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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 18:03

Le groupe de Bilderberg et la Commission Trilatérale passent pour être des cénacles où se décide l'avenir du monde. Il s'agit plutôt de réunions de puissants du système capitaliste transntaional dominant qui échangent sur la façon de maintenir leur domination. Le texte qui suit est la préface rédigée par COMAGUER à la traducion française du  livre du sociolague italien 

DOMENICO MORO puibliée en 2015 par les Editions Delga.

 

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Préface au livre de DOMENICO MORO

 

En décidant de traduire et de publier l’ouvrage su sociologue italien Domenico Moro les éditions Delga ont fait un choix judicieux. Bien qu’anciennes, ces deux institutions : le Groupe de Bilderberg a 60 ans et la Commission Trilatérale 40, sont durables, persistantes mais discrètes  et n’ont commencé à éveiller la curiosité de divers essayistes et des médias que tardivement.

Ce dévoilement tardif de groupements discrets mais non clandestins  et les réticences de la part des membres ou des participants à leurs réunions à apporter beaucoup de lumière sur ces objets mal identifiés ont conduit les premiers curieux à jouer les détectives et à privilégier une approche politico-policière : ce « club » (à l’anglaise) transnational de riches n’était-il pas un gouvernement mondial de l’ombre, un lieu où se concoctaient loin de toute institution politique officielle et légale des politiques orientant le mouvement mondial du capitalisme, des stratégies d’expansion du système dominant, un lieu où ,il faut bien lâcher le mot, des puissants complotaient dans le dos des peuples.

Le mérite de Domenico Moro est d’avoir dépassé cette première approche et d’avoir entamé une sociologie de ces deux groupements transnationaux non-étatiques où se retrouvent à intervalles réguliers des personnages très puissants dans les mondes politique, économique et médiatique venus des pays eux-mêmes les plus puissants. Sa tâche a été facilitée par la diffusion de documents WIKILEAKS  qui ont apporté un précieux éclairage sur les débats qui se déroulaient en leur sein.

Au fil du livre il apparait que la catégorie nationale occupe cependant dans l’organisation et le recrutement de ces deux groupes transnationaux une place importante et constitue un analyseur décisif de leur activité puisque les membres réguliers comme les participants occasionnels sont choisis sur une base nationale à partir de groupes de base nationaux qui organisent le processus de cooptation. Domenico Moro tient compte de cette donnée structurante pour estimer le poids des différents pays « représentés » car s’il ne s’agit en aucun cas d’une représentation officielle, légale il s’agit bien de sélectionner des hommes (les femmes sont quasiment absentes) ayant, ayant eu ou susceptibles d’avoir prochainement du pouvoir et même de la puissance  dans leur pays. On y ajutera quelques dirigeants d’institutions internationales qui eux sont déjà  et statutairement en état d’apesanteur nationale, ce qui n’empêche pas l’application de règles de nationalité non écrites : le président de la Banque Mondiale doit être un citoyen des Etats-Unis, celui du FMI un européen,  le secrétaire général de l’OTAN doit être un européen tandis que son chef d’Etat-Major doit être étasunien.

Transnationaux pour leurs intérêts économiques ou politiques ces messieurs du Bilderberg et de la Trilatérale ne sont ni des apatrides, ni des citoyens du monde mais constituent plutôt une série de « cinquièmes colonnes » nationales au service de la mondialisation.

Il a donc paru utile d’offrir aux lecteurs français du livre de Domenico Moro une préface permettant de mieux évaluer l’implication à différentes moments  de la période s’étendant de la fin de la deuxième guerre mondiale à aujourd’hui, de la classe dirigeante française dans ces deux groupements et de présenter les personnages principaux ou emblématiques qui en font ou en ont fait partie.  

Chemin faisant il est apparu indispensable  de mieux situer ces objets sociologiques nouveaux dans le langage politique contemporain  et dans les pratiques concrètes de la classe dirigeante des grands pays capitalistes développés.

A la lecture de l’ouvrage de Domenico Moro le lecteur aura compris que l’auteur est italien. En effet, si l’histoire du groupe de Bilderberg  (BG) et de la Commission Trilatérale (CT) est  celle d’institutions à visées transnationales, l’activité de ces deux groupes de pression ou agents d’influence, appellation provisoire relevant d’une simple sociologie descriptive s’exerce à partir d’individus (presque uniquement des hommes) choisis :

1-en fonction de leur nationalité  puisque l’accès à ces groupes est réservé à des nationaux d’un tout petit nombre de pays eux-mêmes sélectionnés

2-et en fonction de leur pouvoir d’influence national.

Même si ces personnages se rencontrent une fois l’an dans un lieu protégé et en état d’apesanteur nationale , en phase de sublimation transnationale, ils demeurent la plupart du temps sur leur sol national et il serait tout aussi intéressant d’avoir accès à leur agenda quotidien : rencontres, coups de téléphone , collaborateurs,  que de s’acharner à découvrir – surtout dans le cas du BG –  et à dévoiler le contenu de leurs brefs débats annuels. Pourtant le BG a longtemps suscité une curiosité d’autant plus intense que son activité était plus discrète.

Réunis  trois jours par an ils sont sélectionnés en fonction du pouvoir qu’ils détiennent, ont détenu (ou pour certains sont appelés à détenir nous y reviendrons)   pendant les 362 autres jours  de l’année et ce pouvoir est lui bel et bien localisé : les banques et les entreprises industrielles ont des sièges sociaux, des conseil d’administration avec des salles de réunion, les gouvernements ont des ministères  des salles de conseil, les grands médias ont des rédactions localisées, des imprimeries ou des émetteurs et les rencontres moins formelles ou moins connues ont lieu dans des hôtels privés, des châteaux, sur des yachts, tous lieux identifiables et localisables. Le capitalisme hors sol n’existe pas car l’extraction de la plus value se réalise toujours dans des endroits où s’exploite une force de travail. Toute personne qui ouvre un compte au Luxembourg, à Gibraltar au Liechtenstein ou à Monaco a gagné ailleurs l’argent qu’il y dépose.

Cette réalité explique que tout au long de son livre, Domenico Moro qui est italien, vit et travaille en Italie, et lit la presse italienne, fasse référence à des personnages italiens contemporains, à des situations politiques italiennes pour illustrer son enquête « transnationale ». Cette observation au demeurant banale, conduit inévitablement le lecteur français de cette traduction à se demander si le BG a eu en France une activité et  une influence égales à celle qu’il a eues en Italie et à analyser son recrutement à la lumière de la vie politique de notre pays depuis 1953 date de la fondation du BG.

Cette question trouve sa réponse dans l’Histoire.

Dans la mise en place du nouvel ordre mondial qui s’effectue à l’issue de la seconde guerre mondiale les deux pays se retrouvent presqu’aussitôt ensemble dans le même camp de  la guerre froide lancée dès 1946 par Churchill à Fulton. Ils ont également en commun d’abriter les deux plus importants partis communistes de l’ouest européen, l’armée US étant venue elle-même liquider physiquement le parti grec.  Pour autant les deux nouvelles républiques n’ont pas le même poids politique : l’Italie fait partie du camp des vaincus, a perdu son empire colonial, la France a fini dans le camp des vainqueurs  et a sauvé son empire colonial tout autant qu’il l’a sauvée. Les Etats-Unis s’installent donc durablement sur le sol italien, ils y sont toujours et leur présence interdira l’accès des communistes au gouvernement sauf pendant un très bref épisode. L’ostracisme dont a été victime le PCI a tout simplement conduit à sa disparition. Au contraire les alliances nouées pendant la Résistance vont permettre par trois fois au PC français d’aller au gouvernement : 1945, 1981, 1997 même si c’est à chaque à fois dans des conditions plus marginales.  Ces alliances montrent La capacité de la bourgeoisie française, qu’elle soit conservatrice ou sociale-démocrate  à maintenir une certaine indépendance politique qui va se manifester à diverses occasions : accès à l’arme nucléaire conservée par les Présidents sociaux-démocrates,  fermeture des bases militaires US en France, reconnaissance précoce de la république populaire de Chine, refus de l’adhésion de la Grande Bretagne au Marché commun. L’Italie ne disposera jamais de cette marge de manœuvre et Aldo Moro mourra d’avoir envisagé de laisser accéder le PCI au gouvernement.

Cette distinction, évidemment très succincte, entre le destin des deux pays invite à revenir sur l’histoire le fonctionnement et l’influence du BG dans chacun des deux pays. Très heureusement Domenico Moro consacre ses premiers chapitres à bien cerner l’objet de sa recherche.

Le BG n’est pas un complot. Littré : «  Complot : Résolution concertée secrètement et pour un but le plus souvent coupable. » Que certains membres du BG complotent à l’occasion, c’est probable  Que les réunions du BG soient le lieu où ils complotent est par contre hautement improbable. On ne complote pas à 150, on ne garde pas un secret à 150. Par contre les apartés, les discussions de couloir ou dans les chambres, les échanges de numéros de téléphone  permettent de jeter les bases de futurs complots, une fois identifiées les actions coupables que quelques membres, les plus puissants surtout, projettent. Par exemple remplacer tel chef d’Etat latino américain qui veut nationaliser.

D’autres cénacles analogues existent. Le prototype du BG a en fait été conçu aux Etats-Unis voici environ un siècle : il s’agit du COUNCIL OF FOREIGN RELATIONS. Il mérite d’être connu. A l’époque la vertigineuse croissance du capitalisme aux Etats-Unis conduit le grand patronat à se doter d’un outil lui permettant d’orienter durablement la politique étrangère impérialiste du nouvel Etat sans que les péripéties électorales nationales (présidentielles, sénatoriales..) ne viennent mettre en cause ses intérêts d’expansion mondiale à long terme. La famille Rockefeller jouera un rôle central dans la création et la pérennité du CFR qui placera toujours ses hommes au plus haut niveau de l’appareil gouvernemental de Washington quels que soient les présidents et la période. Il restera toujours de vieux républicains grognons et isolationnistes pour s’en plaindre mais leurs protestations seront sans effet face à la dynamique d’expansion internationale du capital étasunien.

Littré va au-delà de la catégorie du complot puisqu’il en définit une catégorie particulière : la conjuration qui elle a pour seul objectif le renversement violent du pouvoir. Les assassins de Jules César comme ceux de Sankara sont des conjurés.

Un éclairage sur les livres « conspirationnistes »

La curiosité d’un public large pour le BG et la CT a été principalement suscitée par des ouvrages « conspirationnistes » qui n’hésitaient pas à faire des parallèles douteux avec les Templiers, voire avec d’étranges créatures débarquées d’OVNI et qui ont connu des diffusions massives.

En fait il est possible de confronter ce courant conspirationniste annonciateur d’un « gouvernement de l’ombre »  maitre du monde échappant à tout contrôle et foncièrement désespérant à un courant sociologique (Domenico Moro, Michael Gama, l’équipe britannique du livre Bilderberg people et l’équipe réunie aux Etats-Unis par Holly Sklar en 1980) qui a très sérieusement entamé l’analyse concrète de cette situation concrète.

Michael Gama, anthropologue français, est l’auteur de  « Rencontres au sommet, Quand les hommes de pouvoir se réunissent «  L’altiplano 2007, ouvrage établi à partir d’interviews de participants à ces réunions « secrètes »

« Bilderberg People, Elite power and consensus in world affairs » de  Ian N. Richardson, Andrew  P Kakadadse Nada K. Kakabadse  Routledge  2011, tous trois professeurs de Management dans des universités suédoise et britannique s’inscrit dans la même démarche.

Le courant conspirationniste  dans ses aspects les moins délirants ne veut pas voir le capitalisme impérialiste comme un système solidement organisé et vit sur une vieille  image de la démocratie, fétichisme démocratique ou  nostalgie démocratique, ne voyant précisément pas ou occultant , sciemment ou non , le fait que dans les démocraties occidentales les électeurs affichent un scepticisme de plus en plus profond face à un formalisme démocratique  qui cache mal l’influence  des capitalistes sur la conduite des affaires , formalisme gravement écorné depuis que s’est répandue partout la politique d’indépendance des banques centrales qui a en fait entériné l’inversion du rapport fondamental entre le pouvoir de l’argent et le pouvoir politique au détriment du politique.  Par  « formalisme démocratique » il faut entendre d’une part  l’ensemble des procédés constitutionnels qui permettent avec la même expression électorale brute de modifier fortement la représentation des électeurs (découpage des circonscriptions, scrutin majoritaire ou proportionnel, vote à un tour ou à deux tours, toutes opérations qui font le miel des constitutionnalistes),  d’autre part l’intense conditionnement médiatique des populations , le soi-disant « quatrième pouvoir » étant solidement maintenu entre les mains du pouvoir économique.

Erreur d’analyse des conspiratonnistes

Les principaux critiques de BG et de la CT  comme complot capitaliste voire pour certains auteurs,  juif, se recrutent dans la droite et l’extrême droite étasunienne qui défend la « pureté » de la petite entreprise et les « valeurs » traditionnelles.

GARY ALLEN auteur de « None dare call it a conspiracy » « The Kissinger file » et « The Rockefeller file » est l’auteur principal de ce courant et ses livres traduits dans de nombreuses langues ont été vendus à des millions d’exemplaires.

La lecture de la Trilatérale par ces auteurs est en fait a-historique. Quand ils accusent tant les bilderbergers que les trilatéralistes d’être ou d’avoir été rien moins que des suppôts du bolchévisme ils ne voient pas qu’à certaines périodes le capitalisme étasunien à ambition transnationale choisit de s’allier à l’URSS pour défaire un concurrent implacable, en l’occurrence l’Allemagne nazie, et que dans la période qui suit la défaite au Vietnam ce même capitalisme peut jouer la détente et avec l’URSS (accords SALT II) et avec le tiers-mondisme (indépendance de Panama) en attendant de se mieux porter. En effet ces gestes de détente faits par l’administration Carter à ses débuts cessent dés 1980 après la chute du Shah et l’entrée des l’armée soviétique en Afghanistan. Le même Brzezinski qui a lancé la Trilatérale en 1973  en période d’affaiblissement étasunien va se faire l’avocat de la politique dure visant à faire de l’Afghanistan « le Vietnam de l’URSS » et va promouvoir à cette fin  l’islamisme radical. Quant à Kissinger entré à la Trilatérale en 1976 il fera tout pour empêcher un second mandat de Carter ouvrant la porte à un reaganisme  ouvertement  et mondialement réactionnaire. Pour autant la Trilatérale ne ferme pas boutique et continue à défendre les intérêts du grand capital  étasunien dans le nouveau contexte et elle va prendre toutes sa place dans la politique d’endettement massif du tiers monde consistant à distribuer les dollars du FMI et de la Banque Mondiale pour financer des projets  réalisés autant que possible par des multinationales sous contrôle étasunien. Dans le même temps elle soutient toutes les initiatives visant à la décomposition du bloc du pacte de Varsovie et qui aboutiront à la chute du mur de Berlin et à la pénétration massive du capitalisme transnational dans les ex pays socialistes.

On est donc en présence des deux plus puissants « think tanks » ou lobbies du capitalisme contemporain à dominante étasunienne qui n’est que le cœur d’une nébuleuse. En effet  la propagation de l’espèce d’onde de choc programmatique que constituent les  conclusions – même ou surtout non écrites – des travaux du BG et de la TC  se fait d’une part à travers les médias sélectionnés mais aussi à travers tout un réseau de fondations, think tanks et autres instituts qui vont  diffuser les messages, les enrichir , les adapter à des publics particuliers et en vérifier l’acceptabilité. Car passées les réunions annuelles, les  personnalités qui ont participé aux travaux et sont porteuses du message ne vont pas rester inactives pendant le reste de l’année. Au contraire chacun d’entre eux qu’il soit banquier, assureur, industriel, homme politique, patron de presse va continuer à inscrire son action et son discours dans le cadre ainsi tracé.  Il peut être de bon ton d’ironiser sur le Komintern ou le Kominform mais à y bien regarder le niveau de centralisation du contrôle idéologico politique « occidental » n’est pas moindre bien qu’affublé d’une très trompeuse diversité d’opinion, affichage démocratique minimal qui ne peut faire oublier que toutes ces structures, du BG lui-même  à la moindre Fondation et au moindre quotidien de sa mouvance, sont financées par le capital privé qui y investit pour sa défense et illustration.

Les fondations sont le fruit d’une législation fiscale favorable qui permet de soustraire une partie des bénéfices d’une grande entreprise capitaliste à l’impôt national. Ce faisant l’Etat s’affaiblit lui-même et donne les moyens au Capital privé d’orienter l’activité idéologique, sociale et culturelle   nationale à son avantage. Elles constituent aux Etats-Unis un centre de pouvoir indépendant du pouvoir d’Etat organisé par les grandes entreprises. Le tout savamment emballé dans le drapeau  propagandiste selon la formule : « ce qui est bon pour Ford est bon pour les Etats-Unis ! ». L’inanité du slogan est aujourd’hui totale puisque la multiplication des formes légalisées d’évasion fiscale nationale ou internationale  fait qu’une entreprise étasunienne phare et prospère comme EXXON parvient à ne pas payer d’impôts aux Etats-Unis.

Les Think tanks fondés et soutenus par le privé fournissent à l’appareil d’Etat (« l’administration » dans le vocabulaire étasunien ) des études et des données que celui-ci est dans l’incapacité de produire du fait que dés qu’il veut conduire une réflexion sur le long terme au lieu de s’appuyer sur un corps de fonctionnaires d’Etat de haut niveau il finance des études faites à l’extérieur et que souvent le donneur d’ordre est lui-même issu du think tank qu’il va sélectionner ou bien aspire à y être embauché dans le futur.

Premières critiques du TRILATERALISME aux Etats-Unis dés 1980

En 1980 parait aux Etats-Unis un gros ouvrage critique sur le Trilatéralisme. Réalisé à l’initiative d’une militante que l’on pourrait qualifier de « radicale » au sens qu’a ce mot sur la scène politico-idéologique étasunienne il rassemble  pas moins de 24 contributions de militants du pays sous le titre général

« The trilateral commission and elite planning for world management”  que l’on peut traduire par « la programmation de la gestion mondiale par la commission Trilatérale et l’élite »

Le choix des mots importe. «Management» est bien le terme  utilisé pour désigner la gestion des entreprises capitalistes  et le livre ne parle ni  de gouvernement ni de gouvernance  dont l’usage n’est pas encore très répandu.

Quant à l’élite ou aux élites, terme utilisé indifféremment des deux côtés de l’Atlantique, sa commodité d’emploi montre un grand manque de rigueur conceptuel. Il s’agit d’une sorte de superlatif social applicable à tous les régimes politiques : aristocratie, méritocratie, technocratie  et à divers champs d’activité : intellectuel, moral, artistique…

Le livre est un recueil de contributions de militants et d’universitaires engagés organisé par Holly Sklar, il est le premier livre de cette jeune journaliste militante née en 1955 qui a publié depuis une douzaine de livres traitant tous d’une façon ou d’une autre de la dégradation des conditions de vie et de rémunération de la classe ouvrière de son pays face à l’envolée des profits des entreprises. Aucun n’a été traduit en français. Elle milite aujourd’hui pour un relèvement substantiel du salaire minimum fédéral.

Le titre du livre laisse simplement entendre que la commission Trilatérale n’est qu’une fraction d’une élite plus large dont elle serait un porte-parole ou une expression. L’ouvrage donne toute leur place aux deux pères fondateurs de la Commission : David Rockefeller et Zbigniew Brzezinski et souligne que la quasi-totalité des responsables du gouvernement,  de « l’administration »  Carter  (1977-1981) sont membres de la Trilatérale qui, quatre ans après son lancement, monopolise le gouvernement. La page noire : Watergate, défaite au Vietnam… est tournée, la nouvelle stratégie impériale est en place.

Le trilatéralisme a trouvé aussitôt une expression politique quasi  institutionnelle puisque le G7  qui à l’origine regroupait une fois l’an les ministres des finances et les gouverneurs des banques centrales des principaux pays  de la Trilatérale  - ne manquent que les petits pays européens (les trois du Benelux) est fondé en 1975. Bien que le G7 ne soit pas une institution formelle mais plutôt un club de chefs d’Etat ou de gouvernement, des diplomates français de haut rang reconnaissent publiquement que sur les grands dossiers internationaux à l’ONU, à l’OMC  il y a élaboration dans le cadre du G7  d’une position politique « occidentale » commune abusivement attribuée à une  « communauté internationale » autoproclamée.

