21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 17:05

La plus extravagante idée qui puisse naître dans la tête d'un politique est de croire qu'il suffise à un peuple d'entrer à main armée chez un peuple étranger, pour lui faire adopter ses lois et sa constitution. Personne n'aime les missionnaires armés ; et le premier conseil que donnent la nature et la prudence, c'est de les repousser comme des ennemis.


 

Robespierre

Discours prononcé au club des Jacobins le 2 Janvier 1792

Partager cet article

17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 10:45

Les liens étroits entre le capitalisme étasunien et le III° Reich sont connus . Les plus grandes entreprises industrielles étasuniennes installées en Allemagne : Ford, IBM, Coca-Cola...., y restèrent aprés la prise du pouvoir par Hitler et contribuèrent à la production de  la machine de guerre nazie.

Mais le texte de Domenico Losurdo qui suit met l'accent sur une affinité largement passée sous silence aprés 1945 : l'affinité raciste.


 

 

État racial et eugéniste
aux USA et dans le Troisième Reich
 


de Domenico Losurdo. 

Article tiré du site de la Fondation Nino Pasti.


Elle serait bien pauvre une définition du Troisième Reich qui se limiterait à mettre en évidence son caractère totalitaire, en renvoyant en particulier au phénomène de la dictature du parti unique. Comme  leaders d'une dictature à parti unique, il n'y a pas difficulté à regrouper  Hitler avec Staline, Mao, Deng, Ho Chi Minh, Nasser, Atatürk, Tito, Franco etc., mais cet exercice scolaire est bien en deçà d’une analyse historique concrète. Si on se préoccupe même de distinguer l’« autoritaire» Mussolini dont le  pouvoir était  limité par la présence du Vatican et de l'Église, des « totalitaires » Staline et Hitler, on n’a pas beaucoup avancé. Dans ce cas, plus qu'à un parcours réel, nous assistons à un glissement : de l'idéologie on  est passé comme par inadvertance  à un domaine entièrement différent, à une réalité et à des données factuelles  indépendantes et préexistantes par rapport aux choix idéologiques et politiques du fascisme.

En ce qui concerne le Troisième Reich, il est bien difficile de dire quelque chose de déterminé et de concret sur lui sans faire référence à ses  programmes raciaux et eugénistes. Et ils nous mènent dans une direction bien différente de celle suggérée par la catégorie de totalitarisme.

Tout de suite après la conquête du pouvoir, Hitler se  préoccupe de distinguer nettement, même sur le plan juridique, la position des ariens de celle des juifs ainsi que de celle des rares  métis vivants en Allemagne (à l’issue de la première guerre mondiale, des  troupes de couleur de l'armée française avaient participé à l'occupation du pays). Aussi l’élément central du programme nazi est-il la construction d'un État racial.  Quels étaient alors à cette période, les modèles possibles d'État racial ? Plus encore que  sur l’Afrique du sud, la pensée se porte en premier lieu sur le Sud des USA. Par ailleurs en 1937 encore et d’une façon explicite Rosenberg se rappelle certes de l'Afrique du sud : il est bon que demeure solidement « dans une  main nordique » et blanche (grâce  aux opportunes `lois' idoines), non seulement les  « Indiens » mais aussi les « noirs, les mulâtres et les juifs », et que se  constitue un « solide bastion » contre le danger représenté par le  « réveil noir ».

Mais le point de référence principal est constitué par les Etats Unis, ce « splendide pays du futur » qui a eu le mérite de formuler l’heureuse « nouvelle idée d'un État racial »  idée que maintenant il s’agit de mettre en pratique, « avec une force juvénile » au moyen de l’expulsion et de la déportation « des nègres et des  jaunes ». Il suffit de jeter un regard sur la législation de Nuremberg pour se rendre compte des analogies avec la situation en acte au-delà de l'Atlantique : évidemment, en Allemagne ce sont en premier lieu les allemands d'origine juive qui occupent  la place des afro-américains. « La question nègre » - écrit Rosenberg en 1937 – « est aux  Usa au centre de toutes les questions décisives » et une fois que l'absurde principe de l'égalité a été   supprimé  pour les noirs, on ne voit pas pourquoi  on ne devrait  pas en  tirer aussi « les nécessaires conséquences pour les jaunes et les juifs. »

Même en ce qui concerne le projet de construction d'un empire continental allemand, auquel il est très attaché, Hitler a bien présent à l’esprit le modèle des Usa, dont il célèbre « la  force intérieure inouïe »: l'Allemagne est appelée à suivre cet exemple, en s'étendant en Europe orientale comme dans une sorte Faire West et en traitant les « indigènes » comme des peaux rouges


   Nous arrivons aux mêmes conclusions si nous tournons le regard sur l'eugénisme. La dette que le Troisième Reich contracte dans les comparaisons avec les  Usa où la nouvelle « science » inventée dans la seconde moitié du dix neuvième siècle par Francis Galton (un cousin de Darwin), connaît une grande fortune est maintenant connue.

Bien avant l'arrivée d’Hitler au pouvoir, à la veille de l'éclatement de la première guerre mondiale parait à Munich  un livre que, déjà dans son  titre, montre du doigt les Etats Unis comme modèle d’ « hygiène raciale.» L'auteur, vice-consul de l'Empire austro-hongrois à Chicago, célèbre les Usa pour la « lucidité » et la « pure raison pratique » dont ils donnent la preuve en affrontant, et avec l’énergie nécessaire, un problème aussi important et pourtant aussi fréquemment mis de côté : violer les lois qui défendent les rapports sexuels et matrimoniaux mixtes peut valoir jusqu’à 10 ans de réclusion et même à la condamnation outre les protagonistes, de leurs complices.  Encore après la conquête du pouvoir par le nazisme, des idéologues et des « scientifiques » de la race continuent à réaffirmer :

« Même l'Allemagne a beaucoup à apprendre des mesures des nord-américains : ils savent faire. » Il faut  ajouter que nous ne sommes pas en présence d'un rapport à sens unique. Après l'arrivée d’Hitler au pouvoir, ce  sont les disciples les plus radicaux du mouvement eugéniste américain qui considèrent le Troisième Reich comme un modèle, et où, à de nombreuses reprises,  ils effectuent  des voyages d’étude et de pèlerinage idéologique.

Une question s'impose : pourquoi pour définir le régime nazi le recours à la dictature du parti unique devrait être plus caractérisant que l'idéologie et la pratique raciale et l'eugénisme ? C’est  vraiment de ce  domaine que découlent les catégories centrales et les mots-clés du discours nazi. Nous l'avons vu pour Rassenhygiene (Ndt : hygiène raciale), qui est au fond la traduction allemande de eugénisme, la nouvelle science inventée en Angleterre et portée en  triomphe au-delà de l'Atlantique. Mais il y a des exemples encore plus sensationnels. Rosenberg exprime son admiration pour l'auteur américain Lothrop Stoddard, auquel revient le mérite pour avoir forgé le  premier le terme Untermensch, que déjà en 1925 il donne  comme sous-titre de la traduction allemande d'un livre paru à New York trois ans plus tôt. En ce qui concerne le sens  du terme qu’il a forgé, Stoddard précise  qu'il indique la masse de « sauvages et semi-sauvages » extérieurs ou intérieurs aux métropoles capitalistes, de toute façon « incapables de civilisation et leurs  ennemis incorrigibles » avec lesquels il faut procéder à une règlement de comptes. Aux  Usa comme dans le monde entier, il est nécessaire de défendre la « suprématie blanche » contre « la marée montante des peuples de couleur » et celui qui les excite c’est le bolchevisme, « le renégat, le traître à l'intérieur de notre camp » que, avec son insidieuse propagande, au-delà des colonies, atteint  « les régions noires des Etats Unis elles  mêmes. »

On comprend bien l'extraordinaire fortune de ces thèses. Félicité par deux présidents des Etats unis (Harding et Hoover), avant même de l’être par Rosenberg, l'auteur américain est ensuite reçu avec tous les honneurs à Berlin, où il rencontre non seulement les dirigeants les  plus illustres de l'eugénisme nazi mais même les plus hauts hiérarques du régime  y compris Adolf Hitler, maintenant lancé dans sa campagne de décimation et d'assujettissement des Untermenschen.

Il convient encore  de concentrer l'attention sur un autre terme. Nous avons vu Hitler regarder comme un modèle l'expansion blanche dans le Far West. Sitôt après l'avoir envahie, Hitler procède au démembrement de la Pologne : une partie est directement incorporée dans le Grand Reich (et d’où les polonais sont expulsés) ; le reste constitue le « Gouvernement  général » où – comme le déclare le gouverneur général Hans Frank - les polonais vivent comme dans  « une sorte de réserve » (ils sont « soumis à la juridiction allemande » sans être « citoyens allemands »). Le modèle américain est même ici suivi d’une façon scolaire. Même dans sa phase initiale, le Troisième Reich se propose d'instituer même un Judenreservat, un « réserve pour les juifs » à l’image encore une fois de celles dans lesquelles  ils avaient enfermés  les peaux rouges. Même en ce qui concerne l'expression de  « solution finale » nous la voyons émerger d'abord  aux Usa avant l’Allemagne et appliquée  à la  « question nègre » plutôt qu’à la « question juive ».

 


Pas plus qu’il n'est pas stupéfiant que le « totalitarisme » ait trouvé son expression plus concentrée dans les pays au centre de la Seconde guerre des Trente Ans, il n'est stupéfiant que la tentative nazie de construire un État racial ait trouvé des motifs d'inspiration, des catégories et des mots-clés dans  l'expérience historique plus riche qu’elle avait devant soi, sur ce sujet, celle accumulée par les blancs américains dans leur rapport avec les peaux rouges  et les noirs.

Évidemment, il ne faut pas  perdre de vue toutes les autres différences, en termes de gouvernement des lois (ndt : l’expression « Etat de droit » parait la plus proche de l’expression employée par l’auteur), de limitation du pouvoir d'état (en ce qui concerne la communauté blanche), etc. Reste le fait qui le Troisième Reich se présente comme la tentative, portée en avant dans les conditions de la guerre totale et de la guerre civile internationale, de réaliser un régime de white supremacy à l’échelle planétaire et sous hégémonie allemande, en ayant  recours à des mesures eugénistes, politico-sociales et militaires.

Constituant le cœur du nazisme est l'idée de Herrenvolk, qui renvoie à la théorie et à la pratique raciale du sud des Etats Unis et, plus généralement, à la tradition coloniale de l'Occident ; et cette idée est la cible principale de la révolution d'Octobre, qui n'appelle pas par hasard  les « esclaves des colonies » à briser leurs chaînes.

 

La théorie habituelle du totalitarisme concentre l'attention exclusivement sur les méthodes semblables attribuées aux deux antagonistes, en les faisant en plus descendre d’une façon univoque d’une présumée affinité idéologique, sans quelque référence que ce soit à la situation objective et au contexte géopolitique.

 

Domenico Losurdo

(In «Pour  une critique de la  catégorie de totalitarisme», revue "Hermeneutica", 2002 paragraphe 7)

Article en reproduction libre sur le sitehttp://www.kelebekler.com

Traduction Comaguer

 

 

 

Partager cet article

20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 16:20

L'ex dictateur JEAN CLAUDE DUVALIER  est rentré à Haiti avec la complicité de l'ONU et des puissances néocoloniales : Etats-Unis et France, ceux-là même qui ont expulsé le  président démocratiquement élu : JEAN BERTRAND ARISTIDE.

 

Comme le montre l'interview qui suit, celui-ci ne réclame pas le poste qui lui a été volé mais le respect de son droit de citoyen qui n' a pas été banni et n'a commis aucun crime de rentrer dans son pays pour prendre sa place dans sa reconstruction.

 

 

 

Aristide : «Sélection mais pas d’élections!»

 

Extrait de l'entrevue du journaliste et cinéaste indépendant Nicolas Rossier avec le président haitien Jean Bertrand Aristide

15/11/2010

http://www.haitilibre.com/images/tr.gif 


Nicolas Rossier (NR)
: Monsieur le Président Aristide, je vous remercie de m'avoir invité aujourd'hui. Ma première question porte sur le tremblement de terre qui a eu lieu en Haïti en Janvier 2010. Pouvez-vous me dire comment et quand vous avez été mis au courant de la tragédie?


Jean-Bertrand Aristide (JBA) : C'était le matin ici. J'étais à l'Université de Witwatersrand ici à Johannesburg, je travaillais dans le laboratoire de la Faculté de Médecine de Linguistique et de Neuroanatomie. J'ai réalisé que c'était un désastre en Haïti. Ce n'était pas facile à croire ce que je regardais. Nous avons perdu environ 300.000 personnes, et en termes de bâtiments, ils ont dit qu'environ 39% des bâtiments de Port-au-Prince ont été détruits, y compris cinquante hôpitaux et environ 1.350 écoles.

Jusqu'à aujourd'hui, ils ont seulement enlevé environ 2% de ces 25 millions de mètres cubes de gravats et de débris. Donc, ce fût un véritable désastre. Nous ne pouvions pas imaginer que Haïti, déjà confrontée à tant de problèmes, ferait désormais face à un tel désastre. Malheureusement c'est la réalité. J'étais prêt à retourner pour aider mon peuple, tout comme je suis prêt à partir tout de suite si on me permet d'être là-bas pour aider. Près de 1,8 millions de victimes sont sans-abri, vivant dans la rue. C'est donc une tragédie.


NR : Votre ancien collègue, l'actuel président René Préval, a été très critiqué après le tremblement de terre et même a brillé par son absence. Dans l'ensemble, il a été jugé pour n’avoir pas fait montre de suffisamment de leadership. Pensez-vous que c'est une critique juste?


JBA : Je crois que le 12 Janvier 2010 a été une très mauvaise date et pour le gouvernement et pour le peuple haïtiens. Oui, c’était nécessaire que dans l'ensemble il y ait un leadership présent dans un moment de catastrophe comme celui-ci. Mais de critiquer quand vous n’êtes pas en train de faire mieux, c’est tout à fait cynique. La plupart de ceux qui ont critiqué lui ont envoyé des soldats pour protéger leurs propres intérêts géopolitiques, et non pas pour protéger le peuple. Ils ont saisi l'aéroport pour leurs propres intérêts, au lieu de protéger les victimes - donc pour moi, il devrait y avoir un certain équilibre.


NR : Un mot sur la récente épidémie de choléra?


JBA : En ce qui concerne cet incident de choléra, si oui ou non elle a été importée – comme on le suggère fortement – c’est critique. Tout d'abord, ceux qui ont organisé le coup d'Etat / kidnapping de 2004, ouvrant la voie à l'envahisseur maintenant accusé d’être la cause de la récente épidémie de choléra, doivent aussi partager le blâme. Deuxièmement, les causes profondes, et ce qui a facilité la propagation mortelle de la maladie, sont d'ordre structurel, enracinées dans l’appauvrissement historique d'Haïti, de la marginalisation et de l'exploitation économique. L'industrie du riz du pays, autrefois prospère - détruite par l'industrie américaine du riz subventionné dans les années 1980 - a été dans l'Artibonite, l'épicentre de l'épidémie de choléra. La quasi destruction de notre industrie du riz associée à l'élimination systématique et cruel des porcs haïtiens a rendu la région et le pays plus pauvres. Troisièmement, en 2003, notre gouvernement avait déjà payé les droits sur un prêt approuvé par la Banque interaméricaine de développement pour mettre à exécution un projet de désinfection de l'eau dans l'Artibonite. Comme vous pouvez vous rappeler, le prêt et quatre autres ont été bloqués dans le cadre d'une stratégie calculée par les soi-disant amis d'Haïti de façon à affaiblir notre gouvernement et justifier le coup d'Etat.


