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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 09:47

Entamée en 1911 la colonisation de la Libye s’achève brusquement en 1943 quand les armées alliées attaquant par l’Est et par l’ouest les  forces de l’Axe (allemandes et italiennes) les rejettent à la mer en Tunisie et les poursuivent sur le sol italien. Le régime fasciste s’écroule et la Libye qui a vu se dérouler pendant trois ans sur son sol une des grandes batailles de la seconde guerre mondiale se retrouve soudain  libérée.

Le colonisateur italien est remplacé temporairement par une occupation militaire franco-britannique, la France protégeant ainsi ses intérêts coloniaux au Maghreb et en Afrique centrale  la Grande Bretagne faisant de même pour l’Egypte et le Soudan. Les Etats-Unis se contentent pour leur part d’y installer une base militaire à proximité de Tripoli.

Mais, à part sa position stratégique,  le pays ne présente alors guère d’intérêt pour les puissances occupantes – le pétrole libyen ne sera découvert qu’en 1959 - et il va revenir à l’ONU de lui accorder une  l’indépendance gagnée sans combats en remettant le pouvoir à la confraternité politico-religieuse Senoussie et à son chef le roi Idriss revenu de son exil égyptien.

Le coup d’Etat des jeunes officiers conduits par Mouammar Khadafi va mettre à bas ce régime, faible et  pro-occidental et toutes les mesures prises par le nouveau régime : fermeture des bases militaires étrangères, nationalisation du pétrole sanctionnent le passage de l’indépendance formelle accordée par l’ONU à l’indépendance réelle.

Le nouveau régime libyen prend donc immédiatement place sur la liste des pays ennemis de l’Occident  et l’agression dont il vient d’être victime de la part des coalisés de l’OTAN est l’application, après de très nombreuses péripéties, d’une sanction prévisible dès l’origine 42 ans plus tôt.

Pendant toute cette période la régime libyen a  effectué un très important travail de mémoire sur la période coloniale (1911-1943) sur ses horreurs (bombardements aériens des populations , utilisations des armes chimiques, déportations, camps de concentration)comme  sur les hauts faits de la résistance libyenne dans la période 1922-1931 sous la conduite du « Lion du désert » Omar Al Mokhtar et il a osé proposer à la puissance coloniale de tourner la page de cette période sombre  et d’établir avec elle des rapports de coopération et de bon voisinage entre Etats souverains égaux.

Cette politique a été concrétisée par un accord dont le texte intégral suit signé en 1998 par les deux pays.

Cet accord constitue un modèle de ce que tous les peuples colonisés d’Afrique sont en droit d’exiger de l'ex puissance coloniale.


L’agression actuelle de la Libye en représente la totale destruction et ouvre une longue période qui va inévitablement voir se dérouler une nouvelle guerre d’indépendance dont les formes et la durée sont encore en gestation mais dont l’écho sur le continent africain sera puissant.

 

 

 

Texte de la déclaration commune italo-libyenne signée à Rome le 4 juillet 1998

 « Attendu que le peuple libyen et le peuple italien sont liés par des rapports profonds et solides qui remontent à des siècles de contacts, d'activités commerciales et d'histoire commune. Cependant, l'occupation a provoqué des blessures telles qu'un bon nombre de Libyens s'en souvient encore.

Ayant la volonté de consolider et de développer ces relations pour l'intérêt des deux peuples amis, l'Italie invite la Libye à oublier le passé et s'engage à ne pas reproduire à l'avenir ce qu'il a fait contre la Libye par le passé. S'engageant ainsi à respecter l'esprit de bon voisinage, aucune action d'hostilité, quelles qu'en soient les raisons, ne sera déclenchée par l'Italie en direction de la Libye. Celle-ci s'engage, à son tout, à la même chose vis-à-vis de l'Italie.

Les deux parties expriment leur désir et leur détermination de pousser plus avant leurs relations bilatérales sur des bases nouvelles consolidées par l'égalité, le respect mutuel et la coopération dans de nombreux domaines. Le tout pour le bien des deux peuples et pour tout ce qui peut contribuer à renforcer la paix, le développement économique et la prospérité du bassin méditerranéen et de ses habitants.

Le gouvernement italien exprime ses regrets pour les souffrances causées au peuple libyen par l'occupation. En vue d'en éliminer, autant que possible, les traces et dépasser le passé et l'oublier pour entamer une ère nouvelle de rapports amicaux et constructifs entre les deux peuples, le gouvernement italien s'engage à :

1/ rechercher par tous les moyens possibles les citoyens libyens déportés à l'époque loin de leur famille.

2/ procéder de façon directe et à travers la coopération bilatérale ou internationale, au nettoyage des champs de mines déposées lors de la seconde guerre mondiale. Pour cela, le gouvernement italien, offre son concours pour mettre en place des sessions de formation d'unités spécialisées de déminage en Libye. II apporte, par ailleurs, son soutien médical aux personnes souffrant de ces mines terrestres dans des centres spécialisés en Italie. Il installe en outre un centre hospitalier spécialisé dans le montage des prothèses en Libye en collaboration avec le Croissant rouge libyen et la Croix rouge italienne.

3/ offrir des indemnités et des aides aux personnes sinistrées.

Contribuer aux projets humanitaires susceptibles d'aider les familles des handicapés et des sinistrés. Collaborer avec la Libye pour développer l'environnement dans les régions qui ont subi des dommages. Des conventions particulières entre les deux pays en préciseront les détails.

4/ Pour réaliser ces objectifs, des dispositions seront prises pour créer une entreprise italo-libyenne dont le président sera désigné par la partie libyenne. Cette entreprise, dans laquelle d'autres entreprises publiques et privées seront sociétaires, sera chargée de soutenir l'économie libyenne à travers la mise en place de projets environnementaux notamment, mais aussi de projets de développement en général. Une caisse nationale sera créée à laquelle contribueront les entreprises des deux pays. Elle aura pour objectif:

- La mise en valeur des régions minées pendant la seconde guerre mondiale.

- La formation des spécialistes de déminage.

- Les soins aux Libyens victimes des mines.

- La création d'un centre hospitalier spécialisé dans le traitement des victimes des mines

- la recherche des citoyens libyens déportés à l'époque loin de chez eux et la réhabilitation de leurs familles moralement et matériellement ainsi que le peuple libyen

- la mise sur pied de toutes les actions opportunes pour amoindrir l'impact négatif du passé.

L'Italie apportera son soutien particulier à la Libye sur le plan culturel, économique et artistique. Des accords spéciaux entre les services compétents des deux pays en préciseront les détails.

L'Italie s'engage devant la Grande Jamahiriya Arabe Libyenne Populaire Socialiste de lui restituer l'ensemble des manuscrits, des archives, des documents et autres pièces archéologiques que l'on a transférés en Italie pendant ou après l'occupation, et ce, conformément à la Convention de l'UNESCO signée le 14 novembre 1970 qui concerne les dispositions à prendre pour empêcher d'importer, d'exporter et de transporter des propriétés culturelles illégalement. Les deux pays feront en sorte que ces manuscrits, documents et autres pièces de musée soient identifiés et localisés.

Les deux pays s'engagent à une assistance mutuelle.

Le gouvernement italien offre aux citoyens libyens le droit de jouir des avantages stipulés par la législation italienne pendant l'occupation, du moment qu'ils ne s'opposent pas aux engagements découlant de l'adhésion de l'Italie à l'Union européenne. Les autorités compétentes en Libye et en Italie se chargeront de déterminer ces avantages. En contrepartie, la Libye autorise les citoyens italiens interdits de séjour en Libye, en vertu de mesures antérieures, à entrer sur son territoire pour des raisons touristiques, familiales ou professionnelles

En définitive, les deux parties notent que la Grande Jamahiriya Arabe Libyenne Populaire Socialiste admet qu'il n:V a plus de raisons de conflit ou de controverse avec l'Italie à propos du passé, et ce, après application des dispositions de la présente déclaration ».

 

Cette déclaration a été préparée et signée à Rome le 4 juillet 1998.


Pour le gouvernement libyen: M. Orna Mustapha AI ­Mountasir

Ministre des affaires étrangères


Pour le gouvernement italien: M. Lamberto Dini Ministre des affaires étrangères

 

 

 

 

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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 21:05

On se souvient que, peu avant la fin de son mandat, Bush junior a réactivé la IV° flotte pièce maitresse du Southcom,  commandement militaire US pour la zone Amérique Latine-Caraïbe ayant mission d'ingérence permanente dans tous les pays de cette zone et vocation à y renverser les régimes légaux non alignés


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SOUTHCOM est désormais bien installé dans ses meubles et il ne pouvait l'être qu'à Miami, foyer traditionnel de la contre-révolution en Amérique Latine. Ouvert fin 2010 le nouveau quartier général accueille 2800 personnes.

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19 août 2011 5 19 /08 /août /2011 15:40

 

Arrêté sur le territoire venezuelien voici  prés de trois mois dans des consitions douteuses - son arrestation a été annoncée par la présidence colombienne avant de l'être par le Venezuela - le dirigeant et chanteur guerillero des FARC-EP, JULIAN CONRADO, est menacé d'extradition vers la Colombie où sa tête est mise à prix .

 

Un mouvement de soutien s'est organisé qui dénonce toutes les atteintes au droit de la part des autorités venezueliennes dans cette sombre affaire et en particulier le fait que la soi-disant demande d'extradition par la Colombie est sans fondement juridique.

 

L'affiche jointe , qui fait partie du matériel de cette campagne, exige le respect par le gouvernement venezuelien des conventions de Genève et contre la torture .


ASILE POLITIQUE POUR JULIAN

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30 juillet 2011 6 30 /07 /juillet /2011 15:05

 

 

 

Nous sommes venus, nous avons vu, nous avons détruit, nous avons oublié…


Un résumé  mis à jour du charmant dossier de la politique étrangère américaine.

Document établi par William Blum

 

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les États-Unis d'Amérique ont …. 

  1. Tenté de renverser plus de 50 gouvernements, dont la plupart avaient  été démocratiquement élus.  
  2. Tenté de supprimer un mouvement populiste ou nationaliste dans 20 pays.  
  3. Grossièrement interféré dans des élections démocratiques dans au moins 30 pays.  
  4. Largué des bombes sur les populations  de plus de 30 pays.
  5. Tenté d'assassiner plus de 50 dirigeants étrangers. 

