, ancien président finlandais ayant trempé dans toutes les vilénies de l’Union européenne dans l’ex Yougoslavie   …

Parmi les français :  Robert Badinter un des concepteurs de la loi Travail et le premier juriste à avoir ouvert la voie à la destruction de l’Etat fédéral yougoslave, le rabbin  Haim Korsia , actuel grand rabbin de France , Elisabeth Guigou actuelle présidente de la commission des affaires étrangères à l’assemblée nationale encore présente à Doha, Hubert Védrine lui aussi présent à Doha. La présence du nouveau patron de Total après l’étrange mort de son prédécesseur sur l’aéroport de Moscou est inévitable dans un pays  grand producteur de gaz naturel où l’entreprise française a une forte présence. S’explique aussi la présence de Guillaume Pepy, président de la SNCF par la bataille désormais mondiale entre le puissant secteur ferroviaire chinois (ingénierie, réseaux, matériel roulant ..) et ce qu’il reste du secteur ferroviaire français très affaibli par le mariage Alstom/General Electric, comme celle du président de l’Institut Pasteur fleuron de la science pharmaceutique française , du PDG du groupe ACCOR en compétition mondiale avec les grands groupes hôteliers anglo-saxons et d’un représentant des patrons français du BTP très impliqués dans le bétonnage du Qatar.

La présidente de cette 9° session du World Policy Forum est confiée à une représentante de la Banque Rothschild, Zineb Al Andaloussi confirmant le fait que dans ce type de réunions capitalistes transnationales, « la Rothschild touch » est un signe de distinction irremplaçable, surtout quand les Rockefeller, décidément trop yankees, ne sont pas invités.  D’origine marocaine, diplômée de l’Ecole Centrale  Zineb Al Andaloussi est en charge des intérêts de la banque en Afrique, activité où l’a précédé le franco béninois Lionel Zinsou rejeté par les électeurs béninois lors des dernières présidentielles, lui aussi présent à Doha.

Tout ceci démontre la préparation très sérieuse de cette conférence par le sous impérialisme français attestée par la présence officielle de Jean Marc Ayrault.

Le deuxième enseignement de la liste des invités est que les « amis de la France impérialiste » dans ce petit monde très sélectif  des initiés des grandes affaires  se recrutent dans un nombre très limité de pays. Passons sur les deux ou trois experts chinois et sur leurs homologues japonais  en matière de politique internationale qui sont invités car ils sont de très bon niveau  et sont des voix émanant de  la seconde et de la troisième économie mondiales et arrêtons nous au fait que l’Europe tant vantée et soi disant si unie dans le discours du pouvoir est quasiment absente : un journaliste de The Economist ne représente pas à lui tout seul le Royaume Uni,  ni invité allemand, ni invité italien,  concurrence économique oblige. La France n’est accompagnée que de représentants d’Etats européens  secondaires : quelques roumains, quelques polonais et quelques espagnols.

Le troisième enseignement est que hors d’Europe la France  impérialiste a peu « d’amis/alliés »  véritables. En tête vient bien sur le Qatar, pays hôte, mais les trois pays les plus représentés sont le Maroc, la République de Corée et la Turquie. Pour le premier d’entre eux ceci confirme la « marocanisation » du gouvernement Valls qui s’appuie sur le seul pays africain non membre de l’Union africaine et qui poursuit une politique  de type colonial (un vieux classique remarqué  par Frantz Fanon : le dirigeant décolonisé reproduit les méthodes de l’ancien colonisateur), pour le second il s’agit de la manifestation d’affinités nouvelles et d’un soutien à un régime  en difficulté et dont une partie de la population exprime des aspirations à la réunification d’une Corée coupée en deux depuis 1953. Pour le troisième l’invitation de l’ancien premier ministre M Davutoglu, brutalement écarté par Erdogan constitue un choix par défaut, Erdogan étant devenu par trop imprévisible.

 Pour l’Afrique subsaharienne la France impériale n’est accompagnée que de deux responsables sénégalais. Son obligé Ouattara était venu pour une conférence précédente et  son parachuté Lionel Zinsou ayant raté son atterrissage au Bénin  ne sera à Doha qu’en qualité de banquier français.

