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13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 10:45

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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 19:02

IKE 03.2013

 

 

Marseille port de toutes les croisières…


Les autorités portuaires locales se plaisent à souligner le développement des croisières…

Et quand il n’y a pas un paquebot à l’escale, on reçoit au même quai un porte avions étasunien.

La dernière escale, celle du porte-avions EISENHOWER. un des 10 grands porte-avions nucléaire de l’US NAVY a eu lieu du 7 au 10 Mars 2013.

Venu des Etats-Unis le porte avions était en route vers la Méditerranée orientale et le Golfe d’Aden,

s’insérant successivement dans la VI° et la V° flotte US.


Zone des tempêtes ….

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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 17:55

 

Faire tomber le régime libyen et assassiner son chef n’avait évidemment pas pour objectif la défense des droits de l’homme et le philosophe de pacotille qui  a essayé de la faire croire devrait être aujourd’hui inculpé d’apologie et de complicité de crimes de guerre par la Cour pénale Internationale si celle-ci voulait encore garder un minimum de crédibilité internationale

L’implication de Kadhafi dans le politique africaine et sa volonté de promouvoir le panafricanisme, s’ils sont bien connus de nombreux africains ont été soigneusement passés sous silence par les gouvernements et les médias occidentaux alignés.

Parmi les initiatives de Kadhafi, la création d’une organisation internationale à vocation régionale large a  certainement été la plus mal perçue et la plus passée sous silence en Occident.

communaute-des-etats-sahelo-sahariens.png

En 1998 Kadhafi lance la CEN SAD  Communauté des Etats Sahélo-Sahariens  qui se fixe les objectifs suivants

 

 

La Communauté des Etats Sahélo-sahariens (Community of Sahel-Saharan States – CEN SAD) est l’une des Communautés Economiques Régionales du continent (CER / Regional Economic Communities – RECs) agréées par l’Union Africaine.

L’Union Africaine reconnait actuellement huit CER, chacun d’entre eux jouant un rôle clé dans le travail d’intégration africaine

Les CER sont des regroupements régionaux d’Etats africains, légalement constitués par un traité, et dont l’intégration est le principal objectif.

Les missions de  la CEN SAD

 
 
  • l’établissement d’une Union Economique globale basée sur la mise en œuvre d’un plan de développement communautaire qui vient compléter et appuyer les plans nationaux de développement des pays membres et qui englobe les différents domaines du développement économique et social, durable: agriculture, industrie, énergétique, social, culturel, santé…
  • La suppression de toutes les restrictions qui entravent le rassemblement des pays membres par la prise de mesures nécessaires pour assurer :
  • La libre circulation des personnes, des capitaux et des intérêts des ressortissants des Etats membres
  • La liberté de séjour, de propriété et d’exercice de l’activité économique
  • La liberté d’échange et de circulation des biens, des produits et services originaires des Etats membres
  • La promotion du commerce extérieur par une politique d’investissement dans les Etats membres.
  • Le développement entre les Etats membres des moyens de transport et de communication terrestre, aérien et maritime et l’exécution de projets communs.
  • La reconnaissance aux ressortissants des autres pays membres des mêmes droits, avantages et devoirs reconnus aux propres citoyens d’un pays membres conformément aux dispositions des constitutions respectives.
  • Harmonisation des systèmes éducatifs, pédagogiques, scientifiques et culturels des différents cycles d’éducation et de formation.

 

 

Les sommets successifs de la CEN-SAD vont démontrer l’intérêt des gouvernements africains de la région pour cette initiative de coopération régionale. Le nombre croissant des adhésions est là pour le démontrer           

 

Premier sommet – Syrte – 14 Avril 1999 : Libye, Burkina Faso, Mali, Tchad, Soudan, Niger  bientôt  rejoints par République centrafricaine et Erythrée

Second sommet : N’Djamena – 5 février 2000 : Sénégal, Gambie, Djibouti

Troisième sommet – Khartoum  12/13 Février 2002 : Egypte Maroc Tunisie Nigéria Somalie

Quatrième sommet –Syrte -  6/7 mars 2002 : Togo, Benin

Cinquième sommet – Bamako – Mai 2004 : Guinée-Bissau, Côte d’Ivoire

Sixième sommet – Adhésions du Ghana et de la Sierre Léone

Septième sommet – 2007 - : Guinée, Comores

Huitième sommet : Kenya, Mauritanie, Sao Tomé et principe

 

Bilan : en moins de dix ans et sous l’impulsion de la Libye qui accueille le siège de l’organisation la CEN-SAD a réussi à rassembler 28 pays qui regroupent 350 millions d’habitants et s’étend de l’Atlantique à l’Océan Indien, de la Méditerranée au Golfe de Guinée, c'est-à-dire pratiquement  sur toute la moitié nord du continent. N’y manquent que l’Algérie l’Ethiopie et la RASD non reconnue.

Les 28 Etats membres sont aujourd’hui :

 

  • Bénin
  • Burkina Faso
  • République Centrafricaine
  • Comores
  • Côte d’Ivoire
  • Djibouti 
  • Égypte
  • Érythrée
  • Gambie
  • Guinée
  • Guinée-Bissau
  • Ghana
  • Libye
  • Libéria
  • Kenya
  • Mali
  • Mauritanie
  • Maroc
  • Niger
  • Nigeria
  • Sénégal
  • Sierra Leone
  • Somalie
  • Sao Tomé et Principe
  • Soudan
  • Tchad 
  • Togo
  • Tunisie

 

 

 

CEN-SAD-logo.gif

 

LE CONTRE FEU NEO COLONIAL

LANCE PAR LES ETATS-UNIS DANS LE CADRE DE LA GUERRE CONTRE LE TERRORISME

 

La PAN SAHEL INITIATIVE (2002) ET LA TRANS SAHARIAN COUNTERTERRORISM INITIATIVE (2004) couvrent la même zone géographique que la CEN-SAD et ces deux initiatives des Etats-Unis apparaissent donc comme une course de vitesse effrénée de l’Occident pour torpiller la CEN-SAD. La création d’Africom (2008) viendra couronner cette politique.

La mise en circulation des « groupes terroristes islamistes » qui justifie les activités antiterroristes de terrain s’inscrit parfaitement dans cette offensive et l’assassinat de Kadhafi qui se range  au rang des méthodes extrêmes de liquidation politique pratiquées par l’impérialisme dans sa phase la plus agressive vont parachever la manœuvre.

Pour autant la CEN-SAD n’est pas dissoute et des pays membres commencent à demander à ce que la Libye, dont nul d’entre eux n’ignore l’état de décomposition et la faiblesse de son  gouvernement, y reprenne sa place et que les activités de la Communauté reprennent.

Avec ou sans Kadhafi, qui fut pionnier en la matière, l’unité contre l’offensive néocoloniale est une nécessité.

 

 

 

 

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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 10:52

Ressources naturelles du Mali  annoncées officiellement par le gouvernement en 2011

 Telles sont les données publiées par la Direction nationale de la géologie et des mines du Mali à l’occasion des journées minières et pétrolières de Novembre 2011

http://dngm.org/index.php?option=com_content&view=article&id=4

http://www.jmpmali.com/html/images/mali.GIF

 

Or : Le Mali est le troisième producteur en Afrique, une exploration à grande échelle est en cours. Le pays est célèbre pour son or depuis l'époque du grand Empire du Mali. A cours du pèlerinage à la Mecque de l'empereur Kankou Moussa, en 1324, sa Caravane transportait plus de 8 tonnes d'or ! Le Mali a donc été un pays minier pendant plus d'un demi-millénaire.

Il y a actuellement sept mines d'or en exploitation au Mali, qui comprennent : Kalana et Morila dans le sud du pays, Yatela, Sadiola et Loulo dans l'Ouest, et il a récemment repris la production à Syama et Tabakoto.des Projets d'exploration avancés incluent : Kofi, Kodieran, Komana, Gounkoto, Banankoro, Kobada et Nampala.

Uranium :il y a  des signes encourageants et l'exploration est en pleine activité. L'exploration est réalisée par plusieurs compagnies avec des indications claires sur des gisements d'uranium. Le potentiel pour l'uranium se trouve dans le quartier de Fall, qui couvre une superficie de 150 km2 du bassin nord Falea Guinée, un bassin sédimentaire neoproterozoica rapporté par des anomalies radiométriques. Le potentiel uranifère de Falea  est de 5000 tonnes. Le projet de Kidal, dans le nord-est du Mali, d'une superficie de 19 930 kilomètres carrés, couvre une grande zone  géologique cristalline dite de l'Adrar des Iforas. Le potentiel  d‘uranium existant à Samit,ainsi que dans la région de Gao, est estimé à 200 tonnes.

Diamants : Le Mali a le potentiel pour développer son exploration du diamant. À Kayes (région minière 1), ont été découverts trente 30 filons de quimberlíticos de quelles traces huit voir de diamants. Environ huit petits diamants ont été trouvés à Sikasso (au sud du Mali).

Pierres précieuses :

- cirque de Nioro du Sahel et de  Bafoulabé : grenades et rares minéraux magnétiques

- cirque de Bougouni et bassin et Faleme : Pegmatite

- Gourma : grenades et corindons

- Adrar des Ilforas : pegmatite et des minéraux en métamorphose

- Zone Hombori Douentza : quartz et carbonates

- Minerai de fer et manganèse : des ressources importantes mais non encore exploitées. Selon les estimations, le Mali a plus de 2 millions de tonnes des réserves potentielles de minerai de fer situées dans les zones de Djidian Kenieba, Diamou- et Bale.

- Bauxite : les réserves sont estimées à 1,2 millions de tonnes, à Kita, Kenieba et Bafing Makana. Des traces de manganèse ont été trouvées dans le Bafing Makana, Tondibi et Tassiga.

- Dépôts de roches calcaires : 10 millions de tonnes est. (Gangotery), 30 millions (est.) (Astro) et El Bah Haha (nord de Goundam) 2,2 millions de tonnes est.

- Cuivre : des potentialités à Bafing Makan (région de l'Ouest) et Ouatagouna (région Nord)

- Marbre : Selinkegny (Bafoulabé) 10,6 millions de tonnes de réserves estimées et des traces à Madibaya

- Gypse : Taoudenit (estimé à 35 MT), indices à Kereit (Nord de Tessalit) 0,37 MT estimées.

- Kaolin : Potentiel de réserves estimées (1MT) situé à Gao (région Nord)

- Phosphate : réserves située dans le Tamaguilelt, production de 18 000 tonnes/an et un potentiel estimé de 12 millions de tonnes. Il y a quatre autres gisements potentiels dans le nord de 10 millions de tonnes.

- Plomb et de zinc : Tessalit dans la région du Nord (1,7 millions de tonnes de réserves estimées) et des traces dans le Bafing Makana (région de l'Ouest) et Fabrice (Nord)

- Lithium : Indices à Kayes (région de l'Ouest) et potentiel estimé de 4 millions de tonnes à Bougouni (région sud)

- Schistes bitumineux : potentiel  estimé à 870 millions de tonnes, indices à Agamor et Almoustrat dans le Nord.

- Lignite : Potentiel estimé à 1,3 millions de tonnes, indices à Bourem (région Nord)

- Sel gemme  : potentiel estimé à 53 millions de tonnes à Taoudenni (Nord)

- Diatomite : le potentiel estimé à des millions de tonnes à Douna Behri (région Nord)

Le potentiel pétrolier du Mali attire aujourd'hui beaucoup d'intérêt de  la part des investisseurs

Le potentiel pétrolier du Mali a été inventorié  depuis le début des années 1970 lorsque des relevés sismiques et des forage sporadiques ont révélé des indices probables de pétrole Avec la hausse  mondiale des prix des ressources pétrolières, le Mali a promu la recherche pour l’exploration, la production et l'exportation de pétrole. Le Mali pourrait également fournir une voie de transport stratégique pour les exportations de pétrole et de gaz sub-sahariens vers l’Occident et il est possible de relier le bassin de Taoudeni au marché européen par l'intermédiaire de l'Algérie.