Au total : depuis 1945, les États-Unis a effectué une ou plusieurs des actions ci-dessus, à une ou plusieurs reprises, dans les 69  pays suivants  (plus d'un tiers des pays du monde) :

  • Afghanistan
  • Albanie
  • Algérie
  • Angola
  • Australie
  • Bolivie
  • Bosnie
  • Brésil
  • Guyane Britannique (maintenant Guyana)
  • Bulgarie
  • Cambodge
  • Tchad
  • Chili
  • Chine
  • Colombie
  • Congo ( et Zaïre)
  • Costa Rica
  • Cuba
  • République dominicaine
  • Timor oriental
  • Équateur
  • Égypte
  • Salvador
  • Fidji
  • France
  • Allemagne (Allemagne de l'est en sus)
  • Ghana
  • Grèce
  • Grenade
  • Guatemala
  • Honduras
  • Inde
  • Indonésie
  • Iran
  • Irak
  • Italie
  • Jamaïque
  • Japon
  • Koweït
  • Laos
  • Liban
  • Libye
  • Mongolie
  • Maroc
  • Népal
  • Nicaragua
  • Corée du Nord
  • Pakistan
  • Palestine
  • Panama
  • Pérou
  • Philippines
  • Portugal
  • Russie
  • Seychelles
  • Slovaquie
  • Somalie
  • Afrique du Sud
  • Union soviétique
  • Soudan
  • Surinam
  • Syrie
  • Thaïlande
  • Uruguay
  • Venezuela
  • Vietnam (plus Nord-Vietnam)
  • Yémen (Yémen du Sud en sus)
  • Yougoslavie

 

 

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14 juillet 2011 4 14 /07 /juillet /2011 14:52

En COLOMBIE

les paramilitaires et les forces de police
ont assassiné


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des syndicalistes assassinés dans le monde


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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 15:10

Ambassadeur du Gouvernement provisoire de la République Algérienne FRANTZ FANON a eu l’occasion de rencontrer avant sa mort en décembre 1961 la plupart des dirigeants africains qui conduisaient les luttes pour l’indépendance. Parmi ceux-ci Patrice Lumumba occupait la place centrale de véritable leader de la vraie décolonisation africaine.

FANON  suivit au jour le jour la  rapide et brutale crise congolaise qui vit ce pays passer entre le Premier Juillet 1960 et la fin de cette même année de l’indépendance à l’assassinat de Lumumba et à la sanglante reprise en main néocoloniale du pays

Dés ce moment  FANON  était  conscient que nombre  des nouvelles équipes dirigeantes issues de la décolonisation  ne seraient que  les agents du néocolonialisme.


Dans sa pièce  « UNE SAISON AU CONGO » publiée pour la première fois en 1966,  Aimé Césaire rend  à sa façon hommage à la douloureuse lucidité de son ancien élève comme en témoigne la scène 4 de l’acte I de cette pièce peu commentée qui relate dans leur rude sécheresse historique les évènements de cette reconquête coloniale précipitée.

 

 

UNE SAISON AU CONGO

AIME CESAIRE

 

Scène 4

Un écriteau tombe des cintres : on y lit : « Bruxelles, salle de la Table Ronde »,

C'est l'antichambre d'une salle du palais où se tient la Table Ronde des partis africains.

(note comaguer : table ronde ayant précédé la déclaration d’indépendance)


 Va-et-vient de 4 ou 5 hommes déguisés en banquiers  de caricature: habit, haut-de-forme, gros cigare. L'indignation et la panique sont à leur comble : on vient d'apprendre par des indiscrétions que le gouvernement belge, à la demande de Lumumba, a accepté de fixer au 30 juin 1960, l'indépendance du Congo.

 

PREMIER BANQUIER

C'est foutu. Un gouvernement de traîtres nous brade notre Empire.

 

DEUXIÈME BANQUIER

Ainsi de l'Indépendance ils ont fixé la date !

 

TROISIÈME BANQUIER

Hélas ! ils ont de ce macaque, accepté le diktat !

 

QUATRIÈME BANQUIER

Du cran, messieurs, du cran, toujours du cran que diable!

Il faut épouser son temps! Je ne dis pas l'aimer, il suffit d'épouser!

Cette indépendance n'a rien qui me déroute.

 

PREMIER BANQUIER

De ce qui constitue une calamité vraie

ruine l'État, assèche nos finances

ravale ce pays au rang d'infime puissance

c'est prendre son parti de manière longanime

 

DEUXIÈME BANQUIER

Inquiétant paradoxe ou dangereuse maxime

les deux sans doute ! Collègue, je le dis tout à trac

Je ne sais ce qu'il y a au fond de votre sac!

Mais quand dans un vaste empire se propage le mal,

C'est mal choisir son temps pour faire le libéral !

 

QUATRIÈME BANQUIER

Quand dans un vaste empire se propage le mal

les solutions hardies sont aussi les seules sages !

 

PREMIER BANQUIER

Rien de plus irritant, monsieur que ces obscurités !

Au fait ! pour sortir de nos difficultés,

Si vous avez un plan, dites, parlez, proposez

Au lieu de finasser.

 

DEUXIÈME BANQUIER

Oui-da! Avez-vous ce qu'on appelle une politique?

 

QUATRIÈME BANQUIER

Une politique? Le mot est gros, mais un peu de jugeote,

çà et là des idées qui, par ma cervelle trottent ;

à cela nul mérite. Vingt ans de tropiques:

Pensez, je les connais. Axiome:

pour rendre traitable le Sauvage, il n'est que deux

pratiques:La trique, mon cher, ou bien le matabich !*

 

PREMIER BANQUIER

Eh bien?

 

QUATRIÈME BANQUIER

Eh ! bien tant pis, je vous croyais plus vifs.

Suivez l'idée. Que veulent-ils? Des postes, des titres,

Présidents, députés, sénateurs, ministres !

Enfin le matabich ! Bon ! Auto, compte en banque

Villas, gros traitements, je ne lésine point.

Axiome, et c'est là l'important: qu'on les gave! Résultat: leur cœur s'attendrit; leur humeur devient suave.

Vous voyez peu à peu où le système nous porte :

Entre leur peuple et nous, se dresse leur cohorte. . Si du moins avec eux, à défaut d'amitié

En ce siècle ingrat sentiment périmé

Nous savons nouer les nœuds de la complicité.

 

PREMIER BANQUIER

Il suffit; bravo collègue ! Accord sans réticence !

 

CHŒUR DES BANQUIERS

Hurrah ! Hurrah ! Vive l'Indépendance !

 

*matabich : du portugais matar o bicho (tuer les bestioles) signifie : pot de vin ou pourboire 

 

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19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 22:09

Maurice Pergnier

Professeur d’université. Linguiste et écrivain, auteur, notamment de Discours médiatique et conflits balkaniques (L’Age d’Homme) et La désinformation par les mots (Le Rocher)

 

Cet événement (si tant est que cela en fût un, tellement il était programmé !) a été l’occasion d’un nouveau festival assourdissant de verbiage antiserbe stéréotypé. La clameur aurait atteint l’intensité de celle provoquée par l’arrestation de Slobodan Milosevic si elle n’avait été couverte par le tintamarre de l’affaire DSK. Pendant plusieurs jours, toute la litanie des slogans élaborés pendant la grande campagne de désinformation des années 90 a été répétée en boucle.

 

A longueur d’antennes et de pages, on a pu ainsi entendre et lire que Mladic était « accusé » (on ne sait plus par qui ? Et d’ailleurs qu’importe !) du massacre de Srebrenica  qui est « le pire génocide depuis la seconde guerre mondiale », que ce massacre « a fait 8 000 victimes, civiles pour la plupart » ; qu’il était responsable du « siège de Sarajevo », et bien sûr, l’auteur de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

 

Tout cela sentait tellement le réchauffé qu’on s’est mis à affubler Mladic du titre de « boucher des Balkans », en oubliant que ce qualificatif (assez peu apprécié des bouchers, soit dit en passant !) avait été l’apanage exclusif de Milosevic (avant de resservir brièvement pour Karadzic), et qu’il n’avait jamais été attribué à Mladic avant ces dernières semaines.  Mais le discours convenu sur les événements des années 90 a apparemment besoin d’un « boucher des Balkans » ; le détenteur du titre (Milosevic) ayant eu l’impolitesse de mourir avant d’être condamné, il fallait un remplaçant ! Des manifestations ayant eu lieu dans différentes villes de Serbie contre le gouvernement serbe pour condamner la livraison de Mladic au TPI, les manifestants ont été rituellement qualifiés de « nationalistes ». Le Parti radical serbe qui a apporté son soutien à ces manifestants a, comme d’habitude,  été qualifié d’ « ultranationaliste ». En revanche, et assez curieusement, l’ « épuration ethnique », l’un des maîtres mots de la logomachie des années 90 était presque absente des discours.

 

Le prétexte à ce déferlement de logomachie était que Mladic allait être « jugé », mais il était clair qu’il était déjà condamné et que le jugement était une pure formalité qui ne pouvait que confirmer la condamnation. Pour bien faire pénétrer cette idée dans la tête des lecteurs et auditeurs, on convoquait les femmes et mères des disparus de Srebrenica pour qu’elles témoignent qu’il était bien « l’organisateur » du « génocide » (comment le savent-elles ? Etaient-elles dans la confidence de l’état-major des Serbes de Bosnie ?).

 

En réalité, l’enjeu se situe bien au-delà du rôle personnel de Mladic.

Le retour en force de cette logomachie vise à conforter la vision manichéenne imposée dans les années 90 : celle d’un conflit opposant les Serbes maléfiques à de blanches colombes bosniaques puis kosovares, les premiers ayant tous les torts, les secondes n’en ayant aucun. C’est là un socle de certitude que rien ne peut venir ébranler, pas même la révélation que les chefs de l’UCK (Armée de libération du Kosovo) découpaient leurs prisonniers en morceaux pour faire le trafic de leurs organes (soit dit en passant, eux n’ont pas droit à l’appellation de « bouchers des Balkans » !) Aujourd’hui comme hier, quiconque ose émettre des doutes sur le bien-fondé de ce scénario manichéen et sur les données factuelles de la tragédie de Srebrenica est taxé de « révisionnisme ». Il est dans l’ordre des choses que tous ceux – politiques,  « intellectuels » et agents d’influence au sein des médias – qui ont participé de manière forcenée à la mise en place de cet efficace système de désinformation  tiennent par-dessus tout à le perpétuer, et à ce qu’on n’aille pas rechercher  la réalité qui se cache derrière les slogans ; mais est-ce le rôle des journalistes de se faire purement et simplement leurs perroquets et de renoncer à leur droit d’inventaire? Si l’on peut à la rigueur comprendre que, pendant les années où le drame se jouait, l’information ait été emportée dans le tourbillon d’une propagande aussi habile que massive, on reste confondu devant un tel psittacisme autiste, au bout de quinze années qui auraient pu être mises à profit pour démêler le vrai du faux (ou du moins le vérifiable de l’affabulation émotionnelle), pour resituer les événements dans leur contexte, etc. ; bref, pour faire œuvre de journalisme et non de simple caisse de résonnance.

 

Note de Comaguer :

Cet article vient utilement complèter notre texte sur la soi-disant "justice internationale"

Pour plus de détails sur le "génocide" se reporter au livre publié aux Editions Le Verjus

"Le dossier caché du "génocide" de Srebrenica."

Renseignements sur le site www.B-I-INFOS.com

 

 

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18 juin 2011 6 18 /06 /juin /2011 13:26

 

 

 

 

 

DESTRUCTION DE LA YOUGOSLAVIE

Avec l’arrestation de RATKO MLADIC, la falsification de l’histoire se poursuit

**********************

Les canonnières impériales concentrant leurs feux sur d’autres pays comme la Libye, l’arrestation de Ratko Mladic si elle n’a pas longtemps fait la une des gazettes « de masse » a cependant permis une petite piqure de rappel de mensonge sur la guerre des sécessions yougoslaves menée par l’Occident, Allemagne et Vatican en tête, pour défaire ce pays mais qu’il a été décidé de présenter comme une épuration ethnique conduite par des Serbes diabolisés.

