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17 janvier 2014 5 17 /01 /janvier /2014 16:28

 

 

 

A 50 km à l’ouest de la Havane sur la côte nord de l’ile, Cuba  ouvre un nouveau port et autour de lui une zone économique spéciale directement inspirée des ZONES ECONOMIQUES SPECIALES ouvertes par la République populaire de Chine au début des années 80. Ces zones destinées à accueillir dans une série de ports chinois les investisseurs capitalistes étrangers ont permis une modernisation très rapide de l’industrie chinoise et la formation d’une classe ouvrière et technicienne abondante projetée en quelques années dans la technologie industrielle la plus avancée. S’il est incontestable que cette fraction de la nouvelles classe ouvrière chinoise a subi les conditions d’exploitation semblables à celles que les mêmes multinationales capitalistes imposaient à leurs salariés sous d’autres cieux, cette industrialisation de la Chine a d’une part stimulé la modernisation de l’industrie d’Etat ( qui reste aujourd’hui dominante dans la production globale) d’autre part permis à la Chine d’aborder le marché mondial en position excédentaire, ses exportations dépassant largement ses importations et garantissant à l’Etat chinois et à sa banque centrale non indépendante de tirer tous les avantages politiques d’une trésorerie florissante.

Le port et la zone industrielle  ,appelée zone spéciale de développement, de Mariel  ont donc pour objectif de faire pénétrer sous un contrôle très strict de l’Etat des capitaux étrangers qui bénéficieront de conditions favorables mais qui , outre le caractère formateur de la nouvelle classe ouvrière cubaine , aura en plus dans le cas cubain l’avantage de constituer une mise en cause directe de l’embargo. En effet aucun grand groupe capitaliste ne viendra s’installer là au cœur du marché de la Caraïbe et à moins de 100 km des côtes de Floride s’il ne peut exporter sa production. S’il est probable que les grandes firmes US seront réservées face à cette nouvelle opportunité, elles ne pourront rester longtemps indifférente au fait que leurs concurrents chinois, européens, brésiliens ou autres profiteront de l’aubaine. Ainsi sera vérifiée l’hypothèse selon laquelle la perte de l’hégémonie économique conduit progressivement à la  perte d’hégémonie politique.

La création du nouveau ensemble industrialo-portuaire est en  lui-même l’illustration de cette transformation.

La baie de Mariel est un excellent site portuaire qui permettra de décongestionner La Havane

 

 

 

 

 

 

 

 

La construction des infrastructures portuaires (quais- routes…) est revenue au groupe de BTP brésilien ODEBRECHT qui domine le marché latino américain. Les travaux  - environ 1 milliard de dollars - ont été financés par un prêt du gouvernement brésilien. Le port, équipé de grues chinoises  pourra recevoir les plus  grands navires porte-conteneurs et pourra servir de centre de redistribution pour la Caraïbe de marchandises venues de Chine et d’ailleurs en passant par le canal de Panama dont les travaux d’élargissement s’achèvent. La gestion du nouveau port a été confiée à l’autorité portuaire de Singapour. Le port de Singapour, le second du monde après Shanghai, a pris en gérance des terminaux à conteneurs dans le monde entier : Italie, Belgique, Pays-Bas, Japon, Corée du Sud, Argentine, Panama.

Les nouvelles grues chinoises arrivées par mer sur un navire spécialisé sont maintenant en place à Mariel

 

Cuba s’insère ainsi de  plein pied dans les réseaux du commerce international tout en gardant la maitrise d’ensemble sur cet espace ouvert au capital étranger. Le territoire de la ZES est séparé administrativement du reste du pays, les flux de marchandise et de personnel sont contrôlés.

Le port de Mariel est symboliquement un énorme pied de nez et une sorte de réplique historique à l’enclave étasunienne de Guantanamo à l’autre extrémité de l’ile. Guantanamo souveraineté perdue, occupation étrangère hostile et honteuse. Mariel, début  du déblocage de l’ile organisé depuis six décennies par le puissant voisin, reconquête du droit à commercer librement.

 

Mariel l’autre histoire

 

 

La baie et le port (petit à l’époque) ont été à la une de la presse internationale en 1980. A l’époque, le gouvernement cubain toujours soumis à des pressions et à des tentatives de déstabilisation des Etats-Unis  est aux prises avec les conséquences économiques de l’embargo. Il décide d’ouvrir la porte à ceux des cubains qui veulent fuir le pays et qui se sont mis à  organiser des manifestations  plus ou moins violentes pour obtenir ce droit.   A partir du 20 Avril 1980  et pendant 5 mois  125000 cubains vont embarquer sur des petits bateaux à moteur en direction de Key West à l’extrême sud de la Floride. Ils sont connus dans le pays comme les « Marielitos ». 

Ne pouvant pas accuser Castro de maintenir ses opposants en prison, la propagande occidentale changera  de discours et prétendra qu’il n’a laissé partir que des débiles mentaux et des repris de justice. Il y en avait mais dans des proportions faibles, les chiffres avancés ne dépassent pas 2% du total. En réalité les services de l’émigration US ont été débordés par ce flot inattendu et en même temps tétanisés par la crainte qu’une fraction  de ces émigrants soient des agents cubains. Carter sera contraint de négocier un accord avec Castro pour régulariser cette vague d’émigrants.  Beaucoup de ces émigrants rejoindront la communauté cubaine de Miami  et trouveront progressivement leur place dans l’économie locale.

Mais ce phénomène de masse sera en partie masqué par l’industrie médiatique étasunienne qui produira une nouvelle version cinématographique de SCARFACE.  Réalisée par Brian de Palma en 1983 elle remplace, sans en faire cependant un pamphlet anticastriste, l’AL CAPONE du film de Howard Hawks par un de ces émigrés cubains qui devient aux Etats-Unis un des chefs du trafic de drogue. Une constante de l’histoire des Etats-Unis où chaque vague d’émigration voit éclore en son sein une minorité de gangsters d’où vont émerger des grands mafieux  comme  Lucky Luciano  ou  Rudolf Slansky.

La littérature   gardera également la trace de l’évènement puisque l’écrivain cubain Reinaldo Arenas, poursuivi par le régime cubain pour son homosexualité  et anticastriste acharné, échappera à la surveillance policière et embarquera à Mariel. Il se verra ouvrir toutes grandes les portes des universités et des maisons d’édition pour exprimer son hostilité au régime cubain. Il raconte son départ à Mariel dans son autobiographie  «  Avant la nuit »   et avouera aussi avant sa mort sa déception face à la réalité de  la société étasunienne.

17 janvier 2014 5 17 /01 /janvier /2014 11:43

La guérilla colombienne en prise avec les problèmes de l’époque

 

Les combattantes des FARC-EP colombiennes disposent d’un site internet où elles expriment leurs positions sur la guerre en cours et en même temps, au milieu des combats, elles réfléchissent, car leur engagement dans la guérilla se fait au nom d’une société nouvelle à construire .

N’en déplaise aux propagandistes du système politico-oligarco-policier en place en Colombie dont le « grand inquisiteur Ordonnez » qui défend l’article 42 de la constitution colombienne qui stipule que « La famille est la cellule fondamentale de la société » est le porte-parole, on touche là à la différence fondamentale entre la guerre populaire et le terrorisme.

Dans un article récent*, la guérillera Natalie Mistral aborde la question du mariage homosexuel. Sa compréhension dialectique du problème montre à l’évidence que les FARC-EP sont un mouvement politique construit que dans la jungle on a de bonnes lectures et qu’on réfléchit.

*http://mujerfariana.co/index.php/vision-de-mujer/103-matrimonio-igualitario-o-abolicion-del-matrimonio

 

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« La famille est la cellule fondamentale de la société »

Une déclaration qui est apparemment irréfutable, presque évidente. La question est celle-ci : de quelle famille parlons-nous ? De La famille " monogame et hétérosexuelle «, comme préconisé par le Grand Inquisiteur Ordoñez, semble être le modèle auquel se réfère la Constitution.

Il n'est pas le seul modèle possible. Contrairement à ce qui est dit par les institutions bourgeoises, le modèle «traditionnel» n'est pas universel, il n'a pas toujours existé, et il n'est pas le même partout. La famille, même si elle est l'unité de base de l'organisation sociale, est le résultat de l'évolution historique de chaque société.

Perte de valeurs ! Abomination ! Corruption de la société ! Ce sont quelques-uns des adjectifs que nous entendons souvent lorsque l'état de la société est en cours de discussion. En fait, nous assistons à un changement historique dans la structure familiale. Regardons au-delà du jugement de savoir si nous aimons ces modifications ou non, de percevoir la dialectique de l'histoire en plein développement. Réfléchissons sur les changements, socio-culturels, scientifiques, économiques qui nécessitent l'adaptation de l'organisation sociale aux vrais besoins humains de ce temps. Modifications qui nécessitent parfois de rompre avec les perceptions bien ancrées et que peuvent impliquer une certaine forme de violence.

Du mariage de promiscuité et de groupe dans les débuts du développement humain, de la famille polygame à la polyandrie, à la famille monogame patriarcale, le moteur du changement a été la croissance de la capacité de production. Cela a provoqué un déséquilibre dans les relations de pouvoir en faveur du mâle humain, qui l’ont amené à trouver un moyen pour assurer la perpétuation de sa propriété. Ensuite, il a imposé, non sans résistance, la stricte monogamie aux femmes pour être en mesure d'identifier sa progéniture et la faire hériter de ses biens (1).

Les différents cultes chrétiens et le capitalisme moderne ont changé la famille patriarcale "traditionnelle" dans la pierre angulaire du système économique moderne, en encourageant la division sociale et sexuelle du travail. Sur ce noyau de base, consolidé par l'idée que c'est la seule possibilité naturelle, la culture capitaliste est tout entière construite. Donc, nous ne devrions pas être surpris que le débat sur ​​le mariage homosexuel génère tellement de rejet et de polémiques.

Le fait que deux personnes du même sexe puissent acquérir autant de droits et de devoirs que les couples mariés n'est pas seulement une question de liberté ou d’éthique pour certaines personnes, il modifie la définition de l'institution familiale.

Cela ne signifie pas que la revendication du droit pour les couples homosexuels de se marier répond à une impulsion révolutionnaire anti-capitaliste, il s'agit plus d’un désir individuel d'intégration dans le système existant. S'il est clair que l'identité sexuelle ne définit pas les positions politiques, le rejet des différences par les secteurs les plus conservateurs est souvent un détonateur de la révolte et peut conduire à une plus grande participation politique et sociale. Cependant, la communauté LGBTI ne remet pas toujours en question l'institution de la famille bourgeoise, elle tend généralement à la reproduire.

L’exigence de la communauté LGBTI du droit de créer un abri juridique dans les paramètres bourgeois, est tout à fait légitime et compréhensible. Il s'agit tout simplement de la réalisation de l'acceptation sociale " normale " dans le cadre du droit à la différence. Mais il s'agit aussi de résoudre des problèmes concrets et quotidiens , sur l'obtention de réels avantages matériels dont bénéficient les couples mariés .L’officialisation de l'union entre deux personnes ( ou même plus ... ) qui veulent créer une famille répond à la nécessité matérielle d’ acquérir des droits et avantages légaux , en matière fiscale et de reproduction , entre autres . Ce ne sont pas des lois naturelles, mais de simples conventions sociales.

En ce sens, nous avons le devoir moral de soutenir le droit de chacun de décider de son corps et de son destin. Mais notre lutte va au-delà. La lutte anti- capitaliste prend place dans la construction d'une nouvelle société dont les valeurs sont l'antithèse de l’hypocrisie bourgeoise. Le vrai respect des différences, la solidarité, la justice véritable qui implique la justice sociale et la dignité doit être le fondement de cette nouvelle société. Et par conséquent, nous devons repenser les notions de famille et d'éducation. C'est -à-dire que nous devrions changer l'idée même du mariage.

Le mariage, tel que nous le connaissons aujourd’hui, est avant tout un contrat économique (2). La notion de l'amour dans les couples mariés, ce qui n'est pas nouveau, ni idéal, n’a été que récemment intégrée dans les sociétés occidentalisées, comme un facteur déterminant dans ​​le choix du couple. Au cours du XXe siècle, surtout dans les classes inférieures, lorsque l'héritage et succession n’avaient plus aucune pertinence, il a été imposé comme une règle. Cette conception est le début de la transformation moderne et progressiste de la structure familiale. La priorité d'une relation fondée sur l'amour et non sur des motivations économiques est ce a progressivement permis l'acceptation du divorce, parce que quand l'amour disparaît, la raison d'être mariés disparaît, aussi. En d'autres termes, du mariage comme destin inévitable, on est passé à une situation où l'individu peut faire un choix. De permanent le mariage, est devenu de nos jours un état temporaire.

Et cela n'aurait pas été possible si les femmes n'avaient pas d’abord acquis une relative autonomie financière. Peu à peu, elles ont conquis le droit de ne pas être simplement l'organe de reproduction de la société. Ainsi, grâce aux luttes des femmes pour décider de leur vie, nous avons aujourd'hui la possibilité de construire d'autres structures familiales.

Cependant, l'archétype de la famille nucléaire heureuse persiste encore : père, mère et enfants, ensemble et heureux, sous un même toit et une structure économique où tout le monde a un rôle défini. Dans notre pays, il est toujours considéré comme naturel d’apprendre aux filles à être des femmes au foyer attentives et aux garçons à « être quelqu'un dans la vie " ! Mais la réalité montre que ce modèle est en train de disparaître. En Colombie, dans les deux dernières années seulement 19% des couples à l'âge adulte ont contracté un mariage civil ou religieux, tandis que 39 % vivent avec un partenaire. Sur 100 enfants qui naissent, 85 ont une mère célibataire et 12 % des enfants colombiens ne vivent pas avec leurs deux parents (3).

La fonction principale de la famille continue à être l'éducation des nouvelles générations. Ce qui est vraiment en train de changer, est la composition de la famille et les rôles joués par les membres de la même famille dans l'éducation des enfants. En Colombie , les différentes cultures et traditions - ce qui en soi ne correspond pas toujours au modèle bourgeois – chrétien de la famille , les besoins économiques , la violence émanant du conflit interne , l'urbanisation de plus en plus importante et l'incrédulité envers les religions , sont des facteurs qui ont influencé les modèles nouveaux ou renouvelés de familles, comme les familles monoparentales , reconstituées , ou pluri-générationnelles ou étendues .

La multiplication de ce qui était autrefois des cas individuels nous a permis d'éliminer les tabous et les jugements sur la capacité de ces nouvelles familles à élever leurs enfants Cependant, ces nouveaux modèles génèrent des changements culturels qui à leur tour nécessitent une évolution de la structure sociale dans l'organisation des responsabilités éducatives.

Le déséquilibre actuel entre la famille et les institutions existantes, renforcée par la résistance des secteurs conservateurs au pouvoir, génère ce que beaucoup décrivent comme " perte des valeurs «. Oui, il y a une perte des valeurs bourgeoises qui provoque un écart entre les modèles qui sont encore considérés valides ou «bons » et les sentiments et les expériences de la population. Ce sont des signes de l'incohérence du système capitaliste et de la nécessité de réinventer l’avenir.

Le problème du modèle familial existant est donc une question qui devrait être prise en compte lorsque nous commençons à réfléchir aux structures d'une société nouvelle. L'exercice que nous faisons en tant qu'organisation à La Havane avec le développement de nos propositions " minimum " doit prendre en considération cette conception.

Promouvoir une transformation égalitaire des structures sociales et l'évolution des structures éducatives, visant à répondre aux besoins émergents de la communauté, conduit à repenser le concept ", de famille sans le lier au mariage. Le contrat de mariage deviendrait alors inutile.

 

1. Engels, F. L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État, p. 40 : " son but exprès est de porter des enfants dont la paternité est incontestable, et cela nécessite paternité incontestée pour les enfants, comme héritiers directs, qui doivent un jour entrer en possession des biens de leur père. "

2. Beauvoir, de S. Le Deuxième Sexe

3. Etude de la Famille dans le monde en 2013 (étude internationale collective parrainée par les institutions catholiques) http://www.childtrends.org/wp-content/uploads/2013/05/Mapa_mundial_familia_2013.pdf

Publié le dimanche 24 Novembre 2013

Traduction COMAGUER

23 décembre 2013 1 23 /12 /décembre /2013 13:59

EXTRAIT DU LIVRE DE ROBERT CHARVIN

 

"LES TIERS MONDES"

"DU SUD AUX SUDS"

"PANORAMA CRITIQUE"

 

 

éditions Publisud

 

 

 PISTES D'EXPLORATION

 

1. Les progrès technologiques et scientifiques

Une approche globale du Sud peut être guidée par un certain nombre d'observations pouvant être pertinentes pour une meilleure compréhension de ses réalités, en dépit de la grande diversité des cas à prendre en considération.

Ce qui différencie le xxr° siècle et les siècles passés, c'est que le sous-­développement, le mal développement et les inégalités entre les peuples ne sont plus le résultat d'une situation de pénurie globale. Les écarts de développement entre les peuples ont été longtemps minimes. Le creusement entre les économies est relativement récent: il est lié aux révolutions scientifiques et techniques qui ne se sont pas produites partout simultanément. Or, l'immense progrès technologique et scientifique permet de résoudre. La plupart des problèmes restés jusque là insolubles. C'est ainsi, par exemple, que le désert n'est pas foncièrement un obstacle à la production agricole, comme le prouvent certaines réalisations dans le sud libyen, à proximité de Sebbah. La plupart des grandes pandémies peuvent' disparaître grâce aux vaccins et aux thérapeutiques existantes. Bien évidemment il faut, pour que ces révolutions s'accomplissent, des moyens financiers. Ils existent: chaque année, selon les Nations Unies, 900.000 milliards de dollars sont échangés. La mise en œuvre d'une fiscalité internationale assurant une redistribution équitable entre les peuples du monde, en lieu et place d'une "aide" toujours insuffisante et toujours source de dépendance, relève de la seule volonté politique des États, en premier lieu des Grandes Puissances. Cette révolution financière a des fondements idéologiques universels. On peut rappeler que toutes les grandes religions et les grandes philosophies qui ont marqué l'histoire de la pensée humaine ont invoqué la nécessité d'un partage jamais réalisé. La compassion à l'échelle mondiale n'a aucune chance de naître et surtout d'être efficace après des millénaires de conflits visant à permettre à certains de piller les richesses des autres. Par contre, la fiscalisation des relations internationales (très modestement amorcée avec le "projet de taxe Tobin" et l'apparition de taxes sur les billets d'avions pratiquée par une quinzaine d'Etats) peut être, au contraire, un mode de gouvernance rationnel, source de moyens financiers correspondant aux besoins des peuples. Il en est de même avec l'émergence des nouvelles notions du droit international, telles celles de Bien Commun, de Patrimoine Commun de l'Humanité, de Services Publics transnationaux, qui sont susceptibles d'aménager un socialisme planétaire et une gouvernance sociale, rappelant à une autre échelle, les vertus de l'Etat-Providence. L'eau, les ressources énergétiques, les productions alimentaires, le savoir scientifique relèvent de l'intérêt général pour la société internationale. Mais il conviendrait de procéder à une révolutionnarisation profonde d'un droit international fabriqué de longue date et encore maîtrisé par les Grandes Puissances pour privilégier avant tout leurs intérêts.

Bien que ces transformations radicales relèvent aujourd'hui de l'utopie, il est utile de situer l'ensemble des problèmes du Sud dans ce contexte politique nouveau et non dans la continuité des raisonnements anciens faisant du sous-développement des uns la nécessaire conséquence du développement des autres. L'esclavage a cessé lorsqu'il est apparu plus efficace d'avoir des travailleurs "libres" ; les dominations exploiteuses peuvent cesser s'il apparaît qu'une redistribution équitable des moyens financiers et des ressources cogérées à l'échelle planétaire ou, dans une première phase au niveau régional, pourrait être source de paix et d'une plus grande efficacité pour le développement humain et durable. Ainsi, aucun fatalisme n'est de mise au xxr° siècle. Tous les problèmes et tous les enjeux sont de nature fondamentalement politique.

 

2. L'Histoire continue

En dépit de ceux qui annoncent la "fin de l'histoire" parce qu'ils ont peur de son évolution et souhaitent donc en arrêter le cours (c'est le cas des Etats-Unis et de l'Occident dans son ensemble), l'Histoire continue. Déjà se profilent de nouvelles Puissances, en Asie particulièrement, mais aussi en Amérique du Sud et en Afrique qui, après avoir subi le mépris, sont en mesure, dans un avenir proche, d'exercer un hégémonisme renouvelé.

Or, la compréhension des positions des peuples et des Etats du Sud exige qu'ils soient resitués dans le cadre d'une séquence historique longue. Il en est de même pour examiner les stratégies et les réactivités du Nord vis-à-vis du Sud. La nature des relations Nord-Sud et leurs mutations sont plus lisibles si l'Histoire prise en compte est celle du sud-pré-colonial, puis de la colonisation, ensuite de la "décolonisation" c'est-à-dire du processus (diversifié) d'accession à l'indépendance, enfin des échanges contemporains entre le Nord et le Sud, particulièrement dans les domaines économique et financier.

Au contraire, toute séquence historique courte déforme gravement la réalité et surtout ile sens de l'évolution. Peut-on saisir les mutations chinoises, y compris dans ses dimensions mentales, si l'on oublie qu'il y a à peine plus d'un siècle, les "Concessions" que s'étaient octroyés les Etats occidentaux sur le territoire chinois interdisaient la libre circulation des Chinois (avec, par exemple, la très symbolique fermeture des jardins "publics" interdits "aux Chinois et aux chiens" !). Marx à ce sujet s'interrogeaient de manière prémonitoire: "II s'agit de savoir si l'humanité peut accomplir sa destinée sans une révolution fondamentale dans l'état social de l'Asie ? (32).

On ne peut mesurer l'évolution des sociétés qu'en prenant toute la mesure de sa marche diachronique : chaque société marche à son rythme, avec des accélérations et des ralentissements, des avancées et des reculs, ce qui crée entre elles des rapports de forces inégaux. Chaque Empire, par exemple, connaît dans I ‘Histoire une montée en puissance un apogée et un déclin : les phénomènes hégémoniques sont donc provisoires". Il y a donc une succession de phénomènes de domination et d'exploitation de puissances différentes et la hiérarchie d'un moment n'a pas la signification d'une supériorité "naturelle" comme, par exemple, le racisme le prétend. "La colonisation n'est, au fond, qu'une forme primitive de la domination de race", comme l'affirme le politologue camerounais Achille Mbembe (34). L'histoire du racisme est en effet significative. Le racisme occidental ne se développe qu'avec la colonisation, lorsqu'il légitime l'esclavage et la surexploitation des populations colonisées. Il était "utile" pour les colonisateurs de se persuader que les colonisés n'étaient que des barbares primitifs, donc corvéables à merci. Montesquieu en ironisant dans l'Esprit des Lors sur l'esclavage, fournit explicitement-la clé : "Il est impossible que nous supposions que ces gens-là (les nègres esclaves) soient des hommes ; parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens" ! Il en est de même aujourd'hui pour le racisme qui se développe vis-à-vis des immigrés dans les pays occidentaux : les discriminations qu'ils subissent (salaires, logements, etc.) ne sont "tolérables" que s'ils sont perçus comme appartenant à des catégories variées de sous-hommes.

Adopter une séquence historique courte, comme cela se fait de plus en plus dans les pays occidentaux, conduit (35) à majorer un événement récent pour en faire la source historique du racisme : ainsi, le racisme nazi (question européo-européenne) relègue le racisme d'origine coloniale au second plan. Les sciences sociales en Occident n'ont d'ailleurs commencé à s'intéresser au racisme qu'avec la question noire aux Etats-Unis et la montée de l'antisémitisme dans l'Allemagne durant l'entre deux guerres, malgré près de quatre siècles de racisme (qui ne portait pas ce nom (36) à l'encontre des peuples du Sud, africains et amérindiens notamment. Bien que racisme et expansion coloniale soient indissociables, "l'Empire occidental ne s'est par nature pas perçu comme raciste à l'occasion de sa domination des peuples "indigènes" ". Il ne découvre le phénomène que lorsqu'il perturbe sa vie intérieure (37) !