Déjà ont commencé des travaux sur la réinterprétation des données géologiques et géophysiques déjà faites, en mettant l'accent sur cinq bassins sédimentaires dans le nord du pays, y compris : Taoudeni, Tamesna, Ilumenden, Nara fossé et Gao.

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DE QUOI EXCITER LA CONVOITISE DE  TOUS LES GROUPES CAPITALISTES DU MONDE !

 

LA FOIRE D’EMPOIGNE VIENT DE PRENDRE UN TOUR AIGU AVEC L’INVASION MILITAIRE FRANCAISE QUALIFIEE PAR LE DRIAN LUI-MEME DE « RECONQUETE »

(qui sait si, quand il dort, Le Drian n’entend pas la voie d’Isabelle la Catholique ?)

QUI L’EMPORTERA : LES MULTINATIONALES FRANCAISES (TOTAL, AREVA…) OU BIEN D’ AUTRES : LE QATAR qui a deux fers au feu, un du côté de la France et un du côté des islamistes qu’il finance, les ANGLO SAXONS qui attendent l’arme au pied que la France ait fait le plein de l’impopularité sur le continent africain, l’Allemagne qui aimerait bien remettre sèrieusement le pied en Afrique

…. à moins que le gang occidental ne soit écarté au profit de ceux qui n’auront pas eu recours aux armes : les pays du BRICS dont les capacités techniques et financières en matière pétrolière et minière sont considérables.  

SUBSIDIAIREMENT : par où seront exportées ces matières premières vers les marchés extérieurs ? Le Mali est enclavé. Alors : par la Mauritanie à l’Ouest, par l’Algérie au Nord, par la Côte d’Ivoire au Sud …. ? L’Afrique s’unira-t-elle pour imposer ses choix ?

 

Info-Minerais-Mali_site-copie-1.jpeg

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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 09:36

L’AMER DESTIN DE FRANCOIS HOLLANDE

Dans son livre « Adieu Abidjan sur Seine » (Editions Autres Temps – 2008), Guy Labertit, délégué national pour l’Afrique du parti socialiste de 1993 à 2006 parle de François Hollande alors premier secrétaire du parti : « François Hollande – sans doute celui qui, à la tête du PS , a éprouvé le moins d’intérêt pour les relations internationales , surtout extra-européennes – a toujours eu un rapport plutôt distant à tout ce qui touchait l’Afrique. En novembre 1998, il m’a dit tout de go après avoir rencontré un président africain : « Guy j’admire ta ténacité dans ton engagement, mais en Afrique, il n’y a que des coups à prendre. ».

Surtout lorsqu’on commence par en donner ……….

Après la création d’Africom, la destruction du régime libyen par l’OTAN, la partition du Soudan, le coup d’Etat militaire de la France le 11 avril 2011 en Côte d’Ivoire, la guerre occidentale pour la reconquête de l’Afrique s’intensifie au Mali avec l’opération SELVAR * déclenchée le 11 Janvier par le chef des armées françaises et qui est tout sauf improvisée (voir article ci-après).

Il n’est pas inutile de rappeler que le premier partage de l’Afrique en 1885 à Berlin n’a pas empêché les puissances européennes organisatrices du dépeçage de rentrer trente ans plus tard dans un conflit violent et prolongé  entre elles : la première guerre mondiale. L’accord initial sur le pillage de l’Afrique a volé en éclats au moment du partage du butin.

*Le Selvar est une variété de chat de la région du Sahel qui a cette particularité d’être particulièrement incontinent  - il fait pipi sans arrêt. Comme le Selvar la France avec ses parachutistes et ses chasseurs bombardiers pisse sur le Sahel des missiles à 1 million d’euros l’unité.

 

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L’Invasion préplanifiée du Mali révèle l’agenda néo-colonialiste de la France

Par Finian Cunningham

 

Publié par "Information Clearing House"

Traduction Comaguer



16 janvier 2013

La vitesse et l'étendue avec laquelle les avions de guerre françaises ont été déployés au cours du week-end dans ce pays d'Afrique de l'Ouest, le Mali, mettent en évidence  un plan bien rodé d'intervention par l'ancienne puissance coloniale.

En effet, telle est la chorégraphie soigneuse de ce développement militaire saillant que l'on pourrait dire que les français se sont finalement donné eux-mêmes le feu vert pour exécuter un plan qu'ils avaient fait mûrir depuis plusieurs mois. Ce plan n'est rien de moins que la reconquête néocoloniale de son ancienne colonie dans une  région Afrique de l'Ouest d’importance stratégique.

Dans les heures suivant la sollicitation par le gouvernement malien d’un appui militaire pour contrer l'avancée  des rebelles du Nord, des avions de combat français ont  commencé à effectuer des frappes aériennes vendredi. Les sorties auraient, selon les médias, été menées pendant au moins trois jours consécutifs. Selon les reportages des médias, les avions de chasse français Mirage et Rafale auraient frappé dans une large bande  du Sahel, depuis  Gao et Kidal, dans le nord-est, près de la frontière avec l'Algérie, jusqu’à la ville occidentale de Lere, à proximité de la Mauritanie.

Les avions de combat ont été envoyés depuis la  France et l’auraient été  également depuis le  Tchad. Le gouvernement français a affirmé qu'il avait obtenu l'autorisation par l'Algérie du survol de son territoire. Les deux pays voisins nord-africains sont aussi d’anciennes colonies françaises.

Les frappes aériennes par les avions français sur au moins six zones-cibles très dispersés dans le Mali couvrent une distance opérationnelle de près de 2 000 kilomètres d'est en ouest. Ce niveau de coordination indique plusieurs semaines de planification et dément l'apparence que le gouvernement français réagissait de façon impromptue à une demande soudaine d'aide des autorités maliennes alignées sur Paris.

En outre, au cours du week-end, quelques 500 soldats français sont arrivés dans la capitale malienne du sud de Bamako et de la ville stratégique de Mopti, qui est située près du territoire du Nord tenu par les rebelles.

L’intervention française dramatisée a toutes les caractéristiques d'un plan méticuleux qui n’attendait  plus qu’un signal pour être lancé. La prise par les rebelles jeudi dernier de la ville de Konna, à 45 kilomètres de Mopti, près de la frontière nord-sud de facto, et le réveil subséquent du gouvernement malien à Bamako peuvent donc être considérés comme un simple feu vert pour la mise en œuvre du plan détaillé français.

En outre, le gouvernement français a reçu le soutien rapide d'autres pays européens et des  États-Unis. La Grande-Bretagne a envoyé des avions-cargos RAF CI7 à Paris à partir d'une base dans l'est de l'Angleterre afin d'aider les français à l’acheminement des troupes, des hélicoptères, des camions et d’autres équipements lourds. Washington a dit qu'il fournira de la logistique et des communications. Les drones de surveillance américains et français sont en action depuis des mois au Mali et dans les pays limitrophes.

Le Ministre français des affaires étrangères, Laurent Fabius, s'est empressé de présenter les frappes aériennes du week-end comme un succès pour  bloquer les  « terroristes » maliens. Fabius a dit que  l’engagement  militaire français était une  « question de semaines ». Toutefois, la vaste mobilisation de troupes et d’avions de combat ainsi que le contexte géopolitique général amènent à voir les choses  autrement. Peut-être conscient de cela, Fabius a tenu à souligner que l'intervention au Mali ne se transformerait pas en « un autre Afghanistan. »

Officiellement, Paris, Londres et Washington ont jusqu'à présent fait pression en faveur d’une force d'intervention dirigée par les africains pour conduire l’action militaire de soutien   au gouvernement malien en vue d’écraser la rébellion séparatiste dans la moitié Nord du pays. La région du Nord a été prise en avril dernier par les rebelles Touareg alliés avec les milices islamistes appartenant à Ansar Dine et au mouvement pour l'unité et le djihad en Afrique de l'Ouest. Les rebelles ont réussi à consolider leur contrôle sur cette région vaste et en grande partie désertique près de la principale ville de Tombouctou. Le Nord-Mali couvre une superficie égale à celle de la France et est peu peuplé avec moins de 2 millions de personnes.

Les États ouest-africains, notamment le Nigéria, le Sénégal, le Burkina Faso, le  Bénin et le  Niger, sont, à la demande des puissances occidentales, chargés de rassembler une force d'intervention. Le mois dernier, le Conseil de sécurité des Nations Unies a approuvé la mission militaire ouest-africaine pour consolider le fragile gouvernement basé à Bamako dans l'extrême sud du pays, à des milliers de kilomètres du haut de la région Nord.

Après le vote du Conseil de sécurité, les diplomates à l'ONU et dans les capitales ouest-africaines parlaient d’une mission africaine combinée de quelques  3 500 soldats à déployer beaucoup plus tard dans l’année, en septembre au plus tôt. Il s'agissait également du point de vue de Romano Prodi, envoyé spécial de l'ONU au Mali, qui n’a été connu que dans les jours précédant l'intervention militaire française.

L'esquive soudaine des forces africaines pointe révèle l'agenda réel des puissances occidentales et de la France en particulier. Ce que nous voyons maintenant, avec le déploiement français rapide et à grande échelle, est la vraie nature néocoloniale de cet agenda. Tous les discours précédents tenus par Paris, Londres et Washington sur l'importance de l'intervention ayant « un visage africain » peuvent être considérés  comme une couverture cynique pour une action occidentale directe.

Il y a seulement trois mois le Président François Hollande a juré aux médias français qu'il y n'aurait « aucune présence française sur le terrain » au Mali. A l’évidence, les projets officiels ont changé.

La France et ses alliés occidentaux ont assidûment mis en avant  la menace pour la sécurité internationale qui aurait été posée par les rebelles au Mali. Il a été beaucoup insisté sur les  liens présumés entre les militants islamistes et Al Qaeda dans le Maghreb. Le Président Hollande a alerté à plusieurs reprises sur les menaces qu’un renforcement du contrôle des rebelles sur le Mali
feraient peser sur  la sécurité française et européenne

Un porte-parole du premier ministre britannique David Cameron a déclaré à la fin de la semaine: « les deux dirigeants [Cameron et Hollande] ont convenu que la situation au Mali constitue une menace réelle pour la sécurité internationale, compte tenue de l'activité terroriste là-bas. »

Les politiciens américains, les chefs militaires et les médias ont également pendant des mois été très  éloquents   sur le fait que le Mali représente une nouvelle « centrale de la terreur » mondiale et que les gouvernements occidentaux doivent agir de façon décisive pour éliminer ce danger.

Toutefois, la nature précise de cette « menace islamiste » au Mali n'est jamais ni expliquée ni démontrée. Nous sommes censés accepter la parole de Paris, Londres et Washington - les Etats voyous qui mènent des guerres illégales en Afghanistan, Irak, Libye et Syrie.

Ce que nous savons, cependant, c’est que les frontières postcoloniales du Mali vieilles d’un demi-siècle sont une institution exotique imposée aux peuples nomades de la région du Nord – et à une culture qui remonte à  des milliers d'années. Leur rébellion contre une administration téléguidée, jusqu'à présent indifférente à leur sort et sélectionnée par les  colonialistes à Bamako est probablement une cause juste. La France et ses alliés occidentaux sont par conséquent en train d’exacerber un différend interne au Mali avec un autre récit spécieux de « guerre contre le terrorisme » et de cette façon ces puissances se donnent à elles-mêmes  mandat à s'immiscer dans ce pays.