Le quatrième enseignement vient de la lecture des thèmes retenus pour la discussion. Il en ressort qu’avec le Brexit, l’élection de Trump, l’échec occidental prévisible en Syrie, la période est très incertaine au point que dans ses propos liminaires Thierry de Montbrial reconnait que la mondialisation est menacée.

Parole d’orfèvre ! Oui, la mondialisation capitaliste est menacée  par la crise prolongée du système, par la multiplication des guerres qu’elle a engendrée, par les mouvements migratoires que ses guerres provoquent, par l’enrichissement insupportable d’une toute petite minorité qui a voulu mettre le monde entier en coupe réglée et qui suscite des rejets populaires de plus en plus nombreux. Ce n’est pas cette mondanité qatarie qui va la sauver.

Enfin la participation d’un « opposant syrien », Riyad Hijab, dernière trouvaille française pour faire entendre sa voix dans le processus de paix qui suivra l’élimination des terroristes d’Alep et de la vallée de l’Euphrate par la seule véritable coalition antiterroriste : Syrie, Russie, Chine, Iran, Hezbollah,  montre que la conférence de  Doha  qui a précédé  une réunion convoquée pour le 28.11 du « camp français  pour le renversement du gouvernement syrien »  était une des ultimes vaticinations de la désastreuse diplomatie hollandaise. A défaut de soutien populaire ce monsieur sera probablement reparti de Doha avec des paquets de dollars qataris pour s’acheter une milice privée, « modérée » (évidemment) ,  bien équipée et une clientèle politique.

 

 


 

 

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22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 17:44

TOUS UNIS POUR LA LIBERATION DE LAURENT GBAGBO

A l’initiative de deux intellectuels africains, une pétition internationale pour la libération de Laurent Gbagbo vient d’être mise en circulation. Cette opération n’est pas un geste isolé de deux personnalités, elle est l’expression d’un mouvement de masse qui traverse aujourd’hui tant dans le pays celui de la population ivoirienne malgré une répression politico policière très dure que celui de la diaspora africaine dans le monde entier. Le texte qui suit en explique les motivations.

La pétition peut être signée sur le site http://pourgbagbo.com/petition/ qui présente les auteurs du texte.

COMAGUER salue et soutient cette initiative qui vient à son heure pour briser le mur de silence des médias français sur un néocolonialisme français réactivé violemment (Côte d’Ivoire, Libye, Syrie) par un Nicolas Sarkozy dont François Hollande a revêtu sans vergogne et dans son style cauteleux le battle-dress impérialiste en mettant systématiquement leurs pas dans ceux de l’impérialisme étasunien dominant.

*******

 

TOUS UNIS POUR LA LIBERATION DE LAURENT GBAGBO

 

1. Proclamé vainqueur de l’élection Présidentielle du 28 Novembre 2010, par décision n°CI-2010-EP-34/03/12/CC/SG du 3 Décembre 2010 par le conseil constitutionnel, le Président Laurent Gbagbo qui a prêté serment le 4 Décembre 2010 dans les conditions prescrites par la constitution, était au moment de son éviction le 11 Avril 2011, le Président de la République légal et légitime de la Côte d’Ivoire.

2. Sans remettre en cause les raisons et les motifs qui ont justifié la décision du conseil constitutionnel, les organisations internationales font injonction à LAURENT GBAGBO de quitter le pouvoir. Une avalanche de sanctions diplomatiques, économiques et militaires s’abattent alors sur la Côte d’Ivoire occasionnant plus de seize mille(16 000) morts et plus de cinquante mille (50 000) exilés et déplacés de guerre (CDVR sous la direction de Charles Konan Banny) au GHANA, TOGO, LIBERIA, BENIN, etc.

3. Enfermer un Président démocratiquement élu et renversé au profit d’une rébellion armée reviendrait à transmettre à la jeunesse africaine, le message selon lequel le chemin du pouvoir serait celui des armes.