Aux origines du transatlantisme : les pressions des Etats-Unis pour l’unité européenne

A partir de 1944, les Etats-Unis vont utiliser et soutenir financièrement tous les courants et groupes qui militent en Europe pour l’unité européenne, que ce soit ou non sous une forme fédérale inspirée du modèle étasunien. Le principal agent de cette politique est Joseph Retinger. D’origine polonaise il a été l’assistant du générale Sikorski, chef du gouvernement polonais en exil à Londres. Là il inaugure dès 1942 des rencontres régulières entre responsables politiques continentaux en exil où s’élabore l’union douanière du BENELUX, noyau du futur marché commun. Mais ses visées politiques vont bien au-delà puisqu’il écrit  qu’après deux guerres mondiales « il ne reste plus de grandes puissances en Europe, [dont] les habitants représentent, après tout, l’élément humain le plus valable dans le monde » (in J.H. RETINGER «  THE EUROPEAN CONTINENT » Londres Hodge -1946). Il exprime ainsi une nostalgie de la suprématie coloniale européenne qui recherche à travers l’unification européenne un substitut à cette suprématie.

Mais quelques années plus tard force lui est de constater que cette Europe « supranationale », bien qu’il n’utilise pas lui-même l’expression rencontre bien des oppositions. Dans ses carnets de notes (Bilderberg meetings- mis en forme par Arnold T.Lamping diplomate néerlandais secrétaire adjoint du groupe- 1966) il observe qu’en 1952 :

« La marée montante de l’anti-américanisme dans pratiquement tous les pays de l’Europe de l’Ouest ne se limitait pas aux cercles de gauche et à  l’influence communiste mais prévalait  également chez les conservateurs et les libéraux. Les Etats-Unis étaient méprisés, craints, et moqués avec une unanimité remarquable… ce sentiment constituait une menace pour la solidarité des défenses du monde occidental contre le communisme »

Remarque intéressante puisque, à défaut de l’unanimité remarquable qu’il avance le principal point d’appui de sa politique d’Europe unifiée et partenaire des Etats-Unis allait se trouver en France à la SFIO et chez les radicaux de gauche. En témoignent  les nombreuses  participations de Guy Mollet aux premières réunions de Bilderberg comme à celles ayant suivi la fin de son gouvernement en 1957, celle de Gaston Defferre et surtout le rôle éminent du radical Georges Berthoin. L’engagement de la SFIO et ensuite du PS dans cette orientation stratégique sera permanent les noms de Pascal Lamy, Dominique Strauss Kahn, Elisabeth Guigou apparaissent dans la liste des participants réguliers mais il ne s’agit plus comme dans les débuts d’une aspiration fédéraliste affichée mais d’une marche patiente vers la dissolution  progressive de la souveraineté nationale dans les institutions européennes. Le fédéralisme, cantonné dans des groupes de pression extérieurs au pouvoir apparait à l’occasion au détour d’un discours mais il n’est jamais un élément programmatique officiel. Cette prudence s’explique par le fait que la droite et la fraction nationale du Capital qu’elle représente n’est pas disposée à se vendre sans combattre (c’est  à dire sans tenter de ménager ses intérêts particuliers) au grand frère capitaliste. La profonde crise économique actuelle pourrait l’y contraindre, de nombreux signes le laissent craindre à commencer par l’actuel projet de traité transatlantique.

 Analyse sémantique du système de domination « occidental »

Le vocabulaire politique d’usage courant dans les démocraties occidentales apparait insuffisant et historiquement décalé car hérité de l’antiquité grecque par rapport à la réalité de l’exercice du pouvoir et pour rendre compte correctement du mode d’influence du GB ou de la CT.

« Hégémonie » complément culturel à la  domination politique proposé par Gramsci il est utilisé différemment par Lénine qui dans la lignée de Plekhanov comprend la nécessité d’un bloc « ouvriers-paysans » ou dit autrement d’une alliance du prolétariat  - principalement urbain et ouvrier -avec les masses rurales, alliance de deux classes qui rassemble la grande majorité de la population

A l’origine de l’usage politique du terme Hégémonie, l’hégémonie spartiate : alliance des cités grecques sous la conduite de Sparte après la défaite d’Athènes dans la guerre du Péloponnèse. Cette hégémonie sera de courte durée d’une part parce que la tentative de Sparte d’imposer à ses alliés des gouvernants oligarques qui lui soient favorables fait long feu d’autre part parce que les deux principaux alliés de Sparte : Thèbes et Corinthe ne supportent pas longtemps l’hégémonie spartiate qui s’effondre ou bout d’une trentaine d’années

hgemoneuw  : diriger, commander, conduire  gouverner usage autant militaire, que politique et nautique

 hgemonia  : direction  commandement utilisé par les historiens grecs classiques Xénophon, Thucydide comme par Platon et Aristote dans le sens d’autorité, de prééminence

L’ hégémon est celui qui conduit, celui qui dirige. Les stratèges étasuniens introduisent la notion de « FULL SPECTRUM DOMINANCE ». Cette métaphore scientifique plus adaptée au monde technologique contemporain veut signifier que plus que d’une hégémonie il  s’agit d’une domination et d’une domination étasunienne totale qui  touche tous les domaines de l’activité humaine : science, industrie, finances, information culture

arch : Qui se retrouve dans monarchie, oligarchie et a contrario dans an-archie est à l’origine. Il s’agit  d’une mission (divine dans la monarchie de droit divin) ou d’une magistrature, ou d’une charge (utilisé par Platon, Xénophon, Thucydide) c’est-à-dire l’exercice d’une autorité reconnue sur une société

kratos : qui se retrouve dans démocratie, ploutocratie, théocratie. C’est l’autorité, la puissance, la domination  qui peut s’interpréter dans un sens faible comme la souveraineté, en démocratie le peuple est souverain, mais aussi dans le sens fort comme la domination, dans une ploutocratie les riches, bien que nécessairement minoritaires dominent, dans une technocratie une catégorie sociale peu nombreuse et sélectionnée sur des critères de compétence technique au sens large dirige. Encore faut-il se poser dans ce cas-là la question de savoir si cette catégorie se reproduit elle-même ou si elle est sélectionnée par une autre dont elle n’est qu’un outil.

 Une  fausse opposition

Qui oppose démocratie à oligarchie  comme le font de nombreux  critiques – et pas seulement les conspirationnistes -  du groupe de Bilderberg et de la commission Trilatérale oppose deux notions hétérogènes. Le peuple souverain n’exerce pas une autorité quotidienne sur la société, et pour utiliser un terme plus moderne il n’existe pas d’autogestion généralisée. Même dans la paradigmatique cité athénienne du V° siècle avant JC le peuple assemblé  c’est-à-dire la minorité mâle née d’un père athénien qui délibère, délègue ensuite ses pouvoirs à des dirigeants élus : 10 stratèges pour la conduite des affaires et opérations militaires  et 9 archontes pour la conduite des affaires civiles. Certes ils ne sont élus que pour un an mais il s’agit bien d’une délégation de pouvoir à une minorité et donc en fait d’une Olig  oligoi archie  arch, pouvoir de quelques-uns.

Dans des sociétés beaucoup plus nombreuses comme les sociétés modernes et contemporaines, l’exercice démocratique du vote de masse (hommes et femmes sans distinction de patrimoine et de revenu quoique limité aux nationaux) n’a lieu qu’à intervalles réguliers  pour choisir des délégués qui exercent le pouvoir sous diverses formes (régimes parlementaires ou présidentiels, centralisés ou fédérés) mais qui constituent inévitablement une minorité. De nos jours cette minorité n’est appelée  négativement OLIGARCHIE que lorsqu’elle perd ou est en voie de perdre sa légitimité, c’est-à-dire comme outrepassant aux yeux d’une partie de la population la délégation de pouvoir qui lui a été accordée soit dans le cas le plus contemporain comme critique par les gouvernements occidentaux et leur  propagande de pays qui s’opposent à leurs  projets ou défendent des intérêts contraires . C’est le cas avec les « OLIGARQUES RUSSES » alors même que LES OLIGARQUES ukrainiens faits  de la même étoffe que leurs voisins russes concentrent tous les pouvoirs  dans l’Ukraine voisine et ne sont pas présentés pour ce qu’ils sont : « des voleurs ».

Mais la quantification, la mesure précise de cette perte de légitimité est une opération complexe et rarement mise en œuvre : le référendum révocatoire à mi-mandat du Président de la République mis en place au Venezuela est un cas unique. La sanction de la perte de légitimité n’intervient que par les nouvelles élections tous les quatre, cinq ou six ans. Dans ce laps de temps le pouvoir est entre les mains d’une minorité. L’actuelle situation française démontre que la perte de légitimité du pouvoir supérieur : le Président de la République ne l’empêche en rien de conduire une politique et de transformer la législation du pays avec le soutien de quelques 300 parlementaires qui lui sont dévoués et savent très bien que leur légitimité s’est évaporée.

Une première analyse concrète du groupe de Bilderberg en France

La branche française du BG a été étudiée par le journaliste et anthropologue MICHAEL GAMA auteur de « Rencontres au sommet, Quand les hommes de pouvoir se réunissent ».

Plutôt que de se livrer à des suppositions sur ce que pouvaient bien débattre les membres au cours des réunions il a demandé à rencontrer et à interroger un échantillon assez large des dits  membres. Il en ressort qu’ils ne se considèrent pas comme des comploteurs puisqu’ils ne poursuivent pas un but coupable. Effectivement s’ils devaient comploter ils le feraient  dans des lieux encore plus discrets que le BG, en petit nombre et sur un objectif particulier. Et s’ils complotent c’est pour obtenir certains résultats qui ne seront perçus par l’opinion que comme des phénomènes « naturels » auxquels ils sont étrangers : faire effondrer un cours de bourse, préparer une OPA hostile, financer des sondages manipulateurs  …. mais pas pour le crier sur les toits ensuite. Ne jamais oublier que ces messieurs ont du temps et de l’argent…

Prenons un exemple : deux membres influents du BG dirigent deux géants de l’assurance : ALLIANZ et AXA. Ils évoquent au cours d’une réunion du BG, mais ça pourrait être ailleurs, le projet de tel gouvernement d’augmenter les contrôles et la pression fiscale sur les compagnies d’assurance. Ils vont donc envisager ensemble une vaste campagne politico médiatique visant à dissuader ce gouvernement de prendre pareilles mesures. Ils trouveront une oreille complaisante chez les journalistes chiens de garde invités au BG, ils pourront  développer leur  point de vue auprès de la technocratie bruxelloise toujours représentée ,prendre à part le ministre présent  - c’est souvent le ministre des finances – et lui faire part diplomatiquement de leur inquiétude, ou plus rudement de leur hostilité  et après la mise au point de la campagne d’opinion ceux-ci, ministre et journaliste l’un poussant l’autre,  n’auront plus qu’à faire ce qui est attendu d’eux. A aucun moment ces messieurs , les deux compères assureurs, ne se sentiront coupables ni moralement, ni judiciairement puisqu’ils n’auront fait que défendre leur intérêt capitaliste privé dans un pays où les grands moyens de production sont presque tous privés en parfait accord avec la constitution de la république.

L’avantage des réunions du BG tel qu’il est illustré par cet exemple fictif est qu’il permet de sensibiliser ceux qui auront à prendre finalement la « bonne » décision et de mettre en mouvement ceux qui les y « aideront ».Dans les semaines suivantes ce problème de rentabilité pour des capitalistes  privés  deviendra un problème politique public réglé à leur avantage.

 Contexte historique : Le moment BILDERBERG

La création du groupe de Bilderberg (1952) et son lancement officiel en 1954 s’inscrivent à un moment particulier de l’histoire du monde.

Quel a donc été le chemin parcouru par les Etats-Unis qui en sont les initiateurs  à partir de 1944 ?

Après avoir laissé les puissances européennes vider leurs querelles de petits impérialistes déclinants sans avoir pris partie militairement contre les nazis et les fascistes à part dans la toute dernière période 1941-1945, les Etats-Unis savent qu’ils sont économiquement la première puissance mondiale. Les progrès stupéfiants de l’économie soviétique à partir des années 30 ont été en partie annihilés par la terrible guerre livrée sur son propre territoire, les belligérants d’Europe de l’ouest sont tous affaiblis, vainqueurs ou vaincus et les Etats-Unis réussissent le coup de maitre d’imposer avec Bretton Woods et le Plan Marshall leur monnaie ay reste de la planète URSS  et démocraties populaires exceptées. Une incertitude dure jusqu’en 1949 : de quel côté va tomber la Chine ? La réponse est connue. Malgré le soutien militaire et financier des Etats-Unis au Kuo Min Tang les communistes chinois s’imposent face à un adversaire réactionnaire et corrompu.

Cette énorme extension du camp socialiste qui échappe à la domination industrielle et monétaire des Etats-Unis ne peut que déboucher sur la guerre froide. Le tournant annoncé par Churchill en Mars 1946 qui sonne la fin de l’antifascisme de guerre pour le remplacer par l’anti communisme est pris dés 1947.

Mais ce revirement politico-idéologique décidé très vite dans l’étroitesse des cercles dirigeants anglo-saxons ne peut pas pénétrer instantanément les populations et les opinions publiques.

Le Japon sous tutelle étasunienne directe s’inscrit sans difficultés dans la nouvelle division mondiale. La population japonaise a payé le prix fort : deux bombes atomiques, d’énormes destructions sur le sol national et le maintien du pouvoir impérial sans réelle mise à l’écart des dirigeants fascistes.

Reste à intervenir dans les zones d’incertitude politique, d’un côté en Corée, cela se fera par une guerre très meurtrière, trop passée sous silence et où un nouveau recours à l’arme atomique par les Etats-Unis ne sera évité que parce qu’en 1949 l’URSS est parvenue à marche forcée à produire la nouvelle  arme, de l’autre en Europe de l’Ouest.

La partie est là délicate : il s’agit d’effacer la guerre des mémoires et de forcer les ex belligérants à la réconciliation sous les ordres du nouveau maitre. Le vigoureux appui du vainqueur ne peut que rassurer les plus petits pays de la zone qui sont conscients de leur faiblesse structurelle quels qu’aient été les dégâts de la guerre chez eux .La Norvège et le Danemark s’inscrivent très vite dans la nouvelle alliance transatlantique et il en va de même pour les trois pays qui créent pour l’occasion le Benelux. Ces trois pays sont d’autant mieux disposés que le si proche et si grand voisin allemand est divisé , occupé par des troupes étrangères et n’est donc en rien menaçant. Les Etats-Unis vont donc trouver très vite dans le  personnel politique du Benelux les hommes qui constituent le premier noyau de la construction européenne c’est-à-dire la création d’un allié fidèle et soumis. Les  monarchies et les bourgeoisies coloniales néerlandaise  (qui perd l’Indonésie en 1945) et belge (qui ne perdra le Congo qu’en 1960) s’investissent volontiers dans un projet paneuropéen anticommuniste sous l’aile du grand frère étasunien.

Ces bourgeois peuvent être des sociaux-démocrates, des démocrates chrétiens ou d’anciens sympathisants nazis qui ont su tourner avec le vent au bon moment. On pense en particulier au mari de la reine Juliana des Pays-Bas, le prince Bernhard.

L’Italie a pris d’elle-même le virage en éliminant Mussolini en 1943 et la stratégie consiste à s’appuyer sur la démocratie chrétienne et la papauté pour tenir en lisière du champ gouvernemental un parti communiste qui est le plus puissant de la région et qui a pris une part décisive dans la libération du centre et du nord du pays.

Reste à organiser pas à pas le difficile rapprochement franco-allemand, à faire oublier trois guerres en moins d’un siècle, faire oublier aux français que l’Allemagne de l’Ouest n’a été dénazifiée que très superficiellement  et créer une Allemagne de l’ouest en unifiant par une décision unilatérale contraire aux accords de Potsdam  les trois zones d’occupation française, britannique et étasunienne.

La mise en marche de cet ensemble hétéroclite de vainqueurs et de vaincus de la guerre se fait d’abord par l’unification diplomatico-militaire organisée par le traité de l’Atlantique Nord  (1949).  Il faut ensuite approfondir l’alliance aux plans économique, social et culturel. Sur ce dernier aspect l’action consiste à sélectionner les intellectuels anticommunistes des différents pays de l’Europe de l’Ouest  et à leur donner des moyens d’expression contre ce qui est désormais qualifié de « totalitarisme » à la suite de la parution du célèbre ouvrage d’Hannah Arendt publié en 1951 ? Ce sera la tâche du CONGRES POUR LA LIBERTE DE LA CULTURE inventé et financé par la CIA  lancé en 1950 et dont l’activité a été bien décrite par Frances Stonor Saunders, dans son livre « Qui mène la danse ? La CIA et la Guerre froide culturelle, Denoël, 2003.». Pour la France Raymond Aron, professeur à l’institut d’études politiques de Paris et éditorialiste du Figaro de 1947 à 1977 sera le personnage clé.

Reste à resserrer les liens de la classe dirigeante  étasunienne et des classes dirigeantes ouest européennes. Le club de Bilderberg va s’en charger. Pour ce faire il importe les méthodes de travail de la classe dirigeante étasunienne. Il n’existe pas dans ce pays de classe politique  à proprement parler puisque la circulation entre le milieu des grands dirigeants capitalistes et les dirigeants politiques est permanente et que le financement privé de la vie politique met les élus sous la dépendance des grandes familles entrepreneuriales. Donc et comme cela se pratique au Council of Foreign Relations il va falloir rassembler dirigeants politiques et dirigeants des grandes entreprises pour faire avancer leur réflexion commune sur les grands problèmes de l’heure. Ces grands problèmes sous divers avatars se réduisent en fait à un seul et toujours le même : que faire pour maintenir la domination de classe des capitalistes et le maintien du taux de profit du Capital ? Ce qu’attendent de ces rencontres les dirigeants des grandes entreprises c’est de pouvoir faire comprendre aux politiques les mesures que ceux-ci doivent prendre pour favoriser l’accumulation du Capital. N’oublions pas que ces réunions sont financées par les « entrepreneurs » et que les politiques sont donc leurs invités. Le style de travail est celui d’un club anglo-saxon : discrétion, distinction  et fair- play. Ici On accueille des têtes couronnées et pas des parvenus. Pas de Bernard Tapie, pas de Berlusconi. Ces messieurs sont-ils d’accord sur tout ? Evidemment non puisque les capitalistes qui se retrouvent là avec leurs préoccupations communes de poursuite de la lutte de classe peuvent tout autant être concurrents dans leur activité quotidienne de dirigeant d’entreprise. De leur côté les politiques peuvent être conduits à refuser telle ou telle sollicitation du Capital en raison par exemple de considérations électorales à court terme. Qu’importe ! Le sujet sera remis sur le tapis l’année suivante. Bilderberg est donc un lieu de domestication du politique par le Capital tel qu’il fonctionne aux Etats-Unis et étendu à l’ouest européen. Ceci ne doit pas cacher qu’avant la guerre dans chacun des pays européens concernés les rapports de domestication du politique par le Capital existaient déjà (voir dans le cas français  les travaux d’Annie Lacroix-Riz à ce sujet) mais l’innovation BILDERBERG est d’étendre ces rapports à l’espace transatlantique sous la férule du capital étasunien. La pérennité du club de Bilderberg tient au fait que ces rapports transatlantiques de sujétion se sont poursuivis depuis 60 ans, mais cette pérennité est plus un effet qu’une cause. Entre deux réunions annuelles de Bilderberg, l’OTAN, l’OCDE, le FMI, la Banque mondiale, l’OMC fonctionnent pleinement et tous les jours.