La France étant l’ancien maître colonial et ayant derrière elle des décennies d’interventions  militaires secrètes dans la région est le choix « naturel » parmi les puissances occidentales pour diriger une aventure néo-impérialiste dans cette région stratégiquement importante.

Le Mali a d’abondantes ressources naturelles en métaux et en minéraux. Il est une source majeure d'or et d'uranium, ainsi que de fer, de cuivre, d’étain et de manganèse et aussi de minéraux tels que les phosphates, le sel et l’argile.

En outre, la région de l'Afrique de l'Ouest a un potentiel extraordinaire pour l'agriculture et le pétrole. Le golfe de Guinée, le Ghana et le Nigéria sont à appelés  devenir une région centrale  pour la fourniture de  pétrole et  de  gaz aux marchés mondiaux dans les années à venir.

L'intervention militaire de la France et des autres puissances occidentales au Mali - sous le couvert de « vaincre le terrorisme » - est une tête de pont pour les capitaux et les sociétés occidentales, non seulement dans un pays riche en ressources, mais aussi dans une grande partie de l'ensemble du continent africain. En 2011, le bombardement de la Libye par  l'OTAN et la subversion par la France des élections en Côte d'Ivoire ont  marqué un nouveau départ du néo-impérialisme occidental en Afrique. Le Mali s'avère être la poursuite de cette dynamique et être un autre lieu de la  mise en scène de cette moderne ruée sur l'Afrique par les puissances occidentales.

Finian Cunningham, originaire de Belfast, en Irlande, est né en 1963. Il est un éminent expert dans les affaires internationales. Cet auteur et commentateur des médias a été expulsé de Bahreïn en juin 2011 pour son journalisme critique dans lequel  il a mis en évidence les violations des droits de l'homme par le régime soutenu par l'Occident. Il est diplômé d'une maîtrise en chimie agricole et a travaillé comme rédacteur scientifique pour la  Société royale de Chimie à Cambridge, en Angleterre, avant de poursuivre une carrière en journalisme.

 

 

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31 décembre 2012 1 31 /12 /décembre /2012 11:58

Il  est SUICIDAIRE pour des progressistes de demander aux loups qui nous dévorent ICI

d’aller délivrer la veuve et l’orphelin AILLEURS.

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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 14:54

Pour illustrer notre propos sur la briéveté de la prédominace européenne sur le commerce et l'économe mondiale  deux images ont valeur de symbole

Elles comparent la taille du navire amiral de la flotte de l'amiral  chinois Zheng He qui missionné par l'empereur réalisera  de 1403 à 1450 sept grands voyages entre la Chine et la côte orientale de l'Afriquefleet2 (300x222)

et les vaisseaux de Christophe Colomb  (ci-dessus) et Vasco de Gama (ci-dessous) la Santa Maria mesure 30 mètres de long , le navire amiral chinois 140.C'est une bonne mesure de la différence entre l'économie chinois et l'économie européennes de l'époque. 

Les voyages de Zheng He n'étaient pas destinés à la conquête mais à faire connaitre les productions dindustrielles, artisanales et artistiques de la Chinefleet3--300x249-.jpg

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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 14:17

La nécessaire déconstruction de l’UNION EUROPEENNE

 En vieillissant la grenouille de l’Europe des six (Traité de Rome 1957 entre  Allemagne de l’ouest , Belgique, France, Italie, Luxembourg et Pays-Bas) est devenue à 27 un bœuf pataud et malade bien gardé par son créateur les Etats-Unis qui n’ont eu  de cesse de le doper pour soustraire la plus large partie possible de la partie Ouest de l’Eurasie à l’influence des adversaires stratégiques qu’il s’est , comme le fait tout hégémonisme, choisi : URSS, puis Russie et Chine

 Les règles imposées par le maitre : acceptation de toutes les contraintes  du capitalisme transnational dérégulé, intégration dans une alliance militaire rigide dominée par la première puissance militaire mondiale ont conduit à la situation actuelle : une Union rassemblant de Chypre à la Scandinavie, de la Hongrie au Portugal des pays très divers par la position géographique la taille, la langue,  la culture, l’histoire, le niveau de développement et qui s’interdit statutairement toute recherche d’égalisation puisque la concurrence libre et non faussée entre fiscalités, régimes de protection sociale.. établit au contraire la dictature de l’inégalité et de la course au moins disant social pour le plus grand profit du CAPITAL libre.

 Pour faire avaler cette potion amère aux populations , une mécanique technocratique complexe a été mise progressivement en place qui éloigne de plus en plus les centres de décision des peuples, des apparences de démocratie étant cependant maintenues à des niveaux de décision inférieurs (parlements nationaux et régionaux dans certains cas) et dépendants qui en sont réduits au rôle de structures de validation avec des marges de manœuvre faibles ou nulles.

 Cet ensemble hétéroclite  a de surcroit installé en son sein des divisions structurelles : il y a ceux qui sont dans l’Euro et ceux qui n’y sont pas, ceux qui sont dans l’espace Schengen et ceux  qui n’y sont pas, les quelques marginaux qui ne sont pas dans l’OTAN : Irlande, Autriche, Chypre Finlande, doivent s’aligner bon gré malgré  sur les positions diplomatiques  de l’Union dans les conflits internationaux.

 En période de crise économique et l’UE est la zone du monde la plus touchée par la crise entamée en 2008 aux Etats-Unis et par les banquiers des Etats-Unis, cet ensemble devient une pétaudière ingérable, chaque gouvernement national se souvenant en regardant passer sous ses fenêtres les cortèges de manifestants contre la destruction de l’Etat social qu’il doit à un  moment ou à un autre se présenter devant ses électeurs, crainte ignorée par la technostructure bruxelloise.

 La tentation devient alors  forte pour ces gouvernements et pour les classes dirigeantes d’éloigner encore plus les peuples du pouvoir politique et la vielle recette du fédéralisme portée depuis plus d’un demi-siècle par un groupe de pression qui attend son heure refait surface. Il s’agit tout simplement de détruire ces Etats-Nations qui malgré tous les outils d’encadrement capitaliste supranationaux : OTAN, OCDE, FMI, Banque Mondiale, OMC persistent à confirmer leur existence et à s’exprimer de façon autonome. Dans une fédération européenne on pourrait laisser élire un Président de la République française mais ses pouvoirs sont réduits à ceux d’un président de Conseil régional d’un Land allemand ou d’une région autonome en Espagne ou en Italie, voire de ceux d’un gouverneur du Wisconsin,  la Fédération lui délègue la gestion de certains dossiers et décide seule des grandes orientations.

 Face à cette tentative, il faut essayer d’évaluer la position des couches dirigeantes nationales. Il est certain que pour des raisons liées à l’histoire de leur pays à l’état des forces économiques politiques et sociales nationales leur réactions seront diverses , qu’elles vont toutes traverser un moment de trouble  - déjà commencé- et que le débat va inévitablement déboucher sur la question : sauver l’Union en la transformant en fédération   ou quitter l’Union (ce qui est prévu dans les traités).

 Dans ce choix de grande portée historique le camp du peuple aura un rôle décisif.

 La supranationalité conduit à la constitution d’une alliance transatlantique des deux Fédérations : Etats-Unis d’Amérique d’un côté, Etats-Unis d’Europe de l’autre, alliance à ambition et à pratique hégémoniques où les grandes options stratégiques seront prises par l’armée américaine, c’est  remettre toutes les clés du pouvoir à la technostructure bruxelloise (le siège de l’OTAN  est également à Bruxelles)  c’est élargir encore le fossé entre les peuples et les dirigeants c’est enfin et surtout passer aux yeux du reste du monde comme l’associé à la vie à la mort d’un impérialisme qui n’arrête pas de susciter de nouvelles guerres sur tous les continents et qui est rejeté. Ce choix est pour les anciennes puissances coloniales européennes qui ont semé la mort sur tous les autres continents celui de la nostalgie de la puissance. Cette puissance a été très brève au sens de l’Histoire longue. les historiens contemporains qui luttent contre l’eurocentrisme et essaient d’en donner une juste mesure : environ deux siècles de 1750 à 1950. *

 Cette nostalgie de la domination européenne sur le monde n’affectera guère les dirigeants estoniens, irlandais ou slovènes mais il est présent comme un refoulé profond principalement en France et en Grande-Bretagne et à un moindre degré en Espagne, en Italie en Allemagne.

 La sortie de l’UE et de l’OTAN , l’un ne va pas sans l’autre,  offre une possibilité de reprendre la maitrise de son destin , de cesser de penser que dans le monde globalisé un pays comptant moins de 200 millions d’habitants  compte pour rien, de réfléchir au fait que le rayonnement international d’un pays dépend aussi du respect qu’il suscite et du respect qu’il a pour les autres, petits ou grands, que la coopération avec beaucoup d’Etats du monde peut remplacer la menace dans les relations  et l’envoi de forces spéciales et de drones pour procéder à un pillage chez autrui  et qu’ il n’est nul besoin de menacer un fournisseur de pétrole avec l’arme atomique pour qu’il vous en vende dans des conditions commerciales correctes.

 Ouvrons les yeux : la majorité des Etats aujourd’hui existants  et la majorité de la population mondiale ne supporte plus la domination occidentale, c'est-à-dire celle des Etats-Unis et de l’Europe, (mettons à part le Japon qui ne s’est peut-être pas remis du bombardement d’Hiroshima et qui garde une peur rentrée de cette barbarie qui le paralyse). Sortir du gang des brigands, des pilleurs c’est prendre sa place simplement dans la communauté humaine globale et prendre part à la résolution raisonnée des problèmes collectifs : la faim, l’accès à l’eau, le ménagement des ressources naturelles….

 Ou le message de la République française : "Liberté, Egalité, Fraternité" a un sens aujourd’hui s’il s’applique au monde entier ou bien il est à supprimer du fronton de nos mairies.

 

*Lire à ce sujet :

ANDRE GUNDER FRANK : Reorient,  Global economy in the Asian age- 1998 - University of California Press

Ouvrage pionnier en la matière mais non traduit en français

JACK GOODY : Le vol de l’Histoire (comment l’Europe  a impose le récit de son passé au reste du monde)

 Nrf essais Gallimard -2010

TIMOTY BROOK  : Le chapeau de Vermeer- Petite bibliothèque Payot - 2012

 et le texte de Samir Amin qui suit

 

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SAMIR AMIN

 

L’Europe vue de l’extérieur

 

Peut-on comparer l’Europe aux Etats Unis ?

 

L’opinion majoritaire en Europe est convaincue que l’Europe a les moyens de devenir une puissance économique et politique comparable aux Etats Unis et, de ce fait, indépendante. En additionnant les populations et les PIB concernés cela paraît évident. Pour ma part je crois que l’Europe souffre de trois handicaps majeurs qui interdisent la comparaison.

 

Premièrement le continent nord américain (les Etats Unis et ce que j’appelle sa province extérieure – le Canada) bénéficie de ressources naturelles incomparables à celles de l’Europe à l’Ouest de la Russie comme en témoigne la dépendance énergétique européenne.

 

Deuxièmement l’Europe est constituée d’un bon nombre de nations historiques distinctes dont la diversité des cultures politiques, sans que celles-ci ne soient nécessairement chauvines, pèse suffisamment lourd pour interdire d’y reconnaître l’existence d’un « peuple européen » à l’instar du « peuple étatsunien ». On reviendra sur cette question majeure.