La vérité manufacturée dans les cuisines médiatiques occidentales est que le général RATKO MLADIC , commandant l’armée de la République serbe fédérée dans la BOSNIE-HERZEGOVINE fabriquée sur la base militaire de DAYTON en 1995 a dirigé le « génocide de SREBRENICA », tel qu’il a été présenté en particulier par celui qui est aujourd’hui l’envoyé permanent du président de la République française en Libye, nouveau théâtre d’opérations d’un impérialisme occidental spasmodique. Taisons ce nom qui déshonore ce qui ce se prétend encore être une intelligentsia.

Le document qui suit, établi par le groupe de chercheurs étasuniens SREBRENICA RESEARCH GROUP, dit assez l’ampleur de la falsification. Mais cette falsification s’appuie sur l’usage abusif et dans certains cas délirant du concept de « génocide ».

Dans la mesure où cet usage abusif peut vous conduire devant un tribunal que ce soit la Cour Pénale Internationale dont le regard bas et borné ne voit que les petits criminels ou tel Tribunal spécialisé fabriqué dans le cadre d’un droit incertain voire rétroactif, il convient de préciser ce qu’est en droit international un « génocide », crime défini par une Convention internationale dont suivent les premiers articles.

*******************

Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide


Approuvée et soumise à la signature et à la ratification ou à l'adhésion par l'Assemblée générale dans sa résolution 260 A (III) du 9 décembre 1948 Entrée en vigueur : le 12 janvier 1951, conformément aux dispositions de l'article XIII


Les Parties contractantes,

Considérant que l'Assemblée générale de l'Organisation des Nations Unies, par sa résolution 96 (I) en date du 11 décembre 1946, a déclaré que le génocide est un crime du droit des gens, en contradiction avec l'esprit et les fins des Nations Unies et que le monde civilisé condamne.

Reconnaissant qu'à toutes les périodes de l'histoire le génocide a infligé de grandes pertes à l'humanité,

Convaincues que pour libérer l'humanité d'un fléau aussi odieux la coopération internationale est nécessaire,

Conviennent de ce qui suit :

Article premier

Les Parties contractantes confirment que le génocide, qu'il soit commis en temps de paix ou en temps de guerre, est un crime du droit des gens, qu'elles s'engagent à prévenir et à punir.

Article II

Dans la présente Convention, le génocide s'entend de l'un quelconque des actes ci-après, commis dans l'intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :

a) Meurtre de membres du groupe;

b) Atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe;

c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle;

d) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe;

e) Transfert forcé d'enfants du groupe à un autre groupe.

Article III

Seront punis les actes suivants :

a) Le génocide; b) L'entente en vue de commettre le génocide; c) L'incitation directe et publique à commettre le génocide; d) La tentative de génocide; e) La complicité dans le génocide.

…………..

Considérant donc, au vu de l’article II, que les Musulmans (la majuscule indique dans l’ancienne Yougoslavie les Musulmans étaient considérés à l’égal des croates, des serbes et autres comme une « nationalité ») habitant la fédération de Bosnie Herzégovine ne sont ni une minorité ethnique ni une minorité raciale puisqu’il s’agit de slaves convertis à l’Islam pendant l’occupation ottomane , que cette minorité a partagé dés l’origine de la fondation de la Bosnie-Herzégovine le pouvoir politique et qu’elle le partage encore , qu’elle a conduit des actions armées dans le cadre d’une guerre civile prolongée durant laquelle elle a obtenu de nombreux soutiens financiers et militaires extérieurs , il est impossible d’affirmer que ce groupe reconnu internationalement comme participant à un pouvoir d’Etat officiel a été victime d’une tentative de destruction.

Quant aux faits concernant SREBRENICA ils sont résumés dans les conclusions qui suivent.

 

 

 

 

 

 

 

 

RESUME DES CONCLUSIONS DU GROUPE DE RECHERCHE SUR SREBRENICA*

1) Le nombre et la nature des victimes, ainsi que le contexte général des événements de Srebrenica, ont été présentés de façon tendancieuse au grand public en Occident, et exigent d’être réexaminés avec objectivité.

2) L’affirmation que 7 à 8.000 musulmans ont été tués lors de la prise de Srebrenica en juillet 1995 est sans fondement.

Ce chiffre a été une estimation brute faire au début par la Croix Rouge. Elle comprenait 5.000 « disparus » dont plusieurs milliers ont été identifiés par la suite – ayant pu se mettre en sécurité ou étant morts en combattant l’armée bosno-serbe.

Le nombre de corps exhumés dans la région par le TPIY de La Haye jusqu’en 2001 est largement inférieur (2.028) et beaucoup d’entre eux n’ont aucun rapport avec la période en question. Parmi les 7.500 corps rassemblés à Tuzla, la Commission internationale pour les personnes disparues (ICMP) n’en a identifié à ce jour que 2.079 et les essais systématiques d’utiliser I’ADN pour les relier à Srebrenica ont été des échecs. L’Organisation mondiale de la santé a enregistré 35.632 survivants, en plus d’environ 3.000 soldats dont la Croix Rouge a constaté qu’ils avaient traversé en combattant le territoire serbe et avaient rejoint Tuzla pour être immédiatement redéployés. Cela implique au moins 38.000 survivants bosno-musulmans, un chiffre qui ne diffère pas sensiblement de celui de la population avant la chute de la ville, estimé par les principales organisations humanitaires à 40.000 ou moins (le TPIY a lui-même rendu public un chiffre de 37.000).

3) L’affirmation que pratiquement toutes les pertes musulmanes au cours de la prise de Srebrenica ont été des victimes désarmées d’exécutions serbes est sans fondement.

Les indications recueillies montrent qu’un pourcentage substantiel de ces pertes a été dû à des combats – la tentative de sortie qui a entraîné aussi 450 morts parmi les troupes bosno-serbes. Elles suggèrent qu’il y a eu des centaines d’exécutions, pas plus. Des observateurs compétents sur le terrain, comprenant des officiers du bataillon hollandais, l’ex-chef adjoint des contrôleurs de l’ONU en Bosnie C. M. Branco et le Haut commissaire des Nations Unies pour les droits de l’homme Henry Wieland, ont nettement déclaré qu’ils n’avaient trouvé aucune preuve d’exécutions massives ou d’atrocités.

4) Les événements de juillet 1995 ne peuvent pas être impartialement considérés hors du contexte de la guerre dans le secteur entre 1992 et 1995.

En particulier, l’affirmation que le statut de « zone de sécurité » de l’ONU sous-entendait qu’il ne s’y trouvait que des civils désarmés, est fausse. La présence de la 28e division de 5.500 hommes fortement armés de l’armée bosno-musulmane a été constante, sous le commandement du criminel inculpé Naser Oric, et cette unité a procédé sans arrêt à des raids et des massacres de civils.

Selon le chef des négociateurs de l’ONU, Lord David Owen, « la principale faiblesse du concept de zone de sécurité, du point de vue des militaires, a été que le Conseil de sécurité de l’ONU permettait aux musulmans d’esquiver toutes les clauses de démilitarisation. Cela ôtait toute solidité au concept. »

Avant cela, de mai 1992 à avril 1993, les forces d’Oric ont perpétré quelques-unes des pires atrocités de la guerre, massacrant 1.200 à 2.500 Serbes dans le secteur de Srebrenica. Le nombre total de victimes serbes autour de Srebrenica pendant la guerre (une liste de 3.287 noms a été publiée) n’est pas inférieur, et est probablement supérieur à celui des victimes musulmanes.

5) Les événements de juillet 1995 ne peuvent pas être impartialement considérés hors du contexte plus large des guerres civiles yougoslaves de 1991 à 1995, et plus particulièrement de leur phase finale de l’été 1995.

La réalité est que le retrait des musulmans de Srebrenica ne répondait à aucune nécessité militaire, mais était une opération stratégique, entraînant des pertes de personnel considérées comme un sacrifice justifié par une cause supérieure.

La 28e division musulmane, forte de 5.500 hommes, n’a rien fait pour défendre Srebrenica contre 200 Serbes et cinq chars.

Les leaders bosno-musulmans, y compris lbran Mustafic, fondateur originaire de Srebrenica du parti SDA au pouvoir, ont déclaré que la présidence et le haut commandement militaire bosniaque avaient délibérément sacrifié la ville pour inciter l’OTAN à intervenir.

En gonflant les pertes musulmanes, le gouvernement Clinton a détourné l’attention des attaques croates plus importantes et plus meurtrières, soutenues par les Etats-Unis, des zones protégées par l’ONU (UNPAs) à population serbe en Slavonie occidentale (opération Eclair) et en Krajina (opération Tempête), respectivement en mai et août 1995.

6) L’affirmation d’un génocide perpétré par les Serbes à Srebrenica est sans fondement.

Le TPIY a annoncé des inculpations de génocide deux semaines après la prise de Srebrenica – avant que la moindre enquête sérieuse ait pu avoir lieu. Le nombre et la nature des pertes, le fait que l’armée bosno-serbe ait aidé à évacuer la population civile en direction de Tuzla, ainsi que d’autres preuves, démentent cette affirmation. Parallèlement, le fait que le TPIY n’ait pas qualifié de génocide de pires atrocités perpétrées au même moment par les Croates sur les civils serbes des UNPAs, rend encore moins crédible son impartialité. L’ex-commandant en chef de l’OTAN, le général Charles Boyd, a résumé la situation : « Le nettoyage ethnique n’est condamné que lorsqu’il est perpétré par les Serbes, pas lorsqu’il est perpétré contre eux. »

**************

*Le SREBRENICA RESEARCH GROUP est un groupe autofinancé de journalistes et de chercheurs universitaires qui travaillent ensemble depuis trois ans à l'étude de toutes les informations relatives à la chute de Srebrenica, et à la comparaison entre les faits réels et la présentation unilatérale à grande échelle qui en a été faite.

Le groupe est dirigé par Edward Herman, de l'université de Pennsylvanie, auteur de plusieurs livres sur les événements militaires et leur couverture médiatique. Il est le coéditeur avec Philip Hammond d'une série d'essais intitulée "Degraded Capability : the Media and Kosovo Crisis". et co-auteur avec Noami Chomsky de "Manufacturing Consent", une étude classique du rôle de la presse dans la guerre du Vietnam et d'autres conflits.

Sont membres actifs du groupe le journaliste de la BBC Jonathan Rooper, qui exerce son métier à Londres après avoir tenu une rubrique dans le New York Press, George Szamuely, qui a collaboré à de nombreuses publications anglaises et américaines et qui travaille pour le National Law Journal à New York, George Bogdanich, aussi à New York, dont les articles ont été publiés par le Chicago Tribune, The Nation, The Progressive et beaucoup d'autres, et qui a réalisé et coproduit avec Martin Lettmayer le documentaire "Yougoslavie : la guerre évitable" projeté en Europe et au Canada.

Michael Mandel, professeur de droit international à l’université York de Toronto, a beaucoup écrit sur le tribunal pour crimes de guerre. Un autre commentateur de la couverture médiatique des conflits est Philip Hammond, de l'université London South Bank. Tim Fenton est un chercheur et documentaliste londonien. David Petersen, qui réside dans les environs de Chicago, écrit sur la politique étrangère pour diverses publications et plusieurs sites internet. Milan Bulajic, du Fonds de recherche sur le génocide, a passé cinquante ans de carrière à étudier les crimes de guerre. Juriste de droit international. il a dirigé la Commission d'Etat yougoslave sur les crimes de guerre et le Musée du génocide, et est l'auteur de soixante livres sur les génocides et crimes de guerre.