4. Le Président LAURENT GBAGBO est connu comme un leader politique qui a toujours utilisé des méthodes non-violentes pour exprimer son désaccord politique. Au cours de ses trente années de lutte, pour la conquête du pouvoir, il n’a jamais eu recours à une arme autre que le celle de la parole et des urnes. Durant ses dix (10) ans de pouvoir pourtant contrarié par la rébellion armée et une adversité politique internationale, il n’a fait emprisonner aucun de ses adversaires politiques ni porté atteinte à leur intégrité physique.

5. Un procès équitable, consécutif à un conflit ne peut être conduit en dehors de l’exigence de vérité et en l’absence des principaux protagonistes et victimes. Or, depuis le 29 Novembre 2011, soit plus de cinq (5) ans, la CPI peine à apporter la moindre preuve matérielle au soutien des charges retenues contre lui.

6. Il sera difficile, dans ces conditions, de convaincre que le rôle de la CPI en Côte d’Ivoire n’aura été de permettre à la Françafrique d’écarter du pouvoir ses adversaires politiques. Une telle situation ne peut que renforcer la suspicion légitime d’acharnement judiciaire à fondement politique contre le Président LAURENT GBAGBO, la Côte d’Ivoire et l’Afrique.

7. La forte mobilisation autour du procès de LAURENT GBAGBO est un signal fort lancé contre les pratiques mafieuses de l’impérialisme occidental. La Côte d’Ivoire est l’un des pays au monde à compter le plus de prisonniers et d’exilés politiques. Maintenir LAURENT GBAGBO en prison, c’est légitimer la logique de la chasse aux sorcières et au-delà, dénier aux peuples de Côte d’Ivoire et d’Afrique, le droit à la dignité et à la souveraineté.

Au regard de ce qui précède, la libération du Président LAURENT GBAGBO apparait comme une exigence humaine du respect des droits de l’homme ; une exigence juridique du respect du droit et de la justice ; une exigence démocratique de respect des institutions et des normes constitutionnelles ; un impératif pour la réconciliation nationale, la cohésion sociale et pour la survie de la Côte d’Ivoire en tant que Nation.

La mobilisation exemplaire à travers le monde entier des hommes et des femmes épris de justice et de liberté, des leaders d’opinion à titre individuel ou organisés en mouvement et associations, au nombre desquels des chefs d’Etat et de gouvernements, pour dénoncer le sort inique fait au Président LAURENT GBAGBO depuis sa honteuse déportation à la Haye, le 29 Novembre 2011, reste constante, engageante et doit être vivement saluée et encouragée. Notre devoir à tous, c’est de respecter tout homme et de respecter la justice en toute circonstance. Merci à toutes celles et à tous ceux qui sont sur la brèche pour le respect des droits de l’homme et le triomphe de la justice.

Pour accompagner et amplifier ce vaste mouvement de résistance face à l’imposture comme un devoir de conscience devant l’histoire, nous, soussignés initiateurs et porteurs de la présente pétition, y engageons les hommes et les femmes, qui refusent l’injustice et l’imposture pour exiger ensemble, dans la solidarité de conviction, la LIBERATION DE LAURENT GBAGBO.

BERNARD B. DADIE, JOSEPH K. KOFFIGOH

 

 

 

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7 septembre 2016 3 07 /09 /septembre /2016 10:00

LA MAISON BLANCHE INCENDIEE !

 

A l’approche du 15° anniversaire des attentats du 11 Septembre en même temps que de l’anniversaire de la déclaration d’une guerre d’un nouveau type contre un ennemi indéterminé, permanent et universel : « la guerre contre le terrorisme », il n’est pas inutile de se remémorer la première déclaration de guerre de la jeune république étasunienne.

Déclarées ou pas, souvent fabriquées à partir d’incidents fictifs les guerres constituent la trame très serrée de l’histoire de ce jeune Etat.

Cette première déclaration de guerre se fait en 1812 dans ce qu’on peut appeler le respect du « droit des gens ». Le président Madison demande au Congrès des Etats-Unis de déclarer la guerre à la Grande-Bretagne et obtient son accord.

Ce même Madison quelques années auparavant avait prononcé des phrases définitives sur le phénomène guerre :

« De tous les ennemis de la liberté publique, la guerre est peut-être le plus à redouter parce qu’elle comprend et développe le germe de tous les autres. La guerre engendre les armées qui sont à l’origine des dettes et des impôts. Et les armées, les dettes et les impôts sont les instruments connus pour placer la majorité sous la domination de quelques-uns.

