2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 15:56

 

Les sunnites en Syrie

Merci à Raja Chemayel  qui fait la lumière sur les sunnites syriens lesquels subiraient la dictature d’un alaouite.

(http://arabefrustre.blogspot.fr/)

(http://angryarab.net/)

Traduction Comaguer

 

71 % des parlementaires syriens sont sunnites

73 % des militaires syriens sont sunnites

69 % des personnels de la police et des services de sécurité syriens sont sunnites

80 % des dirigeants d’entreprises syriens sont sunnites

Mais alors quel est leur problème ?

 

 

Réponse de COMAGUER 

Ils attendent que la République française, en  pleine cure d’austérité contre son propre peuple, engage des centaines de millions d’euros pour faciliter l’installation des milices islamistes armées par le Qatar et  l’Arabie Saoudite et soutenues par la Turquie à la tête d’un pays dont la conférence de Genève du 30 Juin a reconnu qu’il devait régler ses problèmes lui-même.

Mais M. LAURENT FABIUS travestit les résultats de cette conférence (voir ci-aprés dépêche NOVOSTI), M. FABIUS veut un changement de régime.

 

Conférence sur la Syrie : aucun appel au départ d’Assad

Publié le : lundi 2 juillet

Source : fr.rian.ru

La nécessité du départ du président syrien Bachar el-Assad n’est pas évoquée dans le document final adopté lors de la conférence internationale de Genève sur la Syrie, a déclaré lors d’un point de presse le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

"Le document n’exige pas la démission de Bachar el-Assad. La version initiale du texte contenait une clause impliquant le départ des personnes qui empêchaient la paix. Cela est contraire à l’inclusivité du processus politique en Syrie, ainsi qu’aux normes de la Charte des Nations unies sur la non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats souverains. Cela n’est pas mentionné dans le document adopté aujourd’hui qui stipule que les Syriens doivent décider du sort de leur pays", a insisté M.Lavrov, avant d’ajouter que la version initiale avaient été modifiée à l’initiative de la partie russe.

Moscou œuvre afin de persuader le régime de Bachar el-Assad de respecter le plan Annan et espère que les pays en mesure d’influencer l’opposition feront de même, a ajouté le chef de la diplomatie russe.

Convoquée à l’initiative de Moscou, la conférence internationale sur la Syrie s’est déroulée le 30 juin à Genève.

 

Partager cet article

1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 14:46

Un livre explosif

Le « commandant invisible », Séméfia Sékou, est un des chefs de guerre utilisés pendant une décennie pour mener la guerre civile, organiser la partition de la Côte d’Ivoire puis faire tomber le régime ivoirien et enfin capturer le président Gbagbo. Repenti et reconnaissant tous les massacres perpétés pas ses hommes, il est aujourd’hui en prison. Il se déclare prêt à témoigner en faveur de Laurent Gbagbo devant la Cour Pénale internationale.

Le journaliste ivoirien Germain Séhoué a réussi à communiquer avec lui avec son téléphone portable et a mis en forme ces entretiens qui on été récemment publiés.

inv-copie-1.jpg

 Nous avons sélectionné les quelques extraits qui suivent pour rappeler le rôle de la France dans le renversement du régime ivoirien  mais surtout pour souligner celui de l’ONU et de l’ONUCI sa force sur le terrain.

En effet si le « commandant invisible » dit vrai  l’ONU s’est totalement déconsidérée et son comportement honteux devrait mériter des sanctions exemplaires au plus haut niveau de l’organisation. D’autre part tout gouvernement français qui prétendrait  s’abriter derrière cette institution en déshérence pour justifier sa politique néocoloniale serait à passer sans hésitation par pertes et profits.

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-==-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=

Enbrun les annotations de Comaguer

En noir les intertitres du livre

En italique noir les questions du journaliste

 

Pendant la crise postélectorale, la France et l'ONUCI ont joué un rôle majeur.

Selon le Commandant invisible, «C'est la Licorne qui nous a assez armés avec même des véhicules adaptés à la guerre et c'est l 'ONUCI qui nous transportait et nous positionnait stratégiquement sur toute la ville d'Abidjan ». Et de préciser: «L 'ONUCI a même infiltré plus de 700 de nos éléments dans son effectif afin que nous puissions circuler librement.» Et pour ce faire, l 'ONUCI a mis en congé 700 de ses casques bleus pour céder aux rebelles leurs places et leurs noms, pour le temps de la mission de faire partir Gbagbo. « Et nous utilisions les noms el les grades des soldats onusiens mis en congé payé, qui étaient rentrés en .famille pour quelque temps », révèle le sachant au téléphone. Pour lui, tout a été planifié et monté: la marche des femmes d’Abobo, l'étouffement des banques, les charniers brandis ici et là, la mort des Français à l'hôtel Novotel, celle de Philippe, l'ami de Gbagbo, à Yamoussoukro, « tous ces cas ont été des montages ».

………………

Bref retour sur la passé

Tout ce qui se  passe en ce moment contre le camp Gbagbo est planifié par les autorités françaises et le camp Alassane Dramane Ouattara, soutenu par les autorités onusiennes, certains chefs d’Etat  africains, amis jurés d'Alassane et de Dominique Ouattara, depuis 2005.

Pourquoi 2005 ?

2005, parce que le mandat constitutionnel de Laurent Gbagbo, en tant que Président de la République est fini cette ode là. Mais surtout 2005 parce que c'est l'année où, après le déploiement de l'Opération des Nations-unies en Côte d'Ivoire (ONUCI) autorisé le 27 février 2004 par la résolution 1528 du conseil de sécurité, l'ONU s'est sérieusement introduite dans le conflit ivoirien. La main française est toujours présente. Mais pour ne pas s'attirer des critiques et se voir accusée de responsable des conséquences d’un coup d'Etat qui devrait se faire en 2005, la France a posé au camp rebelle (groupe de Ouattara), un « alibi de défense ». Il s'agit d'organiser en faveur du Rassemblement des Républicains (RDR) un cafouillage électoral. C'est pourquoi le premier rôle du pouvoir français dans cette stratégie a été de faire pression sur le Président Laurent Gbagbo, sur son parti le FPI afin que soient organisées les élections présidentielles. Et le rôle de l'ONU était d'appuyer te pression de sorte que les élections aient lieu sans le désarmement complet des ex-rebelles pro-Ouattara. C'est pourquoi et la France et l'ONU, pendant des années, ont stressé le Président Gbagbo et les dirigeants du FPI sur ce dossier. Mais pendant longtemps, le Front populaire ivoirien a résisté et l'organisation des présidentielles sans le désarmement a été reportée à maintes reprises. Plus tard, Beugré Mambé, alors président de la Commission électorale indépendante (Cei) devrait jouer sa partition: faire avancer le dossier électoral tout en mettant en œuvre le plan frauduleux conçu pour l'arrivée de Ouattara au pouvoir. 3000 cartes d'identité et d'électeurs ont été élaborées pour être distribuées à des Burkinabé, Maliens, Guinéens, pour le camp Ouattara.

…………….

Plus loin, à propos de la bataille d’Abidjan

Lorsque les hostilités avaient véritablement commencé, où étaient-ils?

Sachez que jamais ni Soro, ni Dramane n'ont dormi à l'Hôtel Golf durant le temps qu'ils s'étaient regroupés là-bas. Je dis bien jamais. On faisait croire aux gens qu'ils y résidaient, mais jamais ils y ont passé une nuit. A part les sociétés françaises, ils résidaient au camp de l'ONUCI de la Riviera 3, chaque matin, ils venaient au Golf par hélico.

Combien d'éléments était composé le Commando visible pendant cette guerre de 2010-2011 ?

Nous  avions 5400 hommes sur le terrain. C'est notre clan qui était majoritaire dans cette belligérance.

Comment opériez-vous à Abobo ?

Nous avions d'abord reçu de la Licorne tous les plans, tous 1es repères stratégiques d'Abidjan pour pouvoir venir envahir  la ville. Elle nous avait également fourni toutes les cartes des communes d'Abidjan où les coins et recoins sont bien identifiés. Au début, c'est par le train qu'on a fait entrer petit à petit nos éléments à Abidjan. Et nous sommes allés nous installer à Bois-Sec, un petit endroit du côté de N'Dotré, à Jobo, pour former un petit camp. Et lorsque nous avons reçu les armes que la France nous avait promises, nous avons commencé à passer à l'acte, en envahissant Abobo et faisant subir des atrocités à la population pour faire peur au pouvoir. C'est là qu'on a commencé sous les consignes et ordres de l'ONUCI. C'est l'ONUCI qui nous livrait les armes, les véhicules et les moyens de combats, tout.

 

 

Partager cet article

23 juin 2012 6 23 /06 /juin /2012 14:03

La    lecture de la traduction de l’article de Federico Roberti sur l’influence étasunienne en Italie (ci-dessous) a suscité de notre part un commentaire sur cette influence en France  qui figure en apostille du dit article (ci-après), façon de souligner que dans une temporalité différente la France contemporaine est elle aussi soumise à une influence permanente et organisée des Etats-Unis. Un « changement maintenant » ne saurait en faire abstraction !

 

Séduire les intellectuels pour éduquer le peuple

L’ambassadrice étasunienne Clare Boothe Luce en Italie (1953-1956)

 

Federico Roberti

5 juin 2012, http://byebyeunclesam.wordpress.com 

 

Avec la fin de la Seconde guerre mondiale, le réseau des services d’information étasunien développé par l’Office of War Information (OWI) et par le Psychological Warfare Branch (PWB) va désormais s’intituler United States Information Service (USIS), en Italie comme dans le reste du monde.

   A l’USIS et à son émetteur radiophonique La Voce dell’America[1], active en Italie dès la fin de février 1942, sera confiée la tâche d’agir « dans le domaine de l’éducation et de la formation mentale des Italiens, pour les orienter vers une vision démocratique de la vie », selon les termes de l’amiral Ellery Stone, chef de la Commission alliée de contrôle en Italie.

   A l’origine, les sièges de l’USIS sont au nombre de cinq, à l’ambassade et aux consulats étasuniens à Rome, Milan, Florence, Naples et Palerme, tandis que des salles de lecture sont progressivement équipées aussi à Gênes, Turin, Bari et Bologne, comme premier pas pour la constitution de l’USIS dans les consulats de ces villes.

   Le Notiziario quotidiano per la stampa, produit à Rome sur la base d’un bulletin qui est radiotélégraphié depuis New York puis traduit et distribué gratuitement aux journaux italiens, est l’organe principal de transmission des informations adopté par l’USIS. En Italie, c’est une édition spécialement étudiée pour l’Europe occidentale qui est envoyée, rapportant des nouvelles concernant surtout la politique étrangère étasunienne et divers approfondissements, ainsi que les textes intégraux des discours officiels de personnalités en vue.

  A partir de 1949, l’USIS commence à collaborer avec la propagande du Plan Marshall[2], gérée directement par l’organisme qui s’occupe de l’allocation des aides, la Economic Cooperation Administration (ECA).  Dans cette même période, se fait de plus en plus importante aussi la propagande liée à l’établissement du Pacte Atlantique, signé formellement le 4 avril 1949. A partir de ce moment,  les termes concernant la « sécurité » et la « paix » occupent un poste d’importance absolue dans la politique informative de l’USIS, avec une tendance qui va se consolider à partir de la naissance de l’Otan en 1950.

  Tout le programme informatif dépend directement de l’ambassadeur et du directeur de l’USIS, rôle qui est tenu depuis la fin de 1950 par Lloyd A. Free, ancien enseignant à l’université Princeton et directeur-adjoint de l’Office of International information, avec compétence sur la presse, le cinéma et les transmissions radiotélévisées, auprès du Département d’Etat. 

  A partir de 1951, grâce à l’augmentation des financements mis à sa disposition,  l’USIS Italia va connaître un grand développement, avec 61 employés étasuniens et 237 italiens, dont presque la moitié est en service à l’ambassade à Rome et le reste distribué dans les neuf autres bureaux présents dans le pays.

  Mais la plus grande impulsion au programme informatif et à la conduite de la politique extérieure étasunienne en Italie était encore à venir, et elle allait être le fait d’une femme…

 

A la fin de l’année 1952, le républicain Dwight D. « Ike » Eisenhower, ancien commandant en chef des Forces alliées en Europe pendant la seconde guerre mondiale, est élu 34èmePrésident des Etats-Unis.