Parmi les collaborateurs et conseillers du groupe figure Phillip Corwin, ex-Coordinateur de l'ONU des affaires civiles en Bosnie et ancien rédacteur des discours du Secrétaire général de l'ONU Perez de Cuellar, auteur de "Dubious mandate: a Memoir of the UN in Bosnia" et "Doomed in Afghanistan".

Un autre ex-responsable de l'ONU, Carlos Martins Branco, a servi comme directeur adjoint de l'UNMO (UN Monitors in Bosnia - les contrôleurs des Nations Unies en Bosnie) et a "débriefé" les observateurs de l'ONU à Srebrenica. Il est aujourd'hui colonel dans l'armée portugaise.

Ont également prodigué des conseils Diana Johnstone, auteur de "La croisade des fous", le professeur belgradois Vera Vratusa, le chercheur résidant en Allemagne George Pumphrey, l'écrivain de Belgrade Milivoje Ivanisevic, qui s'est livré à d'importantes recherches sur les crimes de guerre en Bosnie, l'expert scientifique militaire internationalement reconnu Zoran Stankovic, et l'archéologue Srboljub Zivanovic, membre londonien du Royal Anthropological Institute.

 

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16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 09:23

 

La claque des électeurs italiens à l’Europe supranationale et à diverses autres boutiques obscures

 

Les électeurs italiens ont donc  infligé un sévère camouflet à leur gouvernement, à la classe politique en général et aux médias dominants. C’est beaucoup en une seule fois et ça mérite quelques commentaires.


·         Le gouvernement ne voulait pas de ce référendum à 4 questions et a  tout fait pour qu’il échoue c'est-à-dire que pour la barre de 50 % des inscrits ne soit pas franchie. Il a appelé à l’abstention et Berlusconi lui-même s’est ostensiblement montré en Sardaigne loin de chez lui le jour du vote comme l’abstentionniste de premier rang

 

·         La classe politique italienne subit un désaveu puisque 4 lois votées par la représentation parlementaire sur proposition de l’exécutif sont abrogées. Le peuple s’est, à  la majorité absolue du corps électoral (taux de participation supérieur à 57 % et pourcentage de OUI supérieur à 94%), prononcé pour l’abrogation décidant ainsi souverainement de défaire ce que les pouvoirs exécutif et législatif avaient fait. Eclatante démonstration de la capacité du souverain : le peuple, à désavouer  la représentation politique telle qu’elle est mise en œuvre par la Constitution italienne. On se prend à rêver de l’interruption brutale de la diarrhée législative de l’actuelle République française que pourrait permettre pareille disposition dans la constitution de notre pays où la crise de la représentation politique est ouverte bien qu’encore minimisée par les pouvoirs installés.

 

·         Les médias dominants : La RAI et les chaines BERLUSCONI n’ont pas fait campagne pour le oui et de ce point de vue la RAI, organisme public, n’a pas rempli les obligations de  son cahier des charges. La campagne pour le oui a reposé entièrement sur des groupes de base de toutes tendances et sur des médias alternatifs.

 

·         Il n’y a pas eu d’effet FUKUSHIMA (effet de panique) ni d’effet MERKEL (exemple de l’Allemagne renonçant au nucléaire) en ce sens que le refus du nucléaire, c’st à dire l’abrogation des articles de loi permettant de recourir à cette énergie,  ne s’est pas située à un niveau plus élevé que l’abrogation des trois autres textes.

 

·         Les trois autres textes concernaient l’un la possibilité pour les membres du gouvernement à ne pas se rendre aux convocations de la justice «  en raison de leur emploi du temps surchargé », les deux autres le statut de l’eau comme bien public.

 

·         Le premier texte abrogé par le référendum permettait la privatisation des services de l’eau. Désormais donc le service de l’eau en Italie ne peut qu’être un service public. Avis à nos multinationales françaises de l’eau : VEOLIA et LYONNAISE DES EAUX (groupe SUEZ). Ceci est un vigoureux encouragement au mouvement existant en France pour desserrer l’étreinte de ces deux entreprises si bien introduites dans nos mairies.

 

·         Le second texte abrogé garantissait aux vendeurs d’eau privés un bénéfice minimum incompressible donc une rémunération garantie du Capital évidemment bien supérieure à al rémunération des comptes d’épargne des simples particuliers : 8% !

Cette garantie de bénéfice supprimée il reste une définition du service public de l’eau valable d’ailleurs comme pour tout autre service public : un service public doit couvrir ses frais d’exploitation, ses frais d’entretien et de renouvellement de ses installations, un point c’est tout. Il n’a pas à rémunérer en plus des actionnaires qui peuvent être des fonds de pension exigeant des 15%,  voire plus, de rendement annuel de leur capital !

 

·         Enfin l’abrogation de ce texte s’avère être l’abrogation du texte d’une directive de l’Union Européenne introduite dans la législation italienne par un vote du Parlement. Donc les électeurs italiens en utilisant les ressources de leur constitution viennent de faire un gigantesque pied de nez à cette Union qui se permet de détruire progressivement dans les législations nationales tout ce qui fait obstacle à son orientation jamais démentie , traité après traité , en faveur du Capital transnational dérégulé. De ce point de vue le vote italien est aussi important que le vote français de 2005 contre le traité constitutionnel européen.


     La  victoire des italiens est donc la nôtre  et nous devrons tout faire pour les aider à la défendre et à éviter qu’elle leur soit volée comme elle l’a été ici.

 

 

 

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20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 12:41

L’article de Gilles Troude qui suit  vient d’être publié dans le dernier numéro (Mai 2011) de la revue GEOSTRATEGIES .


Gilles Troude que nous avons eu plusieurs fois le plaisir d’interviewer pour nos émissions sur RADIO GALERE nous a autorisés  avec l’accord du Directeur de la revue à mettre en ligne cet article très complet.

 

 

 

Gilles TROUDE                                                                                      

Docteur en Histoire des relations internationales contemporaines (Paris III-Sorbonne Nouvelle)

28 février 2011

 Le retour de la Russie sur la scène balkanique

 Pour bien comprendre les méandres de la géostratégie russe dans les Balkans, il convient de la replacer dans un cadre plus vaste, à savoir les grandes lignes de cette géostratégie face aux attaques incessantes de la super-puissance américaine.

Dans son célèbre ouvrage « Le Grand Echiquier », paru en 1997 – à l’époque de « l’abaissement de la Russie » - Zbigniev Brzezinski, Polonais naturalisé américain, ancien conseiller du président à l’époque de Jimmy Carter, proposait froidement que, afin de perpétuer la maîtrise du monde par les Etats-Unis, et pour que ceux-ci soient débarrassés une fois pour toutes de la menace russe sur le continent eurasiatique, la Russie soit démantelée en trois parties, européenne, asiatique et centrale, et qu’un couloir direct Ouest-Est soit ouvert via la péninsule balkanique, le Caucase et le Turkestan, afin d’accéder aux richesses énergétiques de l’Asie centrale, rebaptisés « Balkans eurasiens » par Brzezinski.

 Le pétrole de la Mer Caspienne pourrait ainsi parvenir directement à l’Ouest grâce à deux nouveaux oléoducs, l’un à travers le Caucase et la Turquie, et l’autre coupant les Balkans via la Bulgarie, la Macédoine, le Kosovo et l’Albanie, pour déboucher sur la Mer Adriatique. Ce n’est pas un hasard, à nos yeux, si, quelques semaines seulement après le début des bombardements de l’O.T.A.N. sur la Yougoslavie le 24 mars 1999, le même Brzezinski écrivait avec cynisme : « le fait est que les enjeux sont infiniment plus importants que l’avenir du Kosovo ».

Un auteur américain bien informé nous apprend que, dès 1992, le Président George Bush père avait menacé la Yougoslavie d’une intervention militaire si jamais la guerre civile s’étendait au Kosovo [i], et, dès 1997, les plans secrets de toutes les cibles choisies pour les futurs bombardements aériens sur la Serbie et le Monténégro avaient été  fièrement dévoilés à un militaire français de haut rang en visite sur un porte-avions américain deux ans avant ces bombardements. L’argument humanitaire n’a donc servi que de prétexte à cette opération hautement stratégique qu’a constitué l’intervention de l’OTAN en 1999, déclenchée pour la première fois en toute illégalité, sans déclaration de guerre et sans l’autorisation du Conseil de Sécurité des Nations Unies, rappelons-le (modèle repris pour l’invasion de l’Irak en 2003, malgré l’opposition de la France représentée par Dominique de Villepin, de la Russie et de la Chine au Conseil de Sécurité).

 

Les principes de la nouvelle géostratégie russe

 

Face à cette géostratégie délibérément offensive des Etats-Unis, la Russie reconstituée de Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev affiche clairement son programme de politique extérieure. Les cinq principes de cette politique sont désormais : la défense du droit international, la création d’un monde multipolaire, le principe « ni confrontation ni isolement », la défense des droits des citoyens russes partout où ils vivent (exemple : les Pays Baltes), enfin, la protection des régions d’intérêts privilégiés (exemple : la Serbie).

L’Etat russe a commencé à appliquer cette géostratégie de contre-attaque, clairement exposée par Guennadi Zjouganov, en trois étapes :

 

1/ Intangibilité de la Fédération de Russie, ce qui signifie que la Russie ne tolèrera jamais une intervention étrangère à l’intérieur de la Fédération (ainsi, on remarquera que la reprise en mains de la Tchétchénie n’a suscité que des réactions purement verbales de la part des Etats-Unis - à la différence de la France, toujours en pointe lorsqu’il s’agit de défense des droits de l’homme, de préférence dans les pays ne faisant pas partie de la francophonie… -) ;

 

2/ Défense de « l’étranger proche », expression géostratégique typiquement russe, qui couvre la plupart des anciennes républiques de l’U.R.S.S. devenues indépendantes (Ukraine, Biélorussie, Caucase, Turkestan et.) à l’exception des Pays Baltes, considérés comme « perdus » puisqu’ils sont maintenant entrés dans l’O.T.A.N. et dans l’Union Européenne (rappelons que les Baltes sont proches des Scandinaves sur les plans linguistique et ethnique, et de religion catholique ou luthérienne mais non orthodoxe).

Dans cette perspective, la Fédération de Russie a créé la Communauté des Etats Indépendants (C.E.I.) regroupant la Russie, la Biélorussie, la Moldavie, l’Arménie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan [ii]

Cette deuxième phase de défense de « l’étranger proche » a connu un premier succès en août 2008 avec la très vive riposte russe à l’attaque de l’armée géorgienne visant les minorités russophones d’Ossétie du Sud et d ‘Abkhazie, suivie de la déclaration d’indépendance de ces deux entités (sur le même modèle que celle du Kosovo !). Le président Dmitri Medvedev illustra bien cette nouvelle conception d’une « zone-tampon » dans le Caucase, l’Asie centrale et le bloc slave européen par cette déclaration du 1er septembre 2008 dénuée de toute ambiguïté:

« Nous défendrons nos intérêts en dehors des frontières ; à chaque attaque sur ces frontières, nous répondrons ».

