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18 juin 2011 6 18 /06 /juin /2011 13:26

 

 

 

 

 

DESTRUCTION DE LA YOUGOSLAVIE

Avec l’arrestation de RATKO MLADIC, la falsification de l’histoire se poursuit

**********************

Les canonnières impériales concentrant leurs feux sur d’autres pays comme la Libye, l’arrestation de Ratko Mladic si elle n’a pas longtemps fait la une des gazettes « de masse » a cependant permis une petite piqure de rappel de mensonge sur la guerre des sécessions yougoslaves menée par l’Occident, Allemagne et Vatican en tête, pour défaire ce pays mais qu’il a été décidé de présenter comme une épuration ethnique conduite par des Serbes diabolisés.

La vérité manufacturée dans les cuisines médiatiques occidentales est que le général RATKO MLADIC , commandant l’armée de la République serbe fédérée dans la BOSNIE-HERZEGOVINE fabriquée sur la base militaire de DAYTON en 1995 a dirigé le « génocide de SREBRENICA », tel qu’il a été présenté en particulier par celui qui est aujourd’hui l’envoyé permanent du président de la République française en Libye, nouveau théâtre d’opérations d’un impérialisme occidental spasmodique. Taisons ce nom qui déshonore ce qui ce se prétend encore être une intelligentsia.

Le document qui suit, établi par le groupe de chercheurs étasuniens SREBRENICA RESEARCH GROUP, dit assez l’ampleur de la falsification. Mais cette falsification s’appuie sur l’usage abusif et dans certains cas délirant du concept de « génocide ».

Dans la mesure où cet usage abusif peut vous conduire devant un tribunal que ce soit la Cour Pénale Internationale dont le regard bas et borné ne voit que les petits criminels ou tel Tribunal spécialisé fabriqué dans le cadre d’un droit incertain voire rétroactif, il convient de préciser ce qu’est en droit international un « génocide », crime défini par une Convention internationale dont suivent les premiers articles.

*******************

Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide


Approuvée et soumise à la signature et à la ratification ou à l'adhésion par l'Assemblée générale dans sa résolution 260 A (III) du 9 décembre 1948 Entrée en vigueur : le 12 janvier 1951, conformément aux dispositions de l'article XIII


Les Parties contractantes,

Considérant que l'Assemblée générale de l'Organisation des Nations Unies, par sa résolution 96 (I) en date du 11 décembre 1946, a déclaré que le génocide est un crime du droit des gens, en contradiction avec l'esprit et les fins des Nations Unies et que le monde civilisé condamne.

Reconnaissant qu'à toutes les périodes de l'histoire le génocide a infligé de grandes pertes à l'humanité,

Convaincues que pour libérer l'humanité d'un fléau aussi odieux la coopération internationale est nécessaire,

Conviennent de ce qui suit :

Article premier

Les Parties contractantes confirment que le génocide, qu'il soit commis en temps de paix ou en temps de guerre, est un crime du droit des gens, qu'elles s'engagent à prévenir et à punir.

Article II

Dans la présente Convention, le génocide s'entend de l'un quelconque des actes ci-après, commis dans l'intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :

a) Meurtre de membres du groupe;

b) Atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe;

c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle;

d) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe;

e) Transfert forcé d'enfants du groupe à un autre groupe.

Article III

Seront punis les actes suivants :

a) Le génocide; b) L'entente en vue de commettre le génocide; c) L'incitation directe et publique à commettre le génocide; d) La tentative de génocide; e) La complicité dans le génocide.

…………..

Considérant donc, au vu de l’article II, que les Musulmans (la majuscule indique dans l’ancienne Yougoslavie les Musulmans étaient considérés à l’égal des croates, des serbes et autres comme une « nationalité ») habitant la fédération de Bosnie Herzégovine ne sont ni une minorité ethnique ni une minorité raciale puisqu’il s’agit de slaves convertis à l’Islam pendant l’occupation ottomane , que cette minorité a partagé dés l’origine de la fondation de la Bosnie-Herzégovine le pouvoir politique et qu’elle le partage encore , qu’elle a conduit des actions armées dans le cadre d’une guerre civile prolongée durant laquelle elle a obtenu de nombreux soutiens financiers et militaires extérieurs , il est impossible d’affirmer que ce groupe reconnu internationalement comme participant à un pouvoir d’Etat officiel a été victime d’une tentative de destruction.

Quant aux faits concernant SREBRENICA ils sont résumés dans les conclusions qui suivent.

 

 

 

 

 

 

 

 

RESUME DES CONCLUSIONS DU GROUPE DE RECHERCHE SUR SREBRENICA*

1) Le nombre et la nature des victimes, ainsi que le contexte général des événements de Srebrenica, ont été présentés de façon tendancieuse au grand public en Occident, et exigent d’être réexaminés avec objectivité.

2) L’affirmation que 7 à 8.000 musulmans ont été tués lors de la prise de Srebrenica en juillet 1995 est sans fondement.

Ce chiffre a été une estimation brute faire au début par la Croix Rouge. Elle comprenait 5.000 « disparus » dont plusieurs milliers ont été identifiés par la suite – ayant pu se mettre en sécurité ou étant morts en combattant l’armée bosno-serbe.

Le nombre de corps exhumés dans la région par le TPIY de La Haye jusqu’en 2001 est largement inférieur (2.028) et beaucoup d’entre eux n’ont aucun rapport avec la période en question. Parmi les 7.500 corps rassemblés à Tuzla, la Commission internationale pour les personnes disparues (ICMP) n’en a identifié à ce jour que 2.079 et les essais systématiques d’utiliser I’ADN pour les relier à Srebrenica ont été des échecs. L’Organisation mondiale de la santé a enregistré 35.632 survivants, en plus d’environ 3.000 soldats dont la Croix Rouge a constaté qu’ils avaient traversé en combattant le territoire serbe et avaient rejoint Tuzla pour être immédiatement redéployés. Cela implique au moins 38.000 survivants bosno-musulmans, un chiffre qui ne diffère pas sensiblement de celui de la population avant la chute de la ville, estimé par les principales organisations humanitaires à 40.000 ou moins (le TPIY a lui-même rendu public un chiffre de 37.000).

3) L’affirmation que pratiquement toutes les pertes musulmanes au cours de la prise de Srebrenica ont été des victimes désarmées d’exécutions serbes est sans fondement.

Les indications recueillies montrent qu’un pourcentage substantiel de ces pertes a été dû à des combats – la tentative de sortie qui a entraîné aussi 450 morts parmi les troupes bosno-serbes. Elles suggèrent qu’il y a eu des centaines d’exécutions, pas plus. Des observateurs compétents sur le terrain, comprenant des officiers du bataillon hollandais, l’ex-chef adjoint des contrôleurs de l’ONU en Bosnie C. M. Branco et le Haut commissaire des Nations Unies pour les droits de l’homme Henry Wieland, ont nettement déclaré qu’ils n’avaient trouvé aucune preuve d’exécutions massives ou d’atrocités.

4) Les événements de juillet 1995 ne peuvent pas être impartialement considérés hors du contexte de la guerre dans le secteur entre 1992 et 1995.

En particulier, l’affirmation que le statut de « zone de sécurité » de l’ONU sous-entendait qu’il ne s’y trouvait que des civils désarmés, est fausse. La présence de la 28e division de 5.500 hommes fortement armés de l’armée bosno-musulmane a été constante, sous le commandement du criminel inculpé Naser Oric, et cette unité a procédé sans arrêt à des raids et des massacres de civils.

Selon le chef des négociateurs de l’ONU, Lord David Owen, « la principale faiblesse du concept de zone de sécurité, du point de vue des militaires, a été que le Conseil de sécurité de l’ONU permettait aux musulmans d’esquiver toutes les clauses de démilitarisation. Cela ôtait toute solidité au concept. »

Avant cela, de mai 1992 à avril 1993, les forces d’Oric ont perpétré quelques-unes des pires atrocités de la guerre, massacrant 1.200 à 2.500 Serbes dans le secteur de Srebrenica. Le nombre total de victimes serbes autour de Srebrenica pendant la guerre (une liste de 3.287 noms a été publiée) n’est pas inférieur, et est probablement supérieur à celui des victimes musulmanes.

5) Les événements de juillet 1995 ne peuvent pas être impartialement considérés hors du contexte plus large des guerres civiles yougoslaves de 1991 à 1995, et plus particulièrement de leur phase finale de l’été 1995.

La réalité est que le retrait des musulmans de Srebrenica ne répondait à aucune nécessité militaire, mais était une opération stratégique, entraînant des pertes de personnel considérées comme un sacrifice justifié par une cause supérieure.

La 28e division musulmane, forte de 5.500 hommes, n’a rien fait pour défendre Srebrenica contre 200 Serbes et cinq chars.

Les leaders bosno-musulmans, y compris lbran Mustafic, fondateur originaire de Srebrenica du parti SDA au pouvoir, ont déclaré que la présidence et le haut commandement militaire bosniaque avaient délibérément sacrifié la ville pour inciter l’OTAN à intervenir.

En gonflant les pertes musulmanes, le gouvernement Clinton a détourné l’attention des attaques croates plus importantes et plus meurtrières, soutenues par les Etats-Unis, des zones protégées par l’ONU (UNPAs) à population serbe en Slavonie occidentale (opération Eclair) et en Krajina (opération Tempête), respectivement en mai et août 1995.

6) L’affirmation d’un génocide perpétré par les Serbes à Srebrenica est sans fondement.

Le TPIY a annoncé des inculpations de génocide deux semaines après la prise de Srebrenica – avant que la moindre enquête sérieuse ait pu avoir lieu. Le nombre et la nature des pertes, le fait que l’armée bosno-serbe ait aidé à évacuer la population civile en direction de Tuzla, ainsi que d’autres preuves, démentent cette affirmation. Parallèlement, le fait que le TPIY n’ait pas qualifié de génocide de pires atrocités perpétrées au même moment par les Croates sur les civils serbes des UNPAs, rend encore moins crédible son impartialité. L’ex-commandant en chef de l’OTAN, le général Charles Boyd, a résumé la situation : « Le nettoyage ethnique n’est condamné que lorsqu’il est perpétré par les Serbes, pas lorsqu’il est perpétré contre eux. »

**************

*Le SREBRENICA RESEARCH GROUP est un groupe autofinancé de journalistes et de chercheurs universitaires qui travaillent ensemble depuis trois ans à l'étude de toutes les informations relatives à la chute de Srebrenica, et à la comparaison entre les faits réels et la présentation unilatérale à grande échelle qui en a été faite.

Le groupe est dirigé par Edward Herman, de l'université de Pennsylvanie, auteur de plusieurs livres sur les événements militaires et leur couverture médiatique. Il est le coéditeur avec Philip Hammond d'une série d'essais intitulée "Degraded Capability : the Media and Kosovo Crisis". et co-auteur avec Noami Chomsky de "Manufacturing Consent", une étude classique du rôle de la presse dans la guerre du Vietnam et d'autres conflits.

Sont membres actifs du groupe le journaliste de la BBC Jonathan Rooper, qui exerce son métier à Londres après avoir tenu une rubrique dans le New York Press, George Szamuely, qui a collaboré à de nombreuses publications anglaises et américaines et qui travaille pour le National Law Journal à New York, George Bogdanich, aussi à New York, dont les articles ont été publiés par le Chicago Tribune, The Nation, The Progressive et beaucoup d'autres, et qui a réalisé et coproduit avec Martin Lettmayer le documentaire "Yougoslavie : la guerre évitable" projeté en Europe et au Canada.

Michael Mandel, professeur de droit international à l’université York de Toronto, a beaucoup écrit sur le tribunal pour crimes de guerre. Un autre commentateur de la couverture médiatique des conflits est Philip Hammond, de l'université London South Bank. Tim Fenton est un chercheur et documentaliste londonien. David Petersen, qui réside dans les environs de Chicago, écrit sur la politique étrangère pour diverses publications et plusieurs sites internet. Milan Bulajic, du Fonds de recherche sur le génocide, a passé cinquante ans de carrière à étudier les crimes de guerre. Juriste de droit international. il a dirigé la Commission d'Etat yougoslave sur les crimes de guerre et le Musée du génocide, et est l'auteur de soixante livres sur les génocides et crimes de guerre.

Parmi les collaborateurs et conseillers du groupe figure Phillip Corwin, ex-Coordinateur de l'ONU des affaires civiles en Bosnie et ancien rédacteur des discours du Secrétaire général de l'ONU Perez de Cuellar, auteur de "Dubious mandate: a Memoir of the UN in Bosnia" et "Doomed in Afghanistan".

Un autre ex-responsable de l'ONU, Carlos Martins Branco, a servi comme directeur adjoint de l'UNMO (UN Monitors in Bosnia - les contrôleurs des Nations Unies en Bosnie) et a "débriefé" les observateurs de l'ONU à Srebrenica. Il est aujourd'hui colonel dans l'armée portugaise.

Ont également prodigué des conseils Diana Johnstone, auteur de "La croisade des fous", le professeur belgradois Vera Vratusa, le chercheur résidant en Allemagne George Pumphrey, l'écrivain de Belgrade Milivoje Ivanisevic, qui s'est livré à d'importantes recherches sur les crimes de guerre en Bosnie, l'expert scientifique militaire internationalement reconnu Zoran Stankovic, et l'archéologue Srboljub Zivanovic, membre londonien du Royal Anthropological Institute.

 

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16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 09:23

 

La claque des électeurs italiens à l’Europe supranationale et à diverses autres boutiques obscures

 

Les électeurs italiens ont donc  infligé un sévère camouflet à leur gouvernement, à la classe politique en général et aux médias dominants. C’est beaucoup en une seule fois et ça mérite quelques commentaires.


·         Le gouvernement ne voulait pas de ce référendum à 4 questions et a  tout fait pour qu’il échoue c'est-à-dire que pour la barre de 50 % des inscrits ne soit pas franchie. Il a appelé à l’abstention et Berlusconi lui-même s’est ostensiblement montré en Sardaigne loin de chez lui le jour du vote comme l’abstentionniste de premier rang

 

·         La classe politique italienne subit un désaveu puisque 4 lois votées par la représentation parlementaire sur proposition de l’exécutif sont abrogées. Le peuple s’est, à  la majorité absolue du corps électoral (taux de participation supérieur à 57 % et pourcentage de OUI supérieur à 94%), prononcé pour l’abrogation décidant ainsi souverainement de défaire ce que les pouvoirs exécutif et législatif avaient fait. Eclatante démonstration de la capacité du souverain : le peuple, à désavouer  la représentation politique telle qu’elle est mise en œuvre par la Constitution italienne. On se prend à rêver de l’interruption brutale de la diarrhée législative de l’actuelle République française que pourrait permettre pareille disposition dans la constitution de notre pays où la crise de la représentation politique est ouverte bien qu’encore minimisée par les pouvoirs installés.

 

·         Les médias dominants : La RAI et les chaines BERLUSCONI n’ont pas fait campagne pour le oui et de ce point de vue la RAI, organisme public, n’a pas rempli les obligations de  son cahier des charges. La campagne pour le oui a reposé entièrement sur des groupes de base de toutes tendances et sur des médias alternatifs.

 

·         Il n’y a pas eu d’effet FUKUSHIMA (effet de panique) ni d’effet MERKEL (exemple de l’Allemagne renonçant au nucléaire) en ce sens que le refus du nucléaire, c’st à dire l’abrogation des articles de loi permettant de recourir à cette énergie,  ne s’est pas située à un niveau plus élevé que l’abrogation des trois autres textes.

 

·         Les trois autres textes concernaient l’un la possibilité pour les membres du gouvernement à ne pas se rendre aux convocations de la justice «  en raison de leur emploi du temps surchargé », les deux autres le statut de l’eau comme bien public.

 

·         Le premier texte abrogé par le référendum permettait la privatisation des services de l’eau. Désormais donc le service de l’eau en Italie ne peut qu’être un service public. Avis à nos multinationales françaises de l’eau : VEOLIA et LYONNAISE DES EAUX (groupe SUEZ). Ceci est un vigoureux encouragement au mouvement existant en France pour desserrer l’étreinte de ces deux entreprises si bien introduites dans nos mairies.

 

·         Le second texte abrogé garantissait aux vendeurs d’eau privés un bénéfice minimum incompressible donc une rémunération garantie du Capital évidemment bien supérieure à al rémunération des comptes d’épargne des simples particuliers : 8% !

Cette garantie de bénéfice supprimée il reste une définition du service public de l’eau valable d’ailleurs comme pour tout autre service public : un service public doit couvrir ses frais d’exploitation, ses frais d’entretien et de renouvellement de ses installations, un point c’est tout. Il n’a pas à rémunérer en plus des actionnaires qui peuvent être des fonds de pension exigeant des 15%,  voire plus, de rendement annuel de leur capital !

 

·         Enfin l’abrogation de ce texte s’avère être l’abrogation du texte d’une directive de l’Union Européenne introduite dans la législation italienne par un vote du Parlement. Donc les électeurs italiens en utilisant les ressources de leur constitution viennent de faire un gigantesque pied de nez à cette Union qui se permet de détruire progressivement dans les législations nationales tout ce qui fait obstacle à son orientation jamais démentie , traité après traité , en faveur du Capital transnational dérégulé. De ce point de vue le vote italien est aussi important que le vote français de 2005 contre le traité constitutionnel européen.


     La  victoire des italiens est donc la nôtre  et nous devrons tout faire pour les aider à la défendre et à éviter qu’elle leur soit volée comme elle l’a été ici.

 

 

 

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20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 12:41

L’article de Gilles Troude qui suit  vient d’être publié dans le dernier numéro (Mai 2011) de la revue GEOSTRATEGIES .


Gilles Troude que nous avons eu plusieurs fois le plaisir d’interviewer pour nos émissions sur RADIO GALERE nous a autorisés  avec l’accord du Directeur de la revue à mettre en ligne cet article très complet.

 

 

 

Gilles TROUDE                                                                                      

Docteur en Histoire des relations internationales contemporaines (Paris III-Sorbonne Nouvelle)

28 février 2011

 Le retour de la Russie sur la scène balkanique

 Pour bien comprendre les méandres de la géostratégie russe dans les Balkans, il convient de la replacer dans un cadre plus vaste, à savoir les grandes lignes de cette géostratégie face aux attaques incessantes de la super-puissance américaine.

Dans son célèbre ouvrage « Le Grand Echiquier », paru en 1997 – à l’époque de « l’abaissement de la Russie » - Zbigniev Brzezinski, Polonais naturalisé américain, ancien conseiller du président à l’époque de Jimmy Carter, proposait froidement que, afin de perpétuer la maîtrise du monde par les Etats-Unis, et pour que ceux-ci soient débarrassés une fois pour toutes de la menace russe sur le continent eurasiatique, la Russie soit démantelée en trois parties, européenne, asiatique et centrale, et qu’un couloir direct Ouest-Est soit ouvert via la péninsule balkanique, le Caucase et le Turkestan, afin d’accéder aux richesses énergétiques de l’Asie centrale, rebaptisés « Balkans eurasiens » par Brzezinski.

 Le pétrole de la Mer Caspienne pourrait ainsi parvenir directement à l’Ouest grâce à deux nouveaux oléoducs, l’un à travers le Caucase et la Turquie, et l’autre coupant les Balkans via la Bulgarie, la Macédoine, le Kosovo et l’Albanie, pour déboucher sur la Mer Adriatique. Ce n’est pas un hasard, à nos yeux, si, quelques semaines seulement après le début des bombardements de l’O.T.A.N. sur la Yougoslavie le 24 mars 1999, le même Brzezinski écrivait avec cynisme : « le fait est que les enjeux sont infiniment plus importants que l’avenir du Kosovo ».