 

Cette longue inconscience a été favorisée par la position de l'Église catholique qui a cautionné la colonisation européenne durant des siècles, en dépit d'un certain "effort" (dont il est difficile d'évaluer l'authenticité) de limitation des "excès". Le Pape Alexandre VI, en 1659, a procuré à l'Espagne et au Portugal le titre de missionnaire-conquérant dans les deux Amériques : officiellement, il s'agissait de convertir des païens et de procéder à une sorte d' "assimilation" c'est en vertu d'un "droit naturel" que la "domination des barbares" était légitime (38) .Le juriste F. de Vittoria (en 1532) avait résumé la position chrétienne qui a perduré jusqu'à nos jours a propos des peuples colonisés: "ces barbares sont notre prochain"' Dans cette formule, toute l'ambigüité de la religion occidentale dominante est résumée : l'Occident est confronté à des peuples "barbares", marqués de différentes incapacités en particulier de se gouverner, eux-mêmes), mais ces "infériorités" ne sauraient conduire à une maltraitance excessive. Le Pape Pie V en 1568' par exemple' rappelle qu’ "en prenant les armes contre les païens, il faut faire attention de ne pas faire la guerre en dehors des conditions requises, afin qu'elle soit juste": (...) "de ne pas agir cruellement" 'n (...)". Cette mise en garde, reprise par urbain VIII, par un siècle plus tard, présente quelques analogies avec le discours officiel des Etats occidentaux à propos du Sud qu'ii n'est pas illégitime de dominer, mais occasions dans le cadre d'une certaine compassion, dont témoignent à diverses (surtout lors catastrophes naturelles) l'Europe ou les Etats-Unis et leurs ONG

 

Quant à la "démocratie", du moins celle limitée au politique, comme elle l'est en Europe et aux Etats-Unis, I ‘Histoire rappelle qu'elle s'est édifiée très progressivement et selon un rythme très heurté : le droit de suffrage ,en France par exemple, apparu en 1791 sous une forme censitaire, a attendu 1848 pour sa généralisation, à l'exclusion des femmes et 1945 pour devenir universel, soit un processus de plus d'un siècle et demi, sans pour autant atteindre le stade d'une pleine liberté d’expression des votants (découpage et inégalités des circonscriptions' variation des modes de scrutin, inégalités' des moyens médiatiques et matériels des aux candidats, etc.) ! Les leçons de démocratie électorale données en permanence pays du Sud (avec par exemple, l'envoi d'observateurs quand il ne s'agit pas de militaires, comme pour la Côte d'Ivoire en 2011 ne sont guère fondées. Nul ne peut dire, en effet que les colonisateurs ont été des "professeurs de démocratie électorale alors que lorsque par exception il y avait élection dans les colonies, en Afrique par exemple, les truquages étaient la règle ! Ki-Zerbo constate que "la période coloniale' n'était pas une bonne préparation à ta démocratie"(40) La colonisation a été au contraire l'école de l'autoritarisme, de l'arbitraire et de la bureaucratie sans contrôle.

 

On peut aussi s'interroger sur le poids de la ruralité dans les pays du Sud, qui pèse par exemple sur les comportements des citadins qui ne sont que des ruraux très partiellement urbanisés et sur leur productivité limitée dans les activités industrielles.

L'absence d'une révolution technique et scientifique ou sa simple amorce ne peut pas ne pas jouer un rôle déterminant sur les comportements d'une population et nul ne sait quelle peut être (variable sans doute d'un peuple à un autre) la durée de I ‘apprentissage.

 

3. Les méthodes de I ‘hégémonie

Les États et les forces qui sont en position avantageuse et tirent profit des inégalités et des diverses pathologies du monde montent toutes les opérations concevables pour conserver leurs privilèges. Concernant la période historique la plus récente, les puissances colonialistes ont usé de toutes les méthodes pour maintenir leur hégémonie sur les colonisés. Se mêlant à I ‘opposition entre le capitalisme occidental et le communisme d'État (essentiellement soviétique), la question coloniale a été traitée comme un enjeu de la "guerre froide", bien qu'étant très antérieure à elle. Très souvent, les mouvements de libération nationale des pays colonisés n'avaient aucun rapport avec le communisme ; ils en étaient même parfois très éloignés, voire hostiles. Ils ont néanmoins été traités comme s'ils avaient constitué des forces auxiliaires de I'URSS visant à détruire I ‘Occident. La légitimité du refus de la décolonisation se fondait ainsi sur un anticommunisme sommaire, alors qu'au contraire, les partis communistes d'Outre Mer, trop subordonnés aux partis correspondant de la métropole, avaient adopté une ligne politique inadaptée et subissait le rejet du mouvement nationaliste.

 

Les Mouvements de Libération ont ainsi connu un important manque à gagner avec l'absence ou la perte de forces laïques, progressistes et en général cultivées et expérimentées, que les colonisateurs ont tenté d'éliminer prioritairement et systématiquement. Il en a été ainsi par exemple des militants de I ‘Union des Populations Camerounaises (UPC) par le colonisateur français, usant à la fois de la répression de masse et de l'assassinat individuel de ses dirigeants (par exemple, Ruben Um Nyobé ou Félix Moumié).

A l'occasion de l'indépendance, les puissances occidentales ont poussé et aidé les gouvernants des nouveaux États à éliminer les communistes locaux, lorsqu'il en restait. Le Président Lumumba qui avait été assassiné en 1960 par les alliés congolais de la Belgique et des États-Unis, l'a été au nom de la lutte contre le communisme. Ce fut le cas, par exemple encore en Indonésie, en 1965, où 500.000 communistes ou personnes jugées comme tels ont été massacrés.

Cette division des forces nationales, entretenue par les Etats occidentaux (41), a été une source d'affaiblissement dans la mesure notamment où, dans certains cas, des forces nationalistes sectaires et des mouvements religieux, parfois obscurantistes, ont pris le relais des mouvements communistes et progressistes.

Le mimétisme pro-occidental a aussi été souvent imposé. Lorsqu'un Etat a tenté de mettre en œuvre un système politique spécifique, préoccupé d' "authenticité" nationale, il a été vivement combattu, isolé et sanctionné.

La crainte permanente de l'Occident est la contamination d'une forme de régime politique totalement étranger au modèle occidental: ce type d'expérience, selon les puissances occidentales, "doit" absolument échouer. La démonstration doit être faite qu'aucune expérience hors des valeurs et des principes occidentaux n'a la possibilité de réussir le développement et de fonder la démocratie. La Révolution française, comme la Révolution russe d'octobre, ont subi les mêmes agressions de la part d'une Europe conservatrice n'acceptant ni la République française ni la République" des Soviets, avant même qu'elles aient eu le temps de commettre ce qui a pu leur être reproché ultérieurement. La révolution castriste entraîne pour Cuba de multiples mesures hostiles (tentatives américaines armées de renversement du régime et d'assassinat de Castro, blocus économique et financier, financement de l'opposition, etc.), sources de difficultés de toutes natures. L'influence de Cuba en Amérique du Sud en a subi les contrecoups.

Il en est de même pour la RPD de Corée qui, après avoir connu à peine née une guerre dévastatrice (1950-1953), puis un développement plus rapide que la Corée du Sud, jusqu'aux années 1960, subit un embargo d'un demi-siècle de la part des Etats-Unis et de leurs alliés (qui devient presque total après la disparition de l'URSS), à l'origine de graves difficultés menaçant jusqu'à l'existence même du système nord-coréen (42)

De même, le régime Jamahiriyen de la Libye a rencontré aussi, bien avant la guerre de 2011, l'hostilité des Etats occidentaux (bombardements de Tripoli en 1986, embargo durant 11 ans, etc.), qui se sont efforcés en l'isolant de l'éloigner des autres pays arabes, malgré des tentatives nombreuses d'union (avec le Maroc, la Syrie, etc.).

L’Irak, une fois devenu une puissance conséquente au Moyen Orient, a été considéré comme une menace par Israël et les intérêts pétroliers occidentaux. Après avoir été refoulé du Koweït et placé sous embargo, le pays a été détruit et occupé militairement par les forces américaines et alliées. Les observateurs considèrent que l'économie irakienne a ainsi reculé de cinquante ans.

Enfin, la République Islamique d'Iran se voit menacée en permanence par Israël et les Etats-Unis, sous des prétextes divers, notamment la recherche d'une arme nucléaire qu'Israël possède déjà depuis longtemps.

 

Dans tous les cas, les arguments avancés par les puissances occidentales sont les mêmes : les droits de I ‘homme n'y sont pas respectés, le régime est dictatorial voire totalitaire et constitue une menace pour la paix et les Etats tiers. Les dirigeants de ces pays contestataires, quelle que soit ta nature de leur protestation, nationaliste, marxiste, islamique, etc... sont l'objet systématique d'un dénigrement permettant de les discréditer dans l'opinion internationale. Il en a été ainsi pour des personnalités aussi différentes que Kim Il Sung, Castro, Kadhafi, Chavez, Mahmoud Ahmadinejad, etc...(43).

 

Plus récemment, ces Etats sont accusés d’armer le terrorisme international ou sont eux-mêmes traités d'Etats terroristes. Ils sont tous qualifiés d'Etats « voyous » et le monde occidental s'estime, à leur égard, fondé à ne pas s'embarrasser des règles de droit, notamment des principes de souveraineté et de non ingérence, au nom d'une "légitimité démocratique" que les puissances occidentales ont elles-mêmes définie.

 

En réalité, quels que soient les fautes et les crimes commis par ces Etats, ce ne sont pas les motifs authentiques expliquant les agressions qu'ils subissent. Elles s'expliquent par le fait qu'ils mettent en cause l'ordre établi et constituent un manque à gagner pour les intérêts économiques dominants puisqu'ils n'ouvrent pas leur marché et ne facilitent pas l'accès à leurs ressources naturelles. La question des droits de l'homme, si souvent avancée, ne joue qu'un rôle très second : c'est ainsi que la mise en œuvre de la charria est vivement reprochée à l'Iran, mais tolérée avec complaisance pour l'Arabie Saoudite.

La dictature militaire sud-coréenne qui a duré plusieurs décennies n'a pas empêché les Etats-Unis de la soutenir sans défaillance tandis que le régime nord-coréen a, depuis ses origines, été condamné au nom de la démocratie !

Ce qui est refusé aux peuples du Sud et à leurs dirigeants, c'est d'avoir un imaginaire politique qui les éloignerait du modèle occidental présenté comme universel et éternel, en dépit des indépendances.

 

Selon Aminata Traoré, ancien ministre de la culture du Mali, la responsabilité majeure des ex-puissances coloniales est précisément d'avoir "violé l'imaginaire" des peuples colonisés (44) ce qui les a conduit à "recopier", malgré des conditions profondément différentes, les institutions, et le droit des pays développés, les rendant en fait ineffectifs.

Toute expérience politique "hors norme" doit être éliminée.

Il y a pourtant exigence pour les pays du Sud de procéder à un inventaire de l ‘héritage local, afin d'y puiser les éléments pouvant. Faire synthèse avec les innovations contemporaines et construire ainsi une modernité spécifique

 

4. Ne compter que sur soi-même

Un constat déterminant est que les peuples du Sud ne peuvent compter que sur eux-mêmes. S'ils n'ont pas de ressources suscitant l'intérêt des puissances, ils n’intéressent personne. S'ils sont riches en matières premières, en ressources énergétiques, etç…ils sont l'objet de toutes les "attentions" et subissent des' interventions de toutes natures. Les relations internationales n'ont jamais été inspirées par la philanthropie. Au sein des "sociétés civiles, les partis et mouvements solidaires des peuples colonisés et aujourd'hui des Etats du Sud doivent surmonter l'ethnocentrisme occidental et l'indifférence dominante de leur environnement politique pour des peuples lointains et méconnus. Lorsqu'il s'agissait pour certains groupes politiques d’imposer ou de maintenir une politique coloniale, l'indifférence populaire et même parlementaire de la métropole était bienvenue. Lorsque l'enjeu est de soutenir les mouvements de libération nationale ou de combattre les intérêts du Nord qui ne profitent qu'aux firmes transnationales, il est difficile, bien que la mondialisation ait un impact global, de sensibiliser l'opinion occidentale et de surmonter les chauvinismes.

Durant la période de la "guerre froide", les Etats-Unis et I'URSS ont fait la démonstration que leurs ingérences n'étaient fondées ni sur la générosité américaine de type messianique, ni sur un internationalisme révolutionnaire authentique pour les Soviétiques.

La longue série d'interventions nord-américaines révèle que ce sont les seuls intérêts économiques et stratégiques des Etats-Unis qui sont à l'origine des interventions dans les États du Sud.

 

En 1953, le régime iranien du Dr Mossadegh est renversé avec L'assistance directe des Etats-Unis;-il en est de même en 1954 pour le régime guatémaltèque de Jacob Arbenz, élu président en 1951, coupable d'avoir exproprié une partie des terres de la compagnie bananière américaine United Fruit; en 1961, deux années seulement après la victoire de Castro, c'est Cuba qui est L'objet d'une agression armée organisée et financée par les Etats-Unis (y compris en utilisant les services de la mafia-selon le rapport de la Commission d'enquête Church du Congrès). En 1964 le renversement du président brésilien Goulart donne le signal d'une série de coups d'état militaires et d'élimination des opposants dans toute l'Amérique du Sud, expression de la stratégie des Etats-Unis qui coordonnent l'ensemble des activités antipopulaires en Amérique du Sud.

En Afrique, les interventions américaines sont moins nombreuses (la France y est présente), mais toutes aussi radicales. Les Etats-Unis dans l'ancienne colonie-belge du Congo, fournissent un soutien aérien décisif aux forces du futur dictateur Mobutu contre les maquis lumumbistes. Les avions appartiennent à "Air America", propriété de la CIA.

 

Malgré diverses pressions, les Etats-Unis ne peuvent empêcher l'élection au Chili de S. Allende. L'élimination d'Allende en 1973 est l'œuvre directe des services spéciaux nord-américains.

L'ensemble des services secrets sud-américains et nord-américains sont coordonnés pour combattre par tous les moyens, y compris l'assassinat, les opposants aux dictatures militaires du continent américain. Les Etats-Unis dans les années 1980 inventent ainsi "les guerres de basse intensité", menées par exemple contre le Nicaragua sandiniste. Le Honduras est transformé en plate-forme militaire d'agression, Des liens sont tissés avec la mafia colombienne.

Aux multiples opérations clandestines et indirectes s'ajoutent évidemment les interventions massives contre le Vietnam, l'Irak ou I ‘Afghanistan (45) I'URSS, avec des moyens plus restreints qui ont nécessairement limité ses capacités d'interventions, n'a pas longtemps joué le rôle qu'il avait proclamé être le sien aux lendemains de la révolution (46)

Néanmoins, sa seule existence au sein d'un monde devenu bipolaire, après la Seconde Guerre mondiale, a permis à de nombreux mouvements de Libération nationale de bénéficier d'appuis logistiques et de soutiens politiques, notamment aux Nations Unies (47)

Dans une première phase, précédant la Seconde Guerre mondiale, les forces anticolonialistes ont reçu une aide sans précédent d'un Etat, resté longtemps le seul à manifester des positions de principe favorables aux peuples colonisés et une solidarité effective.

Dès le 26 octobre 1917, le "Décret sur la paix", premier document international du nouvel Etat, condamne le colonialisme. La Déclaration des droits des peuples de Russie du 2 novembre l9l7 reconnaît à tous les peuples de l'ex-Empire "égalité et souveraineté", "droit à la libre disposition", jusque et y compris la séparation et la formation d'Etats indépendants. Cette position est condamnée par les Etats occidentaux qui y voient un exemple dangereux et qui entendent ne pas porter atteinte à I ‘Empire tsariste. (48)

Le gouvernement soviétique, dans son message aux "travailleurs musulmans de Russie et d'Orient", du 20 novembre 1917, reconnaît solennellement le droit des peuples d'Orient à leur libre disposition. C'est la première fois qu'un État européen dénonce ainsi le fait colonial et les rapports basés sur des traités inégaux (comme par exemple, les traités entre Etats européens et la Chine). C'est l'Afghanistan, indépendant depuis 1919, qui est le premier Etat du Sud avec lequel la Russie soviétique établit des relations diplomatiques. Une note ministérielle soviétique du l4 janvier l918 annule les dettes de l’Iran.

La lll° Internationale communiste, sous hégémonie soviétique, adopte le principe du droit à l'autodétermination, (49) non par philanthropie ou en vertu d'une conception idéologique de la justice, mais parce que, comme l'avait noté Engels (50) :"Ne peut être libre un peuple qui en opprime un autre". Révolution et libération des peuples opprimés constituent pour le léninisme les éléments complémentaires d'un combat unique.

Cependant, après la Seconde Guerre mondiale, malgré l'appui fourni à la Corée du Nord (1951-1953) puis au Vietnam, la question du maintien de la paix et de la coexistence pacifique est devenue pour l'Etat soviétique prioritaire. Cette priorité a conduit à une diplomatie plus fluctuante, où les intérêts russes l'ont souvent emporté sur les principes internationalistes.

La coopération avec les nouveaux Etats indépendants, en Afrique par exemple, n'était pas toujours ajustée aux besoins réels des peuples africains : le "modèle" soviétique devait être reproduit par les forces nationales qui étaient proclamées très artificiellement " marxistes-léninistes".

Le lourd contentieux survenant entre la Chine et I'URSS et les conflits (y compris armés) qui en résultent (problème des frontières sino-soviétiques, intervention vietnamienne contre le Kampuchéa, affrontements armés entre la Chine et le Vietnam) contribuent à faire reculer l'influence soviétique dans les pays du Sud.

A cette perte de prestige s'ajoute une assistance aux Etats du Sud dont les limites sont les faibles moyens de l'économie russe et surtout les intérêts nationaux de l'Etat soviétique. En 1986, par exemple, lorsque l'aviation anglo-américaine a bombardé la Libye, les Soviétiques, prévenus de l'attaque, ont préféré quitter les ports libyens pour éviter d'être mêlés au conflit.

 

Lorsque l'armée soviétique, en vertu du traité d'amitié signé en 1978, intervient en Afghanistan, participant à une guerre qui dure dix ans, elle s'ingère dans des conflits extrêmement complexes et internes au peuple afghân, à l'origine de plus d'un million de victimes. La raison de l'intervention aurait été d'éviter celle des Etats-Unis qui semble avoir été programmée (51) mais la présence soviétique n'a été pour le peuple afghan qu'une ingérence et une occupation étrangère nocive. L'islamisme radical en a été fortement stimulé.

La leçon évidente qui peut être tirée de cette période bipolaire durant laquelle les peuples et les Etats étaient mêlés sans le vouloir à un conflit qui n'était pas le leur, c'est qu'ils ne peuvent compter que sur leurs propres forces. C'est le sens du discours de M. Kadhafi au Sommet Afrique-Amérique du Sud au Venezuela, le27 septembre 2009 : "Aucune puissance n'est prête à tendre la main" aux peuples du sud. Il est temps pour eux de construire leur propre puissance"(52). Cette construction passe par une alliance économique et politique Sud-Sud, source éventuelle d'une démocratisation des Nations Unies et des institutions économiques et financières internationales, revendiquée avec de plus en plus de force.

Alors que la souveraineté est mise à mal dans le cadre du processus de mondialisation, elle est, soit au stade national soit au niveau régional de pleine actualité pour les Etats du Sud (53).

 

 

5. La pauvreté de masse

Une source de complexité des relations Nord-Sud consiste à ce que la richesse et la pauvreté sont devenues des réalités transnationales. Si la pauvreté de masse se trouve concentrée dans les pays du Sud, une pauvreté croissante se développe dans les pays du Nord. Les pauvretés sont diverses : celles qui affectent les zones urbaines, par exemple, ne sont pas identiques aux carences qui atteignent les populations rurales. La pauvreté au Nord n'est pas de même nature que celle du Sud. Loin de constituer des forces coordonnées, les organisations (politiques, religieuses, syndicales, associatives) les plus proches des pauvres du Sud et du Nord expriment des points de vue très éloignés (exemple, les paysans sans terre d'Amérique du Sud et les paysans français du Larzac !), lorsqu'elles ne sont pas les porte-paroles des travailleurs en concurrence les uns avec les autres en raison du coût différent qu'ils représentent pour les firmes. Les opérations de diversion et de manipulation ne sont donc pas rares sur ces populations démunies aisément conduites vers des intégrismes religieux obscurantistes ou vers des nationalismes racistes. Les firmes transnationales qui sont en mesure d'utiliser les différences de coût de la main d'æuvre et les pouvoirs publics qui ont les moyens d'instrumentalise le religieux et le rejet traditionnel de l'étranger édifient des barrières entre les peuples du Nord et du Sud permettant en fait le maintien des structures sociales inégales et concurrentes. Malgré l'existence du mouvement altermondialiste, il n'y a pas d'internationale des Pauvres.

A l'inverse, en dépit des rivalités aléatoires, les classes privilégiées font alliance par-delà les frontières pour se soutenir réciproquement- Cette homogénéisation des "élites" à l'échelle planétaire résulte d'un mode de vie et de consommation standardisé, d'une éducation effectuée dans les mêmes écoles et universités, et surtout de la participation mêlée aux mêmes groupes économiques et financiers. S'est ainsi constituée une véritable classe dominante transnationale animée par les mêmes intérêts et dotés des mêmes valeurs. L'argent du Sud placé dans les banques du Nord représente un volume plus important que "l'aide" fournie officiellement par le Nord au Sud ! Le taux de profit y est plus élevé que ne peuvent l'être les investissements dans le Sud !

 

Les gouvernants des pays du Sud ont ainsi plus d'obligation vis-à-vis des Etats et des firmes du Nord que vis-à-vis de leur propre peuple. Quant aux gouvernants du Nord, ils soutiennent- y compris par des interventions militaires –les gouvernants du Sud, aussi longtemps qu'ils leurs paraissent utiles, ce qui conduit les dirigeants du Sud à diaboliser leurs opposants pour en faire des ennemis de l'ordre international. Ainsi, l'opposition Nord-Sud n'est qu'une facette relativement seconde de la réalité internationale bien qu'elle se développe et se renouvelle avec l'apparition des puissances émergentes comme la Chine. Les vrais conflits sont transnationaux à quelques exceptions près. L’espace dans lequel peut se réaliser une politique de développement est incertain. La réalité est que les mondialisateurs sont peu représentatifs et les principaux, sinon les seuls, bénéficiaires de la mondialisation, tandis que les mondialisés sont les peuples, mal représentés, qui ne réceptionnent que les miettes d'une mondialisation décidée et gérée sans eux.

 

6- La question de l'Etat

La question de l'Etat est, pour certains analystes du Tiers Monde, décisive. L'accession à l'indépendance s'est souvent faite dans des conditions d'extrême faiblesse des pouvoirs publics : le degré de compétence gestionnaire des premières équipes politiques était inévitablement insuffisant. La Belgique coloniale, par exemple,'n'avait assuré la formation que de quelques dizaines de cadres pour l’ensemble du Congo-Léopoldville. La longue guerre d'Algérie avait éliminé de très nombreux militants capables de diriger leur pays. La forte ruralité des populations et l’absence de l’expérience que procure la révolution industrielle et la révolution scientifique et technique, rend la gouvernabilité très difficile à exercer en matière de gestion économique et de bataille pour la productivité. Une adaptation rapide à la vie urbaine et industrielle est impossible, ce qui place les jeunes économies nationales dans une situation très difficile vis-à-vis de la concurrence des vieux pays industriels.

On constate, en prenant pour exemple les processus national comme celui de l’ltalie, par exemple, que la mise en relation d’un espace développé et d’un espace sous-développé favorise essentiellement la zone la plus avancée : l’unité italienne s'est faite au détriment du Sud dont le sous-développement s'est aggravé.

 

La mise en relation du Nord et du Sud à l'époque coloniale jusqu'à aujourd'hui a produit, à quelques exceptions près, le même phénomène : le surdéveloppement de quelques secteurs limités des capitales ou de certains quartiers dans ces villes, dans les pays en développement ne représente qu'un dysfonctionnement supplémentaire à l'inégal développement global.

La question est donc de construire un Etat efficace et compétent pou mener les politiques publiques qui s'imposent sans en avoir réellement les moyens ! Inévitablement, l'incompétence relative des gouvernants conduit à l'autoritarisme. Les erreurs des gouvernants sont compensées par la répression des gouvernés. L'extrême rareté des cadres favorise les rivalités de personnes et fait de l'élimination physique une solution efficace, ce qui n'est pas le cas dans les pays développés où les "remplaçants" sont nombreux.

Néanmoins, l'Etat, comme le démontre la Chine, demeure le seul outil incarnant (plus ou moins mal) l'intérêt général et qui puisse assurer la protection d'une nation parfois embryonnaire (en raison de l'ethnisme, du régionalisme, etc...) face aux grandes puissances.

Cet Etat est trop souvent édifié sur le modèle des Etats occidentaux: tes Constitutions de l'Afrique francophone, par exemple, sont pratiquement la copie des institutions de l'Etat français (ce sont souvent, d'ailleurs, des chargés de mission français qui ont rédigé ces Constitutions africaines (54). Ces Constitutions sont artificielles et ne correspondent ni à l’héritage culturel ni aux besoins des Etats nouveaux. Elles restent logiquement sans effectivité. Rares sont les Etats du Sud qui expérimentent des systèmes s'efforçant d'utiliser des formes de gouvernance issues de la tradition locale mais aménagées conformément aux besoins du temps. Ces expériences sont en général violemment dénigrées par l'Occident, comme si les multiples cultures du Sud n'étaient pas en mesure d'inventer de nouvelles formes politiques. Leurs échecs relatifs (les "Conférences Nationales", en Afrique, par exemple, à l'exception de celle du Bénin ou la tentative de démocratie directe en Libye) ne favorisent pas leur développement, en oubliant que les Etats européens ont mis des siècles à se construire et que les diverses constitutions se sont succédées à un rythme accéléré, comme en France par exemple depuis l'Ancien Régime.

Les Etats du Sud sont en général de nature autoritaire : la démocratie à l'occidentale n'y existe pratiquement nulle part. Certains médias osent qualifier l'lnde de "la plus grande démocratie du monde", alors que le système des castes éloigne .fortement la société civile indienne de toute pratique démocratique. Lorsqu'il s'agit d'Etats amis de l'Occident, celui-ci se satisfait, avec complaisance, de l'existence de procédures électorales douteuses dans le pays pour en faire une "démocratie", encore faut-il que les résultats électoraux soient jugés acceptables. Pour les autres Etats, les élections sont considérées comme des fictions et les insuffisances démocratiques systématiquement condamnées.