 

3/ Pénétration en Europe le long des couloirs énergétiques, avec le gazoduc « North Stream » passant sous la Mer Baltique, et alimentant directement l’Allemagne et l’Europe du Nord, et « South Stream » à travers les Balkans (Bulgarie, Serbie, Hongrie, Croatie et Slovénie) à destination de l’Autriche et de l’Italie, l’E.N.I. italien ayant pris une participation de 50% dans le projet. La Russie a réussi un grand « coup » médiatique avec la nomination de l’ancien chancelier allemand Schröder à la tête du projet « North Stream ».

 A l’occasion de son dernier voyage à l’étranger en tant que chef d’Etat, Vladimir Poutine a obtenu le 21 janvier 2008 l’accord de la Bulgarie pour le passage du futur gazoduc d’une longueur totale de 2.500 km, qui reliera la Russie à l’Europe du Sud en 2015 après être passé sous la Mer Noire. Sa construction devra nécessiter un investissement de 10 milliards d’Euros, pour un débit de 10 milliards de m3 de gaz naturel par an pour commencer.

Il est remarquable que les élites aussi bien bulgares qu’italiennes, serbes, croates, hongroises et autrichiennes aient fait  preuve d’une approche étonnamment unie à l’égard du gazoduc « South Stream », le considérant sous l’angle pratique d’un projet économique, dont les avantages ne peuvent être que bénéfiques pour leurs communautés respectives. Dans leur esprit, compte tenu des énormes besoins énergétiques de l’Europe, ce projet ne viendrait nullement en compétition avec le gazoduc américain Nabucco, les deux étant complémentaires, voire même insuffisants à l’horizon 2015. Le projet Nabucco se heurte d’ailleurs de grandes difficultés pratiques, son approvisionnement en gaz naturel n’étant pas encore assuré à ce jour.

 

4/ Un « troisième cercle » - pour reprendre l’expression de Soljenytsine - de la puissance russe retrouvée concerne les pays orthodoxes slaves des Balkans : Bulgarie, Serbie, Monténégro, Macédoine, et non-slaves : Roumanie, Grèce, Chypre (paradis des nouveaux milliardaires russes). Bien que ne faisant pas partie apparemment de « l’étranger proche » - ce qui signifie, semble-t-il, que la Russie n’y risquera pas ses soldats – ces pays pourront faire l’objet d’un « traitement diplomatique de faveur » sur le plan international. Selon le Président Medvedev, ces Etats, comme par exemple la Serbie, entretiennent « des rapports amicaux traditionnels et des rapports historiques particuliers » avec la Russie.

En particulier, le président Dmitri Medvedev affirmait le 1er juillet 2008 que « la Russie portait un intérêt particulier à la Serbie » - sans préciser le sens de cette expression - .

C’est dans cet esprit que le soutien russe à la Serbie en novembre 2008 lors du recours de celle-ci auprès de la Cour Internationale de Justice de La Haye pour contester l’auto-proclamation d’indépendance du Kosovo peut être considéré comme une victoire diplomatique : en effet, la majorité des pays membres de l’Assemblée des Nations Unies a accepté que la Serbie saisisse la C.I.J., celle-ci devant se prononcer sur le fond dans un délai de deux ans maximum. La question posée était la suivante :

 « Est-ce que la décision des institutions provisoires du Kosovo de proclamer unilatéralement l’indépendance du Kosovo, le 17 février 2008, était conforme au droit international ? ». Le vote a été sans appel : 77 pays pour l’adoption, 6 contre et 74 abstentions [iii] .

On sait que le 22 juillet 2010, une réponse très mesurée  était donnée par la Cour Internationale de Justice de La Haye (institution datant du début du XXème siècle, sans aucun rapport avec le récent Tribunal Pénal International situé dans la même ville), qui considérait que la proclamation de l’indépendance du Kosovo n’avait pas violé le droit international. Elle ajoutait toutefois qu’elle n’était « pas tenue par la question qui lui était posée de prendre parti sur le droit de savoir si le droit international conférait au Kosovo un droit positif de déclarer unilatéralement son indépendance ». Elle précisait « qu’elle n’était pas chargée de dire si le Kosovo avait accédé à la qualité d’Etat », cette reconnaissance n’étant possible que par l’Assemblée Générale des Nations Unies.

Or, à ce jour, trois ans après le 17 février 2008, seuls 70 Etats ont reconnu l’indépendance auto-proclamée du Kosovo sur 193 membres des Nations Unies. La majorité nécessaire pour la reconnaissance de l’indépendance étant en la matière des 2/3, soit 128 voix, il reste 58 voix à trouver pour que le Kosovo obtienne un siège dans l’immeuble de verre de New-York, ce qui repousse apparemment cette reconnaissance aux calendes grecques...

On remarquera qu’au cœur de l’Europe, ni l’Espagne, ni la Grèce, ni la Slovaquie, ni la Roumanie, ni Chypre, malgré des pressions énormes des Etats-Unis et de leurs acolytes, n’ont accepté la reconnaissance de cet Etat fantoche.

 

A la suite de la déclaration d’indépendance du Kosovo le 18 février 2008, un sommet secret de la C.E.I. s’était réuni, où avait été débattue la question d’une éventuelle intervention militaire russe : les 1.000 soldats du bataillon russe membre de la K.F.O.R. devaient être redéployés dans le Nord du Kosovo à Mitrovica pour protéger la minorité serbe menacée par le nouveau gouvernement kosovar de Priština. Cette option n’a finalement pas été retenue, la Serbie ne faisant pas partie de « l’étranger proche » selon les stratèges russes, puisque les frontières de la Fédération de Russie n’étaient pas menacées (ce que les Serbes n’ont peut-être pas compris). Mais la Russie a décidé d’apporter son entier soutien à la Serbie dans son combat juridique pour la non-reconnaissance du Kosovo pour deux raisons géostratégiques :

 

a/ cette déclaration d’indépendance auto-proclamée crée un dangereux  précédent qui pourrait mener à retracer les frontières de plusieurs pays d’Europe et de nombreux pays dans le monde entier. Contraire aux accords d’Helsinki qui prévoyaient l’intangibilité des frontières en Europe, ainsi qu’au principe de non-intervention à l’intérieur des Etats souverains, ce précédent est rejeté par l’Espagne (à cause du Pays Basque et de la Catalogne), la Roumanie et la Slovaquie (en raison de leurs minorités hongroises) et par Chypre (dont la Turquie occupe illégalement la partie Nord depuis 1974, bien que la population turque ne représente que 20% de la population de l’île).

A plus large échelle, les Hongrois de l’Ouest de la Roumanie (Transylvanie) pourraient être tentés d’imiter l’exemple du Kosovo : le leader des Hongrois de Roumanie a dit le lendemain de la déclaration d’indépendance kosovare qu’il s’agissait « d’un exemple très intéressant ». Les leaders basques, flamands et québécois ont également accueilli très favorablement l’indépendance du Kosovo dans les semaines qui ont suivi sa déclaration. Il est à craindre que l’Occident ne soit à terme touché par l’effet d’entraînement. En Espagne, cette conséquence de la reconnaissance prématurée de l’indépendance du Kosovo a été confirmée de la manière la plus officielle par le ministre des Affaires étrangères Miguel Angel Moratinos, selon lequel « la proclamation d’indépendance du Kosovo du 17 février 2008 ne respecte pas le droit international ».

Un dirigeant basque, membre du Parlement espagnol, a d’ores et déjà indiqué que la méthode adoptée par les chefs albanais du Kosovo « constituait un excellent exemple de la marche à suivre pour le Pays Basque », qui revendique son indépendance non seulement dans sa partie espagnole, mais aussi dans sa partie française, l’ethnie basque, très ancienne (citée par Salluste dans sa Vie de Jugurtha), s’étendant, comme l’on sait, de part et d’autre des Pyrénées.

Au Canada, « il faut se réjouir qu’un nouveau peuple devienne libre », a déclaré le 18 février 2008 Daniel Turp, porte-parole du Parti Québécois en matière de relations internationales. Rappelons que la Province francophone du Québec, qui a déjà obtenu 49% de voix favorables à l’indépendance lors d’un référendum populaire, et imposé l’usage obligatoire de la langue française en 1976, se dit intéressée par ce processus, et menace de faire sécession de la Fédération du Canada à majorité anglophone.

La liste des pays dans le monde concernés par l’indépendance autoproclamée du Kosovo est interminable et n’épargne pas la Grande-Bretagne (Ecosse, Ulster), la Belgique (Flandre) et l’Italie (Haut-Adige, Padanie).

 

En dehors de l’Europe, la Chine soutient énergiquement la même position juridique que la Russie à cause du Tiibet et de l’entité de Taïwan, ainsi que l’Inde (problème du Cachemire, revendiqué par le Pakistan) et la plupart des pays arabes (Egypte, Algérie) et d’Afrique Noire, où les frontières ont été tracées à la hâte par les puissances coloniales et ne reposent, comme l’on sait, sur aucune base ethnique. Une reproduction du cas du Kosovo entraînerait en Afrique Noire un imbroglio épouvantable, toutes les frontières devant être redessinées si l’on devait tenir compte des données ethniques. Par exemple, le Nigéria ex-Britannique, le plus grand pays d’Afrique (158 millions d’habitants) est formé de populations variées, Haoussas, Ibos, Yoroubas etc., mais les Haoussas sont présents également de l’autre côté de la frontière dans le Niger voisin, francophone (peuplé de 5 millions d’habitants seulement). D’autre part, sur le plan religieux, le Nigéria est partagé entre musulmans au Nord, et chrétiens au Sud (d’où le conflit du Biafra).

Au Sahara, l’ethnie Touareg, parlant une langue sémitique, et s’étendant sur les territoires actuels du Niger, du Mali, de l’Algérie et de la Mauritanie, serait en droit également de réclamer son indépendance sur le modèle du Kosovo.

 Dans les chancelleries occidentales, les puissants cerveaux qui ont appuyé l’indépendance du Kosovo  sont parfaitement conscients de ce problème - surtout dans les ex-puissances coloniales que sont la France et la Grande-Bretagne - mais se gardent bien de l’évoquer dans les médias…

 

b/ la déclaration d’indépendance du Kosovo est considérée par Moscou comme « contraire aux intérêts fondamentaux de la Russie ». Elle encourage en effet les prétentions de certaines républiques musulmanes membres de la Fédération de Russie (Tatarstan, Tchétchénie etc.). Rappelons que la Russie, même après l’éclatement de l’ex-U.R.S.S. en 15 Républiques, reste une grande puissance musulmane : au recensement de 2002, la Fédération de Russie, qui reconnaît officiellement pas moins de 92 nationalités, incluait 17,5% de non-Slaves - soit 26 millions de personnes - dont 12 millions de Turco-Mongols, 4 millions de Caucasiens et 2 millions d’Ouraliens. Ces chiffres sont incontestables, puisque basés sur les déclarations des individus eux-mêmes lors du recensement.

 

Actuellement, il est certain que la diplomatie russe voit d’un très mauvais œil la naissance de ce qu’elle appelle un « Etat-OTAN »  en plein cœur de l’Europe. Selon Natalia Narotchinskaïa, vice-présidente de la commission des Affaires étrangères de la Douma :

 

 « Le Kosovo fait partie intégrante de la stratégie militaire et politique eurasienne des Etats-Unis, et l’opération visant à détacher des provinces de la Serbie sert leur volonté d’atlantisation de tous les processus européens : leur objectif est de faire de l’Europe une tête de pont des intérêts américains ».