   En Italie, Ellesworth Bunker, l’ambassadeur qui avait remplacé James C. Dunn, est destiné à ne rester en poste que quelques mois, car Eisenhower et sa nouvelle administration renouvellent les représentants diplomatiques à l’extérieur par des personnalités fortement liées au Parti Républicain. Pour l’Italie, en mars 1953, le choix tombe sur Clare Boothe Luce, journaliste et écrivain, plus connue en tant qu’épouse (en deuxièmes noces) du très puissant éditeur de Time, Life et Fortune, Henry R. Luce. Ancienne député à la Chambre des Représentants entre 1943 et 1947, Clare Boothe va mettre son anticommunisme viscéral au service de la nouvelle politique de « Ike », vouée à faire barrage au plus important Parti Communiste d’Europe occidentale, qui aux élections de juin 1953 gagne de nouveaux postes au détriment de la coalition centriste conduite par la Démocratie Chrétienne.

  Les années de Clare Boothe à Villa Taverna, siège de l’ambassade étasunienne,  sont caractérisées par une ingérence inédite dans les affaires intérieures italiennes. Débarquée de l’Andrea Doria à Naples le 22 avril, elle parcourt le pays sans relâche, depuis ce jour-là, en en visitant les zones les plus reculées, et en présidant foires, premières théâtrales, inaugurations (notamment celle, mémorable, de la Johns Hopkins University à Bologne). Mais avant tout elle s’efforce de gagner la sympathie des gens ordinaires, auprès de qui elle finira par être connue comme une « reine bonne».

  En de nombreuses circonstances, l’ambassadrice Luce ne cache pas sa propre défiance dans le gouvernement italien comme allié des Etats-Unis, opérant au fil du temps une approche de plus en plus radicale dans la lutte contre le communisme, qui se reflète dans la vaste organisation de l’USIS, lequel, entre temps, avait été englobé par l’agence gouvernementale USIA à peine née[3]. Le « Plan d’action » que celle-ci définit a deux objectifs : d’une part, mobiliser le consensus pour les politiques étasuniennes et accroître la confiance dans les gouvernants de la bannière étoilée, d’autre part s’opposer aux « extrémismes » de droite et de gauche par le biais de l’appel à la « lutte pour la démocratie en Italie ».

  Cela se résout inévitablement en une ingérence de plus en plus évidente dans les affaires intérieures du pays, non seulement dans les questions politiques mais aussi dans celles de la vie quotidienne. En effet, les indications contenues dans le « Plan d’action » de l’USIS pour les années 1953-1955 visent à endoctriner la population dans la longue période, en opérant spécialement dans les écoles, dans les universités et dans les milieux militaires. L’attention de la propagande étasunienne, à partir de ce moment-là, se concentre de plus en plus sur les représentants du milieu intellectuel, les professionnels du domaine de l’information, repérés comme médiateurs culturels et agents d’influence, capables de faire filtrer efficacement chez leurs propres co-nationaux les messages jugés opportuns, dans une sorte d’ « italianisation » de l’effort de propagande qui reflète aussi une réduction des ressources financières à disposition.

  Il s’agit d’un groupe de personnes choisies selon des critères très sélectifs, sur la base de contacts personnels déjà en cours. Ces gens ne seront pas seulement approvisionnés en matériel dans l’objectif de renforcer leurs convictions en syntonie avec la politique étasunienne, mais ils seront aussi poussés à promouvoir les instances chères aux Usa auprès du grand public qui, à leur différence, ne fréquentait pas les centres culturels ou les bibliothèques de l’USIS disponibles dans le pays, n’écoutait pas les transmissions radiophoniques de La Voce dell’America et ne pouvait pas bénéficier des échanges culturels présentés dans le cadre du Programme Fulbright (du nom du sénateur qui en avait parrainé l’adoption).

  D’autres cibles fondamentales de la propagande étasunienne sont les leaders politiques, auxquels on offre des abonnements aux principaux quotidiens d’outre-Atlantique, et le monde de l’école et de l’université : en particulier les facultés de droit, creuset des leaders de demain. Dans ce dernier domaine, l’intervention ne se limite pas à des bourses d’études mises à disposition pour fréquenter des cours aux Etats-Unis ou pour faire venir en Italie des enseignants étasuniens, mais à « travailler en direction des recteurs pour inclure des cours d’études américaines (étasuniennes, NdT) dans leurs universités, et en direction du ministre de l’Education pour donner plus d’ampleur aux thèses traitant de ces arguments… » comme indique un document préparatoire, allant même jusqu’à suggérer l’adoption des livres de textes opportuns présentés par les adeptes de l’USIS en Italie.

  Un des objectifs fondamentaux demeure cependant le monde syndical, où l’on intervient spécialement par l’intermédiaire des activistes des syndicats dits « libres », à l’exclusion de la Cgil.

 

Ouvrons ici une brève parenthèse[4].

L’ambassade étasunienne à Rome, pendant la mission de Clare Boothe Luce, fût très active dans le soutien des intérêts des sociétés pétrolières étasuniennes et dans sa lutte, de toutes les manières possibles, contre Enrico Mattei, président de l’organisme pétrolier d’Etat ENI (Ente Nazionale Idrocarburi, Société nationale des hydrocarbures, NdT) depuis sa fondation en 1953 et artisan de la stratégie  d’autonomie et d’indépendance énergétique nationale.

  L’attaque contre l’ENI par la presse étasunienne, en particulier celle de toute la chaîne contrôlée par Henry R. Luce, le mari de l’ambassadrice, fut sans répit. Fortune publia un long article de Herbert Solow critiquant le système italien des participations de l’Etat, accusé d’empêcher la libre concurrence, et l’ENI de Mattei, responsable à ses dires du ralentissement des recherches pétrolières et de freiner les investissements étasuniens dans le secteur. Sur des arguments semblables étaient fondées les enquêtes publiées sur Newsweek, Time, The New York Herald Tribune et jusque dans certains journaux locaux. L’un de ceux-ci, The Providence Sunday Journal, publia un article –dont la coupure fut portée à l’attention même du président Eisenhower- où l’on affirmait que l’Italie, afin de pouvoir participer aux affaires pétrolières au Moyen-Orient était prête à « remettre en jeu ses relations amicales avec l’Occident ».

   L’ambassadrice Luce en personne ne dédaignait par ailleurs pas de contribuer à la campagne contre Mattei. Vincenzo Cazzaniga, à l’époque président pour l’Italie d’une des « Sept Sœurs », Esso pour la nommer, témoigna que Luce, dans une sorte de contrepartie pour avoir soutenu la CISL dans la scission syndicale, avait l’habitude de s’adresser au Secrétaire Giulio Pastore : lequel assurait avoir été littéralement obsédé par l’ambassade à propos de la campagne contre le président de la République de l’époque, Giovanni Gronchi, contre la gauche de la Démocratie Chrétienne ( n) et contre Mattei qui soutenait Gronchi. Il s’agit ici du même Pastore que l’ambassadrice Luce, en d’autres circonstances, accusait de se servir de l’ENI pour introduire des mécanismes de participation ouvrière dans l’organisation de la production, par des initiatives qui auraient été plus favorables à Palmiro Togliatti (alors Secrétaire général du Parti communiste italien, NdT) qu’à la démocratie Chrétienne !

Fermons la parenthèse.

 

Les organes de presse, jugés comme le moyen le plus utile pour influencer tous les « target groups » et qui jusqu’à fin juillet 1953 avaient été approchés par le Notiziario quotidiano per la stampa, sont à présent sensibilisés par l’envoi d’articles écrits spécialement pour eux, et dirigés vers les plus diffusés d’entre eux, avec fourniture aux directeurs et rédacteurs du matériel informatif nécessaire, sur des thèmes sélectionnés, pour qu’ils puissent les rédiger tout seuls. Pour les nouvelles les plus importantes, est activé un canal direct avec les principaux quotidiens et on perfectionne un accord avec l’agence ANSA (agence nationale de presse associée[5], NdT) à laquelle on fait parvenir des communiqués détaillés et complets, à faire tout simplement suivre à ses propres utilisateurs.

  Au cours d’un voyage à Washington en été 1954, l’ambassadrice Luce –accompagnée par le nouveau directeur de l’USIS Italia, Nedville E. Nordness- participe à quelques rencontres avec des fonctionnaires du Département d’Etat et de l’USIA, pour discuter de la réorganisation du service d’information en cours en Italie. C’est l’occasion de souligner l’importance d’infiltrer la Télévision d’Etat d’italienne en gestation, y compris avec la production de séries qui lui seraient spécialement destinées (hypothèse qui est à ce moment-là rejetée à cause de ses coûts élevés), avec la proposition collatérale de doter tous les sièges de l’USIS d’un téléviseur à placer près de l’entrée, pour qu’il soit visible aussi de l’extérieur afin d’attirer les curieux… et pour suggérer une présence étasunienne plus grande dans les foires et les fêtes locales, qui attiraient alors un important public.

  Les rencontres en question donnent aussi et surtout à l’ambassadrice l’occasion de rappeler la nouvelle ligne des programmes d’action de la propagande culturelle étasunienne en Italie : ligne désormais presque entièrement tournée vers les professionnels de l’information et du monde intellectuel en général, en partant de la conviction, « mûrie après de minutieuses pondérations », que presque tous ceux-ci doivent être convaincus de la solidité de la culture d’un pays étranger avant d’accepter son leadership dans les affaires internationales[6]. Probablement l’ambassadrice pensait-elle à ces intellectuels « qui ne sont pas nos amis inconditionnels » mais qui manifestaient cependant souvent une curiosité pour la réalité américaine (du Nord, NdT), étant d’avides lecteurs de sa littérature ; à trois d’entre eux justement  (Ignazio Silone, Primo Levi et Alberto Moravia) auraient été consentis par l’USIS, l’année suivante, des aides financières pour se rendre en visite aux Etats-Unis.

  Dans ce but, en 1954 encore, le Congrès autorise un fonds spécial, appelé President’s Emergency Fund for international Affairs, pour soutenir les programmes développés par l’USIA. Parmi les nombreuses initiatives organisées, concerts, spectacles de théâtre et tournées d’artistes, on rappellera Porgy and Bess de George Gershwin, œuvre lyrique représentée sur diverses scènes dont La Scala de Milan, à qui l’USIS fournit un grand relief promotionnel.

  On essaie en outre d’assister les institutions culturelles étasuniennes qui ont un siège en Italie, comme l’American Academy et le North American College, afin d’encourager  la diffusion des études et recherches sur l’Amérique (du Nord, NdT) en collaborant à l’organisation d’expositions et en faisant la publicité de leurs initiatives.

  Un soutien clair et ouvert est aussi offert à l’Istituto Post-universitario per lo Studio dell’Organisazione Aziendale (Institut Postuniversitaire pour l’Etude de l’Organisation Entrepreneuriale) (IPSOA), fondé par l’université de Harvard et destiné à des opérateurs déjà affirmés mais encore assez jeunes pour assimiler la bonté des principes économiques en vogue outre-Atlantique, ainsi que la section européenne de l’Ecole de Recherches internationales Avancées de la Johns Hopkins University[7], dont l’inauguration –naturellement en présence de l’ambassadrice Luce- a lieu en février 1955.

  Le nouveau « Plan d’action » de l’USIS, promulgué en août 1955, rappelle en substance les mêmes principes et objectifs que ceux des deux années précédentes mais il contient quelques précisions importantes comme la quantification des interlocuteurs choisis, 21.000, divisés en  huit catégories, bien qu’aucun nom ne soit donné : 2.200 dans le domaine de l’économie et de l’industrie, 2.200 pour l’école et l’université, 3.400 dirigeants des syndicats « libres », 3.200 dans la presse, cinéma, radio et édition, 400 officiers des Forces armées, 6.500 politiques, de niveau national comme local, 2.100 professions libérales des secteurs les plus variés, mais capables par leur notoriété d’influencer les questions politiques et sociales, 1.100 étudiants universitaires, repérés surtout dans les dirigeants des organisations étudiantes. Les premiers cours de littérature américaine (nord-américaine), tenus l’année précédente dans les universités de Rome, Florence et Venise, avaient obtenu un grand succès, et le programme de traduction de textes étasuniens, adoptés ensuite dans les programmes universitaires, continuait aussi à être envoyé si bien que l’USIS de Florence avait réussi à développer à ce sujet un accord triennal avec la maison d’édition bolognaise Il Mulino.

  Le succès s’enregistrait aussi dans le champ de l’information destinée au grand public, du fait que la RAI « couvrait fréquemment les événements suggérés par l’USIS » et que l’ANSA tirait la majeure partie de ses dépêches d’agence sur les questions, pas seulement politiques, étasuniennes, directement des communiqués traduits par l’USIS, avec une procédure qui, entre temps, était devenue vraiment efficiente : le rédacteur en chef de l’USIS à Rome contactait par téléphone l’agence de presse (italienne) et dès que celle-ci indiquait quelles nouvelles, parmi celles du jour, l’intéressaient, celles-ci étaient immédiatement traduites et diffusées.