 

Troisièmement (et c’est là la raison principale qui interdit la comparaison) le développement capitaliste en Europe a été et demeure inégal, alors que celui-ci a homogénéisé les conditions de son déploiement dans l’espace nord américain, tout au moins depuis la guerre de sécession.

 

L’Europe – à l’Ouest de la Russie historique (qui inclut la Biélorussie et l’Ukraine) – est elle-même composée de trois strates de sociétés capitalistes inégalement développées.

 

Le capitalisme historique – c'est-à-dire la forme du mode capitaliste qui s’est imposé à l’échelle mondiale – s’est constitué à partir du XVIe siècle dans le triangle Londres/Amsterdam/Paris, pour prendre sa forme achevée avec la révolution politique française et la révolution industrielle anglaise. Ce modèle, qui deviendra celui du capitalisme des centres dominants jusqu’à l’époque contemporaine (le capitalisme libéral pour employer les termes de Wallerstein), s’est déployé avec vigueur et rapidité aux Etats Unis, après la guerre de Sécession qui met un terme à la position dominante des esclavagistes dans la gestion de l’Union ; plus tard au Japon. En Europe le modèle a conquis, également rapidement (à partir de 1870), l’Allemagne et la Scandinavie. Ce noyau européen (Grande Bretagne, France, Allemagne, Pays Bas, Belgique, Suisse, Autriche, Scandinavie) est aujourd’hui soumis à la gestion économique, sociale et politique de ses propres monopoles que j’ai qualifié de « généralisés », constitués comme tels dans les années 1975-1990, à partir des formes antérieures du capitalisme des monopoles.

 

Or les monopoles généralisés propres à cette région européenne ne sont pas « européens » mais encore rigoureusement « nationaux » (c'est-à-dire allemands, ou britanniques, ou suédois etc.), bien que leurs activités soient transeuropéennes et même transnationales (opérant à l’échelle de toute la Planète). Il en est de même des monopoles généralisés contemporains des Etats Unis et du Japon.

 


 

Dans mon commentaire des travaux de recherche impressionnants qui ont été faits sur ce sujet j’ai insisté sur l’importance décisive de cette conclusion.

 

La seconde strate concerne l’Italie et l’Espagne, dans lesquels le même modèle – aujourd’hui donc celui du capitalisme des monopoles généralisés – n’a pris corps que beaucoup plus récemment, après la seconde guerre mondiale. Les formes de la gestion économique et politique des sociétés concernées, de ce fait particulières, constituent un handicap à leur promotion au rang d’égaux de premiers.

 

Mais la troisième strate, qui englobe les pays de l’ex monde « socialiste » (à la mode soviétique) et la Grèce, n’est pas le siège de monopoles généralisés propres à leurs sociétés nationales (les armateurs grecs sont peut être l’exception, mais leur statut est-il celui de « Grecs » ?). Tous ces pays étaient jusqu’à la seconde guerre mondiale encore loin de s’être constitués en sociétés capitalistes développées à l’instar de celles du noyau européen central. Par la suite le socialisme soviétique a fait encore reculer les embryons de bourgeoisies capitalistes nationales, en substituant à leur pouvoir celui d’un capitalisme d’Etat associé à des comportements sociaux, sinon socialistes. Réintégrés dans le monde capitaliste par leur adhésion à l’Union Européenne et à l’Otan, ces pays sont désormais dans la situation de ceux du capitalisme périphérique : ils ne sont pas gérés par leurs propres monopoles généralisés nationaux, mais dominés par ceux du noyau européen central.

 

Cette hétérogénéité de l’Europe interdit rigoureusement sa comparaison avec l’ensemble Etats Unis/Canada. Mais, dira-t-on, cette hétérogénéité ne pourrait-elle pas être effacée graduellement, précisément par la construction européenne ? L’opinion européenne dominante le pense ; je ne le crois pas, et nous reviendrons sur cette question.

 

Doit-on comparer l’Europe au continent des deux Amériques ?

 

Pour ma part je crois plus proche de la réalité la comparaison de l’Europe avec le continent des deux Amériques (Etats Unis/Canada d’une part, Amérique latine et Caraïbes d’autre part) qu’avec la seule Amérique du Nord. Le continent des deux Amériques constitue un ensemble du capitalisme mondial caractérisé par le contraste qui oppose son Nord central et dominant à son Sud périphérique et dominé. Cette domination, partagée au XIXe siècle entre le concurrent britannique (alors hégémonique à l’échelle mondiale) et la puissance étatsunienne montante (dont l’ambition est proclamée dès 1823 par la doctrine Monroe), est aujourd’hui désormais principalement exercée par Washington, dont les monopoles généralisés contrôlent largement la vie économique et politique du Sud, en dépit des avancées combattives récentes qui pourraient remettre en question cette domination. L’analogie avec l’Europe s’impose. L’Est européen est dans une situation de périphérie soumise à l’Ouest européen analogue celle qui caractérise l’Amérique latine dans ses rapports avec les Etats Unis.

 

Mais toutes les analogies ont leurs limites et les ignorer conduirait à des conclusions erronées concernant les avenirs possibles et les stratégies de lutte efficaces capables d’ouvrir la voie au meilleur de ces avenirs. Sur deux plans l’analogie cède la place à la différence. L’Amérique latine est un continent immense, doté de ressources naturelle fabuleuses – eau, terres, minerais, pétrole et gaz. L’Europe de l’Est n’est sur ce plan en rien comparable. Par ailleurs l’Amérique latine est également relativement considérablement moins hétérogène que l’Europe de l’Est : deux langues apparentées (sans ignorer ce qu’il reste des langues indiennes), peu d’hostilité chauvine entre voisins. Mais ces différences – pour importantes qu’elles soient – ne constituent pas notre motif majeur de ne pas poursuivre le raisonnement simplifié de l’analogie.

 

La domination des Etats Unis sur son Sud américain se déploie par des moyens qui relèvent principalement de l’économique comme en témoigne le modèle du marché commun pan-américain promu par Washington, en panne dans la tentative des Etats Unis de l’imposer. Même dans son segment actif – NAFTA qui annexe le Mexique au grand marché Nord américain – l’institution ne remet pas en cause la souveraineté politique du Mexique dominé. Mon observation ne comporte aucun volet naïf. Je sais bien qu’il n’y a pas de cloisons étanches séparant les moyens économiques de ceux mis en œuvre aux plans de la politique. L’OEA (l’Organisation des Etats Américains) a été à juste titre considérée par les opposants d’Amérique latine comme « le Ministère des colonies des Etats Unis », et la liste des interventions, qu’elles aient été militaires (dans les Caraïbes) ou qu’elles aient pris la forme de soutiens organisés à des coups d’Etats est suffisamment longue pour en témoigner.

 

L’institutionnalisation des rapports entre les Etats de l’Union Européenne relève d’une logique plus large et plus complexe. Il y a bien une sorte de « doctrine Monroe » ouest européenne (« l’Europe de l’Est appartient à l’Europe de l’Ouest »). Mais il n’y a pas que cela. L’Europe n’est plus seulement un « marché commun » comme elle l’avait été à l’origine, au départ limité à six pays puis étendue à d’autres en Europe de l’Ouest. Depuis le traité de Maëstricht elle est devenue un projet politique. Certes ce projet politique a été conçu pour servir celui de la gestion des sociétés concernées par les monopoles généralisés. Mais il peut devenir le lieu de conflits et de remises en cause de cette vocation et des moyens mis en place pour la servir. Les institutions européennes sont censées associer les peuples de l’Union et prévoient quelques moyens à cet effet, comme la mesure de la représentation des Etats en fonction de leur population et non de leur PIB. De ce fait l’opinion dominante en Europe, en y incluant celle de la majorité des gauches critiques des institutions telles qu’elles sont, garde l’espoir qu’une « autre Europe » est possible.

 

Avant de discuter des thèses et des hypothèses concernant les avenirs possibles de la construction européenne il nous paraît nécessaire de faire un détour par la discussion de l’atlantisme et de l’impérialisme d’une part, et de l’identité européenne d’autre part.

 

Europe ou Europe atlantiste et impérialiste ?

 

La Grande Bretagne est atlantiste plus qu’elle n’est européenne, et tient cette posture de son héritage d’ancienne puissance impérialiste hégémonique, quand bien même cet héritage serait-il réduit aujourd’hui à la position privilégiée que la City de Londres occupe dans le système financier mondialisé. La Grande Bretagne soumet donc son adhésion fort particulière à l’Union Européenne à la priorité qu’elle donne à l’institutionnalisation d’un marché économique et financier euro-atlantique, qui l’emporte sur toute volonté de participer activement à une construction politique de l’Europe. Mais ce n’est pas seulement la Grande Bretagne qui est atlantiste. Les Etats de l’Europe continentale ne le sont pas moins, en dépit de leur volonté apparente de construire une Europe politique. La preuve en est donnée par la centralité de l’OTAN dans cette construction politique.

 

Qu’une alliance militaire avec un pays extérieur à l’Union ait été intégrée dans la « constitution européenne » constitue une aberration juridique sans pareille. Pour certains pays européens (la Pologne, les Etats baltes, la Hongrie) la protection de l’OTAN – c'est-à-dire des Etats Unis – face à « l’ennemi russe » ( !) est plus importante que leur appartenance à l’Union Européenne.

 

La persistance de l’atlantisme et l’expansion mondiale du champ d’intervention de l’OTAN après qu’ait disparue la prétendue « menace soviétique » sont les produits de ce que j’ai analysé comme l’émergence de l’impérialisme collectif de la triade (Etats Unis, Europe, Japon), c'est-à-dire des centres dominants du capitalisme des monopoles généralisés, et qui entendent le demeurer en dépit de la montée des Etats émergents. Il s’agit là d’une transformation qualitative relativement récente du système impérialiste antérieurement et traditionnellement fondé sur le conflit des puissances impérialistes. La raison de l’émergence de cet impérialisme collectif est la nécessité de faire face ensemble au défi que constituent les ambitions des peuples et des Etats des périphéries d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine de sortir de leur soumission.

 

Le segment européen impérialiste en question ne concerne que l’Europe de l’Ouest, dont tous les Etats ont toujours été impérialistes à l’époque moderne, qu’ils aient disposé de colonies ou pas, ayant tous et toujours eu accès à la rente impérialiste. Les pays de l’Europe de l’Est par contre n’ont pas accès à celle-ci, n’étant pas le siège de monopoles généralisés nationaux qui leur soient propres. Mais ils se nourrissent de l’illusion qu’ils y ont droit, du fait de leur « européanité ». J’ignore s’ils sauront se débarrasser un jour de cette illusion.

 

L’impérialisme étant devenu désormais collectif il n’y a plus qu’une seule politique – celle de la triade – commune et partagée vis-à-vis du Sud, qui est une politique d’agression permanente contre les peuples et les Etats qui osent remettre en question ce système particulier de la mondialisation. Or l’impérialisme collectif a un leader militaire, sinon un hégémon : les Etats Unis. On comprend alors qu’il n’y a plus de politique extérieure, ni de l’Union Européenne, ni des Etats qui la constituent. Les faits démontrent qu’il n’y a qu’une seule réalité : l’alignement sur ce que Washington décide seul (peut être en accord avec Londres). L’Europe vue du Sud n’est rien d’autre que l’allié inconditionnel des Etats Unis. Et s’il y a sur ce plan peut être quelques illusions en Amérique latine – du fait sans doute que l’hégémonie est exercée ici brutalement par les seuls Etats Unis et non par leurs alliés subalternes européens – cela n’est pas le cas en Asie et en Afrique. Les pouvoirs dans les pays émergents le savent ; ceux qui gèrent les affaires courantes dans les autres pays des deux continents acceptent leur statut de compradores soumis. Pour tous Washington seul compte, pas l’Europe, devenue inexistante.