Le moment « Trilatérale »

Cette continuité de longue période ne doit pas masquer pour autant les péripéties du parcours. La reconstruction des économies japonaise et ouest européenne nécessaire dans le cadre de la compétition politique globale avec les pays socialistes a en même temps fait apparaitre des concurrents économiques au capital étasunien, concurrents sérieux encore que présentant une certaine vulnérabilité en matière de ressources naturelles, énergétiques en particulier. Ce « bloc occidental », si mal nommé, se trouve confronté dans les années 60 à la décolonisation et à l’émergence politique du Tiers-monde. En 1966 se tient à la Havane la conférence TRICONTINENTALE contre l’impérialisme qui, bien qu’elle n’ait pas eu de suites concrètes immédiates, en est un symbole fort et perçu comme une menace pour « l’Occident ». L’assassinat de Ben Barka, un de ses promoteurs,  était une riposte à cette menace. La guerre du Vietnam a un écho mondial autant dans le tiers monde que dans la jeunesse des pays occidentaux ce qui ajoute une menace intérieure à la menace extérieure. A la menace communiste, bien qu’amoindrie par le différend sino-soviétique, s’en ajoutent donc deux autres. Il faut impérativement  serrer les rangs et associer étroitement le Japon, redevenu puissance économique, au bloc occidental, faire face aux revendications économiques du tiers monde  et reprendre en mains les opinions publiques occidentales très sensibles aux nouvelles revendications du tiers monde et au combat des vietnamiens contre l’envahisseur. La Commission TRILATERALE répond à ces objectifs. Si les méthodes de travail différent un peu de celles du club de Bilderberg : la commission affiche les ordres du jour de ses réunions , publie des rapports introductifs aux débats qu’elle organise , le fonctionnement,  le financement par les patrons capitalistes et le système de recrutement sont analogues : un noyau stable qui recrute dans quatre sphères : grand capital international, responsables politiques nationaux, dirigeants d’organisations internationales (OTAN ,OMC, Commission européenne) et grands médias représentés soit par des directeurs de publication soit par des grands éditorialistes.

Le premier rapport publié par la commission TRILATERALE (dont il n’existe pas de traduction française à notre connaissance)  intitulé « CRISIS OF DEMOCRACIES »  est  l’œuvre de trois intellectuels  le français MICHEL CROZIER, l’étasunien SAMMUEL PHUNTINGTON et le japonais JOJI WATANUKI.

Le cas de Michel Crozier mérite attention. Ce sociologue anti marxiste n’a jamais eu le rayonnement intellectuel d’un Raymond Aron, pas de chaire de sociologie à la Sorbonne, pas d’éditoriaux dans le Figaro, pas de livres à fort tirage, mais il est pourtant choisi pour parler au nom de l’Europe et pour écrire « La Crise des démocraties » au moment du lancement de la Commission Trilatérale. Sa spécialité : la sociologie des organisations l’a conduit à réfléchir sur la façon de transformer de l’intérieur les organisations. Son premier champ d’étude est le syndicalisme  aux Etats-Unis. En plein lancement de la guerre froide en 1949 et au moment où Irving Brown vient en France pour  organiser et financer le lancement de Force ouvrière, il part aux Etats-Unis étudier le syndicalisme national et va comprendre comment la classe dirigeante étasunienne évite  et a réussi à éviter jusqu’à aujourd’hui que le mouvement syndical soit porteur  de revendications de transformation sociale globale. Pour ce faire il faut limiter les possibilités légales d’organisation à la base, subvertir et corrompre le niveau dirigeant et, si nécessaire, liquider des militants trop progressistes. L’AFL-CIO  va devenir à cette époque un outil anticommuniste à l’échelle internationale et le principal financeur de la CISL, Confédération Internationale des Syndicats libres, outil occidental de la scission de la Fédération Syndicale Mondiale  l’internationale syndicale à vocation planétaire fondée en 1945. Les portes du CNRS lui sont aussitôt ouvertes, il sera directeur de recherches en 1970  et il participe aux travaux de l’Institut des Sciences Sociales du Travail ouvert à Paris en 1951 avec des crédits du Plan Marshall. Bénéficiaire d’une bourse de la Fondation Ford Il rédige sa thèse de doctorat  «Le phénomène bureaucratique » aux Etats-Unis  d’abord en anglais puis en français pour la soutenance. Il sera ensuite régulièrement invité à Stanford. Dans sa thèse, il amorce une critique permanente de l’administration française considérée comme bureaucratique, c’est-à-dire concrètement en capacité de résister intellectuellement et en bloc - c’est le rôle des « grands corps » Mines, Ponts, Inspection des Finances, Conseil d’Etat  - aux pressions capitalistes internationales  pour protéger le capitalisme national ce qui le conduira plus tard  en pleine période reaganienne à une apologie de l’Etat faible « Etat modeste, Etat moderne – 1987 » et à participer aux travaux de la commission de réflexion sur l’avenir de l’Université (1987) et de la mission d’audit social de la SNCF (1987-1988) mise en place après la grande grève de fin 1986

Michel Crozier ne restera certainement pas un des grands théoriciens de la sociologie mais  il faut par contre le considérer dans le champ des sciences sociales comme un agent idéologique du réformisme en pays capitaliste développé et comme un agent d’influence des Etats-Unis. Sa carrière est couronnée par le Prix Alexis de Tocqueville qui lui est remis en 1997 par Raymond Barre, lui-même éminent participant aux réunions de la Commission Trilatérale. La liste des lauréats de ce prix décerné depuis 1979 est à elle seule un palmarès  des spécialistes de la pensée et de la pratique occidentale anticommuniste : de Raymond Aron à Brzezinski en passant par Karl Popper, François Furet et Colin Powell !

Préfacé par Zbigniew BRZESINSKI, directeur  fondateur de la TRILATERALE  le rapport traite de la « gouvernabilité des démocraties », qui selon son titre  THE CRISIS OF DEMOCRACIES  seraient donc en crise et se propose, c’est BRZEZINSKI qui le dit, de mieux faire partager aux citoyens des démocraties les objectifs du système démocratique, qu’ils auraient tendance à oublier  à savoir   « la combinaison de la liberté individuelle et du progrès social ». En clair : laissez nous faire au Vietnam, au Chili, en Argentine et en Afrique du moment que nous vous garantissons  ici des élections libres  et le progrès social.

Le rapport laisse de côté un thème pourtant central pour le Capital étasunien que BRZEZINSKI  a abordé dans un ouvrage précédent  « Between TWA Ages : America's Role in the Technetronic Era, New York, Viking Press, 1970 ». Sous le terme «technétronique » aujourd’hui abandonné il range ce que sont devenues aujourd’hui les NTIC (nouvelles techniques d’information et de communication) mais il en souligne, 40 ans avant Snowden, Assange et Wikileaks  le potentiel d’extension planétaire des capacités de contrôle et de surveillance par les Etats-Unis. Du point de vue du partage du marché mondial entre les trois membres de la Trilatérale BRZEZINSKI annonce la nouveauté : au Japon et à l’Europe de l’Ouest désormais bien intégrée ( Pompidou et surtout Giscard ont enterré l’indépendance gaulliste et Giscard a promu le G7) sont laissés l’automobile, la construction navale, les appareils domestiques blancs (réfrigérateur, lave linge…) et noirs (appareils photo, téléviseurs…)  et avec la « technetronic » s’ouvre l’ère de la domination « soft » matérialisée dans la fameuse SILICON VALLEY et qui, grâce à des financements militaires permanents, va déboucher sur la domination mondiale des Microsoft, Apple, Google et autres Facebook. Ce qui veut dire plus jamais de Vietnam avec 500 000 hommes sur le terrain et des investissements matériels gigantesques. S’ouvre l’époque des guerres par influence (proxy wars). On commence par la Pologne avec le concours du meilleur spécialiste mondial des guerres par influence : le Vatican. Puis viendra le tour de l’Afghanistan où s’élabore la réplique musulmane aux stratégies vaticanes. Et ainsi de suite …

Du point de vue intérieur,  l’explosion des NTIC offre des activités aux couches nouvelles du salariat qui ont le sentiment d’échapper à la rigueur de l’usine qui a marqué leurs parents et qui croient trouver dans cette créativité bien tempérée une nouvelle liberté. Ce thème sera repris en France par le rapport NORA-MINC de 1978. MINC commence ainsi à sévir comme histrion du nouvel âge capitaliste et SIMON NORA qui fut directeur de cabinet de CHABAN DELMAS (1969-1972) poursuit son travail d’encadrement de la jeunesse turbulente de Mai 68 qu’il a commencé en rédigeant ave Jacques Delors  le discours gouvernemental sur la Nouvelle Société de 1969.

De la domination simple à la domination à spectre total

Mesurons maintenant  le chemin parcouru par les Etats-Unis à partir de 1944. Après avoir laissé les puissances européennes vider leurs querelles de petits impérialistes déclinants  en n’ayant pris parti militairement contre les nazis et les fascistes que  dans la toute dernière période 1941-1945, les Etats-Unis savent qu’ils sont économiquement la première puissance mondiale. Les progrès stupéfiants de l’économie soviétique à partir des années 30 ont été en partie annihilés par la terrible guerre livrée sur son propre territoire, les belligérants d’Europe de l’ouest sont tous affaiblis, vainqueurs ou vaincus et les Etats-Unis réussissent le coup de maitre d’imposer avec Bretton Woods et le Plan Marshall leur monnaie au reste de la planète, URSS  et démocraties populaires exceptées. Une incertitude dure jusqu’en 1949 : de quel côté va tomber la Chine ? La réponse est connue. Malgré le soutien militaire et financier des Etats-Unis au Kuo Min Tang, les communistes chinois s’imposent face à un adversaire réactionnaire et corrompu.

Cette énorme extension du camp socialiste qui échappe à la domination industrielle et monétaire des Etats-Unis ne peut que déboucher sur la guerre froide. Le tournant est pris dés 1947 année qui sonne la fin de l’antifascisme de guerre pour le remplacer par l’anti communisme.

Mais ce revirement politico-idéologique décidé très vite dans l’étroitesse des cercles dirigeants anglo-saxons peut rencontrer des résistances dans la classe politique des pays sortis de la guerre et ne peut pas pénétrer instantanément les populations et les opinions publiques.

La population japonaise a payé le prix fort : Tokyo détruite en mars 45, deux bombes atomiques en Aout et le maintien du pouvoir impérial sans réelle mise à l’écart des dirigeants fascistes. Reste à intervenir dans les zones d’incertitude politique d’un côté en Corée, cela se fera par une guerre très meurtrière, trop passée sous silence et où un nouveau recours à l’arme atomique par les Etats-Unis ne sera évité que parce qu’en 1949 l’URSS est parvenue à marche forcée à produire la  nouvelle  arme, de l’autre en Europe de l’Ouest. La partie est délicate : il s’agit d’effacer la guerre des mémoires et de forcer les ex belligérants à la réconciliation sous les ordres du nouveau maitre. Le vigoureux appui du vainqueur ne peut que rassurer les plus petits pays de la zone qui sont conscients de leur faiblesse structurelle quels qu’aient été les dégâts de la guerre chez eux. La Norvège et le Danemark s’inscrivent très vite dans la nouvelle alliance transatlantique dont il reste encore aujourd’hui les serviteurs les plus fidèles et il en va de même pour les trois pays qui créent pour l’occasion le Benelux. Ces trois pays sont d’autant mieux disposés que le si proche et si grand voisin allemand est divisé ,occupé par des troupes étrangères et n’est donc plus menaçant. Les Etats-Unis vont donc trouver très vite dans le  personnel politique du Benelux les hommes qui constituent le premier noyau de la construction européenne c’est-à-dire la création d’un allié fidèle et soumis. Autour d’eux se mettront en place diverses structures et associations militant pour une unification européenne dont la configuration varie d’un groupe à l’autre mais qui l’inscrivent tous dans le cadre de la guerre froide naissante. 

Ces hommes vont des bourgeois sociaux-démocrates ou démocrates chrétiens aux anciens sympathisants nazis qui ont su tourner avec le vent au bon moment. On pense en particulier au mari de la reine Juliana des Pays-Bas, le prince Bernhard.

L’Italie a pris d’elle-même le virage en éliminant Mussolini en 1943 et la stratégie consiste à s’appuyer sur la démocratie chrétienne et la papauté pour tenir en lisière du champ gouvernemental un parti communiste qui est le plus puissant de la région

Reste à organiser pas à pas le difficile rapprochement franco-allemand, à faire oublier trois guerres en moins d’un siècle, faire oublier aux français que l’Allemagne de l’Ouest n’a été dénazifiée que très superficiellement  et créer une Allemagne de l’ouest en unifiant par une décision unilatérale contraire aux accords de Potsdam  les trois zones d’occupation française, britannique et étasunienne.

Ici s’observe dans cette Europe de l’Ouest faible et rassemblée par une volonté farouche de tous les instants du patron étasunien la mise en place du dispositif de domination.

Le maitre impose sa monnaie, installe ses troupes (France mise à part, elles y sont toujours  60 ans après), installe ses monopoles industriels : pétrole, automobile, informatique, armement, là où ils n’étaient pas encore – la plupart étaient déjà installés dans l’Allemagne hitlérienne – et met en place les institutions de sa domination. Dans un premier temps ces institutions   : OTAN, Union  de l’Europe Occidentale (UEO)  contournent l’Allemagne de l’Ouest mais  l’incluront très peu après.

L’étape suivante pourrait être appelée celle de la servitude volontaire, celle de l’acceptation du nouvel ordre impérial. Il s’agit de faire accepter ce qui a déjà été accepté par les milieux économiques et financiers dirigeants, d’abord par la classe politique puis par l’opinion publique, à savoir un état d’assujettissement destiné à durer. Les Etats-Unis n’ont jamais commis l’écart de langage de se proclamer empire pour mille ans mais la bénédiction divine dont ils se parent peut  faire accéder à l’éternité…

C’est alors qu’interviennent deux  créations  quasi simultanées : le Congrès pour la liberté de la culture et le Club de Bilderberg. Le premier a pour objectif spécifique d’organiser les intellectuels de gauche en les soustrayant à la forte influence communiste qu’ils subissent alors. Le second a pour tâche de faire pénétrer l’atlantisme dans la vie économique en organisant des rencontres consensuelles entre patrons des deux rives sur fond d’un désarmement douanier  (l’accord sur le GATT est signé dés Octobre 1947)  évidemment plus profitable à l’économie dominante qu’aux économies divisées et affaiblies par la guerre ,et   de convaincre les politiques les moins réticents ( pratiquement tous sauf les communistes !) que cet assujettissement leur garantit une protection pour le long terme. Ainsi les gouvernements de la IV° République pourront-il poursuivre un temps leur politique coloniale avec le soutien financier des Etats-Unis qui ne sera remis en question qu’à partir de  la crise de Suez en 1956. La troisième tâche de Bilderberg est idéologique : il s’agit de favoriser une  propagande atlantiste de masse en influençant les propriétaires des principaux médias, à l’époque il s’agit principalement de la presse écrite. 

Ces trois niveaux d’intervention du Club de Bilderberg sont nettement hiérarchisés dans son organisation interne. Au sommet le grand patronat capitaliste qui travaille sur le long terme : nouveaux produits, nouveaux marchés, nouveaux cartels …et intervient en même temps qu’il occupe des postes de dirigeants de grandes entreprises c’est à dire qu’il peut à l’occasion des rencontres du club, mais hors séances, faire avancer ses intérêts immédiats d’entreprise Au second niveau les responsables politiques qui eux ne participent qu’à titre individuel et seulement s’ils ne sont pas en fonction. Ce second niveau se subdivise entre ceux qui ont déjà occupé des postes de haute responsabilité : chefs de gouvernement, ministres ,  pourront y revenir et/ou conservent une influence réelle, ont conduit durant leur mandat des politiques satisfaisantes pour l’alliance atlantique et sont appréciés par Washington , et les futurs qui sont invités parce qu’ils sont retenus comme ayant manifesté dans des postes prometteurs : parlementaires, responsables de partis, des opinions favorables à l’atlantisme économique et militaire et sont susceptibles d’occuper rapidement des postes de gouvernement. S’opère donc par ce biais un véritable processus de sélection de futurs dirigeants. Détectés comme ambitieux et « dans la ligne » par le groupe national qui les a invités, ils sont présentés à ce grand jury transnational auto-désigné qui pourra valider ce choix. Dans ce cas leur avenir est assuré par les membres du troisième groupe : patrons de presse et grands éditorialistes présents à la réunion et qui leur garantiront la visibilité indispensable à leur ascension politique.

Le cas français

La France va trouver sa place dans Bilderberg mais va poser des problèmes spécifiques liés à la présence du gaullisme qui sera un frein dans le mouvement d’abandon de souveraineté nationale qu’impose le pacte Atlantique. Le premier accroc français est le refus par le Parlement de la Communauté Européenne de Défense en Aout 1954 refus résultant d’un vote commun de députés communistes et gaullistes, refus exprimant une forte opposition au réarmement de l’Allemagne fédérale (dite de l’Ouest à l’époque) programmé par les Etats-Unis. Le second accroc plus durable est le retour de De Gaulle au pouvoir en 1958, retour qui aura deux conséquences très mal vécues à Washington pour l’Alliance Atlantique : la fermeture des bases militaires étasuniennes en France et la décision de la France de se doter de l’arme atomique.

Cette originalité française, seul cas de relative dissidence au sein des membres de l’OTAN, fera du groupe de Bilderberg français un groupe ouvertement et activement pro-étasunien face à une autre fraction de la bourgeoisie nationale qui veut , en même temps qu’elle conserve sous une forme « modernisée »  (les DOM-TOM et les colonies africaines gratifiées d’une indépendance formelle) un vaste empire colonial, continuer à s’affirmer parmi les « Grands »  et à mériter son siège au Conseil de Sécurité de l’ONU.

Le groupe de Bilderberg français recrutera ou invitera donc tout autant chez les socio-démocrates néo coloniaux et anti-communistes qu’à droite. La réunion fondatrice du groupe  a lieu à Paris le 25 Septembre 1952 dans l’hôtel particulier du baron de Nervo. Celui-ci appartient à une famille de Synarques, membres actifs du comité des forges avant la guerre, pétainistes et pronazis qui se rallient à l’ordre américain dès 1943. Sont présents à la fois Antoine Pinay et Guy Mollet. Interrogé sur sa participation aux travaux du groupe par un ancien des services secrets français, Antoine Pinay fera croire qu’il s’ennuyait aux réunions .Guy Mollet est donc le premier dirigeant socialiste français choisi par les patrons étasuniens comme homme d’avenir et anticommuniste de confiance. A défaut d’ouvrir la porte des colonies françaises  d’Afrique aux Etats-Unis, qui le rappelleront sévèrement à l’ordre au moment de l’opération de Suez,  sa capitulation devant les pieds-noirs algériens l’en empêche, il joue un rôle dans la résistance d’ensemble du camp impérialiste à l’émancipation du tiers monde. Après 1958 il sera de nouveau invité à des réunions de Bilderberg où le retour au pouvoir de De Gaulle suscite de grandes inquiétudes. Pour s’en convaincre il suffit de lire le témoignage du général Gallois   recueilli par Michael Gama dans son livre  « Rencontres au sommet ».

Ce livre qui a eu peu d’échos médiatiques se propose d’interviewer un certain nombre de participants français aux réunions du GB  pour lever le voile du secret qui favorise les thèses en cours de complot, de gouvernement occulte … qui nourrissent les livres publiés jusqu’alors sur le sujet , tous écrits par des auteurs anglo-saxons et traduits tardivement en France. Journaliste au Figaro il est rassurant et les personnes sollicitées accepteront de décrire le fonctionnement de Bilderberg et l’organisation des réunions. Bien entendu ils ne lui répondront que ce qu’ils voudront puisqu’il ne dispose pas de documents solides lui permettant de les contredire. Ce qu’il en ressort est cependant digne d’intérêt puisqu’ils disent qu’il est toujours intéressant pour des dirigeants  de haut niveau de se rencontrer informellement et de débattre librement des questions qui les préoccupent. Quelle est leur préoccupation commune ? La réponse s’impose  d’elle-même : préserver l’avenir du système qu’ils dirigent ou dans lequel ils occupent au moins des positions importantes. Le système qu’ils dirigent et défendent est la domination du capital transnational étasunien avec son allié européen de l’ouest sur l’économie mondiale. Le premier adversaire est l’ensemble des pays où ils ne peuvent pas être propriétaires des grands moyens de production soit l’URSS, les démocraties populaires, la Corée du Nord après 1953, Cuba après 1959 et la République populaire de Chine à partir de 1949. Le second adversaire est constitué des non alignés, ces nouveaux états décolonisés qui pour se présenter souvent comme « socialistes » ne parviendront pas, pour la plupart, à dépasser le simple stade d’un discours « socialiste » et ne tarderont pas  à ouvrir leur porte au capital étranger  ou à s’accommoder du maintien du capital de l’ancien colonisateur dans des rapports qui ne leur laissent qu’une souveraineté de façade. Très émietté ce second groupe ne résistera pas beaucoup à cette pénétration du capital étranger et les plus rebelles seront mis au pas par des interventions militaires ou des assassinats de dirigeants progressistes.