 

En réalité, on ne sait pas clairement quelle est la forme politique la plus efficace pour une sortie du sous-développement. Dans un premier temps (les années soixante-dix), il était admis qu'un régime « fort » s'imposait : la concentration des efforts pour le développement exigeait un pouvoir politique lui-même concentré. Dans un second temps, la démocratie pluraliste est communément considérée comme la meilleure structure politique pour assurer un développement équilibré, les controverses politiques permettant d'ajuster la production aux besoins. L'incertitude cependant demeure: la nature du régime politique et l'efficacité économique relèvent peut-être de catégories différentes. La puissance d'un Etat interventionniste en Chine comme en Corée du Sud semble permettre une croissance exceptionnelle. Inversement, l'absence d'Etat est source d'une impuissance totale en matière de développement comme en atteste l'expérience palestinienne. Quant aux grand nombre d'Etats faibles, ils assurent essentiellement la survie et la promotion du personnel dirigeant constituant une bourgeoisie d'Etat. Cette faiblesse est parfaitement compatible avec la mondialisation telle que la veulent les firmes transnationales dont les contrats peuvent ainsi leur être particulièrement favorables, sans opposition réelle.

 

Ainsi, l'Etat du Sud a, par malchance historique, essayé de se construire durant la période historique de la mondialisation qui tend à démanteler toute structure collective et étatique, au Nord comme au Sud pour le plus grand profit des pouvoirs privés. Au Nord, c'est l'Etat-social qui est remis en cause, au Sud, c'est l'Etat lui-même encore embryonnaire (55)

 

La réponse qui s'impose aux Etats du Sud est, outre les progrès qualitatifs de leur personnel, le regroupement régional ct même interrégional. C'est le cas par exemple de l'Union Africaine qui, sous l'impulsion de la Libye et de ses moyens financiers, tente de constituer une structure réellement opérationnelle. C'est aussi le cas de I ‘Alba, en Amérique Centrale et du Sud, où le Venezuela joue un rôle déterminant, ce qui explique les critiques occidentales véhémentes contre le régime de H. Chavez. Ces deux organisations tentent de surcroît d'établir entre elles des ponts pour une collaboration de plus en plus poussée. La coopération Sud-Sud peut en effet prendre le relais de la pseudo-coopération Nord-Sud qui n'a pas permis en un demi-siècle le décollage du plus grand nombre.

 

7. La structure de la société internationale

La structure de la société internationale ne cesse d'évoluer profondément. Du XVIe au XXe" siècle, les puissances occidentales ont exercé une hégémonie absolue exclusivement troublée par les rivalités entre Etats coloniaux. Les peuples du Sud ne comptaient pour rien, ils étaient objets d'une Histoire dont les fluctuations

résultaient de recompositions périodiques au gré de l'évolution des rapports de forces entre puissances coloniales.

C'est ainsi que le Moyen Orient, par exemple, après l'élimination de l'Empire Ottoman à partir de 1918, a été tout entier soumis aux décisions des compagnies pétrolières européennes (principalement britanniques), assistées des Etats européens qui assuraient politiquement et militairement le contrôle des peuples

de la région. De nombreux conflits ultérieurs ont été principalement le fruit. Des divisions artificiellement créées par tes occupants occidentaux (par exemple, le conflit Irak-Koweït (56)

 

A cette phase unipolaire, qui s’est achevée en 1945, a succédé une société internationale essentiellement bipolaire opposant I'URSS et les Etats-Unis et leurs alliés respectifs. Le mouvement de libération nationale et celui des Non Alignés ont constitué une troisième force qui a subi les contrecoups du bipolarisme sans pouvoir peser sur lui.

L'effondrement de I'URSS et des pays socialistes d'Europe de l'Est a donné l'illusion d'un nouvel ordre international sous hégémonie définitive et exclusive des Etats-Unis et de leurs alliés européens. Débarrassés de leur adversaire principal, les Etats-Unis ont cru pouvoir mettre en œuvre une politique ne tenant plus compte des limites imposées par les Nations Unies, le droit international et les valeurs légitimatrices qu'il s'agissait d'opposer au communisme aussi longtemps qu'il avait une existence. C'est ainsi, par exemple, que "l'humanitaire" invoqué pour justifier l'ingérence a pu s'associer au militaire dans le cadre de stratégies unilatérales servant les intérêts américains. La notion de "double norme" est communément admise dans le personnel politique et dans l'intelligentsia étasunienne : "Nous devons revenir, dans nos rapports avec le tiers monde, aux méthodes les plus rudes d'une époque antérieure, la force, l'attaque préventive, la ruse, tout ce qui peut servir". "Entre nous, nous observons la loi mais quand nous opérons dans la jungle, nous devons ainsi recourir aux lois de la jungle" (57)

 

L'Amérique s'autoproclame "responsable" de la résolution des problèmes mondiaux: elle doit donc être "forte, voire toute puissante" dans l'intérêt du monde et de l'Europe qui s'est affaiblie et a perdu une bonne part de sa capacité de résistance. Quant à I'ONU, elle était utilement instrumentalisée, comme le soulignait Dean Acheson quand il s'agissait de s'opposer au bloc communiste : elle n'est aujourd’hui qu'une aide - aléatoire - à la diplomatie américaine sinon elle n'est plus rien. Le multilatéralisme onusien ne peut que freiner la nécessaire domination des Etats-Unis. L'unilatéralisme doit donc régner. C'est I'OTAN, sous direction américaine, qui prend le relais des Nations Unies. Malgré la disparition de la puissance militaire soviétique, les Etats-Unis n'ont cessé d'augmenter massivement leurs dépenses militaires, soit près du triple des dépenses européennes afin de soutenir des conflits pourtant qualifiés "d'asymétriques" contre certaines forces du Sud et les quelques « Etats-Voyous" pourtant infiniment plus faibles. Dès la fin de I'URSS, les Etats-Unis ont en effet multiplié leurs interventions militaires (Panama, La Grenade, Guerre du Golfe, Somalie, Haïti, Bosnie, Kosovo, Irak, etc"')' La France, qui n'a jamais pu "s'auto-décoloniser", n'a pas cessé de faire de même, à une échelle plus modeste, dans ses anciennes colonies d'Afrique et en Libye, par des voies diverses (de la pression politique jusqu'aux opérations militaires, en passant par le montage de rebellions et de complots (58)

Les Etats du Sud sont donc confrontés à une contradiction majeure : leur souveraineté exige de faire front aux Etats-Unis et aux puissances européennes ex coloniales; mais cette tension est peu compatible avec une démocratisation interne, c'est-à-dire avec une authentique souveraineté populaire. La Corée du Nord, par exemple, a mis en œuvre la théorie de Songun, qui conduit à mobiliser toute la société et à la militariser dans un esprit d'indépendance face aux Etats-Unis et au Japon, mais cette affirmation ne peut qu'handicaper le processus de démocratisation interne.

 

Dans différents Etats sud-américains "rebelles" (Nicaragua, Venezuela, Équateur, etc...), l'ambassade des Etats-Unis est le véritable leader d'une opposition qui ne manque pas d'appuis financiers et médiatiques (59) extérieurs. Ces financements permettent aux plus puissants d'avoir des collaborateurs actifs et des agents à tous les niveaux des Etats et des sociétés visés. Face à cette pénétration généralisée de l'adversaire, source d'une décomposition de toute la société, seule ta répression autoritaire peut avoir quelque efficacité. Ce n'est pas toujours te cas, dans le Nicaragua sandiniste, par exemple, où le Président Ortega a été régulièrement élu face à l'opposition pro-américaine, malgré la quasi-totalité des médias restée privée (dont le premier quotidien du pays "la Prensa" est d'une vive hostilité au régime).Les campagnes électorales antisandinistes sont largement financées par les Etats-Unis. L'économie restée presque totalement privatisée (lors du retour de la droite précédant sa défaite élector.ale ultérieure) favorise une bourgeoisie d'affaires globalement hostile à D. Ortega et soutenue par la hiérarchie catholique. Le Nicaragua étant isolé, sans le soutien du Venezuela, le régime ne pourrait résister aux pressions pro-occidentales (60) et aux différentes ingérences américaines.

En Afrique, l'absence de moyens financiers conduit à accepter la présence d'investissements privés étrangers dont seules les "élites" locales bénéficient et qui parviennent à utiliser les antagonismes ethniques, religieux et à détourner ainsi de la lutte sociale des groupes humains entiers.

Il est donc paradoxal d'observer un Occident fondant sa légitimité sur les droits de l'homme civils et politiques et la démocratie politique, alors qu'il crée toutes les conditions pour qu'ils ne puissent pas se développer.

Par contre, lorsqu'il y a tentative de mise en æuvre d'une démocratie sociale assurant une certaine effectivité des droits économiques et sociaux (par exemple au Burkina Faso de T. Sankara ou au Venezuela de H. Chavez), qui vont à l'encontre des investissements et des intérêts des firmes étrangères, le système en cause est violemment attaqué et même parfois soumis à un embargo visant à l'asphyxier.

 

8. Les idéologies et les croyances

Le rôle des idéologies et des croyances dans les relations Nord-Sud ainsi que dans le fonctionnement des sociétés du Sud est à souligner.

Au Nord, l'image du Sud est très largement délibérément travestie. Une comparaison peut être faite, en France avec 'histoire du régime de Vichy, d'abord passée sous silence, puis aménagée par différentes "techniques"(6l) qu'admettent complaisamment certains historiens. C'est le cas du travail résultant de commandes "extérieures" financées par des fondations, des entreprises, dont l'intérêt est de réorienter la nature et le sens des événements marquants et de fabriquer une histoire "officielle". C'est ainsi qu'une prolifération de travaux au nom du "devoir de mémoire" s'est manifestée à sens unique créant une hiérarchie des crimes de masse et en négligeant, par exemple, les massacres subis par les peuples du Sud durant l'époque coloniale ou dans la phase de libération nationale (62) au profit des massacres euro-européens.

 

Au Sud, l'attitude des gouvernants légitime les difficultés de gestion ou les privilèges de certains dirigeants par l'entretien d'une mémoire favorable aux militants du mouvement de libération, à ses premiers leaders (souvent fondateurs de la Nation), aux martyrs et aux sacrifices consentis pour l'accès à l'indépendance. Par exemple,-c'est le Président Mobutu, lui-même responsable (avec la Belgique) de la mort de p. Lumumba, qui a organisé le culte populaire de sa victime. L'Occident demeure ainsi, quels que soient les compromis officiels conclus avec lui, le seul responsable des difficultés rencontrées par le pays du Sud, y compris un demi-siècle pour l'accession à l'indépendance. N'est pas rare un double discours, l'un à destination "des puissances occidentales (dont l'ex-métropole coloniale) de nature conciliant(e), l'autre à destination du peuple accusant les Occidentaux et exonérant de leur responsabilité les dirigeants du Sud.

Si la controverse idéologique est donc parfois confuse, elle est néanmoins d'une importance croissante.

 

Pour les puissances occidentales, relayées par les multiples "think tanks", fondations, bourses d'études, clubs, médias, etc...(63), I ‘objectif est, vis-à-vis de leurs propres populations et vis-à-vis du Sud, d'occidentaliser le monde tout entier. Au-delà des institutions de gestion et de contrôle (OMS, FMl, Banque Mondiale, OTAN, etc...), il s'agit d'accompagner idéologiquement avec volonté de persuasion le libéralisme en vigueur. Les élites et une partie de la population du Sud sont ainsi sensibilisées à un capitalisme imaginaire (très éloigné du capitalisme réel) composé de différents mythes (le "marché autorégulateur", la "liberté" de la concurrence, le «libre" échange, la croissance inséparable de la privatisation, la démocratie indissociable de l'économie de marché, etc...) présentés, comme le note Susan George (64), comme une véritable religion, périodiquement rajeunie par quelques thèmes nouveaux et par le discrédit jeté sur "le politique" au profit du "technique" aisément accueilli au Sud en raison de la mal-gouvernance chronique (65).

 

Le Sud est ainsi infantilisé, sans confiance en lui-même, déconnecté de sa tradition et pour certaines de ses composantes fasciné par une culture et un mode de vie qui lui sont étrangères.

Les pays du Sud manifestent ainsi facilement leur hostilité à l'égard d'autres pays du Sud, tout autant sinon plus qu'à l'encontre du Nord. Les diversités héritées du passé (Islam, confucianisme, négritude, etc...), au lieu de constituer des fondements d'une renaissance plurielle, sont instrumentalisées pour servir des pouvoirs autocratiques et retardent le nécessaire nouvel universalisme basé sur la coopération Sud-Sud. (66)

Ainsi, par exemple, en rupture avec un Islam des Lumières, un Islam politique est mis au service de certaines forces politiques dont certaines sont radicalement antioccidentales (en Iran), tandis que d'autres s'accommodent d'une étroite alliance avec les Etats-Unis (en Arabie Saoudite).Il convient donc de s'interroger sur la part que le Sud peut réserver à son héritage, qu'il n'a ni à renier ni à sacraliser, et la part de valeurs universelles contemporaines à créer en marchant, comme tentent de le faire, par exemple, les États d'Amérique du Sud et d'Amérique Centrale au sein de l'Alba où se conjuguent la culture amérindienne, l'affirmation de la souveraineté vis-à-vis de l'Amérique du Nord et la recherche de techniques politiques inédites

 

 

9. La violence

La violence s'exprime de tous temps et partout par la recherche de la dominance (67), €tr vue le plus souvent d'une appropriation jugée essentielle. La dominance établie, le dominant institutionnalise sa domination et condamne donc la violence, celle des dominés qui, constituant une résistance, demeure. Il peut se faire aussi que les dominants dont la dominance est menacée par une dissolution partielle du lien social sur lequel ils s'appuient, canalise la violence contre un bouc émissaire (dans l'ordre interne ou dans l'ordre international) afin de rétablir la cohésion, base de la domination.

On fait le constat que la violence dans les pays développés a diminué, alors qu’elle se manifeste dans les pays du Sud comme dans les relations entre Etats.

 

Cette pacification relative au sein des pays développés, dans un cadre capitaliste, est l; résultat d'une contradiction résolue pour une part dans l'inconscient des individus. Le système produit de multiples aliénations, mais l'individu ne réalise pas clairement qu'il fonctionne pour une seule finalité, la productivité e n marchandises et profits. La raison en est que cet individu dominé bénéficie aussi de différents facteurs de sécurisation (les lois sociales conquises mais permises par le niveau de développement) et de satisfaction (la consommation ou tout au moins le spectacle fascinant d'une consommation possible)

 

Dans les pays sous-développés, ou très inégalement développés, la violence est une réponse plus ou moins ajustée des dominés contre les dominants ou leur représentants symboliques (par exemple, les -"Blancs").La révolution est rare et souvent perdante, en raison' de la présence des "forces de l'ordre" aux côtés des dominants ou de l’intervention des forces extérieures alliées des dominants. Le "terrorisme* et les actes ponctuels de résistance sont, selon la formule de H. Laborit'" le langage des dominés (sous quelque drapeau que ce soit) qui ne parviennent pas à se faire entendre et qui focalisent contre quelques uns (pas toujours les vrais responsables,) la violence contre le système de dominance.

Contre les Etats, le recours à la force armée n'est que la violence exercée par les Etats se considérant les plus puissants contre les plus faibles qu'ils agressent au nom d'une « juste », cause. C’est le christianisme qui a longtemps théorisé la « guerre juste » au bénéfice des Etats européens, par exemple, contre l'Empire ottoman qui perturbait leur hégémonie. Depuis l'interdiction du recours à la force armée (sauf cas de légitime défense) par la Charte des Nations Unies, sans que cette disposition ait été adoptée à l'initiative des pays du Sud (dont la plupart n'avaient pas encore le statut d'Etais souverains), les grandes Puissances, gênées par le principe de non-ingérence, ont inventé de nouvelles 'Justes" causes: la lutte contre la nébuleuse terroriste, contre la détention d'armes de destruction massive ou à l’encontre de la violation des droits de l'homme, etc... La stratégie américaine de sécurité nationale, proclamée en2002, invoque la notion de guerre "préventive"' la légitime défense étant retournée en son contraire dans le cas, par exemple, de l'agression contre l'Irak.

 

Pour les Puissances occidentales,''l’illégalité peut devenir à un moment donné de la légalité, ou vice-versa", écrit le juriste américain Michaël J. Glennon' (68) conseiller juridique au Sénat. Elles prétendent n'avoir de compte à rendre qu'à leurs pays, comme le relève P. Hassner sans remettre en cause cette position, rappelant la conception de B. Kouchner pour qui l' « humanitaire d'Etat » est, avec le droit d’ingérence, une étape vers un ordre international favorable aux "victimes des tyrannies" (69)

 

Ainsi le Sud, non seulement se voit imposer un droit international qu'il n'a pas élaboré lui-même, mais il doit subir les interprétations les plus défavorables à sa souveraineté.

La violence internationale contre le Sud est donc la règle, sans que les instances onusiennes compétentes et opératoires, comme le Conseil de Sécurité, puissent servir de contre feux (70), au contraire. Le Vietnam et l'Irak sont deux exemples parmi bien d'autres de pays du Sud, victimes de cette violence incontrôlée, mais légitimée en Occident. Par contre lorsque le Vietnam est intervenu au Cambodge contre les Khmers Rouges, il a été accusé d'agression, alors même qu'il faisait cesser un génocide ultérieurement reconnu par tous.

La violence du Nord est souvent considérée comme plus admissible, notamment dans l'opinion occidentale, que celle du Sud. C'est que les meurtres de masse commis par les dominants sont rapidement "oubliés" parce que la violence pratiquée est institutionnalisée et médiatisée à l'échelle planétaire de manière positive. Au contraire, les meurtres souvent très parcellaires provoqués, par exemple par le terrorisme provoquent une réaction bien pensante fabriquée par les dominants qui en entretiennent la mémoire (71).

De plus, la violence des armées du Nord, dont les moyens relèvent de la plus haute technologie, s'identifie à la guerre "propre", à l'exception des dommages dits "collatéraux" déclarés "inévitables". Celle que les forces du Sud pratiquent est par manque d'armements sophistiqués, plus primitive et a une apparence plus barbare. Dans les guerres civiles du Sud, les affrontements ne se dissocient pas du pillage le plus archaïque l'extrême pauvreté conduit à « se payer" sur l’ennemi, comme ce fut longtemps le cas en Europe avant la révolution industrielle.

Les Grandes Puissances, qui ont de facto rétabli la guerre prétendument « Juste », ont développé en contrepartie le "jus in bello", en s'auto-attribuant une légitimité supplémentaire : la violence doit être "civilisée", ce qui facilite la condamnation des violences du Sud (72)

 

La colonisation, la décolonisation et les ingérences des puissances occidentales ont enseigné au Sud la violence qu'aujourd'hui on lui reproche lorsqu'on ne va pas jusqu'à la fonder sur une "prédisposition naturelle" ! La longue période de dominance coloniale et raciste se prolonge ainsi par une accusation elle même raciste, de barbarie "propre" aux peuples du Sud

La doctrine de la "non violence" et de la désobéissance civique de Gandhi et de son Parti du Congrès, en Inde, ne pouvait être qu'exceptionnelle. La colonisation britannique y a d'ailleurs répondu par la répression de l9l9 jusqu'à l'indépendance de 1947 (73) .Sans qu'il soit fondé de réduire la violence au seul sous-développement économique, social et culturel, il est certain que ces facteurs sont à l'origine de la violence généralisée constatée dans toutes les zones de sous-développement profond (74)

Certains groupes humains sont, notamment dans une situation sans issue les poussant logiquement à toutes les extrémités: ce fut longtemps le cas des Amérindiens qui étaient jusqu'à l'avènement récent des gouvernements Chavez, Moralès, etc...-en Amérique du Sud, des exilés dans leur propre pays ; c'est aussi le cas du peuple palestinien négligé par ses alliés du monde arabe et dominé outrageusement par Israël; c'est le cas de nombreuses communautés minoritaires auxquelles les dominants refusent tout statut protecteur, par exemple les Tamouls au Sri Lanka ou les Biharis d'origine pakistanaise vivants au Bangladesh, rejetés à la fois par les Etats pakistanais et bengali, etc'

 

Seul un développement humain et social conséquent, source d'une plus grande égalité entre les peuples et les Etats pourrait ouvrir un avenir à des milliards d'êtres humains privés de moyens de survie élémentaires et permettre une diminution de la violence endémique que la pauvreté et l'humiliation génèrent.

 

10. La Chine

La République Populaire de Chine, qui s'est dotée du second P.I.B de l'économie mondiale, est devenue un facteur déterminant de l'avenir des pays du Sud et de leurs relations avec le Nord. La nouvelle puissance chinoise est l'expression à la fois symbolique et concrète du basculement du monde en cours. Objet de l'histoire au XIXe" siècle, victime de la domination et de l'exploitation des Etats européen s qui la considéraient comme un "eldorado commercial", conquise et démantelée parle Japon durant l'entre-deux guerres, la Chine a subi toutes les humiliations. Les puissances occidentales, la Grande Bretagne en tête(75), ont de concert de 1840 à l9l0multiplié les agressions, les annexions de fait, les ponctions économiques sans contrepartie, dans le cadre d'un réseau de traités inégaux (le premier étant celui de Nankin de 1842), au mépris du droit international dont les bénéficiaires étaient exclusivement les Etats occidentaux (76). Selon la formule du premier Président de la République chinoise, Sun Yat Sen, la Chine n'était qu'une "hypocolonie" sous la tutelle de plusieurs colonisateurs exploitant toutes les faiblesses de l'Etat chinois, notamment sa crainte de s'appuyer sur les mouvements populaires de contestations (77)

Toute l'économie est au début du XX*'siècle (1910-1920) entre les mains des entreprises étrangères (75.è 90% des mines, 50o/a de l'industrie cotonnière, 85 à90o/o du commerce extérieur, etc...). Elle subit, de plus, le contrecoup des crises venues d'Occident (par exemple, la crise de 1923).

A partir de 1931, c'est l'impérialisme japonais qui prend le relai. A la suite d'une pénétration localisée (création du Mandchoukouo en 1932, par exemple), l'agression japonaise se généralise à partir de 1937. Aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, les ex-puissances coloniales tentent leur "retour", mais sans résultat. C'est la révolution communiste et la naissance de la République populaire qui bouleversent radicalement la situation.

 

Aujourd'hui la Chine est à la fois une puissance "émergente" dont le taux de croissance est à deux chiffres (près d'un tiers de sa population bénéficie de s conditions de vie d'un pays développé), un pays appartenant encore au Tiers Monde (environ 900 millions de Chinois, surtout dans les régions de l'ouest et dans les zones rurales ne connaissent pas le même rythme de développement), et un pays de haute civilisation (78 - 79). En dépit des inégalités régionales et sociales, l'Etat chinois est d'ores et déjà en mesure de peser sur les politiques du Nord et de faire contrepoids aux grandes puissances occidentales. Il détient en 2010 environ 800 milliards de

dollars de créances sur les Etats-Unis, 600 sur l'Europe et ses investissements (en particulier dans le domaine des infrastructures), se réalisent sur tous les continents, substituant progressivement à l'emprise jusque-là monopoliste des firmes occidentales.

Le développement de l'économie chinoise et la progression culturelle et sociale de un milliard trois cent soixante millions de Chinois concernent ainsi tous les pays en développement. Sa capacité démontrée à surmonter les crises financières du monde capitaliste (qui ont, en particulier, lourdement frappé le Japon) fait de la Chine un allié stable et, sinon un modèle, du moins une référence pour de nombreux Etats du Sud qui s'étaient après la disparition de I'URSS alignés sur le néolibéralisme occidental.

La politique chinoise manifeste une indifférence à l'égard des pressions extérieures, conformément à sa tradition : elle incite ainsi l'ensemble du Sud à refuser les diktats et les ingérences. Elle réhabilite le principe de souveraineté et le droit des peuples à décider de leur système politique et économique. La chine, à la différence, par exemple, des pays de l'Union Européenne ou des Etats-Unis, n'impose aucune clause de conditionnalité politique ni aucun plan d'ajustement structurel comme l'exige le FMI. Lorsqu'elle s'engage financièrement, elle prend garde de ne pas perturber la société civile et la vie politique interne de l'Etat concerné : la chine aujourd'hui a pour principe de dissocier les échanges économiques et les relations politiques internationales. Les contrats ainsi conclus par la Chine et ses firmes s'interposent entre les pays du Sud et le Nord qui se trouve désormais placé en concurrence défavorable.

Son efficacité économique et ses capacités financières (80) en font un partenaire recherché : le Président Wade a pu ironiser en déclarant qu'un projet financé par la Banque Mondiale mettait plusieurs années à être décidé, tandis qu'un projet chinois ne mettait que quelques jours ! Or, pour des économies en état d'urgence, la rapidité est vitale'

Le rythme et la nature de l'évolution de l'économie chinoise ouvre des perspectives positives pour les économies du Sud. Les difficultés dans le domaine de l'exportation depuis la crise de 2008 - toujours en cours - commencent à être surmontées par le développement du marché intérieur extrêmement large, apte à maintenir un taux de croissance très élevé, créant des conditions favorables pour les accords avec les autre pays du Sud.

De plus, les secteurs que l'économie chinoise privilégie concernent les pays en développement, qu'il s’agisse du simple financement à bon marché d'infrastructures ou de fourniture de produits de haute technologie (métaux rares' nouvelles énergies, nucléaire, etc...). Les Etats du Sud ne sont plus (et le seront de moins en moins dans l'obligation de conclure des accords économiques excessivement favorables aux firmes occidentales alors qu'ils étaient depuis une vingtaine d'années placés dans leur dépendance (sauf à courir le risque d'embargo et de sanctions diverses). La Chine fait réapparaître un contrepoids créant un nouvel équilibre dans une société internationale devenant multipolaire (avec, outre la Chine et le pole euraméricain, un pôle sud-américain, un pôle indien et un pôle arabo-africain).Cette multipolarité (plus favorable encore que l'ancienne bipolarité Est-Ouest) peut conforter cette "libération" des pays en développement.