NR : Beaucoup d'observateurs en Haïti et ailleurs n’arrêtent pas de me demander la même question et qui est la suivante: que faites-vous ici et ce qui vous empêche de retourner dans votre propre pays? La constitution haïtienne ne permet pas l'exil politique. Vous n'avez pas été reconnu coupable de quoi que ce soit, alors qu’est-ce ce qui vous empêche de retourner? Vous êtes un citoyen haïtien et on devrait vous permettre de circuler librement.


JBA : Quand je vois les choses du point de vue sud-africain, je n’en trouve pas les véritables raisons. Mais si j'essaie de les comprendre du point de vue haïtien, je pense que je comprends mieux. Il faut comprendre qu'en Haïti, nous avons les mêmes personnes qui ont organisé l'invasion de 2004 après m’avoir kidnappé pour me placer en Afrique. Ils sont toujours là. Cela signifie qu'il y a une sorte d'occupation néo-coloniale de 8.900 soldats de l'ONU avec 4.400 policiers dépensant plus ou moins cinquante et un millions de dollars US par mois dans un pays où 70% de la population vit avec moins d’un dollar par jour.

En d'autres termes, c'est un paradis pour les occupants. Nous avons d'abord eu la colonisation d'Haïti et nous avons maintenant une sorte d'occupation néo-coloniale d'Haïti. À mon avis, ils ne veulent pas de mon retour parce qu'ils veulent toujours occuper Haïti.


NR : Alors, vous voyez l'élite en Haïti influençant essentiellement ceux qui sont actuellement au pouvoir et faisant pression sur eux pour vous empêcher de retourner? Il y a certainement, maintenant, à Washington une administration plus favorablement disposée. Continuent-ils d'envoyer à l'Afrique du Sud les mêmes messages vous concernant?


JBA : Non... (rires)

NR : J'ai entendu dire que vous avez essayé d'aller à Cuba pour une chirurgie oculaire d'urgence et vous n'avez pas été autorisé à vous y rendre. Est-ce vrai?


JBA : Permettez-moi de sourire ... (sourire) parce que quand vous y faites attention, vous souriez compte tenu de la contradiction observée. Ils prétendent qu'ils me craignent alors que je fais partie de la solution, si l’on se base sur ce que la majorité de la population en Haïti continue à dire. S'ils continuent à me demander mon retour en manifestant pacifiquement, cela signifie que le problème existe encore. Donc, si vous voulez résoudre le problème, ouvrez-moi la porte du retour.

Avant le coup d’Etat, j'appelais au dialogue de manière à ce qu’il y ait inclusion et non exclusion – pour qu’il y ait cohésion, et non pas une explosion de la structure sociale. L'opposition, avec ses supporters étrangers, a décidé d'opter pour un coup d'État et pour employer un proverbe hébreu, je dirais que le résultat est: מן הפח אל הפחת, voulant dire en anglais que «les choses sont allées de mal en pis». Donc, s’ils sont sages, ils devraient être les premiers à faire de leur mieux pour le retour, car le retour fait partie de la solution, il ne fait pas partie du problème.


NR : Vous avez dit que vous n'avez pas l'intention de vous impliquer dans la politique, mais plutôt de retourner en tant que citoyen. Est-ce cela votre vision?

JBA : Oui, et je l'ai dit parce que c'est ce que je faisais avant d'être élu en 1990. J'ai été enseignant et maintenant j'ai plus à offrir sur la base de mes recherches en linguistique et en neurolinguistique, ce qui est de la recherche sur la façon dont le cerveau traite le langage. J'ai fait une modeste contribution dans un pays où autrefois nous avions seulement 34 écoles secondaires lorsque j'ai été élu 1990, et avant le coup d'Etat de 2004, nous avons eu 138 écoles secondaires publiques. Malheureusement, le tremblement de terre a détruit la plupart d'entre elles.

Pourquoi ont-ils si peur? C'est irrationnel. Parfois, les gens qui veulent comprendre Haïti d'un point de vue politique peuvent manquer une partie du tableau. Ils doivent également se pencher sur Haïti à partir d'un point de vue psychologique. La plupart des gens de l'élite souffrent d'amnésie psychogène. Cela signifie que ce n'est pas de l'amnésie organique, résultant de dommages causés par une lésion cérébrale. C'est juste une question de psychologie. Donc, cette pathologie, cette crainte, ressort de la psychologie, et aussi longtemps que nous n'aurons pas ce dialogue national, où disparaîtrait la peur, ils peuvent continuer à manifester de la crainte là où il n'y a aucune raison d'avoir peur.


NR : Qu’est-ce qui devrait être fait pour que vous soyez en mesure de retourner en Haïti? Que comptez-vous faire pour que cela se produise? Cela fait déjà six ans. Il doit être très difficile pour vous de ne pas être en mesure de retourner avec votre famille. Vous devez avoir le mal du pays assez comme ça.

JBA : Il y a un proverbe swahili qui dit: « Mapenzi ni kikohozi, hayawezi kufichika» - ou « L’amour c’est comme la toux que vous ne pouvez pas cacher ». J'aime mon peuple et mon pays, et je ne peux pas le cacher, et à cause de cet amour, je suis prêt à partir tout de suite. Je ne peux pas le cacher. Ce qui m'empêche de partir, comme je l'ai dit plus tôt, et si je le considère du point de vue de l'Afrique du Sud, je ne le sais pas.

NR : Mais quand on pose la question aux responsables ici, ils disent qu'ils ne savent pas.

JBA : Bon (pause) Je suis reconnaissant à l'Afrique du Sud, et je serai toujours reconnaissant à l'Afrique du Sud et à l'Afrique notre continent, notre mère. Mais je pense que quelque chose pourrait être fait en plus de ce qui a été fait afin d'avancer plus vite dans le sens du retour, et c'est pourquoi, pour autant que je suis concerné, je dis, et continue de dire que je suis prêt. Je ne demande même pas d’aide logistique d’aucune sorte parce que des amis pourraient venir ici et m'aider à rejoindre mon pays en deux jours. J'ai donc fait tout ce que je pouvais.


NR : Pensez-vous que le gouvernement haïtien laisse voir ses intentions au gouvernement sud-africain à l’effet qu’il n’est pas prêt? Par exemple, peut-être qu'ils ne veulent pas que vous retourniez, parce qu’ils sont préoccupés par des questions de sécurité vous concernant. Le gouvernement haïtien peut ne pas être en mesure d'assurer votre sécurité. Il y a certaines personnes qui, pour des raisons idéologiques, ne vous soutiennent pas et iraient même jusqu’à essayer de vous assassiner. Est-ce cela une partie du problème?


JBA : En latin, on dit: «Post hoc ergo propter hoc» ou «après cela, donc pour cette raison. C'est une erreur de logique. En 1994, quand je suis retourné au pays, ils avaient dit la même chose: s'il revient, le ciel nous tombera dessus. J'étais de retour au cours d'une période très difficile où j’ai inclus des membres de l'opposition dans mon gouvernement, faisant chemin à travers le dialogue pour que guérisse le pays. Mais malheureusement, nous n'avions pas un système de justice, qui pourrait rendre justice à toutes les victimes à la fois. Cependant lentement, à travers la Commission de vérité et de justice, nous étions en train de préparer le terrain pour qu’il y ait justice. Bon, je ne vais pas retourner en tant que chef d’Etat, mais en tant que citoyen. Si je n'ai pas peur de retourner dans mon pays, comment se pourrait-il que ceux qui voulaient me tuer, qui ont comploté pour le coup d'Etat en 2004, soient les premiers à se soucier de ma sécurité? C'est une erreur de logique. (Rires) Ils se cachent, ou essayent de se cacher derrière quelque chose qui est trop petit ... non, non, non, non.

NR : Ont-ils peur de votre influence politique - peur que vous puissiez influer dans le sens du changement?

JBA : Oui, et je vais encourager ceux qui veulent être logiques (rires), qu’ils n’aient pas à craindre le peuple, parce que quand ils disent qu'ils me craignent, en fait ce n'est pas moi. C’est le peuple, à savoir qu’ils craignent les votes du peuple. Ils craignent la voix du peuple et cette peur est psychologiquement liée à une sorte de pathologie sociale. C'est une société d'apartheid, malheureusement, parce que le racisme peut être derrière ces motivations.

Je peux avoir peur de vous, pas pour de bonnes raisons, mais parce que je vous hais et que je ne peux pas dire que je vous hais. Voyez-vous? Nous avons donc besoin d'une société fondée sur l'égalité. Nous sommes tous égaux, riches et pauvres et nous avons besoin d'une société où les gens jouissent de leurs droits. Mais une fois que vous parlez de cette façon, cela devient une bonne raison pour que vous soyez expulsé du pays ou bien que vous soyez kidnappé (rires). Mais il n’y a pas moyen d’en sortir sans ce dialogue et ce respect mutuel. C'est le moyen d’en sortir.

NR : À votre avis, qu’est-ce qui manque finalement pour que vous retourniez? Vous avez dit qu'il y avait encore une chose qu'ils pourraient faire pour votre retour. Pouvez-vous nous dire ce que c’est?

JBA : Ils ont juste besoin d'être raisonnables. La minute où ils décideront d'être raisonnables, le retour s'effectuera immédiatement.

NR : Et cela signifie-t-il un appel téléphonique au Département d'Etat américain? Le feu vert venant de quelqu’un? Techniquement, qu'est-ce que cela signifie?

JBA : Techniquement, je dirais que le gouvernement haïtien, en étant raisonnable, cesserait de violer la constitution et dirait clairement que les gens ont voté aussi bien pour le retour. La Constitution exige que nous respections le droit des citoyens, pour que nous n’acceptions pas l'exil. Ce serait la première étape.

Maintenant, si d'autres forces s'opposent à mon retour, elles devraient le manifester clairement et s'y opposer. Mais aussi longtemps que cela ne commence pas avec une décision du gouvernement haïtien, cela rends les choses plus difficiles.


NR : Alors, le premier geste doit venir du gouvernement haïtien?

JBA : Oui

NR : Et ils pourraient faire en sorte que cela arrive en disant au Département d'Etat américain que vous devriez être autorisé à retourner, et que vous devriez retourner

JBA : Ils n'auraient pas à le dire au Département d'Etat.

NR : Ce n'est donc pas une décision politique à Washington? C'est entre le gouvernement haïtien et le gouvernement sud-africain?

JBA : En fait, je n'ai pas de passeport, car il est arrivé à expiration. J'ai droit à un passeport diplomatique. En m'envoyant un passeport diplomatique normal il y aurait un signal clair de leur volonté de respecter la Constitution.

NR : Mais c'est le gouvernement haïtien qui doit le faire?

JBA : Oui

NR : Ou ils pourraient tout simplement vous renouveler votre passeport haïtien?

JBA : Oui

NR : Vous demandez une nouvelle photo de vous et qu’on vous délivre un nouveau passeport?

JBA : (rires) Vous voyez pourquoi, j'ai dit plus tôt que nous ne devrions pas continuer à jouer au gouvernement fantoche aux mains de ceux qui prétendent être des amis d'Haïti. J’ai raison parce que tant que nous continuons à jouer à ce jeux nous ne ferons pas de progrès, mais irons de mal en pis.

NR : Il y a eu beaucoup de bruit ces derniers temps dans les médias américains au sujet de la candidature du chanteur Wyclef Jean, qui a été interdit de participer à la course électorale par le CEP (la Commission électorale intérimaire d'Haïti). Avez-vous des commentaires à propos de toute l'agitation autour de sa candidature?


JBA : Quand nous disons démocratie, nous devons pratiquer ce que nous disons. Malheureusement, ce n'est pas le cas pour Haïti. Ils parlent de démocratie, mais ils refusent d'organiser des élections libres et démocratiques. Est-ce à cause d'un type d'occupation néocoloniale? Est-ce parce qu'ils veulent encore faire de l'exclusion et non pas de l’inclusion qu'ils ont refusé d'organiser des élections libres et démocratiques?

L'année dernière, nous avons observé qu'ils ont dit qu'ils voulaient avoir des élections, mais en fait ils ont eu une sélection et non pas une élection. Aujourd'hui, c’est encore du pareil au même. Ils n’ont pas l'intention d'avoir des élections libres, justes et démocratiques. Ils prévoient d'avoir une sélection. Ils ont exclu le parti Lavalas *, qui est le parti de la majorité. C'est comme si aux États-Unis, on pouvait organiser une élection sans les démocrates. Aussi, de mon point de vue, Wyclef Jean est venu en tant qu’artiste pour se porter candidat et c'était une bonne chose pour ceux qui refusent les élections parce que c’était pour eux l’occasion de se permettre un «cirque médiatique» pour cacher le véritable problème, qui est l'inclusion de la majorité. Donc, c'est mon point de vue de la réalité.


NR : En portant un regard rétrospectif sur les événements dramatiques qui ont conduit à votre renversement en 2004, y a-t-il quoique que ce soit qu’après coup vous auriez souhaité n’avoir pas fait? Quelque chose de tactique ou de stratégique que vous auriez aimé avoir fait différemment et qui aurait pu empêcher le coup d'Etat?


JBA : Si je pouvais décrire la réalité de ce jour en 2004 à aujourd'hui, vous me permettriez d'utiliser l’expression en hébraïque à nouveau (parle en hébreu) מן הפח הפחת אל, qui signifie «de mal en pis". C'est ainsi qu’il en a été de 2004 à aujourd'hui. Quand on considère ce coup d'Etat, qui a été un kidnapping, j'appelais au dialogue et une petite minorité d'Haïtiens a été manipulée dans le dessein de jouer le jeu de passer de coup d'État en coup d'Etat, au lieu de se diriger vers des élections démocratiques et justes. La première fois que Haïti a eu des élections libres, justes et démocratiques a été 1990, lorsque j'ai été élu. Alors, nous avions voulu passer d'élection à élection. Ainsi, en 2004, nous nous dirigions vers une véritable démocratie et ils ont dit non. La minorité en Haïti - l'élite politique et économique - a peur d’élections libres et justes, et leurs alliés étrangers ne veulent pas d'une élection en Haïti. C'est pourquoi ils ont exclu Fanmi Lavalas. Tant qu'ils refusent de respecter le droit de chaque citoyen de participer à des élections libres, justes et démocratiques, ils ne régleront pas le problème.

NR : C'est une réponse intéressante, mais je pensais davantage à des erreurs stratégiques que vous avez faites comme demander à la France, en 2003, de payer des réparations. En faisant cela, vous avez perdu un allié naturel qui aurait pu se tenir à vos côtés avant le coup d'Etat et au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies pour protéger votre gouvernement. En fait, la France s’est positionnée aux côtés des États-Unis et n’est pas venue à votre secours cette fois, probablement parce qu'elle était très contrariée par votre demande de restitution.


JBA : Je ne pense pas que ce soit le cas. La première fois que j'ai rencontré le président français Jacques Chirac, j'étais au Mexique. A cette époque, il était avec le Premier ministre Dominique de Villepin. Je les avais invités à nous rejoindre pour célébrer la liberté comme une valeur universelle. C'était donc une chance pour la France de réaliser que oui, Haïti et la France peuvent se mettre debout ensemble pour célébrer la liberté comme une valeur universelle.

En 1789, lorsque les Français ont eu leur révolution, ils ont proclamé «liberté, égalité, fraternité» pour tous, mais au fond d’eux-mêmes les esclaves n'étaient pas des êtres humains. Pour eux ni les esclaves haïtiens, ni les esclaves africains n’étaient des êtres humains. Nous nous sommes battus et nous avons obtenu notre indépendance, ce n'était pas un cadeau. C'est le sang de nos ancêtres qui a été versé pour gagner notre liberté. Pourtant, nous ne voulions célébrer nos 200 ans d'indépendance ni avec aucune sorte d'esprit de vengeance, ni avec un esprit de gloire pour rappeler à la France ce qu'elle avait fait. Ce n'était pas cela. C’était une invitation à célébrer la liberté comme une valeur universelle. Donc, c’était donner une occasion merveilleuse à la France de vouloir le faire ensemble avec nous. Cela n'eût pas exclu la vérité car la vérité c’est qu'ils avaient obligé Haïti à payer 90 millions de francs, ce qui pour nous aujourd'hui, vaut plus de 21 milliards de dollars US. Ça s’appelle restitution, et non réparation.