Pour le groupe de Bilderberg et ses initiateurs étasuniens, de Gaulle est un sujet d’inquiétude. Qu’il ait maintenu la domination du capitalisme français sur les anciennes colonies africaines, Algérie mise à part, n’est pas préoccupant puisque cette domination soustrait une partie de l’Afrique à l’influence soviétique. Mais  l’inquiétude, alimentée par l’épisode de la CED qui en 1954 a failli retarder la constitution du bloc européen de l’Ouest avec  l’intégration obligée d’une  Allemagne superficiellement dénazifiée,  se fait plus vive lorsque, sitôt achevée la guerre d’Algérie, le régime décide de se doter de l’arme atomique c’est-à-dire de l’outil de l’indépendance stratégique. L’invitation du général Gallois qui ne fait pas partie de l’entourage officiel de De Gaulle mais est un inspirateur reconnu de la politique nucléaire voulue par De Gaulle exprime donc l’inquiétude des dirigeants des Etats-Unis face à cette manifestation d’indépendance que viendra cruellement – pour eux – confirmer la fermeture des bases militaires US en France et son retrait des structures de commandement de l’OTAN. Pas surprenant que les propos du général Gallois en faveur de l’indépendance stratégique de la France tels qu’il les relate dans le livre de Michael GAMA  soient très mal reçus dans ce cénacle où le consensus en faveur de la domination étasunienne est la règle. Leur seule consolation est que l’accord entre le PCF et les gaullistes qui avait permis le rejet de la CED en Aout 1954 ne se prolonge pas dans les débuts de la V° république.

Encore est-il notable qu’à part cet incident de parcours la IV° république n’a guère résisté à l’assujettissement. Plusieurs courants confluent pour soutenir cette orientation : les européistes et les socialistes. Les premiers  sont motivés par la volonté de réconciliation avec une Allemagne avec laquelle ils ont des affinités historiques à peine atténuées par le fâcheux épisode de l’occupation (voir à ce sujet tous les travaux d’Annie Lacroix-Riz), les seconds incarnent une gauche à vocation sociale mais marquée par un anticommunisme profond et qu’une infériorité militante évidente sur le terrain  rend perméable à l’influence extérieure. En témoigne la création dés 1948 de la CGT-FO pilotée par l’agent étasunien Irving Brown, création qui permettra à Gaston Deferre, face à un très fort Parti communiste et à une très forte CGT  de consolider son pouvoir sur Marseille en contrôlant syndicalement le personnel municipal et celui de son quotidien Le Provençal. Pas surprenant de retrouver ensuite Defferre invité au GB en compagnie de son ami Guy Mollet qui, lui, le fréquentera très assidument en participant à 6 réunions annuelles.

 

Quelques personnages clés pour la France

A-Parmi les chevilles ouvrières de l’institution

Georges Berthoin : né en 1925 ce résistant précoce va achever ses études à Harvard dés la fin de la guerre. Il y arrive à l’automne 1947 trois mois après le discours  qu’y  a prononcé le Secrétaire d’Etat  Marshall  le 5 Juin 1947 pour lancer son plan. Georges Berthoin se convainc  de la nécessité des Etats-Unis d’Europe et fera partie des quelques messagers européens de la doctrine Marshall recrutés à Harvard. Il se retrouve l’année d’après à 23 ans secrétaire personnel du Ministre des Finances Maurice Petsche. Son ascension fulgurante, grandement facilitée par le fait que son père Jean Berthoin, haut fonctionnaire, sera plusieurs fois ministre sous la 4° république,  se poursuit et il se retrouve  en 1952 directeur de cabinet  de Jean Monnet à la tête de la toute nouvelle CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier). Trop jeune sans doute pour participer au lancement du BG il sera par contre une des chevilles ouvrières de la CT  dont il devient en 1975 le secrétaire général pour l’Europe, poste qu’il occupera jusqu’en 1992.

 

Paul Révay, personnage peu connu du public, est le secrétaire permanent du groupe Europe de la Trilatérale depuis 1981.Ses biographies publiques sont silencieuses sur ses origines mais il existe en Hongrie une famille noble portant ce nom Révay (avec un accent) qui a  collaboré avec l’occupant et fui la Hongrie en 1945 au moment de la nationalisation de ses propriétés qui pourrait être la sienne. Formé d’abord en Angleterre et en Suisse il est diplômé de l’IEP de Paris. Il travaille à partir de 1978 au centre français du commerce extérieur où il est spécialisé dans le commerce avec les pays du COMECON ce qui semble confirmer l’hypothèse précédente d’une connaissance de l’Europe centrale et de ses langues.  Il a suivi le séminaire supérieur de l’ASPEN INSTITUTE, importante institution étasunienne de la nébuleuse BG et CT qui a des filiales en Espagne, en France, Italie, Allemagne, Roumanie, république tchèque, Japon et Mexique. Elle compte dans son comité de parrainage Madeleine Albright, Condoleeza Rice, le patron de Walt Disney Michael Eisner et un personnage moins connu mais influent Walter Isaacson qui a travaillé pour le magazine Time et a été nommé par Barack Obama président du Broadcasting Board of Governors l’instance qui supervise la propagande radio internationale des Etats-Unis : Voice of America, Radio Free Europe…

Le président d’honneur de l’ASPEN France n’est autre que Jean-Pierre Jouyet, secrétaire général de l’Elysée. Georges Berthoin est membre du comité de parrainage d’ASPEN Allemagne

Thierry de Montbrial : Président fondateur du premier think tank français l’IFRI (Institut français des relations internationales) est un enseignant  Polytechnique, Conservatoire national des arts et métiers  et un homme d’influence. Issu du prestigieux corps des Mines où se recrute les dirigeants des secteurs clés de l’industrie  lourde : énergie, sidérurgie, il préfère la réflexion stratégique à la gestion économique. Il sera ainsi le premier directeur du centre d’analyse et de prévision installé par Michel Jobert au ministère des Affaires étrangères et qui continue son travail en  s’appuyant sur l’IFRI et sur les deux autres think tanks français l’IRIS et le CERI de Sciences po.  Membre de l’académie des Sciences morales et politiques, il a raté l’Académie française  et a fondé récemment un centre de réflexion …

 

B-Les patrons fidèles, (c’est à dire ceux qui font partie du comité exécutif ou participent régulièrement aux réunions).

Il est remarquable de noter que le grand patronat de toute une série d’industries françaises ; sidérurgie, automobile, nucléaire, armement, chimie, électronique  a peu ou pas fréquenté le GB et la CT. Le plus fidèle des industriels est Bertrand Collomb le patron  des Ciments Lafarge multinationale  bien installée à l’international et aux Etats-Unis mais qui n’est pas une industrie stratégique. Le patronat français vient surtout du secteur financier : assurances et banques : Axa, BNP .Ce caractère particulier de la participation française renvoie à deux caractères propres de la classe dirigeante française d’après guerre : elle est marquée durablement par l’ épisode gaulliste qui va favoriser l’indépendance des secteurs industriels stratégiques : nucléaire, aéronautique, astronautique, armement et elle veut marquer son indépendance internationale en tant que puissance coloniale présente sur tous les océans Atlantique, Indien, Pacifique. En effet à partir de très petits territoires  insulaires pour la plupart, Guyane exceptée, la France contrôle le second empire maritime mondial en superficie et se trouve de ce fait et sur ce seul plan mais qui n’est pas que symbolique en concurrence avec l’empire étasunien pur lequel la maitrise totale des mers est l’expression la plus manifeste de sa domination planétaire.

 

L’alliance particulière France-Etats-Unis, une préoccupation constante

L’épisode gaulliste, le poids particulier de la France puissance nucléaire et coloniale et les réserves d’une fraction de l’appareil d’Etat au contrôle trop étroit de l’économie et de la politique française par les Etats-Unis nécessitent la mise en place de structures visant à renforcer les liens bilatéraux au delà des liens déjà étroits noués dans le Groupe de Bilderberg et dans la Commission Trilatérale. Se rejoignent dans cette préoccupation les giscardiens et les socialistes « de gouvernement ».

Le cercle de l’union interalliée en est le prototype.

Fondé en 1917 pour saluer l’entrée en guerre qui va décider du sort du conflit et vise à « maintenir la cohésion des peuples qui avaient combattu ensemble ». Club chic propriétaire d’un superbe hôtel à deux pas de l’Elysée, il compte parmi ses membres Edouard Balladur, Valery Giscard d’Estaing, Robert Mitterrand (le frère) et la couche fortunée de la grande bourgeoisie  d’affaires Il accueille pour des conférences des invités pour que ses membres se fassent une opinion sur tel ou tel personnage « promis à un bel avenir ». Ainsi  en Juillet 2013 Emmanuel Macron  qui n’est alors que secrétaire général adjoint de la Présidence de la république vient-il y présenter « la vision économique du Gouvernement ». La suite des évènements montre qu’il a su convaincre son auditoire choisi de ses capacités à gérer leurs affaires. Il sera peu après invité à la réunion du groupe de Bilderberg. Encore un examen réussi !

 La « French American Foundation » (pas d’appellation officielle en langue française)

 Créée en 1976 un après la Commission Trilatérale  et dans les mêmes conditions géopolitiques globales elle est en quelque sorte une annexe bilatérale à la maison mère trilatérale. Présentée officiellement par les deux présidents Gérald Ford et Valery Giscard d’Estaing elle donne l’occasion à ce dernier de souligner que malgré quelques divergences entre les deux pays – il ne mentionne pas expressément le gaullisme dont il est en fait le fossoyeur- les intérêts communs sont historiquement prédominants. Parmi les membres français fondateurs se retrouvent les trilatéralistes français  incontournables : Thierry de Montbrial et Jean Louis Gergorin déjà cités. En 1981, après l’élection de François Mitterrand se met en place le programme de sélection des futurs membres des équipes dirigeantes dans les domaines politique et économique : les « Young leaders ». Il s’agit de se prémunir  contre l’arrivée au pouvoir ici et là de personnages qui ne seraient pas dévoués aux intérêts « transatlantiques » et à qui l’arrivée de la gauche au pouvoir aurait donné des idées d’émancipation. Ces idées encore présentes bien que minoritaires  dans l’équipe Mauroy en 1981 seront totalement éliminées dans le gouvernement du bilderbergien Fabius. Le programme, richement doté, permet voyages, rencontres, tout le nécessaire du parfait agent d’influence étasunienne au cœur des pouvoirs français. Les résultats sont brillants. Ont été Young Leaders : François Hollande, Pierre Moscovici, Arnaud Montebourg, Marisol  Touraine (dont la sœur Agnès est dirigeante de la Fondation) et Najat Vallaud-Belkacem mais aussi François Léotard, Alain Juppé, Valérie Pécresse et beaucoup d’autres comme Henri de Castries – groupe AXA, 9° groupe mondial d’assurance – nouveau président  depuis 2012 et premier français président du directoire du groupe Bilderberg.

Soros : la société ouverte…. aux capitaux étrangers

Le milliardaire étasunien d’origine hongroise George SOROS est un produit emblématique de l’âge de la dérégulation financière. Il mélange en effet un savoir faire de spéculateur de haut vol acquis à Wall Street  à partir de fonds judicieusement domiciliés dans des paradis fiscaux  et une activité d’apparence humanitaire à travers une fondation qu’il préside l’OPEN SOCIETY FUNDATION .

Cette dénomination est ure référence explicite au livre du philosophe autrichien KARL POPPER

Publié en 1945 et rédigé pendant la guerre en Nouvelle Zélande où Popper s’est réfugié il est traduit en  français sous le titre « La société ouverte et ses ennemis » et publié dans une version non intégrale 34 ans plus tard. Dans cet ouvrage particulier qui est en marge du reste de ses nombreux travaux consacrés  à la philosophie des sciences POPPER critique  voire liquide PLATON, HEGEL et MARX. Quelle santé ! Ce positionnement politique le conduira à être recruté par le théoricien du Libéralisme économique HAYEK à la fois comme enseignant  à la LONDON SCHOOL OF ECONOMICS et à la SOCIETE DU MONT PELERIN, cercle international de penseurs libéraux qui sera plus tard présidé par MILTON FRIEDMAN le grand économiste de l’école de Chicago dont les théories seront mises en application au Chili par PINOCHET et son gouvernement concrétisant le divorce complet entre le la violence du libéralisme économique et les libertés politiques.

Cette évolution est au cœur des activités de la fondation de George Soros puisqu’elle intervient en formant et en finançant via ses fondations nationales des groupes d’opposition politique dans les pays qui limitent la  liberté  des  mouvements des capitaux et devises étrangers. En s’inspirant d’une maxime bien connue on peut dire que la Fondation SOROS forme des renards libres qu’elle lâche dans des poulaillers pas encore libérés. Elle est donc un des principaux acteurs des révolutions de couleurs initiées depuis la chute de l’URSS par le capitalisme étasunien transnational  et une sorte de franc-tireur du capital étasunien transnational. .Elle se trouve très impliquée dans la crise ukrainienne actuelle. SOROS est évidemment membre actif et du Groupe de Bilderberg et de la Commission Trilatérale et dispose des moyens financiers pour permettre à des agitateurs sans aucun mandat d’exercer plus d’influence politique qu’un Ministre des Affaires étrangères en poste.

Il n’existe pas d’OPEN SOCIETY France puisque la pénétration des capitaux transnationaux y est facile, mais SOROS entretient des relations directes (pour celles qui sont connues des grands médias)  avec des personnalités comme Michel Rocard, Bernard Henri Lévy et Christine Ockrent. Celle-ci est conseillère et ancien membre français du Conseil d’administration de l’INTERNATIONAL CRISIS GROUP lobby militaro-politique de soutien à l’OTAN dont SOROS est aussi administrateur et a été invitée plusieurs fois aux réunions du BG.

Un cas récent d’action des Bilderbergers : La liquidation politique de Dominique de Villepin

L’épilogue judiciaire de l’affaire Clearstream n’a pas été accompagné de beaucoup de commentaires politiques sur cette étrange affaire. D’une certaine façon, la judiciarisation d’un conflit efface souvent sa dimension politique. Dominique de Villepin a donc été disculpé, il n’a pas organisé la falsification  des fichiers Clearstream. Mais il reste politiquement mort.

De Villepin, technocrate brillant est choisi par Chirac comme ministre des affaires étrangères  en 2002 après les présidentielles. A ce poste il va mettre en pratique une sorte de néo gaullisme qui le conduit  à pratiquer à la fois  le néocolonialisme le plus honteux dans l’affaire ivoirienne où il pratique une ingérence ouverte et publique dans la vie politique de ce pays  et à tenir tête à la puissance impériale dans l’affaire irakienne. Son intervention en Février 2003 au Conseil de sécurité de l’ONU contre la guerre en Irak le fait haïr par la classe dirigeante étasunienne et par les médias puisque c’est clairement un acte d’insoumission qui privera  GW BUSH de l’aval de l’ONU pour renverser le pouvoir irakien envahir  et détruire le pays. Pour spectaculaire qu’elle ait été  la prise de position française avait été approuvée les jours précédents à l’occasion d’une visite du président Poutine à Paris par l’Allemagne, la Russie et la Chine.

Les Etats-Unis conscients de l’excellente connaissance par la France de la situation en Irak et aux alentours avaient pourtant essayé de mettre la France dans leur poche en faisant accepter l’année précédente par Chirac et  de Villepin la création et  l’installation à Paris de l’ALLIANCE BASE, (traduction française mot à mot d’AL QAIDA), cellule de coordination de la CIA, de la DGSE et des services britannique et allemand. Leur déchainement contre De Villepin est énorme et il faut considérer qu’il va rester pour l’équipe des néoconservateurs un homme à abattre. Fort opportunément Chirac le déplace en 2004 au Ministère de l’intérieur dans le gouvernement Raffarin 3  et confie les affaires étrangères à Michel Barnier un UMP très euro-atlantiste qui sera invité aux réunions Bilderberg et Trilatérale les années suivantes.

Pour remplacer Raffarin en 2005 Chirac doit choisir entre Sarkozy monté en puissance comme n°2 du gouvernement Raffarin 3 et De Villepin. Les impasses guerrières en Afghanistan et en Irak sont désormais bien visibles, Bush entame son dernier mandat, la position française anti guerre de 2003 se trouve justifiée et Chirac n’oublie pas que Sarkozy a été balladurien. Ce sera donc De Villepin et à compter de cette date Sarkozy, bien que n°2 du gouvernement  mettra tout en œuvre pour éliminer son rival sur le terrain intérieur  (on se souvient des éditoriaux assassins de Henri Guaino qui, en plein conflit sur le CPE, écrivait dans la presse économique  que le CPE était inutile) comme sur le terrain international. Sur ce plan il faut tirer tout le bénéfice de la mauvaise image de De Villepin à Washington d’autant plus que l’Alliance Base ne fonctionne pas bien, elle sera fermée en 2009. Les réseaux GB et CT vont donc pouvoir fonctionner à plein, l’affaire CLEARSTREAM 2 éclate.

Passons sur les péripéties. En positions d’accusé de Villepin se défend comme il peut mais il trouve face à lui une équipe composée d’hommes de la coterie proétasuniene  tous participants à diverses reprises aux réunions soit du GB soit de la CT : Jean louis Gergorin, Imad Lahoud et le juge Van Ruymbeke.

Gergorin, polytechnicien, énarque, diplômé de Harvard a commencé sa carrière professionnelle à la RAND corporation un des principaux think tanks stratégiques étasunien en permanence sous contrat avec le Pentagone et en particulier avec  l’USAIR FORCE  Dans l’épilogue judiciaire de 2013 la Cour de Cassation refuse le pourvoi formé par les deux premiers cités et confirme leur  condamnation par la Cour d’Appel de Paris

En première instance  le 28 janvier 2010 le tribunal correctionnel de Paris avait reconnu Jean-Louis Gergorin coupable de dénonciation calomnieuse, usage de faux, recel d'abus de confiance et vol. et l’avait  condamné à 3 ans d'emprisonnement dont 15 mois ferme et 40 000 euros d'amende et Imad Lahoud coupable de complicité de dénonciation calomnieuse, de faux, d'usage de faux et de recel d'abus de confiance et l’avait condamné condamné à 3 ans d'emprisonnement dont 18 mois ferme et 40 000 euros d'amende.

Le 14 septembre  la  cour d'appel de Paris rend son jugement et condamne Jean-Louis Gergorin à 3 ans de prison dont 6 mois de prison ferme et 40 000 euros d'amende, Imad à 3 ans de prison dont 18 mois de prison ferme et 40 000 euros 'amende.

Dominique de Villepin est relaxé mais sa carrière politique est terminée et l’Elysée sous Hollande n’est pas plus néogaulliste que sous Sarkozy. Interrogé par la télévision en 2013 Thierry de Montbrial, observateur particulièrement bien placé, observe que du point de vue des relations entre la France et les Etats-Unis il ne voit pas de différence entre les deux présidences successives d’autant moins que Jean Pierre Jouyet est un des principaux collaborateurs du premier comme du second. Il confirme en Décembre 2014.

Thierry de Montbrial  in Les Echos 05.12.2014

Quel rôle peut jouer la France et a fortiori l'Occident ?

La France s'est progressivement éloignée du gaullisme et de ce qu'on appelait alors la politique d'indépendance nationale. C'est-à-dire d'une grande autonomie d'analyse par rapport aux Etats-Unis. Dire cela ne signifie nullement être anti-américain. Lorsque nous avons connu des poussées gaullistes comme en 2003 avec le discours de Dominique de Villepin au Conseil de sécurité des Nations unies contre l'intervention militaire américaine en Irak, nous l'avons fait d'une façon un peu excessive. Ce qui explique peut-être qu'ensuite nous avons été trop accommodants.

 

En expert, pesant ses mots, Thierry de Montbrial ne parle pas d’indépendance nationale ou de souveraineté  il se limite à « une grande autonomie d’analyse » et concède qu’ensuite, c’est à dire jusqu’au jour où il s’exprime, la France que ce soit sous Sarkozy ou sous Hollande a été trop « accommodante » pour ne pas dire totalement alignée.

 

Nouvelle Sémantique du pouvoir

Il est inévitable que la critique de ces objets sociaux mal identifiés ait été difficile et parfois confuse. Si l’on admet que les Bilderbergiens et les Trilatéraux sont des complotistes ou des conspirationnistes – en faisant pour le moment l’économie de la hiérarchie interne à ces groupes – il faut répondre à la question du but du complot ou de la conspiration. La réponse vient aussitôt : « exercer le pouvoir au niveau mondial » « former un gouvernement mondial ».  Il s’agit déjà là de deux réponses non équivalentes. Le « pouvoir » est un terme vague qu’il faut aussitôt qualifier si on veut lui donner quelque consistance : il peut tour à  tour être économique, financier, politique, militaire, selon son domaine d’intervention principal ou combiner plusieurs d’entre eux, il peut être  local,  régional, national ou international selon son aire d’exercice. Le mot Gouvernement est plus précis puisqu’il s’agit d’une institution ayant un siège, des dirigeants connus, une aire géographique d’action délimitée.