  A la fin de 1956, quand Clare Boothe Luce quitte sa charge d’ambassadrice, l’USIS italienne constitue un des plus importants et vastes programmes parmi ceux que gère l’USIA dans le monde entier. L’ambassadrice avait désormais décidé de quitter Rome quand l’USIS fit pour elle deux services importants.

Le premier fut la collaboration offerte par l’éditeur Mondadori pour la traduction et publication en Italie d’un livre d’Alden Hatch, qui sortit en juin 1956 sous le titre Ambassadrice extraordinaire. Le second fut la préparation du texte de la transmission radiophonique en anglais (italiques de la traductrice) par laquelle la RAI adressa ses adieux à la première femme ambassadeur venue d’outre-Atlantique : « … she will always be welcome to Italy, even on the briefest of visits; not as a guest, though. To us, she is and always will be ‘one of the family’” (“de la famille”... surlignage NdT).

 

Publié le 14 juin 2012 par http://byebyeunclesam.wordpress.com 

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

 

Apostille de COMAGUER (Comité comprendre et agir contre la guerre, Marseille) pour la version française du texte de F. Roberti :

 

Au vu de ce texte très documenté le lecteur français pourrait céder à la tentation de se dire que le contrôle de la France par l’impérialisme étasunien n’a jamais été aussi puissant que celui exercé sur l’Italie, lequel demeure exceptionnellement visible : présence militaire massive avec ou sans truchement de l’OTAN, imbrication transatlantique du grand capital dont l’alliance FIAT-CHRYSLER est le symbole, liens mafieux, anglicisation de la langue quotidienne, jusqu’à un premier ministre issu directement de la banque US sans passer par les urnes, sans oublier évidemment les réseaux stay-behind bien décrits par Daniele Ganser.

Il y a effectivement une différence de degré.

 

Au sortir de la seconde guerre mondiale la France se retrouve dans le camp des vainqueurs. Elle doit cette position avantageuse :

- à l’alliance des gaullistes et des communistes qui reproduit au niveau national l’alliance mondiale antinazie,

- au maintien d’un empire colonial qui lui a fourni les bases arrière et les troupes de la reconquête du territoire national.

 

Rien de tel en Italie : elle s’est libérée elle-même du fascisme dans un mouvement où n’a pas existé comme en France une fraction bourgeoise organisée ayant participé à la résistance et ce sont les alliés, les Etats-Unis au premier chef, qui ont imposé aux communistes italiens dominants, avec l’appui de la mafia importée des Etats-Unis  une direction bourgeoise entièrement à leur service. Elle a perdu son petit empire colonial sans espoir de reconquête : la loi des vainqueurs.

Mais nous ne sommes plus  en 1945 et De Gaulle est mort. Le gaullisme ne lui a guère survécu puisque le premier geste du faux héritier Pompidou est de se rendre aux Etats-Unis pour faire acte d’allégeance en échange d’un respect  du « seigneur » pour l’empire néocolonial du « vassal » stabilisé – pour combien de temps ?-  après la perte de l’Indochine et de  l’Algérie. En éliminant le gaulliste Chaban-Delmas, Giscard, héritier de la France collaborationniste, poursuivra cette politique. Le soir même de son élection il prononce devant les caméras de télévision mondiales un discours en anglais et il propose l’année suivante la création du directoire impérialiste : le G7 outil non statutaire de dessaisissement systématique de l’ONU de ses  prérogatives fondatrices.

Mitterrand va réussir à maintenir cette position de vassal impérialiste en échange de la domestication des communistes  transformée aujourd’hui en simple satellisation électorale d’un parti dont le nom n’est plus que celui d’une nostalgie.

Mais dés ce moment le tropisme étasunien de la classe dirigeante s’affirme  et elle s’unifie dans un antisoviétisme orchestré méthodiquement par les Etats-Unis. Le discours de De Villepin à l’ONU contre la guerre d’Irak, qui faisait lui-même écho à la démission de Chevènement en 1991, sera le dernier soubresaut gaullien avant l’agonie.

Sarkozy n’a plus alors qu’à parachever le travail : se jeter au vu de la  planète entière dans les bras de Bush et des néoconservateurs, s’inspirer des politiques sécuritaires reconfigurées aux Etats-Unis sur la base théorique fournie par l’armée coloniale française,  réintégrer complètement l’OTAN et participer activement à toutes les aventures et agressions impérialistes : Afghanistan, Somalie, Libye, Syrie…

Il ne s’agit évidemment pas des orientations d’un homme seul mais de l’évolution d’ensemble d’une couche dirigeante, à droite comme à gauche de l’alternance, dont le référentiel idéologique commun est le mode de penser du  capitalisme impérialiste contemporain.

En témoigne l’adhésion de nombreux dirigeants français actuels aux cercles néo impérialistes transatlantiques organisés dont le plus structuré est la FRENCH AMERICAN FOUNDATION, fondation bipolaire, un pied à Washington, l’autre à Paris. Présentée sur son site,  elle a été bien décrite récemment par l’historien Pierre Hillard dans un texte accessible sur Internet et dont suit un extrait particulièrement démonstratif :

http://www.voltairenet.org/Un-relais-des-Etats-Unis-en-France

 

« La clef du système d’influence de la French-American Foundation est sa capacité à recruter des personnes appelées à occuper de hautes fonctions. Sa grande force est d’accueillir en son sein les représentants politiques issus de courants qui, officiellement, s’opposent – des socialistes à l’UMP en passant par le gaulliste Nicolas Dupont-Aignan ou le responsable de la communication de la campagne présidentielle de José Bové, Bernard Loche. Pour éviter toute conclusion hâtive, soulignons que les personnes approchées par la Fondation et qui ont accepté de la fréquenter n’ont pas pour autant accepté les offres de services qui leur ont été ultérieurement présentées.

C’est dans le programme intitulé Young Leaders qu’une véritable sélection s’opère. Comme l’affirment clairement les textes officiels : « Le programme phare des Young Leaders, piloté par les deux entités (ndlr : New York et Paris), vise à créer et à développer des liens durables entre des jeunes professionnels français et américains talentueux et pressentis pour occuper des postes clefs dans l’un ou l’autre pays » 

Au sein de la sélection, c’est le professeur de science politique états-unien et membre du CFR, Ezra Suleiman, qui fut l’unique responsable de 1981 à 1984, puis de 1994 à 2001, du recrutement des Young Leaders en France. Après une sélection drastique, seuls 125 Étasuniens et 126 Français composent les Young Leaders depuis 1981. Dans le cas de la FAF US, nous pouvons citer les noms suivants avec la date d’admission : Antony Blinken (1998, ancien conseiller en politique étrangère du président Clinton), Ian Brzezinski (2001, chargé aux affaires de défense de l’OTAN, fils du célèbre géopolitologue Zbigniew Brzezinski), le général Wesley K. Clark (1983, ex-commandant en chef des troupes de l’OTAN en Europe), le président Clinton (1984) et Hillary Clinton (1983, sénateur).

 

Dans le cas de la branche française de la French-American Foundation, nous pouvons relever en particulier :

Philippe Auberger (1989, député UMP), Yves Censi (2003, député UMP), Jérôme Chartier (2003, député UMP), Nicolas Dupont-Aignan (2001, député UMP, Debout la République), Alain Juppé (1981, député UMP), Éric Raoult (1994, député UMP), Valérie Pécresse (2002, député UMP), Jacques Toubon (1983, député UMP),

 

François Hollande (1996, député socialiste), Arnaud Montebourg (2000, député socialiste), Pierre Moscovici (1996, député socialiste), Alain Richard (1981, socialiste, ancien ministre de la Défense)

 

Henri de Castries (1994, Directeur général du groupe AXA assurances), Emmanuel Chain (1999, journaliste), Jérôme Clément (1982, Président d’Arte), Annick Cojean (2000, journaliste au Monde), Jean-Marie Colombani (1983, Directeur de la publication du Monde), Matthieu Croissandeau (2002, rédacteur en chef adjoint du Nouvel Observateur), Jean-Louis Gergorin (1994), Bernard Guetta (1981, journaliste à France Inter), Erik Izraelewicz (1994, rédacteur en chef des Échos), Laurent Joffrin (1994, PDG de Libération), Jean-Noël Jeanneney (1983, président de la Bibliothèque nationale de France), Sylvie Kaufmann (1998, journaliste au Monde), Yves de Kerdrel (2005, journaliste aux Échos), Marwan Lahoud (1999), Anne Lauvergeon (1996, présidente d’Areva), François Léotard (1981, ancien ministre de la Défense), Alain Minc (1981), Laurent Cohen-Tanugi (1996, Sanofi-Synthélabo et membre du conseil d’administration du think tank « Notre Europe » créé par l’ancien président de la Commission Jacques Delors , Christine Ockrent (1983), Olivier Nora (1995, président des Éditions Grasset), Denis Olivennes (1996, président de la FNAC)… »

  

Partager cet article

21 juin 2012 4 21 /06 /juin /2012 10:00

Si le fait que lignoble manoeuvre du gouvernement colombien visant à faire élire directeur général de l'Organisation Internationle du Travail  un  traitre au mouvement syndical devenu Vice-Président du pays a échoué , pour autant le candidat élu ne donne aucune garantie sur une évolution de l'Institution en faveur des intérêts réels du monde du travail .

 

Aprés une analyse de cette élection et de son résultat nous joignons le discours pronincé devant l'Assemblée générale annuelle par ALEX MAVRIKOS, secrétaire général de la FSM la seconde international syndicale, discours qui souligne le positionnement pro-impérialiste de l'OIT et  ses graves lacunes dans la défense des intérêts concrets des travailleurs.

 

Signalons qu'ALEX MAVRIKOS mentionne dans son discours la longue lutte des travailleurs français de FRALIB ( mais sous le nom de la maison mère UNILEVER)

 

 

 

Un vent de guerre froide à l’OIT

 

L’OIT a élu son nouveau directeur général.  Parmi les organisations internationales, l’OIT a la particularité d’être celle où la stabilité dans les postes de direction est la plus grande : dix directeurs généraux  en  93 ans depuis sa création en 1919. En octobre le nouvel élu viendra remplacer son prédécesseur le chilien SOMOVIA élu en  1998 et il peut espérer conserver longtemps le poste.

L’OIT étant une institution tripartite les votes sont émis pour la moitié par les Etats membres, pour un quart par les organisations  syndicales et pour un autre quart par les organisations patronales

  La candidature du peu présentable Vice–président colombien Angelito Garzon  (voir notre bulletin N° 241) ayant été repoussée et le vote a bulletins secrets ne permet pas de dire si les promesses officielles de soutien ont été tenues et il faudrait fréquenter les coulisses de l’institution pour apprécier plus finement les résultats du scrutin.

  La candidature d’Angelito Garzon était officiellement soutenue par l’ensemble des pays latino-américains mais pour aboutir elle aurait dû obtenir les voix d’autres pays d’autres continents. Pour cela un candidat plus respectable eut été nécessaire. Il est en effet assez surprenant, mais ce n’est pas le premier cas, que les pays latino-américains dans le souci de rallier la Colombie à leur nouvelle politique unitaire de desserrement de l’étreinte yankee confie à des membres de cette oligarchie narco militaire des responsabilités qui la blanchissent au plan international. Tant qu’elle abritera 7 bases militaires US sur son sol et qu’elle confiera la formation de ses troupes à des  officiers israéliens la Colombie restera le cheval de Troie des Etats-Unis en Amérique du Sud.

 

Le nouveau directeur général est donc le britannique  GUY  RYDER.

Présenté comme un « syndicaliste » GUY RYDER  l’est comme peuvent l’être les membres de la bureaucratie syndicale internationale  qui pour la plupart n’ont partagé  la vie au travail d’aucun ouvrier ou employé , ont été embauchés , un diplôme d’enseignement supérieur en poche, par une fédération ou une confédération syndicale nationale et de là se sont trouvés propulsés dans des instances où le seul contact quotidien avec le prolétariat était le personnel – le plus souvent immigré – des entreprises de nettoyage de leur bureau.

 RYDER est donc un syndicaliste de ce type qui, issu des Trade unions britannique, a déjà occupé divers postes à l’OIT avant de parvenir au sommet de l’appareil. Mais sa référence importante est qu’il était jusqu’en 2010, année où il a pris à l’OIT un poste de   direction qui le préparait à sa nouvelle fonction,   le secrétaire général d’une des deux Internationales syndicales : la Confédération internationale des syndicats.