En 2001, ici, à Durban en Afrique du Sud, l'ONU a donné aux Haïtiens et aux Français l'occasion d'aborder cette question de la réparation. Les Français ont refusé, mais nous leur avons demandé respectueusement de nous laisser l'occasion d'aborder cette question d'une manière mutuellement respectueuse. En un mot - si, aujourd'hui, j'étais le président d'Haïti, comme je l'étais en 2004, j’aurais demandé à la France de rejoindre Haïti pour célébrer la liberté, et aussi pour aborder cette question des 21 milliards de dollars US. En fait, un chef d'Etat élu par son peuple doit respecter la volonté du peuple. Quand le président Sarkozy est allé en Haïti après le séisme, les Haïtiens ne faisaient pas la mendicité pour des centimes, ils réclamaient les 21 milliards de dollars US, parce que c’est une question de dignité. Ou bien nous avons de la dignité ou bien nous n'en avons pas, et les Haïtiens ont de la dignité. Cela signifie que nous respectons votre dignité, de sorte que vous devez aussi respecter notre dignité. Nous n'allons pas mendier des centimes. Des centimes ne résoudront jamais les problèmes d'Haïti. Après 200 ans d'indépendance, nous vivons encore dans une pauvreté abjecte. Nous avons encore ce que nous avions il y a 200 ans en terme de misère. Ce n'est pas juste. Donc, si nous voulons passer de la misère à la pauvreté digne, la France doit aborder cette question avec les Haïtiens et voir quelle sorte d'accord sortira de cette importante question.


NR : Mais ne pensez-vous pas maintenant, avec du recul, que cela vous a peut-être coûté votre présidence?


JBA : Ça aurait pu faire partie du tableau, mais je ne pense pas que c'était la raison principale.

NR : Si la France avait demandé au Conseil de sécurité d'envoyer des casques bleus pour maintenir votre gouvernement, pensez-vous que vous n'auriez pas été chassé du pouvoir?


JBA : Parfois, vous le savez il y a des mots diplomatiques pour couvrir autre chose. Je pense qu’à l'époque, la question brûlante était l'Irak. La France s'était opposée aux États-Unis sur cette question et cela avait été une occasion en or pour elle de sacrifier Haïti en terme de participer dans le leadership d’un coup d’Etat ou dans le kidnapping d'un président.


NR : Mais la vraie raison sous-jacente était que la France ne voulait plus que vous lui cassiez les pieds avec cette demande. 2003 a été la première fois, du moins publiquement et officiellement, que le président haïtien a fait une telle demande.


JBA : Je souris parce que les anciens colons défendent leurs intérêts, et non pas leurs amis. Même s'ils se disent des amis d'Haïti, ils continueront toujours à défendre leurs propres intérêts
On pourrait comparer ce qui se passe en ce moment aujourd'hui, après le séisme, à ce qui se passait en 2004, afin de savoir si la France est vraiment en train d’aider Haïti et s’ils changeraient leur politique ou non. De mon point de vue, ils ne changeraient pas leur politique parce qu'ils en ont suffisamment pour leur compte, en terme de catastrophes, pour aborder la question des 21 milliards de dollars US aujourd'hui. Mais ils ne veulent toujours pas, ce qui signifie que s'ils ne veulent pas y répondre aujourd'hui, après ce qui s'est passé en Haïti en Janvier 2010, je ne pense pas qu'ils auraient changé leur politique en 2004.

C'est ma grille de lecture. Mais peut-être qu’un jour le gouvernement français abordera la question parce que les hommes peuvent changer s’ils le veulent bien. Je souhaiterais qu'ils changent leur politique en abordant avec respect la question avec Haïti, parce que c'est un must.

NR : En fait, dès que Gérard Latortue a été installé Premier ministre, après votre enlèvement, le gouvernement haïtien a immédiatement laissé tomber l’affaire.


JBA : La question ne disparaît pas pour autant (rires). A bien considérer l'histoire d'Haïti avant 2004, personne n'avait osé aborder la question, alors que nous autres progressions de la misère à la pauvreté digne. Puis, quand nous avons abordé la question, ils n’ont pas voulu y répondre - mais la question ne disparaît pas pour autant. Cela signifie qu'elle restera une réalité aussi longtemps qu'ils refuseront d'y faire face.

Mon souhait est que, un jour, ils se rendent compte qu'ils doivent le faire. Qu’est-ce qui s'est passé avec l'Italie et la Libye? L'Italie a abordé la question de la réparation ce qui a été une bonne chose pour les deux pays. De la même façon que nous devons aborder avec la France la question de la restitution.


NR : Je me souviens d'un article récent de Jacqueline Charles dans le Miami Herald, où un historien a été cité, il disait: "Lavalas n'a jamais été un parti. C'était un mouvement, qui est maintenant dans une crise profonde et qui est divisé entre des factions distinctes menées par certains de ses vieux barons... Ils veulent tous le vote Lavalas sans faire appel à Aristide. Donc, oui, Lavalas comme nous le savions se meurt d'une mort lente.'' Il commentait le débat actuel autour des futures élections en Haïti. Que pensez-vous de ce qu'il a dit?


JBA : Certaines personnes prétendent qu'ils sont des experts d’Haïti, mais ils agissent souvent comme des personnes souffrant d'amnésie sociale. Lorsque vous prenez un groupe de souris et que vous les mettez dans un laboratoire, si ces souris n'ont pas la capacité de production d'ocytocine dans leur cerveau, elles ne sont pas en mesure de reconnaître les autres souris. Voilà, c'est un fait. Ces personnes souffrent d'amnésie sociale. Ils sont incapables de reconnaître les Haïtiens comme des êtres humains à cause de notre couleur, notre pauvreté et la misère. La majorité de la population haïtienne a déclaré "Lavalas est notre parti politique." C'est ce qu’a dit la majorité et ils ont leur constitution, alors comment quelqu'un peut-il prétendre que ce n'est pas le cas? Ces gens-là, à mon humble avis, agissent comme s'ils étaient mentalement des esclaves, ce qui signifie qu'ils ont leurs maîtres leur fournissant les ressources financières pour parler ainsi, et ils peuvent bien se couvrir d'un parapluie "scientifique", quand en fait ils sont mentalement des esclaves.

NR : Il ya donc cette amnésie, parce que la plupart des commentateurs admettent que Préval a gagné en 2006 grâce à la base de Lavalas. Beaucoup de gens en Haïti veulent utiliser Lavalas aux fins de gagner, mais personne ne veut que le parti Lavalas gagne ou mentionne votre nom dans le processus. Comment vivez-vous cette contradiction?

JBA: Malheureusement, ce que l'Afrique du Sud avait avant 1994 c’est ce que Haïti a toujours comme une réalité aujourd'hui. La structure de l'apartheid est toujours enracinée dans la société haïtienne. Lorsque vous avez l'apartheid, vous ne voyez pas ceux qui sont derrière les murs. C'est la réalité d'Haïti. Le peuple existe, mais ils ne voient pas le peuple et ils ne veulent pas le voir non plus. C'est pourquoi on ne les compte pas. Ils veulent les utiliser, mais ils ne veulent pas respecter leur volonté.

Quand on parle de Lavalas et du peuple haïtien, on les craint parce que, s'il y a une élection juste, le peuple les battra. Aussi ils se doivent d'exclure le parti Lavalas ou la majorité, afin de s'assurer qu'ils sélectionneront ce qu'ils veulent bien sélectionner. Donc, c'est le genre d'apartheid qu'on a en Haïti. Si vous dites cela, ils vous haïront et ils peuvent tenter de vous tuer. C'est parce qu'ils ne veulent pas que vous voyiez la réalité. Pourquoi est-ce que je dis cela? C'est parce que j'aime mon pays. Si vous avez un cancer et refusez de l'appeler un cancer, il vous tuera. C’est mieux de l'accepter et de trouver un moyen de prévenir la mort. C'est ce que je veux pour mon pays.


NR : Mais récemment il y a eu un certain opportunisme. Nous avons vu des gens comme votre ancien ami devenu plus tard votre ennemi, Evans Paul, demander votre retour. Ils se servent de vous pour obtenir le soutien de la base Lavalas. Ou bien beaucoup de gens veulent faire appel à Lavalas, mais ont peur de vous mentionner. Que pensez-vous de cette réalité en Haïti?


JBA: Le jour où je penserais utiliser le peuple haïtien, le peuple haïtien commencerait à se distancer de moi et me renierait. Et ils auraient raison de le faire, parce que personne, en tant que politicien, ne saurait prétendre que le peuple est assez stupide pour se laisser utiliser pour des votes, par exemple. J'ai fait de mon mieux pour respecter le peuple haïtien et je vais continuer à faire de mon mieux pour leur montrer du respect, eux et ce qu’ils désirent. En 1990, lorsque j'ai été élu président, les gens travaillaient dans des ateliers de misère pour neuf centimes l'heure. Quand j'ai réussi à augmenter le salaire minimum, c’était une raison suffisante pour monter un coup d'Etat. Et cela s'est passé au Honduras l'an dernier parce qu'en partie le jeu était le suivant: ne pas augmenter le salaire minimum, donc les gens doivent travailler comme des esclaves.

Aujourd'hui, le peuple haïtien se souvient de ce qu'ensemble, nous tentions de faire. Nous ne les utilisions pas juste pour avoir leurs votes. Ils ne sont pas stupides: nous marchions ensemble selon des principes démocratiques pour une vie meilleure. Si maintenant, ils continuent à demander mon retour, six ans après mon enlèvement, cela signifie qu'ils sont très intelligents. Ils peuvent être analphabètes, mais ils ne sont pas bêtes. Ils se souviennent de ce que, ensemble, nous essayions de faire. Je souhaite donc que les politiciens ne se concentrent pas sur moi, mais plutôt sur le peuple et non pas le peuple pour les élections mais pour leurs droits - le droit de manger, le droit d'aller à l'école, le droit aux soins de santé, et le droit de participer dans un gouvernement. Malheureusement, en 2006 ils ont élu quelqu'un qui les a trahis, ils s’en rendent compte maintenant. Oh là là là ! Ils disent: Qui d'autre viendra? Est-ce que cette personne nous trahira après avoir eu nos votes? Ils hésitent, et je les comprends, car ils ne sont pas stupides.

NR : Voilà maintenant une question pratique. Comment voulez-vous traiter avec le parti Lavalas en Haïti? Vous êtes toujours le leader national de Lavalas. Ne pensez-vous pas que ce serait une meilleure idée de transférer le leadership à quelqu'un d’autre en Haïti? Ne serait-ce pas une meilleure stratégie à long terme, plutôt que de s’accrocher au titre de chef de parti? Après tout, c'est l'un des prétextes utilisés pour ne pas autoriser Lavalas à participer aux élections passées ainsi qu’à l'avenir en Haïti?

JBA : Si nous respectons la volonté du peuple, alors nous devons faire attention à ce qu'ils disent. Je suis ici, mais ce sont eux qui prennent les décisions. Si, aujourd'hui, ils décident d’aller dans ce sens, alors vous devez respecter leur volonté. Cela signifie que je ne suis pas celui qui les empêche d’avancer en tenant un congrès et d'avoir un autre chef et ainsi de suite. En fait, en dehors d'Haïti je n’agis pas en tant que leader national, pas du tout. Je ne prétends pas être capable de le faire et je ne veux pas le faire. Je sais que ce ne serait pas une bonne chose pour le peuple d’agir de la sorte.

Ils ont dit que c'est une question de principe. Premièrement, ils veulent mon retour, et alors ils peuvent organiser un congrès pour élire un nouveau chef et aller de l'avant. Je respecte cela. Si, aujourd'hui, ils veulent le changer, qu’il en soit selon leur volonté. C'est ça la démocratie.

Ce qui est derrière l'image nationale est un sophisme. C'est un sophisme quand, par exemple, ils prétendent qu'ils se doivent d'exclure Lavalas pour résoudre le problème. Ne pas avoir Lavalas dans une élection, parce que c'est une sélection, c'est un sophisme.

Avant, j'ai dit "post-hoc ergo propter hoc" ou "à la suite de cela, donc à cause de cela", et maintenant je peux dire "Cum hoc, ergo propter hoc" ou "avec ceci, donc à cause de ceci ". C'est aussi bien une erreur de logique. Ils ne résoudront pas le problème sans la majorité de la population. Ils doivent les inclure dans une élection libre, juste et démocratique avec mon retour ou avant mon retour ou après mon retour. L'inclusion du peuple est indispensable pour être logique et pour progresser vers une meilleure Haïti. C'est la solution.


NR : Alors, concrètement, si vous deviez dire aujourd'hui que vous endossez Maryse Narcisse comme leader national, ils accepteraient les candidats Lavalas?

JBA : L'année dernière, j'ai reçu une lettre du Conseil électoral provisoire, en passant, un conseil qui a été choisi par le président, pour dire qu’ils font ce qu'il veut. Exclure Lavalas a été la mise à exécution de la volonté du gouvernement d'Haïti.

J'ai reçu une lettre de leur part m'invitant à une réunion et je me suis dit, "Oh c'est bien. Je suis prêt. Je vais y aller". Puis ils ont dit dans la lettre: «Si vous ne pouvez pas venir, enverriez-vous quelqu'un en votre nom? "Alors j'ai dit ok et j'ai répondu dans une lettre (1), qui a été rendue publique, en demandant au Dr Maryse Narcisse de représenter Lavalas et de présenter les candidats de Fanmi Lavalas sur la base de la lettre que j'ai reçue du CEP. Mais ils ont refusé parce que le truc était de m'envoyer la lettre et d’assumer que je ne répondrais pas. Ensuite, ils pourraient dire au peuple haïtien, «Voyez, il ne veut pas participer à l'élection.» Alors, ils ont utilisé un prétexte pour faire croire qu'ils sont intelligents, alors qu’en réalité c’était pour cacher la vérité.

NR : N'ont-ils pas prétendu à un moment donné qu'elle était fausse, ou bien que ce n'était pas votre signature?

JBA : Ils ont fait valoir que le mandat émanant de moi aurait dû être validé par le consulat d'Haïti en Afrique du Sud, alors qu’ils savent bien qu'il n'y a aucun représentant du gouvernement haïtien en Afrique du Sud, vous voyez.

NR : Pas d’ambassade du tout ?

JBA : Non, quand j'étais président, j'avais nommé un ambassadeur en Afrique du Sud, mais ça a pris fin avec le coup d'Etat. Après notre indépendance, nous avons dû attendre jusqu'en 1990 pour avoir des élections libres et démocratiques. Nous ne pouvons pas changer la réalité économique en un jour, en un an, mais au moins nous devrions continuer à respecter le droit des Haïtiens à voter. Alors aujourd'hui, pourquoi jouer avec le droit de vote? C’est cynique. Vous ne pouvez pas améliorer leur vie économique et vous les privez de leur droit de vote. C’est cynique. L’Afrique du Sud a fait quelque chose qui pourrait être une bonne chose pour de nombreux pays, dont Haïti. En 1994, quand les Sud-Africains ont pu voter, ils ont voté. Ils essaient d’avancer sur la voie d'élections libres et équitables, tout en essayant d'améliorer leur vie économique. C’est la bonne façon de procéder. Ne pas nier aux pauvres le droit de voter tandis que vous ne pouvez même pas améliorer leur vie.