Un auteur américain bien informé nous apprend que, dès 1992, le Président George Bush père avait menacé la Yougoslavie d’une intervention militaire si jamais la guerre civile s’étendait au Kosovo [i], et, dès 1997, les plans secrets de toutes les cibles choisies pour les futurs bombardements aériens sur la Serbie et le Monténégro avaient été  fièrement dévoilés à un militaire français de haut rang en visite sur un porte-avions américain deux ans avant ces bombardements. L’argument humanitaire n’a donc servi que de prétexte à cette opération hautement stratégique qu’a constitué l’intervention de l’OTAN en 1999, déclenchée pour la première fois en toute illégalité, sans déclaration de guerre et sans l’autorisation du Conseil de Sécurité des Nations Unies, rappelons-le (modèle repris pour l’invasion de l’Irak en 2003, malgré l’opposition de la France représentée par Dominique de Villepin, de la Russie et de la Chine au Conseil de Sécurité).

 

Les principes de la nouvelle géostratégie russe

 

Face à cette géostratégie délibérément offensive des Etats-Unis, la Russie reconstituée de Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev affiche clairement son programme de politique extérieure. Les cinq principes de cette politique sont désormais : la défense du droit international, la création d’un monde multipolaire, le principe « ni confrontation ni isolement », la défense des droits des citoyens russes partout où ils vivent (exemple : les Pays Baltes), enfin, la protection des régions d’intérêts privilégiés (exemple : la Serbie).

L’Etat russe a commencé à appliquer cette géostratégie de contre-attaque, clairement exposée par Guennadi Zjouganov, en trois étapes :

 

1/ Intangibilité de la Fédération de Russie, ce qui signifie que la Russie ne tolèrera jamais une intervention étrangère à l’intérieur de la Fédération (ainsi, on remarquera que la reprise en mains de la Tchétchénie n’a suscité que des réactions purement verbales de la part des Etats-Unis - à la différence de la France, toujours en pointe lorsqu’il s’agit de défense des droits de l’homme, de préférence dans les pays ne faisant pas partie de la francophonie… -) ;

 

2/ Défense de « l’étranger proche », expression géostratégique typiquement russe, qui couvre la plupart des anciennes républiques de l’U.R.S.S. devenues indépendantes (Ukraine, Biélorussie, Caucase, Turkestan et.) à l’exception des Pays Baltes, considérés comme « perdus » puisqu’ils sont maintenant entrés dans l’O.T.A.N. et dans l’Union Européenne (rappelons que les Baltes sont proches des Scandinaves sur les plans linguistique et ethnique, et de religion catholique ou luthérienne mais non orthodoxe).

Dans cette perspective, la Fédération de Russie a créé la Communauté des Etats Indépendants (C.E.I.) regroupant la Russie, la Biélorussie, la Moldavie, l’Arménie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan [ii]

Cette deuxième phase de défense de « l’étranger proche » a connu un premier succès en août 2008 avec la très vive riposte russe à l’attaque de l’armée géorgienne visant les minorités russophones d’Ossétie du Sud et d ‘Abkhazie, suivie de la déclaration d’indépendance de ces deux entités (sur le même modèle que celle du Kosovo !). Le président Dmitri Medvedev illustra bien cette nouvelle conception d’une « zone-tampon » dans le Caucase, l’Asie centrale et le bloc slave européen par cette déclaration du 1er septembre 2008 dénuée de toute ambiguïté:

« Nous défendrons nos intérêts en dehors des frontières ; à chaque attaque sur ces frontières, nous répondrons ».

 

3/ Pénétration en Europe le long des couloirs énergétiques, avec le gazoduc « North Stream » passant sous la Mer Baltique, et alimentant directement l’Allemagne et l’Europe du Nord, et « South Stream » à travers les Balkans (Bulgarie, Serbie, Hongrie, Croatie et Slovénie) à destination de l’Autriche et de l’Italie, l’E.N.I. italien ayant pris une participation de 50% dans le projet. La Russie a réussi un grand « coup » médiatique avec la nomination de l’ancien chancelier allemand Schröder à la tête du projet « North Stream ».

 A l’occasion de son dernier voyage à l’étranger en tant que chef d’Etat, Vladimir Poutine a obtenu le 21 janvier 2008 l’accord de la Bulgarie pour le passage du futur gazoduc d’une longueur totale de 2.500 km, qui reliera la Russie à l’Europe du Sud en 2015 après être passé sous la Mer Noire. Sa construction devra nécessiter un investissement de 10 milliards d’Euros, pour un débit de 10 milliards de m3 de gaz naturel par an pour commencer.

Il est remarquable que les élites aussi bien bulgares qu’italiennes, serbes, croates, hongroises et autrichiennes aient fait  preuve d’une approche étonnamment unie à l’égard du gazoduc « South Stream », le considérant sous l’angle pratique d’un projet économique, dont les avantages ne peuvent être que bénéfiques pour leurs communautés respectives. Dans leur esprit, compte tenu des énormes besoins énergétiques de l’Europe, ce projet ne viendrait nullement en compétition avec le gazoduc américain Nabucco, les deux étant complémentaires, voire même insuffisants à l’horizon 2015. Le projet Nabucco se heurte d’ailleurs de grandes difficultés pratiques, son approvisionnement en gaz naturel n’étant pas encore assuré à ce jour.

 

4/ Un « troisième cercle » - pour reprendre l’expression de Soljenytsine - de la puissance russe retrouvée concerne les pays orthodoxes slaves des Balkans : Bulgarie, Serbie, Monténégro, Macédoine, et non-slaves : Roumanie, Grèce, Chypre (paradis des nouveaux milliardaires russes). Bien que ne faisant pas partie apparemment de « l’étranger proche » - ce qui signifie, semble-t-il, que la Russie n’y risquera pas ses soldats – ces pays pourront faire l’objet d’un « traitement diplomatique de faveur » sur le plan international. Selon le Président Medvedev, ces Etats, comme par exemple la Serbie, entretiennent « des rapports amicaux traditionnels et des rapports historiques particuliers » avec la Russie.

En particulier, le président Dmitri Medvedev affirmait le 1er juillet 2008 que « la Russie portait un intérêt particulier à la Serbie » - sans préciser le sens de cette expression - .

C’est dans cet esprit que le soutien russe à la Serbie en novembre 2008 lors du recours de celle-ci auprès de la Cour Internationale de Justice de La Haye pour contester l’auto-proclamation d’indépendance du Kosovo peut être considéré comme une victoire diplomatique : en effet, la majorité des pays membres de l’Assemblée des Nations Unies a accepté que la Serbie saisisse la C.I.J., celle-ci devant se prononcer sur le fond dans un délai de deux ans maximum. La question posée était la suivante :

 « Est-ce que la décision des institutions provisoires du Kosovo de proclamer unilatéralement l’indépendance du Kosovo, le 17 février 2008, était conforme au droit international ? ». Le vote a été sans appel : 77 pays pour l’adoption, 6 contre et 74 abstentions [iii] .

On sait que le 22 juillet 2010, une réponse très mesurée  était donnée par la Cour Internationale de Justice de La Haye (institution datant du début du XXème siècle, sans aucun rapport avec le récent Tribunal Pénal International situé dans la même ville), qui considérait que la proclamation de l’indépendance du Kosovo n’avait pas violé le droit international. Elle ajoutait toutefois qu’elle n’était « pas tenue par la question qui lui était posée de prendre parti sur le droit de savoir si le droit international conférait au Kosovo un droit positif de déclarer unilatéralement son indépendance ». Elle précisait « qu’elle n’était pas chargée de dire si le Kosovo avait accédé à la qualité d’Etat », cette reconnaissance n’étant possible que par l’Assemblée Générale des Nations Unies.

Or, à ce jour, trois ans après le 17 février 2008, seuls 70 Etats ont reconnu l’indépendance auto-proclamée du Kosovo sur 193 membres des Nations Unies. La majorité nécessaire pour la reconnaissance de l’indépendance étant en la matière des 2/3, soit 128 voix, il reste 58 voix à trouver pour que le Kosovo obtienne un siège dans l’immeuble de verre de New-York, ce qui repousse apparemment cette reconnaissance aux calendes grecques...

On remarquera qu’au cœur de l’Europe, ni l’Espagne, ni la Grèce, ni la Slovaquie, ni la Roumanie, ni Chypre, malgré des pressions énormes des Etats-Unis et de leurs acolytes, n’ont accepté la reconnaissance de cet Etat fantoche.

 

A la suite de la déclaration d’indépendance du Kosovo le 18 février 2008, un sommet secret de la C.E.I. s’était réuni, où avait été débattue la question d’une éventuelle intervention militaire russe : les 1.000 soldats du bataillon russe membre de la K.F.O.R. devaient être redéployés dans le Nord du Kosovo à Mitrovica pour protéger la minorité serbe menacée par le nouveau gouvernement kosovar de Priština. Cette option n’a finalement pas été retenue, la Serbie ne faisant pas partie de « l’étranger proche » selon les stratèges russes, puisque les frontières de la Fédération de Russie n’étaient pas menacées (ce que les Serbes n’ont peut-être pas compris). Mais la Russie a décidé d’apporter son entier soutien à la Serbie dans son combat juridique pour la non-reconnaissance du Kosovo pour deux raisons géostratégiques :

 

a/ cette déclaration d’indépendance auto-proclamée crée un dangereux  précédent qui pourrait mener à retracer les frontières de plusieurs pays d’Europe et de nombreux pays dans le monde entier. Contraire aux accords d’Helsinki qui prévoyaient l’intangibilité des frontières en Europe, ainsi qu’au principe de non-intervention à l’intérieur des Etats souverains, ce précédent est rejeté par l’Espagne (à cause du Pays Basque et de la Catalogne), la Roumanie et la Slovaquie (en raison de leurs minorités hongroises) et par Chypre (dont la Turquie occupe illégalement la partie Nord depuis 1974, bien que la population turque ne représente que 20% de la population de l’île).

A plus large échelle, les Hongrois de l’Ouest de la Roumanie (Transylvanie) pourraient être tentés d’imiter l’exemple du Kosovo : le leader des Hongrois de Roumanie a dit le lendemain de la déclaration d’indépendance kosovare qu’il s’agissait « d’un exemple très intéressant ». Les leaders basques, flamands et québécois ont également accueilli très favorablement l’indépendance du Kosovo dans les semaines qui ont suivi sa déclaration. Il est à craindre que l’Occident ne soit à terme touché par l’effet d’entraînement. En Espagne, cette conséquence de la reconnaissance prématurée de l’indépendance du Kosovo a été confirmée de la manière la plus officielle par le ministre des Affaires étrangères Miguel Angel Moratinos, selon lequel « la proclamation d’indépendance du Kosovo du 17 février 2008 ne respecte pas le droit international ».

Un dirigeant basque, membre du Parlement espagnol, a d’ores et déjà indiqué que la méthode adoptée par les chefs albanais du Kosovo « constituait un excellent exemple de la marche à suivre pour le Pays Basque », qui revendique son indépendance non seulement dans sa partie espagnole, mais aussi dans sa partie française, l’ethnie basque, très ancienne (citée par Salluste dans sa Vie de Jugurtha), s’étendant, comme l’on sait, de part et d’autre des Pyrénées.

Au Canada, « il faut se réjouir qu’un nouveau peuple devienne libre », a déclaré le 18 février 2008 Daniel Turp, porte-parole du Parti Québécois en matière de relations internationales. Rappelons que la Province francophone du Québec, qui a déjà obtenu 49% de voix favorables à l’indépendance lors d’un référendum populaire, et imposé l’usage obligatoire de la langue française en 1976, se dit intéressée par ce processus, et menace de faire sécession de la Fédération du Canada à majorité anglophone.

La liste des pays dans le monde concernés par l’indépendance autoproclamée du Kosovo est interminable et n’épargne pas la Grande-Bretagne (Ecosse, Ulster), la Belgique (Flandre) et l’Italie (Haut-Adige, Padanie).

 

En dehors de l’Europe, la Chine soutient énergiquement la même position juridique que la Russie à cause du Tiibet et de l’entité de Taïwan, ainsi que l’Inde (problème du Cachemire, revendiqué par le Pakistan) et la plupart des pays arabes (Egypte, Algérie) et d’Afrique Noire, où les frontières ont été tracées à la hâte par les puissances coloniales et ne reposent, comme l’on sait, sur aucune base ethnique. Une reproduction du cas du Kosovo entraînerait en Afrique Noire un imbroglio épouvantable, toutes les frontières devant être redessinées si l’on devait tenir compte des données ethniques. Par exemple, le Nigéria ex-Britannique, le plus grand pays d’Afrique (158 millions d’habitants) est formé de populations variées, Haoussas, Ibos, Yoroubas etc., mais les Haoussas sont présents également de l’autre côté de la frontière dans le Niger voisin, francophone (peuplé de 5 millions d’habitants seulement). D’autre part, sur le plan religieux, le Nigéria est partagé entre musulmans au Nord, et chrétiens au Sud (d’où le conflit du Biafra).

Au Sahara, l’ethnie Touareg, parlant une langue sémitique, et s’étendant sur les territoires actuels du Niger, du Mali, de l’Algérie et de la Mauritanie, serait en droit également de réclamer son indépendance sur le modèle du Kosovo.

 Dans les chancelleries occidentales, les puissants cerveaux qui ont appuyé l’indépendance du Kosovo  sont parfaitement conscients de ce problème - surtout dans les ex-puissances coloniales que sont la France et la Grande-Bretagne - mais se gardent bien de l’évoquer dans les médias…

 

b/ la déclaration d’indépendance du Kosovo est considérée par Moscou comme « contraire aux intérêts fondamentaux de la Russie ». Elle encourage en effet les prétentions de certaines républiques musulmanes membres de la Fédération de Russie (Tatarstan, Tchétchénie etc.). Rappelons que la Russie, même après l’éclatement de l’ex-U.R.S.S. en 15 Républiques, reste une grande puissance musulmane : au recensement de 2002, la Fédération de Russie, qui reconnaît officiellement pas moins de 92 nationalités, incluait 17,5% de non-Slaves - soit 26 millions de personnes - dont 12 millions de Turco-Mongols, 4 millions de Caucasiens et 2 millions d’Ouraliens. Ces chiffres sont incontestables, puisque basés sur les déclarations des individus eux-mêmes lors du recensement.

 

Actuellement, il est certain que la diplomatie russe voit d’un très mauvais œil la naissance de ce qu’elle appelle un « Etat-OTAN »  en plein cœur de l’Europe. Selon Natalia Narotchinskaïa, vice-présidente de la commission des Affaires étrangères de la Douma :

 

 « Le Kosovo fait partie intégrante de la stratégie militaire et politique eurasienne des Etats-Unis, et l’opération visant à détacher des provinces de la Serbie sert leur volonté d’atlantisation de tous les processus européens : leur objectif est de faire de l’Europe une tête de pont des intérêts américains ».

 

Le directeur du Centre d’études politiques comparées de l’Académie des Sciences de Moscou , expert reconnu pour les questions balkaniques, est plus précis, et entrevoit les conséquences d’une reconnaissance de l’indépendance autoproclamée du Kosovo sur l’équilibre européen en ces termes :

 

« Reconnaître l’indépendance du Kosovo va freiner l’évolution démocratique de la Serbie, influencer les séparatistes basques, ceux de la Transylvanie roumaine et de l’espace post-soviétique. Cela creusera encore le fossé entre la Russie et l’Occident, et contraindra Moscou à des choix politiques vis-à-vis de plusieurs républiques non reconnues. Les Tatars  de Crimée sont d’ailleurs très attentifs à la manière dont progresse la situation du Kosovo. »  

 

La base géante américaine « Bondsteel » au Kosovo

 

De ce point de vue, la construction de la base géante « Bondsteel » (« Lien d’acier ») par l’armée américaine au Kosovo est vécue par les dirigeants russes comme une véritable provocation. Située près d’Uroševac, dans le secteur Est du Kosovo, près de la frontière macédonienne, elle couvre 750 hectares et peut abriter jusqu’à 7.000 soldats. Installée sur des terrains purement et simplement confisqués, elle est constituée de 300 bâtiments en dur, 25 km de routes asphaltées, 52 pistes d’envol, dont une piste géante permettant aux bombardiers stratégiques de s’envoler vers Moscou. Elle est défendue par une enceinte fortifiée en ciment et terre de 14 km de long, et par 84 km de barbelés, avec 11 tours de guet. Il s’agit d’une véritable ville américaine au cœur des Balkans, avec trois zones urbaines, des cinémas, des salles de sport disponibles 24 heures sur 24, deux églises, et une bibliothèque. On y trouve également plusieurs Burger King, ainsi que l’hôpital militaire le mieux équipé d’Europe.

Cette base militaire est si grande que, dans la population locale, circule une plaisanterie courante. A la question : « Que voit-on de le Lune sur le globe terrestre ? », on vous répond : « La Muraille de Chine et Bondsteel ! ».

Bondsteel a été conçue comme une enclave autosuffisante, dotée de toutes les réserves en cas de guerre : toutes les fournitures qui lui sont nécessaires (alimentation, eau, électricité, transports, pompiers etc.) ont été sous-traitées par le Pentagone à une société privée, Brown & Root Services, filiale d’Halliburton, déjà retenue pour le projet d’oléoduc AMBO, et qui avait déjà construit des bases en Somalie en 1992 (avant la déroute de l’armée américaine dans cette Corne de l’Afrique), ainsi qu’à Haïti en 1994 pour 18.000 hommes. Dans sa phase de construction, Brown & Root Services était le principal employeur du Kosovo, avec l’embauche de 7.000 Albanais encadrés par 1.000 ex-militaires américains.

Nul besoin d’être expert militaire pour se rendre compte que cette base dépasse de très loin les besoins du Kosovo, minuscule pays de 10.887 km2 ( l’équivalent de deux départements français) et 1.900.000 d’habitants.

Cette vision n’a d’ailleurs pas échappé à l’éditorialiste du Washington Post, qui écrivait candidement, dès janvier 1999, que « le Moyen-Orient devenant de plus en plus fragile, nous avons besoin de bases et de droits de survol aérien dans les Balkans pour protéger le pétrole de la Mer Caspienne ». D’ailleurs, selon le colonel Mac Lure, commandant la 1ère Division d’Infanterie U.S., « les plans de la construction de la base Bondsteel avaient été dressés des mois avant que la première bombe ne soit larguée sur la Serbie », c’est-à-dire bien avant la Conférence de Rambouillet du 6 février au 15 mars 1999, dont l’échec fut le prétexte officiel à l’intervention de l’O.T.A.N..

Certains analystes supputent même que la base Bondsteel, de par son ampleur, aurait été conçue pour remplacer la base aérienne d’Aviano en Italie, dans le cadre d’une réorientation de la stratégie américaine autour de la Mer Noire. Deux bases ont déjà été construites par l’armée américaine depuis 2001 en Bulgarie, et pas moins de cinq en Roumanie depuis 2002, toutes équipées de radars fixes de la dernière génération, les FPS-117, produits par la firme Lockheed-Martin  : le premier à Muntele Mare, près de Cluj, au Nord-Ouest, regarde la Hongrie et l’Ukraine ; le second se trouve à Suceava, au Nord-Ouest, surveille l’Ukraine et de la Moldavie ; le troisième à Ovidiu, près de Constantza, à l’Est, occupe le verrou stratégique au débouché de l’axe Rhin-Main-Danube sur la Mer Noire ; le quatrième, à Craiova, au Sud, est pointé sur la Bulgarie ; et enfin le dernier à Giarmata près de Timisoara, au Sud-Ouest, surveille Belgrade et la Voïvodine [iv].