 Cette internationale syndicale est le produit de la fusion en 2006 de deux précédentes : la Confédération Internationale des Syndicats Libres (CISL) instrument de la guerre froide  fondée en 1946 pour saborder le projet d’internationale syndicale unique qui avait les faveurs de l’URSS  et de la Confédération mondiale du travail (CMT) plus petite et proche du courant politique de la démocratie chrétienne dans les pays où il existait.

 La Confédération internationale des Syndicats regroupe aujourd’hui la quasi-totalité des confédération syndicales des pays développés : Etats-Unis, Canada, Europe, Japon. L’AFL-CIO étasunienne est un de ses principaux pourvoyeurs de fonds, fonds qu’elle reçoit directement du gouvernement des Etats-Unis via le National  Endowment for Democracy (NED)

 L’autre internationale syndicale : la Fédération syndicale mondiale  (FSM) après avoir été abandonnée par la quasi totalité des confédérations  syndicales des  pays  développés ne regroupe plus que des syndicats de pays ou émergents ou en voie de développement  et se réclame du socialisme.

 De leur côté les syndicats chinois ont choisi de ne pas prendre parti entre les deux internationales alors que la classe ouvrière chinoise est aujourd’hui la plus nombreuse de la planète.

 Cette grande division syndicale laisse le champ libre à la classe capitaliste dirigeante des pays dominants qui a  donc choisi de placer un anglo-saxon très modéré représentant les syndicats des pays développés et un héritier de l’orientation anticommuniste de la CISL.

Ce  choix politique est révélateur de la volonté de ne confier  aucun poste important  aux syndicats représentant les travailleurs  des pays émergents ou en voie de développement.  De cette façon la voix des plus exploités, de ceux qui subissent les conditions de travail les plus dégradantes, de ceux qui sont le plus réprimés ne sera guère entendue dans les locaux paisibles de l’OIT à Genève.

 En  même temps l’OIT pourra continuer son travail de suivi attentif  de la situation de crise économique qui  prévaut dans les grands pays développés et  s’employer  à  dévoyer par l’intermédiaire de la Confédération internationale des syndicats et de sa « filiale » européenne la Confédération européenne des syndicats  (CES) la colère des travailleurs de la base dans des campagnes stériles comme celle sur le « travail décent » au lieu de l’orienter sur les rémunérations indécentes du patronat bancaire et industriel et sur l’indécence d’inégalités sociales abyssales. L’élection de GUY RYDER vient rappeler que l’OIT fut fondée par les grandes bourgeoisies occidentales comme riposte à la révolution russe, l’OIT ayant pour rôle de promouvoir assez de  progrés  dans la condition ouvrière en Occident pour éviter la propagation de la  révolution bolchévique.

 

101° Conférence Internationale du Travail

 

Discours de George Mavrikos, Secrétaire Général de Fédération Syndicale Mondiale(FSM)

 

Mesdames, Messieurs

 

Ainsi cette année la Conférence Annuelle de l'OIT s'est tenue dans les conditions de la crise du système capitaliste. Une crise profonde qui affecte tous les niveaux de tous les champs de l'économie, de la politique, de la vie culturelle et de l'environnement.

 

L'Union Européenne est en profonde crise : la Grèce, l'Espagne, l'Italie, le Portugal, la Belgique etc. Maintenant, la crise a atteint le cœur, elle frappe à la porte de la France et envoie des messages à l'Allemagne, elle-même.

 

La crise profonde qui affecte presque tous les pays de l'Union Européenne intensifie dangereusement la compétition entre tous les pays. L'Allemagne essaie de construire ses propres alliances avec la Russie et d'autres. La France essaie tout aussi bien de construire ses propres alliances.

 

La compétition entre tous ces pays pour contrôler de nouveaux marchés pour la formation de nouveaux encadrements, pour le gaz naturel, pour le pétrole, pour les royalties sur les pipelines de l'énergie présente de graves problèmes pour la paix et de graves dangers pour les peuples.

 

En Libye, 120 000 personnes sont mortes à cause du contrôle des ressources productives de richesses.

 

En Syrie, les émirs, les rois et les sultans du Golfe Persique en droite ligne avec le gouvernement turc, fournissent des armes aux Syriens pour en tuer d'autres.

 

Les impérialistes poussent le Sud Soudan à faire de nouvelles réclamations jour après jour. En Somalie au Nigéria, dans les Iles Falkland la situation est très dangereuse.

 

Les calomnies des Etats Unis et de l'Union Européenne contre le Venezuela, contre Cuba avec ce blocus inhumain, la situation au Pakistan, en Afghanistan: tout cela donne une image complète des interventions impérialistes.

 

Nous, en tant que travailleurs, que mouvement syndical de classe, que Fédération Syndicale Mondiale (FSM), nous avons le devoir d'exposer les manigances des exploiteurs et d'édifier chez les travailleurs un esprit militant de luttes, d'internationalisme de luttes constantes contre les guerres impérialistes.

 

La FSM et ses membres et amis autour du monde ont mené d'importantes luttes durant cette dernière année. Le centre de ces luttes a été la lutte contre le chômage. Le chômage est un phénomène social, un produit du capitalisme. Le chômage vise tout le monde, surtout les femmes, et les jeunes. Le graphique montre que 75 millions de jeunes cherchent du travail.

 

L'OIT exprime facilement ses vœux, des généralités et de vagues promesses. Depuis longtemps maintenant, nous avons écouté des mots gentils pour la dignité, pour l'égalité, pour les droits démocratiques etc.

 

• Aujourd'hui, gentlemans de l'OIT il ya 200 jeunes Palestiniens emprisonnés dans les prisons israéliennes. Qu'avez-vous fait pour leur libération, pour qu'ensuite ils aient une vie et un avenir décent avec un travail dans leur propre pays.

 

• Aujourd'hui, en Amérique Centrale, 4000 enfants sont obligés de participer au trafic de drogues. Comment intervenez-vous ?

 

• En un jour, 1500 enfants meurent au fait du manque d'eau et de la misère constatée. Quelles ont été vos interventions et quels en ont été les effets?

 

• En Grèce, les deux dernières années plus de 2350 personnes, pauvres, pensionnés, sans travail se sont suicidées. Qu'a fait l'OIT pour dénoncer le gouvernement grec?

 

• Aujourd'hui en Grèce 52° et en Espagne 50,5 des chômeurs sont des jeunes. La FSM a envoyé une lettre à l'OIT pour qu'elle intervienne contre les licenciements des jeunes. Vous n'avez rien fait à ce sujet.

 

• Des milliers de jeunes sont atteints du HIV et ils ne peuvent pas obtenir de soin ni de médicaments. L'espérance de vie au Botswana est tombée à 20ans, en Swaziland à 16 et à 13 ans au Lesotho et en Zambie durant les dix dernières années.

 

• En Swaziland, les jeunes sont chassés hors de leur pays tandis que les syndicats et les organisations syndicales sont criminalisés.

 

• Au Kazakhstan les grévistes et les syndicalistes sont tués. En Malaisie, les syndicalistes sont licenciés.

 

• En Colombie, des syndicalistes sont tués tous les jours et l'OIT a enlevé le gouvernement de Colombie de la liste de non-respect des normes.

 

• Dans les mines du Chili et du Pérou, des travailleurs meurent tous les jours Où sont les moyens de sécurité imposés par l'OIT ?

 

• Le droit de grève est très largement attaqué. Les attaques contre les travailleurs à Helleniki Halvouria qui sont en grève depuis 200jours et les travailleurs d'Unilever en France qui sont en grève depuis 600 jours le prouvent. Au Panama les travailleurs du Canal de Panama sont empêchés de faire grève.

 

Pour nous, la FSM, les mots de dignité, d'égalité et aussi de justice sociale ne sont pas des généralités. Ils ont un contenu concret. C'est pourquoi les bureaux régionaux de la FSM et les Unions Internationales (UIS) de la FSM développent l'action dans tous les secteurs de base, dans toutes les régions.

 

C est pourquoi le 3 Octobre 2012, la FSM a annoncé une Journée Internationale d'Action avec comme mot d'ordre «Nourriture, eau potable, livres, médicaments, logement pour tous les travailleurs et tous les peuples»

 

Nous avons choisi ce contenu parce que nous croyons profondément qu'au 21ème siècle, c'est un crime que des travailleurs meurent de faim, de soif, que les gens vivent dans les rues que des millions d'élèves n'aient pas de livres, que les gens malades n'aient as accès aux médicaments.

 

Nous considérons que c'est un crime que les transnationales et les monopoles pillent les ressources productives de richesses des pays et des peuples qui sont laissés à souffrir. Ce monde est un mode à l'envers, ce monde n'est pas démocratique et nous, comme la FSM continueront à nous battre jusqu'à que nous l'ayons changé et pour construire un monde sans exploitation de l'homme par l'homme.

 

40, Zan Moreas street, Athens 11745 GREECE

 

Tel. +302109214417, +302109236700, Fax +302109214517

 

wwv-wftucentral.org - mails :info@wftucentral.org  lnternational@wftucentral.org

 

 

 

 

Partager cet article

21 juin 2012 4 21 /06 /juin /2012 09:51

A propos d’un écrit de Jean-Jacques Rousseau

 

L'ÉTAT DE GUERRE

Que l'état de guerre naît de l'état social

 

Ce bref texte de Jean Jacques Rousseau dont nous citons  quelques extraits  devait trouver sa place dans le chapitre sur les « Principes du droit de la guerre » d’un ouvrage sur les « Institutions politiques » dont l’auteur avait formé le projet vers 1743-1744.

Il s’inscrit dans les réflexions qu’il conduit à l’époque et qui verront la publication du « Discours sur l’origine de l’égalité » (1754) et un peu plus tard du Contrat social (1762). Non publié du vivant de Rousseau, il figure dans les œuvres complètes de la Pléiade et a été publié séparément en 2000 par Actes Sud.

Le sous-titre dit assez la démarche poursuivie par l’auteur : établir que la guerre n’est pas l’expression d’une nature humaine éternelle et immuable mais un phénomène social qui voit l’affrontement entre des groupes humains organisés, entre des sociétés humaines.

Suivons le raisonnement.

D’emblée Rousseau s’en prend à Hobbes qui a publié un siècle plus tôt le Léviathan, pour réfuter l’hypothèse d’une nature humaine égoïste et violente qui conduirait les individus à s’entretuer en permanence. Il commence par pousser jusqu’à l’absurde le raisonnement de Hobbes, le «  sophiste ».

« Mais quand il serait vrai que cette convoitise illimitée et indomptable serait développée dans tous les hommes au point que le suppose notre sophiste  encore ne produirait-elle pas cet état de guerre universelle de chacun contre tous, dont Hobbes ose tracer l'odieux tableau. Ce désir effréné de s'approprier! Toutes choses est incompatible avec celui de détruire tous ses semblables; et le vainqueur qui, ayant tout tué, aurait le malheur de rester seul au monde, n'y jouirait de rien par cela même qu'il aurait tout. Les richesses elles-mêmes, à quoi sont-elles bonnes, si ce n'est à être communiquées; que lui servirait la possession de tout l'univers s'il en était l'unique habitant? Quoi? Son estomac dévorera-t-il tous les fruits de la terre? Qui lui rassemblera  les productions de tous les climats ; Qui portera le témoignage de son empire dans les vastes solitudes qu'il n'habitera point? Que fera-t-il de ses trésors, qui consommera ses denrées, à quels yeux étalera-t-il son pouvoir? J'entends. Au lieu de tout massacrer, il mettra tout dans les fers pour avoir au moins des esclaves. Cela change à l'instant tout l'état de la question ; et puisqu'il n'est plus question de détruire, l'état de guerre est anéanti. »

Et il revient aussitôt à ce qui restera  au cœur de sa démarche dans le Contrat Social

« L'homme est naturellement pacifique et craintif, au moindre danger, son premier mouvement est de fuir; il ne s'aguerrit qu'à force d'habitude et d'expérience. L'honneur, l'intérêt, les préjugés, la vengeance, toutes les passions qui peuvent lui faire braver les périls et la mort, sont loin de lui dans l'état de nature. Ce n'est qu'après avoir fait société avec quelque homme qu'il se détermine à en attaquer un autre, et il ne devient soldat qu'après avoir été citoyen. On ne voit pas là de grandes dispositions à faire la guerre à tous ses semblables. Mais c'est trop m'arrêter sur un système aussi révoltant qu'absurde, qui a déjà cent fois été réfuté.

Il n'y a donc point de guerre générale d'homme à homme  et l'espèce humaine n'a pas été formée uniquement pour s'entre-détruire. Reste à considérer la guerre accidentelle et particulière qui peut naître entre deux ou plusieurs individus.