Face à cette difficulté sémantique les complotistes/conspirationnistes maniant l’oxymore déclarent qu’il s’agit d’un « gouvernement de l’ombre ». Un gouvernement suppose des gouvernés avec des degrés de consentement divers mais avec une connaissance de qui gouverne et qui met en œuvre sa visibilité.

Ceci conduit à déchiffrer le nouvel  appareil lexical utilisé dans les pays occidentaux  dans le champ politique.

Les Etats-Unis sont devenus au cours du XX° siècle le lieu privilégié de cette transformation de la politique et de son langage dans la mesure où ils constituent le premier empire de l’Histoire qui se considère lui-même comme sans limites. Ce qui est désigné comme la révolution américaine n’a pas à proprement parler le caractère de renversement d’un pouvoir et d’une structure sociale précédents. Il s’agit en fait de la création ex nihilo par des colons  d’un Etat qui fait sécession avec l’Etat colonisateur. La même tentative échouera en 1812 au Canada. Les colons éliminent progressivement les sociétés indiennes préexistantes et importent des esclaves pour constituer une classe à exploiter. En un siècle et demi l’immensité du territoire conquis et les exceptionnelles ressources naturelles du sol et du sous-sol vont faire de ce nouvel Etat une puissance mondiale qui, après avoir établi sa domination sur la quasi-totalité du continent américain  (doctrine Monroe et adaptation Théodore Roosevelt) ,se retrouve  du fait des conflits entre impérialismes européens en position de domination mondiale, en témoigne le rôle central de Wilson dans l’organisation de l’après première guerre mondiale qui impose son système sans s’y soumettre lui-même : la Société des Nations  et la Cour Internationale de Justice en sont l’illustration. Déni fondateur de l’égalité  des Etats-nations.

C’est dans les premières années du XX° siècle que s’élabore cette vision du monde et Wilson ne fait qu’exprimer les intérêts de la classe dirigeante étasunienne élaborée par la fusion (sanglante : guerre de Sécession) des esclavagistes latifundiaires du Sud et des  capitalistes miniers, industriels et financiers du Nord. Mais elle ne prend forme instituée qu’avec la création en 1921 du COUNCIL OF  FOREIGN RELATIONS qui publie depuis la revue FOREIGN AFFAIRS. Le CFR  financé par des fondations capitalistes (Carnegie, Rockefeller) associe banquiers, responsables politiques et journalistes, le trépied de la domination de classe. L’objectif est clair : assurer la domination du Capital étasunien sur l’ensemble du monde en sélectionnant les dirigeants politiques qui soutiendront le projet et les hommes de plume : écrivains et journalistes chargés de conditionner l’opinion publique dans le sens de cette politique. Ce projet n’est pas au départ hégémonique il doit s’imposer dans une  société étasunienne où l’isolationnisme a toujours conservé une position forte et s’est exprimé en particulier dans les réticences du Congrès  à entrer en guerre tant en 1914 qu’en 1939.

Le rapport de subordination du pouvoir politique au pouvoir du Capital est illustré ici comme il l’est dans les autres domaines. Le FED, « banque centrale » étasunienne  est une fédération de banques privées et le contrôle de principe exercé sur elle par le Congrès sur son activité ne peut pas masquer le fait que le financement privé des très couteuses campagnes électorales aux Etats-Unis met les élus sous la tutelle des milliardaires des banques et des lobbies patronaux.

Après la seconde guerre mondiale une fois installées la domination du dollar via les aides Marshall, le FMI et la BIRD et la domination militaire via l’OTAN   le trépied de la domination de classe va se mettre en place en Europe avec la création du groupe de Bilderberg qui se structure comme le CFR dont il constitue une extension européenne. En effet  si la structuration en groupes nationaux fait apparaitre une majorité numérique des européens, le groupe étasunien issu directement du CFR garde la maitrise des opérations, les groupes nationaux étant surtout chargés,  vu leur connaissance du terrain, de la sélection des membres permanents de leur pays et des invitations pour les réunions annuelles.

Les invitations obéissent à deux préoccupations bien différentes : la première auditionner et tester les futurs membres, la seconde débattre avec des personnalités importantes mais qui sur des sujets stratégiques ne sont pas en accord avec les orientations du groupe et de ses dirigeants.

Le cas le plus intéressant à cet égard est celui du général GALLOIS. Conseiller privé de De Gaulle sur la stratégie nationale, il est invité au moment où s’annonce une politique française d’indépendance visant à s’émanciper de la tutelle des Etats-Unis , politique qui conduira à la constitution de la force de frappe et à la fermeture des bases US en France et qui est évidemment  très mal reçue à Washington qui fera tout pour empêcher que ce mauvais exemple soit suivi par d’autres pays européens. Dans le livre de MICHAEL GAMA, Gallois fait le récit de la réunion du BG au cours de laquelle il défend le choix de la France  et des réactions très virulentes de la délégation étasunienne à son propos.

Dans le cadre de l’affaiblissement des pouvoirs nationaux voulu par la classe capitaliste étasunienne à visée mondiale un vocabulaire nouveau émerge qui fait partie intégrante du discours politique aujourd’hui dominant :

  1. La gouvernance :

Ce mot venu du vieux français et construit comme intendance s’exile en Angleterre et tombe en désuétude en France. Il y  revient dans les fourgons de la Commission Trilatérale qui publie en  mai 1975 un rapport intitulé GOUVERNABILITY OF DEMOCRACIES où réapparait le terme anglais GOUVERNANCE. Il s’agit bien d’une application au champ politique bien que depuis le terme se soit répandu  partout. Gouvernance n’est en fait rien d’autre que  l’adaptation à la gestion de la chose publique de la notion de management. L’action du gouvernement ne se limite plus à l’exercice des pouvoirs qui lui sont attribués par les lois en vigueur, Constitution comprise, mais à un ensemble d’actions visibles ou discrètes visant à influencer les autres sources de pouvoir dans la société. L’Etat, bras du gouvernement,  se trouve donc inséré dans un réseau de pouvoirs privés dont le poids et l’influence ne sont évidemment pas proportionnels au nombre de citoyens qui les organisent et les exercent.

  1. Les lobbies :

Ce terme anglais a une origine qui mérite une explication. Dans les grands hôtels le LOBBY est le grand hall d’entrée, le vestibule vaste et confortable  où se croisent les clients. C’est un lieu de rencontres fortuites ou organisées mais où est garantie une certaine homogénéité sociale ne serait-ce qu’en raison du prix des chambres. Il est donc possible et très fréquent d’y échanger des cartes de visite, des numéros de téléphone, d’y faire quelques confidences discrètes, bref un lieu de contact et d’influence.   Cette fonction a été quasi officialisée à Washington dans les salons de l’Hôtel Intercontinental Willard, à deux blocs de la Maison Blanche où le Général Grant accueillait tous les solliciteurs pendant la guerre de sécession. Mais la fonction avait été inventée à Londres où  à partir des années 1830 les couloirs de la Chambre des Communes permettaient la rencontre entre les parlementaires et leurs solliciteurs. Le pragmatisme anglo-saxon avait vite compris que si l’électeur de base n’a en général qu’une occasion tous les 4 ou 5 ans le jour du vote  de se faire entendre par son député, les groupes de pression peuvent fréquenter en permanence les dits couloirs pour faire valoir leurs intérêts – légitimes ou pas – directement auprès des élus. C’est la démocratie au quotidien mais évidemment réservée à ceux qui ont le temps et les moyens de l’exercer. Le lobbying est aujourd’hui devenu, en particulier à Washington et à Bruxelles une activité capitaliste intégrée employant des milliers de salariés et recourant aux techniques les plus pointues de la communication qui peuvent à l’occasion confiner à la concussion et à la prévarication. La prévarication n’est pas un délit pénal mais la concussion en est un. Par contre rien n’empêche un groupe de pression de tenter de faire supprimer par des parlementaires une disposition fiscale ou sociale qui ne lui convent pas. Et donc d’éviter à l’amont le risque de concussion

 

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 CONCUSSION

« Le fait, par une personne dépositaire de l'autorité publique ou chargée d'une mission de service public, de recevoir, exiger ou ordonner de percevoir à titre de droits ou contributions, impôts ou taxes publics, une somme qu'elle sait ne pas être due, ou excéder ce qui est dû, est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende.

Est puni des mêmes peines le fait, par les mêmes personnes, d'accorder sous une forme quelconque et pour quelque motif que ce soit une exonération ou franchise des droits, contributions, impôts ou taxes publics en violation des textes légaux ou réglementaires.

La tentative des délits prévus au présent article est punie des mêmes peines. »

Code pénal, Article 432-10.

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3 - Les pouvoirs régaliens

République ou pas, démocratie ou pas un pouvoir régalien est étymologiquement le pouvoir du roi et l’expression est relativement récente. Les constitutionalistes toujours subtils ont opéré un glissement sémantique : le roi c’est le souverain et les pouvoirs régaliens sont ceux qui sont exercés souverainement par un Etat. C’est-à-dire principalement  la défense, les affaires étrangères et  la police. On y ajoute en général la gestion du droit de la nationalité. Ce tour de passe-passe pose problème quand la Constitution établit que le peuple est souverain. Il devrait donc être consulté sur toutes les grandes questions régaliennes : guerres, traités internationaux, limitation éventuelle des libertés publiques pour des raisons de sécurité publique.  L’expérience montre qu’il n’en est rien et qu’au contraire les pouvoirs régaliens sont restés très royaux dans leur exercice, le Chef de l’Etat et quelques conseillers   se limitant à faire valider dans les cas les plus visibles leur décision par un vote parlementaire et très rarement par un référendum.

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Texte de Renato Curcio *

  • Un des fondateurs des Brigades rouges en 1970 il est arrêté en 1976. Condamné à trente ans de prison il a été libéré en 1998.

Le trépied de la domination capitaliste

*Comme la production, la consommation est aujourd'hui assujettie à des processus continuels de restructuration. Elle devient un élément dynamique, actif, intégré strictement et rigidement dans le procès de production-reproduction. Dans la première phase de la domination réelle, le capital se soumet l'organisation du travail d'usine, la force de travail sociale, en les produisant en tant que ses déterminations spécifiques, visant à l'extraction de la plus-value relative; aujourd'hui, dans la domination réelle totale, il se soumet toutes les "qualités de l'homme social", en le produisant en tant qu'homme du capital rendu fonctionnel là aussi pour la réalisation de la plus-value relative.

Ce qui signifie une modification qualitative profonde, une révolution capitaliste des besoins, des goûts, de la mentalité, de la morale... en un mot, de la conscience. Et une production des appareils, des instruments nécessaires à cela. C'est ainsi que naît une nouvelle branche de la production, "l'usine de la conscience", avec ses fonctionnaires correspondants; usine des modèles de consommation, des systèmes idéologiques, des systèmes de signes ayant pour but la réalisation-reproduction de la plus-value relative, du rapport social dominant.

La production n'est plus seulement production indirecte de consommation (dans le sens que toute production présuppose une consommation), mais elle se constitue aussi aujourd'hui comme "production directe de consommations": à côté de la production d'objets-marchandises, il y a la production de besoins - consommations -conscience - idéologie; en même temps que la production de plus-value relative, il y a la production spécifiquement capitaliste de ses conditions de réalisation.

La production des formes de la conscience ne peut donc plus être considérée comme quelque chose de distinct de la production de marchandises, de secondaire par rapport à elle. "Production de marchandises" et "production de systèmes idéologiques" sont aujourd'hui concrètement, visiblement, les deux côtés, les deux aspects du même processus: le travail en tant qu'activité conforme à un but.

Elles sont produites et vivent simultanément dans le même espace- temps ; pour se reproduire, le capital doit reproduire simultanément les deux déterminations.

Renato Curcio : In  chapitre V CRISE  DE SURPRODUCTION DES RAPPORTS SOCIAUX 1983

Quelques remarques conclusives

Le Groupe de Bilderberg et la Commission Trilatérale sont donc des outils de programmation  du système de domination mondiale du capitalisme  dollars. Ils sont le complément indispensable de la domination institutionnelle (OTAN, OCDE, FMI, BM, OMC…   ). Ce systéme est l’outil  d’une domination de classe, d’une classe qui se sait minoritaire  et qui doit obtenir à chaque instant, pays par pays, le consentement de la classe hyper majoritaire des producteurs. Il s’agit du type de consentement qui est mis en avant  par les avocats des violeurs dans les procès aux assises : «  la victime était consentante ! » La démocratie telle qu’elle est pratiquée dans les grands pays « occidentaux » ne vise qu’à la recherche de ce type de  consentement, le viol assumé, c’est-à-dire le fascisme, restant le recours en dernier ressort.

Ce consentement nécessite un soin de tous les instants et des moyens financiers importants. Les mouvements comme Occcupy Wall Street qui s’en tiennent à une simple critique de la distribution sociale de la richesse : 1%  qui gouvernent  et les 99 autres %  qui subissent oublient que les détenteurs des 1% dépensent une bonne  partie de leurs énormes revenus pour organiser le consentement et qu’il s’agit d’une tâche permanente toujours à recommencer parce que le consentement est précaire, jamais acquis et que la division de l’énorme masse des 99% demande des moyens :  financement et distraction de la classe moyenne, appareil sécuritaire et répressif, corruption.

La class

1 janvier 2016 5 01 /01 /janvier /2016 15:09

Un forum international peu connu

 

SON NOM : HEART OF ASIA - ISTANBUL PROCESS

Fondé en 2011

Son objectif tel qu’affiché sur son site officiel à sa création

« Sécurité régionale et coopération pour un Afghanistan stable et sûr »

 

Dix ans après l’assaut des Etats-Unis sur ce petit pays, les Etats qui se rassemblent pour la première fois sous cette bannière en 2011 à Istanbul prennent acte du fait que l’Afghanistan n’est ni stable ni sûr et ils le font sans l’OTAN, sans les Etats-Unis sans les « occidentaux » selon l’appellation convenue.

Ils le font parce qu’ils savent tous à des degrés divers que l’arrivée de Bush avec ses gros rangers n’a pas transformé le bourbier afghan en un pays tranquille. Ils savent tous que la drogue produite massivement en Afghanistan qui a envahi le marché mondial circule chez eux en abondance et y alimente réseaux mafieux, services secrets parallèles, ministres véreux et fonctionnaires corrompus. L’Afghanistan tel qu’il est aujourd’hui pourrit son environnement, c’est-à-dire une bonne partie du continent eurasiatique d’où le titre HEART OF ASIA, cœur de l’Asie. Ils savent tous que les armes utilisées en Afghanistan qu’elles soient officielles comme celles utilisées par les armées de l’OTAN, les forces spéciales et les mercenaires de diverses origines ou clandestines comme celles des talibans et autres seigneurs de guerre circulent aussi sur leur territoire soit avec leur accord : la Russie laisse survoler son territoire par les avions cargos de l’armée US qui alimentent ses troupes, soit dans la clandestinité l’argent de l’héroïne donnant un pouvoir d’achat considérable aux groupes combattants clandestins ou non gouvernementaux.

L’organisme va donc viser la coordination des efforts des Etats membres pour stabiliser l’Afghanistan. Cette intention est en elle-même un camouflet pour les Etats-Unis qui, que ce soit sous Bush junior ou sous Obama, n’ont réussi, s’ils n’ont jamais eu une autre politique réelle, qu’à prolonger l’état de guerre et à maintenir la production d’héroïne au plus haut niveau (90% de la production mondiale selon l’ONU).

Il va tenir depuis sa fondation en 2011 un sommet annuel réunissant chefs d’Etat et de gouvernement. Le dernier s’est tenu à Islamabad en décembre 2015.

La question qui se pose inévitablement est de savoir quel est le degré d’engagement et de sincérité des divers Etats participants. Que le gouvernement afghan officiel ait l’ambition d’un jour gouverner un pays tranquille est bien compréhensible, que les Etats-membres de l’organisation de coopération de Shanghai (Chine, Russie, Ouzbékistan, Tadjikistan, République Kirghize, Kazakhstan) aient depuis 2000 renforcé leur coopération à tous niveaux avec des objectifs que le HEART OF ASIA a fait siens sur le papier, soit : lutter contre le terrorisme, contre tous les trafics et coordonner leur développement économique ne fait pas de doute.

Il est par contre permis de s’interroger sur la sincérité de l’engagement de la Turquie quand il est aujourd’hui bien établi qu’Erdogan et son gouvernement soutiennent et Daesh et les terroristes ouighours , quand nul n’ignore que l’Arabie Saoudite achète aux Etats-Unis des armes qui comme les missiles antichars TOW sont utilisés par Daesh contre l’armée arabe syrienne, quand les services secrets pakistanais laissent circuler les armes à destination des talibans voire les fournissent.

A ce compte, les réunions du « HEART OF ASIA – ISTANBUL PROCESS » peuvent elles être autre chose que le concours du plus grand menteur ou la présélection pour le Nobel du double langage ? Il est permis de se poser la question.

Pourtant le fait que les participants les plus douteux à ce forum pour la stabilité régionale acceptent de s’y rendre au niveau politique le plus élevé et inévitablement de s’y voir reprocher à la tribune ou dans les coulisses leurs manigances déstabilisatrices est probablement une façon pour la Russie, la Chine , l’Inde et l’Iran en particulier c’est-à-dire pour les pays qui veulent vraiment que l’Afghanistan trouve une stabilité politique et avec elle le continent dans son ensemble en même temps que la voie d’un développement économique et social interrompu depuis quarante ans, et de faire cesser le jeu hypocrite rétrograde et meurtrier des alliés régionaux des Etats-Unis.

L’arrivée apparemment massive de combattants de Daesh fuyant la Syrie sur le sol afghan donne à cette question une acuité toute particulière.

20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 17:21

DE FRANCOIS I A FRANCOIS II

Modeste contribution à l’histoire des monarques républicains en France

 

Le texte que nous diffusons s’inscrit dans un contexte historique et stratégique particulier. Daté de 1985 il est signé par deux militants allemands du MARXISTICHE GRUPPE, groupe de la nouvelle gauche issu du mouvement étudiant des années 68, et n’a connu en France qu’une diffusion confidentielle.

Son intérêt réside dans le fait que deux hommes politiques français importants y sont nommés et visés. L’un est François MITTERRAND dont le second président de la république issu du PS FRANCOIS HOLLANDE s’avère être un héritier inquiétant , au point que l’on peut parler d’une véritable lignée dynastique de FRANCOIS I à FRANCOIS II, la différence étant que la premier a fait un parcours politique de droite à gauche , de Vichy au PS et l’autre fait sous nos yeux le chemin inverse.

L’autre personnage est Laurent Fabius, cet ancien « plus jeune premier ministre de France » devenu le ministre des Affaires étrangères qui soutient les gouvernements les plus réactionnaires de la période : Ukraine, Turquie, Arabie Saoudite, Qatar, Israël.

En matière de relations internationales, la période est marquée par « la crise de euromissiles ».

En 1977, l’URSS décide d’installer sur son territoire à l’ouest de l’Oural des nouveaux missiles de moyenne portée SS20. Ces missiles ne peuvent pas atteindre les Etats-Unis donc ne sont pas concernés par les accords de limitation des armes nucléaires SALT I conclus entre les USA et l’URSS. Par contre ils peuvent atteindre l’Europe de l’Ouest. La France de Giscard ne réagit pas, protégée qu’elle est par sa force de frappe dissuasive et le premier ministre Raymond Barre se contente de dire que l’arme nucléaire française est destinée à protéger le territoire français, rien de plus. La réaction de la RFA est à l’opposé puisqu’elle ne dispose pas d’une protection nucléaire propre qui lui est interdite par les accords de fin de seconde guerre mondiale qui ont rangé l’Allemagne dans le camp des agresseurs. Elle y est toujours. Le chancelier Schmidt sonne le tocsin aux Etats-Unis et va obtenir l’installation sur le territoire de la RFA par les Etats-Unis de missiles Pershing à tête nucléaire d’une portée équivalente à celle des SS20. De ce fait toute la partie occidentale de l’URSS se trouve sous la menace directe de missiles nucléaires US.