Les années soixante-dix (avec par exemple la Charte des Droits et Devoirs économiques des Etats et le "Nouvel Ordre international économique" ne constitueraient plus la "parenthèse" jugée "irréaliste" par l'Occident(81)

 

Elles deviendraient une tentative simplement prématurée, préparatoire à la seconde "révolution" des pays du Sud, celle succédant à leur accession politique à l'indépendance, où l'imaginaire politique et l'intérêt économique national de chaque peuple auraient potentiellement la capacité de s'affirmer, en sortant définitivement du mimétisme (82) de I'humitiation (83) et du paternalisme, sans continuer à subir de s gouvernants soumis aux grandes puissances et à des politiques qu'ils n'ont pas décidées. La "réappropriation" par les pays du Sud de leur destin peut favoriser non seulement un bouleversement des relations internationales mais aussi un renouvellement des modes de développement.

Toutefois, une incertitude majeure règne sur la nature même du système chinois, entretenue par certaines ambigüités dans sa politique étrangère (84).

L'analyse occidentale la plus commune fait de la Chine un système capitaliste autoritaire, bien que le Parti communiste en soit la force dirigeante et que I ‘Etat reste très interventionniste. Une autre analyse, celle par exemple de Domenico Losurdo (85), voit dans la phase actuelle de la politique chinoise une gigantesque "N.E.P", c'est-à-dire une politique transitoire axée sur la révolution industrielle, scientifique et technique à l'aide de moyens capitalistes. (nationaux et internationaux) placés sous le contrôle de l'État qui limite et régule les opérateurs privés dans le cadre d'un plan quinquennal, avec pour perspective le développement d'un marché intérieur et la redistribution progressive des richesses. L'accès au statut de grande Puissance économique et financière. (le yuan est déjà la monnaie d'échanges de certaines régions d’Asie; est considéré comme une révolution prioritaire, sans laquelle aucune autre n'est possible. c'était déjà la position de Mao Zedong et de Zhou En Lai (86) selon d'autres modalités'

 

Si les interventions occidentales en faveur du Tibet, l'assistance militaire à Taïwan et à la Corée du sud et les critiques permanentes à propos des droits de l’homme n’ont pas de prise sur Pékin, l’avenir de la Chine reste hypothétique. Elle peut évoluer en un simple capitalisme original si la direction de l’Etat passe entre les mains de la nouvelle bourgeoisie d'affaires qui s'est constituée ’87) et dont certains éléments ont été admis au P.C.C. Les Etats et les peuples du Sud risquent de ne connaître qu'un nouvel hégémonisme, concurrent de celui des Etats-Unis et de l’'Europe.

Si la Chine, au contraire, réussit son socialisme (comme la direction de Gorbatchev à la manière soviétique, avait cru l'entreprendre), le basculement du monde ne sera pas seulement géographique et économique, mais aussi idéologique politique et social.

En tout état de cause, ,et d'ores et déjà, l'enjeu est de savoir lequel du système chinois, où le rôle de l'État est fondamental, ou du système occidental, où l’Etat, malgré un certain retour depuis la crise de 2008, a cédé le rôle déterminant aux pouvoirs privés, est le plus efficace pour le développement social et humains s'Grâce à la Chine, la parenthèse occidentale arrive peut-être à sa fin.

 

Notes

32- Article paru le 25 juin 1853 dans New York Daily Tribune, n° 3804.

33-Pour l'Empire Mongol, voir Ibn Abil, Hadid Al-Madaini. Les invasions mongoles en Orient. L'Harmattan. 1995,

 

34- Voir A. Mbembe. Sortir de la grande nuit. Essai sur l'Afrique décolonisée. La Découverte. 20t0.

 

35- Voir les ambigüités de l'ouvrage de M. Wieviorka. Le racisme, une introduction. La Découverte. 1998. L'auteur propose une conclusion révélatrice très "occidentalo-occidentale" : "plus l'idée de nation se rétracte", plus se développe le phénomène raciste (p.150). Il établit une relation directe entre les insuffisances démocratiques dans le traitement des difficultés sociales et culturelles et le développement du racisme, ce qui est essentiellement une réalité propre à l'Europe (p.152). 36 Le premier dictionnaire français Larousse qui mentionne le mot "racisme" date de 1932, c'est-à-dire à l'apogée du colonialisme français.

 

36- le premier dictionnaire français Larousse qui mentionne le mot « racisme » date de 1932

 

37- E. Mannoni, dans Psychologie de la colonisation (1950) fait une analyse psychologique des rapports indigènes-colonisateurs, qui le conduit à considérer que le "racisme colonial diffère des autres racismes" (p.19). Il en oublie cependant que le racisme reproduit la situation économique, ce qui n'est pas démenti par le rapport "petits blancs"-"indigènes", car la colonie institutionnalise une hiérarchie sociale accentuée entre ces deux catégories' comme c’était le cas entre le prolétariat blanc et le prolétariat noir et arabe en Afrique du Sud ou en Algérie. (Cf. F. Fanon. Peau noire, masques blancs' Seuil 1952),

 

38- Il est donc très abusif d'affirmer que "l'Eglise a été (...) l'un des seuls adversaires de l’impérialisme colonial, comme ose l'écrire le juriste Marcel Marlevin (p.11) in « L’anticolonialisme européen de Las Casas à Marx » A. Colin en 1969' La dénonciation par l’évêque Las Casas des excès de la colonisation n'est qu'un cas isolé !

 

39 Cité dans M. Merle. op.cit. p.63.

 

40- D.Ki-Zerbo. A quant l'Afrique ? L'Aube' 2003 p.67

 

41-Les gouvernements successifs d'Israël ont usé de la même tactique à l'encontre des mouvements palestiniens: ils ont d'abord combattu prioritairement la gauche (FPLP, FDLP), puis le Fatah, en particulier en favorisant le Hamas, avant de tenter de détruire le Hamas et d'imposer au Fatah une ligne collaboratrice

42- Cf. Robert Charvin, Guillaume Dujardin. Corée - Vers la réunification. L'Harmattan. 2010.

43- N'ont pas subi le même opprobre occidentale ni les comme ceux de Eyadema Bokassa Bongo, Ben Ali, militaires sud-américains.

44- A. Traoré. Le viol de l'imaginaire. Fayard. ZAA4.mêmes interventions, des régimes Moubarak et les divers dirigeants

 

45- Cf. différents ouvrages de Hernando Calvo Ospina et par exemple. L'équipe de choc de la CIA. Le Temps des Cerises. 2009

 

46 -Cf. R. Charvin, A. Marouani. Les relations internationales des Etats socialistes. PUF.1981

 

47- Un article (anonyme) de la Revue des Deux Mondes du 15 novembre 1927 intitulé "La défense contre le bolchévisme" exprime clairement ce que l'Europe craignait et la part de la révolution russe : "Que ce soit en Chine, aux Indes, au Maroc, en Égypte, en Syrie, en. Palestine, à Java ou ailleurs, les mouvements nationalistes sont canalisés par une organisation dépendant directement du Kominterm de Moscou. Le mot d'ordre apparent est "libération des peuples opprimés". Le mot d'ordre secret est "asservissement à la IIIe Internationale". Peut-on abandonner ces peuples à la domination bolchéviste ?" (...). "Le crime" du bolchévisme est de "dresser systématiquement contre la supériorité de la race blanche la totalité des races de couleur", et de "faire alliance avec elles". !

 

48- Les États occidentaux ne reconnaissent pas les Etats baltes, considérant que "les vraies frontières" de la Russie doivent inclure "tout l'Empire russe", car la politique officielle est sa restauration. Les principes "universels" du Président Wilson définis en l9l8 ne s'appliquent pas aux nations de I ‘Empire russe ! C. T.l. Kiss. Les pays de l'Europe de l'Est. Paris. 1964. p.34-35

 

49- Cf. C. Starouchenko. Le principe de I ‘autodétermination des peuples et des nations. Ed. du Progrès. Moscou (sans date). La valeur juridique de ce principe est contesté en Europe et aux Etats-Unis durant une très longue période aux Etats-Unis et en France par les représentants de la doctrine classique par exemple M. Sibert (Traité de droit international public. Paris. l95l) ou J-F. Cuilhaudis (Le droit des peuples ù disposer d'eux-mêmes. PUC.t976)

 

50- Cf. F. Engels. Textes d'émigration in Marx-Engels. (Œuvres. t" XV, p.223 (éd. Russe).

 

51- Z. Brzezinski, conseiller du Président Carter de 1975 à 19E0, a pu déclarer : "Nous avons attiré les Russes dans le piège afghan et vous voulez que je le regrette ? (:..). Qu'est-ce qui est le plus important au regard de I ‘histoire ? Les Talibans ou la chute de I ‘empire soviétique". interview dan le Nouvel Observateur. l5 juin 1998'

 

52 Cf. "Nous avons le droit d'être forts". Le Sato parallèlement au Nato. Foreign Media Corporation. Tripoli (sans date)

 

53- Lire L’éloge des frontières, à contre-courant de la pensée occidentale dominante, de Régis Debray. Gallimard.20lO.

 

54 -Ce phénomène s'est reproduit en Europe de l'Est après la chute du communisme.

55- Dans divers cas, les Etats "perturbateurs" n'ont pas été seulement affaiblis mais territorialement disloqués : c'est le cas de la Yougoslavie, ex-leader du mouvement des Non-alignés. où ont été stimulés des conflits nationalistes qui ont abouti à une implosion généralisée. C'est le cas de I'lrak. aujourd'hui divisé en espaces hostiles que le gouvernement de Bagdad ne contrôle plus (Voir P. Latour, M. Cury, Y. Yargas. Lrah guerre, embargo, mensonges et violences. Le Temps des Cerises. 1999'r. En Afrique, divers Etats sont victimes de sécessions de fait plus ou moins encouragées, voire armées par les puissances occidentales ou les firmes privées elles-mêmes (voir le cas de la R.D. du Congo, de la Côte d'Ivoire, etc.). En Palestine, tout est entrepris pour fractionner le territoire

"réservé" aux Palestiniens en espaces isolés les uns des autres, rendant impossible la création d'un Etat viable. L'arrêt Kosovo de la Cour Internationale de Justice du2? Juillet 2010 fonde une jurisprudence pouvant être lourde de conséquences, puisque pouvant être interprétée comme la reconnaissance d'un droit de sécession.

 

(56) Voir aussi les multiples conflits entre Etats africains en liaison avec les frontières fixées arbitrairement par tes colonisateurs. Cf. H. Brunschwig. Le partage de l'Afrique noire. Flammarion. 1971.

 

57 Cf. R. Kagan " La puissance et la faiblesse mondiale. .Les Etats-Unis et l'Europe dans le nouvel ordre mondial Plon. 2003

 

58 -La Belgique, pour sa part n'hésite pas à armer des rebellions dans son « ex Congo Léopoldville aujourd'hui R.D. du Congo

 

59- Voir, par exemple, le procès systématique fait à H. Chavez et à son régime par les grands médias occidentaux.@ L'Église catholique, malgré la devise sandiniste "Christianisme, solidarité et socialisme », est en général hostile à D. Ortega. Cette hostilité est cependant atténuée par la corruption de certains hommes d'Eglise.

 

60-Ces "techniques" sont passées en revue par A. Lacroix-Ruiz dans L'Histoire contemporaine sous influence. Le Temps des Cerises.2004. !

 

62 -Les ouvrages publiés en France, par exemple, sur ces massacres coloniaux sont rares et souvent peu médiatisés. Voir par exempte, Alain Ruscio. La décolonisation tragique. 1945-1962 Ed. Sociales. 1987, ou Yves Benot. Massacres coloniaux. tg42-t950: La III° République et la mise au pas des colonies françaises. La Découverte' 1994. Dans chaque pays du Sud ayant accédé à I ‘indépendance. par contre. des ouvrages sont publiés faisant le procès des colonisateurs: par exempte, pour I ‘Algérie, R. Ainad Tabet Le 8 mai 1945 en Algérie. OPU. Alger. l985 M'Hamed Yousfi. L'OAS et la fin de la guerre d'Algérie. Alger.1985. Slimane Chikh. L'Algérie en armes ou le temps-des certitudes. Casbah Éditions Alger. 2006. ces comportements contradictoires entretiennent une profonde incompréhension entre les ex-colonisateurs et les ex-colonisés.

 

63- Voir le discours dominant des Rawls, Castells, Touraine, Ripkin et autres, qui s'inscrivent tous dans la tradition de la pensée libérale nord-américaine et européenne, complétée par une pensée plus sommaire, plus radicale et plus accessible sur le "choc des civilisations». par exemple destinée à cimenter le "racisme occidental" et à faire accepter à I ‘opinion la mise en æuvre d'un apartheid à l'échelle mondiale, par une pensée compassionnelle d'autolégitimation

64 -S. George. Leurs crises, nos solutions. Fayard. 2010.

 

65 -C'est ainsi, par exemple, qu'en matière de gestion de. I ‘eau, la mauvaise qualité du fonctionnement des régies favorise l'acceptation de la privatisation du traitement et de la distribution de l'eau remis entre les mains des firmes transnationales.

 

66 -Voir Samir Amin. Le virus libéral. La guerre permanente et l'américanisation du mande. Le Temps des Cerises. 2003.

 

67- Voir sur ce thème, H. Laborit. La colombe assassinée. Grasset. 1983.

 

68- Cf. M. J. Glennon. "Droit, légitimité * et intervention humanitaire", in G. Andreani' P.Hassner {sous la direct.) « Justifier la guerre « Sciences Politiques. Les Presses. 2005, p.213 et s.

 

69- Cf. P. Hassner. "Des dilemmes de l'action aux contradictions des institutions : ambigüités, de l'ordre", in Justifier la guerre 2 op. cit. p.321 et s.'

 

70- Le conseil de Sécurité, sous la direction des Grandes puissances dotées du droit de veto agit bien au-delà des compétences prévues par la Charte et sans contrôle de décisions.

 

71 -Voir les analyses d'H, Laborit, in La colombe assassinée op. cité p.180 et s.

 

72-La justice pénale internationale en voie de développement pratique, comme les instances dirigeantes des Nations Unies, une politique des "deux poids, deux mesures.

 

73- En 1919, par exemple, à Amritsar, au Pendjab, environ 600 manifestants pacifiques sont tués. Gandhi lui-même est emprisonné à plusieurs reprises comme les autres dirigeants du parti du Congrès. En raison de leur refus à être mêlés à la Seconde Guerre mondiale de1941 42,25.000 lndiens sont incarcérés. Gandhi n'est libéré qu'en 1944 à l'âge de 74 ans'Cf. O. Lacombe. Gandhi ou la force de l'âme. Plan. 1964. Voir B'R. Nanda. Mahatma Gandhi. Dehli-Oxford University Press. t989. S. Panter-Brick. Gandhi contre Machiavel. Denoë1. 1963, C. Drevet. Pour connaître la pensée de Gandhi. Bordes' 1954' Voir surtout les textes de Gandhi lui-même: Gandhi. Résistance non-violente. Buchet-Chastel. 1986. Gandhi. Tous les hommes sont frères. Gallimard. 1969

 

74- La violence plurimillénaire ne peut disparaître quelles que soient les conditions faites à I ‘homme" Elle peut cependant perdre en intensité et les affrontements armés peuvent diminuer en nombre, en raison notamment du coût économique très élevé des conflits dans les pays lorsqu'ils sont développés.

 

75- Ont aussi participé à la curée la France, la Belgique, I ‘Allemagne, la Russie, les Etats-Unis.

 

76 - Cf. Nora Wang. L'Asie orientale du milieu du XN" siècle à nos jours. A. Colin. 1993.

 

77- Les mouvements populaires de résistance (qualifiés par les Européens de "bandits") se sont multipliés dans la seconde moitié du XIX"* siècle, avec la révolte des Taiping (1851) (inspirée d'un syncrétisme idéologique basé sur Confucius, Bouddha Tao, Christianisme) et favorable à la mise en commun des terres), des Niam, des Boxeurs (premier grand mouvement anti-occidental- 1899-1900, écrasé par une armée européenne de 20.000hommes).

 

78- La place contemporaine de ta Chine est une renaissance : entre 1000 et 1500, elle était I ‘un des pays les plus avancés du monde et au XVIIIè* siècle elle connaissait le même niveau de développement que la Grande Bretagne. C'est surtout à partir du XIXè" siècle que la Chine a dû subir des agressions et des occupations étrangères, illustrées par une série de traités inégaux imposés par les puissances européennes.

 

79- Certains auteurs occidentaux, négligeant ce passé, osent déjà accuser la Chine "d'arrogance" et de "bête" menaçante (Voir, par exemple, E. Izraelewicz. L'arrogance chinoise. Essai.Crasset.2011). Sans crainte du paradoxe et sans complexe ces auteurs, partisans de l'hégémonie du capitalisme occidental, l’assimile à un "magasin de porcelaine" dans lequel s'est introduit "l'éléphant" chinois ! (p. 237). l. Izraelewicz conclut qu'il faut "faire comprendre à la Chine que la réciprocité ne peut être systématiquement bafouée » ce qu'a pourtant abondamment pratiqué I ‘Occident vis-à-vis d'elle !-46-

 

80- Les experts de la Banque Golden Sachs estiment que la Chine aura le plus fort PIB du monde en 2020

 

81- Voir, par exemple, C. Nigoul et M. Tonelli. Les mystifications du Nouvel Ordre international PUF. 1984.

 

82- La situation avec I'URSS, puissance avant tout européenne, était très différente. La politique soviétique s'évertuait à faire jouer en faveur de I'URSS un mimétisme (qui s'avérait pourtant souvent inadapté). Les membres des gouvernements du Sud qui s'y ralliaient étaient fortement influencés par l'assistance dont ils avaient bénéficié dans le cadre des mouvements de libération nationale, ainsi que par le modèle de développement qui semblait stable et efficace (le barrage d'Assouan en Egypte ou l'achèvement du Complexe métallurgique d'Annaba que la France avait abandonné dans le cadre de son "Plan de Constantine" avorté en étaient des illustrations). L'option en faveur d'un "socialisme d'Etat" plus ou moins ressemblant au modèle soviétique n'empêchait cependant pas la répression à l'encontre des communistes locaux (comme l'Egypte de Nasser, par exemple).

83 - Cf. Aminata Traoré. L'Afrique humiliée. Fayard. 2008.

 

84- Par exemple, l'abstention de la Chine au Conseil de Sécurité lors du vote de la résolution1973 du Conseil de Sécurité de 20ll permettant en fait le déclenchement d'une opération militaire contre la Libye. Cette abstention chinoise pourrait être due aux accords pétroliers vitaux conclus avec I ‘Arabie Saoudite, alliée des Occidentaux dans la crise libyenne.

 

85- D. Losurdo. Fuir l'histoire ? La révolution russe et la révolution chinoise aujourd'hui. Ed.Delga et Temps des Cerises.2007.

 

86 - Cf. Han Suyin. Le siècle de Zhou Enlai, le Mandarin révolutionnaire' Stock' 1993

 

87 -Un processus de cette nature s'est développé en Algérie, au sein même du FLN et à l'instigation du clan des importateurs (tous liés à I ‘Europe), en dépit de la conscience du risque qu’en avait le FLN lui-même (voir le Congrès de 1965 et le texte de la "Charte d'Alger".

 

88 - La Fondation Carnegie, dans le domaine de la lune contre la pollution, par exemple' va à contre courant de l’opinion dominante, en constatant en 2010 les interventions étatiques chinoises contre tes usines les plus polluantes (2097 fermetures). De plus' le développement des « énergies verte » (la Chine est la première productrice mondiale pour les matériels et cellules photovoltaïques, pour les batteries électriques de véhicules, et au quatrième rang pour les éoliennes).'Cf. La Tribune. "La Chine maître du green business". 3l mars 2010.

 

9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 17:42

La Zone de défense d’identification aérienne de la Chine En créant une zone de défense aérienne la République populaire a donné l’occasion aux médias occidentaux de manifester leur inquiétude face à « la montée en puissance de la Chine » selon l’expression consacrée. Une zone de défense d’identification aérienne (ZDIA) est un concept inspiré de celui des eaux territoriales pour les océans et les mers : un Etat détermine à sa périphérie une zone dans laquelle il étend sa souveraineté. De la même façon qu’un navire de guerre étranger peut se voir refuser par l’état riverain le droit de pénétrer dans ses eaux territoriales un avion militaire étranger peut se voir interdire l’accès à la zone de défense aérienne du pays. Pour les avions civils par contre il n’y a pas d’exclusion mais il est demandé à l’aéronef étranger de donner des informations sur son vol avant de pénétrer dans la ZDA. La première réaction des Etats-Unis à cette décision chinoise a été une réaction d’humeur belliqueuse du type exprimant leur refus de voir limiter leur liberté de vol au plus prés du territoire chinois. En conséquence deux bombardiers B 52 ont aussitôt été dépêchés dans la ZDA chinoise pour manifester un non respect de la mesure chinoise. Escomptaient-ils une riposte militaire chinoise ? C’était croire que la Chine perdrait son sang froid alors que tout démontre que la décision chinoise était mûrie et pesée. Il s’agirait plus tôt d’une sorte de provocation, les militaires US réagissant mécaniquement à une mesure qui dans toute leur culture est inacceptable .Mais le pouvoir civil a bientôt confirmé que les avions civils des compagnies étasuniennes se plieraient aux règles d’information établies par la Chine, et le Vice- président Biden a fait sans tarder le voyage de Pékin pour faire le point de la situation. Passé l’épisode pittoresque et digne d’un feuilleton télévisé des deux bombardiers en goguette, la prudence s’est imposée. En effet bien que n’existe pas aujourd’hui d’accord international sur l’air permettant l’extension de la souveraineté d’un Etat sur sa périphérie aérienne comme il en existe un pour la mer , la ZDA chinoise a des précédents : un qui concerne les Etats-Unis qui en commun avec le Canada ont définis deux ZDA l’une côté atlantique , l’autre côté Pacifique et un qui concerne le Japon qui a tout simplement appliqué à l’espace aérien la limite de la Zone économique exclusive (ZEE) établie par la convention internationale sur le droit de la mer soit à 200 miles marins de la côte. D’autres pays peu nombreux : L’Inde et inévitablement le Pakistan a suivi, la Norvège, le Royaume Uni, Taiwan et la Corée du Sud ont aussi établi une ZDIA sans que cela ait beaucoup suscité d’émotion. Les cartes qui suivent montrent les ZDIA étasuniennes et japonaise. La seconde montre que la stratégie militaire du Japon est dépendante de celle des Etats-Unis et que la Chine est si proche est considérée comme une menace. La République populaire n’est donc pas en situation d’attaque, mais de riposte .Elle a observé que les manœuvres militaires des Etats-Unis et de leurs alliés étaient de plus en plus nombreuses au large de ses côtes, elle sait que tous ses voisins : Japon, Corée du Sud, Taiwan ont des ZDIA et elle a attendu pour prendre cette nouvelle position de disposer de moyens militaires aériens lui permettant de s’opposer réellement à la pénétration de sa ZDIA par un appareil ennemi. Tel est le cas aujourd’hui. Les mises au point diplomatiques qui vont avoir lieu devraient en bonne logique aborder un problème nouveau dans le droit des relations internationales : celui des drones. En effet une ZDIA est un espace où - Les vols civils étrangers sont autorisés en principe sous réserve d’une information préalable - Les vols militaires étrangers sont interdits en principe sauf dérogation Mais comment considérer un drone ? Abattre un drone qui pénètre anonymement dans une ZDIA est-ce un acte de guerre ? La décision chinoise ouvre un débat au plus haut niveau sur cette question qui met indirectement en cause toute la nouvelle doctrine militaire US.

La Zone de défense d’identification aérienne de la Chine

 

En créant une zone de défense aérienne la République populaire a donné l’occasion aux médias occidentaux de manifester leur inquiétude face à « la montée en puissance de la Chine » selon l’expression consacrée.

Une zone de défense d’identification aérienne (ZDIA) est un concept inspiré de celui des eaux territoriales pour les océans et les mers : un Etat détermine à sa périphérie une zone dans laquelle il étend sa souveraineté. De la même façon qu’un navire de guerre étranger peut se voir refuser par l’état riverain le droit de pénétrer dans ses eaux territoriales un avion militaire étranger peut se voir interdire l’accès à la zone de défense aérienne du pays. Pour les avions civils par contre il n’y a pas d’exclusion mais il est demandé à l’aéronef étranger de donner des informations sur son vol avant de pénétrer dans la ZDA.

La première réaction des Etats-Unis à cette décision chinoise a été une réaction d’humeur belliqueuse du type exprimant leur refus de voir limiter leur liberté de vol au plus prés du territoire chinois. En conséquence deux bombardiers B 52 ont aussitôt été dépêchés dans la ZDA chinoise pour manifester un non respect de la mesure chinoise. Escomptaient-ils une riposte militaire chinoise ? C’était croire que la Chine perdrait son sang froid alors que tout démontre que la décision chinoise était mûrie et pesée. Il s’agirait plus tôt d’une sorte de provocation, les militaires US réagissant mécaniquement à une mesure qui dans toute leur culture est inacceptable .Mais le pouvoir civil a bientôt confirmé que les avions civils des compagnies étasuniennes se plieraient aux règles d’information établies par la Chine, et le Vice- président Biden a fait sans tarder le voyage de Pékin pour faire le point de la situation.