 

Le directeur du Centre d’études politiques comparées de l’Académie des Sciences de Moscou , expert reconnu pour les questions balkaniques, est plus précis, et entrevoit les conséquences d’une reconnaissance de l’indépendance autoproclamée du Kosovo sur l’équilibre européen en ces termes :

 

« Reconnaître l’indépendance du Kosovo va freiner l’évolution démocratique de la Serbie, influencer les séparatistes basques, ceux de la Transylvanie roumaine et de l’espace post-soviétique. Cela creusera encore le fossé entre la Russie et l’Occident, et contraindra Moscou à des choix politiques vis-à-vis de plusieurs républiques non reconnues. Les Tatars  de Crimée sont d’ailleurs très attentifs à la manière dont progresse la situation du Kosovo. »  

 

La base géante américaine « Bondsteel » au Kosovo

 

De ce point de vue, la construction de la base géante « Bondsteel » (« Lien d’acier ») par l’armée américaine au Kosovo est vécue par les dirigeants russes comme une véritable provocation. Située près d’Uroševac, dans le secteur Est du Kosovo, près de la frontière macédonienne, elle couvre 750 hectares et peut abriter jusqu’à 7.000 soldats. Installée sur des terrains purement et simplement confisqués, elle est constituée de 300 bâtiments en dur, 25 km de routes asphaltées, 52 pistes d’envol, dont une piste géante permettant aux bombardiers stratégiques de s’envoler vers Moscou. Elle est défendue par une enceinte fortifiée en ciment et terre de 14 km de long, et par 84 km de barbelés, avec 11 tours de guet. Il s’agit d’une véritable ville américaine au cœur des Balkans, avec trois zones urbaines, des cinémas, des salles de sport disponibles 24 heures sur 24, deux églises, et une bibliothèque. On y trouve également plusieurs Burger King, ainsi que l’hôpital militaire le mieux équipé d’Europe.

Cette base militaire est si grande que, dans la population locale, circule une plaisanterie courante. A la question : « Que voit-on de le Lune sur le globe terrestre ? », on vous répond : « La Muraille de Chine et Bondsteel ! ».

Bondsteel a été conçue comme une enclave autosuffisante, dotée de toutes les réserves en cas de guerre : toutes les fournitures qui lui sont nécessaires (alimentation, eau, électricité, transports, pompiers etc.) ont été sous-traitées par le Pentagone à une société privée, Brown & Root Services, filiale d’Halliburton, déjà retenue pour le projet d’oléoduc AMBO, et qui avait déjà construit des bases en Somalie en 1992 (avant la déroute de l’armée américaine dans cette Corne de l’Afrique), ainsi qu’à Haïti en 1994 pour 18.000 hommes. Dans sa phase de construction, Brown & Root Services était le principal employeur du Kosovo, avec l’embauche de 7.000 Albanais encadrés par 1.000 ex-militaires américains.

Nul besoin d’être expert militaire pour se rendre compte que cette base dépasse de très loin les besoins du Kosovo, minuscule pays de 10.887 km2 ( l’équivalent de deux départements français) et 1.900.000 d’habitants.

Cette vision n’a d’ailleurs pas échappé à l’éditorialiste du Washington Post, qui écrivait candidement, dès janvier 1999, que « le Moyen-Orient devenant de plus en plus fragile, nous avons besoin de bases et de droits de survol aérien dans les Balkans pour protéger le pétrole de la Mer Caspienne ». D’ailleurs, selon le colonel Mac Lure, commandant la 1ère Division d’Infanterie U.S., « les plans de la construction de la base Bondsteel avaient été dressés des mois avant que la première bombe ne soit larguée sur la Serbie », c’est-à-dire bien avant la Conférence de Rambouillet du 6 février au 15 mars 1999, dont l’échec fut le prétexte officiel à l’intervention de l’O.T.A.N..

Certains analystes supputent même que la base Bondsteel, de par son ampleur, aurait été conçue pour remplacer la base aérienne d’Aviano en Italie, dans le cadre d’une réorientation de la stratégie américaine autour de la Mer Noire. Deux bases ont déjà été construites par l’armée américaine depuis 2001 en Bulgarie, et pas moins de cinq en Roumanie depuis 2002, toutes équipées de radars fixes de la dernière génération, les FPS-117, produits par la firme Lockheed-Martin  : le premier à Muntele Mare, près de Cluj, au Nord-Ouest, regarde la Hongrie et l’Ukraine ; le second se trouve à Suceava, au Nord-Ouest, surveille l’Ukraine et de la Moldavie ; le troisième à Ovidiu, près de Constantza, à l’Est, occupe le verrou stratégique au débouché de l’axe Rhin-Main-Danube sur la Mer Noire ; le quatrième, à Craiova, au Sud, est pointé sur la Bulgarie ; et enfin le dernier à Giarmata près de Timisoara, au Sud-Ouest, surveille Belgrade et la Voïvodine [iv].

Plus de 4.000 G.I.’s seront en service dans ces bases, dont 1.600 en Roumanie et 2.500 en Bulgarie.

 . Or, les conflits croate et bosniaque des années quatre-vingt-dix avaient déjà permis aux Américains d’installer les bases de Tuzla en Bosnie centrale et de Szegedin au Sud de la Hongrie, à proximité immédiate de la frontière avec la Serbie. L’on assiste donc à une poussée très nette de la présence américaine vers l’Est, l’intention du Pentagone étant de réduire le nombre de ses 50.000 hommes encore présents en Allemagne pour en redéployer une partie dans plusieurs pays d’Europe de l’Est, conformément aux plans rendus publics par George W. Bush en 2004.

Ce transfert massif de troupes américaines vers l’Est ne manque pas d’inquiéter les stratèges russes. Un expert militaire russe, Konstantin Sivkov, a dit à Pravda Ru en octobre 2009 que ces nouvelles bases en Roumanie et en Bulgarie représentaient une menace pour les intérêts russes : « le résultat est que la Russie va se trouver encerclée. Pourquoi les Etats-Unis ont-ils besoin de ces bases sur la Mer Noire ? Pour combattre le terrorisme ? Cela ne tient pas debout. Il y a près de 4.000 km entre la Roumanie et le Proche-Orient. (…). De plus, ils disposent de nombreuses bases dans le Moyen-Orient. (…). En fait, Washington s’intéresse aux sources d’énergie de la Mer Caspienne . Les bases en Roumanie et en Bulgarie serviront à assurer la sécurité des transports de gaz et de pétrole de la région.» [v]

 

Le Kosovo, plaque tournante du trafic de drogue en Europe

 

La reconnaissance de l’indépendance autoproclamée de l’Etat-OTAN du Kosovo est d’autant plus choquante que l’économie de ce pays est en faillite. La communauté internationale avait déjà accordé en 2008 2,7 milliards d’Euros d’aide au Kosovo depuis 1999, suivis de nouvelles tranches d’aides de 700 millions d’Eros. Or le résultat n’est pas probant : taux d’espérance de vie le plus bas d’Europe, chômage touchant officiellement 47% de la population active.

Grâce au programme de reconstruction entrepris par l’UNMIK, le P.I.B. par habitant du Kosovo a augmenté en moyenne de 4,3% par an, et s’élève maintenant à 790 dollars par habitant contre 400 dollars dix ans auparavant. Néanmoins, selon le rapport d’information au Sénat fait au nom de la Commission des Affaires étrangères, le Kosovo demeure l’une des zones les plus pauvres d’Europe, avec 36% de la population vivant sous le seuil de pauvreté (1,65 dollars par jour et par habitant). L’extrême pauvreté (moins de 2.100 calories par jour et par adulte) affecterait même 15% de la population, touchant particulièrement les enfants, les adultes illettrés et les handicapés. Enfin, avec 35 enfants sur 1.000 qui décèdent avant leur 5ème anniversaire, le taux de mortalité infantile est, d’après l’UNICEF, le plus élevé d’Europe[vi] .

Malgré la présence encore aujourd’hui de 10.000 soldats des Nations Unies (UNMIK), dans ce pays accablé par la misère, la criminalité bat son plein. Selon un rapport de l’Observatoire Européen des Drogues et Toxicomanies (Europol), sur les 125 tonnes d’héroïne consommée en Europe, 80% (soit 100 tonnes) transiteraient par le Kosovo ; le trafic d’héroïne y serait passé de 2-3 tonnes par an avant l’an 2000 à 8-10 tonnes entre 2000 et 2005, ce qui représente 123 millions de dollars de bénéfice mensuel environ (1.476 millions $ par an) [vii] . En provenance d’Afghanistan (qui a produit 6.110 tonnes d’opium en 2006), et traversant la Turquie, le circuit de l’héroïne alimente l’Europe occidentale via l’Albanie et l’Italie du Sud, où vit une importante colonie albanaise (200.000 personnes environ), liée à la maffia italienne.

Ces chiffres sont à rapprocher de ceux du commerce extérieur du Kosovo : avec 968 millions d’Euros d’importations pour 36 millions d’Euros d’exportations, le déficit commercial s’élevait en 2005 à 932 millions d’Euros, entièrement couverts par l’aide internationale et les transferts privés (envois des expatriés). Mais, à lui seul, le trafic de drogue, converti en Euros (1.476 millions de dollars U.S = 1.077 millions d’Euros au cours actuel) était supérieur au chiffre du commerce extérieur officiel…

Quant à la prostitution, le Kosovo serait, selon le rapport de l’O.I.M., la plaque tournante d’un trafic de jeunes filles (âgées de moins de 25 ans pour les deux-tiers) en provenance surtout de Moldavie (53%), de Roumanie (23%) et d’Ukraine (13%) et à destination de l’Europe occidentale via l’Adriatique [viii]. Sur ce territoire enclavé dans les Balkans ont été « éduquées » puis jetées sur le marché occidental plus de 80.000 jeunes filles en dix ans. La prostitution serait liée au trafic de drogue, et emprunterait les mêmes circuits, les bénéfices obtenus par les trafiquants de drogues étant réinvestis dans l’achat « d’esclaves sexuelles » (et inversement). 

Mais il y a pire, avec la révélation tardive d’un trafic organisé d’organes humains. Déjà, en avril 2008, dans son livre de mémoires « La chasse, les criminels de guerre et moi », paru en Italie, l’ancienne procureur du Tribunal Pénal International de La Haye Carla del Ponte évoquait la sombre affaire du trafic d’organes humains au Kosovo. Ces soupçons ont été confirmés depuis cette date. Le Washinton Post du 8 janvier 2011 écrit que « Washington était au courant des kidnappings quelques semaines après que l’O.T.A.N. ait occupé le Kosovo en juin 1999. (…) Par la suite, la stabilité politique est devenue la priorité pour les U.S.A. et les Nations Unies, qui ont renoncé à lancer des enquêtes sur les kidnappings » .