NR : La nuit du coup d'Etat. Vous en avez déjà parlé et à l'époque vous m'aviez dit que vous écriviez un livre sur le sujet. Est-ce toujours en préparation?

JBA : Ce livre est terminé depuis 2004.

NR : Prêt à être publié?

JBA : Il était prêt à être publié et il l’eût été déjà, si j'étais autorisé à le faire.

NR : Vous rappelez-vous la nuit du coup d'Etat - et je suis sûr que vous vous en rappelez parce que personne n’a l'habitude d'être réveillé au milieu de la nuit pour être embarqué dans un avion entouré de gens armés. Auriez-vous souhaité avoir dit non à M. Moreno, "je ne signe pas cette lettre de démission" ou bien "Je ne vais pas prendre cet avion. Je m’occuperai des questions de sécurité en Haïti avec mon gouvernement "?

JBA : Comme je viens de dire, si j'avais été autorisé à publier le livre, il aurait été publié en 2004. Ainsi, dans le livre, vous avez les réponses à vos importantes questions et c'est pourquoi maintenant je n’élaborerai pas là-dessus, sur la base de ce que je viens de dire. En un mot, je ferais exactement ce que j'ai fait et je dirais exactement pourquoi je l'ai dit parce que j’ai eu raison de dire ce que j'ai dit et de faire ce que j'ai fait. Ils se sont trompés, et ils sont encore dans l’erreur.

NR : Ce qui est connu, c'est la lettre (2) en créole que vous avez signée et qui selon vous a été mal traduite.

JBA : Bien sûr, elle a été mal traduite.

NR : Oui, mais vous avez clairement dit que vous avez été forcé sous la menace d’une arme et cela est bien connu de tout le monde.

JBA : Oui, c’est bien le cas, mais si je ne précise pas, ce n'est pas parce que je veux donner une réponse évasive. C'est juste sur la base de ce que je vous ai dit avant.

NR : Alors quoi si le livre n'est jamais publié?


JBA : C'est peut-être la raison pour laquelle je suis toujours là (rires). Je souhaite qu'ils me laissent partir et qu’ils laissent publier le livre (rires).


NR : Il y a eu ces accusations (3) de corruption contre vous à commencer par le cinéaste Raoul Peck, et qui ont été reprises par la suite par Mme Lucy Komisar et Mme Mary Anastasia O'Grady du Wall Street Journal au sujet de votre implication personnelle dans une transaction liée à la Teleco / IDT en 2003. Pouvez-vous taire ces accusations?


JBA : Tout d'abord, ils mentent. Deuxièmement, que pouvons-nous attendre d'un esclave mental? (Rires) Il mentira pour ses maîtres. Il est payé pour mentir pour ses maîtres, alors je ne suis pas surpris par ces allégations absurdes. Comme je l'ai dit, ils mentent.


NR : Ils mentent. Mais il est possible que au-dessous de vous, peut-être, à un certain niveau dans votre gouvernement, il y avait une certaine corruption impliquant la Téléco et l’IDT?


JBA : Je n'ai jamais entendu parler de choses pareilles quand j'étais là et je n'en ai jamais rien su. De l’avoir su, bien sûr nous aurions fait de notre mieux pour y mettre fin ou le prévenir ou sanctionner légalement les personnes qui pouvaient avoir été impliquées dans une telle chose.


NR : Pourquoi ne l'avez-vous pas déclaré publiquement? Parce que ces choses arrivent tout le temps. Je suis sûr que la corruption existe à tous les niveaux dans le gouvernement sud-africain, comme il y en a dans l'administration d’Obama. Des choses arrivent et nous n'avons pas besoin de mettre Haïti en examen pour le trouver. Vous auriez pu dire que vous étiez le chef de l'Etat, mais pas le chef de la Téléco. Des choses arrivent.


JBA : Comme je l'ai dit, il y a plus de personnes à recevoir de l'argent pour mentir que de personnes recevant de l'argent pour dire la vérité. Je ne sais combien de fois j'ai répondu à cette question, mais parfois le journaliste peut avoir la réponse, mais n'est pas autorisé à la rendre publique. (Rires).


NR : Seriez-vous en faveur de la création d'une Commission Vérité et Réconciliation haïtienne, pareil à ce que l'Afrique du Sud a fait, ce qui permettrait à certaines personnes qui ont été exilées sous Duvalier et Cédras et vos deux présidences de revenir et d'être appelées à comparaître devant cette commission - et demander pardon et amnistie en cas de besoin?


JBA : Ce que je vais dire maintenant, je ne le dis pas parce que je suis maintenant en dehors d'Haïti avec le désir de retourner. Non, je l'ai déjà dit et je vais le répéter: Il n'y a pas moyen d'avancer en Haïti sans dialogue. Un dialogue entre Haïtiens. Autrefois nous avions une armée de 7.000 soldats, contrôlant 40% du budget national, mais allant de coup d'État en coup d'Etat. J'ai dit non. Dissolvons l'armée, ayons une force de police pour protéger le droit de chaque citoyen, ayons un dialogue pour aborder nos différences. Il n'y a pas de démocratie sans opposition.

Nous devons nous comprendre les uns les autres quand nous nous opposons les uns aux autres. Nous ne sommes pas des ennemis, de sorte que nous pouvons aborder nos différences de manière démocratique et alors seulement pourrons-nous aller de l'avant. Je l'ai dit tant de fois déjà. Nous avons encore des gens qui se disent des amis d'Haïti qui continuent à venir exploiter nos ressources. Ils ne veulent pas de dialogue national. Ils ne veulent pas que les Haïtiens vivent en paix avec les Haïtiens.

L’Afrique du Sud l’a fait quand ils avaient la Commission de vérité et de réconciliation. Les gens sont venus et ont réalisé qu'ils avaient commis des erreurs. Tout le monde peut faire des erreurs. Vous devez reconnaître que vous avez fait des erreurs, et la société vous fera bel accueil. Si vous ne pouvez pas le faire par devant les tribunaux en raison du nombre, alors trouvez un moyen pour y faire face. Nous ne pouvons pas prétendre qu’Haïti aura un avenir meilleur sans ce dialogue. Nous devons l'avoir.


En 1994, quand je suis retourné en Haïti de l'exil, nous avons créé une Commission pour la Vérité et la Justice et la Réconciliation. J'ai passé les documents au gouvernement suivant, et je n'en ai jamais entendu parler à nouveau. Les Haïtiens n’en ont jamais entendu parler parce que le gouvernement voulait faire vite avec la privatisation des entreprises publiques au lieu de suivre cette voie qui avait été recommandée.


NR : Est-ce que cela voudrait dire permettre à tous les exilés politiques de retourner, peu importe à quel point ils étaient mauvais, y compris des gens comme Raoul Cédras et Jean-Claude Duvalier.


JBR: Je n’avancerai pas de conclusions en dehors de ce cadre de justice. La Commission a abordé le cas de ces criminels et a préparé le terrain pour la justice et le dialogue. Vous voyez, je l’ai dit, et continuerai à le dire: Nous avons besoin de continuer à traiter de cette question de dialogue, de vérité et de justice. Sinon, nous allons continuer à nous comporter soit comme un gouvernement fantoche soit mentalement comme des esclaves aux mains de ceux qui veulent encore exploiter nos ressources et ils ne se décideront à aucun changement en faveur des Haïtiens. Les Haïtiens doivent commencer à dire non. Changeons les choses - non pas contre des étrangers, non pas contre les vrais amis, avec eux s'ils le veulent, mais ils ne le feront pas pour nous à moins que nous commencions à le faire.

NR : Gardez-vous rancune aujourd'hui contre le président René Préval de ne pas déployer plus de vigueur pour tenter de faciliter votre retour en Haïti? Il doit son élection grâce à la base de Lavalas.

JBA : Si je fais attention à ce que les gens disent, ils décrivent le Président Préval comme quelqu'un qui m'a trahi et c'est vrai. Ils ont voté pour lui. Je n'ai pas voté, j’étais ici, mais ceux qui l'ont élu se rendent compte maintenant qu'il leur a fait faux bond. Il les a trahis.

Il se laisse manipuler par ceux qui sont contre les intérêts du peuple – c’est ce qu'ils ont dit.


NR : Vous sentez-vous personnellement trahi ? Je suis sûr que vous vous rendez compte des difficultés de la situation dans laquelle il était.


JBA : Personnellement, je dis mettons les intérêts du peuple en premier. Non pas les miens. Si je peux faire quelque chose pour lui, ou si je dois le faire, je le ferais. C'est une question de principe, et dans son cas il n'avait besoin de faire quoique ce soit pour moi. Il avait simplement à respecter la Constitution. La constitution ne permet pas l'exil. Il ne devrait pas violer la constitution. C'est ça. Mais, comme il l'a fait, l'histoire prend note et l'histoire reconnaîtra qu'il a malheureusement failli.


NR : Je me souviens d'un célèbre journaliste progressiste à Genève qui faisait la critique de mon film (4) et l'une des critiques qu'il avait, c'est que je n'avais pas parlé de vaudou et comment il affecte la vie politique d'Haïti. Que pensez-vous de cette tendance parmi de nombreux journalistes occidentaux qui tentent d'expliquer Voodoo comme une des principales raisons des problèmes d'Haïti?


JBA : J'aime dessiner des parallèles entre le vaudou et la politique. Pourquoi? Parce que, en Occident quand ils veulent régler les problèmes politiques, ils peuvent, comme vous l'avez suggéré ou indiqué, les mélanger avec le vaudou comme une manière d'éviter d'aller droit à la vérité. La vérité pourrait être, par exemple, historique.

Quatorze ans après l’arrivée de Christophe Colomb en Haïti, en 1492, ils avaient déjà tué trois millions d’autochtones. En parlent-ils aujourd'hui? Qu’en savent-ils? Je ne sais pas. A cette époque, on pouvait avoir 14 ans et avoir à payer vingt-cinq centimes or à Christophe Colomb ou bien ils vous coupaient un bras, un pieds ou les oreilles. En parlent-ils ? Si vous le faites, c'est comme "oh vraiment ! ou, peut-être." Ils ont des problèmes à exposer la vérité, à reconnaître ce qui se passait à cette époque-là. Et si vous regardez la réalité d'aujourd'hui, c’est presque la même chose.


La semaine dernière, il y avait quelques difficultés en raison des orages et des tremblements de terre et Haïti a perdu une dizaine de personnes, certains disent cinq d’autres disent plus de dix. Dans tous les cas, même si c’était une seule personne, cela signifierait déjà beaucoup pour nous parce que un être humain est un être humain. Au lieu de se concentrer sur ce qui est la réalité de la misère, la pauvreté abjecte, l'occupation, la colonisation, certains préfèrent trouver un bouc émissaire dans le vaudou. L'ONU elle-même avait dû expulser 114 soldats pour viol et d’abus commis à l’égard d’enfants. Donc, nous voyons des gens envahir un pays, prétendant aider, alors qu'ils sont en fait impliqués dans des viols, mauvais traitement sur la personne d’enfants et ainsi de suite. Et ce n'est pas un problème pour ces gens qui aiment parler de vaudou comme si le vaudou lui-même pouvait couvrir cette réalité. De la même façon qu'ils ne veulent pas faire face à notre drame historique lié à la colonisation.


NR : Est-ce une distraction raciste?


JBA : C’en est une, oui. Je respecte la religion et je respecterai n’importe quelle religion. Les Africains avaient leur religion ici. Ils sont allés en Haïti et ont poursuivi leur pratique et je dois respecter cela. En outre, la Constitution haïtienne, respecte la liberté de religion.

Aussi, parlons de drame, de misère, de pauvreté, d'exploitation, d'occupation, et des personnes sans droit de vote ou de manger. Les gens veulent être libres. Ils n'ont pas d'auto-détermination. Concentrons-nous sur les personnes qui n'ont pas de ressources et meurent. Nous avons eu une solidarité tellement merveilleuse après le 12 Janvier de par le monde, où les citoyens à travers le monde étaient en train de manifester de la solidarité envers les Haïtiens. C'était formidable de voir Blancs et Noirs aller au-delà des barrières de la couleur pour exprimer leur solidarité avec les victimes du tremblement de terre meurtrier.

Et au nom du peuple haïtien, si vous me permettez, je vais dire merci à tous ces vrais amis qui l'ont fait alors que d'autres qui se disent les vrais amis d'Haïti ont préféré envoyer des soldats avec des armes pour protéger leurs propres intérêts au lieu de protéger des êtres humains qui souffraient vraiment. Des amputations – on en a eu par milliers sans anesthésie. Ils coupaient les mains et les pieds des victimes ce qui n'est pas un problème pour certaines personnes qui préfèrent parler de vaudou comme si le vaudou pouvait être la cause de ce qui se passe en Haïti. Non, ce qui se passe en Haïti est enraciné dans le colonialisme, le néo-colonialisme, dans cette politique néolibérale appliquée et imposée à Haïti, pas dans des questions religieuses comme le vaudou. Pour moi, tant qu'ils ne cherchent pas à faire face à la réalité telle qu'elle est, ils peuvent continuer à utiliser des questions comme le vaudou pour dissimuler des faits, toute tentative de remplacer la vérité par des distractions racistes échouera.


NR : Quelque chose que vous aimeriez ajouter, que vous avez à cœur et que vous n’avez pas été en mesure de dire?


JBA : Bon ... si vous demandez à un Zoulou*, le moyen d’arriver quelque part alors que vous êtes sur la bonne voie, cette personne vous dira (en zoulou): "Ugonde ngqo Ngalo mgwago" ce qui signifie allez directement sur votre chemin.


C'est pourquoi le peuple haïtien qui avance de la misère vers la pauvreté dans la dignité doit continuer à progresser tout droit vers cet objectif. Si nous perdons notre dignité, nous perdons tout. Nous sommes pauvres - pire que pauvres parce que nous vivons dans une pauvreté abjecte et dans la misère. Mais sur la base de la dignité collective enracinée dans nos ancêtres, je crois que nous devons continuer à lutter de façon pacifique pour notre auto-détermination, et si nous le faisons, l'histoire rendra hommage à notre génération, parce que nous sommes sur la bonne voie.


NR : Monsieur le Président, je vous remercie.


Notes :
[*] Lavalas est un mot créole signifiant «avalanche», une «masse de personnes» ou «tous ensemble». Fanmi signifie «famille».

[*] Zoulou est le nom du plus grand groupe ethnique en Afrique du Sud et aussi la langue maternelle la plus parlée .


1) Lettre du Président Aristide - novembre 2009 - autorisant le Dr Maryse Narcisse à inscrire les candidats Lavalas pour voter.

http://www.hayti.net/tribune/index.php?mod=articles&ac=commentaires&id=725
2) Lettre de démission de Jean-Bertrand Aristide - la traduction originale Kreyòl par le professeur Bryant Freeman

http://www.nathanielturner.com/aristidedidnotresign.htm
L’autre traduction officielle fournie par l'ambassade des États-Unis et la plus largement utilisée dans les médias grand public:

http://articles.cnn.com/2004-03-01/world/aristide.letter_1_constitution-jean-bertrand-aristide-haitian-president-jean-bertrand-aristide?_s=PM:WORLD


3) « Les affairistes américains d’Aristide", un article de Mary Anastasia O'Grady
http://online.wsj.com/article/SB121720095066688387.html


4) "Aristide et la révolution sans fin", un documentaire de Nicolas Rossier, HYPERLINK "http://www.aristidethefilm.com" http://www.aristidethefilm.com



Partager cet article

8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 18:03

EXTRAIT DE « POUR LA REVOLUTION AFRICAINE »

Première édition : Maspéro 1964    Réédition La Découverte Syros 2001      

 

Publié dans "Afrique Action." N° 19, 20 février 1961.