Si la loi naturelle n'était écrite que dans la raison humaine, elle serait peu capable de diriger la plupart de nos actions, mais elle est encore gravée dans le cœur de l'homme en caractères ineffaçables et c'est là qu'elle lui parle plus fortement que tous les préceptes des philosophes; c'est là qu'elle lui crie qu'il ne lui est permis de sacrifier la vie de son semblable qu'à la conservation de la sienne, et qu'elle lui fait horreur de verser le sang humain sans colère, même quand il s'y voit obligé. »

D’où vient donc cette obligation ? Evidemment de la société et pour Rousseau à l’époque  (nous sommes au 18° siècle sous la monarchie) du souverain.

« Dans l'état civil, où la vie de tous les citoyens est au pouvoir du souverain et où nul n'a droit de disposer de la sienne ni de celle d'autrui, l'état de guerre ne peut avoir lieu non plus entre les particuliers ; et quant aux duels, défis, cartels, appels en combat singulier, outre que c'était un abus illégitime et barbare d'une constitution toute militaire, il n'en résultait pas un véritable état de guerre, mais une affaire particulière qui se vidait en temps et lieu limités, tellement que pour un second combat il fallait un nouvel appel. On en doit excepter les guerres privées qu'on suspendait par des trêves journalières appelées la paix de Dieu et qui reçurent la sanction par les établissements de Saint Louis. Mais cet exemple est unique dans l'histoire.

On peut demander encore si les rois qui, dans le fait, sont indépendants de- puissance humaine, pourraient établir entre eux des guerres personnelles et particulières, indépendantes de celles de l'Etat. C'est là certainement une question oiseuse, car ce n'est pas, comme on sait, la coutume des princes d'épargner autrui pour s'exposer personnellement. De plus, cette question dépend d'une autre qu'il ne m'appartient pas de décider: savoir si le prince est soumis lui-même aux lois de l'Etat ou non; car s'il y est soumis, sa personne est liée et sa vie appartient à l'Etat, comme celle du dernier citoyen. Mais si le prince est au-dessus des lois, il vit dans le pur état de nature et ne doit compte ni à ses sujets ni à personne d'aucune de ses actions. »

Rousseau va maintenant approfondir la relation sociale d’où nait cette obligation

« Nous entrons maintenant dans un nouvel ordre de choses. Nous allons voir les hommes unis par une concorde artificielle se rassembler pour s'entre-égorger et toutes les horreurs de la guerre naître des soins qu'on avait pris pour la prévenir. »

Et il conclut ce premier développement par cette phrase décisive

« Il n'y a point de guerre entre les hommes ; il n'y en a qu'entre les Etats. »

Il va revenir ensuite sur cette conclusion provisoire pour en approfondir la portée en précisant la nature de l’Etat, qu’il nomme « corps politique »

« A cela, je pourrais me contenter de répondre par les faits et je n'aurais point de réplique à craindre mais je n'ai pas oublié que je raisonne ici sur la nature des choses et non sur des événements qui peuvent avoir mille causes particulières, indépendantes du principe commun. Mais considérons attentivement la constitution des corps politiques et quoique, à la rigueur, chacun suffise à sa propre conservation, nous trouverons que leurs mutuelles relations ne laissent pas d'être beaucoup plus intimes que celles des individus. Car l'homme, au fond, n'a nul rapport nécessaire avec ses semblables; il peut subsister sans leur concours dans toute la vigueur possible; il n'est pas tant besoin des soins de l'homme que des fruits de la terre; et la terre produit plus qu'il ne faut pour nourrir tous ses habitants. Ajoutez que l'homme a un terme de force et de grandeur fixé par la nature et qu'il ne saurait passer. De quelque sens qu'il s'envisage, il trouve toutes ses facultés limitées. Sa vie est courte, ses ans sont comptés. Son estomac ne s'agrandit pas avec ses richesses, ses passions ont beau s'accroître, ses plaisirs ont leur mesure, son cœur est borné comme tout le reste, sa capacité de jouir est toujours la même. Il a beau s'élever en idée, il demeure toujours petit.

L'Etat, au contraire, étant un corps artificiel, n'a nulle mesure déterminée, la grandeur qui lui est propre est indéfinie, il peut toujours l'augmenter, il se sent faible tant qu'il en est de plus forts que lui. Sa sûreté, sa conservation demandent qu'il se rende plus puissant que tous ses voisins. Il ne peut augmenter, nourrir, exercer ses forces qu'à leurs dépens, et s'il n'a pas besoin de chercher sa subsistance hors de lui-même, il y cherche sans cesse de nouveaux membres qui lui donnent une consistance plus inébranlable. Car l'inégalité des hommes a des bornes posées par les mains de la nature, mais celle des sociétés peut croître incessamment, jusqu’à ce qu'une seule absorbe toutes les autres.

Ainsi, la grandeur du corps politique étant purement relative, il est forcé de se comparer sans cesse pour se connaître; il dépend de tout ce qui l'environne, et doit prendre intérêt à tout ce qui s'y passe car il aurait beau vouloir se tenir au-dedans de lui sans rien gagner ni perdre, il devient petit ou grand, faible ou fort, selon que son voisin s'étend ou se resserre et se renforce ou s'affaiblit. Enfin sa solidité même, en rendant ses rapports plus constants donne un effet plus sûr à toutes ses actions et rend toutes ses querelles plus dangereuses

Il semble qu'on ait pris à tâche de renverser toutes les vraies idées des choses. Tout porte l'homme naturel au repos ; manger et dormir sont les seuls besoins qu'il connaisse; et la faim seule l'arrache à la paresse. On en a fait un furieux toujours prompt à tourmenter ses semblables par des passions qu'il ne connaît point; au contraire, ces passions exaltées au sein de la société par tout ce qui peut les enflammer passent pour n'y pas exister. Mille écrivains ont osé dire que le corps politique ­est sans passions et qu'il n'y a point d'autre raison d'Etat que la raison même. Comme si l'on ne voyait pas au contraire que l'essence de la société consiste dans l'activité de ses membres et qu'un Etat sans mouvement ne serait qu'un corps mort. Comme si toutes les histoires du monde ne nous montraient pas les sociétés les mieux constituées être aussi les plus actives, et soit au-dedans, soit au-dehors, l'action et réaction continuelles de tous leurs membres porter témoignage de la vigueur du corps entier. »

Pour Rousseau cette vigueur porte un nom : puissance

« J'appelle donc guerre de puissance à puissance l'effet d'une disposition mutuelle, constante et manifestée de détruire l'Etat ennemi, ou de l'affaiblir au moins, par tous les moyens qu'on le peut. Cette disposition réduite en acte est la guerre proprement dite ; tant qu'elle reste sans effet, elle n'est que l'état de guerre. »

Arrivé à ce point et après avoir au passage mentionné les enjeux matériels de la guerre :

« Ces diverses manières d'offenser un corps politique ne sont toutes ni également praticables, ni également utiles à celui qui les emploie; et celles dont résultent à la fois notre propre avantage et le préjudice de l'ennemi sont naturellement préférées. La terre, l'argent, les hommes, toutes les dépouilles qu'on peut s'approprier, deviennent aussi les principaux objets des hostilités réciproques. Cette basse avidité changeant insensiblement les idées des choses, la guerre enfin dégénère en brigandage, et d'ennemis et guerriers on devient peu à peu tyrans et voleurs. »

Rousseau en arrive à l’élaboration de la position du philosophe :

« J'ouvre les livres de droit et de morale, j'écoute les savants et les jurisconsultes, et, pénétré de leurs discours insinuants, je déplore les misères de la nature, j'admire la paix et la justice établies par l'ordre civil, je bénis la sagesse des institutions publiques et me console d'être homme en me voyant citoyen. Bien instruit de mes devoirs et de mon bonheur, je ferme le livre, sors de la classe, et regarde autour de moi ; je vois des peuples infortu­nés gémissant sous un joug de fer, le genre humain écrasé par une poignée d'oppresseurs, une foule affamée, accablée de peine et de faim, dont le riche boit en paix le sang et les larmes, et partout le fort armé contre le faible du redoutable pouvoir des lois.

Tout cela se fait paisiblement et sans résistance; c'est la tranquillité des compagnons d'Ulysse enfermés dans la caverne du Cyclope, en attendant qu'ils soient dévorés. Il faut gémir et se taire. Tirons un voile éternel sur ces objets d'horreur. J'élève les yeux et regarde au loin. J'aperçois des feux et des flammes, des campagnes désertes, des villes au pillage. Hommes farouches, où traînez-vous ces infortunés ? J'entends un bruit affreux ; quel tumulte ! quels cris ! J'approche; je vois un théâtre de meurtres, dix mille hommes égorgés, les morts entassés par monceaux, les mourants foulés aux pieds des chevaux, partout l'image de la mort et de l'agonie. C'est donc là le fruit de ces institutions pacifiques! La pitié, l'indignation s'élèvent au fond de mon cœur. Ah ! Philosophe barbare ! Viens nous lire ton livre sur un champ de bataille!

Quelles entrailles d'hommes ne seraient émues à ces tristes objets? Mais il n'est plus permis d'être homme et de plaider la cause de l'humanité. La justice et la vérité doivent être pliées à l'intérêt des plus puissants: c'est la règle. Le peuple ne donne ni pensions, ni emplois, ni chaires, ni places d'académies; en vertu de quoi le protégerait-on ? Princes magnanimes, je parle au nom du corps littéraire ; opprimez le peuple en sûreté de conscience; c'est de vous seuls que nous attendons tout; le peuple ne nous est bon à rien.

Comment une aussi faible voix se ferait-elle entendre à travers tant de clameurs vénales ? Hélas ! Il faut me taire ; mais la voix de mon cœur ne saurait-­elle percer à travers un si triste silence? Non ! Sans entrer dans d'odieux détails qui passeraient pour satiriques  par cela seul qu'ils seraient vrais, je me bornerai, comme j'ai toujours fait, à examiner les établissements humains par leurs principes; à corriger, s'il se peut, les fausses idées que nous en donnent des auteurs intéressés ; et à faire au moins que l'injustice et la violence ne prennent pas impudemment le nom de droit et d'équité.

La première chose que je remarque, en considérant la position du genre humain, c'est une contradiction manifeste dans sa constitution, qui la rend toujours vacillante. D'homme à homme, nous vivons dans l'état civil et soumis aux lois; de peuple à peuple, chacun jouit de la liberté naturelle : ce qui rend au fond notre situation pire que si ces distinctions étaient inconnues. Car vivant à la fois dans l'ordre social et dans l'état de nature, nous sommes assujettis aux inconvénients de l'un et de l'autre, sans- trouver la sûreté dans aucun des deux. La perfection de l'ordre social consiste, il est vrai, dans le concours de la force et de la loi; mais il faut pour cela que la loi dirige la force ; au lieu que, dans les idées de l'indépendance absolue des princes, la seule force parlant aux citoyens sous le nom de loi et aux étrangers sous le nom de raison d'Etat ôte à ceux-ci le pouvoir, et aux autres la volonté de résister, en sorte que le vain nom de justice ne sert partout de sauvegarde qu'à la violence.

Quant à ce qu'on appelle communément le droit des gens, il est certain que, faute de sanction, ses lois ne sont que des chimères plus faibles encore que la loi de nature. Celle-ci parle au moins au cœur des particuliers au lieu que, le droit des gens n'ayant d'autre garant que l'utilité de celui qui s'y soumet, ses décisions ne sont respectées qu'autant que l'intérêt les confirme. Dans la condition mixte où nous nous trouvons, auquel des deux systèmes qu'on donne la préférence, en faisant trop 'ou trop peu, nous n'avons rien fait, et nous sommes mis dans le pire état où nous puissions nous trouver. Voilà, ce me semble, la véritable origine des calamités publiques. »

Et Rousseau en revient à Hobbes

« Mettons un moment ces idées en opposition avec l'horrible système de Hobbes; et nous trouverons, tout au rebours de son absurde doctrine, que bien loin que l'état de guerre soit naturel à l'homme, la guerre est née de la paix, ou du moins des précautions que les hommes ont prises pour s'assurer une paix durable. »

Ce face à face Rousseau/ Hobbes est une illustration du face à face entre le plus politique et le plus républicain des penseurs français des Lumières et du chantre de l’utilitarisme individuel anglo-saxon dont les successeurs sont connus.

Rousseau, avant Marx, affirme déjà l’homme comme un être social. Certains critiques contemporains lui reprochent  de ne concevoir  que l’être social bourgeois mais c’est lui reprocher d’être de son temps, celui des débuts de la révolution industrielle.