Selon le criminologue Xavier Raufer, « fin janvier 2011, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe adoptait un rapport du sénateur helvétique Dick Marty. (…) On y lit que, de l’été 1998 à octobre 1999, alors que l’U.C.K. contrôle peu ou prou le Kosovo, des chefs de cette guérilla maffieuse kosovare ont fait assassiner des prisonniers, surtout serbes, détenus dans des camps secrets. Les organes de ces victimes étant ensuite prélevés et vendus, aux fins de greffes, sur le marché noir international. Une immense machine criminelle internationale s’était alors constituée : un réseau extensif de planque set de cliniques existait, entre le Kosovo et le nord de l’Albanie, jusqu’à l’aéroport de Tirana, servant aux « livraisons ». (…) Combien de victimes pour ce crime contre l’humanité chimiquement pur ? Des centaines de Serbes, de Roms  ou d’Albanais « collabos » ont été séquestrés et torturés dans des camps secrets de l’U.C.K. », dit le rapport Marty [ix].

Or, selon une récente enquête menée par l’avocat monégasque Jean-Charles Garetto, et déposée au Conseil de l’Europe le 25 janvier 2011, intitulée « La protection des témoins, pierre de touche de la justice et de la réconciliation dans les Balkans », « aucune loi ne protège les témoins, ils sont tués, molestés ou menacés. Ils sont simplement tous en danger. C’est un système où la justice n’est pas indépendante et est imprégnée par la corruption. »[x]

 

 

Le retour du « grand frère » russe au Monténégro

 

Moins préoccupante est la situation du Monténégro voisin. Situé à l’Ouest du Kosovo, le petit Monténégro, peuplé seulement de 670.000 habitants (l’équivalent de deux arrondissements parisiens) et d’une superficie de 14.000 km2 (deux fois le Finistère) est devenu, comme l’on sait, indépendant le 3 juin 2006. Cet acte sonna le glas définitif de la Yougo-Slavie, née au lendemain de la Première Guerre mondiale du rêve quelque peu romantique d’une Union des peuples slaves du Sud (Yug en serbo-croate), réduite à la Serbie-Monténégro après les sécessions successives de la Slovénie, de la Croatie, de la Macédoine, et de la Bosnie-Herzégovine entre 1991 et 1995.

A la différence du Kosovo voisin, en raison du caractère pacifique de sa déclaration d’indépendance, le Monténégro n’a rencontré aucune difficulté pour être admis, trois semaines plus tard, 192ème Etat membre des Nations Unies. Sur le plan européen, c’est l’un des Etats les moins peuplés, après Chypre (800.000 habitants), mais avant le Luxembourg (500.000 habitants) et Malte (400.000 habitants).

Fait notable, malgré ses dimensions modestes, c’est un Etat dans lequel les Monténégrins sont officiellement minoritaires, avec 290.035 personnes au recensement de 2003, soit 43,16% de la population, face à 214.973 se déclarant Serbes (31,99%), 52.214 Bosniaques (7,77%), 33.802 Albanais (5,03%), 26.678 Musulmans non Albanais (3,97%), et 7.392 Croates (1,10%).

Un simple calcul permet de constater que cette indépendance, acquise d’extrême justesse avec 55,5% des voix au référendum du 3 juin 2006 (Bruxelles ayant exigé une « majorité qualifiée » de 55 % pour éviter les contestations) n’aurait pu être obtenue sans le soutien des partis politiques représentant les minorités albanaise, bosniaque, croate et « Musulmane » (musulmans non-albanais du Sandjak au Nord), qui représentent à elles quatre 18% de la population. Quelles concessions ont été faites à ces minorités ethniques en échange de leur accord sur la question de l’indépendance ? C’est la question qu’on se pose logiquement.

 

Mais qui, parmi les hommes politiques occidentaux tout heureux d’encenser l’indépendance du petit Monténégro « enfin libéré de la tutelle serbe » selon leur expression, aurait pu prévoir que ce nouvel Etat constituerait bientôt le terrain idéal pour l’implantation des nouveaux oligarques russes ?   

En effet, dès 2003, afin de rééquilibrer les relations extérieures du Monténégro, « l’homme fort » du pays, Milo Djukanović (Premier Ministre dès 1991 - à l’âge de 29 ans seulement -, élu Président de la République fédérée du Monténégro en 1997) faisait nommer comme ambassadeur de Serbie-Monténégro à Moscou son homme de confiance, Milan Ročen, devenu par la suite ministre des Affaires étrangères. Depuis, des contacts ont été pris avec des hommes d’affaires russes, qui, surfant sur la vague créée par le boom économique russe, investissent à tour de bras au Monténégro : ainsi, le groupe Rusal d’Oleg Deripaska, qui serait proche de Vladimir Poutine, a racheté les mines de bauxite de Nikšić ainsi que le combinat d’aluminium de Podgorica K.A.P. – première industrie du pays -. En 2006, il a remporté l’appel d’offres pour la privatisation des mines de charbon et de la centrale thermique de Pljevlja.

De son côté, le géant russe du pétrole Lukoil tenterait de racheter la firme Jugopetrol Kotor, qui avait été privatisée en 2002 au profit du groupe grec Hellenic Petroleum [xi].

Sur la côte, d’autres hommes d’affaires russes ont racheté tous les plus grands hôtels du littoral Adriatique - un des plus beaux du monde - : le fameux Queen of Montenegro de Bečiči (superbe plage à 4 km de Budva), l’Albatros d’Ulcinj, et le Fjord de Kotor. Les Russes construisent aussi le massif Hôtel Splendid à Bečiči, ainsi que de nombreux hôtels particuliers clandestins[xii] . Le maire de Moscou Yuri Luzhkov, et le frère de Roman Abramović ont acquis de grandes propriétés sur la côte monténégrine (on dit que Roman Abramović y passerait lui-même ses vacances, mais on n’en a pas la preuve). 

Cet attrait pour la côte monténégrine ne nous paraît pas surprenant, quand on sait qu’à l’époque titiste, des personnalités aussi prestigieuses que Carlo Ponti et Sophia Loren étaient déjà co-propriétaires du célèbre village de pêcheurs transformé en hôtel de Sveti Stefan, fréquenté par la crème des acteurs du monde entier : Yves Montand et Simone Signoret, Cary Grant et Marlon Brando etc. Il faut dire que cette formule d’hôtel permet aux personnalités poursuivies par les médias un séjour dans un incognito total, les maisons de pêcheurs étant indépendantes et à l’abri des regards, et le service se faisant à domicile…

Selon l’économiste Nebojsa Medojević, du « Mouvement pour le Changement », -qui a obtenu 13% des voix aux élections de septembre 2006 – « la moitié de la richesse produite au Monténégro est aux mains des Russes ». Medojević accuse en outre les Russes de piller les richesses naturelles du pays, avec le projet de centrale hydroélectrique Buk Bijela nécessitant l’immersion du canyon de la Tara - un des plus beaux paysages du monde, site classé par l’UNESCO - . Certes, c’est le groupe britannique E.F.T. qui est concessionnaire de ce site, mais le projet n’aurait pas été réactivé sans la pression d’Oleg Deripaska, qui veut agrandir le complexe d’aluminium K.A.P., énorme consommateur d’électricité : 1,4 milliard de Kwh – soit l’équivalent du déficit énergétique du pays – pour une production passée à 120.000 tonnes d’aluminium par an [xiii].

  Ce complexe est le plus grand pollueur du pays ; construit par le groupe français Péchiney il y un demi-siècle, il est très vétuste, et est maintenant menacé de fermeture. Oleg Deripaska réclame 300 millions d’Euros pour le rénover, ce qui constitue une forme de chantage.

Le « Mouvement pour le Changement » dénonce « l’invasion russe », et soupçonne le régime personnel de Milo Djukanović d’avoir conclu un gigantesque pacte de corruption avec les amis affairistes de Vladimir Poutine (en effet, le président de la Banque d’Etat du Monténégro est le frère du Premier ministre).

 

Les liens entre la Russie et le Monténégro : une amitié vieille de 300 ans

 

Seuls ceux qui ignorent l’histoire des relations entre la Russie et le Monténégro peuvent être surpris par ce retour des Russes sur la côte Adriatique, car ces relations sont vieilles de trois siècles : dès 1715, Mgr Danilo Petrović, prince-évêque du Monténégro, se rendait à la Cour des Tsars à Saint-Pétersbourg, et en revenait avec des Livres saints et une pension annuelle de 10.000 roubles. Dans les chancelleries russes, on se transmet de génération en génération l’épisode savoureux de l’effroi du jeune attaché chargé par la Cour de trouver un logement pour ce digne ecclésiastique venu du Sud lointain (2.000 km), en découvrant qu’il était accompagné de tout son harem…

En 1799, le Tsar Paul Ier garantissait solennellement la protection de la flotte russe pour les chrétiens riverains de la mer Adriatique, et envoyait à nouveau 10.000 roubles de subsides au Monténégro. En échange, il souhaitait acquérir les Bouches de Kotor, rade naturelle en mer chaude idéale pour abriter sa flotte. Ce souhait fur réalisé peu après, en 1806, au cours de la guerre contre Napoléon : le maréchal Marmont, qui avait conquis la Slovénie et la Dalmatie, rebaptisées « Provinces Illyriennes » (et devenues des départements français), fut donc fait duc de Raguse (nom italien de Dubrovnik). En réaction, les Russes de l’amiral Seniavine, alliés des Monténégrins, s’emparèrent des Bouches de Kotor ainsi que des îles de Hvar et Brač et du port de Budva, puis assiégèrent Dubrovnik.

Même si le traité de Tilsitt, passé entre Napoléon et le Tsar Paul Ier, obligea la marine russe à évacuer Kotor, un projet d’Etat existait, réunissant le Monténégro, l’Herzégovine serbe et la Dalmatie croate – donc embryon de la future Yougoslavie – sous la protection de Paul Ier, avec Raguse (Dubrovnik) pour capitale.

Or, il est intéressant de constater encore aujourd’hui quelle position-clé occupe cette région : en 1999, lors de ce qui fut peut-être une des plus ignobles guerres de notre époque - la flotte gigantesque des 27 pays de l’O.T.A.N. (comprenant, entre autres, le porte-avions françaisCharles de Gaulle) liguée contre la petite Serbie de 10 millions d’habitants, mouillait au large des Bouches de Kotor dans la mer Adriatique, site d’où elle balança des missiles mer-sol sur Belgrade, Niš et Novi-Sad pendant 78 jours, sans prendre le moindre risque sur le plan militaire.

 Actuellement, l’accès aux merveilleuses Bouches de Kotor est l’objet d’un litige frontalier entre la Croatie et le Monténégro nouvellement indépendant à propos de la presqu’île de Prevlaka, qui contrôle l’entrée des Bouches. Ce litige n’est toujours pas réglé à ce jour, mais devra l’être dans l’avenir si ces deux pays veulent entrer dans l’Union Européenne, ce qui ne saurait tarder, comme nous le verrons.

 

Deux décennies après le traité de  Tilsitt, le prince-évêque Pierre II Njegoš – le fameux prince-poète, considéré comme le plus grand écrivain de la littérature serbe avec son immense épopée « Les Lauriers de la Montagne » (Gorski vijenac) comparable à la Légende des Siècles  hugolienne - entreprenait à son tour le voyage de Russie en 1833, et était reçu par le Tsar Nicolas Ier. Il obtenait qu’un consul représentât les intérêts russes auprès du Monténégro, en l’occurrence un Serbe, Jeremij Gagić, résidant à Dubrovnik, car la capitale de la principauté, Cetinje, n’était alors qu’une bourgade isolée, sans la moindre commodité, et donc considérée comme indigne d’un diplomate. Dans ce cas précis, les sentiments de fraternité avec le courageux petit peuple monténégrin, qui luttait seul contre l’Empire Ottoman (il était séparé de la Serbie par le Sandjak de Novi-Pazar musulman) coïncidaient avec les intérêts stratégiques : la Russie voulait obtenir une base navale en Adriatique, et le Monténégro était idéalement placé pour abriter celle-ci.