Plus de 4.000 G.I.’s seront en service dans ces bases, dont 1.600 en Roumanie et 2.500 en Bulgarie.

 . Or, les conflits croate et bosniaque des années quatre-vingt-dix avaient déjà permis aux Américains d’installer les bases de Tuzla en Bosnie centrale et de Szegedin au Sud de la Hongrie, à proximité immédiate de la frontière avec la Serbie. L’on assiste donc à une poussée très nette de la présence américaine vers l’Est, l’intention du Pentagone étant de réduire le nombre de ses 50.000 hommes encore présents en Allemagne pour en redéployer une partie dans plusieurs pays d’Europe de l’Est, conformément aux plans rendus publics par George W. Bush en 2004.

Ce transfert massif de troupes américaines vers l’Est ne manque pas d’inquiéter les stratèges russes. Un expert militaire russe, Konstantin Sivkov, a dit à Pravda Ru en octobre 2009 que ces nouvelles bases en Roumanie et en Bulgarie représentaient une menace pour les intérêts russes : « le résultat est que la Russie va se trouver encerclée. Pourquoi les Etats-Unis ont-ils besoin de ces bases sur la Mer Noire ? Pour combattre le terrorisme ? Cela ne tient pas debout. Il y a près de 4.000 km entre la Roumanie et le Proche-Orient. (…). De plus, ils disposent de nombreuses bases dans le Moyen-Orient. (…). En fait, Washington s’intéresse aux sources d’énergie de la Mer Caspienne . Les bases en Roumanie et en Bulgarie serviront à assurer la sécurité des transports de gaz et de pétrole de la région.» [v]

 

Le Kosovo, plaque tournante du trafic de drogue en Europe

 

La reconnaissance de l’indépendance autoproclamée de l’Etat-OTAN du Kosovo est d’autant plus choquante que l’économie de ce pays est en faillite. La communauté internationale avait déjà accordé en 2008 2,7 milliards d’Euros d’aide au Kosovo depuis 1999, suivis de nouvelles tranches d’aides de 700 millions d’Eros. Or le résultat n’est pas probant : taux d’espérance de vie le plus bas d’Europe, chômage touchant officiellement 47% de la population active.

Grâce au programme de reconstruction entrepris par l’UNMIK, le P.I.B. par habitant du Kosovo a augmenté en moyenne de 4,3% par an, et s’élève maintenant à 790 dollars par habitant contre 400 dollars dix ans auparavant. Néanmoins, selon le rapport d’information au Sénat fait au nom de la Commission des Affaires étrangères, le Kosovo demeure l’une des zones les plus pauvres d’Europe, avec 36% de la population vivant sous le seuil de pauvreté (1,65 dollars par jour et par habitant). L’extrême pauvreté (moins de 2.100 calories par jour et par adulte) affecterait même 15% de la population, touchant particulièrement les enfants, les adultes illettrés et les handicapés. Enfin, avec 35 enfants sur 1.000 qui décèdent avant leur 5ème anniversaire, le taux de mortalité infantile est, d’après l’UNICEF, le plus élevé d’Europe[vi] .

Malgré la présence encore aujourd’hui de 10.000 soldats des Nations Unies (UNMIK), dans ce pays accablé par la misère, la criminalité bat son plein. Selon un rapport de l’Observatoire Européen des Drogues et Toxicomanies (Europol), sur les 125 tonnes d’héroïne consommée en Europe, 80% (soit 100 tonnes) transiteraient par le Kosovo ; le trafic d’héroïne y serait passé de 2-3 tonnes par an avant l’an 2000 à 8-10 tonnes entre 2000 et 2005, ce qui représente 123 millions de dollars de bénéfice mensuel environ (1.476 millions $ par an) [vii] . En provenance d’Afghanistan (qui a produit 6.110 tonnes d’opium en 2006), et traversant la Turquie, le circuit de l’héroïne alimente l’Europe occidentale via l’Albanie et l’Italie du Sud, où vit une importante colonie albanaise (200.000 personnes environ), liée à la maffia italienne.

Ces chiffres sont à rapprocher de ceux du commerce extérieur du Kosovo : avec 968 millions d’Euros d’importations pour 36 millions d’Euros d’exportations, le déficit commercial s’élevait en 2005 à 932 millions d’Euros, entièrement couverts par l’aide internationale et les transferts privés (envois des expatriés). Mais, à lui seul, le trafic de drogue, converti en Euros (1.476 millions de dollars U.S = 1.077 millions d’Euros au cours actuel) était supérieur au chiffre du commerce extérieur officiel…

Quant à la prostitution, le Kosovo serait, selon le rapport de l’O.I.M., la plaque tournante d’un trafic de jeunes filles (âgées de moins de 25 ans pour les deux-tiers) en provenance surtout de Moldavie (53%), de Roumanie (23%) et d’Ukraine (13%) et à destination de l’Europe occidentale via l’Adriatique [viii]. Sur ce territoire enclavé dans les Balkans ont été « éduquées » puis jetées sur le marché occidental plus de 80.000 jeunes filles en dix ans. La prostitution serait liée au trafic de drogue, et emprunterait les mêmes circuits, les bénéfices obtenus par les trafiquants de drogues étant réinvestis dans l’achat « d’esclaves sexuelles » (et inversement). 

Mais il y a pire, avec la révélation tardive d’un trafic organisé d’organes humains. Déjà, en avril 2008, dans son livre de mémoires « La chasse, les criminels de guerre et moi », paru en Italie, l’ancienne procureur du Tribunal Pénal International de La Haye Carla del Ponte évoquait la sombre affaire du trafic d’organes humains au Kosovo. Ces soupçons ont été confirmés depuis cette date. Le Washinton Post du 8 janvier 2011 écrit que « Washington était au courant des kidnappings quelques semaines après que l’O.T.A.N. ait occupé le Kosovo en juin 1999. (…) Par la suite, la stabilité politique est devenue la priorité pour les U.S.A. et les Nations Unies, qui ont renoncé à lancer des enquêtes sur les kidnappings » .

Selon le criminologue Xavier Raufer, « fin janvier 2011, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe adoptait un rapport du sénateur helvétique Dick Marty. (…) On y lit que, de l’été 1998 à octobre 1999, alors que l’U.C.K. contrôle peu ou prou le Kosovo, des chefs de cette guérilla maffieuse kosovare ont fait assassiner des prisonniers, surtout serbes, détenus dans des camps secrets. Les organes de ces victimes étant ensuite prélevés et vendus, aux fins de greffes, sur le marché noir international. Une immense machine criminelle internationale s’était alors constituée : un réseau extensif de planque set de cliniques existait, entre le Kosovo et le nord de l’Albanie, jusqu’à l’aéroport de Tirana, servant aux « livraisons ». (…) Combien de victimes pour ce crime contre l’humanité chimiquement pur ? Des centaines de Serbes, de Roms  ou d’Albanais « collabos » ont été séquestrés et torturés dans des camps secrets de l’U.C.K. », dit le rapport Marty [ix].

Or, selon une récente enquête menée par l’avocat monégasque Jean-Charles Garetto, et déposée au Conseil de l’Europe le 25 janvier 2011, intitulée « La protection des témoins, pierre de touche de la justice et de la réconciliation dans les Balkans », « aucune loi ne protège les témoins, ils sont tués, molestés ou menacés. Ils sont simplement tous en danger. C’est un système où la justice n’est pas indépendante et est imprégnée par la corruption. »[x]

 

 

Le retour du « grand frère » russe au Monténégro

 

Moins préoccupante est la situation du Monténégro voisin. Situé à l’Ouest du Kosovo, le petit Monténégro, peuplé seulement de 670.000 habitants (l’équivalent de deux arrondissements parisiens) et d’une superficie de 14.000 km2 (deux fois le Finistère) est devenu, comme l’on sait, indépendant le 3 juin 2006. Cet acte sonna le glas définitif de la Yougo-Slavie, née au lendemain de la Première Guerre mondiale du rêve quelque peu romantique d’une Union des peuples slaves du Sud (Yug en serbo-croate), réduite à la Serbie-Monténégro après les sécessions successives de la Slovénie, de la Croatie, de la Macédoine, et de la Bosnie-Herzégovine entre 1991 et 1995.

A la différence du Kosovo voisin, en raison du caractère pacifique de sa déclaration d’indépendance, le Monténégro n’a rencontré aucune difficulté pour être admis, trois semaines plus tard, 192ème Etat membre des Nations Unies. Sur le plan européen, c’est l’un des Etats les moins peuplés, après Chypre (800.000 habitants), mais avant le Luxembourg (500.000 habitants) et Malte (400.000 habitants).

Fait notable, malgré ses dimensions modestes, c’est un Etat dans lequel les Monténégrins sont officiellement minoritaires, avec 290.035 personnes au recensement de 2003, soit 43,16% de la population, face à 214.973 se déclarant Serbes (31,99%), 52.214 Bosniaques (7,77%), 33.802 Albanais (5,03%), 26.678 Musulmans non Albanais (3,97%), et 7.392 Croates (1,10%).

Un simple calcul permet de constater que cette indépendance, acquise d’extrême justesse avec 55,5% des voix au référendum du 3 juin 2006 (Bruxelles ayant exigé une « majorité qualifiée » de 55 % pour éviter les contestations) n’aurait pu être obtenue sans le soutien des partis politiques représentant les minorités albanaise, bosniaque, croate et « Musulmane » (musulmans non-albanais du Sandjak au Nord), qui représentent à elles quatre 18% de la population. Quelles concessions ont été faites à ces minorités ethniques en échange de leur accord sur la question de l’indépendance ? C’est la question qu’on se pose logiquement.

 

Mais qui, parmi les hommes politiques occidentaux tout heureux d’encenser l’indépendance du petit Monténégro « enfin libéré de la tutelle serbe » selon leur expression, aurait pu prévoir que ce nouvel Etat constituerait bientôt le terrain idéal pour l’implantation des nouveaux oligarques russes ?   

En effet, dès 2003, afin de rééquilibrer les relations extérieures du Monténégro, « l’homme fort » du pays, Milo Djukanović (Premier Ministre dès 1991 - à l’âge de 29 ans seulement -, élu Président de la République fédérée du Monténégro en 1997) faisait nommer comme ambassadeur de Serbie-Monténégro à Moscou son homme de confiance, Milan Ročen, devenu par la suite ministre des Affaires étrangères. Depuis, des contacts ont été pris avec des hommes d’affaires russes, qui, surfant sur la vague créée par le boom économique russe, investissent à tour de bras au Monténégro : ainsi, le groupe Rusal d’Oleg Deripaska, qui serait proche de Vladimir Poutine, a racheté les mines de bauxite de Nikšić ainsi que le combinat d’aluminium de Podgorica K.A.P. – première industrie du pays -. En 2006, il a remporté l’appel d’offres pour la privatisation des mines de charbon et de la centrale thermique de Pljevlja.

De son côté, le géant russe du pétrole Lukoil tenterait de racheter la firme Jugopetrol Kotor, qui avait été privatisée en 2002 au profit du groupe grec Hellenic Petroleum [xi].

Sur la côte, d’autres hommes d’affaires russes ont racheté tous les plus grands hôtels du littoral Adriatique - un des plus beaux du monde - : le fameux Queen of Montenegro de Bečiči (superbe plage à 4 km de Budva), l’Albatros d’Ulcinj, et le Fjord de Kotor. Les Russes construisent aussi le massif Hôtel Splendid à Bečiči, ainsi que de nombreux hôtels particuliers clandestins[xii] . Le maire de Moscou Yuri Luzhkov, et le frère de Roman Abramović ont acquis de grandes propriétés sur la côte monténégrine (on dit que Roman Abramović y passerait lui-même ses vacances, mais on n’en a pas la preuve). 

Cet attrait pour la côte monténégrine ne nous paraît pas surprenant, quand on sait qu’à l’époque titiste, des personnalités aussi prestigieuses que Carlo Ponti et Sophia Loren étaient déjà co-propriétaires du célèbre village de pêcheurs transformé en hôtel de Sveti Stefan, fréquenté par la crème des acteurs du monde entier : Yves Montand et Simone Signoret, Cary Grant et Marlon Brando etc. Il faut dire que cette formule d’hôtel permet aux personnalités poursuivies par les médias un séjour dans un incognito total, les maisons de pêcheurs étant indépendantes et à l’abri des regards, et le service se faisant à domicile…

Selon l’économiste Nebojsa Medojević, du « Mouvement pour le Changement », -qui a obtenu 13% des voix aux élections de septembre 2006 – « la moitié de la richesse produite au Monténégro est aux mains des Russes ». Medojević accuse en outre les Russes de piller les richesses naturelles du pays, avec le projet de centrale hydroélectrique Buk Bijela nécessitant l’immersion du canyon de la Tara - un des plus beaux paysages du monde, site classé par l’UNESCO - . Certes, c’est le groupe britannique E.F.T. qui est concessionnaire de ce site, mais le projet n’aurait pas été réactivé sans la pression d’Oleg Deripaska, qui veut agrandir le complexe d’aluminium K.A.P., énorme consommateur d’électricité : 1,4 milliard de Kwh – soit l’équivalent du déficit énergétique du pays – pour une production passée à 120.000 tonnes d’aluminium par an [xiii].

  Ce complexe est le plus grand pollueur du pays ; construit par le groupe français Péchiney il y un demi-siècle, il est très vétuste, et est maintenant menacé de fermeture. Oleg Deripaska réclame 300 millions d’Euros pour le rénover, ce qui constitue une forme de chantage.

Le « Mouvement pour le Changement » dénonce « l’invasion russe », et soupçonne le régime personnel de Milo Djukanović d’avoir conclu un gigantesque pacte de corruption avec les amis affairistes de Vladimir Poutine (en effet, le président de la Banque d’Etat du Monténégro est le frère du Premier ministre).

 

Les liens entre la Russie et le Monténégro : une amitié vieille de 300 ans

 

Seuls ceux qui ignorent l’histoire des relations entre la Russie et le Monténégro peuvent être surpris par ce retour des Russes sur la côte Adriatique, car ces relations sont vieilles de trois siècles : dès 1715, Mgr Danilo Petrović, prince-évêque du Monténégro, se rendait à la Cour des Tsars à Saint-Pétersbourg, et en revenait avec des Livres saints et une pension annuelle de 10.000 roubles. Dans les chancelleries russes, on se transmet de génération en génération l’épisode savoureux de l’effroi du jeune attaché chargé par la Cour de trouver un logement pour ce digne ecclésiastique venu du Sud lointain (2.000 km), en découvrant qu’il était accompagné de tout son harem…

En 1799, le Tsar Paul Ier garantissait solennellement la protection de la flotte russe pour les chrétiens riverains de la mer Adriatique, et envoyait à nouveau 10.000 roubles de subsides au Monténégro. En échange, il souhaitait acquérir les Bouches de Kotor, rade naturelle en mer chaude idéale pour abriter sa flotte. Ce souhait fur réalisé peu après, en 1806, au cours de la guerre contre Napoléon : le maréchal Marmont, qui avait conquis la Slovénie et la Dalmatie, rebaptisées « Provinces Illyriennes » (et devenues des départements français), fut donc fait duc de Raguse (nom italien de Dubrovnik). En réaction, les Russes de l’amiral Seniavine, alliés des Monténégrins, s’emparèrent des Bouches de Kotor ainsi que des îles de Hvar et Brač et du port de Budva, puis assiégèrent Dubrovnik.

Même si le traité de Tilsitt, passé entre Napoléon et le Tsar Paul Ier, obligea la marine russe à évacuer Kotor, un projet d’Etat existait, réunissant le Monténégro, l’Herzégovine serbe et la Dalmatie croate – donc embryon de la future Yougoslavie – sous la protection de Paul Ier, avec Raguse (Dubrovnik) pour capitale.

Or, il est intéressant de constater encore aujourd’hui quelle position-clé occupe cette région : en 1999, lors de ce qui fut peut-être une des plus ignobles guerres de notre époque - la flotte gigantesque des 27 pays de l’O.T.A.N. (comprenant, entre autres, le porte-avions françaisCharles de Gaulle) liguée contre la petite Serbie de 10 millions d’habitants, mouillait au large des Bouches de Kotor dans la mer Adriatique, site d’où elle balança des missiles mer-sol sur Belgrade, Niš et Novi-Sad pendant 78 jours, sans prendre le moindre risque sur le plan militaire.

 Actuellement, l’accès aux merveilleuses Bouches de Kotor est l’objet d’un litige frontalier entre la Croatie et le Monténégro nouvellement indépendant à propos de la presqu’île de Prevlaka, qui contrôle l’entrée des Bouches. Ce litige n’est toujours pas réglé à ce jour, mais devra l’être dans l’avenir si ces deux pays veulent entrer dans l’Union Européenne, ce qui ne saurait tarder, comme nous le verrons.

 

Deux décennies après le traité de  Tilsitt, le prince-évêque Pierre II Njegoš – le fameux prince-poète, considéré comme le plus grand écrivain de la littérature serbe avec son immense épopée « Les Lauriers de la Montagne » (Gorski vijenac) comparable à la Légende des Siècles  hugolienne - entreprenait à son tour le voyage de Russie en 1833, et était reçu par le Tsar Nicolas Ier. Il obtenait qu’un consul représentât les intérêts russes auprès du Monténégro, en l’occurrence un Serbe, Jeremij Gagić, résidant à Dubrovnik, car la capitale de la principauté, Cetinje, n’était alors qu’une bourgade isolée, sans la moindre commodité, et donc considérée comme indigne d’un diplomate. Dans ce cas précis, les sentiments de fraternité avec le courageux petit peuple monténégrin, qui luttait seul contre l’Empire Ottoman (il était séparé de la Serbie par le Sandjak de Novi-Pazar musulman) coïncidaient avec les intérêts stratégiques : la Russie voulait obtenir une base navale en Adriatique, et le Monténégro était idéalement placé pour abriter celle-ci.

En 1866, lors de la guerre de Crimée, la France et la Grande-Bretagne empêchaient le Monténégro d’avoir un débouché sur l’Adriatique à Novoselje, près de Spic (Spizza) de peur de voir la Russie y gagner une nouvelle base en Méditerranée [xiv].

Au début du XXème siècle, les relations entre la Russie et le nouvel Etat du Monténégro (reconnu comme indépendant au Congrès de Berlin de 1878, puis érigé en royaume en 1910) étaient plus qu’étroites : l’aide du Trésor russe représentait à la veille de la Première Guerre mondiale 50% du budget monténégrin, et la petite armée monténégrine était entraînée par des officiers russes[xv] .  Symbole de cette amitié, le roi du Monténégro Nikola Ier Petrović-Njegoš mariait deux  de ses filles, Milica et Anastasie, à des Grands Ducs russes (sans compter une troisième, Hélène, au futur Roi d’Italie Victor-Emmanuel III, et une quatrième au futur roi de Yougoslavie, Pierre Ier, ce qui en fit « le grand-père de l’Europe »).

Après la prise du pouvoir par les Soviets en Russie en 1917, les relations avec le Monténégro se refroidirent sensiblement, celui-ci s’étant rallié au nouveau royaume serbo-croato-slovène (S.H.S.) dirigé par la dynastie des Karageorgevitch, en la personne du roi Pierre Ier, gendre de Nikola Ier. Le Royaume S.H.S. était considéré comme un « repaire de réactionnaires » où se réfugièrent 100.000 Russes Blancs, et tout devait être fait pour le démolir : au IVème Congrès du P.C.Y. clandestin de 1928, réuni  à Dresde en Allemagne, le Komintern donna ordre « d’aider les mouvements des nations opprimées dans le but de former des Etats indépendants de Croatie, Slovénie, Macédoine, et Monténégro contre « la bourgeoisie grand-serbe ».