Les utilitaristes anglo-saxons qui n’ont pas été bousculés par une Révolution dans leurs pays sévissent toujours. Simplement ils appliquent de nos jours leur théorie du fauteur de guerre individuel punissable à leurs adversaires militairement inférieurs. D’où les tribunaux spéciaux : Nuremberg, Tokyo au sortir de la seconde guerre mondiale contre des adversaires coriaces  puis plus tard les tribunaux spéciaux  contre des rétifs minuscules sur la Yougoslavie, le Rwanda et la Sierra Leone avant d’arriver à la compétence générale et, ô combien sélective, de la Cour Pénale Internationale.

Ils réduisent ainsi les guerres aujourd’hui locales défensives et civiles que mènent leurs adversaires politiques à des délits individuels et aussi énormes que soient leurs activités meurtrières d’Etat, ils s’attribuent le rôle supérieur, celui de Procureur mondial lui-même au dessus de la loi.

Rôle que Rousseau attribue au monarque !

coree.jpg

Partager cet article

11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 17:05

cpi2.jpg

Partager cet article

6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 15:50


L’Europe n’existe pas !

A force de propagande, de colloques, de corruption des milieux de la presse et de l’éducation, l’Europe a fini par faire croire qu’elle existait.

 

1- Géographie : cette péninsule du continent eurasiatique demeure un défi conceptuel pour les géographes.

 

Si à l’Ouest l’Océan Atlantique constitue bien une frontière commune, ses limites à l’Est sont imprécises :
- Les Dardanelles et le Bosphore? Mais alors  la plus grande partie d’Istanbul et la Turquie de l’ouest sont en Europe et donc l’entrée de la Turquie dans l’UE devrait elle se faire en n’acceptant qu’une fraction du pays. Hypothèse ridicule.
- L’Oural : c’est le sens de la célèbre formule gaullienne : « De l’Atlantique à l’Oural » Mais alors la Russie serait une entité artificielle mi européenne mi asiatique. Non sens : les populations sibériennes sont-elles asiatiques au même titre que les indonésiens, les birmans ou les japonais ? L’Asie elle-même est-elle une unité conceptuelle valable ? la réponse s’impose : dés l’instant où le géographe ou le géopoliticien fait un effort de précision il fait éclater le cadre et introduit des distinctions : Asie mineure (la pauvre !) Asie centrale, Asie du Sud-est, Asie orientale et pour brouiller encore les limites  s’y surajoute le concept d’Orient : Proche, Moyen, Extrême sans oublier la plaque tectonique indienne collée au « continent » par les hasards de la dérive qui sera un « sous-continent » trop à l’Est pour être moyen-orientale, trop à l’Ouest pour être extrême-orientale. Cette particularité fera le bonheur des tenants de l’invasion aryenne et des nazis qui accrocheront l’Inde à l’Europe prenant ainsi le monde arabe en tenaille.

 

2- Histoire :
Faute  de limites géographiques réelles, la Manche, pas plus que les Alpes ou les Carpates ne constituent pas des obstacles à une importante circulation humaine  l’Histoire de l’Ouest de l’Eurasie  est, le plus souvent, une histoire de conflits entre européens. Plus rarement il s’agit de conflits entre européens et non européens (turcs ottomans ou mongols) mais dans ces cas la traversée d’est en ouest de l’Eurasie n’a été empêchée par aucun obstacle géographique et ces empires disparus ont été plus victimes de leur immensité que de transgression de fortes  limites terrestres. L’empire romain ne s’étend par sur toute l’Europe du Nord et déborde largement sur le monde arabe et quand il éclate en deux parties l’empire d’Occident et l’empire d’Orient la coupure se fait en pleine Europe. 

 

 

3- Institutions :
 La situation contemporaine se caractérise par une énorme confusion (La Suisse, au cœur de l’Europe restant presque toujours un cas à part, comme elle s’est tenue à part des nombreuses guerres européennes)

  •  L’Union Européenne est l’héritière à la fois de la CEE et de l’OTAN. Ces deux institutions d’origine sont le produit de la mise sous tutelle par les Etats-Unis au sortir de la seconde guerre mondiale de la partie la plus occidentale de la péninsule eurasiatique. Cette tutelle va continuer à s’exercer jusqu’à l’élargissement l’UE en 2004 et ne seront admis dans l’UE élargie à l’Est que des membres de l’OTAN. Aujourd’hui les écarts entre les deux groupes sont très peu nombreux.  Quelques membres de l’UE ne sont pas membres de l’OTAN : Autriche Irlande, Suède, Finlande alors que l’ « orientale » Turquie  en est un membre de poids.
    Au sein même de l’UE  les sous-ensembles se sont multipliés : il y a les Schengen et les non Schengen, il y a les Euros et les non Euros il y a même les enclaves espagnoles en Afrique et  les régions « européennes » ultramarines ou ultra périphériques, ces colonies françaises éparpillées sur tous les océans
    Dans les compétitions sportives européennes sont admises les équipes turques et israéliennes mais pas celle des deux Etats qui les séparent géographiquement : la Syrie et la Liban.
    La mise en tutelle de l’Europe de l’extrême ouest par les Etats-Unis s’est faite économiquement par le biais du plan Marshall dont les crédits étaient répartis par l’Organisation Européenne de Coopération économique : OECE élargie ensuite aux autres pays mis sous tutelle économico politique par les Etats-Unis : Mexique, Chili, Corée du Sud, Japon, Turquie, Australie, Nouvelle-Zélande, Israël : ce sera l’OCDE
    Un des objectifs des gouvernements des pays membres de l’UE est de faire croire que cette Union déjà bourrée de contradictions institutionnelles et prospérant sur le maintien voulu par   les traités  d’inégalités de revenus, de régimes fiscaux, de systèmes de protection sociale, est un bloc solide alors qu’il est en première instance un espace de libre circulation des marchandises et des capitaux et un lieu d’exercice de la concurrence libre et non faussée.

 

  •  L’autre objectif est de minimiser deux autres institutions "européennes" elles aussi : l’Organisation pour la Sécurité Collective Européenne (OSCE) et le Conseil de l’Europe.

 

  • L’OSCE:
  • Issue des accords d’Helsinki  regroupe 56 Etats. Sa qualification d’européenne est discutée et discutable puisqu’en sont membres le Canada et les Etats-Unis d’une part et les républiques d’Asie centrale ex soviétiques d’autre part  Contrairement à la propagande otanienne la paix qui règne depuis 1945 en Europe est le résultat non pas de la politique de paix de l’OTAN mais d’abord de l’équilibre des forces URSS/USA jusqu’en 91.  Il a suffi que l’URSS disparaisse pour que l’OTAN mène une guerre en Europe contre la Serbie en 1997. Quant à la « politique européenne de défense » celle de l’UE elle n’est qu’une annexe de la politique de l’OTAN  et intéresse plus les fabricants d’armes européens que les populations du « continent ».  En pratique l’OSCE est affaiblie volontairement par les Etats-Unis  qui Serbie mise à part ne se gênent pas pour mettre en cause la stabilité des régimes qui leur déplaisent bien qu’ils soient membres de l’OSCE. De ce fait l’OSCE n’est plus un outil de  sécurité puisque, par le biais des révolutions de couleur un des membres de l’organisation s’ingère dans la vie des autres. Cette critique a été fortement exprimée par Vladimir Poutine en 2007 à la conférence de Munich et elle a toute sa place dans sa vision de l’avenir de l’Europe.

 

 

  •  Le Conseil de l’Europe :

Il se présente lui-même ainsi sur son site (www.coe.int)

Le Conseil de l’Europe, dont le siège est à Strasbourg (France), regroupe aujourd’hui, avec ses 47 pays membres, la quasi-totalité du continent européen. Créé le 5 mai 1949 par 10 Etats fondateurs, le Conseil de l’Europe a pour objectif de favoriser en Europe un espace démocratique et juridique commun, organisé autour de la Convention européenne des droits de l’homme et d’autres textes de référence sur la protection de l’individu.

Conçu lui aussi comme un instrument de la guerre froide et promu par le même homme qui en avait lancé le discours inaugural (Churchill – discours de Fulton) l’institution s’est progressivement élargie. Il est aujourd’hui l’institution européenne la plus large. Ainsi en sont membres des pays comme  l’Islande  la Suisse, l’Albanie, la Géorgie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan qui ne font pas partie des découpages traditionnels.  Il s’y ajoute deux observateurs : les Etats-Unis et le Canada  dont la présence rappelle l’origine historique de l’institution  et confirme le maintien d’une tutelle anglo-saxonne sur l’Europe. Le bannissement du Belarus, seul exclu du Conseil, illustre ce droit de veto otano-étasunien car aucun observateur honnête n’accepterait de dire que par exemple les performances de la Turquie en matière de  droits de l’homme qui constituent le critère d’admission  sont supérieures à celles du Belarus.

Le Conseil de l’Europe s’est cependant ces dernières années illustré en produisant des documents accusant les atteintes aux droits de l’homme de l’OTAN ( en ex Yougoslavie par exemple) ou la complicité de certains Etats européens dans l’ouverture sur leur territoire de prisons de la CIA destinées aux séquestrés de la « guerre contre le terrorisme ». Mais ces Etats étaient trop liés aux Etats-Unis pour leur refuser ce service si peu conforme aux principes « européens » des droits de l’homme et le Conseil de l’Europe n’a pu aller au-delà d’une simple  élucidation officielle de vilenies cachées.

 coe-2010.png

Bilan

Ce bref survol  démontre que l’EUROPE est un concept guimauve trituré de mille manières par les puissances du moment, que c’est un  drapeau arboré depuis 1945 autant à Washington qu’à Bruxelles (siège de l’Otan et de l’Union Européenne) qu’à Strasbourg (siège du Conseil de l’Europe et du Parlement européen). La crise économique européenne qui affecte les pays de la zone Euro comme d’autres (la Grande-Bretagne par exemple) est le prétexte d’une grande offensive idéologique en faveur de l’Europe fédérale. Il s’agit évidement d’un château de cartes : Quelle Europe ? Qui ? Comment ?

Laissant de côté le cas d’Etats centralisés préexistants qui se décentralisent en adoptant une constitution fédérale , comme par exemple le Brésil,  s’il y a une leçon à tirer de l’application concrète de la doctrine politique fédérale : libre association de partenaires égaux qui délèguent à l’échelon supérieur les pouvoirs  de défense et de représentation politique commune au niveau international , c’est qu’elle n’a été le plus souvent que la mise en œuvre d’une domination d’un partenaire sur les autres : le fédéralisme étasunien a été scellé par la guerre de Sécession et la défaite des confédérés, le fédéralisme allemand a été le fruit de la domination prussienne sur les autres principautés et régions.

Quels pays et quels intérêts domineraient une Europe fédérale ? « L’axe franco-allemand », si à l’honneur dans le discours ici dominant, peut légitimement inquiéter les citoyens des petits pays de cette Europe incertaine qu’ils soient  grecs, serbes,  hongrois , portugais ou autres et il en inquiète déjà beaucoup.

Etonnante contradiction du discours des puissants : la biodiversité serait à protéger impérativement chez les animaux et les végétaux  et à combattre chez les humains, espèce unique mais culturellement et socialement extrêmement diversifiée, au nom de l’unité du mode de  production et de consommation capitaliste, au nom de l’unicité du calcul bancaire.

 coe-2010.jpg

Les pays de l'OSCE : en vert les membres, en orangé les associés plus ou moins "européens" 

 

 400px-OSCE_members_and_partners.svg.png

Partager cet article

16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 15:10

 

 

 

 

 

cartinaeritra.jpg

 

 

 

 

 

L’Unité africaine est à construire

Les indépendances formelles des années 60 n’ont pas produit de miracle politique. Les histoires nationales, coloniales, des peuples de continent qui compte aujourd’hui ,1 milliard d’habitant (moins que la Chine ou  l’Inde mais est divisé en 54 Etats étaient trop diverses pour que l’Union Africaine puisse dépasser elle aussi le stade d’une représentation internationale formelle incapable jusqu’à présent de s’opposer à des conflits interétatiques africains qui n’étaient souvent que des affrontements directs ou indirects de sur le sol africain puissances extérieures.

L’histoire de l’Erythrée qui était jusqu’à la partition du Soudan en 2011 le dernier Etat africain à avoir accédé à l’indépendance (1991 confirmée par référendum en 1993) est à cet égard riche d’enseignements.

Nous l’aborderons sous forme de commentaire de texte à partir de la traduction d’un texte publié récemment par le FRONT POPULAIRE POUR LA DEMOCRATIE ET LA JUSTICE (sur son site en anglais : www.shaebia.org), héritier du FRONT POPULAIRE POUR LA LIBERATION DE L’ERYTHREE, au pouvoir en Erythrée depuis l’indépendance.