Si elle rassure le gouvernement allemand qui croit dur comme fer que l’URSS est un agresseur en puissance, cette installation donne à réfléchir à de nombreux citoyens allemands qui comprennent que si d’aventure la guerre froide passait à une phase chaude, les Etats-Unis et l’URSS s’affronteraient avec des armes nucléaires sur le sol allemand. Prend alors naissance en RFA un très fort mouvement pacifiste le « FRIEDESNBEWEGUNG » qui va mettre en avant un mot d’ordre qui terrorise les dirigeants occidentaux « Plutôt rouges que morts » en bref plutôt se réconcilier pacifiquement avec la RDA même s’il faut accepter un régime socialiste (les allemands de l’ouest savent que la RDA est le pays le plus moderne du bloc de l’Est et qu’on y meurt pas de faim).

Le dirigeant occidental qui va combattre le plus vigoureusement cette orientation pacifiste s’appelle FRANCOIS MITTERRAND. Sa leçon n’est pas appréciée par les auteurs et par le FRIDENSBEWEGUNG en général puisqu’elle peut se résumer ainsi « Nous vous préférons morts que rouges », propos évidemment implicite mais qui annonce la politique antirusse actuelle de FRANCOIS II et de l’OTAN, politique qui est la poursuite dans un tout autre contexte idéologique et politique de la politique anti soviétique de l’époque.

La suite de l’histoire est connue. Reagan lance en 2003 son INITIATIVE DE DEFENSE STRATEGIQUE pour impressionner la direction soviétique et en 1987 l’URSS et les Etats-Unis signent en 1987 les accords SALT II qui conduisent au démantèlement des bases de SS20 et des bases de PERSING. La crise des euromissiles est terminée.

 

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LE MONDE LIBRE VEUT LA GUERRE

KARL HELD / THEO EBEL

RESULTATE VERLAG 1985

PREFACE

Qui s'étonnera que le présent livre, dont la version allemande a été publiée dans la collection «Abweichende Meinungen» (Opinions dissidentes)*, rompe également avec tout ce qui a cours dans l'opinion publique française? Que ce soit en Allemagne ou en France, personne ne veut «croire» à la volonté occidentale de faire la guerre, Rien n'y fait: qu'on prenne connaissance quotidiennement des derniers préparatifs dans les journaux, qu'on connaisse l'arrogante «fermeté» dont font preuve nos hommes politiques ou qu'on sache que la «division de l'Europe» ne peut être «surmontée» pacifiquement. En République fédérale allemande, tout un mouvement de la paix veut garder sa bonne opinion des hommes politiques en déployant tous ses efforts à les convaincre qu'ils ne doivent pas stationner les euromissiles car ... personne ne peut vouloir la guerre - ce qui est d'une absurdité évidente. En France où depuis des lustres on a fait la paix avec la bombe parce qu'on la sait dans les «bonnes mains» du Président responsable de la guerre et de la paix, de telles formes sophistiquées de la soumission sont superflues. Les Français ont donc «leur» force de frappe et les Allemands «leurs» Pershings, leur Bundeswehr et leur mouvement de la paix. En outre, les deux peuples disposent d'hommes politiques capables qui ne perdent jamais de vue leur mission commune: «défendre les valeurs humanistes, les libertés qui sont à la base de l'Alliance atlantique». En musique d'accompagnement, il est présenté au contemporain des débats nationalistes sur le «neutralisme allemand» (en France) ou le «gaullisme de Mitterrand» (en Allemagne) qui sont aussi intéressants qu'abêtissants parce qu'ils impliquent un présupposé soi-disant évident dont on a tout lieu de s'effrayer: l'acceptation unanime des buts de l'alliance dans les pays occidentaux. Notre livre décevra beaucoup les amateurs de ce genre de jeu intellectuel en ne relevant que les différences 'minimes entre la «Nachrüstung» (le déploiement des euromissiles) et la «loi de programmation militaire», entre la Sparpolittk» (politique d'austérité) de Bonn et la «politique de rigueur» de Paris, entre le consensus national» pratiqué de chaque côté du Rhin.

Ce n'est plus aujourd'hui une nouvelle sensationnelle, mais une évidence banale que les variantes nationales de la remise à l'ordre, tant en politique intérieure qu'en politique extérieure, ne contrecarrent pas l'impératif supranational de l'Alliance atlantique, mais sont au contraire à son service. La France indépendante et socialiste en est un exemple frappant.

1. «Au sein de l'Alliance atlantique, la France poursuit sa propre politique»; voilà la sacro-sainte définition du «rôle» français dans le monde! Tout bon Français a appris à apprécier hautement l'indépendance de son Etat en politique extérieure et il sait tout aussi bien qu'il ne doit pas la confondre avec le neutralisme. En effet, l'indépendance n'est rien d'autre que l'argument français en faveur de l'OTAN qui constitue, à l'encontre du «bloc monolithique» de l'Est une «alliance entre pays libres». Ainsi se déclare-t-on partisan de l'alliance parce qu'on exerce sa mission globale - l'exportation tous azimuts de la liberté et de la démocratie - en tant que «vocation» française et que la répartition des tâches entre partenaires «nous» permet d'occuper (en Afrique ou au Proche-Orient) un créneau de la première puissance mondiale. En même temps, on est particulièrement fier de poursuivre les objectifs planétaires de l'Occident, non par simple discipline envers l'Alliance et pour ainsi dire à contrecœur, mais de son propre chef, avec ferveur et conviction. Ainsi le Président français se présente-t-i1 comme le défenseur le plus fervent des idéals du camp occidental « liberté, dignité, droits de l'homme» - et se permet parfois avec son arrogance impérialiste de traiter ses partenaires de simplistes maladroits (les Américains au Nicaragua) ou de lâches sans principes (les Allemands au sujet du stationnement des euromissiles). C'est pourquoi aucun Français n'est choqué de voir Mitterrand se recommander au Conseil Atlantique à Paris ou au Président américain en Normandie comme l'allié le plus fiable - l'essentiel est qu'il formule le programme de guerre de l'OTAN, «étendre dans le monde, envers et contre tout, les pouvoirs de la liberté» (Mitterrand à Washington), comme l'héritage national de la Révolution française et de la Résistance.

2. Ce n'est pas seulement depuis les licenciements en masse dans la sidérurgie ou depuis l'instauration de Fabius en tant que Premier ministre, mais depuis l'élection historique de Mitterrand que le «changement» n'implique pas la «rupture avec le capitalisme», mais sa «modernisation». Le critère que le «socialisme à la française» a repris du gouvernement précédent, lui reprochant de l'avoir négligé, n'est rien d'autre que la compétitivité du capital français. Etant donné que les principaux succès apportés par l'adaptation au marché mondial ont été des faillites, le chômage et l'inflation, le gouvernement de gauche mobilise dans le même but «toutes les énergies dans un grand élan national»: des capitalistes, il exige la création d'emplois rentables (ce qui n'exclut pas les faillites!); des ouvriers, il exige qu'ils soient disposés, par solidarité et sans considération de salaire, à augmenter leur rendement (ce qui sous-entend les licenciements !); et de lui-même, il exige des restrictions budgétaires tout en sachant faire la distinction entre sécurité sociale et sécurité nationale (c'est pourquoi l'inflation est garantie!). Et l'opinion publique, comment réagit-elle? Bien que ou plutôt parce qu'il est évident que le «renouveau national» de Mitterrand ne demande au peuple que des sacrifices, il est de bon ton lorsqu'on est à gauche d'exiger la poursuite encore plus conséquente de cet objectif brutal tout en reprochant au Président que les mesures philanthropiques déjà prises sont en contradiction avec son but initial. Tandis que le parti communiste propage ainsi le mensonge ô combien pro-ouvrier que le programme socialiste d'appauvrissement pourrait être réalisé avec moins de sacrifices, l'opinion publique régnante, pleine d'admiration pour la fermeté de Mitterrand, claironne depuis longtemps la vérité sur le «socialisme à la française»: il est le seul à pouvoir exiger des masses ouvrières autant de sacrifices, de solidarité et de nationalisme. Dans cette mesure, il prépare de façon remarquable à la guerre qui n'exige plus que patriotisme et esprit de sacrifice.

Il en est de même en France comme partout à l'Ouest: les gouvernements ont décidé de réaliser la mission historique mondiale de l'Alliance Atlantique, et le peuple qui en fait les frais s'entraîne à l'altruisme national. Toute opposition a disparu et là où en apparence un petit doigt se remue - voir le PCF, voir les Verts - cette critique se réduit à un nationalisme pur et simple. Que les ouvriers n'ont pas de patrie - personne ne veut plus croire ce jugement de Marx; qu'un Français ou un Allemand ou un Américain doive, par contre, s'employer au succès de «son» Etat et de l'Occident - voilà une folie patriotique qui, aujourd'hui, ne connaît plus de frontières ...

 

 

14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 17:43

                               

Au lendemain d’élections régionales ..

dont le résultat a pu provoquer chez certains un sentiment momentané de soulagement malgré un taux d’abstention supérieur à 40 % et des niveaux inhabituels de votes blancs et nuls  , il n’est pas inutile de rappeler que l’économie française, entrainée dans la politique déflationniste de l’Union européenne et de l’Euro,  reste installée depuis la crise de 2008 dans une quasi stagnation , que le chômage continue à s’élever à des niveaux record , que le commerce extérieur reste durablement déficitaire, que le gouvernement , enfermé désormais dans la  forteresse autocratique de l’état d’urgence ,  continue à s’impliquer, dans ou hors OTAN, dans de multiples opérations guerrières contribuant à accroitre  des tensions internationales dangereuses et qu’il affiche systématiquement  une préférence marquée pour les gouvernements les plus réactionnaires : Ukraine, Arabie Saoudite, Qatar, Israël, Turquie en même temps qu’un soutien constant aux bourgeoises compradores africaines.
Passé ce moment, il convient de porter un regard plus vaste et plus profond sur la situation politique contemporaine et sur ses dangers. A ce titre les réflexions du professeur Robert Charvin qui suivent  sont d’une grande ampleur et d'une grande  portée.

COMAGUER a grand plaisir à vous en donner la primeur.


ROBERT CHARVIN
PROFESSEUR EMERITE DE DROIT
SPECIALISTE DE DROIT INTERNATIONAL
ANCIEN DOYEN DE LA FACULTE DE DROIT ET DES SCIENCES ECONOMIQUES DE NICE


A plusieurs reprises COMAGUER a réalisé des interviews du professeur Charvin diffusées dans ses émissions régulières sur RADIO GALERE. Elles peuvent  être réécoutées ou téléchargées dans les archives radio de COMAGUER


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CONFUSIONNISME ET NEOFASCISME

 

  S'il est une idéologie dominante aujourd'hui en France et dans de nombreuses régions du monde, c'est le « confusionnisme ». Les questions majeures qui déterminent l'essentiel des comportements sont noyées dans un fatras de références pseudo-morales, religieuses, instrumentalisées pour gommer les inégalités sociales, la précarité en voie de généralisation dans les pays développés, la fracture nord-sud et l'incapacité du système économique à avoir une quelconque efficacité contre la destruction de l'environnement.

 

  Ce n'est pas encore un monde nouveau qui se profile à l'horizon, c'est le vieux monde poursuivant sa logique qui se dégrade à grande vitesse et accentue toutes ses perversions. La richesse se concentre entre quelques mains de moins en moins nombreuses dans un monde où les difficultés sociales et la crise environnementale s'aggravent, sans que le système dominant n'ouvre aucune issue.

 

  En Amérique du Sud, après une dizaine d'années de victoires progressistes permettant d'affirmer pour la première fois l'indépendance vis-à-vis des États-Unis de plusieurs États et le recul de la pauvreté, la contre-révolution reprend le dessus, grâce à des alliances confuses extrême-droite – conservateurs et social-démocratie ! La Bolivie d'Evo Morales résiste, mais le Venezuela chaviste s'affaiblit tandis que l'Argentine change de camp : le retour des États-Unis et des grandes firmes privées s'annonce !

 

  En Afrique, le désordre et la misère atteignent des sommets particulièrement depuis la destruction de la Libye par la France et les États-Unis qui a déstabilisé une large partie des États africains voisins. Les inégalités, la mal-gouvernance et les interventions extérieures renforcent le chaos qui se répand sous couleur de conflits religieux. Le développement n'a pas de réalité pour le plus grand nombre.

 

  En Asie, la Chine qui a pour priorité l'édification d'une économie nationale puissante, n'a pas encore une stratégie lisible à l'échelle planétaire. Sa tradition exclut toute « précipitation » dans le domaine politique. Il est difficile de savoir ce qu'il en sera demain.

 

  Les États-Unis, divisés entre conservateurs de plus en plus ultras et démocrates très modérés et dont les positions varient d'un État à l'autre au sein de la Fédération, poursuivent cependant quelle que soit la présidence une politique à visée hégémonique, usant du recours à la force ou de l'ingérence « soft » pour maintenir des intérêts économiques et stratégiques, sous couvert d'un humanitarisme frelaté. Son « exceptionnalisme » affirmé exclut tout respect de la légalité internationale.

 

  Les États européens qui se sont ligotés dans le cadre de l'Union Européenne, qui n'a créé qu'une structure affairiste au service des lobbies les plus riches, est politiquement malade. Malgré des dispositions « constitutionnelles » pro-démocratiques, l'Union Européenne accepte sans réaction des gouvernements qui associent diverses droites et des mouvements fascisants (comme en Hongrie ou en Lettonie, par exemple). Elle se propose même d'accepter l'adhésion de la Turquie autoritaire, islamiste et opportuniste de l'A.K.P, tandis qu'elle n'a pas hésité à détruire la gauche grecque qui avait remporté les élections, avec un parfait mépris de la démocratie électorale. La social-démocratie qui, dans une période récente, était presque partout au pouvoir en Europe, n'a rien modifié à la situation sociale détériorée. Aujourd'hui, elle est souvent associée à la droite conservatrice, comme en Allemagne qui devient le modèle politique de la France et d'autres pays européens.

 

  La France, quant à elle, a perdu tous ses repères. Il n'y a pas « modernisation » de la vie politique malgré la prétention de certains « socialistes » qui en réalité ne le sont pas. Il y a au contraire pourrissement de toutes les valeurs, effacement de tous les principes, sous l'égide d'un « tripartisme » dont les composantes FN, PS, ex-UMP sont dotées d'un programme quasi identique, chacune ayant fait les poubelles des deux autres. Le PS et l'ex-UMP ont intégré par exemple la ligne anti-immigration et les revendications autoritaristes du FN, tandis que le FN a récupéré des éléments du programme économique et social de la gauche. Au P.S, comme à l'ex-UMP, on ne combat pas le F.N, on l'évite au maximum, dans l'espoir du ralliement de ses électeurs et d'alliances (y compris contre-nature) éventuelles ultérieures. Le fascisme imbécile de Daesh conforte l'influence des pires ennemis de l'Islam en France et en Europe, qui cultivent surtout (c'est plus facile) le racisme anti-arabe, substitut au vieil antisémitisme, sous couleur de laïcité ou de défense de la civilisation.

 

  Plus personne ne s'y retrouve clairement, y compris dans l'intelligentsia, malade d'un pseudo humanitarisme et d'un droitdel'hommisme obsessionnels et inefficaces pour les droits de l'homme eux-mêmes. Cette pseudo-idéologie se voulant consensuelle contribue à tuer le politique de plus en plus discrédité, conduisant les citoyens au repli sur la vie privée et à l'indifférence vis-à-vis des luttes sociales. Le travail de mémoire de cette intelligentsia est discriminatoire. Complexée vis-à-vis de la Shoah, l'intelligentsia est devenue muette sur les massacres anticommunistes en Indonésie, au Vietnam, au Chili, etc. et oublie les massacres de la décolonisation. Cette intelligentsia-mode est aussi coupable d'un travail d'opacification des réalités socio-économiques et de la lutte des classes (concept devenu obscène), qui pourtant sous des formes complexes, avec des drapeaux renouvelés, se poursuit, malgré le sociétal médiatisé à outrance.

 

  Ce confusionnisme contribue fortement à préparer un avenir, sans que le pire soit certain, de type néo-fasciste.

 

  L'Histoire ne se répète pas, mais elle peut produire des phénomènes de même nature, par-delà les décennies, que l'on ne reconnaît pas. Les drapeaux n'ont pas la même couleur, le discours présente des différences, et surtout le style est différent.

 

  Dans une société « américanisée », comme l'est la société françaises, dont plusieurs générations ont connu les « 30 Glorieuses », « Mein Kampf » (malgré sa réédition) est illisible, même si l'arabe a remplacé le juif et le bolchevik ! La pitoyable « pensée » d'un Zemour suffit !

 

  Les Ligues et les milices n'ont plus guère d'intérêts en raison des réseaux et plus généralement des moyens offerts par les nouvelles techniques de communication. La propagande n'a plus besoin de grands meetings avec des « chefs » charismatiques : n'importe qui grâce à sa médiatisation répétitive peut passer pour un « superman » ou une « superwoman », malgré son inculture ou sa médiocrité banale.

 

  L'apathie politique est entretenue par une inculture de masse, des spectacles simplistes et des jeux stupides. L'émotivité remplace le rationnel. Le contrôle social, par un formatage conservateur, remplace la répression, rendue néanmoins facile par la transparence des citoyens (grâce au net et aux services de type NSA), alors que les pouvoirs restent opaques. Tout est entrepris pour effacer les contre-pouvoirs : les juges, les forces politiques et syndicats revendicatifs, les intellectuels critiques.

 

  D'authentiques leaders ne sont plus nécessaires pour rallier les foules : une « belle gueule » ou l'image d'un « père tranquille » suffisent pourvu qu'ils sachent manipuler avec efficacité les gens, comme des VRP du néo conservatisme, pour ajuster l’État et la société aux seuls intérêts des pouvoirs privés dominants qu'il ne faut surtout pas « déranger » !

 

  La manipulation la plus classique est l'instrumentalisation de la peur, toujours au service des dominants.

 

  Cette intoxication à la peur est entretenue plus ou moins subtilement, y compris en la dénonçant et en assimilant le courage au fait de rester aux terrasses des bistrots ! Le chômage, la précarité généralisée et organisée, la répression antisyndicale sélective (comme celle des agents d'Air France), le recrutement préférentiel à tous les niveaux de conformistes (par exemple, pour les professeurs d'économie), la valorisation constante de l'armée et de la police dont tous les actes sont applaudis, assurent l'entretien de la crainte chez les individus de plus en plus isolés les uns des autres.

 

  Les actes terroristes aveugles sont encore plus déterminants : ils imposent la recherche de protecteurs, c'est-à-dire des plus puissants. Pourtant, Daesh et ses complices sont combattus dans l’ambiguïté des alliances contre nature avec l'Arabie Saoudite et le Qatar qui nourrissent le salafisme et par des « états d'urgence », pouvant devenir permanents.

 

  Les « experts » choisis parmi les courtisans du pouvoir passent en boucle sur tous les médias, imposant l'idée que le désordre établi est « naturel », même s'il est douloureux et que tout ordre différent serait pire ou irréaliste.

 

  Les programmes des partis eux-mêmes peuvent être aujourd'hui ni sophistiqués ni réalistes : la V° République française notamment, avec son présidentialisme outrancier, a habitué les citoyens à un combat politique de « têtes » et non de projets. A partir des sondages et des revendications, les « programmes » sont édifiés pour plaire, et peu importe qu'il ne soit pas question de les mettre en œuvre ou qu'ils restent inconnus du plus grand nombre. Le Parti nazi avait, par exemple, un programme social avancé avant 1933 et qui n'a vu le jour que très partiellement, la « gauche » nazie, qui souhaitait une « révolution » nationale et socialiste, ayant été rapidement éliminée. Le monde des affaires avait décidé ! Rien d'étonnant à ce que tous les partis proposent des programmes sociaux avancés, y compris le FN : la logique du système les rend impraticables ! Néanmoins, une large partie de la classe ouvrière a été séduite. Il est vrai qu'en 1936, le chômage avait été résorbé par l'économie de guerre. La seule dénonciation des « profits abusifs », l'idée d' « unité nationale » associant partis et ouvriers et rendant « la dignité » aux salariés, l'antisémitisme et l'antibolchevisme (les deux n'étant pas dissociés à l'époque) fabriquant le bouc-émissaire nécessaire, l'origine populaire des dirigeants et leur style inédit, « antiélitiste », ont parfaitement fonctionné : le peuple allemand avait été profondément déçu de la Ière République née en 1919, non remis de la défaite, il avait subi de plein fouet la crise de 1929-1930. Le parti nazi a pu ainsi se composer pour un tiers d'ouvriers ! L'idée dominante, pour la grande majorité, était qu'il valait mieux être encaserné dans le nazisme que supporter la misère et l'insécurité avec les siens !