Passé l’épisode pittoresque et digne d’un feuilleton télévisé des deux bombardiers en goguette, la prudence s’est imposée. En effet bien que n’existe pas aujourd’hui d’accord international sur l’air permettant l’extension de la souveraineté d’un Etat sur sa périphérie aérienne comme il en existe un pour la mer , la ZDA chinoise a des précédents : un qui concerne les Etats-Unis qui en commun avec le Canada ont définis deux ZDA l’une côté atlantique , l’autre côté Pacifique et un qui concerne le Japon qui a tout simplement appliqué à l’espace aérien la limite de la Zone économique exclusive (ZEE) établie par la convention internationale sur le droit de la mer soit à 200 miles marins de la côte. D’autres pays peu nombreux : L’Inde et inévitablement le Pakistan a suivi, la Norvège, le Royaume Uni, Taiwan et la Corée du Sud ont aussi établi une ZDIA sans que cela ait beaucoup suscité d’émotion.

Les cartes qui suivent montrent les ZDIA étasuniennes et japonaise. La seconde montre que la stratégie militaire du Japon est dépendante de celle des Etats-Unis et que la Chine est si proche est considérée comme une menace.

La République populaire n’est donc pas en situation d’attaque, mais de riposte .Elle a observé que les manœuvres militaires des Etats-Unis et de leurs alliés étaient de plus en plus nombreuses au large de ses côtes, elle sait que tous ses voisins : Japon, Corée du Sud, Taiwan ont des ZDIA et elle a attendu pour prendre cette nouvelle position de disposer de moyens militaires aériens lui permettant de s’opposer réellement à la pénétration de sa ZDIA par un appareil ennemi. Tel est le cas aujourd’hui.

Les mises au point diplomatiques qui vont avoir lieu devraient en bonne logique aborder un problème nouveau dans le droit des relations internationales : celui des drones.

En effet une ZDIA est un espace où

  • Les vols civils étrangers sont autorisés en principe sous réserve d’une information préalable
  • Les vols militaires étrangers sont interdits en principe sauf dérogation

Mais comment considérer un drone ?

Abattre un drone qui pénètre anonymement dans une ZDIA est-ce un acte de guerre ?

La décision chinoise ouvre un débat au plus haut niveau sur cette question qui met indirectement en cause toute la nouvelle doctrine militaire US.

 

zone de défense d'identification aérienne des Etats-Unis et du canada

zone de défense d'identification aérienne des Etats-Unis et du canada

zone de défense d'identification aérienne du Japon

zone de défense d'identification aérienne du Japon

27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 21:28

Nucléaire iranien, un moment de vérité !

L’accord international sur le nucléaire iranien conclu à Genève le 24 Novembre est en soi-même un évènement politique.

Observons la scène :

D’un côté (tous représentés en personne par leur Ministre des Affaires étrangères)

  • 5 puissances atomiques et membres permanents du Conseil de Sécurité
  • L’Allemagne
  • L’Union européenne en la personne de sa « ministre » des affaires étrangères : Catherine Ashton

De l’autre, seul : L’Iran

Sur le papier, un extraordinaire déséquilibre

  • Economique : PIB annuel de l’Iran 2012 environ 500 milliards de dollars, 21° rang mondial , au niveau de la Suède
  • Démographique : 2 milliards d’habitants chez les 6 contre 75 millions en Iran
  • Militaire : un budget annuel de l’ordre de 10 milliards de dollars

(Moins qu’Israël et les Emirats arabes unis autour de 15 milliards de dollars chacun et moins que l’Arabie Saoudite qui avoisine 50 milliards – France : 62 milliards – Etats-Unis : environ 700 milliards))

Pourtant il va y avoir une négociation et à son issue un accord, un accord écrit. Certes un accord transitoire de 6 mois au terme duquel chacune des parties vérifiera si l’autre a respecté sa signature et ses engagements.

Là est le premier évènement !

Collectivement la Chine, les Etats-Unis, la Russie, l’Allemagne, la Grande Bretagne et la France se sont engagés à débloquer de l’argent iranien déposé dans diverses banques de leur pays. Il est question de 6 à 8 milliards de dollars, soit une fraction de l’ensemble des avoirs iraniens bloqués dont le montant est de l’ordre de 50 milliard de dollars.

Collectivement les 6+1 (Union européenne) reconnaissent le droit à l’Iran d’utiliser l’énergie atomique à des fins civiles ou plutôt ils le confirment puisque l’adhésion de l’Iran au traité de non prolifération nucléaire était en soi une reconnaissance internationale de ce droit.

L’Iran s’est engagé à suspendre l’enrichissement de l’uranium à 20% (ce matériau ne permet pas de fabriquer des bombes atomique mais est utilisé dans des applications médicales) et pourra poursuivre la production d’uranium enrichi entre 3,5% et 5 % utilisé comme combustible dans les centrales nucléaires (L’Iran en possède une et veut en commander une autre).

En signant cet accord, les 6 puissances reconnaissent que l’Iran respecte le Traité de non prolifération nucléaire , qu’il n’ a pas d’armes nucléaires, qu’il ne cherche pas à en fabriquer et elles mettent donc fin en un seul geste à une propagande mondiale massive et prolongée contre « le nucléaire iranien » fondée sur une confusion entretenue à dessein entre nucléaire civil et nucléaire militaire où le passage de l’un à l’autre serait simplissime et échapperait aux regards vigilants et avertis des inspecteurs de l’AIEA et sur l’insinuation permanente que l’Iran « pays voyou » mentait en permanence lorsqu’il proclamait à tous les niveaux de la République islamique qu’il ne voulait pas l’arme nucléaire.

C’est le second évènement ! Les 6+ 1 ont reconnu officiellement que l’Iran n’avait pas menti.

L’éclatement de cette vérité met à mal les membres du camp sioniste avec ses bases à Tel Aviv, Washington et Paris et il marque la réinsertion de l’Iran dans la communauté des nations, retour que sa présidence du Mouvement des Non Alignés ne pouvait que favoriser et qui met fin à une longue période de mise à l’index ouverte en 1979.

La chute de la dynastie Pahlévi avait alors été perçue en Occident comme une catastrophe politique, la perte du principal gendarme de l’ordre impérialiste au Moyen Orient. Si le pire que l’Occident pouvait redouter, à savoir la création d’une république socialiste, avait été évité grâce à la prise de contrôle du mouvement révolutionnaire par les mollahs, l’hostilité de l’occident est depuis restée entière face à un régime qui a rejeté, en même temps que le Shah, l’impérialisme sous sa face la plus répressive.

Depuis 35 ans l’Occident a tout fait pour faire tomber la République islamique.

Il a encouragé l’Irak à attaquer l’Iran l’a armé et soutenu autant qu’il a pu pendant une effroyable guerre de dix ans. Il a ensuite mis le pays sous embargo et tenté diverses formes d’ingérence dans les affaires intérieures du pays et il a fini par lancer sa grande campagne contre le « nucléaire iranien » non sans avoir en plus complété l’encerclement militaire complet du pays par les forces de l'OTAN, l’Afghanistan, 2001 et l’Irak 2003 venant s’ajouter à la Turquie. Menacé à longueur d’années de bombardements et d’invasion militaire, l’Iran a tenu, sans peur, arcbouté sur sa vérité : « Nous ne voulons pas l’arme atomique ! ».

Enorme force politique de la vérité !

Qu’est-ce qui aurait pu empêcher un Iran machiavélique, tortueux et menteur de se doter de l’arme nucléaire « par la bande » comme l’ont fait les 3 non signataires du Traité de non Prolifération nucléaire : Israël, Inde et Pakistan qui eux n’ont pas été mis au ban de la communauté des Nations ? Le mensonge était chez l’adversaire et il allait de pair avec la menace.

Le camp du mensonge, de la menace et des sanctions, obligé de s’accorder avec la Chine et la Russie, a perdu le 24 Novembre à Genève.

Quoi qu’il arrive maintenant et d’autres péripéties sont probables, un page importante de l’histoire contemporaine a été tournée et les futures négociations sur la sortie de la crise syrienne porteront la marque de ce tournant.

18 novembre 2013 1 18 /11 /novembre /2013 11:07

JEJU

Une pure contradiction géopolitique

 

Jeju est le nom d’une petite ile coréenne au Sud-ouest de la péninsule. Couvrant 1846 km2 elle est un peu plus grande que la Guadeloupe et compte 560000 habitants.

Ile volcanique dominée par le volcan (éteint) Hallasan qui, avec ses 1950m, est le point culminant de toute la Corée du Sud.

Sa géologie est exceptionnelle voir http://whc.unesco.org/fr/list/1264/

Dotée d’un climat subtropical agréable, d’une flore exceptionnellement riche ? elle bénéficie des classements les plus prestigieux : patrimoine mondial de l’UNESCO, réserve botanique naturelle remarquable…

Pour toutes ces raisons JEJU est devenue pour les coréens une destination touristique trés prisée et le lieu idéal des voyages de noces , elle est même présentée comme une des nouvelles 7 merveilles du monde.

Les commentaires de certains touristes étrangers ne sont pas tous aussi élogieux, la très réelle beauté de l’ile ayant débouché selon eux sur une exploitation touristique trop intense qui serait en train de la transformer en un véritable parc d’attractions.

Mais cette ile qui reste un lieu très remarquable, offrant aux visiteurs ses trésors géologiques, botaniques et ses paysages volcaniques rares est poursuivie par un autre destin : celui que lui assigne sa position géopolitique.

Placée au sud ouest de la péninsule coréenne elle occupe une position stratégique exceptionnelle : à 500 km de Shanghai, à moins de 100 km des côtes de la Corée du sud péninsulaire comme de celles de la grande ile japonaise de Ryükyü, placée à un carrefour des axes de transport maritime reliant la Chine, le Japon, les deux Corées voire la Russie (Vladivostok est à moins de 2000 km), elle est une plaque sensible de tous les conflits régionaux.

Après avoir servi de base aux mongols pour attaquer le Japon elle devient colonie japonaise quand l’empire de soleil levant s’empare de la Corée en 1910. Jeju est absorbée comme un avant poste de ses ambitions continentales vers la Chine et sa population (comme celle de toute la Corée) durement traitée par l’envahisseur. Certains émigrent vers le Japon, d’autres amorcent un mouvement de résistance contre le colonialisme japonais qui débouchera après 1945 sur un soutien au mouvement indépendantiste impulsé par les communistes coréens.

On sait que les Etats-Unis déterminés à ne pas laisser s’installer un nouveau régime socialiste sur la péninsule coréenne exporteront dans le pays une dictature militaire et un dictateur certes d’origine coréenne mais formé aux Etats-Unis et gardé en réserve pour les besoins de cette mauvaise cause : Syngman Rhee. Cette politique débouchera sur la guerre de Corée, sur la partition du pays et sur ce qui reste la dernière stigmate de la guerre froide : un pays et un peuple avec sa langue, son histoire, sa culture coupés en deux dans la situation précaire d’un simple armistice vieux de 60 ans.

Dans cette partition, Jeju est trop stratégique, trop proche du Japon, trop méridionale pour pouvoir échapper à l’emprise des Etats-Unis et de leur dictateur de service. Or les habitants de Jeju sont très majoritairement favorables à la politique d’indépendance nationale défendue par les communistes coréens dans laquelle ils voient comme beaucoup de coréens une façon d’échapper à une prolongation de l’invasion japonaise sous domination étasunienne.

Les Etats-Unis décident donc – Mac Arthur est de facto gouverneur du japon jusqu’en 1951 et Syngman Rhee est à ses ordres – de réduire l’opposition des habitants de Jeju à la partition du pays et au régime dictatorial de Syngman Rhee. Cette opposition se manifeste par une forte implantation dans l’ile du parti du travail sud coréen, parti frère du parti du travail de Corée du Nord dirigé par Kim Il Sung.

Il n’y aura pas de quartier et le « massacre de Jeju » est passé dans l’histoire pour un des épisodes les plus noirs de ce qui n’est pas encore la guerre déclarée de Corée mais y conduira inexorablement.

En 1948 donc la révolte des habitants de Jeju est matée par l’armée sud-coréenne. L’armée des Etats-Unis est peu représentée sur l’ile elle-même ce qui permettra à la propagande US de jouer l’innocence alors que le plan de bataille est évidemment arrêté par l’Etat-Major US qui en suit simplement l’exécution. La répression dure plus d’un an et fait, chiffre le plus couramment admis, 60 000 victimes , soit prés de 20% de la population de l’époque. L’expression « massacre de Jeju » est donc largement justifiée et a laissé un souvenir très douloureux aux survivants comme à leurs descendants.

Or les Etats-Unis veulent à nouveau remettre lourdement le pied sur Jeju toujours sous le v couvert de la bannière sud-coréenne. Non contents d’entretenir en permanence et depuis 60 ans 30 000 hommes sur le sol de la Corée du Sud disposant de l’arme nucléaire et appuyés par une puissante escadre croisant aux alentours ils veulent désormais clairement se rapprocher des côtes chinoises. Telle est en effet la nouvelle politique annoncée par Obama celle du « pivot asiatique » consistant à encercler la République populaire chinoise et subsidiairement la Russie par la côte Pacifique.

Jeju est donc appelée à accueillir un important échelon du dispositif de missiles étasunien AEGIS.

AEGIS est un système maritime de missiles anti-missiles balistiques, c’est-à-dire qu’après la détection d’un missile balistique ennemi, les missiles de la riposte sont tirés depuis des navires en mer qui peuvent être soit des croiseurs soit des destroyers. Il nécessite une coordination étroite et extrêmement rapide des moyens de détection (satellites et radars) avec les navires eux-mêmes. La Corée du Sud, après le Japon, prend sa place dans ce système, ce qui permet aux Etats-Unis de poursuivre leur politique aux frais des pays alliés car mis à part les navires lanceurs, le reste du système (missiles, satellites, radars…) resterait aux mains de l’armée US.

La Russie, confrontée à la mise en place chez ses voisins, Pologne et République tchèque, d’un système de missiles anti-missiles balistiques basé lui à terre a sérieusement mis en doute le caractère défensif d’un tel système observant que, présenté comme destiné à une riposte il peut effectuer aussi une première frappe.

La Corée du Sud possède déjà trois destroyers (la marine coréenne a récemment demandé au gouvernement d’en construire trois autres à 3 milliards de $ l’unité). aptes à être intégrés au système AEGIS. Fabriqués en partenariat par Lockheed Martin et Hyundai mais ils ne détiennent pas les missiles correspondants. Il est certain que la mise à bord des missiles serait perçue par la Chine comme un acte menaçant et donc le gouvernement coréen hésite avant de franchir le pas

Cette inquiétude chinoise ne peut qu’être renforcée par le projet en cours de développement d’installation de la base coréenne d’AEGIS sur l’ile de Jeju.

Un nouveau port est déjà en construction sur la côte Sud de l’ile pour les accueillir les navires AEGIS. Rien ne dit que cette base coréenne ne pourrait pas être utilisée aussi par les navires US du système AEGIS très nombreux dans la région.

Depuis que ce projet a été connu des habitants de Jeju, ils se sont mobilisés sans relâche pour s’y opposer, d’abord via les élus locaux et les tribunaux, ensuite par une série ininterrompue de manifestations faisant appel à toutes les techniques de la non-violence et qui ont le soutien de la grande majorité de la population. Mais il reste que pour les bellicistes étasuniens Jeju présente l’immense avantage d’être à moins de 500 km de la côte chinoise alors que l’ile est la région sud coréenne la plus éloignée de la République Démocratique et populaire de Corée du Nord, épouvantail toujours agité pour justifier officiellement la politique militaire de la Corée du Sud et des Etats-Unis dans la région.

Dans leur lutte les habitants de Jeju ont de nombreux soutiens militants dans la région entre autres, le soutien des japonais de l’ile d’Okinawa où la forte présence de l’US Navy est régulièrement contestée, des groupes pacifistes d’Hawaï.

Cette lutte est peu connue en France et en Europe mais elle montre que les mauvais souvenirs des bombardements atomiques d’Hiroshima et Nagasaki et de la très meurtrière guerre de Corée (de l’ordre de 1,5 millions de victimes) demeurent vivaces.

 

Pour suivre de prés l’action contre la base navale voir en anglais http://savejejunow.org

 

 

 

 

 

Ce petit schéma illustre le principe du système de missiles anti missiles balistiques. On peut imaginer que l’ilot rocheux sur la gauche est la Chine d’où partent des missiles balistiques et que les trois navires sud coréens en mer au large de la Chine reliés à leur base à Jeju qui leur transmettra les données nécessaires aux tirs vont détruire en vol les missiles ennemis. Etant plus proches du point de départ des missiles ennemis ils interviennent plus tôt que le système terrestre qui apparait sur la droite.

 

la position stratégique de Jeju

la position stratégique de Jeju

Jeju une pure contradiction géopolitique
13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 13:36

Nul ne conteste aujourd’hui qu’Internet soit un des plus puissants outils techniques de la mondialisation. Mais la technique s’insère dans un projet politique.

Il faut en effet se souvenir que le réseau, « la toile » est à l’origine une fabrication du Pentagone et que son dessein est non pas la « mondialisation » phénomène abstrait mais l’acte d’un Etat « mondialisateur » qui veut « mondialiser » les autres à son profit.

Le dessin du réseau Internet ci-dessous montre bien qu’il y a dans cette mondialisation un « centre » : les Etats-Unis qui tient ses deux alliés par la main avec un bras transatlantique Nord et un bras transpacifique Nord et une « périphérie » : le reste.

Il y a des rapports de classe dans la configuration des réseaux.

Le refus de cette « mondialisation » occidentalocentrée est en acte de la part des BRICS qui préparent pour 2015 l’ouverture de la « toile » BRICS sur le schéma qui suit et qui se passe de commentaire. (voir si nécessaire la video BRICS CABLE)

Deux images de la mondialisation
13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 13:30

La France et les armes chimiques

 

L’intérêt soudain porté aux armes chimiques a donné lieu à une mise en scène médiatique classiquement manichéenne.

Tout le monde se plait à dire que les armes chimiques sont particulièrement odieuses et inhumaines. Mais elles ne sont pas les seules armes de destruction massive existantes : la destruction massive de populations entières et particulièrement de populations civiles est possible tout autant avec les armes nucléaires et avec les armes biologiques.

Or Les armes chimiques ont été abandonnées par la très grande majorité des Etats du monde y compris par ceux très peu nombreux qui les ont utilisées. Parmi ceux-ci les belligérants européens de la Première guerre mondiale qui les utilisèrent aussi avant ou après ce conflit dans les guerres coloniales. La France est du nombre et doit même être considérée comme un de leurs principaux promoteurs.

Tous les pays qui ont, par la suite, produit des armes chimiques ont fait ce choix pour des raisons techniques et économiques, la relative simplicité de la production industrielle de ces armes les mettant à la portée de nombreux pays pour qui l’armement nucléaire était trop complexe à fabriquer par rapport à leur niveau de développement scientifique et technique.

Dans l’arsenal des armes de destruction massive les armes chimiques sont donc devenues l’arme des pauvres.

Pour ces deux raisons historiques :

  • Utilisation au cours de guerres entre pays développés qui en ont rendu la perception publique très aigue et les réactions de rejet très fortes
  • Prolifération chez les pays moins riches

les armes chimiques ont connu un sort international très particulier celui d’avoir fait l’objet d’un traité international prévoyant leur interdiction et leur destruction.

Rien de tel pour les armes nucléaires dont il est seulement prévu d’éviter la prolifération mais où les faits ont démontré que la prolifération se poursuivait malgré son interdiction. Tel a été le cas pour Israël, l’Inde le Pakistan et à une très petite échelle (quelques bombes) pour la République démocratique et populaire de Corée.

Rien de tel non plus pour les armes biologiques. Un autre argument défavorable aux armes chimiques s’est ajouté : celui de leur maniement militaire délicat, la forme gazeuse rendant difficile l’emploi sur les champs de bataille : la diffusion des gaz toxiques autour du point d’impact est incertaine et ce qui était simple dans une guerre de position classique (d’une tranchée à l’autre pendant la première guerre mondiale) ou dans une agression coloniale de type génocidaire (destruction de villages entiers par bombardement) devenait plus aléatoire dans une guerre de mouvement.

Enfin ce qui a achevé de convaincre les puissances qu’il valait mieux éliminer toutes les armes chimiques a été leur facilité d’utilisation dans des actions terroristes. Rappelons-nous le gaz sarin dans les couloirs du métro de Tokyo.

Bref si on ne peut que se féliciter qu’au moins une catégorie d’armes de destruction massive soit, grâce à un très large accord international, vouée à disparaitre il ne faut pas non plus perdre de vue qu’il s’agit d’une arme frustre, dépassée, et que sa disparition n’ouvre pas, pour l’heure, la porte à un désarmement généralisé.

Concrètement comment ce désarmement est-il organisé ?

  1. La convention : Elle interdit aux Etats parties de fabriquer, d’acquérir ou de vendre et d’utiliser des armes chimiques. les Etats parties doivent après leur adhésion à la Convention déclarer les armes chimiques en leur possession et désigner les usines de fabrication et ensuite présenter un plan de destruction des armes et de destruction ou de conversion des usines de fabrication. Chaque Etat doit conduire ces destructions à ses frais. Doivent être également déclarés les usines fabriquant des produits chimiques pouvant entrer dans la fabrication des armes chimiques.
  2. L’organisme de contrôle : il est créé une Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) dont le siège est à La Haye et qui dispose d’un important secrétariat technique capable de s’assurer de l’authenticité des déclarations des Etats parties et de la réalité des opérations de destruction.
  3. Procédure et délais : La Convention entrée en vigueur en 1997 prévoyait que les Etats-Parties disposaient d’un délai de 10 ans pouvant être prolongés si nécessaire de 5 ans pour détruire toutes leurs armes chimiques. Les Etats-parties au moment de l’entrée en vigueur devaient donc avoir achevé la destruction en 2012. C’est loin d’être le cas.

 

La réalité :

190 Etats (Syrie comprise) ont aujourd’hui adhéré à la Convention

Deux l’ont signé mais ne l’ont pas ratifié donc ne l’appliquent pas : Israël et le Myanmar

Après l’adhésion de la Syrie, il ne reste que 4 Etats non signataires : L’Angola, l’Egypte, la Corée du Nord et le Sud Soudan.

Quelques observations : la décision de ne pas signer est la conséquence d’une situation de conflit régional sans solution.

C’est le cas au Proche-Orient zone de guerre depuis la création de l’Etat d’Israël ce qui explique les positions de la Syrie jusqu’à présent et de l’Egypte.

Pour ce qui concerne cette dernière elle aurait utilisé des armes chimiques dans son intervention au Yémen (1963-1967) mais les preuves n’ont pas été recherchées les Etats-Unis occupés à bombarder le Vietnam et le Cambodge avec l’agent Orange ne voulant pas et ne pouvant pas hausser le ton sur ce sujet. L’Egypte maintiendrait ses capacités tant qu’Israël ne renoncerait pas à l’arme nucléaire, traité de paix ou pas. Par contre il est établi que l’armée égyptienne est équipée et formée (par les Etats-Unis) pour résister à une attaque chimique extérieure.

C’est le cas en Corée où le République de Corée (Sud) a détruit ses armes chimiques ce que n’a pas voulu faire la République populaire et démocratique (Nord) mais il ne faut jamais oublier que la première reste puissamment protégée sur son sol par une armée étasunienne de 30 000 hommes dotée d’armes nucléaires.

Le Sud-Soudan n’est pas signataire alors que son voisin du Nord l’est. Position belliqueuse venant du plus récent Etat du monde dont l’industrie, quasiment inexistante, serait bien en peine de fabriquer des armes chimiques. Ce qui veut dire que les puissants protecteurs du Sud Soudan : Etats-Unis et Israël en tête y pourvoiront ou y ont déjà pourvu.

L’Angola où le Portugal a utilisé l’arme chimique pendant la guerre de libération et qui était soupçonné de détenir des armes chimiques au moment de la guerre contre l’Afrique du sud a entrepris les démarches pour son adhésion.

Le cas de Myanmar est peu clair. Il a été accusé par les services de renseignement étasuniens de posséder des armes chimiques et il se peut qu’il utilise sa ratification comme un outil dans ses relations diplomatiques avec les USA.

 

La France et les armes chimiques

Après tout le tintamarre de la diplomatie française sur les armes chimiques syriennes il n’est pas inutile de connaitre les états de service de ce procureur rigoureux

La France comme les autres belligérants de la première guerre mondiale a utilisé des armes chimiques à cette période. Selon des témoignages de pilotes français, des gaz ont encore été utilisés par l’aviation française pendant la guerre d’Algérie ce qui prouve que la production avait duré bien après 1918.

Cette production a pu se développer dans les poudreries nationales ou dans des usines privées et le documentaire (http://www.ina.fr/video/CAB89001713) fait bien comprendre que la « traçabilité » comme on dirait aujourd’hui des armes chimiques est délicate car les armes chimique sont souvent des mélanges de plusieurs composants dont chacun peut être isolément d’un usage civil inoffensif.

Ceci explique par exemple comme le montre de documents étasuniens récemment déclassifiés que l’Irak ait pu trouver sur le marché international des fournisseurs pour les armes chimiques qu’il a utilisées contre l’armée iranienne dans la bataille de Bassora, chacun des fournisseurs pouvant hypocritement déclarer soit que le produit chimique qu’il avait livré n’était pas en lui-même une arme, le mélange ultime se faisant sur le terrain, soit que les documents d’exportation donnent de faux noms aux produits livrés. Cette même incertitude se retrouve encore amplifiée en cas de guerre internationale non déclarée comme en Syrie aujourd’hui, l’armement des « rebelles » se faisant dans la clandestinité.