Après la Deuxième Guerre mondiale, sous Leonid Brejnev, bien que le maréchal Tito, co-leader du groupe des Pays Non-Alignés avec Jawaharlal Nehru et Gamal Abd El Nasser, affichât une neutralité de principe vis-à-vis des deux blocs, le Monténégro fut à nouveau utilisé par la flotte soviétique en 1967, lors de la guerre dite « des Six Jours » : trois sous-marins et un escorteur trouvèrent asile dans le havre de Herzeg-Novi, à l’entrée des Bouches de Kotor, tandis qu’un véritable pont aérien de 240 avions, utilisant la Yougoslavie comme porte-avions, approvisionnait l’Egypte en guerre contre Israël.

    Cette tradition multi-séculaire de la diplomatie russe de considérer le Monténégro comme un pion avancé de la Russie en mer chaude nous amène à penser que le retour des oligarques russes dans ce petit pays et la prise de contrôle de près de la moitié de son économie ne sont pas le fruit du hasard, mais font partie d’un dispositif d’ensemble géostratégique visant à la reconquête progressive de l’espace balkanique après quinze années d’avancées incessantes de l’O.T.A.N. dans le « ventre mou » de l’Europe.

On remarquera qu’aussitôt après l’Islande, la Fédération de Russie a été le premier grand pays à reconnaître l’indépendance du Monténégro dès le 11 juin 2006 - huit jours seulement après la déclaration d’indépendance du 3 juin -, avant la Serbie (il s’agissait d’un « divorce à l’amiable »), les Etats-Unis, la France, et la Grande-Bretagne. Deux semaines plus tard, le Monténégro était admis sans difficulté à l’O.S.C.E. en tant que 56ème membre, et aux Nations Unies en tant que 192ème membre.

 

Mais la prééminence des positions russes amène quelques années plus tard les Américains à avancer leurs pions au Monténégro. Comme le note une étude de la Defence Academy of U.K. :

« A plusieurs reprises, l’armée russe a exprimé son intérêt pour utiliser les ports, les installations de maintenance et autres dispositifs qui appartenaient à l’ancienne armée de Serbie-Monténégro. La présence russe a considérablement renforcé la position de Djukanović, qui a commencé à l’utiliser comme une menace implicite pour l’Occident, en liant le sort de son pays à celui de la Russie en tant qu’ami historique. Peut-être ceci pourrait-il expliquer la visite en septembre 2006 du secrétaire américain à la Défense Rumsfeld, qui a offert un soutien important et décisif au Monténégro, et l’a encouragé à continuer son intégration Euro-Atlantique »[xvi] .

 

Effectivement, depuis 2006, le Monténégro brûle les étapes dans son adhésion à l’Union Européenne. Le fait que l’Euro y ait été introduit depuis le 1er janvier 2002 (à la suite du Deutschmark) n’y est certainement pas pour rien.

Après avoir obtenu l’Accord de Stabilisation et d’Association (A.S.E.) signé par l’Union le 15 octobre 2007, le Monténégro déposait sa candidature à l’entrée dans l’Union le 15 décembre 2008. Deux ans plus tard, le 17 décembre 2010, il obtenait du Conseil Européen le statut officiel de candidat - un record en la matière - , et les négociations d’adhésion proprement dites pouvaient donc commencer. « Cela constitue une grande récompense, avec une obligation encore plus grande », se félicitait le président du Parlement monténégrin Ranko Krivokapić. 

 

En conclusion, nul mieux que le dernier président de l’ex-U.R.S.S., Mikhaïl Gorbatchev – à qui le monde doit être reconnaissant d’avoir autorisé la chute du Mur de Berlin sans la moindre contrepartie – n’a décrit avec une rare clairvoyance le jeu dangereux joué par les Etats-Unis en Europe, dans une interview publiée le 15 mai 2008 par le quotidien britannique Daily Telegraph :

 

« Les Américains avaient promis que l’O.T.A.N. ne s’étendrait pas au-delà des frontières de l’Allemagne après la fin de la guerre froide. Résultat, la moitié des Etats de l’Europe centrale et orientale sont désormais membres de l’Alliance Atlantique, ce qui montre bien ce que sont devenues ces promesses. Cela prouve bien qu’on ne peut pas leur faire confiance. (…) Nous disposions de dix ans, après la fin de la guerre froide, afin d’édifier un nouvel ordre mondial. Ces dix ans ont été gaspillés, sans aucun résultat ».

« Le problème, ce n’est pas la Russie. La Russie n’a pas d’ennemis, et n’a pas l’intention d’entrer en guerre contre les Etats-Unis ou contre qui que ce soit. On a parfois l’impression que Washington souhaite guerroyer contre le monde entier », a déclaré l’ancien président de l’U.R.S.S., en référence aux déclarations du chef du Pentagone, qui évoquait « la menace présentée par le cheminement incertain de la Chine et de la Russie ».

M. Gorbatchev a par ailleurs qualifié l’éventuel déploiement en Europe orientale (Pologne et Roumanie) d’éléments du bouclier anti-missiles de « démarche dangereuse, qui relance à un niveau inédit la course aux armements ».

Ce n’est que dans ce cadre très large, nous semble-t-il, que peut s’expliciter la géostratégie agressive des Etats-Unis dans les Balkans. 

De ce point de vue, grande est la désillusion de la diplomatie russe à la suite de l’élection en novembre 2008 du nouveau président américain Barack Hussein Obama, qui avait promis une vaste réorientation de la politique étrangère américaine par rapport à son prédécesseur George W. Bush Jr, réorientation qui, pour l’instant, se fait attendre… Certes, au plan  général, les Etats-Unis ont repris les négociations avec les Russes, qui ont abouti au traité Start follow-on sur la réduction progressive et réciproque des armements stratégiques. Mais, dans les Balkans, la diplomatie américaine ne reconnaît pas ses erreurs, notamment avec « l’Etat-OTAN » qu’elle a installé au Kosovo, et continue de soutenir des régimes corrompus. Il nous paraît regrettable que la diplomatie européenne, et notamment française, n’ait pas fait preuve de plus de distanciation par rapport à cette géostratégie agressive et servant uniquement les intérêts à long terme du peuple nord-américain.

 

 

 

 



[i] Diana JOHNSTONE, « La croisade des fous , Yougoslavie, première guerre de la mondialisation », Le Temps des Cerises, Pantin, 2005 (Edition originale : « The Fool’s Crusade », Pluto Press, Londres).

[ii] Guennadi ZJOUGANOV, « La Russie après l’an 2000 », Editions Mithec, Paris, 1999, (Préface du général GALLOIS), pp. 230-235.

[iii] Kosta CHRISTITCH, « Une victoire pour l’honneur, mais importante », B.I. n° 137, novembre 2008, p. 17.

[iv] Jean-Michel BERARD, « Bucarest accepte le bouclier américain », B.I. n° 152, mars 2010, p. 16-17

[v] Sergeï BALSAMOV, « Deux bases U.S. qui inquiètent Moscou », Pravda Ru, 23 octobre 2009, in B.I. n° 150, janvier 2010, p. 17.

[vi] Extrait du Rapport d’information n° 316 (2003-2004) au Sénat, de MM. Jean-Marie POIRIER et Didier BOULAUD « Serbie, Monténégro, Kosovo, ensemble ou séparés vers l’Union Européenne ? », fait au nom de la Commission des Affaires étrangères, déposé le 19 mai 2004.

[vii] Xavier RAUFER, « La mafia albanaise », Editions Favre, Lausanne, 2000, et « Instabilité et problèmes sécuritaires », in « Kosovo, danger ! », Institut de Sécurité des Balkans, Bruxelles, 2006, pp. 41-52, site www.institusb.org, et Email : institusb@yahoo.fr

[viii] Enquête de l’O.I.M. sur 300 femmes victimes de la traite de 2000 à 2002, in Xavier RAUFER, op. cit., pp. 42-43

[ix] Xavier RAUFER, « Balkans, boucherie et bidonnages », Le Nouvel Economiste, 17 février 2011.

[x] « Kosovo, un nouveau rapport accablant », B.I. n° 162, février 2011, p. 15.

[xi] Daniela HEIMERL « Monténégro 2006-2007 : les défis de l’indépendance », Le Courrier des Pays de l’Est n° 1062, juillet-août 2007, p. 179.

[xii] Jean-Arnault DERENS, « Quand les oligarques russes s’achètent le Monténégro », l’Humanité, 14 septembre 2006, et Daniela HEIMERL, op. cit., pp. 179-183.

[xiii] « Les oligarques russes pillent les ressources naturelles du Monténégro, MONITOR, Podgorica, 1er septembre 2006, traduit par Persa ALIGRUDIĆ.

[xiv] Ernest WEIBEL, Histoire et géopolitique des Balkans de 1800 à nos jours, Ellipses, Paris, 2007, p. 174.

[xv] Alexis TROUDE, « Géopolitique de la Serbie » », Ellipses, 2007, pp. 162-163.

[xvi] Miša DJURKOVIĆ, « Montenegro : Headed for New Divisions ? », Conflicts Studies Research Center, Defence Academy of the United Kingdom, mars 2007, p. 8.

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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 23:55

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Une fuite de documents français montre la stratégie de la France en Cote d'Ivoire  à l'ONU au Libéria, au  Mali et même de San Francisco

Par Matthew Russell Lee, Exclusif

ONU,  8 avril, mise à jour-- avec le résistant ivoirien Laurent Gbagbo d'Ivoire cerné après l’ action militaire de la France et de l'ONU dans le quartier Cocody d'Abidjan des documents internes du gouvernement français obtenus par Inner City Press et publiés en exclusivité aujourd'hui donnent une image des communications de la France avec la  Mission l'ONUCI des Nations Unies, son analyse de la politique de Guillaume Soro, de la presse du Libéria et du Mali, et même sur le recyclage d'un diplomate français arrêté à New York comme nouveau consul général de France à San Francisco.

Dans le premier document, la Force française Licorne (Unicorn la France) a écrit au représentant spécial du Secrétaire général sur l'importation par  Gbagbo d’armes lourdes. Cliquez ici pour voir. Plus récemment, la France est accusée d'avoir violé l'embargo sur les armes en fournissant des armes aux forces de Alassane Ouattara.

Le deuxième document est un câble interne français décrivant en détail l'organisation financière de la rébellion, jusqu’au "racket" d’argent sur les licences de taxi.

Dans le troisième document, la France déplore l'échec d'une visite de trois chefs d'État africains à la Côte d'Ivoire, dont Obasanjo du Nigeria et Thabo Mbeki l'Afrique du Sud maintenant active au Soudan, se plaignant que cette situation puisse  être prolongée jusqu'à ce que la communauté internationale ait décidé d’ « imposer une solution. »

Dans le quatrième document, la France a analysé et critique la politique sud-africaine envers la Côte d'Ivoire et Gbagbo.

Dans le cinquième document, la France analyse la politique étrangère du Libéria comme pro-américaine. Plus récemment, une entrevue prétendue d'un commandant de Ouattara décrivant la coordination avec un citoyen français travaillant avec la Mission des Nations Unies au Libéria a fait surface.

Dans le sixième document, la France analyse l’« attitude discrète » de la presse malienne.

Dans le plus vaste ensemble de documents publiés aujourd'hui--il y en a d’autres —la France détaille ses travaux au Conseil de sécurité de l'ONU sur les résolutions concernant la mission de l'ONU : l'ONUCI.

, L'un des diplomates français impliqués était Romain Serman, qui fut plus tard arrêté par le service de Police de New York. Voir feuille d'arrestation et de la déclaration signée, ici. Puis l’ambassadeur français de la Sablière, pour « éviter un scandale, » l’a renvoyé à Paris.

Mais, en 2010, il est réaffecté aux États-Unis, comme consul général à San Francisco. Et alors il va.

Mise à jour à 13 h 00, le 8 avril: à la réunion d'information ONU de midi, Inner City Press a demandé au  porte-parole du Secrétaire général Ban Ki-Moon : Martin Nesirky de décrire comment l'ONUCI a autorisé la  Licorne à faire pression sur elle et à assister à ses réunions, et si les autres pays y ont été autorisés.

Nesirky  a dit qu'il ne ferait  pas de commentaires sur la divulgation de documents et a également invité Inner City Press à interroger le  chef (français) du service ONU  des opérations de paix, Alain Le Roy. Regardez ce site.

* * *

À l'ONU sur la Côte d'Ivoire, Buzz de martyre, Violations d'embargo sur les armes, brouillard sur Duékoué

Par Matthew Russell Lee

UNITED NATIONS, le 7 avril--les discussions  à l'ONU sur la Côte d'Ivoire jeudi étaient confuses, allant des prédictions du martyre imminente de Laurent Gbagbo à quelques espoirs tardive, au  soutien continu de l'Angola et même d’un des cinq membres permanents  du Conseil de sécurité, à l’insatisfaction en Afrique du Sud dont il a été dit qu’elle envoyait 100 hommes  des forces spéciales.

À la réception  à la Mission russe  de l’ONU  jeudi après-midi, Inner City press a parlé avec une douzaine d’ambassadeurs de la Côte d'Ivoire. Certains étaient surtout préoccupés par leur s propres diplomates encore pris au piège à Abidjan. D'autres parlaient des rapports des expéditions d'armes à Gbagbo dans des aéroports à l'extérieur d'Abidjan.

Au point de presse de midi de la journée, Inner City Press a demandé au porte-parole du Secrétaire général Ban Ki-Moon : Martin Nesirky de la réponse de l'ONU à l'article du Canard enchaîné rapportant que France armait les  forces de Ouattara, qui étaient autorisés à vendre de l’or et a 'acheter des armes en violation de l'embargo.

L'article décrit également les hélicoptères de l'ONU ou de la Force Licorne détruisant un supermarché à Cocody.

Nesirky a refusé de répondre sur les violations de l'embargo sur les armes et sur Cocody, a dit que l'ONU se défendait  et ramassait les armes lourdes. Mais qui a donné Ouattara toutes ses  nouvelles armes lourdes ?

Inner City Press a demandé à la haute responsable humanitaire des Nations Unies Valerie Amos, de retour de Duékoué, de répondre à la critique faite  casques bleus qui ne se déplaçaient pas pour  protéger les civils, et sur le fait que l’envoyé de Ouattara Yousoufou Bamba avait qualifié l’ONG Caritas  de « pro-Gbagbo » parce qu’elle avait  faire état de 1000 morts.

Étonnamment, Amos a dit Inner City Press d’interroger  Caritas sur ses chiffres. Mais qu'en est-il de l'attaque de cette ONG comme étant partiale pro-Gbagbo ? Amos a  seulement voulu  dire que l'ONU travaille  avec Caritas - critiquer, apparemment elle ne voulait  faire aucune critique du côté Ouattara, y compris les attaques de biais contre les ONG humanitaires

Amos avait déclaré auparavant à Inner City Press, qu’elle n'avait jamais entendu parler de l'absence de médicaments  à Abidjan en raison des sanctions de l'UE qui ont conduit à empêcher toute entrée de  navires dans le port.

Alors qu'elle a pris la parole jeudi sur l'indépendance du travail humanitaire, de l'ONU dès maintenant, au moins en Côte d'Ivoire, tout semble marcher droit et dans l’ordre. La  question sans réponse n'est pas de savoir si cela aura une incidence sur  la crédibilité de l'ONU à l'avenir mais sur sa crédibilité immédiate. Regardez ce site.

De la Le 7 avril transcription de l'ONU: (UN's April 7 transcript)

Inner City Press : Sur la Côte d'Ivoire, il y a de toute évidence, il y a cet incident des français libérant l'Ambassadeur japonais ; Je me demande si vous avez, si les Nations Unies ont joué un rôle dans cette. Et aussi que le Canard Enchaîné a sorti avec un rapport disant, entre autres choses, que les  attaques  d’hélicoptère — ce sans dire s’ils 'étaient des Nations Unies ou français —ont fait sauter un supermarché à Cocody et que, essentiellement cela  implique que la France a armé les forces d’ [Alassane] Ouattara en violation de l'embargo sur les armes pendant quelques années. Et je voulais savoir quelle est la réponse de l'ONU à cet article assez détaillé.

Porte-parole Nesirky : Le premier, les opérations qui ont été conduites pour aider à évacuer les diplomates et les autres civils sont évidemment coordonnées. Comme je  vous l’indiquais, les casques bleus du personnel de la  Mission de l'ONU se sont  rendus  à l'Hôtel Novotel, où les journalistes restaient  et  avaient demandé de l'assistance. Ainsi, il est évident que c'est coordonné ; et soit Licorne — les forces françaises — soit les casques bleus des Nations Unies effectuent des missions ; cela dépend de l'emplacement et d’un certain nombre d'autres facteurs. Sur les rapports que vous visez, je voulais simplement dire que l'opération qui a été menée l’a été avec le but spécifique de  prévenir l'utilisation d'armes lourdes, et c'est ce qui a eu lieu. Alors, quelle est votre prochaine question ?

Inner City Press : Je n'ai qu'une question complémentaire sur ce point. L’ONU a- t- elle  connaissance de fournitures  d’armes aux forces pro-Ouattara la France?

Porte-parole Nesirky : J'ai dit ce que j'ai à dire, Matthew

* * *

Comme le dit Juppé interdiction exige Gbagbo lettre, UN sans commentaires, le Vatican et le Japon Q

Par Matthew Russell Lee

UNITED NATIONS, le 6 avril, une journée après que le Ministre des affaires étrangères français Alain Juppé ait déclaré que le Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-Moon était d’accord  pour que Laurent Gbagbo soit obligée de signer une lettre cédant le pouvoir  à Alassane Ouattara, Inner City Press a demandé au porte-parole du Ban Ki Moon  Martin Nesirky si cela était vraiment la  position du Ban.

« Je ne parle pas pour le ministre des affaires étrangères français, » a déclaré Nesirky.

« Mais vous parlez pour le  Secrétaire général, » Inner City Press a demandé. Est-ce la position de Ban ou pas ?

Nesirky n’a pas voulu répondre, disant qu’il  ne voulait  pas commenter les échanges du Secrétaire général avec Juppé. Ainsi l'ONU perd la face sur la  transparence et perd sa crédibilité, en étant utilisé comme Juppé a utilisé Ban et comme la France a utilisé l'ONUCI.

Inner City Press a été informé  par l’adjoint  d’un Représentant Permanent d'un membre Conseil de sécurité que les casques bleus de l’ONU ne se sont pas rendus aux  résidences à Abidjan du représentant du Vatican et de  l'Ambassadeur du Japon.

Il n'était pas clair, a-t-il dit, quel côté bloquait  l'accès- notant que c’est  Caritas, organisation du Vatican, qui a rapporté  les 1000 morts à Duékoué, dont beaucoup accusent les partisans de Ouattara.

Nesirky n’a pas voulu répondre sur quel côté bloquait  l'accès, même s’il a accusé à maintes reprises l'ONU d’avoir même échoué à protéger les journalistes des  « armes lourdes » dans un hôtel

Inner City Press lui a demandé si les forces du Ouattara avaient aussi  des armes lourdes trop. Nesirky n’a pas voulu répondre. À plusieurs reprises, il a répété avec insistance que  l'ONU était impartiale. Regardez ce site.