 

La Mort de Lumumba

Pouvions – nous faire autrement?


Les observateurs qui se sont trouvés dans les capitales africaines pendant le mois de juin 1960 pouvaient se rendre compte d'un certain nombre de choses. De plus en plus nombreux, en effet, d'étranges personnages venus d'un Congo à peine apparu sur la scène internationale s'y 8uccèdaient. Que disaient ces Congolais? Ils disaient n'importe quoi. Que Lumumba était vendu aux Ghanéens- Que Gizenga était acheté par les  Guinéens Kashamura par les yougoslaves.... Que les civilisateurs belges partaient trop tôt, etc. ...

Mais si l'on s'avisait d'attraper dans un coin un de ces Congolais, de l'interroger, alors on s'apercevait que quelque chose de très grave se tramait contre l'indépendance du Congo et contre l’Afrique.

Des sénateurs, des députés congolais aussitôt après les fêtes de l'indépendance se sauvaient hors du Congo et se rendaient... aux Etats-Unis. D'autres s'installaient pour plusieurs semaines à Brazzaville. Des syndicalistes étaient invités à New­York. Là encore, si l'on prenait l'un de ces députés on de ces sénateurs dans un coin et qu'on l'interrogeait, il devenait patent que tout un processus très précis allait se mettre en route.

Dès avant le 1er juillet 1960, l'opération Katanga était lancée, Son but ? Bien sûr, sauvegarder l'Union Minière. Mais au-delà de celle opération, c'est une conception belge qui était défendue. Un Congo unifié, avec un gouvernement central, allait à l'encontre des intérêts belges. Appuyer les revendications décentralisatrices des diverses provinces, susciter ces revendications, les alimenter, telle était la politique belge avant l'indépendance.

Dans leur tâche, les Belges étaient aidés par les autorités de la Fédération Rhodésies-Nyassaland. On sait aujourd'hui, et M. Hammarskjöld mieux que quiconque, qu'avant le 30 juin 1960, un pont aérien Salisbury-Elisabethville alimentait le Katanga en armes. Lumumba avait certain jour proclamé que la libération du Congo serait la première phase de la complète indépendance de l'Afrique Centrale et Méridionale et il avait très précisément fixé ses prochains objectifs: soutien des mouvements nationalistes en Rhodésie, en Angola, en Afrique du Sud.

Un Congo unifié ayant à sa tête un anticolonialiste militant constituait un danger réel pour celle Afrique sudiste, très proprement sudiste, devant laquelle le reste du monde se voile la face. Nous voulons dire devant laquelle le reste du monde se contente de pleurer, comme à Sharpville, ou de réussir des exercices de style à l'occasion des journées anticolonialistes. Lumumba, parce qu'il était le chef du premier pays de cette région à obtenir l'indépendance, parce qu'il savait concrètement le poids du colonialisme, avait pris I'engagement au nom de son peuple de contribuer physiquement à la mort de celle Afrique-là. Que les autorités du Katanga et celles du Portugal aient tout mis en œuvre pour saboter l'indépendance du Congo ne nous étonne point. Qu'elles aient renforcé l'action des Belges et augmenté la poussée des forces centrifuges au Congo est un fait. Mais ce fait n'explique pas la détérioration qui s'est installée progressivement au Congo, ce fait n'explique pas l'assassinat froidement décidé, froidement mené de Lumumba, cette collaboration colonialiste au Congo est insuffisante à expliquer pourquoi en février 1961 l'Afrique va connaître autour du Congo sa première grande crise.

Sa première grande crise car il faudra qu'elle dise si elle avance ou si elle recule. Il faudra qu'elle comprenne qu'il ne lui est plus possible d'avancer par régions, que, comme un grand corps qui refuse toute mutilation, il lui faudra avancer en totalité, qu'il n'y aura pas une Afrique qui se bat contre le colonialisme et une autre qui tente de s'arranger avec le colonialisme. Il faudra que l'Afrique, c'est-à-dire les Africains, comprennent qu'il n'y a jamais de grandeur à atermoyer et qu'il n'y a jamais de déshonneur à dire ce que l'on est et ce que l'on veut et qu'en réalité l'habileté du colonisé ne peut être en dernier ressort que son courage, la conception lucide de ses objectifs et de ses alliances, la ténacité qu'il apporte à sa libération.

Lumumba croyait en sa mission.  Il avait une confiance exagérée dans le peuple. Ce peuple, pour lui, non seulement ne pouvait se tromper, mais ne pouvait être trompé. Et de fait, tout semblait lui donner raison. Chaque fois par exemple que dans une région les ennemis du Congo arrivaient à soulever contre lui l'opinion, il lui suffisait de paraître, d'expliquer, de dénoncer, pour que la situation redevienne normale. Il oubliait singulièrement qu'il ne pouvait être partout à la fois et que le miracle de l'explication était moins la vérité de ce qu'il exposait que la vérité de sa personne.

Lumumba avait perdu la bataille pour la présidence de la République. Mais parce qu'il incarnait d'abord la confiance que le peuple congolais avait mise en lui, parce que confusément les peuples africains avaient compris que lui seul était soucieux de la dignité de son pays, Lumumba n'en continua pas moins à exprimer le patriotisme congolais et le nationalisme africain dans ce qu'ils ont de plus rigoureux et de plus noble.

Alors d'autres pays beaucoup plus importants que la Belgique ou le Portugal décidèrent de s'intéresser directement à la question. Lumumba fut contacté, interrogé. Après son périple aux Etats-Unis la décision était prise : Lumumba devait disparaître.

Pourquoi? Parce que les ennemis de l'Afrique ne s'y étaient pas trompés. Ils s'étaient parfaitement rendus compte que Lumumba était vendu, vendu à l'Afrique s'entend. C'est à dire qu'il n'était plus à acheter.

Lee ennemis de l'Afrique se ont rendu compte avec un certain effroi que si Lumumba réussissait, en plein cœur du dispositif colonialiste, avec une Afrique française se transformant en communauté rénovée, une Angola « province portugaise » et enfin l'Afrique orientale, c'en était fini de « leur » Afrique au sujet de laquelle ils avaient des plans très précis.

Le grand succès des ennemis de l'Afrique, c'est d'avoir compromis les Africains eux-mêmes. Il est vrai que ces Africains étaient directement intéressés par le meurtre de Lumumba. Chefs de gouvernements fantoches, au sein d'une indépendance fantoche, confrontés jour après jour à. une opposition massive de leurs peuples, ils n'ont pas été longs à se convaincre que l'indépendance réelle du Congo les mettrait personnellement en danger.

Et il y eut d'autres Africains, un peu moins fantoches, mais qui s'effraient dès qu'il est question de désengager l'Afrique de l'Occident. On dirait que ces Chefs d'Etat africains ont toujours peur de se trouver en face de l'Afrique. Ceux-là aussi, moins activement, mais consciemment, ont contribué à la détérioration de la situation au Congo. Petit à petit, on se mettait d'accord en Occident qu'il fallait intervenir au Congo, qu'on ne pouvait pas laisser les choses évoluer à ce rythme. . ..

Petit à petit, l'idée d'une intervention de l'O.N.U. prenait corps. Alors on peut dire aujourd'hui que deux erreurs simultanées ont été commises par les Africains.

Et d'abord par Lumumba quand il sollicita l'intervention de l'O.N.U. Il ne fallait pas faire appel à l'O.N.U. L'O.N.U. n'a jamais été capable de régler valablement un seul des problèmes posés à la conscience de l'homme par le colonialisme, et chaque fois qu'elle est intervenu, c'était pour venir concrètement au secours de la puissance colonialiste du pays oppresseur.

Voyez le Cameroun. De quelle paix jouissent les sujets de M. Ahidjo tenus en respect par un corps expéditionnaire français qui, la plupart du temps, a fait ses premières armes en Algérie? L'O.N.U. a cependant contrôlé l'autodétermination du Cameroun et le gouvernement français y a installé un « exécutif provisoire ».

Voyez le Viet-Nam.

Voyez le Laos.

Il n'est pas vrai de dire que l'O.N.U. échoue parce que les causes sont difficiles.

En réalité l'O.N.U. est la carte juridique qu'utilisent les intérêts impérialistes quand la carte de la force brute a échoué.

Les partages, les commissions mixtes contrôlées, les mises sous tutelle sont des moyens légaux internationaux de torturer, de briser la volonté d'indépendance des peuples, de cultiver l'anarchie, le banditisme et la misère.

Car enfin, avant l'arrivée de l'O.N.U., il n'y avait pas de massacres au Congo. Après les bruits hallucinants propagés à dessein à l'occasion du départ des Belges, on ne comptait qu'une dizaine de morts. Mais depuis l'arrivée de l'O.N.U. on a pris l'habitude chaque matin d'apprendre que les Congolais par centaines s'entremassacraient.

On nous dit aujourd'hui que des provocations répétées furent montées par des Belges déguisés en soldats de l'Organisation des Nations Unies. On nous révèle aujourd'hui que des fonctionnaires civils de l'O.N.U. avaient en fait mis en place un nouveau gouvernement le troisième jour de l'investiture de Lumumba. Alors on comprend beaucoup mieux ce que l'on a appelé la violence, la rigidité, la susceptibilité de Lumumba.

Tout montre en fait que Lumumba fut anormalement calme.

Les chefs de mission de l'O.N.U. prenaient contact avec les ennemis de Lumumba et avec eux arrêtaient des décisions qui engageaient l'Etat du Congo. Comment un chef de gouvernement doit-il réagir dans ce cas? Le but recherché et atteint est le suivant: manifester l'absence d'autorité, prouver la carence de l'Etat.

Donc motiver la mise sous séquestre du Congo.

Le tort de Lumumba a été alors dans un premier temps de croire en l'impartialité amicale de l'O.N.U. Il oubliait singulièrement que l'O.N.U. dans l'état actuel n'est qu'une assemblée de réserve, mise sur pied par les Grands, pour continuer entre deux conflits armés la « lutte pacifique » pour le partage du monde. Si M. Iléo en aout 1960 affirmait à qui voulait l'entendre qu'il fallait pendre Lumumba, si les membres du cabinet Lumumba ne savaient que faire des dollars qui, à partir de cette époque, envahirent Léopoldville, enfin si Mobutu tous les soirs se rendait à Brazzaville pour y faire et y entendre ce que l'on devine mieux aujourd'hui, pourquoi alors s'être tourné avec une telle sincérité, une telle absence de réserve vers l'O.N.U. ?

Les Africains devront se souvenir de cette leçon. Si une aide extérieure nous est nécessaire, appelons nos amis. Eux seuls peuvent réellement et totalement nous aider à réaliser nos objectifs parce que précisément, l'amitié qui nous lie à eux est une amitié de combat.

Mais les pays africains de leur côté, ont commis une faute en acceptant d'envoyer leurs troupes sous le couvert de l'O.N.U. En fait, ils admettaient d'être neutralisés et sans s'en douter, permettaient aux autres de travailler.

Il fallait bien sûr envoyer des troupes à Lumumba, mais pas dans le cadre de l'O.N.U. Directement. De pays ami à pays ami. Les troupes africaines au Congo ont essuyé une défaite morale historique. L'arme au pied, elles ont assisté sans réagir (parce que troupes de l'O.N.U.) à la désagrégation d'un Etat et d'une nation que l'Afrique entière avait pourtant salués et chantés. Une honte.

Notre tort à nous, Africains, est d'avoir oublié que l'ennemi ne recule jamais sincèrement. Il ne comprend jamais. Il capitule, mais ne se convertit pas.

Notre tort est d'avoir cru que l’ennemi avait perdu de sa combativité et de sa nocivité. Si Lumumba gêne, Lumumba disparaît. L'hésitation dans le meurtre n'a jamais caractérisé l'impérialisme. .

Voyez Ben M'Hidi, voyez Moumié, voyez Lumumba. Notre tort est d'avoir été légèrement confus dans nos démarches. Il est de fait qu'en Afrique, aujourd'hui, les traîtres existent. Il fallait les dénoncer et les combattre. Que cela soit dur après le rêve magnifique d'une Afrique ramassée sur elle-même et soumise aux mêmes exigences d'indépendance véritable ne change rien à la réalité. '

Des Africains ont cautionné la politique impérialiste au Congo, ont servi d'intermédiaires, ont cautionné les activités et les singuliers silences de l'O.N.U. au Congo.

Aujourd'hui ils ont peur. Ils rivalisent de tartufferies autour de Lumumba déchiqueté. Ne nous y trompons point, ils expriment la peur de leurs mandants. Les impérialistes aussi ont peur. Et ils ont raison car beaucoup d Africains beaucoup d'Afro-Asiatiques ont compris. Les impérialistes vont marquer un temps d'arrêt. Ils vont attendre que « l'émotion légitime » se calme. Nous devons profiter de ce court répit pour abandonner nos craintives démarches et décider de sauver le Congo et l'Afrique.

Les impérialistes ont décidé d'abattre Lumumba. Ils l'ont fait. Ils ont décidé de constituer des légions de volontaires.

Elles sont déjà sur place.

L'aviation katangaise sous les ordres de pilotes sud-africains et belges a commencé depuis plusieurs jours les mitraillages au sol. De BrazzaviIIe, des avions étrangers. se rendent bondés de volontaires et d’officiers parachutistes au secours d'un certain Congo.

Si nous décidons de soutenir Gizenga, nous devons le faire résolument.

Car nul ne connaît le nom du prochain Lumumba. Il y a en Afrique une certaine tendance représentée par certains hommes. C'est cette tendance dangereuse pour l'impérialisme qui est en cause. Gardons-nous de ne jamais l'oublier: c'est notre sort à tous qui se joue au Congo.

 

 

Pour_Revolution.jpg

Partager cet article

1 janvier 2011 6 01 /01 /janvier /2011 19:23

 

 

 

 

Une nouvelle année,

un nouveau livre de DOMENICO LOSURDO en français !

 

Les éditions ADEN annoncent la publication le 21 Janvier 2011 de la traduction française très attendue de l’avant-dernier ouvrage du philosophe italien DOMENICO LOSURDO sur  STALINE

Ce livre publié en Italie en 2008 et déjà réédité dans ce pays, vient d’être  traduit et publié récemment au Brésil, les traductions espagnole et allemande sont en cours.

Les lecteurs français pourront donc très bientôt en prendre connaissance et cette lecture accompagnera en cette nouvelle année les réflexions nécessaires à une  lutte ambitieuse et généralisée contre la violente offensive mondiale de la réaction capitaliste en cours.

 

Voici la présentation qu’en font les Editions Aden sur leur site Internet :

 

Staline: histoire et critique d'une légende noire

Domenico LOSURDO

Traduit de l'italien par Marie-Ange Patrizio

Postface de Luciano Canfora
COUV Staline

  

Il fut un temps oùd’illustres hommes d’Etat – comme Churchill – et des intellectuels de premier plan – Hannah Arendt ou Thomas Mann pour ne citer qu’eux– avaient pour Staline, et pour le pays qu’il guidait, du respect, de la sympathie et même de l’admiration. Avec l’éclatement de la Guerre froide d’abord, et surtout, ensuite, avec le Rapport Khrouchtchev, Staline devient, du jour au lendemain, un "monstre", comparable peut-être seulement à Hitler.


Le contraste radical entre ces attitudes à l’égard du "petit père des peuples" devrait pousser l’historien non pas à trancher en faveur d’une de ces images mais bien à les étudier toutes, en analysant les conflits et les intérêts qui sont àl’origine de ces prises de positions.