La France a en plus disposé pendant plusieurs décennies d’un polygone d’essai d’armes chimiques dans le Sahara. Le centre dénommé B2 Namous est situé dans l’ouest du Sahara algérien à proximité de l’oasis marocaine de Figuig. Ouvert dans les années 30 il a servi à la mise au point des armes chimiques nouvelles qui devaient être utilisées pendant la seconde guerre mondiale et ne l’ont pas été. Pourtant son activité n’a pas cessé au moment de l’indépendance de l’Algérie puisqu’une annexe secrète des accords d’Evian l’a autorisée comme elle a autorisé les essais nucléaires français sur le polygone saharien de Reggane. Le polygone B2 Namous n’a été fermé qu’en 1978 ce qui démontre que la France n’avait pas renoncé à l’arme chimique jusqu’à cette date. Il fait encore partie des contentieux diplomatiques franco-algériens puisque la fermeture du centre n’aurait pas été accompagnée de la dépollution de la zone, critique reprise également du côté marocain très proche.

Aujourd’hui la France signataire de la Convention de 1999 a dépassé le délai de quinze ans fixé pour la destruction de ses armes chimiques. Deux arguments sont avancés :

  • On découvrirait encore sur les champs de bataille de première guerre mondiale des obus « chimiques »
  • Les coûts de la destruction sont élevés et les budgets nécessaires n’ont pas été trouvés

Le premier argument a l’avantage de centrer l’attention du public sur le fait qu’il s’agit de très vieilles armes et donc de passer sous silence tout ce qui a pu être produit jusqu’en 1978. Le second confirme, s’il en était besoin, qu’il est plus facile de trouver de l’argent pour fabriquer des armes de destruction massive que pour les détruire.

Mais gardons espoir, la France qui, officiellement, stocke les armes chimiques à détruire à Suippes (Marne), a finalement décidé la construction de l’atelier de destruction des armes chimiques à l’intérieur du camp militaire de Mailly. Cette opération porte le nom de code d’OPERATION SECOIA. Elle devrait commencer en 2014, l’atelier serait opérationnel en 2016 et au rythme annuel de 20 tonnes de destruction le stock français de l’ordre de 200 tonnes (mais sans confirmation officielle) serait donc éliminé vers 2026.

Outre son coût, la destruction des armes chimiques est une activité délicate, dangereuse nécessitant un très haut niveau d’équipement et de formation. La France est tellement reconnue comme un expert en armes chimiques qu’elle a signé en 2006 avec la Russie un accord de coopération pour aider la Russie qui détient à elle seule environ deux tiers du stock mondial – soit environ 40 000 tonnes - d’armes chimiques à le détruire.

Voilà qui achève de rendre ridicules les gesticulations officielles pour que la Syrie se dépêche de détruire dans le meilleur délai son arsenal. Ce type de destruction est cher long et difficile.

 

 

20 septembre 2013 5 20 /09 /septembre /2013 13:16

LES ETATS-UNIS ET LA SYRIE

Histoire d’une hostilité contemporaine permanente

 

Préambule : Avant d’être en butte à une hostilité permanente des Etats-Unis, la Syrie avait souffert de la colonisation française qui avait pris la forme en 1920 d’un mandat de la Société des Nations, une sorte de mise sous tutelle qui suscita pendant toute sa durée une résistance nationale vigoureuse qui fut matée dans le sang.

Principales dates pour mémoire :

1920 : attaque et prise de Damas mais dans d’autres régions les combats continuent jusqu’en 1923. Dans cette période troublée la France divise le pays en « zones ethniques » et sépare le Liban de la Syrie

1925 : révolte dans le djebel druze qui s’étend dans tout le pays et dure jusqu’en 1927.La France utilise ses troupes coloniales pour une répression très brutale

La France abandonne alors l’administration militaire directe et cherche à s’allier les notables locaux en fragmentant le pays. L’échec de cette politique conduit le gouvernement du Front populaire à signer un traité de paix en Décembre 1936. Ce traité reconnait l’unité de la Syrie et conserve à la France une série de bases militaires. Le traité ne sera pas présenté pour ratification au vote du Parlement par les gouvernements français suivants et ne sera donc pas appliqué.

 

Chapitre I : de l’indépendance à l’alliance avec l’URSS

En 1946 les Etats-Unis reconnaissent la nouvelle Syrie indépendante. Débute alors une période troublée caractérisée par l’émergence difficile et chaotique d’une couche d’officiers nationalistes hostiles aux anciennes classes dirigeantes de propriétaires terriens et de commerçants qui avaient collaboré avec le mandataire-occupant français.

Le tout jeune état syrien est immédiatement confronté au bouleversement que représente la création de l’Etat d’Israël. Pour obtenir la création simultanée de l’Etat palestinien prévu par l’ONU les pays arabes entrent en guerre et sont battus (première guerre israélo-arabe). Cette défaite déstabilise la Syrie. En 1949 un premier coup d’Etat renverse le premier Président Shukri al Kuwaitli Il est remplacé par Husni al Za’Im, le chef d’Etat-major qui avait conduit l’armée syrienne dans la première guerre israélo-arabe. Paradoxalement cet échec n’entrave pas sa carrière politique car il va bénéficier du soutien secret des Etats-Unis pur accéder au pouvoir. Pour Washington la priorité est d’assurer l’acheminement du pétrole saoudien, leur pétrole (l’ARAMCO - Arabian American Company - est alors leur propriété intégrale) vers la Méditerranée sans passer par le canal de Suez alors sous contrôle franco-britannique. Ils lancent le projet de TAPLINE (Trans-arab pipeline) pipeline allant de la région productrice saoudienne (au Nord-est du territoire) au port libanais de SAIDA en traversant la Jordanie et le Golan syrien. Le Président en exercice plus proche des intérêts franco-anglais est opposé au projet de pipeline. Pour bien marquer son alignement sur Washington Husni al Za’im interdit bientôt le parti communiste syrien.

Quatre mois plus tard il est lui-même renversé par un groupe d’officiers conduit par Adib Shishakli et Sami al Hinnawi. En Décembre 49, troisième coup d’état, Shishakli élimine son complice qui était lui sous l’influence britannique (dont il était probablement un agent), favorable à l’union avec l’Irak pour constituer un bloc de deux Etats sous influence britannique. L’Irak est alors dirigé par le Chérif Hussein mis en place par Londres après qu’il ait été évincé de Syrie en 1920.Shishakli maintient d’étroites relations avec les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite Bien qu’il refuse dans un premier temps d’accorder la nationalité syrienne aux 500 000 palestiniens réfugiés en Syrie après la Naqba, les Etats-Unis le considèrent comme le plus puissant dirigeant anti-communiste du pays et envisagent dés 1950 de livrer des armes à la Syrie. Cependant Shishakli a des difficultés à stabiliser son pouvoir et en 1952 il dissout le parlement et installe une dictature militaire. Mais, malgré la bienveillance du département d’Etat étasunien qui pousse la Banque Mondiale à lui accorder un prêt de 200 millions de $ son alliance avec les Etats-Unis n’aura pas le temps de prendre véritablement corps. En 1954 – le 25 février 1954 Shishakli est renversé par un coup d’état organisé par un front de partis nationalistes comprenant le Baath et le parti communiste syrien. Les élections qui suivent – le 24 Septembre 1954 – voient le succès des partis de gauche et pour la première fois dans le monde arabe un député communiste : Khalid Bakdash est élu député.

Le commentaire d’Allen Dulles, le patron de la CIA, est sans ambigüité : « la situation dans ce pays est la pire de celle de tous les pays de la région ». La riposte se prépare sous la forme du lancement en Janvier 1955 du projet de « Pacte de Bagdad » pendant moyen-oriental de l’OTAN. La Syrie et l’Egypte s’opposent à cette création. Le plus ardent avocat de cette opposition, le colonel syrien Makli est assassiné le 22 Avril 1955 par un tueur du parti « Social nationaliste syrien » (SSNP) soutien de Shishakli et proche des Etats-Unis. Cet assassinat s’inscrit dans un plan commun des services britanniques et étasuniens pour rassembler dans le camp occidental à la fois d’une part l’Irak (sous influence britannique jusqu’au coup d’état du 14 Juillet 1958 qui amènera au pouvoir le général Aref et ensuite Saddam Hussein) d’autre part la Jordanie, l’Arabie Saoudite et Israël sous influence étasunienne. Le projet qui présente de grandes analogies avec la crise actuelle consistait à susciter des incidents frontaliers avec la Turquie qui justifierait une intervention militaire irakienne accompagnée de soulèvements tribaux suscités par les services britanniques et l’intervention armée de groupes rebelles du SSNP encadrés par des agents étasuniens. En Aout 1955 Shukri al Kuwaitli revient au pouvoir et dans un climat d’union nationale où s’affirme l’influence du Baath signe en Octobre un traité d’alliance militaire avec l’Egypte. Tous ces préparatifs sont bouleversés par la nationalisation du canal de Suez le 26 Juillet 1956 qui devient aussitôt le point le plus chaud de la crise moyen-orientale et va être l’occasion pour les Etats-Unis de prendre les rênes de la politique occidentale au Moyen-Orient au détriment des anciennes puissances coloniales : France et Grande-Bretagne qui se voient intimer par Eisenhower l’ordre humiliant de retirer leurs troupes d’Egypte.

Un nouveau coup d’état pro-occidental se prépare en Syrie mais le complot est déjoué par les services secrets syriens et dénoncé à la télévision le 23 Novembre 1956. La réaction des Etats-Unis est rapide et sans ambigüité. Sur la demande d’Eisenhower qui met en avant les derniers développements de la situation en Syrie, le 30 Janvier 1957 le Congrès accorde au Président l’autorisation d’utiliser l’armée pour contenir l’influence soviétique aux Moyen-Orient. Avant cette décision politique officielle la Syrie a été un laboratoire régional d’actions clandestines de la CIA qui est intervenue sans cesse pour favoriser l’accès ou le maintien au pouvoir des différents gouvernements qui se sont succédé à la tête du pays à partir du coup d’Etat du 30 Mars 1949. Cette politique d’ingérence permanente a été détaillée par le professeur Douglas Little spécialiste d’histoire du Moyen Orient à l’Université Clark dans son article « Cold War and covert actions. The US and Syria - 1945-1958 » publié en 1990 dans le numéro 44 du MIDDLE EAST JOURNAL (hiver 1990)

Les élections de Mai 1957 en Syrie voient le triomphe des partis de gauche. Des tentatives pour éviter la rupture totale avec l’occident conduites par Khaled al Azam et Salah Bitar ont lieu dans les mois qui suivent mais elles sont infructueuses et le 6 Aout 1957 ils signent à Moscou un accord d’assistance économique technique et militaire avec l’URSS. La guerre froide initiée par les Etats-Unis vient de s’installer durablement au Moyen-Orient, la Syrie est rangée pour des décennies par les Etats-Unis dans le camp des adversaires de l’Occident.

La crainte d’une attaque armée des USA est telle qu’en Septembre le gouvernement fait creuser des tranchées dans la ville de Damas. Pour protéger la Syrie menacée les troupes égyptiennes débarquent à Lattaquié le 18 Octobre 1957. L’armée syrienne passe sous le commandement du maréchal égyptien Abdel Hakim Amer, bras droit de Nasser, L’union des deux pays est ainsi scellée sur le terrain et prendra la forme officielle de la République Arabe Unie créée en Février 1958 et massivement approuvée par un référendum commun le 21 Février 1958. La Syrie devient la province Nord de la RAU

Cet engagement syrien sous la bannière de Nasser confirme l’engagement de la Syrie dans le camp du nationalisme arabe hostile à la domination des Etats-Unis sur la région. Cependant la fusion des deux Etats se fait au détriment de la Syrie qui voit les principales institutions de la RAU s’installer au Caire et les principaux postes confiés à des égyptiens .La rupture intervient dés 1961. Le 28 Septembre un coup d’état militaire a lieu à Damas et la Syrie reprend son indépendance. Les troupes égyptiennes quittent Lattaquié. Ce changement rapide et brutal est aussi une réponse à la révolution irakienne. En effet le coup d’état militaire du 14.07.1958 à Bagdad a renversé la monarchie, les militaires nationalistes sont au pouvoir, le PC irakien se renforce. Le pays quitte le pacte de Bagdad pro occidental, se lie avec l’URSS ce qui est de nature à favoriser un rapprochement syro-irakien.

S’ouvre alors en Syrie une nouvelle période d’instabilité qui voit s’élaborer un nouveau projet d’union qui rassemblerait tous les pays se réclamant alors du nationalisme arabe : Irak, Egypte (qui continue à s’appeler République Arabe Unie), Yémen, Algérie et Syrie. En Syrie l’affrontement sur cette question a lieu entre des « unionistes », surtout puissants à Alep et les Baathistes favorables à l’indépendance. Ceux-ci finissent par s’imposer par un nouveau coup d’Etat en Avril 1963. La Syrie se retrouve seule et se dote en Avril 1964 d’une nouvelle constitution laïque.

Dés lors s’engage entre le Baath et les Frères Musulmans un conflit qui n’a jamais cessé et constitue la toile de fond de l’actuelle guerre même si les Frères Musulmans qui tentent à plusieurs reprises de prendre le pouvoir par la voie de l’insurrection sont durement réprimés à Banyas et à Hama. Qu’ils aient tenté en Mars 2011 de revenir sur la scène dans la foulée des crises politiques en Tunisie et en Egypte qui leur ont ouvert les portes du pouvoir n’est pas une surprise et confirme que dans le monde arabe chaque évènement politique national d’importance a une répercussion très rapide chez ses voisins mais, donnée oubliée par nombre de commentateurs occidentaux des « printemps arabes » sans en être jamais la reproduction à l’identique, les histoires nationales même récentes et les structures politiques propres ayant leur influence dans l’évolution des situations.

Jusqu’à la guerre de 1967 avec Israël (nommée « guerre des six jours par Israël et « guerre arabe de 1967 » par les pays arabes) la question du nassérisme divise la Syrie. Le prestige acquis par Nasser par la nationalisation du canal de Suez est tempéré par l’expérience malheureuse de la RAU. Paradoxalement la droite syrienne qui apprécie l’anticommunisme nassérien est plus nassérienne que la gauche plus franchement nationaliste et où le PC syrien a toute sa place. La guerre de 1967 lancée par Israël qui riposte aux actions de l’Egypte en soutien à une Palestine qui n’existe toujours que sur le papier voit la déroute de la coalition arabe. La Syrie n’est pas l’objectif militaire principal d’Israël. Cependant l’aviation syrienne comme l’aviation égyptienne toutes deux équipée par l’URSS sont totalement détruites au sol et l’armée syrienne sans couverture aérienne perd la bataille du Golan qu’Israël va coloniser progressivement. La perte est encore plus grave pour l’Egypte qui perd Gaza, le Sinaï et qui voit le canal de Suez, dont la rive orientale est fermement tenue par l’armée israélienne, fermé.

La ministre de la défense syrien de l’époque est Hafez el Assad. Pilote de chasse, formé en URSS il a été stationné en Egypte avec son unité pendant la période d’unité de la RAU (1957-1961) et a cruellement ressenti la marginalisation des syriens par l’Egypte. Il éprouvera le même sentiment au moment de la guerre de 1967, l’allié égyptien ayant conduit les opérations en solitaire, laissant la Syrie et la Jordanie impréparées face à l’attaque d’Israël. On peut en conclure qu’il n’a jamais été nassérien. Cette méfiance vis-à-vis de l’Egypte sera renforcée à deux reprises quand Hafez el Assad sera devenu chef d’Etat en 1970. Une première fois en 1973 lorsque Sadate lance ses troupes dans le Sinaï mais ne pousse pas son avantage et arrête l’offensive une fois repris le contrôle du Canal de Suez permettant à la contre offensive israélienne de se développer. Une seconde fois lorsque Sadate se rend à Jérusalem et ouvre la porte au traité de paix avec Israël.

L’analyse que la Syrie fait de la politique égyptienne de Sadate est exacte et correspond à l’analyse qu’en fera l’ambassadeur d’URSS au Caire à l’époque (voir annexe). La guerre de 1973 est destinée à laver l’affront de 1967 mais n’est pas une victoire. Elle répond aux deux objectifs des Etats-Unis : rouvrir le Canal de Suez nécessaire au développement du commerce international et à la circulation facile du pétrole moyen oriental vers l’Europe et les Etats-Unis, ne pas attaquer directement Israël et ouvrir la voie de la négociation de paix qui entérinera inévitablement les conquêtes israéliennes de 1967, Sinaï excepté. Ce plan égyptien est tellement conforme à la stratégie des Etats-Unis que ceux-ci s’emploient à en concrétiser rapidement tous les objectifs. Kissinger multiplie voyages sur place et rencontres et Nixon viendra lui-même en visite officielle pour bien montrer qui a tiré les marrons du feu. Hafez el Assad les accueille l’un et l’autre mais ne cède en rien sur son refus des conquêtes militaires israéliennes et refuse tout accord de paix avec Israël. La Syrie s’installe donc dans la position de leader du front du refus position qu’elle occupe encore aujourd’hui bien que le front n’existe plus. Le traité de paix entre l’Egypte et Israël viendra confirmer et au-delà toutes les réserves syriennes

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ANNEXE

Le document Vinogradov

Vladimir Vinogradov est ambassadeur d’URSS en Egypte où il est arrivé à la mort de Nasser (1970) au moment de la guerre dite du Kippour (1973). Il sait mieux que personne que les armées égyptienne et syrienne ont été largement fournies par son pays en armement de très bon niveau. Il connait personnellement Sadate et il sait que Sadate issu du mouvement des officiers nassériens est très anticommuniste et cherche en fait à tourner la page du nassérisme. Il observe les allées et venues de Kissinger dans la région et ne peut que soupçonner l’existence d’un projet des Etats-Unis pour la région. Il produira donc un document circonstancié sur le plan Sadate-Kissinger qu’il présentera à Moscou au Bureau Politique

Telle est au moins la présentation qu’en fait en 2012 le chroniqueur israélien d’origine russe Israël Shamir dans un article paru dans la revue étasunienne COUNTERPUNCH et repris depuis sur divers blogs et sites internet. Vladimir Vinogradov et tous les acteurs de l’éventuel complot : Sadate, Golda Meir sont morts. Un seul survivant : Henry Kissinger … Par contre il n’est paru aucune critique de l’article d’Israël Shamir dont la traduction française suit.

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L'histoire secrète de la Guerre du Kippour

Par ISRAEL SHAMIR

Je vous préviens tout de suite, cette information n’est pas comme les autres... Si ces écrits sont authentiques, ils remettent en question toute l'hégémonie américaine sur le monde. Et justement, cela est intéressant de les prendre en considération, alors que leur modèle économique est sur le point de s'effondrer. Est-ce que l'histoire ne chercherait pas tout simplement à rétablir la vérité ?

J'ai récemment reçu à Moscou une chemise bleu-marine datée de 1975, qui contenait l'un des secrets les mieux gardés de la diplomatie du Moyen Orient et des USA. Le mémoire rédigé par l'ambassadeur soviétique au Caire Vladimir M. Vinogradov, apparemment le brouillon d'un rapport adressé au Politburo soviétique décrit la guerre d'octobre 1973 comme un complot entre les dirigeants israéliens, américains et égyptiens, orchestré par Henry Kissinger. Cette révélation va vous choquer, si vous êtes un lecteur égyptien. Moi qui suis un Israélien et qui ai combattu les Égyptiens dans la guerre de 1973, j'ai été choqué aussi, je me suis senti poignardé, et je reste terriblement excité par l'incroyable découverte. Pour un Américain cela pourra être un choc.

À en croire le dit mémoire (à paraître in extenso dans le magazine prestigieux Expert de Moscou), Anouar al Sadate, qui cumulait les titres de président, premier ministre, président de l'ASU, commandant en chef des armées, avait conspiré de concert avec les Israéliens, avait trahi la Syrie son alliée, condamné l'armée syrienne à sa perte, et Damas à se retrouver bombardée, avait permis aux tanks de Sharon de s'engager sans danger sur la rive occidentale du Canal de Suez, et en fait, avait tout simplement planifié la défaite des troupes égyptiennes dans la guerre d'octobre 1973. Les soldats égyptiens et officiers se battirent bravement et avec succès contre l'armée israélienne - trop bien, même, au goût de Sadate, puisqu'il avait déclenché la guerre pour permettre aux USA de faire leur retour au Moyen Orient. Tout ce qu'il réussit à faire à Camp Davis, il aurait pu l'obtenir sans guerre quelques années plus tôt.

Il n'était pas le seul à conspirer: selon Vinogradov, la brave grand'mère Golda Meir avait sacrifié deux mille des meilleurs combattants juifs (elle ne pensait pas qu'il en tomberait autant, probablement) afin d'offrir à Sadate son heure de gloire et de laisser les USA s'assurer de positions solides au Moyen Orient. Le mémoire nous ouvre la voie pour une réinterprétation complètement inédite du traité de Camp David, comme un pur produit de la félonie et de la fourberie.

Vladimir Vinogradov était un diplomate éminent et brillant ; il a été ambassadeur à Tokyo dans les années 1960, puis au Caire de 1970 à 1974, co-président de la Conférence de Paix de Genève, ambassadeur à Téhéran pendant la révolution islamique, représentant au ministère des Affaires étrangères de l'URSS et ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie. C'était un peintre de talent, et un écrivain prolifique ; ses archives comportent des centaines de pages d'observations uniques et de notes qui couvrent les affaires internationales, mais son journal du Caire tient la place d'honneur, et parmi d'autres, on y trouve la description de ses centaines de rencontres avec Sadate, et la séquence complète de la guerre, puisqu'il l'observait depuis le quartier général de Sadate au moment précis où les décisions étaient prises. Lorsqu'elles seront publiées, ces notes permettront de réévaluer la période post-nassérienne de l'histoire égyptienne.

Vinogradov était arrivé au Caire pour les funérailles de Nasser, et il y resta comme ambassadeur. Il a rendu compte du coup d'État rampant de Sadate, le moins brillant des hommes de Nasser, qui allait devenir le président par un simple hasard, parce qu'il était le vice-président à la mort de Nasser. Il avait aussitôt démis de leurs fonctions, exclu et mis en prison pratiquement tous les hommes politiques importants de l'Égypte, les compagnons d'armes de Gamal Abdel Nasser, et démantela l'édifice du socialisme nassérien.

Vinogradov était un fin observateur, mais nullement un comploteur ; loin d'être un doctrinaire têtu, c'était un ami des Arabes et il soutenait fermement l'idée d'une paix juste entre Arabes et Israël, une paix qui satisferaient les besoins des Palestiniens et assurerait la prospérité juive.

La perle de ses archives, c'est le dossier intitulé "La partie en jeu au Moyen Orient". Il contient quelque 20 pages dactylographiées, annotées à la main, à l'encre bleue, et il s'agit apparemment d'un brouillon pour le Politburo et pour le gouvernement, daté de janvier 1975, juste après son retour du Caire. La chemise contient le secret mortel de la collusion dont il avait été témoin. C'est écrit dans un russe vivant et tout à fait agréable à lire, pas dans la langue de bois bureaucratique à laquelle on pourrait s'attendre. Deux pages ont été ajoutées au dossier en mai 1975 ; elles décrivent la visite de Vinogradov à Amman et ses conversations informelles avec Abou Zeid Rifai, le premier ministre, ainsi que son échange de vues avec l'ambassadeur soviétique à Damas.

Vinogradov n'a pas fait connaître ses opinions jusqu'en 1998, et même à ce moment, il n'a pas pu parler aussi ouvertement que dans ce brouillon. En fait, quand l'idée de collusion lui eût été présentée par le premier ministre jordanien, il avait refusé d'en discuter avec lui, en diplomate avisé.

La version officielle de la guerre d'octobre 1973 dit que le 6 octobre 1973, conjointement avec Hafez al-Assad de Syrie, Anouar al Sadat déclencha la guerre, avec une attaque surprise contre les forces israéliennes. Ils traversèrent le canal de Suez et s'avancèrent dans le Sinaï occupé, juste quelques kilomètres. La guerre se poursuivant, les tanks du général Sharon avaient traversé à leur tour le canal, et encerclé la troisième armée égyptienne. Les négociations pour le cessez-le6feu avaient débouché sur la poignée de main à la Maison Blanche.

En ce qui me concerne, la guerre de Yom Kippour, comme nous l'avions appelée constitue un chapitre important de ma biographie. En tant que jeune parachutiste, j'ai combattu, pendant cette guerre, j'ai traversé le canal, j'ai pris les hauteurs de Gabal Ataka, j'ai survécu aux bombardements et aux corps-à-corps, j'ai enseveli mes camarades, tiré sur les chacals du désert, mangeurs d'hommes et sur les tanks ennemis. Mon unité avait été amenée par hélicoptère dans le désert, où nous avons coupé la ligne principale de communication entre les armées égyptiennes et leur base, la route Suez-le Caire. Notre position, à 101 km du Caire, a servi de cadre aux premières conversations pour le cessez-le-feu ; de sorte que je sais que la guerre n'est pas un vain mot, et cela me fait mal de découvrir que moi et mes camarades en armes n'étions que des pions jetables dans le jeu féroce où nous, les gens ordinaires, étions les perdants. Bien entendu, je n'en savais rien à ce moment, pour moi, la guerre était la surprise, mais je n'étais pas général à l'époque.