 

Y a-t-il une identité européenne ?

 

L’angle sous lequel doit être regardée cette question est cette fois intérieur à l’Europe. Car vue de l’extérieur – du grand Sud – oui « l’Europe » paraît être une réalité. Pour les peuples d’Asie et d’Afrique, de langues et de religions « non européennes », même lorsque cette réalité a été atténuée par des conversions missionnaires au christianisme ou l’adoption de la langue officielle des anciens colonisateurs, les Européens sont les « autres ». L’affaire est différente en Amérique latine qui, comme l’Amérique du Nord, est le produit de la construction de « l’autre Europe » associée nécessaire au déploiement du capitalisme historique.

 

La question de l’identité européenne ne peut être discutée qu’en portant le regard sur l’Europe vue de l’intérieur. Or les thèses qui affirment la réalité de cette identité et celles qui le nient se confrontent dans des polémiques qui conduisent les uns et les autres à trop tordre le bâton en leur faveur. Les uns invoqueront donc la chrétienté, alors qu’il faudrait parler des chrétientés catholique, protestante et orthodoxe, sans oublier les sans pratique religieuse ou même sans religion qui ne comptent plus pour quantités négligeables. Les autres feront observer qu’un Espagnol se sent plus à l’aise avec un Argentin qu’avec un Lituanien, qu’un Français comprendra mieux un Algérien qu’un Bulgare, qu’un Anglais se déplace plus aisément dans l’espace mondial des peuples qui partagent sa langue qu’en Europe. L’ancêtre civilisateur gréco-romain, réel ou reconstruit, devrait faire adopter le latin et le grec et non de l’anglais comme langues officielles de l’Europe (ce qu’elles étaient au Moyen Age). Les Lumières du XVIIIe siècle n’ont guère concerné que le triangle Londres/Amsterdam/Paris, même si elles ont été exportées jusqu’en Prusse et en Russie. La démocratie électorale représentative est trop récente et encore bien incertaine pour en faire remonter les sources à la formation des cultures politiques européennes, visiblement diverses.

 

Il ne serait pas difficile de faire apparaître la puissance toujours présente en Europe des identités nationales. La France, l’Espagne, l’Angleterre, l’Allemagne se sont construits dans leur adversité guerrière. Et si l’insignifiant premier Ministre de Luxembourg peut déclarer que « sa patrie est l’Europe » (ou peut-être la patrie de sa banque !), aucun Président français, chancelier allemand ou premier britannique n’oserait une telle sottise. Mais est-il nécessaire d’affirmer la réalité d’une identité commune pour légitimer un projet de construction politique régionale ? Pour ma part je crois qu’il n’en est rien. Mais à condition de reconnaître la diversité des identités (appelons les « nationales ») des partenaires et de situer avec précision les raisons sérieuses de la volonté de la construction commune. Ce principe n’est pas valable exclusivement pour les Européens ; il l’est tout également pour les peuples des Caraïbes, d’Amérique hispanique (ou latine), du monde arabe, de l’Afrique. Il n’est pas nécessaire de souscrire aux thèses de l’arabité ou de la négritude pour donner toute sa légitimité à un projet arabe ou africain. Le malheur est que les « européanistes » ne se comportent avec cette intelligence. Dans leur grande majorité ils se contentent de se déclarer « supra-nationaux », et « anti souverainistes », ce qui ne veut à peu près rien dire ou même entre en conflit avec la réalité. Dans ce qui suit, je ne discuterai donc pas la question de la viabilité du projet politique européen en me situant sur les terrains mouvants de l’identité, mais sur celui, solide, des enjeux et des formes d’institutionnalisation de leur gestion.

 

L’Union Européenne est-elle viable ?

 

La question que je pose n’est pas celle de savoir si « un » projet européen (lequel ? pour quoi faire ?) serait possible (ma réponse est : évidemment oui), mais si celui qui est en place est viable, ou pourrait se transformer pour le devenir. Je laisse de côté les « européanistes » de droite, c'est-à-dire ceux qui, ayant souscrit à la soumission aux exigences du capitalisme des monopoles généralisés, acceptent l’Union Européenne telle qu’elle est pour l’essentiel et s’intéressent seulement à donner une solution aux difficultés « conjoncturelles » (ce qu’elles ne sont pas, à mon avis) qu’elle traverse. Je ne m’intéresse donc qu’aux arguments de ceux qui proclament « une autre Europe possible », en y incluant les partisans d’un capitalisme rénové, à visage humain et ceux qui s’inscrivent dans une perspective de transformation socialiste de l’Europe et du monde.

 

La nature de la crise qui traverse le monde et l’Europe est au centre de ce débat. Et, pour ce qui concerne l’Europe, la crise de la zone euro – qui occupe le devant de la scène – et celle – derrière – de l’Union Européenne, sont indissociables.

 

La construction de l’Union Européenne – au moins depuis le traité de Maëstricht et, à mon avis, depuis bien plus tôt – et celle de la zone Euro, ont été conçues et édifiées systématiquement comme des blocs de construction de la mondialisation dite libérale, c'est-à-dire de celle d’un système assurant la domination exclusive du capitalisme des monopoles généralisés. Dans ce cadre il nous faut d’abord analyser les contradictions qui, à mon avis, font que ce projet (et donc le projet européen qui en relève) n’est pas viable.

 

Mais, dira-t-on, en défense d’ « un » projet européen envers et contre tout, celui qui a l’avantage d’exister, d’être en place, peut être transformé. En théorie abstraite, certes. Mais quelles sont les conditions qui le permettraient. A mon avis un double miracle (est-il utile de dire que je crois peu aux miracles ?) : 1) que la construction transnationale européenne reconnaisse la réalité des souverainetés nationales, de la diversité des intérêts et des enjeux, et organise sur cette base l’institutionnalisation de son fonctionnement ; et 2) que le capitalisme – s’il s’agit de rester dans le cadre général de son mode de gestion de l’économie et de la société – puisse être contraint d’opérer d’une manière autre que celle que commande sa logique propre, aujourd’hui celle de la domination des monopoles généralisés. Je ne vois pas d’indications que les européanistes majoritaires acceptent de prendre en compte ces exigences. Je ne vois pas davantage que les européanistes de gauche, minoritaires, qui le voient, soient capables de mobiliser des forces sociales et politiques capables d’inverser le conservatisme de l’européanisme en place. C’est pourquoi je conclus que l’Union Européenne ne peut être autre que ce qu’elle est, et que celle-ci n’est pas viable.

 

La crise de la zone euro illustre cette impossible viabilité du projet.

 

Le projet « européen » tel que le traité de Maëstricht le définit et celui de la zone euro ont été vendus aux opinions par une propagande (je n’ai pas d’autres mots pour la qualifier) mensongère et imbécile. Aux uns – les privilégiés (relatifs) de l’Europe de l’Ouest opulente – on a raconté qu’en gommant les souverainetés nationales on mettait un terme aux guerres haineuses qui avaient ensanglanté le continent (et on comprend alors le succès de ce boniment). On a rajouté la sauce : l’amitié de la grande démocratie étatsunienne, le combat commun pour la démocratie dans ce grand Sud arriéré – forme nouvelle de l’adhésion à des postures impérialistes – etc. Aux autres – les pauvres hères de l’Est – on a promis l’opulence par le « rattrapage » des niveaux de vie occidentaux.

 

Les uns et les autres ont cru – dans leur majorité – à ces boniments. A l’Est on a cru, semble-t-il, que l’adhésion à l’Union Européenne permettrait ce fameux « rattrapage » et que le prix en valait la chandelle. Ce prix – peut être la punition pour avoir accepté le régime du socialisme, dit communisme, soviétique – était celui d’un ajustement structurel pénible, de « quelques » années. L’ajustement – c'est-à-dire « l’austérité » (pour les travailleurs, pas pour les milliardaires) – a été imposé. Mais il s’est soldé par un désastre social. C’est ainsi que l’Europe de l’Est est devenue la périphérie de celle de l’Ouest. Une étude récente sérieuse nous apprend que 80% des Roumains estiment « qu’au temps de Ceacescu, c’était mieux » ( !). Peut-on espérer mieux en termes de délégitimation de la prétendue démocratie qui caractériserait l’Union Européenne ! Les peuples concernés en tireront-ils la leçon ? Comprendront-ils que la logique du capitalisme n’est pas celle du rattrapage, mais au contraire de l’approfondissement des inégalités ? Je l’ignore.

 

Si la Grèce est aujourd’hui au cœur du conflit, c’est à la fois parce que la Grèce fait partie de la zone euro, et que son peuple a cru échapper au sort des autres périphéries balkaniques (ex « socialistes »). Les « Grecs » (je ne sais pas exactement ce que cela veut dire) pensaient ou espéraient ? qu’ayant évité le malheur d’être gouvernés par des « communistes » (puissants dans la Grèce héroïque de la seconde guerre mondiale) - et cela grâce aux colonels ! – ils n’auraient pas à souffrir du prix que les autres balkaniques doivent payer. L’Europe et l’euro fonctionneraient autrement pour eux. La solidarité européenne, et celle plus particulière des partenaires de l’Euro, affaiblies ailleurs (pour crime de « communisme » qui doit être puni), agiraient en leur faveur.

 

Les Grecs en sont pour leurs illusions naïves. Ils devraient savoir aujourd’hui que le système réduira leur sort à celui de leurs voisins balkaniques, la Bulgarie et l’Albanie. Car la logique de la zone euro n’était pas différente de celle de l’Union européenne ; au contraire elle en renforce la violence. D’une manière générale la logique de l’accumulation capitaliste produit une accusation de l’inégalité entre les nations (elle est à l’origine de la construction du contraste centres/périphéries) ; et l’accumulation dominée par les monopoles généralisés renforce encore cette tendance immanente au système. On nous rétorquera que les institutions de l’Union Européenne ont prévu les moyens de corriger les inégalités intra-européennes par des soutiens financiers appropriés destinés aux pays retardés de l’Union ; et l’opinion générale y a cru. En réalité non seulement ces aides (qui, en dehors de l’agriculture dont je ne discuterai pas de la question ici, sont affectés en particulier à la construction d’infrastructures modernes) sont trop insuffisantes pour permettre le « rattrapage » ; mais, encore plus grave, par leur contribution à une plus grande ouverture des économies concernées, facilitent la pénétration des monopoles généralisés et donc renforcent la tendance au développement inégal. De surcroît ces aides poursuivent l’objectif de renforcer certaines régions sous-nationales (la Bavière, la Lombardie, la Catalogne par exemple) et par là affaiblir les capacités de résistance des Etats nationaux face aux diktats des monopoles.