Note de COMAGUER : les adresses des sites ont été traduites en français mais les dépêches elles-mêmes ne l’ont pas été et les lecteurs curieux (et anglophones !) pourront se reporter aux adresses en anglais qui suivent la traduction française

Accès aux fichiers Wikileaks mentionnés ci-dessous

 

Cliquez Le 1 mars 11 BloggingHeads.tv re Libye, Sri Lanka, la Corruption des Nations Unies 

(Mar 1, '11 BloggingHeads.tv re Libya, Sri Lanka, UN Corruptio)

 

Cliquez ici pour un Inner City Press YouTube canal vidéo, principalement des images siège des Nations Unies, sur la mort de civils au Sri Lanka.

 

Cliquez sur here for Inner City Press March  27, UN debate

 

Cliquez ici pour presse Inner City le 12 mars UN (et leplan de sauvetage AIG) débathere for Inner City Press March 12 UN (and AIG bailout) debate

 

Cliquez ici pour Inner City presse le 26 février UN débat

 

here for Inner City Press March 12 UN (and AIG bailout) debate

 

Cliquez ici pour Débat du 12 février au Sri Lanka

http://bloggingheads.tv/diavlogs/17772?in=11:33 & out = 32:56

Feb. 12 debate on Sri Lanka

http://bloggingheads.tv/diavlogs/17772?in=11:33&out=32:56

 

Cliquez ici pour Inner City Press le 16 janvier 2009 débat sur la bande de Gaza

Inner City Press' Jan. 16, 2009 debate about Gaza

 

Cliquez Inner City Press review-de-2008 UN Top Ten débat

Inner City Press' review-of-2008 UN Top Ten debate

 

Cliquez Inner City Press le 24 décembre débat sur le budget des Nations Unies, Niger

 

Inner City Press' December 24 debate on UN budget, Niger

 

Cliquez Inner City Press le 12 décembre débat sur le double langage de l'ONU

Inner City Press' December 12 debate on UN double standards

 

Cliquez Inner City presse le 25 novembre débat sur la politique pour la Somalie

 

Inner City Press' November 25 debate on Somalia, politics

et cela Débat le 17 octobre, le Conseil de sécurité et de Obama et de l'ONU.

October 17 debate, on Security Council and Obama and the UN

 

 

 

Annexe

 

Pour faire connaissance avec Robert Charvin, un article publié par la revue « Actualité et Droit International » en 2003

 

LA GUERRE ANGLO-AMERICAINE CONTRE L’IRAK ET LE DROIT INTERNATIONAL

« APOCALYPSE LAW »

Par Robert Charvin

Agrégé des Facultés de Droit

Professeur à l'Université de Nice-Sophia Antipolis

Doyen Honoraire de la Faculté de Droit, des Sciences Politiques, Economiques et de Gestion de Nice

 

Résumé : La stratégie américaine se refuse à tout enfermement dans le cadre de la légalité internationale. Il s'agit pour l'administration républicaine d'en nier le contenu et l'utilité au nom d'une morale internationale plus malléable. Il s'agit aussi de restreindre la compétence des Nations Unies à des fonctions subordonnées de type caritatives et humanitaires chargées exclusivement d'accompagner l'unilatéralisme hégémonique des Etats-Unis et de leurs alliés satellisés. La seconde guerre du Golfe consacre ainsi un profond recul du droit international jusqu'à un stade proche de ce qu'il était au XIXe siècle et au début du XXe.

Note : Ce texte sera aussi publié dans Les Cahiers de l’Orient (Paris). Sa rédaction a été achevée le 13 avril 2003.

 

 

 

 

 

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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 09:47

Dossier Côte d’Ivoire

Comaguer a rassemblé dans ce dossier une série de documents qui aident à lutter contre la désinformation orchestrée par le gouvernement français.

Dans l’ordre :

1.      Article de Thabo M’Beki dans FOREIGN POLICY

2.      Extrait du livre de Simone Gbagbo « PAROLES D’HONNEUR »

3.      Documents diplomatiques révélés par Inner City  Press sur l’activité de la diplomatie française à l’ONU

Par ailleurs l’interview de Jean Ziegler que nous avons reprise dans notre émission du 11 Mai se trouve sur le site de SURVIE 13 (http://www.survie13.fr) qui avait eu la très heureuse initiative de cette interview .

La recherche de la vérité sur les derniers évènements survenus en Côte d’Ivoire se poursuit Sans aucunement prétendre à l’exhaustivité citons quelques sites bien informés

http://afrikdignite.com

http://frantz-fanon.blogspot.com

http://afrohistorama.over-blog.com

Lectures recommandées : outre le livre de Simone Gbagbo mentionné ci-dessus, celui de Robert Charvin, professeur de droit international, publié en Avril par l’Harmattan :

Côte d’Ivoire 2011

La bataille pour la seconde indépendance

 

1

 

Le texte qui suit a été publié en anglais par la revue Etasunienne FOREIGN POLICY. Son intérêt est de montrer que les élections présidentielles ivoiriennes de la fin 2010 étaient en fait un véritable déni de la démocratie dont l’issue – provisoire – ne pouvait être qu’une illustration crue et brutale de l’exercice de la  force dans les rapports internationaux en cette période  de contre offensive réactionnaire des puissances dominantes contestées.

Est-ce par courtoisie que Thabo MBEKI ne cite pas son successeur JACOB ZUMA qui n’a pas été aux avant-postes de la résistance anti impérialiste sur le dossier ivoirien ? La question est posée indirectement dans le jugement sévère qu’il formule sur la  carence de  l’Union Africaine qui manque de leaders progressistes et s’est trouvée paralysée dans le cas ivoirien par la position outrageusement « pro OUATARRA » de plusieurs pays de la région à commencer par le BURKINA FASO et le NIGERIA.

La réponse viendra beaucoup plus des actions de base des peuples contre les soubresauts morbides et mortifères du néocolonialisme que du vague appel à « un système global de gouvernance démocratique »   émanant d’on ne sait quel consensus entre gouvernements.

Traduction COMAGUER

 

En quoi  le monde s'est trompé en Côte d'Ivoire

Pourquoi est-ce que l'Organisation des Nations Unies enchâssement anciennes puissances coloniales sur notre continent ? Les africains devraient prendre l'initiative de régler leurs différends.

THABO MBEKI | 29 AVRIL 2011.

 

Le deuxième tour des élections présidentielles en Côte d'Ivoire, le  28 novembre 2010, a mis face à face deux opposants politiques de longue date, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara. Pour cette raison, d'une importance stratégique, il était inévitable que cet affrontement  électoral décide de l'avenir à long terme du pays.  Toute personne consciente aurait dû se poser très sérieusement cette question cruciale : les élections de 2010 allaient-elles créer les conditions fondatrices  du meilleur avenir possible pour le  peuple ivoirien ?

Cela n'a pas été fait.

La communauté internationale a préféré  insister sur le fait que ce dont la Cote d’Ivoire avait besoin pour mettre fin à la crise était d'organiser des élections démocratiques, même si les conditions pour mener de telles élections n'existaient pas. Bien qu'ils aient su  que cette idée était fondamentalement mauvaise, les ivoiriens ne pouvaient pas résister à la pression internationale pour organiser les élections.

Toutefois, la réalité objective est que l'élection présidentielle ivoirienne n'aurait pas dû avoir lieu quand elle a  eu lieu. Il était parfaitement prévisible qu'elle conduirait  davantage à enliser  un conflit dont on prétendait qu’elle  y mettrait un terme.

La rébellion de 2002 en Côte d'Ivoire a divisé le pays en deux parties, avec le Nord contrôlé par les rebelles des Forces Nouvelles, qui appuyait Alassane Ouattara et le sud dans les mains du gouvernement dirigé par Gbagbo. Depuis lors, Côte d'Ivoire a eu deux gouvernements, deux administrations, deux  armées et deux dirigeants « nationaux ».

Toute élection tenue en pareilles  circonstances aggraverait inévitablement les divisions et les animosités symbolisées et exacerbées par la rébellion de 2002.

Les problèmes structurels qui sont  à l’origine  de la rébellion de 2002 comprennent des questions inflammables comme les tensions transnationales affectant particulièrement la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso,  les antagonismes ivoiriens ethniques et religieux, le partage du pouvoir politique et l'accès à la puissance économique et sociale et aux  chances sociales offertes.

À cet égard, la communauté internationale a refoulé avec assiduité  toute prise en compte  des différentes allégations explosives qui, à tort ou à raison, ont formé et continueront de former l'opinion de la population  du Sud de la Côte d'Ivoire qui soutient Gbagbo et d’une grande partie de l'Afrique Francophone !

Elles concernent le fait  que Ouattara est un étranger né au Burkina Faso, qu'avec le président Burkinabè Blaise Compaoré, il a été responsable de la rébellion de 2002, que son accession au pouvoir se traduirait par la prise de contrôle du pays surtout par les burkinabés étrangers, et que par le passé, et jusqu’à ce jour, il a été prêt à faire progresser les intérêts français en Côte d'Ivoire.

Prenant tout cela en compte, l'Union africaine a compris qu'une solution durable de la crise ivoirienne  nécessitait  un accord négocié entre les deux factions belligérantes ivoiriennes, axé sur les questions interdépendantes de la démocratie, de la paix, de la réconciliation nationale et de l'unité.

En de longues négociations depuis 2002, les Ivoiriens ont convenu que les élections présidentielles ne se tiendraient pas tant  que diverses conditions ne seraient pas remplies. Mentionnons la réunification du pays, la restauration de l'administration nationale dans toutes les parties du territoire ivoirien et le désarmement des rebelles et de toutes les milices et leur intégration dans les structures  de sécurité nationale, ce dernier processus devant être terminé au moins deux mois avant les élections présidentielles. Malgré le fait que rien de tout cela n’a été accompli, les élections présidentielles ont été autorisées.

En fin de compte, Ouattara a été installé en tant que président de Côte d'Ivoire. Gbagbo et son épouse Simone, ont fini comme prisonniers humiliés. De  nombreux ivoiriens sont morts et ont été déplacés, beaucoup d’infrastructures ont été détruites et les animosités historiques ont été aggravées pour parvenir à ce  résultat.

Beaucoup de choses ont radicalement mal tourné pour y parvenir.

Les Accords relatifs à ce qu'il fallait faire pour créer les conditions d’élections justes et libres ont été volontairement et de façon méprisante ignorés. Le Conseil constitutionnel ivoirien (CC) est le seul organisme habilité par la Constitution pour déterminer le gagnant de toute élection présidentielle et pour installer le Président, et  la Commission électorale indépendante (CEI) est chargée de transmettre les résultats provisoires au Conseil Constitutionnel. Cependant, les gens qui insistent sur le caractère sacré de la primauté du droit comme fondement de toute pratique démocratique, ont choisi  illégalement de reconnaître les résultats provisoires annoncés par le président de la CEI de son propre chef, comme l'authentique résultat de l'élection présidentielle.

Comme le prévoit la loi, Gbagbo a contesté la régularité des élections dans certaines parties du pays, surtout dans le Nord. Le Conseil Constitutionnel, à tort ou à raison, a accepté la majorité des plaintes déposées par Gbagbo, a identifié d’autres « irrégularités »,  a annulé les votes dans certains districts et a déclaré Gbagbo vainqueur. Le président de la CEI n'a pas pris ces irrégularités en compte et a décidé que Ouattara avait gagné.

L'envoyé du Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-Moon, son compatriote sud-coréen, Représentant Spécial du Secrétaire Général, Choi Young-Jin, a aussi décidé que Ouattara avait gagné, mais sur la base de moins de voix que celles annoncées par la CEI, ayant admis que certaines des plaintes déposées par Gbagbo étaient légitimes. En termes de votes exprimés pour les deux candidats, la CEI, le CC et le représentant spécial des Nations Unies ont pris trois décisions différentes.

Gbagbo a proposé que pour résoudre ce problème, qui porte sur la question importante de la volonté du peuple ivoirien, une commission internationale soit  constituée pour vérifier les résultats de l'élection, à la condition importante que  Ouattara soit tenu d’accepter la décision de la commission.

Cette proposition a été rejetée par la communauté internationale-- malgré le fait qu'elle aurait résolu le différend électoral sans recourir à la guerre et malgré le fait que certains observateurs électoraux aient mis en doute la régularité des élections, surtout dans le nord de la Côte d'Ivoire.

Par exemple, rapportant sur les élections dans le Nord, la mission d'observation électorale de l'Union Africaine, dirigée par Joseph Kokou Kofigoh, ancien premier ministre du Togo, la société civile indépendante Société Civile Africaine pour la démocratie et l'assistance électorale dirigé par Seynabou Indieguene du Sénégal et la Coordination des Experts électoraux africaine (DPVE) du Cameroun, Sénégal, Bénin, Mali, Maroc, Gabon et Togo, dirigée par Jean-Marie Ongjibangte du Cameroun, tous ont tiré la sonnette d'alarme sur les élections dans le Nord.

Par exemple, le DPVE dit: « après le partage d'informations avec d'autres observateurs nationaux et internationaux, nous déclarons par les présentes que le second tour de l'élection présidentielle en Côte d'Ivoire a eu lieu au milieu des problèmes majeurs (diverses régions du Nord)

« Ces problèmes étaient les suivants : vol des urnes, arrestation de représentants des candidats, votes multiples, refus d'admettre des observateurs internationaux pour être témoins du dépouillement des bulletins de vote et  meurtre de représentants des candidats. À cet effet, nous déclarons que le deuxième tour de scrutin n'était pas libre, juste et transparent dans ces localités (nordiques). »

Pour sa part, à ce jour, la mission d'observation électorale la CEDEAO n'a pas publié son rapport sur le second tour de l'élection présidentielle ! Pourquoi ?

Clairement la commission internationale indépendante proposée par Laurent Gbagbo aurait peu être  mise en place   et habilitée  à  déterminer  définitivement et de façon contraignante ce qui était arrivé. Le temps nous dira pourquoi cela n'a pas été fait !

En outre, le représentant spécial des Nations Unies a pris la décision extraordinaire d’outrepasser son mandat en déclarant qui avait remporté l'élection présidentielle, contrairement à ses tâches détaillées  par le Conseil de sécurité. Cela a positionné la Mission des Nations Unies en Côte d'Ivoire (ONUCI) comme partisane dans le conflit ivoirien, plutôt que comme artisan de paix neutre, équidistant des parties belligérantes.

A partir de ce moment là, l'ONUCI n’avait pas d’autre  choix que de travailler activement à  l'installation de Ouattara comme président du pays et à l’élimination de Gbagbo. En fin de compte, cette position s’est exprimée dans l'utilisation flagrante de ses capacités militaires pour ouvrir la voie aux Forces Nouvelles pour vaincre les forces de Gbagbo et pour capturer Gbagbo, sous le prétexte trompeur qu'il s'agissait de protéger les civils.

Alors qu'elle était tenue de respecter son mandat de maintien de la paix, qui comprenait le maintien séparées  des forces belligérantes, l'ONUCI n'a rien fait pour arrêter l'avancée des Forces Nouvelles du Nord au sud, y compris et jusqu’à à Abidjan. Ni  l'ONUCI, ni la force française Licorne, telle qu’elle était mandatée par l'Organisation des Nations Unies, n’ont agi pour protéger les civils dans le domaine de Duékoué, où, de toute évidence, le meurtre de la plus forte concentration de civils a eu lieu ! Cela rappelle la défaillance de l'ONU pour mettre fin au plus catastrophiques des meurtres et des violences sur des civils dans l'est de la République démocratique du Congo !

La réalité ivoirienne met en évidence  un certain nombre de conclusions irréfutables.

Les conditions convenues pour la tenue d'élections démocratiques en Côte d'Ivoire n'ont pas été créées. Malgré de fortes allégations de fraude électorale, la communauté internationale s’est opposée  à la réalisation de toute vérification du processus et des résultats annoncés. Ceci a laissé sans réponse  la question essentielle de qui avait réellement remporté les élections, ce qu’avait pu faire Ouattara.

L'Organisation des Nations Unies a choisi d’abandonner sa neutralité comme artisan de  paix, décidant d'être un partisan belligérant dans le conflit ivoirien.

La France a utilisé sa place privilégiée au Conseil de sécurité pour se positionner dans un rôle important dans la détermination de l'avenir de la Côte d'Ivoire, son ancienne colonie où, entre autres, elle possède des intérêts économiques importants. Elle s'est associée à l'Organisation des Nations Unies afin d'assurer que Ouattara émerge comme vainqueur du conflit ivoirien.

Ceci renvoie aux  intérêts nationaux de la France, conformément à sa politique de Françafrique, qui a pour but de perpétuer une relation particulière avec ses anciennes colonies africaines. Cela est conforme aux remarques faites par l'ancien président français François Mitterrand lorsqu'il a dit, "Sans l'Afrique, la France n'aura aucune histoire au XXIe siècle," ce qu’un ancien ministre des affaires étrangères français Jacques Godfrain a confirmé lorsqu'il a dit : "un petit pays [France] avec une petite quantité de force, nous pouvons faire bouger la planète grâce  nos]... relations avec 15 ou 20 pays africains... "

L'Union Africaine n’est également pas à l’abri de reproches, car elle n'a pas tenté de convaincre tout le monde de travailler pour parvenir à la réconciliation entre ivoiriens et par conséquent à la  paix. Tragiquement, le résultat qui a été obtenu en Côte d'Ivoire aggrave encore le conflit endémique dans ce pays. C'est parce que la capacité à déterminer l'avenir du pays, a été placée dans les mains exclusives de la rébellion ratée de 2002, alors que la situation objective dictait  et dicte  que ce soit les populations de Côte d'Ivoire qui  s’engagent  les unes  envers  les autre sur pied d’égalité  à déterminer leur destin commun.

Au cours de la décennie, pendant laquelle il a été président de Côte d'Ivoire, Gbagbo n'avait aucune possibilité d'agir par lui-même pour réunifier le pays et pour parvenir à la  réconciliation de sa population diversifiée, malgré l'existence d'accords négociés sur ce sujet. En tant que  président du pays, Ouattara ne parviendra pas à réaliser ces objectifs, en agissant de son propre chef, hors du contexte de l'accord honnête avec les sections de la population ivoirienne représentées par Gbagbo.

Ce qui allait se passer avait été prévu par l'Ambassadrice des États-Unis  en Côte d'Ivoire, Wanda L. Nesbitt. En juillet 2009, elle a informé le gouvernement des États-Unis :

« Maintenant, il semble que l'accord de Ouaga IV, [la quatrième Convention de l'accord politique de Ouagadougou, qui prescrit que le désarmement doit précéder les élections], est fondamentalement un accord entre Blaise Compaore [président du Burkina Faso] et Laurent Gbagbo de partager le contrôle du Nord après l'élection présidentielle, malgré le fait que le texte appelle pour les Forces Nouvelles à reprendre le contrôle du Nord du gouvernement et d’achever le désarmement deux mois avant l'élection...

« Mais les Forces Nouvelles 5 000 soldats qui sont à « désarmer » et se sont regroupés dans des caserne dans quatre villes clés dans le Nord et l'Ouest, jusqu'à ce qu'une nouvelle armée nationale soit créée, représentent une capacité militaire sérieuse que le FAFN [Forces Nouvelles] a l'intention de garder bien formée et en réserve jusqu’après les élections. La remise du pouvoir administratif  de la FAFN aux autorités civiles est un préalable aux  élections, mais, comme les voyageurs vers le Nord (y compris le personnel de l’ambassade) le confirment : les FAFN conservent le contrôle de facto de la région particulièrement lorsqu'il s'agit de finances. »

L'incapacité à résoudre les préalables aux élections  a prédéterminé  leur résultat. Le « contrôle » du Nord par les rebelles, mentionné par l'Ambassadeur Nesbitt, déterminait  le résultat de l'élection présidentielle de 2010. De même, c'est la « capacité militaire » de la rébellion, mentionnée par l’Ambassadeur Nesbitt qui a été utilisée pour s'assurer que Ouattara devienne président de la  Côte d'Ivoire.