Dans la guerre, le pouvoir discrétionnaire de l’exécutif est étendu. Son influence en ce qui concerne les postes, les honneurs et les émoluments s’accroît et tous les moyens pour séduire les esprits sont ajoutés à ceux pour soumettre le peuple par la force.

Le même aspect vicieux du républicanisme peut être découvert dans l’inégalité des fortunes et dans les possibilités de fraude, qui s’accroissent dans l’état de guerre tout comme dans la dégénérescence des mœurs et de la morale qu’elles engendrent.

Aucune nation ne saurait préserver sa liberté au milieu d’une guerre continuelle. »

James Madison le 20 avril 1795

 

Comaguer a apprécié le caractère prophétique de la dernière phrase sous la plume d’un orfèvre !

 

Bien sûr le tout jeune Etat ne se lance pas immédiatement dans des opérations militaires massives dont il n’a alors pas les moyens et n’envoie pas une puissante escadre bombarder et occuper Londres.

L’objectif est plus simple : annexer le Canada, colonie de sa majesté britannique. A l’époque les Etats-Unis à qui Napoléon vient de vendre la Louisiane en 1803 n’ont pas plus que le Canada encore atteint la côte Pacifique mais cette annexion ferait des Etats-Unis le plus vaste Etat du monde.

Pour la Grande-Bretagne l’actualité politique et stratégique prioritaire est en Europe : Il s’agit de casser le cou à l’empire napoléonien. Cependant Londres ne veut pas lâcher sans combattre cette colonie arrachée à la concurrence coloniale française par le traité de Paris en 1763.

La guerre, principalement circonscrite entre la région des grands lacs et la vallée du Saint Laurent, va s’étaler sur deux années avec des fortunes diverses. Côté canadien, donc côté britannique elle est menée par une armée de métier mais la guerre en Europe ne permet pas de libérer des effectifs importants. L’inattendu est la participation aux côtés des troupes britanniques de tribus indiennes confédérées sous la conduite d’un leader reconnu TECUMSEH.

Cette alliance a deux raisons principales :

  • Tant la colonisation française que la colonisation britannique du Canada à partir du 16° siècle ont été le fait de très petits nombres d’hommes arrivant dans un pays inconnu au climat rude qui ne pouvaient pas attendre des renforts rapides depuis les deux royaumes européens et qui n’ont pu prendre souche qu’en établissant des relations de bon voisinage avec les tribus amérindiennes.
  • Ce qu’ont pas contre constaté ces tribus amérindiennes qui se connaissent et pour lesquelles la frontière entre le Canada et les Etats-Unis ne constitue pas une séparation ni mentale ni concrète c’est que la jeune république née de la guerre est vorace de terres à conquérir et ne craindra pas pour ce faire d’exterminer les autochtones.

Jusqu’en 1814 l’issue de la guerre est incertaine, la mort au combat de TECUMSEH à l’automne 1813 a réduit la participation des amérindiens côté canadien mais la première défaite de Napoléon et son exil à l’ile d’Elbe permettent à la Grande Bretagne d’intensifier son effort de guerre sur le continent américain.

Elle va alors porter un coup redoutable aux Etats-Unis. Une escadre anglaise débarque au sud de Washington et des troupes fraiches font marche vers la capitale. Marche victorieuse conclue par l’incendie de la Maison Blanche et du Capitole qui est une réplique spectaculaire de l’incendie de York (ancien nom de Toronto) capitale de la colonie britannique par les troupes étasuniennes en 1813.

A la défaite militaire s’ajoute l’humiliation politique suprême : la capitale occupée par une armée étrangère et les lieux symboliques du pouvoir incendiés.

Le Président Madison qui a fui la capitale comprend alors qu’il faut finir la guerre.

Un traité de paix est signé à Gand en 1815 entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Il confirme les frontières antérieures entre la colonie canadienne et les Etats-Unis.

Les Etats-Unis ont perdu leur première guerre d’agression et cet évènement, on s’en doute, ne remplit pas las manuels d’histoire nationaux.

 

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