 

A la recherche d'une Union africaine réelle

Mardi 13 mars 2012 14:13 | Écrit par Daniel s. |

Traduction COMAGUER

PrintE-mail

L'Union africaine (UA) a construit elle-même un nouveau siège social. C'est une bonne chose, même si beaucoup peuvent ne pas en voir la nécessité. Au moins, avons-nous réussi à trouver un lieu historique pour  construire le nouveau bâtiment.  L’endroit accueillait une prison où beaucoup de vies innocentes furent achevées  par des dictateurs brutaux, tous ces massacres disparaissant d’une façon ou d’une autre des écrans radars de l’Union. (1) Bien sûr, ce n'est pas une histoire dont  l'Union africaine peut être  fière, mais oublions  tout ça et imaginons l'avenir du continent et le rôle de l'Union dans celui-ci. C'est un jour nouveau et nous devrions essayer de repérer les défauts  de l'Union et d’y  trouver remède.

Assez  de rêve, revenons à la réalité. Peut-on faire des recherches sur les failles ou les bévues de l'Union Africaine ? Et quelqu'un peut-il suggérer des remèdes ? C’est hautement improbable. C'est parce que l'Union n'a jamais vraiment réussi à atteindre un objectif  important  pour les pays africains. Contrairement aux autres regroupements  régionaux liés par des intérêts communs, économiques par exemple, l'Union Africaine n'est pas unie par une vision claire, sauf pour les quelques premières années de sa vie lorsque la question de l'indépendance a été un point de ralliement. Mais cette période et ce contexte sont à présent bien dépassés et  l'Union n'a pas depuis été en mesure de se restructurer et de se repositionner face aux nouveaux défis du continent. Inutile donc de faire des recherches car  l'Union n'a pas vraiment entrepris quelque chose de significatif pendant la plus grand partie de son existence. Expliquer sa faiblesse est la question fondamentale, exigeant du  bon sens et pas de recherche.

Le problème avec l’Union Africaine est fondamental car il  mène à la conclusion qu’elle est par nature obsolète. Quels résultats concrets ont-ils été obtenus  jusqu'ici grâce aux  efforts de l'Union ? Le plus souvent, l'Union a plutôt été une extension de la manipulation des pays africains par des puissances étrangères. L’approbation de l'Union de la sanction illégale et injuste de l'Érythrée, où paradoxalement pas une seule preuve concrète n’a été apportée pour la  justifier, peut être mentionnée. (2) N’allons pas jusqu’à suggérer que l’UA ait le pouvoir d’imposer une sanction significative à un de ses membres si elle était considérée comme justifiée. Mais pourquoi, au moins moralement, ne pourrait-elle  se tenir au  côté de ses membres lorsqu'ils sont attaqués ? La rhétorique des objectifs de l'Union et sa pratique ont été jusqu'à présent deux pôles séparés.

Toute Union est composée de membres, et donc sa faiblesse ou sa force devrait  être le reflet direct de ses membres. Cependant, dans l’idéal   et tant qu’il s’agit   des besoins et de l'impact sur les membres individuels, les unions composées  de membres faibles auraient dû  être  plus entendues.

Cela aurait accru sa capacité à accomplir plus que ce qui, autrement, aurait pu être impossible ou au moins beaucoup plus difficile. En considérant cet argument comme  rationnel, l’engagement des membres de l'Union Africaine aurait dû être plus important que dans  toute  autre Union. Exceptée  la ferveur nationaliste et panafricaine des premières années  de l'Union, ce n'a pas  été le cas pour la plus grande partie des cinquante années de  l'existence de l'Union. (3)

Ce serait donner une idée trompeuse que  compter le nombre d'années pendant lesquelles   l'union a subi, jusqu’à se proclamer  résiliente. La résilience d’une organisation et surtout une organisation régionale ou continentale comme

L’Union africaine, peut seulement être mesurée par la  façon adaptative et souple, avec laquelle elle  traite des questions importantes au fil du temps. Par conséquent, ce fait rend indispensable pour elles de revoir constamment leurs objectifs, leurs règles et leurs priorités selon les exigences  du contexte dans lequel elles existent. À cet égard, l'échec se dresse au cœur du problème inhérent à  l'Union africaine et qui la mène à l'impuissance. Cela a fait de  l'Union africaine, comme elle a toujours été, une organisation basée sur des sentiments et des vœux creux

L'urgente nécessité pour l'Union africaine n'est donc pas un  nouveau siège, mais une nouvelle vision et un nouvel engagement face à de très grands   défis pour les peuples africains, dont l'union a jusqu’à présent été incapable. Puisque l'engagement implique des sacrifices, ses membres devraient également être prêts à faire tous les sacrifices nécessaires pour une union plus forte qui sera en mesure de conduire  l'Afrique hors de la pauvreté généralisée, de l’anarchie et des injustices. Une union  qui défendra ses États membres et les peuples africains, qui ne restera pas passive  lorsque se produisent des injustices flagrantes, comme celles qui ont été commises sur le site du nouveau quartier général. Bien sûr, cette histoire  n'est pas une histoire dont  l'Union africaine peut être fière, mais maintenant nous ferions  mieux de ne pas tout oublier si nous voulons imaginer l'avenir du continent et le rôle de l'Union dans celui-ci

Dernière mise à jour  le mercredi 21 mars 2012

 

 

 

EXPLICATION DE TEXTE

(1) Le nouveau siège de l’Union Africaine à Addis Abeba a été inauguré le 28 Janvier 2012 en présence de Jia Qiglin, un des neuf membres de la commission permanente du Bureau Politique du Parti Communiste chinois, l’organe dirigeant du pays. Le lendemain c’était au tour du président chinois Hu Jintao lui-même de visiter le nouveau bâtiment. La justification de cette présence de la Chine Populaire au plus haut niveau s’explique par le fait que le bâtiment a été entièrement financé par la Chine pour un prix de 150 millions d’Euros, construit en moins de 3 ans par une entreprise chinoise et  avec des matériaux importés de Chine. Ces conditions ont été acceptées par le gouvernement éthiopien  qui voulait conserver le siège de l’UA dans sa capitale où il se tient depuis sa fondation en 1963 et faire pièce à la volonté de Kadhafi de l’installer et de le construire aux frais de la Libye dans sa ville natale de Syrte. Le Président éthiopien MELES ZENAWI était donc prêt à tout comme il a accepté en 2005 d’envoyer l’armée éthiopienne envahir la Somalie à la demande des Etats-Unis.

 

 

  siege-UA.jpegle nouveau siège de l'union africaine

 

   

Le bâtiment, composé d’une tour de 100 m de hauteur et d’une salle de congrès de 2500 places, a été construit sur un terrain  que l’Ethiopie a cédé à cette fin à l’Union Africaine. A cet  emplacement avait été construite par le régime impérial dans les années 1920 une prison. Après l’invasion italienne (1935)  l’occupant l’avait agrandie et « modernisée » Y furent enfermés successivement torturés et assassinés des résistants éthiopiens du temps de la colonisation, ensuite des opposants éthiopiens, et  des nationalistes érythréens et somaliens.  Cette prison politique, très connue sous le nom d’ALEM BEKAGH  n’était pas la seule en Ethiopie mais elle était et reste dans la mémoire éthiopienne et africaine le symbole de la répression la plus brutale.  Il est estimé que plus de 10000 prisonniers politiques y sont morts.  

auhrm_memorial.jpg

 

Memorial des droits de l'homme  de l'Union Africaine

 Sur le site du nouveau siège, la plaque du mémorial des droits de l’homme de l’UA à la mémoire des victimes : « du trafic des esclaves, du colonialisme  et particulièrement du génocide rwandais 1994), des massacres de la prison d’Alem Bekagn (1937-1974) de la terreur rouge (1977-1978) en Ethiopie et de l’apartheid en Afrique du Sud

 

A la mort de l’empereur Hailé Sélassié, le DERG , la junte militaire dirigée par le colonel MENGITSU qui prend le pouvoir, va utiliser à plein cet instrument d’oppression et d’exécution dans la période 1976-1977 connue sous le nom de « terreur rouge ».Ainsi  les cadavres de 60 anciens ministres de l’empereur déchu qui avaient été enterrés dans la cour de l’établissement ont été retrouvés à l’occasion des travaux de construction du siège de l’Union Africaine.      

 

 

L’expression « terreur rouge » est très largement utilisée à l’époque car le DERG qui se réclame du marxisme-léninisme va recevoir le soutien militaire de l’URSS pour s’opposer à la tentative d’invasion de l’Ethiopie par la Somalie voisine. En effet, dans le découpage  colonial la province de l’Ogaden bien que peuplée de somalis parlant le somalien a té rattachée à l’Ethiopie. Le régime somalien dictatorial, qui se réclame lui aussi du marxisme-léninisme, conduit par le général Siad Barre va détourner l’énergie nationale  des tâches de la construction du pays et s’engager dans l’aventure militaire de la conquête de l’Ogaden. On assiste alors à un spectaculaire renversement d’alliance. L’URSS, jusque là alliée de la Somalie, désavoue l’invasion de l’Ogaden et s’engage militairement du côté de l’Ethiopie. Elle le fait au nom du respect des frontières et dans une période où la direction soviétique s’est engagée sur le continent africain dans une partie de « grand échiquier » avec les Etats-Unis soutenant militairement des gouvernements qui  sous un label marxiste-léniniste ne conduisent pas une politique d’orientation socialiste. Sitôt parties les forces soviétiques de Somalie les Etats-Unis apporteront leur soutien à ce pays mais sans s’engager militairement en direct.        

Ce type d’intervention militaire à l’étranger et ce jeu de domino sur le continent africain conduira à l’époque la Chine Populaire à considérer l’URSS comme un nouvel impérialisme : le  « social-impérialisme. »  

L’URSS va effectivement engager des moyens militaires lourds  dont le maniement sur le terrain est assuré par dix mille  militaires cubains et l’invasion somalienne est repoussée.

Le DERG essaiera ensuite de l’entrainer dans une attaque de la SOMALIE mais elle s’y refusera toujours au nom du respect des frontières coloniales. Fidel Castro reconnaitra ultérieurement que l’engagement cubain en Ethiopie  - et donc en Erythrée - sera le seul cas où il aura obéi sans discuter à l’URSS et qui laissera de mauvais souvenirs à l’armée cubaine qui perdra 5000 hommes dans les combats (contre 1 mort du côté soviétique)

En effet les troupes soviéto-cubaines ne quittent pas l’Ethiopie et adoptant la position du gouvernement d’Addis-Abeba qui considère l’Erythrée comme une province éthiopienne elles vont prendre une part active dans  la lutte contre la guérilla érythréenne.

Les principales villes d’Erythrée, en particulier le port de Massawa, que la flotte soviétique va utiliser en remplacement des ports somaliens qu’elle a dû abandonner,  sont occupées et la guérilla, face des forces très supérieures se replie sur les zones rurales. Ce sera la période la plus difficile de la lutte pour l’indépendance.

 

Mais la situation géopolitique d’ensemble subit de profonds changements : révolution iranienne, invasion de l’Afghanistan et le continent africain perd temporairement de l’importance. L’URSS va alléger sa présence en Ethiopie et Cuba concentrer son intervention militaire sur le continent africain en Angola où son action assurera la victoire du MPLA dans la guerre civile qui l’oppose depuis l’indépendance à l’UNITA soutenue militairement par l’Afrique du Sud et les Etats-Unis, et politiquement par la Chine.

 

Il faudra cependant toute la décennie 80, marquée en outre par une terrible famine en 84-85, pour que la guérilla érythréenne parvienne à reconquérir la totalité du territoire national. Aujourd’hui la plupart des citoyens érythréens âgés de plus de 40 ans, hommes et femmes confondus, sont d’anciens guérilleros. La nation érythréenne s’est construite seule, dans une guerre prolongée, autour d’un parti fort, au prix de sacrifices considérables et elle ne fait pas bon accueil aux donneurs de leçon occidentaux, surtout les Etats-Unis  qui après la chute de l’URSS ont remplacée celle-ci à Addis-Abeba et y faisaient, jusqu’à l’arrivée de la Chine, la pluie et le beau temps. D’où les sanctions honteuses prises contre l’Erythrée par le Conseil de Sécurité (voir point 2 du texte) alors que les récents incidents frontaliers reprochés à l’Erythrée sont le fait d’une Ethiopie qui n’a jamais accepté d’être privée d’un accès à la Mer Rouge. 