C’est ce que réalise Domenico Losurdo, en revenant scrupuleusement sur les tragédies du XXe siècle et en déconstruisant et contextualisant nombre des accusations et louanges adressées à Staline. Cet essai est une approche à la fois historique, historiographique et philosophique –qui, comme en Italie à sa sortie, ne manquera pas de susciter de vives polémiques.

 


Domenico LOSURDO est professeur d’histoire de la philosophie à l’Université́d’Urbino. Il est notamment l’auteur de Révisionnisme en histoire, problèmes et mythes (Albin Michel) et de Fuir l’histoire (Delga). Son premier livre aux Editions Aden, Le péché originel du XXe siècle, a rencontré un vif succès d’estime.

 

Parution: janvier 2011
ISBN: 9782805900631
532 pages

 

Partager cet article

20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 16:04

RETENEZ CES NOMS : ILS  SONT LES ORGANISATEURS PERMANENTS DE  LA CONTRE REVOLUTION EN AMERIQUE LATINE


Ils se sont réunis cette semaine à Washington  et voici ce qu’en dit Eva Golinger : 

 

Le Congrès des USA parraine un évènement contre les pays de l’ALBA. 

Le 14 Novembre 2010 - La nouvelle salle de conférences du Centre des Visiteurs du Congrès des Etats-Unis à Washington sera le siège mercredi prochain 17 Novembre d’un rencontre intitulée : "Danger dans les Andes : menaces à la démocratie, aux droits de l’homme et la sécurité interaméricaine."

   Les sujets principaux qui seront débattues au sein du Congrès américain mettent en évidence l’escalade des agressions contre des pays comme le Venezuela, cuba, la Bolivie, l’Equateur et le Nicaragua - tous membres de l’Alliance Bolivarienne des Peuples de Notre Amérique (ALBA) - et comprennent des "débats" fondés sur trois questions : 

Est-ce que la démocratie et les droits de l’homme sont mis en danger par le développement du ’Socialisme du XXI° Siècle’ au Venezuela, en Equateur en Bolivie ? 

 L’ALBA de Cuba, du Venezuela, de la Bolivie, de l’Equateur et du Nicaragua constitue-t-elle une menace pour les intérêts américains et pour la sécurité interaméricaine ? 

La politique des Etats-Unis dans la région permet-elle de répondre à l’érosion de la démocratie et à l’influence dangereuse d’acteurs hostiles comme l’Iran, les groupes terroristes et les narcotrafiquants ?

L’évènement est parrainé par le Congrès des Etats-Unis et comportera la participation des chefs des commissions des relations extérieures, soit :

Elliot Engel, Démocrate Newyorkais et actuel chef du Sous Comité des Relations Extérieures pour l’Hémisphère Occidental

 Connie Mack, Républicain de Floride, et prochain chef du Sous Comité des Relations Extérieures pour l’Hémisphère Occidental

Ileana Ros-Lehtinen, parti Républicain de Floride, prochain chef du Comité des Relations Extérieures

Ron Klein, Démocrate de Floride et membre du Sous Comité des Relations Extérieures pour l’Hémisphère Occidental.

La présence de Démocrates aussi bien que de Républicains à cet évènement contre les pays de l’ALBA met en évidence que la politique d’agression de Washington à l’égard de l’Amérique Latine est une politique bipartite, et une politique d’État de l’empire des États-Unis.

Aux côtés de ces congressistes, participeront comme "experts" des figures de l’extrême droite latino-américaine pour disserter sur ce qu’eux considèrent comme une "menace" à leur pouvoir et influence dans la région. 

Pour le Venezuela, il y aura Guillermo Zuloaga, criminel fuyant la Justice Vénézuélienne et artisan du coup d’état.
Pour la Bolivie, participeront des membres des groupes séparatistes et terroristes de Santa Cruz, comme Luis Nuñez, président du Comité Civique de Santa Cruz et Javier El-Hage, représentant de la néfaste Fondation pour les Droits de l’Homme, section Bolivie.

 La Fondation pour les Droits de l’Homme est une organisation créée par le Vénézuélien Thor Halvorrsen (fils) qui se consacre à attaquer le gouvernement d’Hugo Chavez et qui a sollicité l’intervention militaire des Etats-Unis au Venezuela.

Participeront aussi à cette rencontre :

Alejandro Aguirre, président de la Société Interaméricaine de Presse (SIP),

José Cárdenas, ancien directeur de l’USAID pour l’Amérique Latine,

John Walters, l’ex-tsar anti-drogue des USA

Joel Hirst, du puissant Conseil des Relations Extérieures, éminence grise de Washington,

Otto Reich, ancien ambassadeur des Etats-Unis au Venezuela (qui fit sortir de sa prison vénézuélienne le terroriste Orlando Bosch) et qui fut aussi Assistant au Secrétaire d’Etat pour l’Amérique Latine pendant le coup d’état de 2002.

 Roger Noriega, lui aussi ex-Assistant au Secrétaire d’Etat pour l’Amérique Latine sous le gouvernement Bush et ancien ambassadeur des Etats-Unis à l’OEA.

Tous ces personnages ont une histoire d’agression et d’hostilité contre le gouvernement d’Hugo Chavez au Venezuela et ont promu, soutenu et financé les coups d’état au Venezuela, en Bolivie, Honduras et Equateur, durant les 10 dernières années. En permanence, ils portent des coups à la paix et à la stabilité de Cuba.

Il y aura des représentants de l’Equateur, comme l’avocat de droite Edgar Teran, et le congressiste Enrique Herreria, et d’autres représentants d’institutions (think-tanks) américaines.

 Parmi les amphitryons supplémentaires de cet évènement terroriste figurera l’organisation Vénézuélienne de Miami FUDAPREFC (www.fundaprefc.org), créée par la partisane de coup d’état Yuri López Pérez, qui se consacre à défendre les commissaires de la police métropolitaine condamnés pour homicides multiples durant le coup d’état d’Avril 2002 : Lázaro Forero, Iván Simonovis y Henry Vivas.

 Parrainera aussi l’évènement l’Institut Interaméricain pour la Démocratie, fondé à Miami par l’Argentin Guillermo Lousteau Heguy et qui a sous ses ordres par exemple les terroristes Cubains Carlos Alberto Montaner et Armando Valladares. Cet institut a organisé un évènement intitulé " déjeuner avec Lucio Gutierrez" le 23 Septembre, curieusement une semaine avant la tentative de coup d’état contre le président Rafael Correa en Equateur qui a été conduite par Guttierez.

Parmi les accueillants on note aussi la Fondation Héritage, l’American Enterprise Institute (AEI),le Centre pour une Police de Sécurité et l’Institut Hudson, quatre “think tanks” de l’extrême droite US qui se sont consacrés à agresser le Venezuela ces dernières années, en publiant des "informations" sur les "menaces" du gouvernement de Hugo Chavez et en dirigeant plusieurs millions de dollars vers les secteurs de l’opposition vénézuélienne.

Participe enfin « Americas Forum », organisation fondée par Otto Reich et Roger Noriega, entre autres membres de l’extrême droite latino-américaine aux Etats-Unis, pour mettre au point des stratégies d’agression contre les pays de l’ALBA.

Cet évènement met en évidence qu’après les élections législatives des Etats-Unis le 2 Novembre dernier, lors desquelles la droite US a atteint une majorité de choc au Congrès, la politique de Washington envers l’Amérique Latine sera beaucoup plus agressive et dangereuse durant les prochains mois.

 Article original : Congreso de Estados Unidos patrocina evento contra países de la ALBA

 http://centrodealerta.org/noticias/ traduction française LE GRAND SOIR

mise en page comaguer@orange.fr   (http://comaguer.over-blog.com )

 

 

 

 

 

 


20.11.2010soa2.gif


Partager cet article

2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 21:19

Très modeste  appendice au nouveau livre d’Annie Lacroix-Riz

 «  Le Vatican, l’Europe et le Reich »

 

Un exfiltré français par les voies vaticanes


Le dernier ouvrage d’Annie Lacroix-Riz est monumental  puisqu’il couvre et fait découvrir  un demi-siècle de diplomatie vaticane : de 1914 à  1955.

De ce fait l’épisode le plus connu du soutien du Vatican au III° Reich : celui de l’exfiltration des dignitaires nazis après la défaite  s’inscrit dans un ensemble où les sympathies du Vatican pour le III° Reich s’inscrivent  dans une politique constante de soutien aux empires centraux  (Prusse et Autriche-Hongrie) confortée par une haine féroce de l’URSS et par une méfiance certaine envers  la France « maçonnique ». Entre  les monarchies réactionnaires et les républiques nées d’une révolution le cœur  du Vatican penche toujours du côté des premières

L’exfiltration des dignitaires nazis , militaires , civils, ecclésiastiques , scientifiques  confondus, ainsi que leurs alliés italiens, belges, croates, roumains, hongrois  etc. …a utilisé toutes « les voies impénétrables » de l’Eglise catholique pour leur permettre d’échapper aux poursuites et aux condamnations. Dans une très large mesure la mise à l’abri de ce personnel  s’est faite dans la lointaine et très catholique Argentine gouvernée à l’époque par un Perón qui ne cachait ses sympathies ni pour Mussolini ni pour Hitler.

La « filière argentine » a été magistralement décrite par un essayiste argentin UKI GONI dans son livre publié  en 2002 sous le titre, inspiré du nom de code – ODESSA -  qui avait été donné au système des exfiltrations mis en place à partir de 1946 : « THE REAL ODESSA ». L’ouvrage n’a malheureusement pas été traduit en français.

La filière argentine a aussi concerné la France collaborationniste.  Du côté des organisateurs de la filière UKI GONI mentionne les noms de GEORGES GUILBAUD, proche de LAVAL de CHARLES LESCA, tous deux criminels de guerre  et du cardinal TISSERANT en poste au Vatican.

Il ne mentionne pas un autre criminel de guerre français qui a aussi rejoint l’Argentine à cette époque : SIMON  SABIANI.

Le personnage est connu. Militant communiste dés la fondation du PCF au Congrès de Tours, il va dériver progressivement vers la droite, s’accoquiner avec la pègre, gouverner Marseille en tant que premier adjoint d’un maire falot de 1929 à 1935 et se retrouver parmi les dirigeants nationaux du PPF dès sa création par DORIOT en 1936. Pendant l’occupation il collabore activement avec l’occupant et devra prendre la fuite sitôt les armées alliées débarquées en Provence  en Aout 1944. Il se replie progressivement vers l’Allemagne avec le groupe dirigeant du PPF qui s’installe en Allemagne  à Sigmaringen.

Le 22 Février 1945 la voiture de DORIOT est mitraillée par deux avions volant en basse altitude. Le leader du PPF meurt et c’est la débandade dans son entourage. A partir de ce moment là la biographie de SABIANI devient lacunaire et JEAN VAUCORET  l’auteur de la thèse de III° cycle d’histoire qu’il lui a consacré en 1979 avoue qu’il ne dispose que des informations fournies par la famille trente ans plus tard alors même que Sabiani  après s’être séparé volontairement de sa famille à Sigmaringen la reverra  en 1946 à Rome et qu’elle ne devait pas ignorer comment il était arrivé là . VAUCORET ne s’attarde pas sur cette question alors que  la contribution du Vatican au sauvetage des criminels de guerre nazis avait été posée au grand public européen dés 1963 par la pièce « Le Vicaire » de l’écrivain allemand Rolf Hochhut. Elle suscita de vives controverses et  VAUCORET ne pouvait pas l’ignorer.

En 1991 un journaliste marseillais Jean Baptiste Nicolai publiera une biographie de Sabiani  mais sur la période de la fuite en Argentine il se contente de recopier mot à mot  et sans le dire le texte du chapitre correspondant de la thèse.

Que retenir de consistant dans ce travail inabouti et qui ne mentionne  pas non plus que SABIANI est, après la libération, condamné  deux fois à mort comme criminel de guerre ?

 Résumons  cependant  (les passages en italique sont extraits de la thèse sus mentionnée)

Sabiani rejoint l’Italie  il « arrive à Florence  en compagnie de DEAT » « En 1946 sa fille Dora reçoit une lettre expédiée de Livourne. Ayant rétabli le contact avec les siens, il tente de retrouve sa femme et sa fille Agathe, qui se trouvent elles aussi en Italie. Les retrouvailles ont lieu un an plus tard à Rome  ou, plus précisément, dans la banlieue romaine dans la propriété du Prince LANCELLOTTI  où Sabiani réside jusqu’en Septembre 1946 ». De  rapides recherches sur la famille LACELLOTTI la situent  comme une  riche famille aristocratique ayant produit un Cardinal au 16° siècle, propriétaire d’un palais sur une des plus belles places de Rome, la Piazza Navona, et selon un document du Partito Radicale italien de 1956 très gros propriétaire foncier dans Rome. Mais, poursuit la thèse : « A cette date, Sabiani quitte le domaine du prince pour se réfugier dans un couvent prés du Vatican. En effet la police française ayant retrouvé sa trace, le neveu du prince LANCELLOTTI qui occupe un poste important au Ministère de l’Intérieur, le prévient à temps. Jusqu’en décembre 1946, il demeure caché dans un couvent de religieuses tenu par Sœur Augustine et Sœur Marguerite (sœur visitatrice de Rome). C’est grâce au Vatican que Sabiani pourra quitter l’Italie  où le danger d’être reconnu et arrêté augmente chaque jour. C’est sous le nom de Pedro Multedo que le 11 Janvier 1947 Sabiani quitte Rome à destination de Buenos Aires. »

Tous les éléments de la filière vaticano-argentine sont bien là  réunis mais la thèse se tient soigneusement à distance de toute recherche d’explication.

Sabiani  avec son passeport italien au nom de Multedo reste à Buenos Aires où « avec Palevsky et quelques oustachis il entretient des relations suivies »  jusqu’en 1954.  Les criminels de guerre condamnés à la Libération ayant été amnistiés en 1951, il s’installe à Barcelone où ses amis français pourront lui rendre plus facilement visite et où, d’après  le livre de l’historien Paul Jankowski , professeur à Stanford  dans son livre « Communism and collaboration – Simon Sabiani  and politics in Marseille 1919-1944, il retrouve le fils du gangster marseillais Carbone et Maurice-Yvan Sicard animateur du journal antisémite L’émancipation nationale .

Il  y meurt le 29 septembre 1956. Ce jour là, la radio franquiste interrompt ses émissions pour l’annoncer  et pour révéler que PEDRO MULTEDO est en vérité SIMON SABIANI : «  c’était notre ami et notre camarade ; il déploya dans la lutte contre le communisme l’activité la plus énergique. Son rôle fut particulièrement important entre 1936 et 1938.  Quand, au péril de sa vie, il empêcha à plusieurs reprises l’acheminement vers l’Espagne des renforts en hommes, en armes et en matériel que le front populaire de France envoyait à son homologue espagnol.»

 

 

Partager cet article

28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 14:03

 

 

 

 

A propos de films soviétiques sur la Grande guerre patriotique

 

Comaguer a réalisé une interview de deux dirigeants de la cinémathèque d’Etat russe (GOSFILMGFOND) venus présenter à Marseille trois films sur cette guerre.

Cette interview peut être retrouvée sur le site http://www.dotspirit.com (voir mode d’emploi in fine)

En complément de cet enregistrement nous publions ici un complément écrit établi par l’interpréte russe qui a pensé utile de fournir aux auditeurs une version française écrite la plus complète possible des propos précis et détaillés tenus en russe par Mrs Borodachev et Bosenko.

Nous l’en remercions vivement.