 

La zone euro a été conçue pour accentuer encore davantage ce mouvement. Son caractère fondamental est défini par le statut de la BCE, qui s’interdit de prêter aux Etats nationaux (et même à un Etat supranational européen s’il existait, ce qui n’est pas le cas), mais finance exclusivement les banques – à un taux ridicule – qui, à leur tour, tirent de leurs placements en titres des dettes publiques nationales une rente qui renforce la domination des monopoles généralisés. Ce qu’on appelle la financiarisation du système est inhérent à la stratégie des monopoles en question. Dès sa création j’avais analysé ce système comme étant non viable, appelé à s’effondrer dès lors qu’une crise sérieuse frapperait le capitalisme. Ce qui se produit sous nos yeux. J’avais soutenu que la seule alternative susceptible de soutenir une construction européenne graduelle et solide imposait le maintien d’une gestion nationale des monnaies articulées dans un serpent monétaire, lui-même conçu comme une structure de négociations sérieuses portant sur les taux de change et les politiques industrielles. Et cela jusqu’à ce que, éventuellement et beaucoup plus tard, la maturation des cultures politiques permette la mise en place d’un Etat européen confédéral se superposant aux Etats nationaux, sans annihiler ces derniers.

 

La zone euro est donc entrée dans une crise prévisible qui menace réellement son existence comme on finit par l’admettre même à Bruxelles. Car on ne voit pas que l’Union Européenne soit devenue capable de conduire une autocritique radicale qui impliquerait l’adoption d’un autre statut pour la gestion de la monnaie et la renonciation au libéralisme inhérent aux traités en vigueur.

 

Les responsables de la faillite du projet européen ne sont pas ses victimes – les pays fragiles de la périphérie européenne – mais, à l’opposé, les pays (c'est-à-dire les classes dirigeantes de ces pays) qui ont été les bénéficiaires du système, l’Allemagne en premier lieu. Les insultes proférées à l’encontre du peuple grec n’en sont que plus odieuses. Peuple paresseux ? Tricheurs avec le fisc : Madame Lagarde oublie que les tricheurs en question sont les armateurs que les libertés de la mondialisation (défendues par le FMI) protègent ! Mon raisonnement n’est pas fondé sur la reconnaissance du conflit des nations, même si dans les apparences les choses se passent de cette manière. Il est fondé sur celle du conflit entre les monopoles généralisés (eux-mêmes propres seulement aux pays du centre européen) et les travailleurs des centres européens comme de leurs périphéries, même si le coût de l’austérité imposé aux uns et aux autres produit des effets dévastateurs plus marqués dans les périphéries que dans les centres. Le « modèle allemand », vantée par toutes les forces politiques européennes de la droite et même d’une bonne partie de la gauche, a été mis en œuvre avec succès en Allemagne grâce à la docilité relative de ses travailleurs qui acceptent des rémunérations de 30% inférieures à celle des Français. Cette docilité est largement à l’origine à la fois du succès des exportations allemandes et de la croissance puissante des rentes dont les monopoles généralisés allemands sont les bénéficiaires. On comprend que ce modèle séduise les inconditionnels de la défense du capital !

 

Le pire est donc encore à venir : le délitement sous une forme ou une autre – brutale ou graduelle – du projet européen, en commençant par celui de la zone euro. On retournerait alors à la case de départ: les années 1930. On aurait alors une zone mark réduite à l’Allemagne et aux pays qu’elle dominerait sur ses frontières Est et Sud, les Pays Bas et la Scandinavie autonomes mais consentant à s’y ajuster, une Grande Bretagne que son atlantisme éloignerait encore davantage de la participation aux vicissitudes de la politique en Europe, une France isolée (Vichy ? ou De Gaule?), une Espagne et une Italie incertaines et fluctuantes. On aurait alors associé le pire : la soumission des sociétés nationales européennes aux diktats des monopoles généralisés et du « libéralisme » mondialisé qui l’accompagne d’une part, leur gestion politique par des pouvoirs recourant d’autant plus à la démagogie « nationaliste » qu’ils resteraient impuissants. Cette gestion politique renforcerait les chances des droites extrêmes. On aurait (on a déjà ?) des Pilsudski, des Horty, des barons baltes, des nostalgiques de Franco et de Mussolini, des Maurassiens. Les discours d’apparence « nationaliste » des droites extrêmes sont des discours menteurs, puisque ces forces politiques (du moins leurs dirigeants) acceptent non seulement le capitalisme en général, mais encore la seule forme qu’il peut revêtir, celle du capitalisme des monopoles généralisés. Un « nationalisme » authentique aujourd’hui ne peut être que populaire au sens vrai du terme, servir le peuple et non le tromper. Du coup le vocable de « nationalisme » doit lui-même être utilisé avec précaution et peut être vaudrait-il mieux lui substituer celui « d’internationalisme des peuples et des travailleurs ». En contrepoint la rhétorique des droites en question réduit le thème du nationalisme à des dérives de violence chauvine mise en œuvre contre les immigrés ou les Roms, accusés d’être la source des désastres. Cette droite ne manque pas d’associer dans sa haine les « pauvres », tenus responsables de leur misère et accusés d’abuser des bénéfices de « l’assistanat ».

 

Voilà où conduit l’entêtement à défendre le projet européen contre vents et marées : à sa destruction.

 

Y a-t-il une alternative moins désolante ? Va-t-on vers une nouvelle vague de transformations sociales progressistes !

 

Certes oui, car les alternatives (au pluriel) existent toujours, en principe. Mais les conditions pour que celle-ci ou celle là des alternatives possibles devienne réalité doivent être précisées. Il n’est pas possible de revenir à un stade antérieur de développement du capital, à un stade antérieur de la centralisation de son contrôle. On ne peut qu’aller de l’avant, c'est-à-dire en partant du stade actuel de la centralisation du contrôle du capital, comprendre de l’heure de « l’expropriation des expropriateurs » a sonné. Il n’y a pas d’autre perspective viable possible. Cela dit la proposition en question n’exclut pas la conduite de luttes qui, par étapes, vont dans sa direction. Au contraire elle implique l’identification d’objectifs stratégiques d’étape et la mise en œuvre de tactiques efficaces. Se dispenser de ces préoccupations de stratégies d’étape et de tactique d’action, c’est se condamner à proclamer quelques slogans faciles (« A bas le capitalisme ») sans efficacité.

 

Dans cet esprit et en ce qui concerne l’Europe une première avancée efficace, qui d’ailleurs se dessine peut être, part de la remise en question des politiques dites d’austérité, associées d’ailleurs à la montée des pratiques autoritaires anti-démocratiques qu’elle exige. L’objectif de relance économique, en dépit de l’ambigüité de ce terme (relance de quelles activités ? par quels moyens ?) lui est d’ailleurs associé tout naturellement.

 

Mais il faut savoir que cette première avancée se heurtera au système en place de gestion de l’euro par la BCE. De ce fait je ne vois pas qu’il soit possible d’éviter de « sortir de l’euro » par la restauration de la souveraineté monétaire des Etats européens. Alors et alors seulement des espaces de mouvement pourront s’ouvrir, imposant la négociation entre partenaires européens et par là même la révision des textes organisant les institutions européennes. Alors et alors seulement des mesures pourront être prises amorçant la socialisation des monopoles. Je pense par exemple à la séparation des fonctions bancaires, voire à la nationalisation définitive des banques en difficulté, à l’allègement de la tutelle que les monopoles exercent sur les producteurs agricoles, les petites et moyennes entreprises, à l’adoption de règles de fiscalité fortement progressive, au transfert de la propriété des entreprises qui choisiraient la délocalisation aux travailleurs et aux collectivités locales, à la diversification des partenaires commerciaux, financiers et industriels par l’ouverture de négociations, notamment avec les pays émergents du Sud etc. Toutes ces mesures exigent l’affirmation de la souveraineté économique nationale et donc la désobéissance aux règles européennes qui ne les permettraient pas. Car il me paraît évident que les conditions politiques permettant de telles avancées ne seront jamais réunies en même temps dans l’ensemble de l’Union Européenne. Ce miracle n’aura pas lieu. Il faudra alors accepter de commencer là où on le peut, dans un ou plusieurs pays. Je reste convaincu que le processus engagé ne tarderait pas à faire boule de neige.

 

A ces propositions (dont le Président F. Hollande a amorcé la formulation, en partie tout au moins), les forces politiques au service des monopoles généralisés opposent déjà des contre-propositions qui en annihilent la portée : la « relance par la recherche d’une meilleure compétitivité des uns et des autres dans le respect de la transparence de la concurrence ». Ce discours n’est pas seulement celui de Merkel ; il est également celui de ses adversaires sociaux démocrates, celui de Draghi, le président de la BCE. Mais il faut savoir – et le dire – que la « concurrence transparente » n’existe pas. Elle est celle – opaque par nature – des monopoles en conflit mercantile. Il ne s’agit donc là que d’une rhétorique menteuse qu’il faut dénoncer comme telle. Tenter d’en aménager la gestion, après en avoir accepté le principe – en proposant des règles de « régulation » – ne mène à rien d’efficace. C’est demander aux monopoles généralisés – les bénéficiaires du système qu’ils dominent – qu’ils agissent contre leurs intérêts. Ceux-ci sauront trouver les moyens d’annihiler les règles de régulation qu’on prétendrait leur imposer.

 

Le XXe siècle n’a pas été seulement celui des guerres les plus violentes qu’on ait connues, produites dans une large mesure par le conflit des impérialismes (alors conjugués au pluriel). Il a été aussi celui d’immenses mouvements révolutionnaires des nations et des peuples des périphéries du capitalisme de l’époque. Ces révolutions ont transformé à une allure accélérée la Russie, l’Asie, l’Afrique et l’Amérique latine et ont constitué de ce fait la dynamique majeure dans la transformation du monde. Mais l’écho qu’elles ont trouvé dans les centres du système impérialiste est demeuré limité pour le moins qu’on puisse dire. Les forces réactionnaires pro-impérialistes ont conservé la maîtrise de la gestion politique des sociétés dans ce qui est devenu la triade de l’impérialisme collectif contemporain, leur permettant ainsi de poursuivre leurs politiques de « containment » (« contenir ») puis de « rolling back » (faire reculer) de cette première vague de luttes victorieuses pour l’émancipation de la majorité de l’humanité. C’est ce défaut d’internationalisme des travailleurs et des peuples qui est à l’origine du double drame du XXe siècle : l’essoufflement des avancées amorcées dans les périphéries (les premières expériences à vocation socialiste, le passage de la libération anti-impérialiste à la libération sociale) d’une part, le ralliement des socialismes européens au camp du capitalisme/impérialisme et la dérive de la social-démocratie devenant social libérale d’autre part.

 

Mais le triomphe du capital – devenu celui des monopoles généralisés – n’aura été que de courte durée (1980-2010 ?) Les luttes démocratiques et sociales engagées à travers le monde, comme certaines des politiques des Etats émergents, remettent en cause le système de la domination des monopoles généralisés et amorcent une seconde vague de transformation du monde. Ces luttes et ces conflits concernent toutes les sociétés de la planète, au Nord comme au Sud. Car pour maintenir son pouvoir le capitalisme contemporain est contraint de s’attaquer à la fois aux Etats, aux nations et aux travailleurs du Sud (de surexploiter leur force de travail, de piller leurs ressources naturelles) et aux travailleurs du Nord, mis en concurrence avec ceux du Sud. Les conditions objectives pour l’émergence d’une convergence internationaliste des luttes sont donc réunies. Mais de l’existence de conditions objectives à leur mise en œuvre par les agents sociaux sujets de la transformation, il y a encore une distance qui n’est pas franchie. Il n’entre pas dans notre intention de régler cette question par quelques grandes phrases faciles et creuses. Un examen approfondi des conflits entre les Etats émergents et l’impérialisme collectif de la triade et de leur articulation aux revendications démocratiques et sociales des travailleurs des pays concernés, un examen approfondi des révoltes en cours dans les pays du Sud, de leurs limites et de leurs évolutions diverses possibles, un examen approfondi des luttes engagées par des peuples en Europe et aux Etats Unis, constituent le préalable incontournable à la poursuite de débats féconds concernant « les » avenirs possibles.