Pour Vinogradov, aucune surprise : de son point de vue, tant la traversée du canal par les Égyptiens que les incursions de Sharon étaient planifiées, agréées à l'avance par Kissinger, Sadate et Golda Meir. Le plan comportait d'ailleurs la destruction de l'armée syrienne au passage.

Pour commencer, il pose certaines questions : comment la traversée pourrait-elle avoir été une surprise alors que les Russes avaient évacué leurs familles quelques jours avant la guerre ? La concentration des forces était facile à observer, et ne pouvait pas échapper à l'attention des Israéliens. Pourquoi les forces égyptiennes n'ont-elles pas avancé après avoir traversé, et sont-elles restées plantées là ? Pourquoi n'y avait-il aucun plan pour aller plus loin ? Pourquoi y avait-il un large espace vide de 40 km, non gardé, entre la deuxième et la troisième armée, une brèche qui était une invitation pour le raid de Sharon ? Comment les tanks israéliens ont-ils pu ramper jusqu'à la rive occidentale ? Pourquoi Sadate avait-il refusé de les arrêter ? Pourquoi n'y avait-il pas de forces de réserve sur la rive occidentale ?

Vinogradov emprunte une règle chère à Sherlock Holmes qui disait : quand vous avez éliminé l'impossible, ce qui reste, aussi improbable cela soit-il, doit être la vérité. Il écrit : on ne saurait répondre à ces questions si l'on tient Sadate pour un véritable patriote égyptien. Mais on peut y répondre pleinement, si l'on considère la possibilité d'une collusion entre Sadate, les USA et la direction israélienne. Une conspiration dans laquelle chaque participant poursuivait ses propres objectifs. Une conspiration dans laquelle aucun participant ne connaissait tous les détails du jeu des autres. Une conspiration dans laquelle chacun essayait de rafler la mise, en dépit de l'accord commun.

Le plan de Sadate

Sadate était au point le plus bas de son pouvoir avant la guerre : il perdait son prestige dans son pays et dans le monde. Le moins diplômé et le moins charismatique des disciples de Nasser se retrouvait isolé. Il avait besoin d'une guerre, d'une guerre limitée avec Israël, qui ne se terminerait pas par une défaite. Une telle guerre l'aurait soulagé de la pression de l'armée, et il aurait retrouvé son autorité. Les USA étaient d'accord pour lui donner le feu vert pour la guerre, chose que les Russes n'avaient jamais fait. Les Russes protégeaient le ciel égyptien, mais ils étaient contre les guerres. Sadate devait s'appuyer sur les USA et se dégager de l'URSS. Il était prêt à le faire parce qu'il détestait le socialisme. Il n'avait pas besoin de la victoire, juste d'une non-défaite ; il avait l'intention d'expliquer son échec par la déficience des équipements soviétiques. Voilà pourquoi il avait imparti à l'armée une tâche minimale : traverser le canal et tenir la tête de pont jusqu'à ce que les Américains entrent dans la danse.

Le plan des USA

Les USA avaient perdu leur emprise sur le Moyen Orient, avec son pétrole, son canal, sa vaste population, au cours de la décolonisation. Ils étaient obligés de soutenir l'allié israélien, mais les Arabes n'arrêtaient pas de se renforcer. Il aurait fallu obliger Israël à plus de souplesse, parce que sa politique brutale interférait avec les intérêts américains. Si bien que les USA devaient conserver Israël en tant qu'allié, mais au même moment il leur fallait briser l'arrogance d'Israël. Les USA avaient besoin d'une occasion de "sauver" Israël après avoir autorisé les Arabes à frapper les Israéliens pendant un moment. Voilà comment les USA permirent à Sadate d'entamer une guerre limitée.

Israël

Les dirigeants israéliens se devaient d'aider les USA, leur principal fournisseur et soutien. Les USA devaient consolider leurs positions au Moyen Orient, parce qu'en 1973 ils n'avaient qu'un seul ami et allié, le roi Fayçal (Kissinger avait dit à Vinogradov que Fayçal essayait de l'endoctriner sur la malignité des juifs et des communistes). Si les USA devaient retrouver leurs positions au Moyen Orient, les positions israéliennes s'en trouveraient fortifiées d'autant. L'Égypte était un maillon faible, parce que Sadate n'aimait pas l'URSS ni les forces progressistes locales, on pouvait le retourner. Pour la Syrie, il fallait agir au plan militaire, et la briser.

Les Israéliens et les Américains décidèrent donc de laisser Sadate s'emparer du canal tout en contrôlant les cols de Mittla et de Giddi, la meilleure ligne de défense de toute façon. C'était le plan Rogers en 1971, et c'était acceptable pour Israël. Mais cela devait être le résultat d'une bataille, et non pas une cession gracieuse.

Pour ce qui est de la Syrie, il fallait la battre à plate couture, au plan militaire. Voilà pourquoi l'État-major israélien envoya bien toutes ses troupes disponibles sur la frontière syrienne, tout en dégarnissant le Canal, malgré le fait que l'armée égyptienne était bien plus considérable que celle des Syriens. Les troupes israéliennes sur le canal allaient se voir sacrifiées dans la partie, elles devaient périr pour permettre aux USA de revenir au Moyen Orient.

Cependant, les plans des trois partenaires allaient se voir quelque peu contrariés par la réalité du terrain ; c'est ce qui se produit généralement avec les conspirations, rien ne se passe comme prévu, dit Vinogradov, dans son mémoire...

Pour commencer, le jeu de Sadate se trouva faussé. Ses présupposés ne fonctionnèrent pas. Contrairement à ses espérances, l'URSS prit le parti des Arabes et commença à fournir par voie aérienne l'équipement militaire le plus moderne, aussitôt. L'URSS prit le risque d'une confrontation avec les USA ; Sadate ne croyait pas qu'ils le feraient parce que les Soviétiques étaient réticents envers la guerre, avant qu'elle éclate. Son second problème, selon Vinogradov, était la qualité supérieure des armes russes aux mains des Égyptiens. Elles étaient meilleures que l'armement occidental aux mains des Israéliens.

En tant que soldat israélien à l'époque, je ne puis que confirmer les paroles de l'ambassadeur. Les Égyptiens bénéficiaient de la légendaire Kalachnikov AK-47, le meilleur fusil d'assaut au monde, alors que nous n'avions que des fusils FN qui détestaient le sable et l'eau. Nous avons lâché nos FN pour nous emparer de leurs AK à la première occasion. Ils utilisaient des missiles antichars Sagger légers, portables, précis, qu'un seul soldat pouvait charger. Les Saggers ont bousillé entre 800 et 1200 chars israéliens. Nous avions de vieilles tourelles de 105 mm sans recul, montées sur des Jeeps, et il fallait quatre hommes sur chacune (en fait un petit canon) pour combattre les chars. Seules les nouvelles armes américaines redressaient quelque peu l'équilibre.

Sadate ne s'attendait pas à ce que les troupes égyptiennes, entraînées par les spécialistes soviétiques, surpassent leur ennemi israélien, mais c'est ce qui se passa. Elles franchirent le canal bien plus vite que ce qui était prévu, et avec beaucoup moins de pertes. Les Arabes battaient les Israéliens, et c'était une mauvaise nouvelle pour Sadate. Il était allé trop loin. Voilà pourquoi les troupes égyptiennes s'arrêtèrent, comme le soleil au-dessus de Gibéon, et ne bougèrent plus. Ils attendaient les Israéliens, mais à ce moment les Israéliens étaient en train de combattre les Syriens. Les Israéliens se sentaient relativement tranquilles du côté de Sadate, et ils avaient envoyé toute leur armée au nord. L'armée syrienne reçut de plein fouet l'assaut israélien et commença à battre en retraite, ils demandèrent à Sadate d'avancer, pour les soulager un peu, mais Sadate refusa. Son armée resta plantée là, sans bouger, malgré le fait qu'il n'y avait pas un Israélien en vue entre le canal et les cols de montagne. Le dirigeant syrien Assad était convaincu à l'époque que Sadate l'avait trahi, et il le déclara franchement à l'ambassadeur soviétique à Damas, Muhitdinov, qui en fit part à Vinogradov. Vinogradov voyait Sadate tous les jours et il lui demanda en temps réel pourquoi ses troupes n'avançaient pas. Il ne reçut aucune réponse sensée : Sadate bredouilla qu'il ne voulait pas parcourir tout le Sinaï pour aller à la rencontre des Israéliens, qu'ils arriveraient bien jusqu'à lui tôt ou tard.

Le commandement israélien était bien ennuyé, parce que la guerre ne se passait pas comme ils s'y attendaient. Ils avaient de lourdes pertes sur le front syrien, les Syriens se retiraient, mais il fallait se battre pour chaque mètre ; seule la passivité de Sadate sauvait les Israéliens d'un revers. Le plan pour en finir avec la Syrie avait raté, mais les Syriens ne pouvaient pas contre-attaquer efficacement.

Il était temps de punir Sadate : son armée était trop efficace, son avance trop rapide, et pire encore ; il dépendait encore plus des Soviétiques, grâce au pont aérien. Les Israéliens mirent fin à leur avancée sur Damas et envoyèrent les troupes au sud, dans le Sinaï. Les Jordaniens pouvaient à ce moment-là couper la route nord-sud, et le roi Hussein offrit de le faire à Sadate et à Assad. Assad accepta immédiatement, mais Sadate refusa d'accepter l'offre. Il expliqua à Vinogradov qu'il ne croyait pas aux capacités de combat des Jordaniens. S'ils rentrent dans la guerre, c'est l'Égypte qui va devoir les tirer d'affaire. A un autre moment, il dit qu'il valait mieux perdre tout le Sinaï que de perdre un mètre carré en Jordanie : remarque qui manquait de sincérité et de sérieux, du point de vue de Vinogradov. Et voilà comment les troupes israéliennes marchèrent vers le sud sans encombre.

Pendant la guerre, nous les Israéliens savions aussi que si Sadate avançait, il s'emparerait du Sinaï en moins de deux ; nous examinions plusieurs hypothèses pour comprendre pourquoi il ne bougeait pas, mais aucune n'était satisfaisante. C'est Vinogradov qui nous donne la clé à présent ; Sadate ne jouait plus sa partition, il attendait que les USA interviennent. Et il se retrouva avec le raid de Sharon fonçant.

La percée des troupes israéliennes jusqu'à la rive occidentale du canal est la partie la plus sombre de la guerre, dit Vinogradov. Il demanda à l'État-major de Sadate au début de la guerre pourquoi il y avait une large brèche de 40 km entre les deuxième et troisième corps d'armées, et on lui répondit que c'était une directive de Sadate. La brèche n'était même pas gardée, c'était une porte grande ouverte, comme un Cheval de Troie tapi au fond d'un programme d'ordinateur.

Sadate n'accorda pas d'attention au raid de Sharon, il était indifférent à ces coups de théâtre. Vinogradov lui demanda de faire quelque chose, dès que les cinq premiers chars israéliens eurent traversé le canal, mais Sadate refusa, disant que ça n'avait pas d'importance militairement, que ce n'était qu'une "manœuvre politique", expression fort brumeuse. Il le redit plus tard à Vinogradov, lorsque l'assise israélienne sur la rive occidentale fut devenue une tête de pont incontournable. Sadate n'écouta pas les avertissements de Moscou, il ouvrit la porte de l'Afrique aux Israéliens.

Il y a place pour deux explications, dit Vinogradov : impossible que l'ignorance militaire des Égyptiens fût aussi grande, et improbable que Sadate eût des intentions cachées. Et c'est l'improbable qui clôt le débat, comme le faisait remarquer Sherlock Holmes.

Si les Américains n'ont pas stoppé l'avancée aussitôt, dit Vinogradov, c'est parce qu'ils voulaient avoir un moyen de pression pour que Sadate ne change pas d'avis sur tout le scénario en cours de route. Apparemment la brèche avait été conçue dans le cadre de cette éventualité. Donc, quand Vinogradov parle de "conspiration", il se réfère plutôt à une collusion dynamique, semblable à la collusion concernant la Jordanie, entre la Yeshuva juive et la Transjordanie, telle que l'a décrite Avi Shlaim : il y avait des lignes générales et des accords, mais qui pouvaient changer selon le rapport de force entre les parties.

Conclusion

Les USA ont "sauvé" l'Égypte en mettant un point d'arrêt à l'avancée des troupes israéliennes. Avec le soutien passif de Sadate, les USA ont permis à Israël de frapper durement la Syrie.

Les accords négociés par les USA pour l'intervention des troupes de l'ONU ont protégé Israël pour les années à venir (dans son document important mais différent, ses annotations au livre de Heikal « Road to Ramadan », Vinogradov rejette la thèse du caractère inévitable des guerres entre Israéliens et Arabes : d'après lui, tant que l'Égypte reste dans le sillage des USA, une telle guerre est à écarter. Effectivement, il n'y a pas eu de grande guerre depuis 1974, à moins de compter les "opérations" israéliennes au Liban et à Gaza.)

Les USA ont sauvé Israël grâce à leurs fournitures militaires.

Grâce à Sadate, les USA sont revenus au Moyen Orient et se sont positionnés comme les seules médiateurs et "courtiers honnêtes" dans la région.

Sadate entreprit une violente campagne antisoviétique et antisocialiste, dit Vinogradov, dans un effort pour discréditer l'URSS. Dans ses Notes, Vinogradov charge le trait, affirmant que Sadate avait répandu beaucoup de mensonges et de désinformation afin de discréditer l'URSS aux yeux des Arabes. Sa ligne principale était que l'URSS ne pouvait ni ne souhaitait libérer le territoire arabe alors que les USA le pouvaient, le voulaient, et le faisaient.

Vinogradov explique ailleurs que l'Union soviétique était et reste opposée aux guerres d'agression, entre autres raisons parce que l'issue n'en est jamais certaine. Cependant, l'URSS était prête à aller loin pour défendre les États arabes. Et pour ce qui est de la libération, bien des années sont passées, et ont prouvé que les US ne voulaient ou ne pouvaient nullement en faire autant, alors que la dévolution du Sinaï à l'Égypte était toujours possible, en échange d'une paix séparée, et cela même sans guerre.

Après la guerre, les positions de Sadate s'améliorèrent nettement. Il fut salué comme un héros, l'Égypte eut la place d'honneur parmi les États arabes. Mais en moins d'un an, sa réputation se retrouva en lambeaux, et celle de l'Égypte n'a cessé de se ternir, dit Vinogradov.

Les Syriens avaient compris très tôt le jeu de Sadate : le 12 octobre 1973, lorsque les troupes égyptiennes s'arrêtèrent et cessèrent de combattre, le président Hafez al Assad dit à l'ambassadeur soviétique qu'il était certain que Sadate était en train de trahir volontairement la Syrie. Sadate avait permis la percée israélienne jusque sur la rive occidentale de Suez, de façon à offrir à Kissinger une occasion d'intervenir et de concrétiser son plan de désengagement, confia Assad au premier ministre jordanien Abu Zeid Rifai qui le dit à son tour à Vinogradov durant un petit-déjeuner privé qu'ils prirent chez lui à Amman. Les Jordaniens aussi soupçonnent Sadate de tricher, écrit Vinogradov. Mais le prudent Vinogradov refusa de rentrer dans ce débat, tout en ayant bien l'impression que les Jordaniens "lisaient dans ses pensées."

Lorsque Vinogradov fut désigné comme co-président de la Conférence de paix de Genève, il fit face à une position commune à l'Égypte et aux USA visant à saboter la conférence, tandis qu'Assad refusait tout simplement d'y participer. Vinogradov lui remit un avant-projet pour la conférence et lui demanda si c'était acceptable pour la Syrie. Assad répondit : Oui, sauf une ligne. Quelle ligne, demanda plein d'espoir Vinogradov, et Assad rétorqua : La ligne qui dit "la Syrie accepte de participer à la conférence." Et la conférence fut un fiasco, comme toutes les autres conférences et conversations diverses.

Quoique les soupçons formulés par Vinogradov dans son document secret soient venus à l'esprit de différents experts militaires et historiens, jamais jusqu'alors ils n'avaient été formulés par un participant aux événements, une personne aussi haut placée, aussi informée, présente aux moments clé, et en possession de tous les éléments. Les notes de Vinogradov permettent de déchiffrer et de retracer l'histoire de l'Égypte : désindustrialisation, pauvreté, conflits internes, gouvernement militaire, le tout étroitement lié à la guerre bidon de 1973.

Quelques années après la guerre, Sadate était assassiné, et son successeur désigné Hosni Moubarak entama son long règne, suivi par un autre participant à la guerre d'octobre, le General Tantawi. Obtenu par le mensonge et la trahison, le traité de paix de Camp David protège toujours les intérêts américains et israéliens. C'est seulement maintenant, alors que le régime de l'après Camp David commence à donner des signes d'effondrement, que l'on peut espérer quelque changement. Le nom de Sadate au panthéon des héros égyptiens était protégé jusqu'à maintenant, mais à la fin, comme on dit, tout ce qui est caché un temps s'avérera transparent.

P.S. En 1975, Vinogradov ne pouvait pas prédire que la guerre de 1973 et les traités qui en découlèrent allaient changer le monde. Ils scellèrent l'histoire de la présence soviétique et de sa prépondérance dans le monde arabe, même si les derniers vestiges en furent détruits par la volonté américaine bien plus tard : en Irak en 2003, et en Syrie, c'est maintenant qu'ils se voient minés. Ils ont saboté la cause du socialisme dans le monde, ce qui a été le commencement de sa longue décadence. L'URSS, l'État triomphant en 1972, le quasi gagnant de la guerre froide, finit par la perdre. Grâce à la mainmise américaine en Égypte, le schéma des pétrodollars se mit en place, et le dollar qui avait entamé son déclin en 1971 en perdant la garantie or se reprit et devint à nouveau la monnaie de réserve unanimement acceptée. Le pétrole des Saoudiens et des émirs, vendu en dollars, devint la nouvelle ligne de sauvetage de l'empire américain. Avec le recul et armés du mémoire de Vinogradov, nous pouvons affirmer que c'est en 1973-74 que se situe la bifurcation de notre histoire.

Traduction: Maria Poumier

Source : Israelshamir.net, Leschroniquesderorschach, via conjointement Lodela971 sur LIESI et Le Veilleur par mail

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Shamir prend ainsi position à la fois comme analyste et comme témoin direct. Chacun est en droit de se demander pourquoi il a reçu le document Vinogradov et pourquoi il l’a reçu en février 2012 au moment où la guerre de Syrie oppose sur le plan diplomatique et sur celui de la fourniture de renseignement et de matériel militaire les Etats-Unis et leurs amis et la Russie

Retenons simplement les faits non contestés :

- L’ « Effet de surprise » fourni pour expliquer les graves revers de l’armée israélienne les deux premiers jours est contestable puisque tous les experts et techniciens soviétiques présents auprès de l’armée égyptienne (plusieurs milliers) sont rapatriés dans les deux jours précédant la guerre. A noter que Sadate, amorçant son virage pro- US, et après s’être débarrassé de ses collègues nationalistes nassériens avait mis fin dés 1972 à la présence massive de l’armée soviétique en Egypte – au moins de 50 000 hommes bien équipés et une aviation puissante - et qu’il ne restait plus en 1973 que les conseillers militaires et les techniciens. Donc l’URSS savait que l’offensive allait avoir lieu même si elle n’en a su que tardivement la date. Il n’est guère vraisemblable que les services israéliens n’aient rien su. Donc soit le gouvernement israélien n’a pas reçu l’information ou n’en a rien fait preuve de légèreté, soit il a décidé de ne pas en tenir compte, preuve de conspiration.

- Remarquable percée de l’armée égyptienne qui traverse très rapidement le Canal de Suez et perce la ligne de fortification israélienne Bar lev construite par Israël après la guerre de 1967 et considérée comme imprenable

- Après quoi l’armée égyptienne arrête son offensive victorieuse laissant à Israël le Sinaï conquis en 1967

- Cette trêve de fait permet à Israël de concentrer ses forces sur le front syrien et de regagner le terrain perdu sur le Golan les premiers jours. L’armée syrienne résiste pied à pied à cette contre- offensive qui menace directement Damas qui sera bombardé.

- La guerre de régionale qu’elle était à ses débuts devient très vite internationale. L’URSS qui ne veut pas participer directement aux combats ouvre un pont aérien pour approvisionner les armées syrienne et égyptienne, les Etats-Unis font de même pour Israël. Ce face à face des deux puissances laisse même planer sur le monde l’ombre d’une guerre nucléaire.

- L’armement étasunien reçu depuis l’Allemagne permet la contre-offensive victorieuse d’Israël dans la brèche de 60 kilomètres laissée dans les lignes égyptiennes. Cette contre- offensive permet à Israël de se réinstaller sur la rive occidentale du canal et de menacer la ville de Suez. Cependant Israël ne pousse pas son avantage et attend la négociation entre les deux grands.

L’impression générale qui prévaut est celle d’une duplicité des politiques qui du côté égyptien comme du côté israélien laissent les militaires agir sans afficher les objectifs politiques. Duplicité consciente et complice, c’est la « thèse Vinogradov » ou enchainement non maitrisé d’une partie politique planétaire qui les dépasse la question peut rester ouverte. Du côté des militaires égyptiens le sentiment d’avoir été trahis par Sadate sera exprimé des années plus tard par le général Saad el Shapley.

Au moment de la guerre d’Octobre Saad el Shazly est chef d’état-major de l’armée égyptienne et tous les préparatifs de l’offensive victorieuse ont été effectués sous ses ordres. Or ce personnage clé a parlé et même écrit un livre dont un éditeur algérien a publié la traduction française - l’original avait été publié en anglais - sous le titre « La traversée de Suez ». Le personnage mérite d’être présenté. Né en 1922 il fait une brillante carrière militaire qui le conduit à la tête des forces armées égyptiennes le 16 Mai 1971. La signature des accords de paix avec Israël, ultime étape de la « trahison » de Sadate le conduit à sortir de son silence et il publie son livre sans l’accord des autorités, seul ouvrage d’un égyptien sur la guerre d’Octobre qui n’ait pas été présenté à la censure. Menacé il s’exile en Algérie où il restera 14 ans. Une cour martiale le condamne à 3 ans de prison par contumace et sans défense .Quand il rentre d’Algérie en 1992 il est jeté en prison en contradiction avec la loi égyptienne qui oblige à la révision des procès tenus en l’absence de l’inculpé. Il mourra en Egypte en 2011 dans les jours suivant la chute de Moubarak et sa mort passera de ce fait inaperçue.

Dans son livre Saad el Shazly affirme que son plan de bataille, approuvé par Sadate consistait à traverser le canal de Suez et à s’emparer de la ligne Bar Lev sans aller plus loin à l’Est car les missiles sol-air soviétiques dont il disposait n’avait pas une portée suffisante pour protéger l’armée égyptienne des attaques de l’aviation israélienne. Or il constate que Sadate trompe la Syrie en lui faisant croire que l’Egypte va poursuivre l’offensive dans le Sinaï. Saad el Shazly refuse clairement cette option ce qui lui vaudra d’être très vite relevé de ses fonctions mais en même temps il déplore que, toujours sous les ordres de Sadate, une énorme brèche de 60 kilomètres soit laissée ouverte dans la ligne de front par où les divisions de Sharon une fois équipées par les Etats-Unis s’engouffreront, repasseront le canal de Suez et seront en position de menacer le Caire avant que n’intervienne l’arbitrage des « deux grands ».

 

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La Syrie face à la création de l’Etats d’Israël, une position de refus intangible

L’ETAT D’ISRAEL N’A PAS ETE CREE PAR L’ONU !

 

L’acharnement de tous les gouvernements israéliens et de ses amis à faire reconnaitre par les Etats arabes voisins l’ETAT d’ISRAEL en tant que personne morale en droit international s’explique mal sans revenir aux conditions de création de cet Etat. Sur ce sujet, un travail très important a été réalisé par JEREMY R. HAMMOND un analyste étasunien indépendant qui a publié en 2011 un article intitulé « THE MYTH OF THE U.N. CREATION OF ISRAEL » sur lequel nous nous sommes appuyés.

(Voir http://www.countercurrents.org/hammond210211.htm)

1- Rappel des faits : Mandat britannique sur la Palestine

Pendant la première guerre mondiale dés Novembre 1915 au moment où la défaite de l’empire ottoman semble pratiquement acquise, son démantèlement est organisé par le fameux accord Sykes-Picot passés par la Grande-Bretagne la France. La démarche est en elle-même particulière. Sykes est un parlementaire britannique spécialiste de l’empire ottoman, Georges Picot est un diplomate français, ancien consul de France à Beyrouth en poste à l’ambassade de France à Londres. Leur accord sera validé le 16 Mai 1916 par une lettre de l’ambassadeur de France à Londres Paul Cambon, adressée au Ministre britannique des Affaires étrangères Edward Grey. Le découpage ainsi réalisé du Proche Orient arabe qui sera retouché par la suite est très favorable aux britanniques puisque la France ne se voit concéder que la tutelle sur la Syrie.

La Palestine est placée dans la future zone britannique d’influence. Son statut ne sera clarifié juridiquement que par la Société des Nations qui, en 1922, fait de la Palestine un territoire sous mandat britannique. Entretemps les britanniques auront contribué à sceller le destin de ce territoire en signant la déclaration BALFOUR. Cette déclaration issue de plusieurs mois de négociation entre le ministre des Affaires Etrangères Balfour et les représentants du mouvement sioniste en Grande-Bretagne est adressée par Balfour à Lord Rothschild et rendue publique le 9 Novembre 1917.Sa phrase clé est la suivante.