 

 

Présentation de GOSFILMFOND

 

GOSFILMFOND est une organisation d’Etat créée en 1937 afin de préserver la richesse nationale – le cinéma. Les films les plus anciens qui y sont conservés datent de 1896, comme  les films des frères Lumière, et le film russe le plus ancien qui date de 1898 et est intitulé « Stenka Razine ». Depuis 1937, tous les films qui passaient sur l’écran soviétique puis russe devaient être déposés au GOSFILMFOND de la Fédération de Russie, c’est-à-dire qu’il n’était autorisé de montrer un film sur le territoire de l’URSS  et qu’il ne l’est maintenant en Russie qu’après l’obtention du document de GOSFILMFOND. Actuellement, notre collection compte plus de 60 000 références et quelques millions bobines et chaque année il y en a de plus en plus, surtout ces quelques dernières années nous avons reçu entre 1500 et 2000 films par an. A GOSFILMFOND il n’y a pas que des films russes et soviétiques, mais tous les films qu’on montrait sur le territoire de la Russie d’avant la Révolution d’octobre, de l’URSS et de nos jours. Ce sont tous les films achetés par les entreprises privées ainsi que par l’Etat. Ce n’est qu’une fois que le film est passé par le GOSFILMFOND qu’on a le droit de le projeter sur le territoire de la Russie. Les films sont gardés dans de bonnes conditions, ils ne sont pas sélectionnés et personne ne regarde leurs origine – les conditions sont les mêmes pour tous, c’est pour cela que nous avons les films de très bonne qualité: elle a fasciné les Japonais à qui nous avons donné des films il y a dix ans à peu près. Nous travaillons aussi avec les Allemands et bientôt, le 20 octobre, nous allons passer aux Américains des films qui ont été préservés chez nous, mais pas aux Etats-Unis.

Près de 600 personnes travaillent à GOSFILMFOND. Cette organisation est située à 50 km de Moscou, donc la qualité d’air est très bonne. Elle occupe un territoire de 113 hectares ; c’est une petite ville autonome avec toutes les conditions pour la vie.

 

 

Présentation des films

 

Ces films sont vraiment magnifiques, et, très malheureusement, en Europe on n’en sait guère. Cette idée est née entre le directeur du Théâtre Toursky, Richard Martin, et moi. Nous avons décidé de projeter ces films à Marseille car Marseille est une ville internationale et car nous avons une longue histoire de coopération avec Richard Martin et son théâtre. Je voulais montrer les vrais événements, comment cela se passait en réalité puisque si l’Europe Orientale a une vision plus ou moins objective de la Seconde Guerre Mondiale, l’Europe Occidentale, malheureusement ignore une grande partie de la vérité. A mon avis ces films montrent une image plus objective que tous les autres films de fiction créés des temps de l’URSS sur la Grande Guerre Patriotique, tel est notre nom pour la Seconde Guerre Mondiale. Le réalisateur même, Youriy Ozerov était l’ancien combattant, or il a tout transmis sur l’écran du fond de lui-même, je dirais. Il essayait de rendre son film le plus objectif possible. Nul ne nie le rôle des Etats-Unis, de l’Angleterre et de la France dans la guerre. Bien sûr, ils ont aidé, ils ont combattu, mais le chiffre parle de lui-même – l’URSS a perdu plus de 25 000 000 de personnes et a libéré quasiment toute l’Europe de l’Allemagne fasciste. En même temps, si l’on regarde du point de vue du territoire, on voit que les alliés, débarqués dans  La Manche, ont libéré une toute petite partie de l’Europe. Le reste a vraiment été libéré par l’armée soviétique, par l’Armée Rouge qui a subi de grandes pertes. C’est donc cela que nous voudrions présenter aux spectateurs européens. Sans aucun

 

embellissement, juste la réalité du comment cela se passait.

Mon père et ses quatre frères combattaient à la guerre – ils étaient à Leningrad lors du blocus. Ainsi, le thème de la guerre est très proche pour chaque citoyen russe. Et il faut souligner que ce n’étaient pas que des Russes qui ont gagné la guerre - la Russie compte plusieurs nationalités : des tchouvaches, des tatars, des tchéchènes, et tous les peuples qui vivent sur le territoire de la Fédération de la Russie. C’est pour ça que c’est une très grande victoire. Personne ne nie la participation active des ex républiques de l’Union – Tadjikistan Ouzbékistan, Kirghizstan, Kazakhstan… les ressortissants de ces républiques ont fait un apport énorme pour l’URSS. C’était donc une victoire commune. Et nous avons voulu le montrer aux spectateurs marseillais.

 

Expliquer le choix du premier film.

 

En fait, ce film se compose de quatre parties. Il est très long et pour cela il est impossible de le montrer en entier - on n’a pas le temps.  Mais les deux premières parties que nous avons amenées décrivent les évènements réels de façon plus compacte. Donc, nous avons décidé de vous les montrer ici. Les autres sont aussi très intéressants, mais malheureusement cela nécessite trop de temps.

En effet, mon idée de départ était de faire une rétrospective d’une dizaine de films sur la Seconde Guerre mondiale, mais on va voir comment ça va se passer maintenant et ensuite il serait possible de tout refaire de façon plus développée. C’est un premier pas, un essai.

Sinon, chez nous on a tourné 720 films sur la Seconde Guerre Mondiale.

 

Bosenko rajoute :

 

 

En ce qui concerne le premier film, « Les Vivants et les Morts », il a été tourné sept ans plus tôt que le film « Libération » de Youriy Ozerov et il fait partie d’une époque un peu différente car il s’agissait d’un moment de transition dans la vie du pays.

Le cinéma soviétique dépendait de façon importante du gouvernement, que ce soit l’époque de Lénine ou de Staline, de Khrouchtchev ou de Brejnev. Et le roman même de Simonov, et s’était le premier roman de sa fameuse trilogie : « Les Vivants et les Morts », « On ne nait pas soldat » et « Le dernier été », ce premier roman a été créé lors de la fin du gouvernement de Khrouchev et le début de celui de Brejnev.

Simonov est un des premiers écrivains de l’époque soviétique qui narrait les difficultés du début de la guerre, nos défaites de la première période de la guerre et c’était un nouveau regard pour le cinéma ainsi que pour la littérature soviétique. Ce n’est donc pas par hasard que ce roman a été présenté pour le prix Lénine dans les années 60. Cette transition du pays, du cinéma et de la littérature est reflétée dans le film « Les Vivants et les Morts ».

 

Borodachev parle de la deuxième soirée, des deux films tirés de « Libération »

 

La création de ce film était très intére

 

ssante et très compliquée car c’était un projet d’une très grande envergure. Il y avait un ordre du gouvernement soviétique, des obligations à effectuer pour un délai de quelques années : les usines produisaient les chars qui devaient être identiques à ceux des années de guerre. Donc, plusieurs organismes étaient impliqués dans la création du film. Et bien sûr, selon nous, le film est plus réussi du point de vue cinématographique. Je souligne encore une fois que ce film reflète une partie de la libération de l’Europe Occidentale. Nous pensons que c’est intéressant pour le spectateur français.

Nous avons une image très positive des Français. La France a toujours témoigné son amitié envers la Russie d’avant la Révolution, de l’URSS et d’aujourd’hui. Pour nous les Français sont des frères. Nous savons comment combattait l’escadrille Normandie-Niemen, comment combattaient les Français.

Le sujet de la guerre en France est traité avec précaution. La France était une combattante active de la Seconde Guerre Mondiale, mais le rapport des forces était inégal. Je pense que ni la France, ni une autre nation ne pouvait gagner toute seule contre l’Allemagne d’Hitler. C’est pour cela que je ne vois pas de raison pour ces remords de conscience que je ressens chez les Français. La France a dû faire face à une puissance bien supérieure à elle. Je pense que contre une telle puissance ne pouvait gagner que l’Etat soviétique très fort et avec des grandes richesses naturelles. Et encore, au début de la guerre on a quand même subi plusieurs défaites et on a perdu tellement de gens. Rien n’était préparé. Et d’ailleurs ces films le montrent.

 

Bosenko rajoute:

Je peux rajouter que les sept ans de

 

différence qu’il y a entre les deux films « Les Vivants et les Morts » et « Libération » sont une étape importante du point de vue cinématographique. Pendant cette période Bondartchuk crée une épopée cinématographique « La Guerre et la Paix ». Et ce film de bataille d’une grande envergure qui, à mon avis, a mérité son Oscar du meilleur film étranger aux Etats-Unis en 1968, a fait monter le cinéma soviétique à un autre niveau de développement, car en Europe pendant ce temps-là on créait déjà des  films épiques de bataille sur la Seconde Guerre Mondiale : le film américain « Le jour le plus long », et le film yougoslave « la Bataille de la  Neretva » (1), et ainsi de suite. Pour cela le film de Youriy Ozerov représentait notre apport dans cette création des épopées, du cinéma épique sur la Seconde Guerre Mondiale. Nous étions prêts à cela, capables de le faire, car Bondartchuk avec son film de bataille « la Guerre et la Paix » en quatre parties nous a ouvert le chemin.

 

Après que « la Résistance française est connue partout dans le monde »

 

Heureusement, l’histoire a fait que le peuple russe et le peuple français ont toujours été très proches. Et avant la Révolution, et après, pendant l’Union Soviétique, et maintenant.

 

Dernière question : rééditio

 

n

 

Oui, cela nous intéresse et on y pense et on en rêve. Malheureusement, ce n’est pas toujours évident de trouver une réponse adéquate. Heureusement, Richard Martin (2) est professionnel et il comprend la signification de ce genre d’évènements. Parfois, les gens ne le comprennent pas, ont peur d’organiser de telles manifestations. Le sujet de la guerre est toujours traité avec précaution quand on le propose en Europe. Sinon, nous organisons des évènements en Italie et à Paris par exemple.

Le travail de GOSFILMFOND ne consiste pas uniquement à conserver les films, mais aussi à les étudier, à étudier l’œuvre. Ainsi, Valeriy Bosenko représente le département d’étude des films. Nous avons une grande envie de montrer dans tous les pays de l’Europe Occidentale et pas uniquement dans une seule ville, mais surtout dans les banlieues, car nous savons que lors de la guerre froide il a été toujours affirmé que les acteurs principaux étaient les Américains et les Anglais.

 

Malgré des pertes énormes – 25 millions de personnes, le peuple russe ne garde pas de rancune ni envers les Allemands, ni envers les Italiens qui combattaient. Par exemple, mon père était chargé de l’entrepôt de nourriture. Quand il voyait des enfants allemands qui demandaient du pain, il leur donnait à chaque fois. Il n’y a pas de rancune.

 

Stalinisme :

 

Il suffit de rappeler l’expression de Churchill qui disait que Staline a hérité d’une Russie en « lapti » (3) et a laissée la Russie atomique.

 

Je dois dire aussi que ce voile de silence sur l’époque de Staline et sur l’époque soviétique de l’histoire est parfois rompu par les Français eux-mêmes. Par exemple, maintenant un événement d’une très grande envergure a lieu aux Halles, au centre de Paris. Il est intitulé « Moscou et Saint-Pétersbourg : deux visages de la Russie ». (4)

J’y ai participé et lors de la projection des films muets russes et soviétiques j’ai vu un auditoire qui restait jusqu’à la fin malgré le fait que les films n’étaient pas conservés en entier, mais que par fragments. Le film « Révolutionnaire » de 1917 et le film « Moscou en octobre » de 1927.

Et dix ans plus tôt, en 2000, plus de 60 films de l’époque de Staline ont été projetés à Toulouse et il y avait un symposium consacré au le cinéma soviétique de l’époque de Staline. Donc, parfois les Français prennent l’initiative eux aussi.

 

 

 

Notes de Comaguer

 

 

(1)   La bataille de la Neretva (nom d’une rivière) s’est déroulée entre Janvier et Avril 1943 en Yougoslavie sur le territoire de l’actuelle Bosnie-Herzégovine. Il s’agissait d’une puissante offensive commandée par Hitler et ses soutiens fascistes locaux (oustachis et tchetnik) contre les partisans communistes yougoslaves conduits par Tito. Ceux-ci résistèrent victorieusement à un écrasement total que l’inégalité des forces rendait probable. Elle a été immortalisée en 1969 par un film du réalisateur yougoslave Veljko Bulajic. « La bataille de la Neretva ». Bénéficiant d’une distribution exceptionnelle : Yul Brynner, Curd Jurgens, Silva Koscina, Orson Welles, Serguiei Bondartchouk  ce film est considéré comme un des meilleurs films de guerre de toute l’histoire du cinéma. Bondartchouk, comédien dans ce film, est également le réalisateur d’un très grand film de guerre «  Guerre et Paix » d’après le roman de Tolstoi qui lui valut l’Oscar du meilleur film étranger en 1968.

 

(2)   Directeur du Théâtre Toursky à Marseille qui accueillait cette manifestation

 

 

(3)   Les « lapti » sont des chaussons en écorce de bouleau très peu chers mais très peu résistants portés  traditionnellement par les populations rurales pauvres de Russie

 

 

(4)   Il s’agit dans le cadre de l’année de la Russie en France  d’un festival cinématographique « Portraits de villes : Moscou et Saint-Pétersbourg » au Forum des Images

 

en140316.jpg

 

 

Les archives radio de comaguer  (pour écoute et téléchargement)

 

http://www.dotspirit.com

membre : comaguer

code d’accès : copainguer

mot de passe : salvador13

 

Partager cet article

8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 12:47

La Russie a célébré avec éclat la victoire de 1945 sur les régimes fascistes; Elle l'a fait à Moscou en Mai et elle vient de le faire en Chine à l'occasion de la visite officielle de DIMITRI MEDVEDEV.

Le président russe a rappellé que la  campagne , brève mais puissante, de l'Armée Rouge contre le Japon avait été décisive dans la capitulation sans conditions de l'Empire.

 

Pour revenir sur le front occidental, nous publions un document récent du Parti Communiste Bolchévique de toute l'Union Soviétique sur la bataille de Berlin  traduit et publié  par le périodique NOUVELLES D'URSS.

 

Ce document confirme que l'URSS a joué un rôle unique et décisif dans la capitulation des deux puissances de l'Axe.

 

 

L'OPÉRATION DE BERLIN

 

 

 

 

«Nouvelles d'U.R.S.S.», 104, juillet-août 2010

 

 

 

 

Article publié dans le journal russe "Rabotbché-krestyyanski ~Serp i molot"

4  (201)  avril 2010

 

 

 

L'Opération de Berlin occupe une place particulière dans l'Histoire de la Grande Guerre patriotique. La conquête de Berlin signifiait l'achèvement victorieux de la guerre contre l'Allemagne fasciste. Avec la prise de Berlin, une solution définitive était apportée aux questions politico-militaires les plus importantes, desquelles dépendaient pour beaucoup l'organisation d'après-guerre de l'Allemagne et sa place dans la vie politique de l'Europe.


Ce qui constituait le but essentiel à cette étape de la guerre, c'était la liquidation complète du fascisme dans le régime social et étatique de l'Allemagne et l'engagement des poursuites les plus sévères contre tous les principaux criminels nazis pour leurs actes de cruauté, leurs assassinats massifs, leurs destructions, les outrages dont ils ont accablé les peuples des pays occupés.


Bien que, suivant les décisions prises à la Conférence de Yalta, la zone soviétique d'occupation devait s'étendre loin à l'ouest de Berlin et que les troupes soviétiques étaient déjà prêtes à commencer l'opération de Berlin, les Anglais continuaient encore à caresser le rêve de prendre Berlin avant que l'Armée rouge n'y parvienne.

 

I. V. Staline savait qu’au dernier moment, les dirigeants hitlériens développeraient une intense activité en quête d'accords séparés avec les gouvernements américain et anglais. Considérant la situation désespérée des troupes  allemandes, on pouvait s'attendre à ce que les hitlériens cessent de résister à l'Ouest et ouvrent la route de Berlin aux troupes américaines et anglaises pour ne pas donner la ville à l'Armée rouge.