 

Toujours est-il que l’amorce du dépassement du défaut d’internationalisme est encore loin d’être visible. La seconde vague des luttes pour la transformation du monde va-t-elle de ce fait être un « remake » de la première ? Pour ce qui est de l’Europe, objet de notre réflexion ici, la dimension anti-impérialiste des luttes reste absente de la conscience des acteurs et des stratégies qu’ils développement, quand ils en ont. Je tenais à conclure ma réflexion sur « l’Europe vue de l’extérieur » par cette remarque, d’une importance majeure à mon avis.

 

 

Références

 

Cet article fait référence à des concepts fondamentaux dans mon analyse du capitalisme contemporain et de sa crise, dont j’ai développé l’argumentation (dont seules les conclusions sont reprises ici) dans mes ouvrages les plus récents :

 

. Au-delà du capitalisme sénile, 2002 ; Obsolescent Capitalism, 2003

. Pour un monde multipolaire, 2005 ; Beyond US hegemony, 2006

. Du capitalisme à la civilisation, 2008 ; From Capitalism to civilization, 2010

. La crise, sortir de la crise du capitalisme ou sortir du capitalisme en crise, 2008 ; Ending the crisis of capitalism or ending capitalism, 2010

. La loi de la valeur mondialisée, 2011 ; The law of worldwide value, 2010

 

Je fais référence tout particulièrement aux concepts de capitalisme des monopoles généralisés, de l’impérialisme collectif de la triade, du capitalisme historique et de ses caractères particuliers – l’accumulation par dépossession, la soupape de l’émigration vers les Amériques qui a permis le déploiement du capitalisme historique, du surplus dans le capital des monopoles et de la rente impérialiste, des deux longues crises structurelles du capitalisme des monopoles et des réponses qui ont été données à la première et de celles qui lui sont à la seconde, du conflit Nord/Sud et de celui qui oppose les pays émergents à la triade impérialiste, des deux longues vagues de luttes et de conflits anti-impérialistes (l’éveil du Sud) et anti-capitalistes (les révolutions socialistes) qui ont occupé le XXe siècle et qui s’amorce au XXIe siècle.

 

Voir sur ces questions mes articles de synthèse :

. Capitalism, a parenthesis in history, Monthly Review 2009.

. The battlefields chosen by contemporary imperialism, Kasarinlan Philippine Journal of

Third World Studies, 2009.

. The trajectory of historical capitalism, Monthly Review 2011.

. Audacity, site Pambazuka 01/12/2011.

. Capitalisme transnational ou impérialisme collectif? Recherches Internationales, 2011.

. The Centre will not held, the rise and decline of liberalism, Monthly Review 2012.

. The surplus in Monopoly Capitalism and the imperialist rent, Monthly Review 2012.

. The South challenges globalization, site Pambazuka 05/04/2012.

 

L’analyse critique de la construction européenne et de la gestion de l’euro, objet de cet article, est replacée dans ce cadre global. Pour des développements concernant ces questions, voir :

. L’effacement du projet européen (Au-delà du capitalisme sénile, 2002 ; pages 110 et suivantes).

.Les sables mouvants du projet européen (Pour un monde multipolaire, 2005 ; pages 22 et suivantes).

. Le projet européen remis en question (Du capitalisme à la civilisation, 2008 ; pages 151 et suivantes).

. L’impossible gestion de l’euro, site Pambazuka 06/07/2010.

 

La référence à l’étude concernant l’opinion roumaine a été faite oralement par un participant roumain au Forum Social Balkanique (Zagreb, Mai 2012).

 

 

 

 

 

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22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 20:04

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SUR LE SAHEL

Le 14 Novembre COMAGUER a consacré son émission mensuelle thématique sur Radio Galère au SAHEL

Cette émission peut être écoutée et téléchargée dans les archives de COMAGUER  (voir mode d’emploi in fine)

 

Le fil directeur de cette émission suit :

La crise sahélienne n’est pas un évènement fortuit.

Elle est la mise en œuvre d’une politique impérialiste de longue haleine des Etats-Unis qui ont tourné la page de la période post coloniale où ils laissaient leurs alliés européens  contrôler leurs anciennes colonies africaines .

L’appétit pour le pétrole africain, la volonté de contrebalancer l’influence chinoise les ont conduit à une intervention directe de plus en plus intense.

La « guerre contre le terrorisme » a  servi de prétexte et de couverture à cette guerre coloniale d’un nouveau type. L’importance de cette opération néocoloniale vient d’être indirectement confirmée par la désignation d’un  envoyé spécial de l’ONU pour le Sahel en la personne de l’ancien premier ministre italien et ancien président de la Commission Européenne ROMANO PRODI

 

 La brève chronologie qui suit illustre le propos :

 

1998 : un think tank israélo-étasunien d’orientation néoconservatrice l’INSTITUTE FOR ADVNCED STRATEGIC  AND POLITICAL STUDIES pose les jalons de la nouvelle politique impérialiste des Etats-Unis en Afrique. Fondé en 1984 à Jérusalem avec un bureau à Washington  l’INSTITUTE FOR ADVANCED STRATEGIC  AND POLITICAL STUDIES (http://www.iasps.org/index.php proche du Likoud,  va développer l’idéologie et le programme de la future « guerre contre le terrorisme » sous la plume de RICHARD PERLE. Sur l’Afrique voir en particulier  http://www.iasps.org/opeds/oped30.htm. document de  Mai 2001 qui préconise déjà  la création d’AFRICOM.

 

1999 : ses travaux sont complétés par ceux d’un groupe spécifiquement orienté vers les questions pétrolières l’AFRICAN OIL INITIATIVE POLICY GROUP  repris à son compte par le Vice Président Dick Cheney en Mai 2001

 

2002 : George Bush lance la PAN SAHEL INITIATIVE, application de la guerre contre le terrorisme dans l’espace sahélien. Sont directement et expressément  visés 4 états de la Françafrique : Mauritanie, Mali, Niger et Tchad où l’armée US va à travers de programmes de coopération militaire s’introduire progressivement sur le terrain et se créer un réseau de relations dans les armées des pays visés. Les effectifs des forces spéciales US sur place atteignent très rapidement 700 hommes.

 

2004 : La PAN SAHEL INITIATIVE  qui n’était dotée que de petits moyens financiers à l’origine se transforme et s’élargit  Elle devient la TRANS SAHARIAN COUNTERTERRORISM INITIATIVE .Du SAHEL on est passé à un ensemble de pays voisins du Sahara au Nord comme au Sud de l’Algérie au Nigéria  l’orientation contre terroriste de cette politique devient centrale. Le programme bénéficie d’un budget de 500 millions de Dollars US

 Entre temps un certain nombre d’enlèvements, d’actions attribuées à des terroristes mal définis a  permis de justifier l’intensification de la lutte contre terroriste et d’apporter un appui technique et  financier aux armées pauvres des pays très pauvres concernés

  

2007 : Bush décide de la création d’un commandement militaire US  intégré pour l’Afrique : AFRICOM qui couvre tout le continent à l’exception de l’Egypte

2008 : AFRICOM entre en activité. Son siège reste à Stuttgart car aucun gouvernement  africain n’a accepté de l’accueillir sur son sol. Mais les troupes US sont en nombre d’une part à Djibouti sur l’ancienne base de l’armée française d’autre part en Italie pour la couverture de la zone Nord Afrique

 

2011 : AFRICOM lance via l’OTAN sa première guerre africaine d’envergure en Libye. Les anciens colonisateurs européens : France et Grande-Bretagne rivalisent de zèle meurtrier pour montrer qu’ils restent des vassaux zélés.

Les lecteurs anglophones pourront utilement lire  les ouvrages d’un des meilleurs connaisseurs de la zone saharo sahélienne, le chercheur britannique JEREMY KEENAN  auteur de  THE DARK SAHARA et de DYING SAHARA  livres non traduits (voir aussi http://www.youtube.com/watch?v=em85P8iPShU). Dans ces livres  JEREMY KEENAN établit la simultanéité de l’arrivée des forces spéciales US au Sahel et du début de l’activité terroriste dans la zone.

 

 

 

 

Les archives  radio de Comaguer (pour écoute et téléchargement)

http://www.dotspirit.com

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14 novembre 2012 3 14 /11 /novembre /2012 18:54

L'AMERIQUE «DEMOCRATIQUE» A SURPASSÉ L'ALLEMAGNE FASCISTE

 

Cet article publié récemment par le journal ukrainien « Rabotché–Krestyyanskaya Pravda (n° 8-2012) a été traduit et diffusé par le mensuel « Nouvelles d’URSS » * (N° 118 Novembre-décembre 2012)


*(pour commandes et abonnements écrire à ASSAMUNSOV - 30 rue des Trois Frères 75018 Paris)

 

La comparaison Etats-Unis/Allemagne nazie pourra a priori choquer certains mais le lecteur occidental a souvent tendance à considérer que son pays a été libéré par les seules armées alliées, l’armée des Etats-Unis en tête alors que le fardeau de la guerre contre le nazisme a été très largement porté par l’URSS (25 millions de morts, un pays dévasté dans toute sa partie occidentale) ce qu’aucun habitant de l’ex-URSS ne peut oublier et que la liquidation définitive du régime nazi à Berlin a été l’œuvre de la seule Armée Rouge.

N’oublions pas non plus qu’avant de défaire le  III° Reich dans la grande guerre patriotique l’URSS avait, dés 1939, infligé une défaite cuisante au régime fasciste japonais (voir à ce sujet l’ouvrage de l’historien étasunien Alvin D. CooX : NOMONHAN - Japan against Russia 1939) et s’était ainsi débarrassé du second des signataires du pacte anti-Kominterm destiné comme le rappelle indirectement l’auteur à l’attaquer sur deux fronts : à l’Ouest et à l’Est.

L’article souligne à juste titre que l’Allemagne nazie a été laissée libre de ses premières actions guerrières par ses voisins français et britanniques  et que pour les gouvernements occidentaux elle ne constituait pas un adversaire pouvant être rangée selon l’expression de l’auteur comme un « régime socio-économique différent ». Le Grand Capital étasunien : Ford, Esso, IBM, Coca-Cola … était présent en Allemagne avant 1933 et y est demeuré sans être dérangé par le pouvoir nazi. Pour ce qui concerne la France les deux ouvrages d’Annie Lacroix-Riz (Le choix de la défaite – De Munich à Vichy) ont apporté la démonstration sans appel  des sympathies et affinités de la bourgeoisie française pour le régime hitlérien.  

Enfin même s’ils ne sont pas invités dans les grands médias il existe aux Etats-Unis même des intellectuels  comme, parmi d’autres William Blum et Michael Parenti* qui dénoncent le caractère fasciste et impérialiste du régime en place mais sont peu ou pas traduits en France.

*Les lecteurs anglophones apprécieront son dernier article sur le prix Nobel de la paix attribué à l’Union Européenne

http://michaelparenti.org/nobel_peace_prize_for_war.html

 

 

L'AMERIQUE «DEMOCRATIQUE» A SURPASSÉ L'ALLEMAGNE FASCISTE

La situation du monde est actuellement bien plus mauvaise qu’elle ne l'était en 1938-1939. Seule la Russie peut arrêter la guerre et le 22 juin, nous nous souvenons de la tragédie. Nous pleurons les disparus. Nous sommes fiers de ceux qui ont reçu le choc et qui y ont répondu, tout comme de celui, le peuple, qui, ayant reçu le choc terrible, a rassemblé toutes ses forces et a écrasé ceux qui le lui avaient porté. Mais tout cela est tourné vers le passé. Et la société a depuis longtemps déjà oublié la thèse qui, pendant 50 ans, a protégé la paix de la guerre: «L'année 41 ne doit plus se répéter». Outre qu’elle a empêché, cette thèse, qu'il ne se répète, elle a empêché sa réalisation pratique.