Entourée de son ennemi éthiopien, de la Somalie chaotique et du Soudan divisé, gardée au Sud par l’armée US fortement installée à Djibouti, qui pourrait reprocher à la petite Erythrée d’avoir une indépendance, si chèrement gagnée, ombrageuse et farouche.

 

Qu’elle ne porte pas aux nues l’Union Africaine qui n’a jamais rien fait pour elle, qui a en permanence laissé libre cours aux aventures guerrières de sa voisine éthiopienne dans la région n’est pas pour surprendre. A la lumière de l’histoire de l’Erythrée, le panafricanisme est une baudruche.

 

Ce qui n’empêche pas l’Erythrée de poursuivre sa marche pour sortir de la pauvreté et pour le bien être de son peuple. Elle commence à mettre en valeur son potentiel minier, a depuis deux ans un des meilleurs taux de croissance économique du continent et parallèlement a réussi, par sa politique sociale volontaire et prolongée, à placer le pays au premier rang d’Afrique subsaharienne pour l’âge moyen au décès : 61 ans.

 

Partager cet article

18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 10:30

 

     

 

 

 

GROS APPETITS POUR LE SAHEL

16.04.2012

 

Tandis que les médias de masse nous abreuvent de détails sur l’ordre constitutionnel, l’islamisme, l’intangibilité des frontières, chaque « expert » (bien payé et pas neutre comme le démontre le documentaire sur « les nouveaux chiens de garde ») trouvant ainsi l’occasion d’étaler son savoir sur des questions qui, pour les puissants de ce monde, sont secondaires.

L’ordre constitutionnel n’est respectable que tout autant qu’il n’est pas dérangé par le résultat d’un référendum comme en 2005 en France , l’islamisme est ici encouragé ( guerre d’Afghanistan 1979-1989) là utilisé ( Yougoslavie) ou brandi à l’occasion comme un épouvantail  alors que les relations les plus étroites sont entretenues avec les pays qui le financent ( Arabie saoudite, Qatar) .

Tout ce spectacle hypocrite sert à masquer d’autres enjeux.

La carte qui suit émane d’un club très officiel puisqu’il est une sorte de commission spécialisée de l’OCDE sur le Sahel et l’Afrique de l’Ouest. Rien de plus respectable pour les pouvoirs capitalistes en place puisque l’OCDE est l’institution qui a succédé à l’OECE chargée dés les débuts de la guerre froide de la répartition des crédits Marshall c'est-à-dire de la mise sous contrôle économique par les Etats-Unis des pays de l’Ouest européen. Depuis l’OCDE s’est installée comme bureau de recherche et de planification de l’ordre capitaliste occidental dominant.

Qu’ait été créé au sein de l’OCDE un club SAHEL et AFRIQUE DE L’OUEST  suffit à démontrer que cette région  du monde est considérée par le capitalisme occidental comme une de ses arrière-cours et qu’il a dans cette zone des projets et des appétits qui ne s’embarrassent pas de la souveraineté des Etats de la région.

Que dit cette carte ?

1-      D’abord sur la population

Que les touaregs sont majoritaires dans la zone Nord du Mali, ce qui est une évidence démographique de longue date  et cette partie du territoire malien actuel est appelée AZAWAD, terme revendiqué par le MNLA.

Qu’ils ne sont pas majoritaires au Sud de la boucle du Niger. Là aussi simple rappel des faits.

Mais surtout elle montre que la zone à dominante touareg dépasse très largement le Mali, qu’elle s’étend jusqu’en Libye et qu’elle est donc déstabilisée par la disparition du régime libyen. 

2 -Ensuite sur les ressources convoitées :

Le niveau actuel des cours de l’or et les inquiétudes des possédants sur la stabilité des monnaies des pays capitalistes riches a déchainé une ruée mondiale vers le métal jaune

L’accès à de nouvelles sources de pétrole et de gaz est une préoccupante stratégique des Etats-Unis comme de l’Union européenne et iles veulent mettre la main sur les nouveaux gisements avant l’Inde et la Chine. L’Afrique de l’Ouest est donc de ce point de vue le terrain de chasse prioritaire.

3 - Dernière indication de portée politique et stratégique considérable : « le gaz du bassin de Taoudéni pourrait être exporté via l’Algérie ». Là s’exprime la crainte que l’Algérie et sa société pétrolière nationale la SONATRACH qui a déjà commencé à prendre part aux côtés des sociétés occidentales (Total et ENI en particulier) aux recherches prometteuses en Mauritanie et au Mali devienne le maitre du jeu.

 Pour l’empêcher rien de tel qu’un  bon gros désordre « islamique » pour mettre le pouvoir algérien, le seul qui conserve encore un peu d’indépendance du Caire à Rabat, sur la défensive. 

Mais une autre histoire est possible qui n’est évidemment pas celle que veulent écrire les puissances membres de l’OCDE : que sous la houlette de l’Algérie, qui aujourd’hui a seule les capacités militaires et techniques pour le faire,  les pays de la région se mettent d’accord pour exploiter ensemble ces nouvelles ressources pétrolières, les utilisent pour leur propre développement et exportent  le reste par un port à construire sur l’Atlantique en Mauritanie ou au Sénégal. Un vrai projet Sud-Sud qui constituerait une véritable décolonisation du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest.

 

 

sahel-w-africa-club-map-csao-azawad-et-sous-sol-2.jpg

Partager cet article

2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 15:21

Un scandale en préparation à l’Organisation Internationale du Travail

 

L’énorme écho de la révolution russe dans les classes ouvrières des pays développés  entraina la création de partis communistes en rupture avec les partis socialistes de la seconde internationale qui avaient pris le parti de la guerre. Cela conduisit les bourgeoisies dirigeantes à  lancer une série de réformes accordant quelques droits aux travailleurs.

Ces initiatives nationales trouvaient leur inspiration dans la toute nouvelle Organisation internationale du Travail fondée en 1919  qui a pris place comme agence spécialisée dans le système ONU après la seconde guerre mondiale.

Son mode d’organisation a peu évolué. Elle regroupe des délégations nationales tripartites : Etat, Patronat, syndicats  et a pour objectif de mettre au point  des textes consensuels, les conventions, sur les aspects les plus concrets de la lutte des classes. Chaque Etat peut alors librement par les voies propres à sa Constitution et sans aucune contrainte de délai  les mettre en application. Elles constituent une véritable soupape de sécurité, prêtes à l’usage en cas de durcissement du conflit de classe. Certains pays y ont fréquemment recours, d’autres participent aux discussions préparatoires mais ne les introduisent presque jamais dans leur législation nationale , au premier chef les Etats-Unis qui se situe très en bas du tableau en compagnie du Qatar, des Emirats Arabes Unis du Bahreïn et de quelques autres bons amis des impérialistes occidentaux , d’autres enfin  sachant que le non respect de conventions qu’ils ont eux-mêmes introduites  dans leur législation n’entraine aucune sanction de la part de l’OIT se donnent l’apparence de démocraties bourgeoises en appliquant les pires politiques anti ouvrières et antisyndicales.

Tel est le cas de la Colombie. Elle se situe à un niveau moyen dans le classement des ratifications mais elle occupe depuis des années une première place mondiale  incontestée dans le classement des assassinats de militants syndicaux. Pour autant jamais l’OIT n’a jugé bon de sévir dans le cas colombien. La raison en est simple : l’Etat  et le patronat colombien ayant depuis des décennies partie liée dans cette politique criminelle, ce sont deux des trois membres de la délégation colombienne qui empêchent toute condamnation réclamée par la partie syndicale

Bien sûr, comme l’attestent les extraits des documents officiels de l’OIT qui suivent, l’OIT n’ignore rien de  ce qui se passe mais est condamnée statutairement à l’impuissance.


 

Conseil d’administration  

313e session, Genève, 15-30 mars 2012

GB.313/INS/9

Section institutionnelle

 

 

 NEUVIÈME QUESTION À L’ORDRE DU JOUR

Rapports du Comité de la liberté syndicale

363e rapport du Comité de la liberté syndicale

 

 

CAS N° 2761

RAPPORT INTÉRIMAIRE

Plaintes contre le gouvernement de la Colombie présentées par

– la Confédération syndicale internationale (CSI)

– la Fédération syndicale mondiale (FSM)

– la Centrale unitaire des travailleurs de Colombie (CUT) et

– le Syndicat national des travailleurs de l’industrie alimentaire (SINALTRAINAL)

 

 

 

C. Conclusions du comité

426. Le comité observe avec préoccupation que les allégations portent sur des assassinats, des tentatives d’assassinat et des arrestations arbitraires de dirigeants syndicaux et de syndicalistes.

427. A cet égard, tout en déplorant profondément les assassinats et les actes de violence allégués, le comité prend note des informations fournies par le gouvernement sur les efforts qu’il déploie pour combattre l’impunité et la violence dont sont victimes les travailleurs et pour assurer la protection des dirigeants syndicaux (renouvellement de l’accord tripartite de 2006, création de tribunaux spéciaux afin que des décisions judiciaires puissent être rendues promptement dans les cas de violence contre des syndicalistes, l’adoption de la résolution no 716 du 6 avril 2011 qui inclut la catégorie d’activiste syndical dans la population qui fait l’objet du programme de protection, un budget de 110 millions de dollars pour financer ledit programme en 2012, l’adoption du décret no 4912 du 26 décembre 2011 qui modifie la nature et le fonctionnement du Comité d’évaluation des risques et de recommandation des mesures afin de parvenir à une évaluation plus objective du risque, l’adoption de la loi no 1448 de 2011 qui prévoit l’indemnisation des familles des syndicalistes victimes des actes de violence, etc.), et prend également note du fait que seulement quelques enquêtes ont été ouvertes sur les actes dénoncés et que trois décisions ont été rendues sur des cas d’assassinat. Le comité souligne que la liberté syndicale ne peut s’exercer que dans une situation de respect et de garantie complets des droits fondamentaux de l’homme, en particulier du droit à la vie et du droit à la sécurité de la personne, que les droits des organisations d’employeurs et de travailleurs ne peuvent s’exercer que dans un climat exempt de violence, de pressions ou de menaces de toute sorte à l’encontre des dirigeants et des membres de ces organisations, et qu’il appartient au gouvernement de garantir le respect de ces principes. [Voir Recueil de décisions et de principes du Comité de la liberté syndicale, cinquième édition, 2006, paragr. 43 et 44.]

 

 

Il n’y aurait hélas rien de nouveau sous le soleil noir de la répression syndicale en Colombie si le gouvernement de ce pays n’avait pas proposé au poste de Directeur général de l’OIT à pourvoir au mois de Juin 2012 un personnage emblématique de l’état de la « démocratie » colombienne.

Il ne s’agit ni plus ni moins que du Vice-président élu  avec le Président SANTOS en 2010 : ANGELINO GARZON

ANGELINO GARZON  a une trajectoire politique particulière qui ? si elle n’est pas unique dans l’Histoire, mérite cependant d’être connue. Enfant du peuple il sera militant puis responsable syndical jusqu’au plus haut niveau en qualité de Secrétaire général de la CUT, il militera dans la gauche politique  d’abord dans l’Union Patriotique, puis dans le M19,  mouvement de guérilla qui dépose les armes en 1990

A partir de cette date et à l’issue d’un séjour en Espagne qui va le transformer il retourne sa veste, grimpe dans l’appareil d’Etat, représente la Colombie à l’ONU et à l’OIT (déjà), est élu gouverneur de l’état de Cauca avec l’appui du groupe «  Convergence civique et populaire » notoirement lié aux paramilitaires,  devient un des principaux propagandistes du traité de libre échange USA-COLOMBIE,   puis accède quasiment au sommet : la Vice-présidence du pays.

En proposant sa candidature à la Direction Générale de l’OIT, SANTOS avance un pion dans sa politique très offensive de respectabilisation du système politique colombien, système oligarchique violent, dont les coulisses sont occupées par les paramilitaires fascistes, et qui compte un des plus grand nombre de prisonniers politiques au monde.

Si l’OIT choisit ANGELINO GARZON comme Directeur général elle aura participé sciemment au blanchiment  d’un traitre au mouvement syndical et au blanchiment à travers lui d’un régime  sanglant. Elle aura choisi la voie de la honte.

La France qui entretient d’excellents rapports avec le régime colombien comme l’a confirmé le fait que le nouveau président SANTOS ait choisi Paris comme lieu de sa première visite officielle à l’étranger alors qu’il était de tradition qu’elle ait lieu à Washington,  va cependant présenter un  candidat face à ANGELINO GARZON : l’ancien Ministre GILLES DE ROBIEN.

 

 

Partager cet article

Présentation

Recherche

Articles Récents

Partager cette page Facebook Twitter Google+ Pinterest
Suivre ce blog