 

  En France, à la veille de la guerre de 1939-40, les mots d'ordre des droites étaient simples : « La France aux Français », « honneur, ordre et propriété ». S'ajoutait l'hostilité venue de loin aux « judéo-marxistes », « ferment de la décomposition nationale » ! Aujourd'hui, à la crise économique et sociale, s'additionnent le souvenir de la guerre d'Algérie, source d'un racisme anti-arabe chronique et nourrissant l'anti-immigration, le simplisme venu de Bush et des États-Unis enseignant doctement le « Bien » et le « Mal » dans le monde, distinguant les « États voyous » du monde « civilisé » : dans « l'air du temps », la Russie, la Chine, l'Iran, le monde arabe, l'Islam sont les « méchants » étrangers d'aujourd'hui. Le dérivatif au mécontentement social est efficace : les antagonismes sociaux sont transformés en haine raciale, en xénophobie, en crainte généralisée des « pauvres » : le « réfugié », par exemple, devient « l'étranger type », venu d'on ne sait où, voler notre pain et notre travail, dangereux par nature. Les sommets sont atteints lorsque tous les conflits sont délibérément transformés en affrontements de type religieux !

 

  Dans la plupart des pays européens, les droites extrêmes (y compris de type nazi, en Grèce, en Ukraine, dans les pays baltes), et le FN en France « surfent » sur ce climat sociopolitique confus mais pénétrant. Le FN, par exemple, est à la fois porteur de revendications populaires (qui ne l'engagent pas pour la suite) et reprend à son compte les réactions populaires les plus instinctives et les plus primitives, avec la complaisance des grands médias et des partis de gouvernement qui se dispensent à son égard de toute mesure répressive, en espérant au contraire pouvoir s'en servir. Les forces de droite extrême qui travaillent l'Europe et contaminent toute la société ont donc des origines précises.

 

De même, Daesh n'est pas de génération spontanée. Les puissances occidentales ont détruit dans le monde arabe toutes les forces qui les contestaient. L’Islam unifiant l'Empire Ottoman allié de l'Allemagne a été contourné par les vainqueurs de la Première Guerre mondiale par l'utilisation des nationalismes locaux permettant le démembrement de l'adversaire turc. La France, la Grande Bretagne ont « fabriqué » les « États » du Moyen Orient, dans des cadres plus ou moins artificiels, en instrumentalisant les minorités et en accentuant les différents clivages ethniques ou religieux : le résultat a été une mosaïque ingouvernable et surtout sans contenu démocratique. Les États-Unis, après 1945, ont pris le relais des interventionnismes en tout genre, pétrole oblige. Les Occidentaux ont éliminé toutes les forces qui les dérangeaient : les communistes et progressistes, puis les nationalistes nassériens ou autres, pour ne soutenir que l'armée (comme en Égypte, financée directement par les États-Unis) ou des noyaux de privilégiés corrompus et de pratique dictatoriale. L'inévitable a suivi : une montée des Islamistes (en commençant par les Frères Musulmans, longtemps soutenus aussi par les Américains) a été la réponse de peuples brimés qui rêvent de leur ancien Califat et de sociétés moins misérables et moins soumises à l'étranger.

 

  Les succès électoraux du FN en France et de la droite extrême en Europe résultent de même des essais infructueux des partis de gouvernements (de droite ou de gauche), dont les pratiques sont identiques et dont les dirigeants professionnalisés (quelle que soit la sincérité de leurs électeurs) n'ont que des plans de carrière, liés qu'ils sont aux milieux d'affaires qui comptent sur eux pour faire à tout prix leur politique, sous couvert de ce qu'ils appellent « l'Entreprise » parée de toutes les vertus! La vulgarité de pensée des Sarkozistes et les trahisons « socialistes » ont accoutumé les Français, notamment les jeunes, à la « pensée » de la droite extrême, accessible aux plus incultes et aux plus défavorisés, lassés d'attendre.

 

  Pour seule perspective, la droite et la social-démocratie en France ont l'arrière-pensée de gouverner ensemble, avant ou après 2017. La seule question qui les sensibilise est le rapport de forces entre elles qui déterminera le rôle de l'une et de l'autre : comme en Allemagne ! Cette collaboration, qui se généralise en Europe, est l'aboutissement d'un long chemin parallèle, toujours profondément « respectueux » du système capitaliste, quels que soient les dommages qu'il provoque.

 

  Mais rien n'exclut, si nécessaire, une alliance de toutes les droites, si par hasard, la complicité PS-ex-UMP buttait sur certains obstacles. Un fort courant néo-sarkoziste est tout disposé à cette autre collaboration, excluant éventuellement même la « gauche » la moins à gauche ! De son côté, un fort courant social-démocrate est prêt à toutes les alliances avec les droites, y compris en cassant le parti qui les abrite encore. Mais cette collaboration est plus dangereuse pour la suite : elle est donc source d'hésitations.

 

  En tout état de cause, la démocratie, qui se porte mal, s'en portera encore plus mal.

 

  Peut s'installer ainsi en France (mais pas seulement) dans un climat d' « état d'urgence » permanent (voir les lois successives de 1996, 2001, 2003, 2004, 2006, 2014, 2015) sur le renseignement et la prorogation de l'état d'urgence pour 3 mois, reconductible) un régime ultra-présidentialiste, sans contestation réelle possible, se voulant acteur d'une « fin de l'histoire », celle des libertés (relatives) et des acquis sociaux qui survivent.

 

  Les milieux d'affaires, dont les positions sont de plus en plus décisives, quant à eux sont en réflexion. Aujourd'hui le MEDEF de France condamne le FN, exclusivement pour son programme économique et social, dénoncé comme étant « d'extrême-gauche » ! Il est indifférent à son programme sociétal de type néofasciste. Cela peut « s'arranger » dans le futur, tout comme l'industrie lourde s'est en définitive associée au nazisme, comme l'aristocratie italienne s'est aussi ralliée au fascisme mussolinien, malgré son mépris de classe. Durant les affrontements politiques, en effet, les « affaires continuent », de même que Daesh sait conclure des contrats pétroliers avec différents trafiquants et diverses compagnies occidentales, tout en prônant la « pureté » de l'Islam ! Les milieux d'affaires ne sont pas dogmatiques : ils peuvent soutenir indifféremment les droites ou la fausse gauche, ou toutes les forces politiques simultanément, et si cela leur apparaît utile, ils n'ont pas d'hostilité de principe à l'instauration d'un régime autoritaire. Pour les affairistes, qui se prennent pour une nouvelle aristocratie, « la démocratie submerge les élites sous le flot des médiocres et des incompétents ». Ils sont pour « une société stable et efficace qui a besoin de l'autorité allant de haut en bas et de la responsabilité qui monte de bas en haut. Il faut favoriser et non entraver l'élévation des meilleurs, c'est la loi de la nature » On croirait entendre le MEDEF ou BFM ! Mais non, c'est l'auteur de Mein Kampf qui s'exprime !!

 

  Il y a au sein du patronat le culte de la « libre » concurrence : elle en fait toujours faussée ! Par contre, elle est de plus en plus vive entre les individus : c'est la guerre de chacun contre tous pour parvenir à survivre, créant l'hostilité à l'égard des autres. Toutes les structures collectives craquent pour le plus grand profit des puissants. La conscience d'appartenir à une caste cohérente est vivante chez les privilégiés. Elle implose chez les démunis.

 

  Les attentats islamistes de Daesh, financés par des alliés de la France (350 victimes en France en 30 ans) qualifiés trop souvent de « guerre », relèguent la crise sociale au second plan des préoccupations. Les éloges permanents aux « forces de l'ordre » et les méthodes de répression aident au développement d'un climat sécuritaire, dans lequel on met la justice à l'écart tandis que l'éducation nationale et tous les services publics font l'objet au contraire des critiques les plus systématiques. Les grands médias entre les mains des groupes financiers loin d'être un quatrième pouvoir, sont le relais des idées dans « l'air du temps ».

 

  Tous les ingrédients du fascisme, mouture des années 2000, sont donc réunis. Le « capitalisme de la séduction », rendu possible par les « 30 Glorieuses » avec sa consommation de masse, ne fonctionne plus : la caste dominante estime ne plus avoir les moyens d'offrir aujourd'hui ce qu'elle fournissait hier. Un « capitalisme de l'oppression », plus ou moins délicate, tend à lui succéder. Pour faire avaliser cet autoritarisme, on renforce le « faste » entourant les « chefs » de l’État, pourtant plus mussolinien que républicain. On met en exergue les « valeurs » démocratiques mais on annihile les citoyens en les empêchant d'être des centres d'initiative. Le degré de « délicatesse » de l'oppression dépendra des réactions plus ou moins fortes qu'il suscitera nécessairement : en attendant, le système se sert de tous les événements et de tous les prétextes pour prévoir le pire, en discréditant les juges qui font leur métier. Le système ne manque pas d'ores et déjà de traiter avec une condescendance méprisante l'authentique opposition de gauche très affaiblie, tout comme la Commission Européenne a réduit à l'impuissance, avec arrogance, hier Syriza et demain sans doute Podemos ou le nouveau parti travailliste britannique !

 

  Aucune perspective de progrès (ni même de croissance à retombée sociale) n'est réaliste dans le cadre du capitalisme financier. Il ne peut qu'essayer de produire des fictions manipulatrices ou frapper.

 

  Beaucoup ne croient pas encore, surtout dans la « Patrie des Droits de l'Homme » à une telle régression, comme si les dictatures et les autoritarismes c'était toujours pour les autres ! Il y a amnésie sur l'Europe des années 1930-1940 ; il y a ignorance de certaines réalités en Europe de l'Est. Il y a volonté de ne pas savoir ce que vivent réellement les peuples du Sud. Il n'y a qu'une crainte stupide vis-à-vis des progrès de la Chine et de la volonté de la Russie de reprendre sa place dans le concert des Nations, traitées comme des ennemies.

 

  Tout est en place pour que les archaïsmes politiques et économiques les plus frelatés apparaissent comme le comble de la modernité.

 

  Un seul obstacle, heureusement de taille :

l'intelligence et la mobilisation des citoyens.

 

11 décembre 2015

 

Robert CHARVIN

2 décembre 2015 3 02 /12 /décembre /2015 13:43

Les Attentats de Paris et la réaction de l'Etat français: ….

L’article qui suit a été publié le 24.11.2015 sur le site PAMBAZUKA NEWS.

PAMBAZUKA NEWS présente quotidiennement des articles d’analyse sur la situation dans divers pays d’Afrique ou des points de vue d’africains sur la situation internationale. Il s’agit d’un site d’information qui n’est donc pas l’expression d’une ligne politique ou d’un parti particulier et les articles qu’il publie n’engagent, selon l’expression consacrée soulignée expressément par PAMBAZUKA, que leurs auteurs. La très grande majorité des articles sont en anglais mais quelques traductions en français sont proposées.

L’auteur, un certain Samuel Albert, est difficile à identifier tant il s’agit d’un nom à consonance anglo-saxonne assez courant *. Ses articles sont publiés de temps en temps sur le site PAMBAZUKA NEWS bien que sa biographie ne figure pas dans la longue liste des auteurs publiés par PAMBAZUKA NEWS, mais il semble être un des éditorialistes réguliers du groupe révolutionnaire anglais A WORLD TO WIN (aworldtowin.net).

Il s’intéresse spécialement et depuis plusieurs années aux problèmes du Proche Orient et de la Méditerranée et développe un point de vue sur les rapports conflictuels entre deux formes contemporaines, tout à la fois concurrentes et complices de la contre-révolution mondiale : le néo colonialisme guerrier et l’islamisme radical.

*Nous remercions à l’avance tout lecteur qui en saurait plus sur ce SAMUEL ALBERT à nous faire profiter de ses lumières.

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Les Attentats de Paris et la réaction de l'Etat français: tous des meurtriers

Samuel Albert 23/11/2015, numéro 752

http://pambazuka.org/en/category/features/96106


Si la France est «en guerre», comme le président Hollande l’a annoncé après les attentats horribles à Paris la semaine dernière, alors c’est une guerre injuste entre les forces réactionnaires aussi dédaigneuses l’une que l’autre de la vie humaine, aucune d'elles n’étant moins que l’autre délibérément et consciemment cruelle dans la poursuite d’objectifs politiques réactionnaires. Soutenir la France ou les islamistes ne fera qu'aggraver la dynamique entre deux alternatives inacceptables.

Les attentats à la bombe et les fusillades du 13 novembre à Paris ont tué 129 personnes innocentes. Beaucoup d'entre elles dans la vingtaine et la trentaine, alors qu'elles assistaient à un concert de rock, ou qu’elles mangeaient dans un quartier animé, ou qu’elles regardaient un match de foot dans un bar des sports ou tout simplement qu’elles marchaient dans la rue . Les attaques ont pris des vies au hasard, dévastant irrémédiablement des familles et laissant la plupart des français les plus ordinaires dans la douleur et le choc profond.

Les attaques faisaient partie d'une vague de massacres délibérés de civils revendiqués par Daesh (Etat islamique), y compris les explosions qui ont tué des dizaines de personnes dans un quartier chiite de Beyrouth la veille, et l'explosion d'un avion de ligne russe avec 224 touristes au dessus du Sinaï, le désert de l'Egypte, en Octobre. Ce sont tous des actes meurtriers, mais à une échelle beaucoup plus petite que ceux que les puissances occidentales, dont la France, ont infligé aux peuples du monde pendant plus d'un siècle, au Moyen-Orient et ailleurs. Faut-il mentionner le million de victimes de la guerre de la France pour empêcher l'indépendance algérienne (de 1954 à 1962)?

Presque immédiatement, le président français François Hollande a déclaré la guerre. Il a déclaré que son pays faisait face non seulement à des attaques par des individus comme il l'a fait dans le passé, mais maintenant à "une armée terroriste». "Nous sommes en guerre", a-t-il quelques jours après l'attaque de Paris, déclaré au Parlement français qui lui a donné des pouvoirs de temps de guerre. Il a affirmé que c’était de l'auto-défense, bien que son gouvernement ait intensifié les opérations militaires en Syrie - des vols de surveillance, des frappes aériennes et, selon Le Monde, les forces spéciales - dans les semaines et les jours précédant les meurtres de Paris.

Si cela est une guerre, c’est une guerre injuste entre les forces réactionnaires également dédaigneuses de la vie humaine, aucune d'entre elles n’étant moins que l’autre consciemment et délibérément cruelle dans la poursuite d'objectifs politiques réactionnaires. Soutenir un côté ou l’autre ne fera qu'aggraver la dynamique entre deux alternatives inacceptables. Les peuples ont besoin d'avancer et de s’opposer politiquement aux deux côtés et à toutes leurs horreurs et à travailler à se libérer de cette logique affreuse.

Daesh se présente comme la seule force qui peut contester le pouvoir, l'idéologie et l'hypocrisie des classes dirigeantes impérialistes de la poignée de pays qui contrôlent ou qui cherchent à contrôler tant de nations et à mettre tant de gens dans la misère. Il est la manifestation d’un défi inspiré par une idéologie réactionnaire et une vision de la société qui amènerait à la montée en puissance de nouveaux exploiteurs opposés aux anciens. Le but de leur djihad est de préserver, de sanctifier et de systématiser les formes existantes de l'oppression des peuples du Moyen-Orient et d’ailleurs, y compris la suprématie des hommes sur les femmes, un asservissement qui persiste sous des formes anciennes et nouvelles dans tout le monde d'aujourd'hui, à côté d'autres divisions sociales oppressives qui écrasent la vie et le potentiel de populations entières. Des milliers de jeunes de France et d'ailleurs ont rejoint ses rangs en Syrie et dans d'autres pays parce qu'ils croient que l'islamisme leur offre un avenir qui leur a été refusé dans leurs sociétés. Certains d'entre eux sont dits avoir été impliqués dans les attentats de Paris.

La France a été profondément impliquée en Syrie depuis que la Première Guerre mondiale a été menée pour un nouveau partage du monde entre les puissances impérialistes. Même avant que la guerre ne soit finie, l'accord Sykes-Picot de 1916 a divisé les possessions de l'Empire ottoman entre la Grande-Bretagne et la France. La France trancha dans la Syrie pour créer l'Etat du Liban, en s’appuyant sur ses alliés de la minorité chrétienne de là-bas, et plus généralement elle a travaillé à exacerber les contradictions religieuses et ethniques. Le communiqué publié par Daesh à l'issue des massacres de Paris a spécifiquement appelé la France "le gardien du temple Sykes-Picot», ce qui signifie non seulement l'ancien ordre colonial, mais l'assujettissement économique et politique de la région qui a persisté et à certains égards a été intensifié.

La France a cherché à faire progresser ses intérêts en Syrie et dans la région de plusieurs façons au cours des années, parfois de concert avec d'autres puissances telles que les Etats-Unis et souvent en rivalité avec elles. Probablement plus que toute autre puissance occidentale, la France a des liens historiques et d'influence avec des secteurs de la classe dirigeante syrienne, à certains moments avec la famille Assad et maintenant parmi les leaders transfuges du régime dépeints comme l'opposition "modérée" (pro-occidentale). Ironiquement, ce fut la France, pas les Etats-Unis, qui a été la plus désireuse d'ouvrir une campagne de bombardements contre le régime Assad en 2013. Depuis lors, tandis que les États-Unis et la Russie poursuivent leurs opérations en Syrie sous la bannière de l’affrontement avec Daesh, le président français Hollande a vu un besoin croissant de faire la même chose, cette fois au nom de l’opposition non plus à Assad mais à Daesh. Les tactiques, les manœuvres et les justifications varient, mais les intérêts impérialistes restent les mêmes - celui qui ne possède pas de forces armées impliquées ne va pas s'asseoir à la table lorsque les dépouilles seront partagées.

Il faut comprendre que ce que la France a fait et espère faire en Syrie n’est pas différent de ce qu'elle a fait avec ses 3500 soldats au Tchad, au Mali et ailleurs dans les anciennes colonies françaises d'Afrique occidentale et centrale: elle ne cherchent pas à rétablir des états coloniaux qui ne sont plus possibles ou nécessairement souhaitables du point de vue de l'impérialisme français, mais elle travaille à insérer les peuples plus étroitement dans les réseaux de l'accumulation du capital à Paris et à garder ses rivaux impérialistes à l’écart.

Tout comme Hollande avait déjà intensifié les opérations françaises en Syrie avant les attentats de Paris, son gouvernement avait déjà commencé à adopter de nouveaux pouvoirs au nom de la lutte contre le terrorisme islamiste. Ces pouvoirs visaient également l’importante population d'origine immigrée de la France, venant en grande partie des pays majoritairement musulmans qui étaient autrefois des colonies françaises et qui restent dans sa sphère d'influence. Ces mesures répressives vont de la législation permettant à la police politique d'opérer plus librement de contrôle judiciaire (non en annonçant de nouvelles pratiques de surveillance mais en leur donnant une couverture juridique plus solide) à l'interdiction de vitres teintées dans les voitures (justifiées comme étant nécessaires à la police pour voir si les conducteurs téléphonent ou portent leur ceinture, mais aussi, bien sûr, leur permettant de repérer plus facilement l'origine ethnique de personnes).

Après les attaques, Hollande a déclaré l'état d'urgence qui a permis à près de 300 policiers de procéder à des invasions de domicile sans mandat de perquisition pendant deux nuits. Parents, frères et sœurs et d'autres membres de la famille de personnes soupçonnées d'implication dans les attentats ont été emprisonnés sans inculpation - un acte considéré comme une vengeance et une prise d'otages lorsqu'elle est effectuée par certains autres pays.

En fait, comme des journalistes français l’ont souligné, ce slogan hypocrite "Liberté, Egalité, Fraternité» a été noyé dans le chant de l'hymne national, La Marseillaise, en mettant l'accent sur le verset, «Aux armes Citoyens, ". Contrairement à ce qui s’est passé après le massacre de Charlie Hebdo Janvier dernier, il y a moins d'avertissements de l'establishment intérieur contre la confusion entre islamistes et personnes de milieux islamiques. Le point fort dans le discours de Hollande est que l'Etat sera «sans merci» à l'extérieur et à l’intérieur.