Il arrive que même les gens et les hommes politiques (ne parlons pas de ceux qui pensent être à présent devenus des ressortissants d'un autre pays) pleinement orientés dans l'optique soviétique, prennent parfois des positions sceptiques à propos de la surcharge de l'économie de l'U.R.S.S. par les dépenses militaires et ironisent quant à la «doctrine d'Oustinov»: « l'U.R.S.S. doit être prête à mener la guerre simultanément contre deux adversaires quelconques» (on avait en vue les Etats-Unis d’Amérique et la Chine) et ils assurent que c'est précisément pour avoir suivi cette doctrine que l'économie de l'U.R.S.S. a été ruinée.

Ruinée ou pas, c'est là une question, car jusqu’en 1991, la production croissait dans l'écrasante majorité des industries-clés. Mais voilà, malgré cela, les rayons des magasins étaient vides  tandis qu'ils se sont instantanément, comme par miracle, regarnis de produits en quelques deux semaines, après qu'il ait seulement été décidé d'en augmenter arbitrairement les prix. Mais voilà déjà une autre question et qui se pose à d'autres personnes. Oustinov a effectivement fait prévaloir cette approche, mais ce n'est pas lui qui l'a formulée: en politique mondiale, le statut de grande puissance suppose depuis longtemps la capacité de mener une guerre simultanément contre deux adversaires quelconques. Et Oustinov le savait, c'est pourquoi il l'a fait prévaloir; parce que le 9 juin 1941, lorsqu'il a dû occuper le poste de commissaire du peuple à l'Armement de l'U.R.S.S., il a alors su ce qu’'il en coûtait d'équiper une armée déjà obligée de faire la guerre en étant sous-équipée. Et il est resté à ce poste, malgré tous les changements de noms de la fonction, jusqu'à ce qu'il devienne ministre de la Défense en 1976.

Ensuite, fin des années quatre-vingt, il a été annoncé que l'armement de l'U.R.S.S. n'était plus nécessaire et qu'à présent, la guerre froide terminée, plus personne ne nous menaçait. La guerre froide a eu ce très important mérite: c'est qu'elle n'était pas «chaude». Mais à peine avait-elle pris fin que, dans le monde, et à présent en Europe, la guerre «chaude» commençait.

Il est vrai que personne pour le moment n'a attaqué la Russie: personne à titre personnel et directement. Mais premièrement, de «menus objets militaires» lui sont déjà plus d'une fois tombés dessus, sur instruction et avec l'appui de grands pays. Secondement, les grands pays ne l’ont pas attaquée principalement parce que la Russie détenait encore les armes créées en U.R.S.S. et que, malgré la démoralisation de l'armée, de l'Etat et de l'économie, cet armement aurait largement suffit pour anéantir plus d'une fois n'importe lequel d'entre eux, pris séparément ou tous ensemble. Mais après la création du système américain de défense antimissile, cette situation n'existe déjà plus.

En plus de cela, l'actuelle situation n'est guère beaucoup meilleure dans le monde, et pour être plus précis n'est en rien meilleure, que celle qui prévalait tant avant 1914 qu'avant 1939-1941. Le discours qui consiste à dire que si l'U.R.S.S. (la Russie) cessait de s'opposer à l'Occident, si elle démantelait et renonçait à son régime socio-­économique, alors la menace de guerre mondiale disparaitrait et tout le monde commencerait à vivre en paix et dans l'amitié, ce discours ne peut pas même être considéré comme une simple arriération mentale. C'est un pur mensonge orienté sur 1a capitulation morale de l'U.R.S.S., en particulier parce que la majorité des guerres de l'histoire ont été des guerres non pas entre pays à régimes socio-économiques différents, mais entre pays à régimes similaires. En 1914, l'Angleterre et la France différaient peu de l'Allemagne et de l'Autriche-Hongrie, tandis que la Russie monarchiste a guerroyé aux côtés, non pas des dernières monarchies, mais des démocraties britannique et française.

Et la Seconde guerre mondiale a commencé non pas par la guerre de pays capitalistes contre l'U.R.S.S., pays socialiste, mais par des conflits et des guerres entre pays capitalistes. Tandis que ce qui en est devenu le prétexte direct, ce fut la guerre entre deux pays non seulement capitalistes, mais fascistes: l'Allemagne et la Pologne. Penser aujourd'hui que la guerre entre les Etats-Unis et 1a Russie ne peut avoir lieu parce qu'ils sont tous les deux, disons-le avec circonspection, capitalistes, c'est être tout simplement prisonnier de ses propres aberrations d'entendement. En 1939, Hitler était en conflits d'intérêts autant avec l'U.R.S.S. qu'avec des pays qui lui étaient socialement similaires et ces conflits d'intérêts n'étaient pas moindres que ceux qui aujourd'hui agitent déjà les Etats-Unis.

Hitler a introduit alors ses troupes dans la zone démilitarisée de Rhénanie qui, il est vrai, se trouvait sur le territoire même de l'Allemagne. Puis il a procédé à l'Anschluss de l'Autriche, formellement par voie pacifique, sur 1a base de la volonté exprimée de l'Autriche elle-même. Ensuite, il a annexé, avec l'accord des puissances occidentales, la région des Sudètes en Tchécoslovaquie, pour finalement s'emparer de toute la Tchécoslovaquie elle-même. Enfin, il a participé à la guerre civile en Espagne du côté de Franco. En tout, quatre conflits dont un armé, proprement parlant. Et tout le monde l'a reconnu comme agresseur et a dit que la guerre était à nos portes.

Les Etats-Unis et l'OTAN aujourd'hui

1. Ils ont par deux fois agressé la Yougoslavie, l'ont dépecée en plusieurs morceaux, en ont arraché une partie du territoire et l'ont anéantie en tant qu'État unique.

2. Ils ont envahi l'Irak, jeté bas son pouvoir national et occupé le pays, y installant un régime de marionnettes.

3. Ils ont fait la même chose en Afghanistan.

4. Ils ont préparé, organisé et déclenché la guerre du régime de Saakhachvili contre la Russie et l'ont pris sous leur protection après sa défaite militaire.

5. Ils ont fomenté l'agression contre la Libye, l'ont soumise à leurs bombardements barbares, jeté bas son pouvoir national, tué le dirigeant du pays et installé au pouvoir un régime généralement barbare.

6. Ils ont provoqué la guerre civile en Syrie, y participent pratiquement du côté de leurs satellites et préparent l'agression armée contre ce pays.

7. Ils menacent de guerre l'Iran souverain.

8. Ils ont renversé les gouvernements nationaux en Tunisie et en Égypte.

9. Ils ont renversé le gouvernement national de la Géorgie, ils ont installé un régime dictatorial de marionnettes et ont en fait occupé le pays. Jusqu'à le priver de son droit de faire usage de la langue maternelle, le géorgien: à présent: la principale obligation en Géorgie pour entrer dans un service public ou obtenir un diplôme de l'enseignement supérieur est de maîtriser couramment la langue des Etats-Unis d’Amérique.

10. Ils ont partiellement réalisé la même chose ou ont tenté de la réaliser en Serbie et en Ukraine.

Au total: 13 actes d'agression (1) dont 6 ont été des ingérences militaires directes. Contre 4 pour Hitler en 1939 dont une armée. Les mots sont différents, mais les actes sont analogues. Certes, les Etats-Unis d’Amérique peuvent dire qu'en Afghanistan, ils ont agi en état de légitime défense (2) mais Hitler pouvait lui aussi dire qu'en Rhénanie, il agissait en défendant la souveraineté de l'A1lemagne. Comme s'il était  absurde de comparer les Etats-Unis démocratiques à l'Allemagne fasciste, pourtant, il n'en serait pas moins pénible aux Libyens, Irakiens, Serbes et Syriens  tués par les américains. Par l'envergure et le nombre de leurs actes d'agression les Etats-Unis ont depuis longtemps et de beaucoup surpassé l'Allemagne hitlérienne de l'époque d'avant-guerre. Seulement, si paradoxal que cela puisse paraître, Hitler était bien plus honnête: il envoyait ses propres soldats se faire tuer au combat, lesquels sacrifiaient leurs vies pour lui. Quant aux Etats-Unis, ils envoient pour l'essentiel leurs mercenaires, tandis qu'eux-mêmes portent leurs coups en traître peut-on dire, tuant l'adversaire du haut de leurs avions à l'abri de tout danger.

Du fait de leur offensive géopolitique, les Etats-Unis d’Amérique ont perpétré trois fois plus d'actes d'agression et provoqué six fois plus d'agressions militaires qu’Hitler dans la période d'avant-guerre. Et il ne s'agit pas, dans le cas donné, de déterminer lequel des deux était le plus mauvais (encore que Hitler aurait peu s'en faut plutôt l'air d'un politicien modéré au regard des guerres ininterrompues des États-Unis d’Amérique durant ces dernières années), mais de dire que la situation du monde est plus mauvaise qu’elle ne l'était en 1938-1939. Ce pays dominant et aspirant à l'hégémonie a perpétré plus d’agressions que cet autre pays analogue au seuil de 1939. Les actes d'agression commis par Hitler ont été relativement localisés et n'ont concerné pour l'essentiel que des territoires contigus. Les actes d'agression des Etats-Unis d’Amérique sont répartis dans le monde entier.

Dans les années trente, il existait dans le monde et en Europe des centres de force sensiblement égaux par leurs dimensions et qui, les circonstances le rendant possible, auraient pu prévenir l'agression et empêcher Hitler de la commettre. Aujourd'hui, il n'y a qu’un seul centre de force aspirant à l'hégémonie qui l'emporte de plusieurs fois par son potentiel militaire sur presque tous les autres protagonistes restants dans la vie politique mondiale.

Le danger d'une nouvelle guerre mondiale est aujourd'hui plus grand qu'il ne l'était dans la seconde moitié des années trente. L’unique facteur qui la rend pour le moment irréalisable, ce sont les possibilités dissuasives de la Russie. Non point des autres puissances nucléaires (leur potentiel est insuffisant pour cela), mais bien de la Russie, Mais ce facteur va disparaître dans quelques années lorsqu'aura été créé le système américains de défense antimissile.

Peut-être la guerre est elle inévitable.

Peut-être n'aura-t-elle pas lieu. Mais elle n'aura pas lieu que dans le cas où la Russie y sera prête. L'ensemble de la situation se présente de manière beaucoup trop identique à celle du début du XXe s et des années trente. Le nombre de conflits militaires impliquant des pays dominants du monde est en progression. Le monde va vers la guerre.

La Russie n'a pas d'autre issue que de s'y préparer. Aiguiller l'économie sur la voie de la production militaire. Chercher des alliés. Rééquiper l'armée. Anéantir les réseaux d'agents et la cinquième colonne de l'adversaire. Le 22 juin 1941 ne doit effectivement pas se répéter.

8erguéï TCHERNYAKOVSKI

 

(1)  note Comaguer : en 21 ans, de 1991 à 2012 soit plus d’une tous les deux ans 

(2)  note Comaguer : ils peuvent le dire et ils n’ont cessé de le dire mais c’est admettre sans débat et sans preuves que l’Afghanistan – le pays, pas  ben Laden - était l’auteur des attentats du 11 Septembre

 

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