Il n’est surprenant que lorsque la crise postélectorale s'est aggravée, Laurent Gbagbo se soit écrié : J'ai été trahi !

Au terme de tout ceci, il y a de nombreuses victimes.

L'une d'elles est l'Union africaine. Les événements tragiques en Côte d'Ivoire ont confirmé la marginalisation de l'Union dans sa capacité à résoudre les défis africains les plus importants.

Au lieu de cela, l'Union africaine a conforté la capacité des grandes puissances à intervenir pour résoudre ces problèmes en utilisant leurs capacités diverses pour légitimer leurs actions, en persuadant les Nations Unies d'autoriser leurs interventions servant leurs propres intérêts

L'Organisation des Nations Unies est encore une autre victime. Elle a gravement affaibli son acceptabilité comme force neutre dans la résolution des conflits internes, tels que celui de la Côte d'Ivoire. Maintenant, il sera difficile pour l'Organisation des Nations Unies de convaincre l'Afrique et le reste du monde en développement, qu'elle n'est pas un simple instrument entre les mains des grandes puissances du monde. Cela a confirmé l'urgente nécessité de restructurer l'organisation, fondée sur le point de vue que, comme elle est actuellement structurée l'Organisation des Nations Unies n'a aucune capacité à agir comme un représentant vraiment  démocratique de ses États membres.

Ainsi, de diverses façons, les événements en Côte d'Ivoire pourraient constituer un moment décisif de l'urgente nécessité de restructurer le système des relations internationales. Ils ont exposé la réalité de l'équilibre et des abus de pouvoir dans l'ère de l’après guerre froide et ont mis à bas la fiction selon laquelle les grandes puissances respectent la primauté du droit dans la conduite des relations internationales, même au sens de la Charte des Nations Unies, et que, en démocrates, elles respectent les opinions des peuples du monde.

Nous pouvons seulement espérer que Laurent et Simone Gbagbo et le peuple ivoirien ne vont pas continuer à souffrir comme victimes trompées et humiliées d'un système global qui, dans son intérêt, tout en criant  très fort  pour  les droits de l'homme universels, vise seulement à perpétuer la domination du plus grand nombre par la minorité  qui dispose du pouvoir prépondérant , sur les plans politique, économique, militaire et médiatique .

Les agissements pervers et empoisonnés  qui ont eu lieu en Cote d’Ivoire posent cette question urgente : Combien l’Afrique et le reste du monde en développement subiront-ils encore d’abus de pouvoir avant que le projet d’un système global de gouvernance démocratique voit le jour ?

 

2

Le chapitre qui suit du livre de Simone Ehivet Gbagbo prend aujourd’hui un relief tout particulier. L’attaque de la base française a en effet déclenchée une riposte musclée qui a détruit la modeste aviation militaire ivoirienne assurant ainsi  à l’ONUCI et à la France la maitrise complète du ciel ivoirien. Il s’est donc créé ce jour là, sans même avoir besoin de recourir à sa création par le Conseil de Sécurité de l’ONU,  une « no fly zone » qui a permis en Avril 2011 de faire attaquer l’armée légale ivoirienne au sol par des appareils hostiles. Le Président Gbagbo avait donc perdu dés 2004 la souveraineté aérienne dans son propre pays.

 

 

DE LA DIGNITÉ

Opération César

Mon pays était coupé en deux depuis plus de deux ans et les rebelles refusaient de désarmer. La feuille de route adoptée après Accra III enregistrait le même échec que les précédentes. Pour mettre fin à cette situation, l'armée ivoirienne, sur ordre du chef de l'État, Laurent Gbagbo, lança le 4 novembre 2004 une offensive afin de libérer les zones occupées par les rebelles. Cette opération, fut dénommée « César» par les militaires mais les Ivoiriens préférèrent l'appeler « Opération Dignité».

La communauté internationale et la France étaient au fait de cette opération et ne s'y étaient pas opposées. J’en veux pour preuve la mise à disposition par la force Licorne du commandant Issar, officier de liaison Français, qui rendait compte, au quotidien, à ses supérieurs hiérarchiques de l'évolution de l'opération « César».

Les deux premiers jours se déroulèrent à la satisfaction de nos forces de Défense et de Sécurité. Soro Guillaume, le chef des rebelles, dénonça immédiatement ce qu'il considéra comme « une violation» flagrante » et « unilatérale » des accords de paix.

L'opération « Dignité » avait donc démarré le 4 novembre 2004. Elle allait prendre une tournure lourde de conséquences tant pour la France que pour la Côte d'Ivoire ...

Ce samedi 6 novembre 2004, nous étions au troisième et dernier jour des frappes aériennes. Les bases rebelles avaient été bombardées et des troupes de l'armée ivoirienne étaient aux portes de la ville de Bouaké. Nous devions libérer Bouaké au Centre, Bouna, Odienné el Korhogo au Nord et Danané à l'Ouest. Tout le monde suivait de près la progression de l'armée ivoirienne.

Nous étions heureux parce qu’enfin le pays allait être libéré.

En milieu de matinée, les nouvelles nous parviennent de Bouaké. Elles sont excellentes. Nos troupes sont entrées dans la ville, elle sera libérée avant la fin de la journée. Tout le pays est en liesse, même les populations des zones occupées.

Brusquement, en début d'après-midi, une nouvelle terrible déferle de Bouaké, enfle et s'empare de tout le pays : une base de la Force Licorne à Bouaké aurait été touchée par un obus. Peu de temps après la nouvelle se précisait. Un obus serait tombé « par mégarde » sur ce camp. Nous ne savions pas d'où était parti l'obus, car il y avait, non loin du camp, des affrontements entre nos soldats et les rebelles.

Quelques instants plus tard, une autre version la première. Il y aurait eu un raid de l'aviation sur le camp militaire français. Bilan selon la France neuf tués dont huit soldats français et un ressortissant américain.

Les premières informations qui nous ont été communiquées ne parlaient pas du tout d'un bombardement délibéré du camp militaire français. Que s'était-il donc passé?

Erreur de pilotage? Action délibérée?

La réaction de l'armée française est immédiate et d’une brutalité inouïe et démesurée. Ce même 6 novembre avant quinze heures, elle détruit les avions de l'armée stationnés à l'aéroport de Yamoussoukro ainsi que les hélicoptères de combat. Même celui qui avait été rangé dans la cour du palais présidentiel à Yamoussoukro est réduit en cendres et le palais lui-même en partie endommagé.

On dit même qu'en vue des opérations, des mirages avaient décollé depuis Djibouti pour être positionnés à Libreville, au Gabon.

Les événements se succèdent dans un ordre cauchemardesque. Presque tous nos avions sont partis en fumée. Un hélicoptère de combat MI 24, qui revenait d'une mission de reconnaissance avec à son bord des journalistes, est attaqué et endommagé par les militaires français qui s'étaient emparés de l'aéroport de Yamoussoukro. À Abidjan, la force française Licorne endommage également, mais à la hache cette fois, les aéronefs ivoiriens stationnés sur la base aérienne du GATL (Groupement Aérien de Transport et de Liaison), à proximité de l'aéroport international Félix Houphouët-Boigny. Je tiens à préciser que ces avions n'avaient pas pris part au combat.

Le palais présidentiel du Plateau est également attaqué. Un bitube anti aérien 2SU/34 est détruit.

« On a tiré essentiellement sur les appareils militaires pouvant constituer un danger pour nous, forces impartiales », prétendra le porte-parole de la Licorne.

En quoi est-ce que les appareils militaires pouvaient constituer un danger pour les forces impartiales? La Côte d'Ivoire n'était pas en guerre contre l'armée française, ni contre les casques bleus!

Quel intérêt avions-nous à nous en prendre aux forces impartiales?

Nos intérêts étaient diamétralement opposés à ce type d'action. Seul un fou aurait pu avoir une telle idée.

Mais la version des, événements donnée par la Force Licorne fait rapidement le tour des médias dans le monde entier. Les Ivoiriens durent mobiliser toute leur expertise informatique pour que, grâce à Internet, ils arrivent à rétablir la vérité des faits. La tension monta très vite entre la Côte d'Ivoire et la France.

Dire que cet événement tragique intervenait au moment même où nous commencions à voir le bout de tunnel !

La France s'est-elle saisie de ce prétexte pour briser l'élan des soldats ivoiriens et pour tenter ce qu'il faut bien appeler un coup de force: enlever Laurent du pouvoir? Elle n'a même pas pris le temps de vérifier si le « bombardement » de son camp était un acte intentionnel accidentel.

Le dimanche 7 novembre à 14 heures 30, lorsque les réfugiés français se retrouvent à l'hôtel La pergola le QG de l'ONUCI, à la question de Patrick : « Avez-vous prévu un plan d'évacuation pour les français ? », le colonel français présent répond: « Il n'y a de plan d'évacuation de prévu. De toutes les façons, ne vous inquiétez pas, Gbagbo dans quarante-huit heures, c’est terminé, on n'en parle plus ... »

Qui se cache derrière tout cela ? Quelques arbres cachent la forêt, pourtant c'est une forêt équatoriale!

Dès le lendemain du « bombardement », le président la République ordonna au Procureur militaire d’engager une enquête sur cette attaque du camp militaire français. Pour donner à l'enquête toutes ses chances d'aboutir, il suspend toute la chaîne de commandement militaire. Le capitaine de corvette, Ange Kessy, Procureur militaire, décida aussitôt de se rendre à Bouaké, afin de constater par lui-même ce qui s'était réellement passé au cours de cette soi-disant attaque et d'asseoir son opinion. Il constitua son équipe avec entre autres un artificier, un armurier et un spécialiste de balistique. À deux reprises, il essuya le refus du général Poncet, Commandant de la Force Licorne, de le laisser accéder au camp de Bouaké. Le commissaire de marine Deligne Jean Marie, conseiller juridique du général Poncet, affirma même que Paris s'opposait à toute enquête.

Il fallut attendre le 17 décembre 2004, c'est-à-dire quarante jours après le bombardement, pour que le général Poncet accepte enfin de conduire le Procureur militaire ivoirien sur les lieux, au lycée Descartes à Bouaké. Ce dernier dût s'y rendre seul à bord d'un hélicoptère français. En effet, le général Poncet s'opposait à ce que son équipe d'enquêteurs l'accompagne.

Sur place, aucune possibilité d'expertise, aucun élément de preuve, aucun reste de roquette et pourtant ce camp était censé avoir reçu trois paniers de quarante-huit roquettes. Les trous découverts et identifiés sur plan' n'avaient pu être réalisés que par des kalachnikovs et non des roquettes; également, quelques tas de gravats qui ne livraient aucun indice! Le colonel Destremau qui avait accueilli le Procureur ivoirien à Bouaké était pressé d'en finir. Il prétextait une attaque probable de rebelles présents dans les alentours. La visite ne dura pas plus de quinze minutes.

L'incompréhensible brutalité de la France

Des questions se lèvent dans mon cœur.

Nous n'avons pas pu voir les corps des victimes pour leur rendre un dernier hommage comme le veut l'usage. Pourquoi?

On ne nous a pas laissés accéder aussitôt au site bombardé pour faire nos constats, nous-mêmes. Pourquoi?

Les blessés ont tous été évacués sur la France sans même que nous les ayons vus. Pourquoi?

On ne sait pas ce qu'est devenu le corps de la victime ni qui il était. Pourquoi?

La France a rapatrié les corps des victimes sans même médecin légiste ivoirien les ait examinés. Pourquoi? Sur ces morts, il n'y a en moi que des questions sans réponse.

Quelles que soient les circonstances et avant qu'une enquête ne soit ouverte, Laurent aurait dû, comme il l'a fait, chaque fois qu'il y a eu mort de soldats français, la possibilité de rendre les honneurs à ces soldats sur le territoire ivoirien.

Nous ne savons pas, aujourd'hui encore, si c'est un de nos avions qui a commis cet acte ou si l'obus a été du camp des rebelles.

Je me demande pourquoi nos pilotes seraient allés poser leurs appareils, juste devant les canons des Français sur  l'aéroport de Yamoussoukro, s'ils avaient vraiment commis la forfaiture d'aller bombarder un de leurs camps à Bouaké L’examen des faits et les témoignages des uns et autres conduisent à la non-imputabilité des pilotes du Sukhoi (avion de combat) ivoirien.

Ce sont les militaires français qui ont récupéré les boîtes noires » des Sukhoïs, détruits au sol par eux. Jusqu’à présent, ces boites noires demeurent silencieuses pour nous ... Ivoiriens bien sûr. Pourquoi?

Secret Défense de Michèle Alliot Marie!

Le « Pays des Droits de l'homme » se soustrait à la en terre ivoirienne alors qu'une enquête militaire conjointe aurait dû être menée sans difficultés. Pourquoi?

Les pilotes biélorusses, dont la responsabilité n'a jamais été établie dans le « bombardement » de la base française ;') Bouaké, ont été exfiltrés précipitamment de Côte d'Ivoire, sans que nous ayons pu les interroger. Pourquoi?

Qui les a exfiltrés de la sorte et pourquoi?

En janvier 2005, le pouvoir français refusera que le Parlement français enquête sur les événements dl' Côte d'Ivoire.

« La Commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale française a examiné, le 15 janvier 2005, le rapport d'Eric Raoult (UMP) sur la proposition de députés socialistes de création d'une "Commission d'enquête sur les conditions dans lesquelles le gouvernement .français est intervenu dans III crise en Côte d'Ivoire depuis le 19 septembre 2002" (LC N°463) ».

« Les militaires .français ont plus besoin de soutien que de mise en cause », a dit Jacques Godfrain (Ancien ministre RPR de la Coopération française).

Enfin, le président de la Commission, Edouard Balladur, a jugé qu'il était légitime que le Parlement français fasse connaître son jugement a posteriori, comme dans les cas du Rwanda et de Srebrenica. Mais « si la représentation nationale devait intervenir pendant le déroulement du conflit, cela ne pourrait que conduire à accroître la confusion de la situation et compliquerait la tâche du gouvernement ». Paul Quilès, à l'origine de cette proposition, a alors proposé la création d'une « mission d'information » plutôt qu'une « commission d'enquête », Edouard Balladur a jugé que la création d'une mission d'information n'était pas plus « opportune »... La Commission a donc rejeté la proposition de résolution. (LC N°464 du 10/212005)

Pourquoi?

La juge d'instruction, Brigitte Raynaud, en charge de l'enquête posait trop de questions. Elle exigea même que les pièces du dossier soient déclassifiées. Un grand nombre de pièces le fut par le ministre français de la Défense mais, quelques-unes, sûrement les plus importantes, restent encore classées secret défense. Ces pièces sont donc inaccessibles aux enquêteurs et depuis, la juge a été déchargée du dossier.

Pourquoi?

Comment peut-on imaginer un seul instant que Laurent Gbagbo ou un de ses proches, sain de corps et d'esprit, ait pu ordonner le bombardement du camp français, alors que son pays était à deux doigts de sa réunification, de sa paix?

On nous a parlé d'un rapport de la gendarmerie française, précisant que les neuf militaires auraient, en réalité, été tués par des rebelles pour obliger la France à arrêter le feu des Forces loyalistes.

Dans la revue Gend’ Info N°278, juin/juillet 2005, le capitaine Philippe Moreux, Conseiller en communication en poste à l'ONUCI (Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire) à Abidjan, lors des événements, rapporte les faits suivants: « Le 3 novembre, des affrontements opposant rebelles et forces nationales éclatent dans le pays. Des heurts qui gagnent en violence, jusqu'à atteindre leur apothéose le 6 novembre, lorsque les rebelles s’en prennent à une base  française en place dans le cadre de l'opération Licorne. Le bilan est lourd, l'armée française perd neuf soldats, vingt autres sont blessés ».

Le capitaine Moreux affirme donc clairement l'attaque du camp français par les rebelles? Se tromperait-il lui aussi ? Tous ces « camouflages », toutes ces manipulations toute cette perversion me donnent des frissons d’effroi.

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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 10:16

Extrait du compte-rendu intégral du colloque tenu au Sénat les 28 et 29 Janvier 2010 sur le thème : « Le Moyen-Orient à l’heure nucléaire, quelle politique européenne pour le Moyen-Orient ?

 

 

Les passages en rouge et en gras ont été sélectionnés par nous

 

Où en est AI-Qaïda ?

Table ronde

Monique CERISIER-ben GUIGA, sénatrice, co-auteur du rapport sur l'évaluation de la situation au Moyen-Orient - Où en est Al-Qaïda ? Pendant tout le périple que nous avons accompli, Jean François-Poncet et moi-même, grâce à la commission des affaires étrangères du Sénat, entre le dernier trimestre 2008 et le premier semestre 2009, c'est la question que nous n'avons cessé de nous poser, avec une ouverture presque prémonitoire au Yémen, puisque nous concluions principalement de notre voyage au Yémen qu'il était la prochaine base d'Al-Qaïda. Cela paraissait évident. Cependant, un peu partout, se posaient des questions un peu byzantines: s'agit-il d'Al-Qaïda ? Les attentats sont-ils commis par des gens qui se donnent de l'importance en les attribuant à Al­-Qaïda ? S'agit-il de gens qui seraient en quelque sorte sous-traités par Al-Qaïda, qui obtiendraient leurs lettres de noblesse en s'y affiliant et qui commettraient des actes pour qu'Al-Qaïda les accepte en son sein? Pendant huit mois de voyage, cette question fut présente.

Aujourd'hui, trois spécialistes nous donneront l'occasion ou de répondre à cette question ou de la poser de façon encore plus raffinée. Le premier sera Monsieur Alain Chouet. Homme de terrain, il ne fera pas de philosophie. Il nous parlera de la réalité. Il vient d'écrire un article dans la revue Marine, intitulé «Afghanistan, le désert des Tartares ?» Cet article est à lire. Ensuite, nous écouterons Monsieur Jean-Pierre Filiu, diplomate, actuellement professeur de sciences politiques, invité à l'université de Georgetown, aux Etats-Unis, et qui a publié plusieurs livres sur Al-Qaïda. Le dernier, Les neuf vies d'Al-Qaïda, se lit presque comme un roman. Enfin, Monsieur François Heisbourg, conseiller à la Fondation pour la recherche stratégique, a publié il y a un an Après Al-Qaïda, chez Stock. Alliez-vous trop vite? Je ne le sais pas. Nous lui demanderons, après les explications fouillées de Jean-Pierre Filiu, de conclure sur ce que l'on peut attendre du proche avenir.

Alain CHOUET, ancien chef du service renseignement de sécurité de la DGSE

Pour ceux d'entre vous qui ne sont pas encore familiers de l'organisation interne des services spéciaux français, le service des renseignements de sécurité est chargé du recueil des renseignements et de la mise en œuvre des mesures actives, à l'extérieur du territoire national, en matière de contre-criminalité, de contre-espionnage, de contre-prolifération et de contre-terrorisme. Ce sont des activités tout à fait ludiques qui se déroulent à l'étranger, donc évidemment dans l'illégalité la plus absolue et dans le plus grand secret. Cela donne du monde une vision un peu spécialisée. Je n'ai donc pas l'Intention et la prétention de dire mal ce que Jean- 90

Pierre Filiu et François Heisbourg vous diront très bien. J'essaierai de me borner à une approche « service du renseignement» du phénomène.