En 1866, lors de la guerre de Crimée, la France et la Grande-Bretagne empêchaient le Monténégro d’avoir un débouché sur l’Adriatique à Novoselje, près de Spic (Spizza) de peur de voir la Russie y gagner une nouvelle base en Méditerranée [xiv].

Au début du XXème siècle, les relations entre la Russie et le nouvel Etat du Monténégro (reconnu comme indépendant au Congrès de Berlin de 1878, puis érigé en royaume en 1910) étaient plus qu’étroites : l’aide du Trésor russe représentait à la veille de la Première Guerre mondiale 50% du budget monténégrin, et la petite armée monténégrine était entraînée par des officiers russes[xv] .  Symbole de cette amitié, le roi du Monténégro Nikola Ier Petrović-Njegoš mariait deux  de ses filles, Milica et Anastasie, à des Grands Ducs russes (sans compter une troisième, Hélène, au futur Roi d’Italie Victor-Emmanuel III, et une quatrième au futur roi de Yougoslavie, Pierre Ier, ce qui en fit « le grand-père de l’Europe »).

Après la prise du pouvoir par les Soviets en Russie en 1917, les relations avec le Monténégro se refroidirent sensiblement, celui-ci s’étant rallié au nouveau royaume serbo-croato-slovène (S.H.S.) dirigé par la dynastie des Karageorgevitch, en la personne du roi Pierre Ier, gendre de Nikola Ier. Le Royaume S.H.S. était considéré comme un « repaire de réactionnaires » où se réfugièrent 100.000 Russes Blancs, et tout devait être fait pour le démolir : au IVème Congrès du P.C.Y. clandestin de 1928, réuni  à Dresde en Allemagne, le Komintern donna ordre « d’aider les mouvements des nations opprimées dans le but de former des Etats indépendants de Croatie, Slovénie, Macédoine, et Monténégro contre « la bourgeoisie grand-serbe ».

Après la Deuxième Guerre mondiale, sous Leonid Brejnev, bien que le maréchal Tito, co-leader du groupe des Pays Non-Alignés avec Jawaharlal Nehru et Gamal Abd El Nasser, affichât une neutralité de principe vis-à-vis des deux blocs, le Monténégro fut à nouveau utilisé par la flotte soviétique en 1967, lors de la guerre dite « des Six Jours » : trois sous-marins et un escorteur trouvèrent asile dans le havre de Herzeg-Novi, à l’entrée des Bouches de Kotor, tandis qu’un véritable pont aérien de 240 avions, utilisant la Yougoslavie comme porte-avions, approvisionnait l’Egypte en guerre contre Israël.

    Cette tradition multi-séculaire de la diplomatie russe de considérer le Monténégro comme un pion avancé de la Russie en mer chaude nous amène à penser que le retour des oligarques russes dans ce petit pays et la prise de contrôle de près de la moitié de son économie ne sont pas le fruit du hasard, mais font partie d’un dispositif d’ensemble géostratégique visant à la reconquête progressive de l’espace balkanique après quinze années d’avancées incessantes de l’O.T.A.N. dans le « ventre mou » de l’Europe.

On remarquera qu’aussitôt après l’Islande, la Fédération de Russie a été le premier grand pays à reconnaître l’indépendance du Monténégro dès le 11 juin 2006 - huit jours seulement après la déclaration d’indépendance du 3 juin -, avant la Serbie (il s’agissait d’un « divorce à l’amiable »), les Etats-Unis, la France, et la Grande-Bretagne. Deux semaines plus tard, le Monténégro était admis sans difficulté à l’O.S.C.E. en tant que 56ème membre, et aux Nations Unies en tant que 192ème membre.

 

Mais la prééminence des positions russes amène quelques années plus tard les Américains à avancer leurs pions au Monténégro. Comme le note une étude de la Defence Academy of U.K. :

« A plusieurs reprises, l’armée russe a exprimé son intérêt pour utiliser les ports, les installations de maintenance et autres dispositifs qui appartenaient à l’ancienne armée de Serbie-Monténégro. La présence russe a considérablement renforcé la position de Djukanović, qui a commencé à l’utiliser comme une menace implicite pour l’Occident, en liant le sort de son pays à celui de la Russie en tant qu’ami historique. Peut-être ceci pourrait-il expliquer la visite en septembre 2006 du secrétaire américain à la Défense Rumsfeld, qui a offert un soutien important et décisif au Monténégro, et l’a encouragé à continuer son intégration Euro-Atlantique »[xvi] .

 

Effectivement, depuis 2006, le Monténégro brûle les étapes dans son adhésion à l’Union Européenne. Le fait que l’Euro y ait été introduit depuis le 1er janvier 2002 (à la suite du Deutschmark) n’y est certainement pas pour rien.

Après avoir obtenu l’Accord de Stabilisation et d’Association (A.S.E.) signé par l’Union le 15 octobre 2007, le Monténégro déposait sa candidature à l’entrée dans l’Union le 15 décembre 2008. Deux ans plus tard, le 17 décembre 2010, il obtenait du Conseil Européen le statut officiel de candidat - un record en la matière - , et les négociations d’adhésion proprement dites pouvaient donc commencer. « Cela constitue une grande récompense, avec une obligation encore plus grande », se félicitait le président du Parlement monténégrin Ranko Krivokapić. 

 

En conclusion, nul mieux que le dernier président de l’ex-U.R.S.S., Mikhaïl Gorbatchev – à qui le monde doit être reconnaissant d’avoir autorisé la chute du Mur de Berlin sans la moindre contrepartie – n’a décrit avec une rare clairvoyance le jeu dangereux joué par les Etats-Unis en Europe, dans une interview publiée le 15 mai 2008 par le quotidien britannique Daily Telegraph :

 

« Les Américains avaient promis que l’O.T.A.N. ne s’étendrait pas au-delà des frontières de l’Allemagne après la fin de la guerre froide. Résultat, la moitié des Etats de l’Europe centrale et orientale sont désormais membres de l’Alliance Atlantique, ce qui montre bien ce que sont devenues ces promesses. Cela prouve bien qu’on ne peut pas leur faire confiance. (…) Nous disposions de dix ans, après la fin de la guerre froide, afin d’édifier un nouvel ordre mondial. Ces dix ans ont été gaspillés, sans aucun résultat ».

« Le problème, ce n’est pas la Russie. La Russie n’a pas d’ennemis, et n’a pas l’intention d’entrer en guerre contre les Etats-Unis ou contre qui que ce soit. On a parfois l’impression que Washington souhaite guerroyer contre le monde entier », a déclaré l’ancien président de l’U.R.S.S., en référence aux déclarations du chef du Pentagone, qui évoquait « la menace présentée par le cheminement incertain de la Chine et de la Russie ».

M. Gorbatchev a par ailleurs qualifié l’éventuel déploiement en Europe orientale (Pologne et Roumanie) d’éléments du bouclier anti-missiles de « démarche dangereuse, qui relance à un niveau inédit la course aux armements ».

Ce n’est que dans ce cadre très large, nous semble-t-il, que peut s’expliciter la géostratégie agressive des Etats-Unis dans les Balkans. 

De ce point de vue, grande est la désillusion de la diplomatie russe à la suite de l’élection en novembre 2008 du nouveau président américain Barack Hussein Obama, qui avait promis une vaste réorientation de la politique étrangère américaine par rapport à son prédécesseur George W. Bush Jr, réorientation qui, pour l’instant, se fait attendre… Certes, au plan  général, les Etats-Unis ont repris les négociations avec les Russes, qui ont abouti au traité Start follow-on sur la réduction progressive et réciproque des armements stratégiques. Mais, dans les Balkans, la diplomatie américaine ne reconnaît pas ses erreurs, notamment avec « l’Etat-OTAN » qu’elle a installé au Kosovo, et continue de soutenir des régimes corrompus. Il nous paraît regrettable que la diplomatie européenne, et notamment française, n’ait pas fait preuve de plus de distanciation par rapport à cette géostratégie agressive et servant uniquement les intérêts à long terme du peuple nord-américain.

 

 

 

 



[i] Diana JOHNSTONE, « La croisade des fous , Yougoslavie, première guerre de la mondialisation », Le Temps des Cerises, Pantin, 2005 (Edition originale : « The Fool’s Crusade », Pluto Press, Londres).

[ii] Guennadi ZJOUGANOV, « La Russie après l’an 2000 », Editions Mithec, Paris, 1999, (Préface du général GALLOIS), pp. 230-235.

[iii] Kosta CHRISTITCH, « Une victoire pour l’honneur, mais importante », B.I. n° 137, novembre 2008, p. 17.

[iv] Jean-Michel BERARD, « Bucarest accepte le bouclier américain », B.I. n° 152, mars 2010, p. 16-17

[v] Sergeï BALSAMOV, « Deux bases U.S. qui inquiètent Moscou », Pravda Ru, 23 octobre 2009, in B.I. n° 150, janvier 2010, p. 17.

[vi] Extrait du Rapport d’information n° 316 (2003-2004) au Sénat, de MM. Jean-Marie POIRIER et Didier BOULAUD « Serbie, Monténégro, Kosovo, ensemble ou séparés vers l’Union Européenne ? », fait au nom de la Commission des Affaires étrangères, déposé le 19 mai 2004.

[vii] Xavier RAUFER, « La mafia albanaise », Editions Favre, Lausanne, 2000, et « Instabilité et problèmes sécuritaires », in « Kosovo, danger ! », Institut de Sécurité des Balkans, Bruxelles, 2006, pp. 41-52, site www.institusb.org, et Email : institusb@yahoo.fr

[viii] Enquête de l’O.I.M. sur 300 femmes victimes de la traite de 2000 à 2002, in Xavier RAUFER, op. cit., pp. 42-43

[ix] Xavier RAUFER, « Balkans, boucherie et bidonnages », Le Nouvel Economiste, 17 février 2011.

[x] « Kosovo, un nouveau rapport accablant », B.I. n° 162, février 2011, p. 15.

[xi] Daniela HEIMERL « Monténégro 2006-2007 : les défis de l’indépendance », Le Courrier des Pays de l’Est n° 1062, juillet-août 2007, p. 179.

[xii] Jean-Arnault DERENS, « Quand les oligarques russes s’achètent le Monténégro », l’Humanité, 14 septembre 2006, et Daniela HEIMERL, op. cit., pp. 179-183.

[xiii] « Les oligarques russes pillent les ressources naturelles du Monténégro, MONITOR, Podgorica, 1er septembre 2006, traduit par Persa ALIGRUDIĆ.

[xiv] Ernest WEIBEL, Histoire et géopolitique des Balkans de 1800 à nos jours, Ellipses, Paris, 2007, p. 174.

[xv] Alexis TROUDE, « Géopolitique de la Serbie » », Ellipses, 2007, pp. 162-163.

[xvi] Miša DJURKOVIĆ, « Montenegro : Headed for New Divisions ? », Conflicts Studies Research Center, Defence Academy of the United Kingdom, mars 2007, p. 8.

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