« le Gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un Foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui pourrait porter préjudice aux droits civils et religieux des communautés non juives en Palestine, ainsi qu’aux droits et au statut politique dont les Juifs pourraient jouir dans tout autre pays ».

Du point de vue du droit international il s’agit d’un document extrêmement fragile voire sans valeur. Lord Rothschild ne représente pas un Etat et le terme de « foyer national » n’a pas de bases juridiques. Presque un siècle plus tard cette ambigüité fondatrice qui est admise et en quelque sorte validée par la décision de la SDN de 1922 continue de produire des effets désastreux. L’émigration juive vers la Palestine commence alors sous la tutelle britannique.

 

2- Fin du mandat britannique

La seconde guerre mondiale achevée, la Grande Bretagne qui est très consciente de la difficulté d’imposer aux palestiniens la colonisation juive et qui cherche à se débarrasser d’un problème déjà très conflictuel demande à l’ONU par lettre en date du 2 Avril 1947 au secrétaire général de soumettre à l’Assemblée générale la question de l’avenir de la Palestine. L’assemblée générale décide la création d’une commission spéciale sur la Palestine pour enquêter sur la question palestinienne et proposer des mesures pour la régler. La commission présente son rapport le 3 Septembre 1947. Elle y souligne trois données centrales :

- Sur la base des recensements de 1946 la Palestine compte 1 203 000 arabes (65%) quasiment tous nés sur place et 608 000 juifs (33%) principalement immigrés

- Les deux populations sont mélangées sur tout le territoire et même dans les secteurs où les juifs sont nombreux (district de Jaffa) les arabes sont majoritaires

- Les arabes sont propriétaires de 85% des terres et les juifs de 7% (voir carte ci-dessous)

Disposant de ces informations, l’assemblée générale crée alors une commission sur la question palestinienne pour continuer l’étude du problème et faire des recommandations. Le 11 Novembre une sous-commission chargée d’étudier l’aspect juridique de la situation conclut que l’ONU n’est pas en droit de priver la majorité des habitants de leur territoire et de le transférer à une minorité.

 

3- L’ONU se laisse manipuler

Malgré cette restriction , l’Assemblée générale recommande au Royaume Uni de mettre en place le plan de partage de la Palestine et demande à ce que le Conseil de Sécurité veille à ce que cette mise en place ne constitue pas une menace pour la paix .

Le Conseil de sécurité se réunit le 9 décembre 1947. Ce jour là une voix s’élève pour dire que l’ONU est en train s’abuser de son pouvoir. C’est celle du représentant de la Syrie, alors premier ministre, FARIS EL KHOURY qui, observe :

« L’Assemblée générale n’est pas un gouvernement mondial qui peut donner des ordres, partager des pays, imposer des constitutions, des règles, et des traités à un peuple sans son consentement ».

Cette prise de position a une portée historique puisqu’elle est fondatrice de la politique syrienne constante depuis cette date sur la question palestinienne. Jeune république, la Syrie est alors le seul pays arabe vraiment indépendant mais sa position sera reprise par les autres états arabes y compris les monarchies sous influence britannique dans un communiqué commun en date du 6 Février 1948 qui souligne que l’Assemblée générale n’a qu’un droit de recommandation, propose que la question de la partition de la Palestine soit soumise à la Cour Internationale de Justice et souligne que toute tentative de créer un Etat juif sur le territoire arabe sera perçue comme un acte d’agression auquel ils sera répondu en usant du droit de se défendre par la force.

Cet avertissement solennel n’est pas entendu. La commission constatant l’opposition des pays arabes qui rejettent la résolution de l’Assemblée générale demande au Conseil de Sécurité de prendre les mesures nécessaires, donc d’user de la force, pour imposer la « recommandation ». Paradoxalement cette position qui viole plusieurs dispositions de la Charte des Nations Unies suscite quelques réserves de deux délégués, celui des Etats-Unis et de la Colombie mais finalement les Etats-Unis proposent un autre texte non moins ambigu. A nouveau FARIS EL KHOURY s’oppose :

« Toute recommandation pour régler un conflit ne peut être mise en application que si le parties concernées l’acceptent et la mettent en œuvre. »

Rien n’y fait car malgré la poursuite de débats juridiques oiseux sur le respect des articles 39 et 41 de la Charte des Nations unies le Royaume- Uni force la décision en déclarant qu’il abandonnera son mandat le 15 Mai en faisant comprendre que sans son interposition les affrontements entre arabes et juifs vont s’intensifier et qu’il reviendra à l’ONU de maintenir le calme. Le 14 Mai l’entité sioniste déclare unilatéralement la création de l’Etat d’Israël

4- Le viol originel du droit international se poursuit

La guerre commence et l’ONU s’est ridiculisée en laissant faire et en acceptant par faiblesse des responsabilités qu’elle n’avait pas. Inaugurés sous de tels auspices les rapports d’Israël avec l’ONU ne pouvaient être que ce qu’ils sont encore, ceux de l’indifférence et du mépris, mépris entretenu par le soutien continu et sans faille des Etats-Unis au Conseil de Sécurité.

Le second enseignement qui prend aujourd’hui tout son sens est que la Syrie est le seul Etat à avoir tenu dés l’origine une position ferme et juridiquement fondée à savoir que « L’Etat des palestiniens est en Palestine et nulle part ailleurs». Même si cela lui sera quelquefois reproché dans le mouvement de soutien à la cause palestinienne la Syrie ne suivra jamais les dirigeants palestiniens qui à un moment ou à un autre et souvent dans des situations d’extrême fragilité envisageront de renoncer à ce droit pour créer un état palestinien par défaut en Jordanie ou au Liban.

Se débarrasser de la Syrie, Etat oppositionnel qui n’a jamais varié, est un objectif historique d’Israël qui peut nouer pour y parvenir les alliances les plus douteuses dans le monde arabe et bénéficier sans scrupule du soutien d’Etats qui respectent bien peu le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

5-l’approbation du plan de partage de la Palestine par l’Assemblée générale de l’ONU

La Syrie ne sera pas la seule opposante au plan de partage mais ce qui fera basculer la situation sera le vote favorable de l’URSS.

Comment expliquer cette position qui a pesé lourd sur le destin de la Palestine?

Quelques éléments de réponse :

-nous sommes en 1948 la guerre froide est commencée mais l’URSS est en position d’infériorité stratégique puisqu’elle ne disposera de la bombe atomique que l’année suivante, couronnement du plan d’action conduit avec succès par Beria dans un pays très diminué par la guerre avec une rapidité qui laissera les occidentaux déconcertés

- l’URSS est plus préoccupée par les tensions avec les occidentaux en Europe en particulier en Allemagne et en Tchécoslovaquie où elle est présente militairement qu’au Proche-Orient où elle a tendance à considérer qu’il n’y a que des pays rétrogrades et semi colonisés. Que n’a-t-elle écouté FARIS EL KHOURY ?

- pour se souvenir des pogroms tsaristes et pour avoir vu ce qu’étaient les camps d’extermination nazis que l’Armée rouge a libéré dans sa marche victorieuse vers Berlin, l’URSS peut comprendre l’utilité d’un Etat refuge pour les juifs et se révélera sensible au discours de gauche de la première génération de dirigeants israéliens : Ben Gourion et Golda Meir.

Cette position de l’URSS fera une victime : le parti communiste syrien qui sera perçu par les syriens comme aligné sans réserve sur Moscou et qui ne sera jamais plus qu’une force d’appoint dans les alliances qu’il nouera régulièrement avec un parti Baas resté lui toujours fidèle à la cause palestinienne.

 

Chapitre 2 : après la disparition de l’URSS

La Syrie, alliée de l’URSS, armée par l’URSS va devoir se positionner dans le monde unipolaire que les Etats-Unis tentent d’imposer à partir de 1991

La première étape est connue : la guerre du Golfe

La Syrie va se rallier à la coalition internationale contre l’Irak. Les soutiens à l’IRAK seront très rares. La position de la Syrie peut s’expliquer. Hafez el Assad connait bien Saddam Hussein et il a surement compris que celui-ci était tombé dans le piège tendu par l’équipe BUSH.

Sitôt achevée la guerre Iran-Irak voulue par les Etats-Unis pour faire tomber le régime islamique iranien, Saddam Hussein qui a, dans cette guerre, servi, sans succès, les intérêts de l’Occident qui lui a fourni tout le matériel nécessaire y compris de armes chimiques utilisées à la fin du conflit contre l’armée iranienne dans la région du Chott el Arab comme cela vient d’être révélé récemment par des documents déclassifiés, est sûr de lui et il va accorder foi aux propos de l’ambassadrice US à Bagdad : April Glaspie qui lui assure que les différends qu’il a avec son voisin le Koweït, petit émirat séparé de l’Irak par l’empire britannique, sont des conflits entre pays arabes qu’ils doivent régler entre eux. Croyant, comme l’ambassadrice elle-même qui l’a reconnu par la suite, que les Etats-Unis n’interviendraient pas dans ce conflit local, il commet la faute au regard du droit international de vouloir régler le contentieux par la force. Or une toute petite équipe autour de Bush avait tout préparé pour une riposte cinglante et massive à l’invasion du Koweït. La Syrie ne pouvait pas l’ignorer.

Ce ralliement à la coalition occidentale vaudra à la Syrie quelques années de calme dans les années 90. A l'inverse le Soudan qui soutienra l'Irak verra les Etats-Unis s'acharner sur lui. Il s’en faudra de peu que Clinton n’arrache la signature de la Syrie à un traité de paix avec Israël, la rupture venant au dernier moment d’EHUD BARAK, le premier ministre israélien qui refuse de signer. Mais pendant ce temps les néo conservateurs se préparent à reprendre le pouvoir et sur leur agenda le renversement du régime syrien est toujours à l’ordre du jour.

G.W. BUSH sitôt élu, la Syrie retrouve sa place dans la liste des pays de « l’axe du mal ». Priorité sera donnée après le 11 Septembre 2001 à l’Afghanistan et à l’Irak, la Syrie et l’Iran devant suivre.

Les évènements de la dernière décennie sont connus , la machine impériale anti syrienne est en route : assassinat de Rafik Hariri attribué à la Syrie d’où vote de sanctions économiques par le Congés US (Syria Accountability Act), dans le même temps et dans un processus bien coordonné dont sera victime la Libye, pression via l’union européenne pour « libéraliser » l’économie syrienne trop autocentrée et, pour finir, le SOFT IMPERIALISM de temps de crise d’Obama qui poursuit les objectifs des néoconservateurs avec d’autres méthodes : les drones remplacent les B 52 , le mercenaires illuminés remplacent les « marines ».

 

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Annexe : les accords Sykes-Picot

Le tracé des frontières arrêté en 1916, tel qu’il figure sur le plan ci-dessous, aurait dû rester secret mais le document avait été communiqué à la Russie alliée dans la guerre contre l’empire ottoman et il tomba entre les mains des bolchéviques quand ils s’emparèrent du pouvoir en 1917.

Il fut modifié par la suite, la France cédant à la Turquie nouvelle une grande partie de la zone bleue et la Grande-Bretagne étendant sa zone rouge vers le Nord avec l’espoir d’y contrôler la zone pétrolière autour de Kirkouk. Les traités de Sèvres 1920 et de Lausanne 1923 fixeront ensuite les nouvelles frontières, la Turquie réalisant en 1923 d’importants gains territoriaux au détriment de la France mais surtout de l’Arménie réduite au petit territoire actuel et du Kurdistan qui ne vit jamais le jour.

19 septembre 2013 4 19 /09 /septembre /2013 10:32

Medias serviles

En obtenant, sinon un abandon définitif, du moins une suspension sine die de l’attaque franco-étasunienne de  la Syrie, la Russie  a obtenu un incontestable succès diplomatique. Sa position, ferme et constante, en faveur de la résolution politique et non militaire de la crise syrienne, a fini par s’imposer alors que les tambours de la guerre avaient résonné avec une exceptionnelle intensité.

Pour parachever cette victoire la Russie a eu l’intelligence de ne pas humilier le vaincu qu’elle a sorti d’une impasse dans laquelle il s’était lui-même enfoncé  et elle a choisi de le faire magistralement par le biais d’une tribune libre de Vladimir Poutine sur le New York Times, quotidien étasunien d’audience mondiale  le 11 Septembre.

Magistralement d’abord parce que Poutine a réaffirmé le rôle central de l’ONU que les Etats-Unis et la France étaient prêts à contourner pour régler par une intervention  militaire directe un conflit qu’elles avaient alimenté par un soutien politique, logistique,  militaire et financier à des « rebelles »  dont le seul programme s’est avéré être le meurtre de masse et la violence sectaire et dans les rangs desquels les citoyens syriens se faisaient de plus en plus rares.

Magistralement ensuite parce que Poutine a clos sans agressivité mais dans des termes clairs la période historique ouverte par la disparition de l’URSS et qui a vu les Etats-Unis abuser de sa position dominante en usant de la violence militaire et en piétinant le droit international.

Magistralement enfin parce que Poutine a affirmé que le multilatéralisme venait de s’imposer sur la scène historique et que désormais les Etats-Unis n’étaient plus la puissance dominante par essence et ne pouvaient plus se considérer  que comme un Etat  parmi d’autres et que le principe du respect de la souveraineté des Etats était la pierre angulaire des rapports de droit entre eux.

Les grands médias français au lieu de publier intégralement cette interview  qui fera date et de permettre à leurs lecteurs de se faire une opinion, texte en main, se sont contentés des commentaires habituels sur la personne du président russe : le « tsar », l’homme du KGB… ce qui leur a permis de minimiser l’évènement. L’auraient-ils publié que les lecteurs auraient constaté que Poutine a parlé d’Obama  mais n’a à aucun moment mentionné la France et son Président montrant qu’il se désintéressait de ce second couteau sans classe.

Aussi avons-nous choisi, pour ceux de nos lecteurs qui n’auraient pas eu l’occasion de la découvrir sur Internet de joindre la tribune de Poutine dans son intégralité. Nous y avons ajouté la traduction du communiqué final de la réunion des présidents des Etats membres de l’Organisation de Coopération de Shanghai qui s’est tenue à Bichkek les 12 et 13 Septembre , communiqué qui confirme le soutien de la Chine , du Kazakhstan, de la république kirghize, de l’Ouzbékistan et du Tadjikistan aux positions de la Russie sur la politique internationale et réaffirme, en présence du nouveau président iranien ,  le droit de l’Iran, pays membre associé de l’OCS, à l’usage civil de l’énergie atomique. Ainsi après douze ans d’existence, l’OCS prend progressivement sa place sur la scène internationale, sur la base de rapports de coopération de plus en plus étroits entre ses membres et  sans construction d’une mécanique supranationale technocratique détruisant peu  à peu l’indépendance et la souveraineté des Etats membres  comme c’est le cas dans l’Union Européenne.

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Un appel à la prudence de la Russie (The New York Times)

12 septembre 2013

Vladimir V. Poutine

 

Les récents événements autours de la Syrie m’ont invité à parler directement au peuple américain et à ses dirigeants politiques. Il est important de le faire au moment d’une communication insuffisante entre nos sociétés.

Les relations entre nous sont passées par différentes étapes. Nous étions les uns contre les autres pendant la guerre froide. Mais nous avons aussi été des alliés un temps, et avons vaincu les nazis ensemble. L’organisation internationale universelle - l’Organisation des Nations Unies - a ensuite été mise en place pour empêcher qu’une telle dévastation ne se reproduise jamais.

Les fondateurs de l’Organisation des Nations Unies ont compris que les décisions concernant la guerre et la paix devraient ne se prendre que par consensus, et avec le consentement de l’Amérique le droit de veto par les membres permanents du Conseil de sécurité a été inscrit dans la Charte des Nations Unies. La profonde sagesse de ceci a maintenu la stabilité des relations internationales pendant des décennies.

Personne ne veut que l’Organisation des Nations Unies subisse le sort de la Société des Nations, qui s’est effondré parce qu’il lui manquait une véritable influence. C’est possible si des pays influents contournent les Nations Unies et entreprennent une action militaire sans l’autorisation du Conseil de sécurité.

La frappe potentielle des États-Unis contre la Syrie, malgré la forte opposition de nombreux pays et les principaux responsables politiques et religieux, y compris le Pape, se traduira par plus de victimes innocentes et une escalade, propageant potentiellement le conflit au-delà des frontières de la Syrie. Une frappe augmentera la violence et déclenchera une nouvelle vague de terrorisme. Elle pourrait saper les efforts multilatéraux visant à résoudre le problème nucléaire iranien et le conflit israélo-palestinien et déstabiliser davantage le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Elle pourrait rendre l’ensemble du système du droit et de l’ordre international hors d’équilibre.

La Syrie n’est pas témoin d’une bataille pour la démocratie, mais d’un conflit armé entre le gouvernement et l’opposition dans un pays multi religieux. Il y a peu de champions de la démocratie en Syrie. Mais il y a plus qu’assez de combattants d’al-Qaïda et d’extrémistes de tous bords qui luttent contre le gouvernement. Le Département d’Etat des Etats-Unis a déjà désigné al-Nusra et l’Etat islamique d’Irak et du Levant, combattant avec l’opposition, comme des organisations terroristes. Ce conflit interne, alimenté par des armes étrangères fournies à l’opposition, est l’un des plus sanglants dans le monde.

Des mercenaires de pays arabes luttent là-bas, et des centaines d’activistes en provenance des pays occidentaux et même de Russie, sont pour nous une source de profonde inquiétude. Ne pourraient-ils pas retourner dans nos pays avec l’expérience acquise en Syrie ? Après tout, après les combats en Libye, les extrémistes sont passés au Mali. Cela nous menace tous.

Dès le début, la Russie a prôné un dialogue pacifique permettant aux Syriens d’élaborer un plan de compromis pour leur propre avenir. Nous ne protégeons pas le gouvernement syrien, mais le droit international. Nous devons utiliser le Conseil de sécurité des Nations Unies et croire que la préservation de la loi et de l’ordre dans le monde complexe et turbulent d’aujourd’hui est l’une des rares façons d’empêcher les relations internationales de sombrer dans le chaos. La loi est toujours la loi, et nous devons la suivre que nous le voulions ou non. Selon le droit international actuel, la force n’est autorisée qu’en cas de légitime défense ou par la décision du Conseil de sécurité. Tout le reste est inacceptable en vertu de la Charte des Nations Unies et constituerait un acte d’agression.

Personne ne doute que du gaz toxique ait été utilisé en Syrie. Mais il y a tout lieu de croire qu’il a été utilisé non pas par l’armée syrienne, mais par les forces de l’opposition, afin de provoquer l’intervention de leurs puissants protecteurs étrangers, qui seraient du côté des fondamentalistes. Les rapports indiquant que des activistes se préparent une nouvelle attaque - cette fois contre Israël - ne peuvent pas être ignorés.

Il est alarmant de constater que l’intervention militaire dans des conflits internes de pays étrangers est devenue monnaie courante aux États-Unis. Est-ce dans l’intérêt à long terme de l’Amérique ? J’en doute. Des millions de personnes dans le monde voient de plus en plus l’Amérique non pas comme un modèle de démocratie, mais aussi comme s’appuyant uniquement sur la force brute, bricolant des coalitions réunies sous le slogan "vous êtes avec nous ou contre nous".

Mais la force s’est révélée inefficace et inutile. L’Afghanistan chancelle, et personne ne peut dire ce qui se passera après que les forces internationales se seront retirées. La Libye est divisée en tribus et en clans. En Irak, la guerre civile se poursuit, avec des dizaines de morts chaque jour. Aux États-Unis, nombre d’entre vous établissent une analogie entre l’Irak et la Syrie, et se demandent pourquoi leur gouvernement voudrait répéter les erreurs récentes.

Peu importe à quel point les frappes seront ciblées ou à quel point les armes seront sophistiquées, des victimes civiles sont inévitables, y compris des personnes âgées et des enfants, que les frappes sont censées protéger.

Le monde réagit en demandant : si vous ne pouvez pas compter sur le droit international, alors vous devez trouver d’autres façons d’assurer votre sécurité. Ainsi, un nombre croissant de pays cherchent à acquérir des armes de destruction massive. Ce qui est logique : si vous avez l’arme nucléaire, personne ne va vous toucher. Nous sommes partis en parlant de la nécessité de renforcer la non-prolifération, alors qu’en réalité cela l’érode.

Nous devons cesser d’utiliser le langage de la force et reprendre le chemin du règlement diplomatique et politique civilisé.

Une nouvelle possibilité d’éviter une action militaire a émergé dans les derniers jours. Les Etats-Unis, la Russie et tous les membres de la communauté internationale doivent tirer parti de la volonté du gouvernement syrien de mettre son arsenal chimique sous contrôle international pour sa destruction ultérieure. A en juger par les déclarations du président Obama, les Etats- Unis voient cela comme une alternative à l’action militaire.

Je me réjouis de l’intérêt du président à poursuivre le dialogue avec la Russie sur la Syrie. Nous devons travailler ensemble pour maintenir cet espoir vivant, comme convenu lors de la réunion du G8 à Lough Erne en Irlande du Nord en juin, et réorienter le débat vers des négociations.

Si nous pouvons éviter la force contre la Syrie, cela permettra d’améliorer l’atmosphère dans les affaires internationales et de renforcer la confiance mutuelle. Ce sera notre réussite commune et ouvrira la porte à une coopération sur d’autres questions cruciales.

Ma relation professionnelle et personnelle avec le président Obama est marquée par une confiance croissante. J’apprécie cela. J’ai étudié attentivement son discours à la nation de mardi. Et je serais plutôt en désaccord avec une affirmation qu’il a faite sur l’exceptionnalisme américain, affirmant que la politique des États-Unis est "ce qui rend l’Amérique différente. C’est ce qui nous rend exceptionnels." Il est extrêmement dangereux d’encourager les gens à se considérer comme exceptionnels, quelle que soit la motivation. Il y a de grands pays et de petits pays, riches et pauvres, ceux qui ont de longues traditions démocratiques et ceux à qui il reste encore à trouver leur chemin vers la démocratie. Leurs politiques diffèrent aussi. Nous sommes tous différents, mais quand nous demandons la bénédiction du Seigneur, nous ne devons pas oublier que Dieu nous a créés égaux.

Vladimir V. Poutine,

Président de la Russie

Le 11 septembre 2013

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Bichkek, 13 septembre-

Les dirigeants des Etats membres de l'organisation de coopération de Shanghai (OCS) ont publié une déclaration conjointe ce vendredi, précisant la position du bloc sur des questions clés comme la Syrie et la lutte contre le terrorisme.

La déclaration de Bichkek, signée par les six présidents des pays de la Chine, Kazakhstan, Kirghizistan, Russie, Tadjikistan, Ouzbékistan, dit que les relations internationales subissent  des mutations profondes avec les facteurs d'instabilité et d'incertitude en forte augmentation.

Les différends Internationaux et régionaux devraient être pacifiquement résolus par des moyens politiques et diplomatiques en vertu des principes d'égalité, de respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale, de non-ingérence dans les affaires intérieures des autres Etats et sans aucune utilisation ou menace de recours à la force, a-t-elle affirmé

Réaffirmant le rôle prépondérant de l'ONU dans les affaires internationales, la déclaration a exhorté les pays liés à trouver un ensemble de solutions sur la réforme du Conseil de sécurité, qui prenne en considération les intérêts et les préoccupations des uns et des autres.

La déclaration appelle sur les membres de l'OCS à améliorer la base juridique de leur coopération dans la lutte contre le terrorisme international, le séparatisme, l’extrémisme et le crime transfrontalier  organisé.

Sur la Syrie, les États membres ont exprimé leur vive préoccupation et préconisé que la région devrait atteindre la paix, la stabilité, la  prospérité et le progrès sans ingérence extérieure, notamment l'ingérence de la force, non autorisée par le Conseil de sécurité de l'ONU.

Sous réserve du respect de la souveraineté de la Syrie, les pays de l'OCS soutiennent le peuple syrien pour résoudre la crise dès que possible en mettant  un terme à la violence dans le pays et en lançant t dialogue politique vaste et inconditionnel entre le gouvernement syrien et l'opposition sur la base du communiqué de Genève publiée le 30 juin 2012.

Les États membres ont exprimé leur soutien à une conférence internationale pour  jeter les bases de la réconciliation en Syrie, de la  normalisation et de la participation internationale, dit la déclaration.

Le bloc a également exprimé son soutien pour mettre les armes chimiques, sous la supervision de la communauté internationale et les détruire étape par étape, et suggéré à la Syrie d’adhérer à la Convention sur l'interdiction du développement, de la Production, du stockage et de  l'utilisation des armes chimiques et sur leur Destruction.

La déclaration a également exprimé des inquiétudes sur la question de l'Iran, considérant comme inacceptable la menace de recours à la force par certains pays et les sanctions unilatérales.

Le bloc estime que la confrontation, si on la laisse se développer, va faire des dommages incalculables à la paix et à la sécurité de la région et du monde entier.

Les pays membres de l'OCS ont également exprimé leur position sur les questions de l'Afghanistan et de la péninsule coréenne.

Dans le domaine de l'économie, la déclaration appelle les États membres à prendre des mesures efficaces pour stimuler la coopération économique, qui constitue une garantie importante pour la stabilité de la région et le développement durable.

Enfin, les États membres de l'OCS se sont engagés  à renforcer la coopération dans le cadre de l'OCS et à porter  la coopération à un niveau supérieur afin de transformer la région en une zone  harmonieuse et  durable de paix, de convivialité et de la prospérité.