Compte tenu du thème retenu pour cette table ronde, j'avoue que j'ai hésité à participer à un exercice qui m'est d'abord apparu comme une espèce de séance de nécromancie, parce que les questions que vous avez qualifiées de byzantines, Madame Cerisier-ben Guiga, me paraissent moins byzantines qu'il n'y paraît au premier abord. Comme bon nombre de mes collègues professionnels à travers le monde, j'estime, sur la base d'informations sérieuses, recoupées, qu' Al-Qaïda, est morte, sur le plan opérationnel, dans les trous à rats de Bora-Bora, en 2002. Les services pakistanais se sont ensuite contentés, de 2003 à 2008, à nous en revendre les restes par appartements, contre quelques générosités et indulgences diverses.

Sur les quelque 400 membres actifs de l'organisation qui existait en 2001 et dont l'on trouvera une assez bonne description dans l'excellent ouvrage de Marc Sageman, Understanding Terror Networks, moins d'une cinquantaine, essentiellement des seconds couteaux - à l'exception de Ben Laden lui-même et d'Ayman al-Zawahiri, qui n'ont aucune aptitude sur le plan opérationnel-, ont pu s'échapper, dans des zones reculées, dans des conditions de vie précaires et avec des moyens de communication rustiques ou incertains. Ce n'est pas avec un tel dispositif que l'on peut animer à l'échelle planétaire un réseau coordonné de violences politiques. Il apparaît d'ailleurs clairement qu'aucun des terroristes postérieurs au Il septembre, qui ont agi à Londres, Madrid, Casablanca, Djerba, Charm-el-Cheikh, Bali, Bombay ou ailleurs, n'a eu de contacts avec l'organisation. Quant aux revendications plus ou moins décalées qui sont formulées de temps en temps par Ben Laden ou Ayman al-Zawahiri, à supposer d'ailleurs que l'on puisse réellement les authentifier, elles n'impliquent aucune liaison opérationnelle ou fonctionnelle entre ces terroristes et les vestiges de l'organisation.

Toutefois, comme tout le monde, je suis bien obligé de constater qu'on l'invoque à tout propos et souvent hors de propos dès qu'un acte de violence est commis par un musulman ou quand un musulman se trouve au mauvais endroit et au mauvais moment, comme dans l'histoire de l'usine AZF de Toulouse, ou même quand il n'y a pas du tout de musulman, comme dans les attaques à l'anthrax aux Etats-Unis. Or, à force de l'invoquer ainsi, un certain nombre de médias réducteurs et quelques soi-disant experts, de part et d'autre de l'Atlantique, ont fini non pas par la ressusciter mais par la transformer en une espèce d'Amédée d'Eugène Ionesco, ce mort dont le cadavre ne cesse de grandir et d'occulter la réalité et dont on ne sait pas comment se débarrasser.

L'obstination incantatoire des Occidentaux à invoquer l'organisation mythique, que l'on a qualifiée d'hyper-terroriste non par ce qu'elle a fait mais parce qu'elle s'est attaquée à l'hyper-puissance, a eu très rapidement deux effets tout à fait pervers. Premièrement, tout contestataire violent, dans le monde musulman, qu'il soit politique ou de droit commun et quelles que soient ses motivations, a vite compris qu'il devait se réclamer d'Al-Qaïda s'il voulait être pris au sérieux, s'il voulait entourer son action d'une légitimité reconnue par les autres et s'il voulait donner à son action un retentissement international.

Parallèlement, tous les régimes du monde musulman, qui ne sont pas tous vertueux, nous le savons, ont bien compris qu'ils avaient tout intérêt à faire passer leurs opposants et leurs contestataires, quels qu'ils soient, pour des membres de l'organisation de Ben Laden, s'ils voulaient pouvoir les réprimer tranquillement, si possible avec l'assistance des Occidentaux. D'où une prolifération d'« Al-Qaïda » plus ou moins désignés ou autoproclamés au Pakistan, en Irak, au Yémen, en Somalie, au Maghreb et ailleurs dans la péninsule arabique.

Le principal résultat de cette dialectique imbécile a évidemment été de renforcer le mythe d'une Al-Qaïda omniprésente, tapie derrière chaque musulman, prête à l'instrumentaliser pour frapper l'Occident en général et les Etats-Unis en particulier, au nom d'on ne sait trop quelle perversité.

Cette vision procède de plusieurs erreurs d'appréciation et de perspective.

Surtout, elle génère des ripostes totalement inadaptées, parce que si Al-Qaïda n'existe pas, la violence politique islamique existe bel et bien, et l'Occident n'en est qu'une victime indirecte et collatérale. Les idéologues de la violence islamique ne sont pas des « fous de Dieu». Ce sont des gens qui ont des objectifs précis. Leur objectif n'est pas d'islamiser le monde, c'est de prendre le pouvoir et les richesses qui y sont liées dans le monde musulman sans que l'Occident intervienne, un peu selon la même démarche que celle suivie à son époque par le frère Hassan Tourabi au Soudan. Même si l'amour-propre des Occidentaux doit en souffrir, il faut répéter sans cesse que les principales, les plus nombreuses et les premières victimes de la violence islamique sont les musulmans.

L'épicentre de cette violence islamiste n'est ni en Afghanistan ni en Irak. Il se trouve en Arabie Saoudite. C'est d'ailleurs ce pays que visait d'abord le Manifeste contre les juifs et les croisés, qui était un peu, à la fin des années 1990, le texte fondateur de l'organisation de Ben Laden. Ce manifeste visait la famille royale saoudienne bien avant les juifs et les croisés. C'est aussi ce pays qui, comme l'a dit à juste titre notre ami Antoine Sfeir, est le seul au monde à porter un nom de famille.

Toute proportion gardée, l'Arabie Saoudite se trouve à mes yeux dans une situation comparable à celle de la France du premier semestre 1789. Une famille s'est installée au pouvoir en 1926 en établissant sa légitimité sur une base religieuse et en usurpant la garde des lieux saints de l'Islam à ses titulaires historiques qui étaient la famille des Hachémites. Cette famille, les Saoud, composée aujourd'hui d'environ 3 000 princes, exerce sans partage la totalité du pouvoir et accapare une rente astronomique provenant de l'exploitation du plus riche sous-sol du monde en hydrocarbures. Afin de conserver sa légitimité face à toute forme de contestation, la famille Saoud a fermé la voie à toute forme d'expression démocratique ou pluraliste. Elle pratique et répand l'interprétation de l'Islam la plus fondamentaliste possible pour se mettre à l'abri de toute forme de surenchère dans ce domaine. La famille saoudienne est un peu comme l'Union Soviétique, qui ne voulait pas d'ennemi, donc de surenchère à gauche. Elle ne veut pas de surenchère en Islam.

Cependant, avec le temps, les retombées de la rente d'hydrocarbures ont tout de même donné naissance à diverses formes de commerces et d'industries auxquels les princes, comme tous les princes, ne sauraient évidemment toucher sans déroger et qu'ils ont concédées, moyennant des participations aux bénéfices, à des entrepreneurs roturiers majoritairement issus de pays voisins, évidemment musulmans, principalement des Yéménites et aussi, dans une large mesure, des Levantins, Syriens, Libanais et Palestiniens, plus quelques autres. Alors que l'avenir du pétrole s'annonce incertain, ces entrepreneurs font observer - à juste titre, on peut le penser, comme les bourgeois du Tiers-Etat en 1789 - que ce sont eux qui font tourner la boutique et qui préparent l'avenir du pays. Dans ces conditions, ce serait justice de les associer, sous une forme ou une autre, à l'exercice du pouvoir ou à la gestion d'une rente que la famille régnante, jusqu'à une date récente, le plus légalement du monde, assimilait à sa cassette personnelle.

Comment faire passer ce type de revendication dans un pays où toute forme d'expression pluraliste est exclue par définition? Quelle légitimité peut-on opposer à un pouvoir qui se réclame de l'adoubement divin ? Quelle pression exercer sur un régime familial qui bénéficie à titre personnel, depuis 1945, suite au pacte de Quincy conclu à titre personnel entre le vieux Ibn Saoud et le président Roosevelt, de la protection politique et militaire de l'hyper-puissance américaine en échange du monopole sur l'exploitation des hydrocarbures ?

A l'évidence, les contestataires de cette théocratie n'ont comme recours qu'un mélange plus ou moins dosé de violence révolutionnaire et de surenchère fondamentaliste - l'on ne peut pas aller à gauche, l'on est obligé d'aller à droite- exercée à l'encontre du pouvoir et, bien sûr, de ses protecteurs extérieurs, car sans eux, le pouvoir s'écroule. Ce n'est donc pas un hasard si l'on trouve parmi les activistes islamistes les plus violents un nombre significatif d'enfants de cette bourgeoisie, privés de tout droit politique mais sûrement pas ni de moyens ni d'idées. Oussama Ben Laden en fait partie. Il s'est trouvé propulsé dans le champ de la violence et de l'intégrisme par les nobles saoudiens qui ont trouvé l'expédient de faire défendre les intérêts extérieurs du royaume par les enfants de leurs valets plutôt que par les leurs. C'est l'erreur classique des parvenus.

Au gré de leurs picaresques aventures, nos beaux jeunes gens, nos fils de bourgeois ont fait de mauvaises rencontres, ont subi de mauvaises influences et sont revenus sur le terrain pour mordre la main de leur maître. C'est ainsi que s'est engagée dès le milieu des années 1980 une surenchère permanente, pour les fondamentalistes religieux et pour le contrôle de l'Islam mondial, entre la famille Saoud et ses rivaux ou ses opposants, de l'intérieur comme de l'extérieur, la rivalité Iran-Arabie ayant été pour beaucoup dans l'élévation du niveau du fondamentalisme musulman.

Cette surenchère s'est essentiellement traduite, faute de ressources humaines et de savoir-faire en matière d'actions extérieures, par le seul moyen qui ne manque pas en Arabie, l'argent. Des fonds sont souvent distribués de façon inconsidérée dans l'ensemble du monde musulman et des communautés immigrées. Ils ont évidemment fini dans l'escarcelle de ceux qui pouvaient s'en servir, c'est-à-dire de la seule organisation islamiste internationale à-peu-près structurée, l'Association des Frères Musulmans et surtout sa branche transgressive, sa branche violente que sont les Jamaâ Islamiya, les groupes islamiques dont AI-Qaïda de Ben Laden n'était à mon sens que l'une des nombreuses manifestations.

De fait, partout où la violence jihadiste s'exprime, donc évidement dans les zones les plus fragilisées du monde musulman et de ses communautés immigrées, sa genèse repose toujours sur la même logique ternaire. Le premier élément est une surenchère idéologique et financière du régime saoudien et de ses opposants locaux ou de ses rivaux. Le deuxième élément est une forte implantation locale de l'Association des Frères Musulmans ou de son émanation, les Jamaâ Islamiya, qui profitent des surenchères et qui surfent habilement sur toutes les contradictions politiques, économiques et sociales pour dresser les masses contre les pouvoirs locaux et pour dissuader l'Occident de se porter à leur secours ou d'intervenir. Pour être tranquille chez soi, il faut rendre le monde musulman haineux et haïssable. Le troisième élément de cette logique ternaire, parce qu'il faut battre un peu notre coulpe, est le regrettable penchant de la diplomatie et des services occidentaux, américains en tête, ainsi que de leurs alliés locaux, à soutenir dans le monde entier, souvent militairement, les mouvements politiques les plus réactionnaires et les plus intégristes sur Œ plan religieux, comme des remparts contre l'Union Soviétique jusque dans les années 1990 et dans le cadre de la politique de containment de l'Iran depuis les années 1980.

Ce même cocktail de trois éléments produit, pour des raisons très différentes liées à des contentieux locaux non résolus ou à des interventions extérieures mal maîtrisées, les mêmes effets en Afghanistan, au Pakistan, en Indonésie, en Irak, au Yémen, en Somalie, au Maghreb, dans les pays de la zone sahélienne et jusque dans les zones de non-droit des communautés musulmanes immigrées en Occident. Je n'entrerai pas, pour des raisons de temps, dans le détail de ces différentes situations de violences politiques, mais il faut constater que si elles se développent toutes selon à peu près le même cheminement, elles correspondent à des problématiques locales totalement hétéroclites et mettent en jeu des acteurs qui communiquent très peu entre eux. S'ils se réclament tous du même drapeau mythique, c'est qu'ils savent bien que ce drapeau a valeur de croquemitaine pour les pays de l'Occident en général et pour l'Amérique en particulier, qui sont tous supposés pouvoir apporter leur soutien aux régimes les plus contestés.

L'on pourrait m'objecter que puisque la violence jihadiste existe bien et qu'elle se développe à-peu-près partout selon les mêmes schémas, peu importe qu'on l'appelle ou non Al-Qaïda, qui ne serait alors que l'appellation générique d'une certaine forme de violence intégriste mondialisée. Un certain nombre de journalistes sont maintenant devenus plus prudents et, au lieu de nous parler d'Al-Qaïda, nous parlent de «la nébuleuse Al-Qaïda ». «Nébuleuse », c'est nébuleux ... Le problème est qu'une telle confusion sémantique est à l'origine de toutes les mauvaises réponses et exclut de facto toute solution adaptée au problème.

Il existe en effet deux façons de passer à la violence terroriste politique.

Premièrement, l'on peut constituer un groupe politico-militaire organisé et hiérarchisé, avec un chef, une mission, des moyens, une tactique coordonnée, un agenda précis et des objectifs définis. Cela revient à constituer une armée, avec des professionnels  de la violence, et à s'engager dans un processus d'affrontement de type militaire. C'est ou cela a été le cas de la plupart des mouvements terroristes révolutionnaires ou indépendantistes en Europe, en Amérique du Sud et au Proche-Orient, jusqu'à la fin du XXe siècle.

Deuxièmement, l'on peut recourir à la technique dite du lone wolf, du loup solitaire. Elle consiste, en gardant un pied dans la légalité et en posant l'autre dans la transgression, à jouer idéologiquement sur une population sensible pour inciter les éléments les plus fragiles et les plus motivés à passer à l'acte de façon individuelle ou groupusculaire en frappant où, quand et comme ils peuvent. Peu importe, pourvu que cela porte la signature de la mouvance et s'inscrive dans sa stratégie générale. Cette technique n'est pas nouvelle. On l'appelle lone wolf parce qu'elle est bien connue aux Etats-Unis. Elle a été théorisée par Monsieur William Pierce dans ses Turner Diaries, qui sont restées au top ten des ventes aux Etats-Unis pendant quasiment toute la décennie 19§t) et qui inspirent la plupart des militants violents de la suprématie blanche et des ultra-fondamentalistes chrétiens. C'est la technique qui a prévalu dans les attentats d'Atlanta et d'Oklahoma City et dans nombre d'actions individuelles, dont le total approche et même dépasse celui des morts du Il septembre.

Cette même technique est mise en œuvre par un certain nombre de groupes, dans le tiers-monde, comme les Loups Gris en Turquie ou les Frères Musulmans dans le monde arabe et musulman. Si, dans le monde arabe, certaines formes de violences locales empruntent au premier modèle, c'est à l'évidence selon le second modèle que fonctionne la violence jihadiste exercée en direction de l'Occident et d'un certain nombre de régimes arabes.

Tous les services de sécurité et de renseignement savent pertinemment que l'on ne s'oppose pas à la technique du lone wolf par des moyens militaires, des divisions blindées, ou par l'inflation de mesures sécuritaires indifférenciées. L'on s'oppose à la technique du lone wolf par des mesures sécuritaires ciblées, appuyées sur des initiatives politiques, sociales, économiques, éducatives et culturelles, qui visent à assécher le vivier des volontaires potentiels en les coupant de leurs sponsors idéologiques et financiers.

Non seulement - je vous renvoie ici à différents rapports du Trésor américain - rien de sérieux n'a été entrepris pour tenter d'enrayer le substrat financier et encore moins le substrat idéologique de la violence jihadiste, mais en désignant AI-Qaïda comme l'ennemi permanent contre lequel il faut mener une croisade par des voies militaires et sécuritaires totalement inadaptées à sa forme réelle, l'on a pris une mitrailleuse pour tuer un moustique. Evidemment, on a raté le moustique et les dégâts collatéraux sont patents, comme l'on peut le constater au quotidien en Irak, en Afghanistan, en Somalie et au Yémen.

Le premier effet de cette croisade ratée a été d'alimenter le vivier des volontaires, de légitimer cette forme de violence et d'en faire le seul référentiel d'affirmation possible dans un monde musulman dont l'imaginaire collectif est traumatisé par la loi universelle des suspects qui pèse sur lui et par des interventions et des occupations militaires massives, interminables et aveugles. Depuis neuf ans, l'Occident frappe sans grand discernement en Irak, en Afghanistan, dans les zones tribales du Pakistan, en Somalie et en Palestine bien sûr. L'on se propose maintenant d'intervenir au Yémen et pourquoi pas, pendant qu'on y est, en Iran. Mais, aux yeux des musulmans, Ben Laden court toujours, au nez et à la barbe de la plus puissante armée du monde, et le régime islamiste d'Arabie Saoudite reste sous la protection absolue de l'Amérique.

Pour conclure et essayer d'apporter mon élément de réponse à cette table ronde, où en est Al-Qaïda ? Al-Qaïda est morte entre 2002 et 2003. Mais avant de mourir, elle a été engrossée par les erreurs stratégiques de l'Occident et les calculs peu avisés d'un certain nombre de régimes de pays musulmans, et elle a fait des petits. Maintenant, le problème pour nous est de savoir si nous referons, avec ces rejetons malvenus, les mêmes erreurs, en alimentant un cycle indéfini de violence, ou si, pour garder la référence à Ionesco, nous saurons, avec nos partenaires arabes et musulmans, enrayer la prolifération des rhinocéros.

 

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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 11:58

 

Jean de Broglie et l’Algérie


En complément de l’article « Daniel Guérin et Frantz Fanon » il nous a paru utile de mieux situer le personnage de Jean de Broglie. En effet alors qu’il  est secrétaire d’Etat au Sahara et aux DOM dans le gouvernement Debré (1959-1961)  il est choisi, avec Louis Joxe et Robert Buron, comme négociateur des accords d’Evian.  Il faut se souvenir qu’à l’époque la question du Sahara est un des soucis majeurs de De Gaulle  qui veut obtenir le droit d’y poursuivre, après l’indépendance de l’Algérie, ses essais nucléaires. Le secrétaire d’Etat au Sahara avait donc une mission de la plus haute importance.  Après l’indépendance, il occupe le poste de secrétaire d’Etat aux affaires algériennes. Il connait donc bien les membres du groupe dirigeant algérien ce qui donne du poids à l’appréciation qu’il porte sur eux.

Il lie ensuite son destin politique à Valery Giscard d’Estaing dont il est cousin par alliance et va fonder les républicains indépendants, parti du futur Président de la République dont il sera le trésorier. Il est donc à ce poste au cœur des secrets du régime. Le 24 décembre 1976 il est assassiné d’une balle dans la poitrine dans la rue à Paris.

Ce meurtre commandité dont seul l’exécutant a été condamné reste encore aujourd’hui un mystère. Les instigateurs du meurtre qui ont été livrés à la justice sont aujourd’hui blanchis et des documents officiels  montrent que la police était informée du projet d’un meurtre qu’elle n’a pas empêché.