En s'efforçant de sauver sa capitale et d'éviter la capitulation sans conditions, le gouvernement hitlérien avait mobilisé toutes les ressources du pays. Comme toujours, le commandement allemand avait jeté les forces principales de ses troupes terrestres et aériennes contre l'Armée rouge. Vers le 15 avril, il avait sur le front de l'Est: 214 divisions (dont 34 blindées et 15 motorisées) et 14 brigades. Ne s'opposaient en tout aux troupes américano-anglaises qui approchaient de l'Elbe que 60 divisions d'infanterie allemandes faiblement décomplétées, dont la capacité de combat égalait celle de 26 di visions organiques" ainsi que 5 divisions blindées qui ne comportaient même pas 200 chars en bon état. Les alliés disposaient de 80 divisions pléthoriques dont 23 divisions blindées. Les alliés présentaient un avantage particulier en aviation.

 

Ainsi, le forçage du Rhin par les troupes américaines et anglaises s'est-il effectué dans des conditions grandement facilités et le Rhin a-t-il été conquis par elles, pour l'essentiel sans résistance de la part des Allemands. Le haut commandement des troupes alliées a rapidement jeté, ses forces principales sur  l'axe de Berlin afin d'arriver au plus vite jusqu'à l'Elbe.

 

Tout en faisant tout leur possible pour retarder l'offensive de l'Armée rouge, les hitlériens continuaient de chercher en même temps à obtenir un accord avec les milieux dirigeants des Etats-Unis d’Amérique et de l'Angleterre afin d'éviter la capitulation sans conditions. Comme toujours, ils espéraient une scission de la coalition antihitlérienne. Les dirigeants hitlériens ont fait tout ce qu'ils ont pu pour empêcher que Berlin soit conquis par l'Armée rouge, ils étaient prêts à donner la capitale aux troupes américaines et anglaises.

 

Les alliés se proposaient également de prendre Berlin. En dépit de l'entente intervenue entre les principales grandes puissances de la coalition antifasciste sur l'inclusion de la capitale allemande dans la zone d'opération des troupes soviétiques, Churchill, faisant fi de l'accord conclu à Yalta, insistait pour que les formations britanniques progressent à l'est de l'Elbe. Le 1er avril 1945, peu avant la prise de Vienne par les troupes soviétiques, Churchill écrivait à Roosevelt: «Il ne fait pas de doute que les armées russes vont prendre toute l'Autriche et qu'elles entreront dans Vienne. Si elles prennent aussi Berlin n'auront~elles pas alors une idée par trop exagérée de ce qu'elles auront apporté une contribution écrasante à notre victoire commune ? C'est pourquoi je suis d'avis, que d'un point de vue politique, il nous faut avancer le plus loin possible vers l'Est en Allemagne et qu'au cas où Berlin se trouverait à  notre portée, nous devrions évidemment le prendre ».

 

Le travail de préparation de l'Opération de Berlin a été, pour le Haut Commandement soviétique, sans précédent par son envergure et son axe d'attaque. La conception de l'Opération de Berlin était pour l'essentiel définie dès novembre 1944 par l'Etat-major.

 

   Soigneusement élaboré sur les indications et sous la direction de I. V. Staline, le plan de l'Opération de Berlin tenait compte de la situation sous tous ses aspects et de la nécessité d'écraser l'ennemi extrêmement rapidement. Il a été envisagé d'encercler l'ensemble du dispositif de Berlin, de le couper en deux parties, d'encercler et d'anéantir chacune d’elles séparément. Il a été proposé d'en encercler une dans la région de Berlin et l'autre dans les bois du sud-est de la ville. L'organisation de la riposte à la défense ennemie pal' de puissantes frappes frontales a été étudiée très en détail. Après avoir conquis Berlin, il ne restait plus aux troupes soviétiques qu'à atteindre l'Elbe pour y rencontrer les troupes américano-anglaises. Ont pris part  à cette opération : le 1 er Front biélorusse (commandé par le maréchal de l'Union soviétique G. K. Joukov), le 1er Front ukrainien (commandé par le maréchal de l'Union soviétique I. S. Koniev) et le 2e Front biélorusse (commandé par le maréchal de l'Union soviétique K. K. Rokossovki), une partie des troupes de la Défense aérienne du pays, une partie des forces de la Flotte de la Baltique et la Flottille du Dniepr.

 

Au début de l'Opération de Berlin on comptait dans les 1er et 2e Fronts biélorusses et le 1er Front ukrainien: 2 500 000 hommes, 4600 canons et mortiers, 6250 chars et canons automoteurs, 7500 avions de combat. Leur supériorité sur l'ennemi était globalement de: 2,5 contre 1 pour les hommes, 4,0 contre 1 pour l'artillerie, 4,1 contre 1 pour les chars et les canons automoteurs, 2,3 contre 1 pour l'aviation. Mais la supériorité était encore plus élevée sur les axes des efforts principaux du fait de la concentration des forces principales à ces endroits.

 

Ayant décidé de résister avec acharnement, le commandement allemand avait créé une puissante défense échelonnée en profondeur depuis l'Oder jusque et y compris la ville de Berlin où toutes les forces disponibles étaient concentrées contre les troupes soviétiques.

 

L'opération de Berlin a commencé le 16 avril à 5 heures (heure de Moscou) par l'écrasement de la défense allemande sur la rive occidentale de l'Oder et de la Neisse avec exploitation plus avant de ce succès et manœuvre d'encerclement et de liquidation par les troupes soviétiques du regroupement de troupes allemande dans la région de Berlin, ainsi que dans les bois plus au sud-est de la ville. L'Opération de Berlin était achevée le 2 mai après la prise de la ville par les troupes soviétiques et leur arrivée sur l'Elbe.

 

Le regroupement allemand encerclé dans les bois a été disloqué et écrasé entre le 26 et le 30 avril. Quand aux troupes ennemies encerclées dans Berlin, elles ont continué à opposer une résistance furieuse.

 

Les combats pour Berlin ont débuté le 21 avril. Pour procéder à l'assaut de Berlin, les troupes soviétiques ont dû recourir à toute leur riche expérience de la conduite des combats de rues. Chaque attaque de l'infanterie et des chars Soviétiques était accompagnée de frappes massives de l'artillerie et de l'aviation sur tous les secteurs du front.

 

Le 30 avril à 21 heures 50minutes, le sergent A. M. Begoro et le sous-sergent M. V. Kanta­rtya ont hissé le Drapeau de la Victoire sur la coupole principale du Reichstag. Mais la garnison du Reichstag n'a pas cessé pour autant de résister et ce n'est que dans la matinée du 2 mai que les restes des éléments défensifs ont capitulé. Le Reichstag était pris.


Le 30 avril, Hitler s'est donné la mort en laissant un testament par lequel il transmettait le pouvoir au GroBadmiral K. Doenitz. Le matin du 1er  mai, le général d'infanterie H. Krebs, chef d'état-major  des troupes terrestres allemandes, s'est présenté au cantonnement des unis de la s= Armée de la Garde. C'est le général V. I. Tchouï­kov, commandant de la 8e Armée de la Garde, qui fut chargé de mener les pourparlers avec lui.

 

De la mission dont avait été chargé Krebs, il est apparu que les hitlériens tentaient de se soustraire à la capitulation sans conditions. A 18 heure 30 minutes l'ensemble de l'artillerie qui avait participé à l'assaut du secteur central de Berlin fit alors pleuvoir un déluge de feu. Le 2 mai à 00 heure 40 minutes, les fascistes ont demandé par radio de cesser le feu en informant de l'envoi de parlementaires. Le général G. Weidling, commandant de la défense de Berlin, qui emboîtait le pas aux parlementaires, fit part, au nom du commandement allemand, de son accord pour la capi­tulation sans conditions. Le 2 mai vers 15 heures, la résistance de la garnison de Berlin avait cessé partout. À la fin de la journée, les troupes soviétiques occupaient toute la ville. Le jour de la chute de Berlin est entré dans l'histoire comme la date de la plus grande victoire des armes soviétiques.

 

Le 8 mai 1945, à Berlin, les représentants du Haut Commandement allemand ont signé l'acte de capitulation sans conditions des forces armées allemandes. L'Opération de Berlin s'est achevée par la prise de Berlin et l'arrivée des troupes soviétiques sur l'Elbe.

Au cours de l'Opération de Berlin, l'Armée rouge a anéanti 70 divisions d'infanterie, 12 divisions blindées et 11 divisions motorisées, de nombreuses unités autonomes et détachements ennemis. Environ 480000 soldats et officiers ont été fait prisonniers et près de 11000 canons et mortiers, plus de 1500 chars et canons d'assaut, 4500 avions ont été capturés.

 

La brillante Opération historique de Berlin a été directement mise au point et s'est déroulée  sous la direction directe du Commandant en Chef suprême des armées r. V. Staline qui, le 6 novembre 1944, a placé les Forces armées soviétiques et l'ensemble du peuple soviétique devant la mission historique de «donner le coup de grâce à la bête fasciste et à sa propre tête et hisser sur Berlin le drapeau de la victoire» (I. V. Staline, «Au sujet de la Grande Guerre patriotique», 5e édition, p. 168).

 

 

 

 

 Le C.C. du P.C.B.tUS

 

 

 

 

 

Partager cet article

21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 21:59


Obama va à Canossa

 10-07-2010

 
L’attaque de la flottille de la paix par Israël : un détail déjà oublié. Il aura fallu à peine plus d’un mois pour que la politique USraélienne reprenne son cours habituel : celui de la grande complicité. L’embarras face à l’ampleur des réactions internationales a été de courte durée et dès la réunion du Conseil de Sécurité qui débouchait sur la honteuse résolution demandant à l’agresseur de mener une enquête sur sa propre agression, comme s’il existait le moindre doute sur la responsabilité pénale d’Israël, il était évident que rien n’allait une nouvelle fois troubler l’alliance mortifère du sionisme et de l’impérialisme étasunien.

 

Le fait vient d’être confirmé avec éclat à l’issue de la visite de Netanyahu à Washington et de sa rencontre avec Obama. Le compte-rendu qu’en a fait le 8 Juillet le correspondant à New-York du quotidien israélien Ha'aretz (traduit ci-après) est éclairant puisque non seulement l’attaque de la flottille est passée sous silence mais que Netanyahu a obtenu que toutes les tentatives allant dans le sens d’un contrôle de l’armement nucléaire d’Israël soient abandonnées et que Obama reconnait le droit à Israël de se servir de l’arme nucléaire pour sa défense sans qu’il soit même précisé que la défense nucléaire serait limitée à la riposte à une menace nucléaire (aujourd’hui inexistante) : ce qui veut donc dire le droit de mener une attaque nucléaire de première frappe.

Israël vient donc, et il s’agit d’un événement politique important, de passer, avec l’accord explicite de la Maison Blanche, de sa stratégie traditionnelle de l’ambigüité nucléaire (non reconnaissance officielle de la détention de l’arme nucléaire) à la stratégie de la menace nucléaire effective qui est celle que seuls au monde les Etats-Unis utilisaient jusqu’à présent, et à une menace qu’Israël exerce seul (Israël n’est pas membre officiel d’une alliance militaire) et en fonction de ses seuls intérêts.


Face à pareille évolution, il faut à l’Iran, régulièrement menacé de bombardement, y compris nucléaire, depuis près de trois ans, énormément de sang-froid pour ne pas hurler « A l’assassin » et pour ne pas tomber dans le piège de la fausse symétrie qui pour lui consisterait à dire : « les menaces contre ma sécurité sont désormais permanentes - et de citer tous les discours, interviews, confidences et autres prises de position contenant ces menaces, ils sont légion – et ceci me met dans l’obligation de me doter de la dissuasion nucléaire pour y mettre un terme ».

Signalons incidemment que le premier réacteur nucléaire civil iranien construit par la Russie à Busher devrait commencer à fonctionner en août prochain avec 11 ans de retard.



Ci-joint l’article de Barak David dans l'éditon (new-yorkaise) du quotidien Haaretz, 8 juillet 2010, New-York.

Publié sur : http://www.informationclearinghouse.info/article25902.htm

Traduction Comaguer


L’administration Obama : Israël a le droit à des capacités nucléaires à des fins de dissuasion

L'administration Obama a révélé au grand public, au cours de la visite du Premier ministre Benjamin Netanyahu à Washington, une série d'accords entre les deux pays sur la politique israélienne « d'ambiguïté nucléaire »- qui jusqu’à ce jour avaient été tenus secrets.

Au centre de ces accords se trouve un veto israélien contre la tenue d'une conférence internationale pour la dénucléarisation du Moyen-Orient, ainsi qu’une volonté sans précédent des Etats-Unis de coopérer avec Israël dans le domaine de l'énergie nucléaire à usage civil.

Les révélations viennent à la suite de la conférence de non-prolifération nucléaire d'examen du Traité, tenue en mai, qui a appelé Israël à accepter des inspections internationales de ses installations nucléaires, et à la tenue d'une conférence internationale pour la dénucléarisation du Moyen-Orient. Le document final de la conférence a été adopté en dépit de vives protestations d'Israël auprès des Etats-Unis.

En pourparlers depuis la conférence, les Etats-Unis ont précisé que cette décision avait été une « erreur ». (?) Dans un effort pour clarifier la position de l'administration sur la question du nucléaire israélien, il a été décidé que - en coordination avec Israël - les détails des arrangements de haut niveau entre les deux parties, arrêtés durant les années 1960, seraient finalement révélés.

Les arrangements ont été mis à jour au fil des ans, y compris au cours de l’année écoulée.

L’objectif de Washington par ces révélations a été d’assainir l'atmosphère et de corriger l'impression donnée lors de la conférence que les États-Unis ne soutenaient pas Israël.

Suite à leur réunion à la Maison Blanche mardi, une annonce spéciale a été faite une heure plus tard concernant les assurances données à Netanyahou par le président américain Barack Obama.

Selon l'annonce, "le président a dit au premier ministre, qu’il reconnaît qu'Israël doit toujours avoir la capacité de se défendre par lui-même, contre toute menace ou possible combinaison de menaces, et que seul Israël peut déterminer ses besoins de sécurité. Le Président s'est engagé à poursuivre les efforts états-uniens pour lutter contre toutes les tentatives internationales pour contester la légitimité de l'État d'Israël."

"Le président a souligné que les États-Unis continueront leur longue pratique de travail en étroite collaboration avec Israël pour s’assurer que les initiatives et les politiques de contrôle des armements ne portent pas atteinte à la sécurité d'Israël, et pour soutenir leurs efforts communs afin de renforcer la paix et la stabilité internationales," poursuit la déclaration.

Dans le cas où le projet de conférence sur la dénucléarisation du Moyen-Orient aurait lieu, "les Etats-Unis insistent pour que cette conférence soit consacrée à une discussion visant à un échange de vues sur un vaste programme, afin d'inclure les questions de sécurité régionale, de vérification et de respect (ndt. sous-entendu : des accords), et toutes les catégories d'armes de destruction massive et de leurs systèmes de transport."

"Le président a souligné que la conférence n'aura lieu que si tous les pays sont convaincus qu'ils peuvent y assister, et que tous les efforts visant à montrer du doigt Israël rendront peu probable la tenue d'une telle conférence. À cet égard, les deux dirigeants ont également convenu de travailler ensemble pour s'opposer aux efforts pour montrer du doigt Israël lors de la Conférence générale de l'AIEA en Septembre."

Entre-temps, avant le départ pour New-York, Netanyahu a rencontré le secrétaire à la Défense Robert Gates et lui a exposé les nécessités de la sécurité d'Israël dans le cadre d'un accord permanent pour la création d'un Etat palestinien.

(Traduction Comaguer)



Partager cet article

Présentation

Recherche

Articles Récents

Partager cette page Facebook Twitter Google+ Pinterest
Suivre ce blog