Le livre de Jesus Ynfante cité ci-après établit les liens financiers entre le parti giscardien dans sa course à la Présidence et l’Opus Dei espagnol dont Ynfante a, dans un autre livre  intitulé « Santa Mafia », brossé le portrait.

 

JESUS YNFANTE

UN CRIME SOUS GISCARD

(Cahiers Libres 364/François Maspero)

 

p.89

Jean de Broglie était par ailleurs un interlocuteur  privilégié pour  l'Algérie, depuis que les accords d'Evian avaient consacré  la victoire politique du FLN. Il fut lié à tous ses représentants, notamment  Khi­der, avec lequel il resta en relation après que celui-ci eut détourné en sa faveur le trésor  de guerre du FLN, qui se trouvait à l'abri dans les banques suisses. En même temps, Jean de Broglie restait très proche des milieux officiels algériens, sans que ceux-ci lui reprochent son apparente duplicité. En 1971 et 1972, de Broglie aida ainsi à écouler le pétrole algérien dont les grandes compagnies françaises avaient interdit l'achat. Certains soupçonnent de Broglie et ses amis giscardiens d'avoir reçu à cette occasion d'importantes commissions  par l’intermédiaire de banques au Luxembourg  et en Suisse.

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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 22:13

 

Daniel Guérin et Frantz Fanon

 Le communiste  libertaire Daniel Guérin  a consacré à la guerre d’Algérie un livre  « Quand l’Algérie s’insurgeait - 1954-1962 » (La pensée sauvage 1979) où il mêle à un récit assez complet des évènements ses souvenirs personnels puisqu’il a compté au nombre très réduit des intellectuels français  qui ont pris position  contre la guerre coloniale et ses horreurs et ont agi modestement, vu leur extrême isolement dans la gauche française, en faveur de l’indépendance algérienne. Leur action ne pouvait en effet être que modeste puisque la SFIO au pouvoir avait pris le parti de la répression brutale et que le PCF n’a pris position pour l’indépendance que dans les deux dernières années de la guerre après avoir soutenu la politique répressive des gouvernements précédents.

Daniel Guérin a été un acteur important de cette toute petite minorité qui vu l’aura politique des ses membres à commencer par celle de Sartre se permettait de s’adresser publiquement aux dirigeants du pays qui ne les réprimèrent guère et pouvait à l’occasion peser dans le débat au moins du côté de la « métropole ». Son témoignage est un document sur la guerre d’Algérie vue depuis la dite métropole. Il l’est d’autant plus que Daniel Guérin a bien connu  Messali Hadj, le leader du MNA, et que dans la lutte très violente entre le FLN et le MNA pour la conduite de la guerre de libération qui dura jusqu’à la fin de 1957 et où inévitablement la puissance coloniale intervint  pour diviser, ses sympathies allaient très clairement au MNA et en vérité plus à Messali Hadj qu’à son mouvement lui-même dont il était coupé, la France l’ayant assigné à résidence dés le début de la guerre.


Il n’est donc pas surprenant que Daniel Guérin ne porte pas une grande estime à Frantz Fanon et ne commence à lui  consacrer qu’une phrase  assassine dans le chapitre « l’affaire Bellounis » du nom du dirigeant du MNA qui a organisé un maquis du MNA en Kabylie et à qui l’armée française va fournir des armes pour lutter contre le FLN. Nous sommes en Mai 1957 et la Willaya  3 du FLN  va attaquer les zones où est installé le  maquis de Bellounis. Fanon est à Tunis et en tant qu’éditorialiste d’El Moudjahid il soutient l’action de la Willaya 3 et en particulier l’attaque très dure du douar de Beni Illemane favorable à Bellounis. Commentaire de Daniel Guérin : « Aveuglé par le fanatisme,  Frantz Fanon, de Tunis,  attribue ce bain de sang à l’armée colonialiste »


Il consacre plus loin à Frantz Fanon un  bref chapitre reproduit ci-après  intitulé « Un antillais au service du FLN ». Ce titre même aurait certainement déplu à Fanon qui se considérait engagé aux côtés du peuple algérien et dont le souci constant était de surmonter les barrières raciales et de rassembler tous les colonisés dans la même lutte. Désigner Fanon comme « un antillais » laisse sous-entendre une réserve sur l’incongruité de son engagement même réserve que celle qui sera formulée par l’intellectuel  tunisien ALBERT MEMMI qui conseillera à Fanon de s’occuper de la décolonisation des Antilles,  en bref de rester chez lui. A la fin du chapitre Daniel Guérin reprend encore le terme de « fanatiquement »  déjà utilisé dans le chapitre sur l’affaire Bellounis.


Ceci démontre combien la très faible gauche métropolitaine anticoloniale a pu sembler tiède, prudente et inopérante à Fanon dont on remarquera qu’il n’a pas le langage d’un fanatique lorsqu’il adresse à Daniel Guérin la lettre dont il est question dans le chapitre ci-après (paragraphe surligné en jaune).


Ce que la suite des évènements va démontrer, l’indépendance obtenue et le nouveau régime algérien mis en place,  c’est au contraire l’extrême lucidité de FANON  - pourtant mort en 1961, six mois avant l’indépendance - sur la transformation à venir du groupe dirigeant en bourgeoise nationale matériellement et idéologiquement dépendante d’un système colonial « modernisé ».


Sans le vouloir et sans le citer Daniel Guérin donne sur ce point décisif raison à Frantz Fanon lorsque dans un des  derniers chapitres de son livre « De Charonne à l’Indépendance » il cite une phrase prononcée dix ans après les accords d’Evian par  Jean de Broglie , un des négociateurs :  « A Evian , nous ne pensions pas que l’Algérie pouvait devenir un pays socialiste , nous avions (…)en face de nous (…) des bourgeois libéraux. »


Le « fanatique » avait donc  vu juste !


 

UN ANTILLAIS AU SERVICE DU F.L.N.

Je dois ouvrir ici une parenthèse. J'ai, désertant de façon quelque peu coupable la lutte contre la guerre d'Algérie, entrepris, de février à avril 1955, un voyage d'étude aux diverses Antilles, à la suite duquel je publie un livre, Les Antilles décolonisées.

A Trinidad, j'ai noué des relations avec un brillant et érudit spécialiste du monde antillais, auteur de nombreux travaux historiques sur les Caraïbes, Eric Williams. Le futur premier ministre de l'île occupe alors des fonctions à une Commission caraïbe, organisme international institué par les puissances qui possèdent ou contrôlent les îles antillaises. Eric Williams m'aide dans l'élaboration de mon enquête, puis de mon livre. Aussi est-ce pour moi un plaisir de l'accueillir à Paris lorsqu'il Y vient, le 27 novembre 1955. Pour l'entendre, nous avons réuni, dans une salle des Sociétés Savantes, un certain nombre de Martiniquais, de Guadeloupéens, de Haïtiens, ainsi que l'Angolais de couleur Mario de Andrade en même temps que le poète et député de la Martinique, Aimé Césaire.

A ce colloque nous n'avons pas manqué d'inviter l'écrivain martiniquais, Frantz Fanon, auteur de Peau noire, Masques blancs. Il me répond de Blida (Algérie), où il anime un Centre psychothérapique, qu'il regrette de ne pouvoir être parmi nous ce soir-là: d'abord parce que l'Algérie est « très loin », ensuite parce qu'il doit prendre la parole le lendemain « au cours d'un débat sur la peur en Algérie ». Et il ajoute, sarcastiquement: « Très actuel, ce problème». Il souhaite que notre débat soit fructueux.

Mes relations avec Fanon seront renouées par la suite: il m'adressera le 25 février 1956, alors qu'il sera encore à Blida et, tout en me priant de ne pas révéler son nom, un pressant cri d'alarme sur le cours de plus en plus dramatique que va emprunter la guerre d'Algérie: « Les jours qui viennent seront épouvantables pour ce pays. Civils européens et civils musulmans vont effectivement prendre les armes. Et le flot de sang que l'on ne veut pas voir s'étendra sur l'Algérie. ». France-Observateur, à qui je communiquerai cette lettre, ne croira pas devoir la publier.

Je reverrai Fanon encore une fois, de passage à Paris, à la fin de janvier 1957, traqué pour l'assistance médicale et autre que son établissement hospitalier aura fournie clandestinement au F.L.N. Peut-être aussi pour avoir caché dans ses services comme à son propre domicile de hauts responsables du Front tels qu'Abane Ramdane et Benyoussef Benkhedda. Il se dévouera corps et âme, je crois même que l'on peut écrire : fanatiquement, à la cause avec laquelle il se sera identifié. J'aurai toutefois quelque peine à le suivre, lorsque, au cours de notre entretien, il vouera Messali aux flammes de l'enfer ...

 

 

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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 17:05

La plus extravagante idée qui puisse naître dans la tête d'un politique est de croire qu'il suffise à un peuple d'entrer à main armée chez un peuple étranger, pour lui faire adopter ses lois et sa constitution. Personne n'aime les missionnaires armés ; et le premier conseil que donnent la nature et la prudence, c'est de les repousser comme des ennemis.


 

Robespierre

Discours prononcé au club des Jacobins le 2 Janvier 1792

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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 10:45

Les liens étroits entre le capitalisme étasunien et le III° Reich sont connus . Les plus grandes entreprises industrielles étasuniennes installées en Allemagne : Ford, IBM, Coca-Cola...., y restèrent aprés la prise du pouvoir par Hitler et contribuèrent à la production de  la machine de guerre nazie.

Mais le texte de Domenico Losurdo qui suit met l'accent sur une affinité largement passée sous silence aprés 1945 : l'affinité raciste.


 

 

État racial et eugéniste
aux USA et dans le Troisième Reich
 


de Domenico Losurdo. 

Article tiré du site de la Fondation Nino Pasti.


Elle serait bien pauvre une définition du Troisième Reich qui se limiterait à mettre en évidence son caractère totalitaire, en renvoyant en particulier au phénomène de la dictature du parti unique. Comme  leaders d'une dictature à parti unique, il n'y a pas difficulté à regrouper  Hitler avec Staline, Mao, Deng, Ho Chi Minh, Nasser, Atatürk, Tito, Franco etc., mais cet exercice scolaire est bien en deçà d’une analyse historique concrète. Si on se préoccupe même de distinguer l’« autoritaire» Mussolini dont le  pouvoir était  limité par la présence du Vatican et de l'Église, des « totalitaires » Staline et Hitler, on n’a pas beaucoup avancé. Dans ce cas, plus qu'à un parcours réel, nous assistons à un glissement : de l'idéologie on  est passé comme par inadvertance  à un domaine entièrement différent, à une réalité et à des données factuelles  indépendantes et préexistantes par rapport aux choix idéologiques et politiques du fascisme.

En ce qui concerne le Troisième Reich, il est bien difficile de dire quelque chose de déterminé et de concret sur lui sans faire référence à ses  programmes raciaux et eugénistes. Et ils nous mènent dans une direction bien différente de celle suggérée par la catégorie de totalitarisme.

Tout de suite après la conquête du pouvoir, Hitler se  préoccupe de distinguer nettement, même sur le plan juridique, la position des ariens de celle des juifs ainsi que de celle des rares  métis vivants en Allemagne (à l’issue de la première guerre mondiale, des  troupes de couleur de l'armée française avaient participé à l'occupation du pays). Aussi l’élément central du programme nazi est-il la construction d'un État racial.  Quels étaient alors à cette période, les modèles possibles d'État racial ? Plus encore que  sur l’Afrique du sud, la pensée se porte en premier lieu sur le Sud des USA. Par ailleurs en 1937 encore et d’une façon explicite Rosenberg se rappelle certes de l'Afrique du sud : il est bon que demeure solidement « dans une  main nordique » et blanche (grâce  aux opportunes `lois' idoines), non seulement les  « Indiens » mais aussi les « noirs, les mulâtres et les juifs », et que se  constitue un « solide bastion » contre le danger représenté par le  « réveil noir ».

Mais le point de référence principal est constitué par les Etats Unis, ce « splendide pays du futur » qui a eu le mérite de formuler l’heureuse « nouvelle idée d'un État racial »  idée que maintenant il s’agit de mettre en pratique, « avec une force juvénile » au moyen de l’expulsion et de la déportation « des nègres et des  jaunes ». Il suffit de jeter un regard sur la législation de Nuremberg pour se rendre compte des analogies avec la situation en acte au-delà de l'Atlantique : évidemment, en Allemagne ce sont en premier lieu les allemands d'origine juive qui occupent  la place des afro-américains. « La question nègre » - écrit Rosenberg en 1937 – « est aux  Usa au centre de toutes les questions décisives » et une fois que l'absurde principe de l'égalité a été   supprimé  pour les noirs, on ne voit pas pourquoi  on ne devrait  pas en  tirer aussi « les nécessaires conséquences pour les jaunes et les juifs. »

Même en ce qui concerne le projet de construction d'un empire continental allemand, auquel il est très attaché, Hitler a bien présent à l’esprit le modèle des Usa, dont il célèbre « la  force intérieure inouïe »: l'Allemagne est appelée à suivre cet exemple, en s'étendant en Europe orientale comme dans une sorte Faire West et en traitant les « indigènes » comme des peaux rouges


   Nous arrivons aux mêmes conclusions si nous tournons le regard sur l'eugénisme. La dette que le Troisième Reich contracte dans les comparaisons avec les  Usa où la nouvelle « science » inventée dans la seconde moitié du dix neuvième siècle par Francis Galton (un cousin de Darwin), connaît une grande fortune est maintenant connue.

Bien avant l'arrivée d’Hitler au pouvoir, à la veille de l'éclatement de la première guerre mondiale parait à Munich  un livre que, déjà dans son  titre, montre du doigt les Etats Unis comme modèle d’ « hygiène raciale.» L'auteur, vice-consul de l'Empire austro-hongrois à Chicago, célèbre les Usa pour la « lucidité » et la « pure raison pratique » dont ils donnent la preuve en affrontant, et avec l’énergie nécessaire, un problème aussi important et pourtant aussi fréquemment mis de côté : violer les lois qui défendent les rapports sexuels et matrimoniaux mixtes peut valoir jusqu’à 10 ans de réclusion et même à la condamnation outre les protagonistes, de leurs complices.  Encore après la conquête du pouvoir par le nazisme, des idéologues et des « scientifiques » de la race continuent à réaffirmer :

« Même l'Allemagne a beaucoup à apprendre des mesures des nord-américains : ils savent faire. » Il faut  ajouter que nous ne sommes pas en présence d'un rapport à sens unique. Après l'arrivée d’Hitler au pouvoir, ce  sont les disciples les plus radicaux du mouvement eugéniste américain qui considèrent le Troisième Reich comme un modèle, et où, à de nombreuses reprises,  ils effectuent  des voyages d’étude et de pèlerinage idéologique.

Une question s'impose : pourquoi pour définir le régime nazi le recours à la dictature du parti unique devrait être plus caractérisant que l'idéologie et la pratique raciale et l'eugénisme ? C’est  vraiment de ce  domaine que découlent les catégories centrales et les mots-clés du discours nazi. Nous l'avons vu pour Rassenhygiene (Ndt : hygiène raciale), qui est au fond la traduction allemande de eugénisme, la nouvelle science inventée en Angleterre et portée en  triomphe au-delà de l'Atlantique. Mais il y a des exemples encore plus sensationnels. Rosenberg exprime son admiration pour l'auteur américain Lothrop Stoddard, auquel revient le mérite pour avoir forgé le  premier le terme Untermensch, que déjà en 1925 il donne  comme sous-titre de la traduction allemande d'un livre paru à New York trois ans plus tôt. En ce qui concerne le sens  du terme qu’il a forgé, Stoddard précise  qu'il indique la masse de « sauvages et semi-sauvages » extérieurs ou intérieurs aux métropoles capitalistes, de toute façon « incapables de civilisation et leurs  ennemis incorrigibles » avec lesquels il faut procéder à une règlement de comptes. Aux  Usa comme dans le monde entier, il est nécessaire de défendre la « suprématie blanche » contre « la marée montante des peuples de couleur » et celui qui les excite c’est le bolchevisme, « le renégat, le traître à l'intérieur de notre camp » que, avec son insidieuse propagande, au-delà des colonies, atteint  « les régions noires des Etats Unis elles  mêmes. »

On comprend bien l'extraordinaire fortune de ces thèses. Félicité par deux présidents des Etats unis (Harding et Hoover), avant même de l’être par Rosenberg, l'auteur américain est ensuite reçu avec tous les honneurs à Berlin, où il rencontre non seulement les dirigeants les  plus illustres de l'eugénisme nazi mais même les plus hauts hiérarques du régime  y compris Adolf Hitler, maintenant lancé dans sa campagne de décimation et d'assujettissement des Untermenschen.

Il convient encore  de concentrer l'attention sur un autre terme. Nous avons vu Hitler regarder comme un modèle l'expansion blanche dans le Far West. Sitôt après l'avoir envahie, Hitler procède au démembrement de la Pologne : une partie est directement incorporée dans le Grand Reich (et d’où les polonais sont expulsés) ; le reste constitue le « Gouvernement  général » où – comme le déclare le gouverneur général Hans Frank - les polonais vivent comme dans  « une sorte de réserve » (ils sont « soumis à la juridiction allemande » sans être « citoyens allemands »). Le modèle américain est même ici suivi d’une façon scolaire. Même dans sa phase initiale, le Troisième Reich se propose d'instituer même un Judenreservat, un « réserve pour les juifs » à l’image encore une fois de celles dans lesquelles  ils avaient enfermés  les peaux rouges. Même en ce qui concerne l'expression de  « solution finale » nous la voyons émerger d'abord  aux Usa avant l’Allemagne et appliquée  à la  « question nègre » plutôt qu’à la « question juive ».

 


Pas plus qu’il n'est pas stupéfiant que le « totalitarisme » ait trouvé son expression plus concentrée dans les pays au centre de la Seconde guerre des Trente Ans, il n'est stupéfiant que la tentative nazie de construire un État racial ait trouvé des motifs d'inspiration, des catégories et des mots-clés dans  l'expérience historique plus riche qu’elle avait devant soi, sur ce sujet, celle accumulée par les blancs américains dans leur rapport avec les peaux rouges  et les noirs.

Évidemment, il ne faut pas  perdre de vue toutes les autres différences, en termes de gouvernement des lois (ndt : l’expression « Etat de droit » parait la plus proche de l’expression employée par l’auteur), de limitation du pouvoir d'état (en ce qui concerne la communauté blanche), etc. Reste le fait qui le Troisième Reich se présente comme la tentative, portée en avant dans les conditions de la guerre totale et de la guerre civile internationale, de réaliser un régime de white supremacy à l’échelle planétaire et sous hégémonie allemande, en ayant  recours à des mesures eugénistes, politico-sociales et militaires.

Constituant le cœur du nazisme est l'idée de Herrenvolk, qui renvoie à la théorie et à la pratique raciale du sud des Etats Unis et, plus généralement, à la tradition coloniale de l'Occident ; et cette idée est la cible principale de la révolution d'Octobre, qui n'appelle pas par hasard  les « esclaves des colonies » à briser leurs chaînes.

 

La théorie habituelle du totalitarisme concentre l'attention exclusivement sur les méthodes semblables attribuées aux deux antagonistes, en les faisant en plus descendre d’une façon univoque d’une présumée affinité idéologique, sans quelque référence que ce soit à la situation objective et au contexte géopolitique.

 

Domenico Losurdo

(In «Pour  une critique de la  catégorie de totalitarisme», revue "Hermeneutica", 2002 paragraphe 7)

Article en reproduction libre sur le sitehttp://www.kelebekler.com

Traduction Comaguer

 

 

 

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