Ce n’est pas par hasard qu’Hollande a repris la proposition de l'extrême droite Front national de donner au gouvernement le pouvoir de dépouiller même les gens nés en France (ce qui signifie issus de l'immigration) de leur citoyenneté. Il a limité cette menace aux personnes détenant la double nationalité, car créer des apatrides est problématique au regard du droit international, mais la valeur symbolique de ce pouvoir est énorme, tout comme son potentiel comme arme pour terroriser les familles avec la possibilité d'être déchirées. Plusieurs millions d'immigrants sont des doubles nationaux.

Prenant la parole devant les deux chambres du parlement, une occasion extrêmement rare, il a appelé au vote d’une loi qui permettrait de prolonger l'état d'urgence de 90 jours. Il a également appelé à une modification de la Constitution de 1958 du pays pour donner à cet état d'urgence prolongé une base juridique plus solide, et pour modifier une clause constitutionnelle qui autorise actuellement le président à assumer des pouvoirs plus étendus que dans le cas d'une insurrection armée ou d’une invasion étrangère. Il a annoncé l'embauche de milliers de nouveaux policiers, gardes-frontières et gardiens de prison.

L'imprécision des intentions de Hollande laisse ouverte toutes sortes de possibilités. Il y a un tollé général dans les cercles dirigeants de la France sur les risques et opportunités posés par les différentes approches que le pays pourrait adopter à l'échelle nationale et internationale.

Mais il y a beaucoup d'unité dans la classe dirigeante française en termes de mesures répressives. Par exemple, quand un chef de file des républicains (le nouveau nom du parti dominant de droite) a appelé à l'internement de toutes les personnes avec un «S» sur leur dossier de police (ce qui signifie qu'ils sont sous surveillance spéciale, généralement maintenant présumés de connexions avec les islamistes , estimé entre 4.000 et 10.000 personnes, selon Le Monde et le New York Times, respectivement), le Premier ministre de Hollande Manuel Valls a refusé d'écarter cette possibilité, affirmant que le gouvernement prendrait en considération "toutes les armes nécessaires».

Lorsque le président français déclare "Nous sommes en guerre," ce qui vient à l'esprit c’est non seulement la Seconde Guerre mondiale, mais aussi la guerre d'Algérie, quand les pouvoirs qu’ Hollande évoque ont été établis. Ils visaient surtout des Algériens en France et également destinés à régler les différends au sein de la classe dirigeante par la force.

La France peut être «en guerre», mais ce que sont les vrais buts de guerre demeure imprécis. La France ne peut pas dans le même temps, rester à l'écart de ce conflit, car elle en a besoin pour maintenir et développer son statut de grande puissance, et, finalement, comme l'un des rares pays capitalistes monopolistes en mesure d'extraire des superprofits grâce à sa place dans les rouages du système impérialiste mondial. Voilà une situation très dangereuse, pour la classe dirigeante française, le peuple de France et les peuples du monde.

Les risques sont également très élevés sur le front intérieur. Dépouiller des personnes de leur nationalité française reviendrait à reconnaître formellement l'inégalité des citoyens français, un fait déjà connu dans la vie quotidienne des gens dans les cités de banlieue où une partie des classes inférieures déjà se sent confinée. Il est probable que l'un des objectifs politiques de Daesh derrière ces attaques horribles était d'accentuer la dynamique dans lequel de grandes sections de la population de soi-disant «sous-classe» de la France sont poussés dans le sens de l'islamisme par leur position marginalisée dans la société et en particulier par la répression de l'Etat contre eux.

Les deux parties intensifient la polarisation entre l'islamisme et la classe dirigeante française et son idéologie. Voilà exactement le problème, la façon dont le conflit entre ces deux côtés réactionnaires définit la situation d'aujourd'hui. Un refus de reconnaître cette dynamique - cette réalité - ne peut que conduire à être tiré dans le sillage d'un côté ou de l'autre malgré les protestations du contraire. Dans les pays impérialistes en particulier, mais pas seulement, cela signifie généralement aider les impérialistes. Partout, le soutien à l’un ou l’autre côté signifie renforcer la dynamique réactionnaire sous- jacente et renforcer les deux à la fois.

Il est difficile pour les gens de résister à l'attraction de l’un ou de l’autre de ces deux pôles sans une certaine compréhension de la raison pour laquelle ce ne sont pas les seuls choix. Dans les pays opprimés et oppresseurs, ils ont besoin d'une perspective à long terme sur la façon dont une alternative révolutionnaire pourrait se créer. Après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, malgré une forte tendance des gens à chercher la protection du gouvernement, avec la participation des communistes révolutionnaires un mouvement « Pas en notre nom» a émergé ce qui a été en mesure de contester les tentatives du régime Bush d’occuper le terrain moral en tant que représentant des victimes et de l'utiliser pour légitimer des crimes encore plus massifs.

Aujourd'hui, une opposition sérieuse, courageuse et croissante aux crimes passés, présents et futurs des dirigeants impérialistes pourrait fournir une aide politique à ceux qui haïssent l'impérialisme et l'islamisme au Moyen-Orient et faire partie du début d’une transformation de l’actuel paysage politique défavorable dans le monde entier.

* Les opinions de l'article DESSUS SONT CELLES DE L'AUTEUR / ET NE reflètent pas nécessairement les VUES DE LA RÉDACTION DE PAMBAZUKA NEWS.

Traduction COMAGUER

 

26 novembre 2015 4 26 /11 /novembre /2015 16:37

L’ETAT D’URGENCE : UNE LEGISLATION COLONIALE ET NEO COLONIALE

Dans les jours qui viennent le gouvernement va demander au Parlement de prolonger de trois mois l’état d’urgence mis en place pour 12 jours par décret le 14.11.2015. La procédure est valide.

Mais l’histoire de l’état d’urgence constitue un trame juridique et institutionnelle de l’histoire coloniale de la France et des rapports particuliers qu’elle ne parvient pas à cesser d’entretenir avec les populations colonisées ou issues de la colonisation.

1955 : Vote de la loi sur l’état d’urgence

Aux prises avec la guerre de libération algérienne initiée six mois plus tôt, le gouvernement français, présidé par Edgar Faure, fait voter le 3 Avril 1955 la loi n°55-385 « instituant un état d’urgence et en déclarant l’application en Algérie ». Cette loi introduit la notion d’état d’urgence dans la législation républicaine.

L’état d’urgence est prolongé pour 6 mois le 7 Aout 1955

Loi n° 55-385 du 3 Avril 1955 instituant un état d’urgence et en déclarant l’application en Algérie

Article 1

L’état d’urgence peut être déclaré sur tout ou partie du territoire, métropolitain, de l’Algérie et des départements d’outre mer soit en cas de péril imminent résultant de troubles graves à l’ordre public, soit en cas d’évènements présentant , par leur nature et leur gravité, le caractère de calamité publique

Mais l’état d’urgence ne suffit pas et le gouvernement de Guy Mollet fait voter la loi sur les pouvoirs spéciaux qui confirme que les « départements d’Algérie » sont soumis à des règles d’administration autoritaires exceptionnelles et ne sont déjà plus des départements comme les autres.

Loi n° 56-258 du 16 Mars 1956 autorisant le Gouvernement à mettre en œuvre en Algérie un programme d’expansion économique , de progrès social et de réforme administrative et l’habilitant à prendre toutes mesures exceptionnelles en vue du rétablissement de l’ordre de la protection des personnes et des biens et de la sauvegarde du territoire

Article 5

Le gouvernement disposera en Algérie des pouvoirs les plus étendus pour prendre toute mesure exceptionnelle commandée par les circonstances en vue du rétablissement de l’ordre, de la protection des personnes et des biens et de la sauvegarde du territoire.

Lorsque les mesures prises en vertu de l’alinéa précédent auront pour effet de modifier la législation elles seront arrêtées par décret pris en conseil des ministres.

1958

Après le coup d’état du 13 Mai à Alger le gouvernement Pflimlin assure la transition avec le gouvernement provisoire du général de Gaulle qui sera installé le 01 Juin et déclare le 18 Mai l’état d’urgence pour trois mois sur l’ensemble du territoire métropolitain

1961

La loi de 1955 bien que non intégrée formellement - voir plus loin - dans la Constitution de la V° République connait une nouvelle application à l’occasion du putsch des généraux d’Alger.

Alors que la population française consultée par référendum en Janvier a approuvé à une large majorité de 70% le principe d’un vote d’autodétermination pour l’Algérie, quatre généraux à la retraite appuyés par quelques unités d’active et leurs officiers supérieurs tentent de s’opposer à la décision du peuple.

Le complot qui n’a pas réussi à impliquer une majorité de l’armée échoue.

Prorogé plusieurs fois l’état d’urgence est en vigueur jusqu’au 31 Mai 1963.

1984

Laurent Fabius, premier ministre décrète l’état d’urgence en Nouvelle Calédonie

A cette occasion le Conseil Constitutionnel saisi par le RPR valide la loi de 1955 qui n’avait pas été intégrée formellement dans la Constitution de 1958

« Considérant que, si la Constitution, dans son article 36, vise expressément l'état de siège, elle n'a pas pour autant exclu la possibilité pour le législateur de prévoir un régime d'état d'urgence pour concilier, comme il vient d'être dit, les exigences de la liberté et la sauvegarde de l'ordre public ; qu'ainsi, la Constitution du 4 octobre 1958 n'a pas eu pour effet d'abroger la loi du 3 avril 1955 relative à l'état d'urgence, qui, d'ailleurs, a été modifiée sous son empire »

2005

C’est au tour de Jacques Chirac, Président et de Dominique de Villepin, premier Ministre de recourir le 8 Novembre à l’état d’urgence sur une partie du territoire français en réponse aux émeutes des banlieues. La période initiale est prolongée de trois mois par le parlement. Il y est mis fin le 4 janvier 2006 alors que les émeutes sont finies depuis bien longtemps.

Il ne s’agit plus là d’une circonstance directement liée à la colonisation, mais d’un conflit social mettant en cause sur le sol français des citoyens français issus de populations colonisées ou anciennement colonisées.

2015

14 Novembre - François Hollande et Manuel Valls inscrivent leur action dans la même législation.

De nombreuses réactions à l’adoption de cette mesure ont déjà eu lieu, voir entre autres

Syndicat de la Magistrature – blog Gilles Devers – Nous y renvoyons.* (in fine)

Notre propos étant simplement de souligner que la république coloniale est toujours présente dans la législation et dans l’esprit des gouvernants français qu’ils soient socialistes ou de droite et que l’état d’urgence n’a jamais été utilisé dans d’autres circonstances de la vie nationale pourtant troublées comme par exemple la grève générale de masse – 10 millions de grévistes - de Mai 1968

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* http://lesactualitesdudroit.20minutes-blogs.fr/archive/2015/11/14/l-etat-d-urgence-decrete-923684.html

* Attentats : Le communiqué du Syndicat de la Magistrature 16/11/2015

L’état d’urgence est un régime d’atteinte à nos libertés. Des circonstances graves mettant en cause la sécurité des personnes, quelles que soient les responsabilités, sont un fait objectif qui appelle une restriction momentanée de l’exercice de ces libertés. Tout le monde le comprend. Mais, un équilibre strict doit être respecté, car la force des sociétés démocratiques est de se régir par loi, dans le respect des principes du droit. C’est là la vraie condition de leur force.

Voici le communiqué du Syndicat de la Magistrature publié ce 16 novembre, dont la rédaction me parait excellente de mesure et pour sa détermination à des défendre une société de libertés.

Vendredi soir, des attentats meurtriers ont touché la France en plein cœur, faisant plus de cent vingt morts et plusieurs centaines de blessés dans une salle de concert, des bars ou dans la rue.

Le Syndicat de la magistrature apporte son entier soutien et exprime toute sa solidarité aux victimes et à leurs proches, ainsi qu’aux nombreux professionnels mobilisés, chacun dans leur domaine, après ces attentats.

Ces actes criminels d’une brutalité absolue appellent évidemment la réunion de moyens d’envergure pour en rechercher et punir les auteurs et, autant qu’il est possible, anticiper et prévenir leur commission.

Mais les mesures tant judiciaires qu’administratives qui seront prises ne feront qu’ajouter le mal au mal si elles s’écartent de nos principes démocratiques. C’est pourquoi le discours martial repris par l’exécutif et sa déclinaison juridique dans l’état d’urgence, décrété sur la base de la loi du 3 avril 1955, ne peuvent qu’inquiéter.

L’état d’urgence modifie dangereusement la nature et l’étendue des pouvoirs de police des autorités administratives. Des interdictions et des restrictions aux libertés individuelles et collectives habituellement encadrées, examinées et justifiées une à une deviennent possibles par principe, sans autre motivation que celle, générale, de l’état d’urgence. Des perquisitions peuvent être ordonnées par l’autorité préfectorale, sans établir de lien avec une infraction pénale et sans contrôle de l’autorité judiciaire, qui en sera seulement informée. Il en va de même des assignations à résidence décidées dans ce cadre flou du risque de trouble à l’ordre public. Quant au contrôle du juge administratif, il est réduit à peau de chagrin.

La France a tout à perdre à cette suspension - même temporaire - de l’Etat de droit.

Lutter contre le terrorisme, c’est d’abord protéger nos libertés et nos institutions démocratiques en refusant de céder à la peur et à la spirale guerrière. Et rappeler que l’Etat de droit n’est pas l’Etat impuissant.

 

 

26 novembre 2015 4 26 /11 /novembre /2015 16:34

ETAT D’URGENCE EN FRANCE

Une des principales utilisations par la République français du droit de l’état d’urgence a eu lieu dans des circonstances historiques très différentes de celles d’aujourd’hui. Il s’agit en fait des derniers soubresauts de la guerre d’Algérie.

Instauré au soir du putsch des généraux à Alger, il va se prolonger jusqu’en Juin 1963, plus d’un an après le cessez-le-feu et neuf mois après l’indépendance de l’Algérie.

Or c’est dans cette période que vont avoir lieu sous l’empire de l’état d’urgence deux graves « accrocs » à la légalité républicaine et en particulier l’atteinte au droit de manifester.

  1. Manifestation du 17 Octobre 1961

La manifestation organisée par la fédération de France du FLNest interdite par le préfet de Police : Maurice Papon. A l’interdiction de manifester s’est ajoutée l’instauration du couvre-feu appliqué aux seuls Algériens bien qu’ils soient encore en droit citoyens français. Maintenue, elle est durement réprimée et fait de nombreuses victimes. L’ordre de grandeur de plusieurs centaines de morts est aujourd’hui couramment admis malgré la censure ayant sévi sur cet évènement pendant plus de 30 ans.

  1. Manifestation du 8 février 1962

Organisée par le Parti Communiste français, la CGT et l’UNEF elle est aussi interdite par le même préfet de police. Désorganisée et fragmentée par l’intervention brutale des forces de l’ordre qui empêche le service d’ordre syndical de la protéger, elle se termine dramatiquement à la station de métro CHARONNE. Tabassés, les manifestations refluent en désordre dans la station de métro, se piétinent les uns les autres et pour certains reçoivent sur la tête des grilles de 40 kg de protection des platanes jetées par les forces de police. Neuf morts.

Dans le droit d’exception qu’est l’état d’urgence, l’Etat n’a rien à se reprocher. Les citoyens qui ont voulu utiliser le droit républicain à manifester ont juridiquement tort puisque ce droit était suspendu.

Le fait que, dans ces deux cas, le bras armé de l’Etat soit un ancien préfet de Vichy permet de comprendre que la France occupée a été gouvernée par un Etat installé sur les décombres d’une République abolie par la majorité du Parlement. L’occupation militaire nazie ne peut pas faire oublier que c’est l’Etat français et sa police qui organisent la rafle du Vel d’Hiv, que c’est l’Etat français et sa police qui organisent l’expulsion des milliers d’habitants du Panier à Marseille laissant à l’armée d’occupation la tâche technique de destruction du quartier.

La période est différente mais il faut toujours garder en mémoire que dans les profondeurs de l’appareil d’Etat il peut toujours se trouver des personnages capables de céder au vertige de l’hyperpuissance d’une administration libérée du contrôle des institutions républicaines et capables d’interdire l’expression citoyenne.

A l’instant où s’installe l’état d’urgence le Président de la République en titre s’efface en fait derrière le Chef de l’Etat. Le même homme a changé de fonction principale.

 

20 septembre 2015 7 20 /09 /septembre /2015 11:09

La guerre froide a commencé… dés le 16 Juillet 1945

 

L’Histoire officielle fait remonter le début de la guerre froide à deux annonces, la première celle de Winston Churchill dans son discours prononcé le 5 Mars 1946 à l’Université de Fulton (Etats-Unis) la seconde, celle de Truman, le 12 Mars 1947 dans son discours au Congrès. Il est à noter que ces deux déclarations de guerre à l’URSS ne constituent aucunement une réponse à des menées agressives de l’adversaire ainsi désigné.

Le discours de Fulton qui dénonce le « rideau de fer » tombé sur l’Europe montre tout le contraire de la volonté de rechercher un traité de paix entérinant la chute du nazisme et fixant les règles de gouvernement des pays occupés par les alliés à l’occasion de la campagne de riposte à l’agression nazie. Celui qui tire le rideau de fer décide unilatéralement que les pays qui sont à l’Ouest de ce rideau sont sous sa coupe et délimite d’un seul geste qui portera effet pendant 45 ans le camp ennemi et considère que le partage de Yalta qu’il a lui-même effectué n’est plus un accord entre alliés mais une division entre puissances hostiles. Ce discours et ses objectifs stratégiques laissent pantois devant la rapidité du renversement d’alliance et sur le cynisme qui y préside. Après avoir fait les louanges de l’URSS et de ONCLE JO (Staline) et avoir fait applaudir son nom par la Chambre des communes, Churchill siffle la fin de partie et l’allié d’hier devient l’adversaire total car la contribution décisive de l’URSS à la victoire alliée lui à attiré un immense courant de sympathie tant dans les pays libérés par l’Armée Rouge qu’en Europe occidentale et dans les pays colonisés.

L’enchainement chronologique des faits ne laisse aucun doute sur le fait que l’URSS n’a fait que riposter à des actions occidentales unilatérales : unification des trois zones d’occupation occidentales de l’Allemagne pour constituer une RFA soumise, torpillage progressif de la Fédération Syndicale Mondiale, torpillage de l’Organisation internationale du commerce préparée par la conférence de La Havane et dont la Charte qui en est issue constituerait encore aujourd’hui la meilleure antidote possible aux débordements du capitalisme transnational organisé au sein de l’OMC.(l’article « Charte de la Havane » de Wikipédia l’explique bien)

Revenons au grand basculement de la période qui sépare la capitulation du Reich de celle du Japon. Dans les deux cas l’URSS, pour qui les deux fascismes allemand et japonais sont des ennemis mortels puisqu’ils ont signé contre elle le 24 Novembre 1936 le pacte Anti Komintern, a exigé une capitulation sans conditions. Elle va l’obtenir en Allemagne en conduisant elle même les opérations militaires qui détruisent le Reich. En effet il est établi que du côté occidental Eisenhower ne voyait pas d’intérêt à conduire la bataille pour la prise de la capitale, supposant que cette ultime bataille livrée par le Reich pour sa survie serait très couteuse en hommes. Les armées anglaises et américaine avancées jusqu’à l’Elbe et bloquant les troupes nazies du front de l’Ouest se contentèrent de bombarder Berlin avant l’assaut définitif par l’armée soviétique (19 avril 1945). Encore est-il notable que Berlin, à l’inverse des villes martyres de Dresde et d’Hambourg, ne fut détruite qu’à 30%. La bataille de Berlin fut très dure, maisons prises une à une, Reichstag défendu jusqu’au dernier homme. Le chiffre des pertes de l’armée rouge dans cette ultime bataille est controversé allant de 80 000 à 300000 morts mais la propagande occidentale d’après guerre ne s’est passionnée que pour les viols de femmes allemandes par les soldats soviétiques. La chute de Berlin sanctionnée par le suicide d’Hitler puis par celui de Goebbels sanctionne non pas une simple défaite militaire du III° Reich mais sa destruction.

Après la capitulation allemande les alliés vont se retrouver à Potsdam (quartier périphérique de Berlin) du 17 Juillet au 2 Aout 1945 pour une conférence tripartite (Etats-Unis, URSS, Grande-Bretagne). Truman qui, à la tête de la délégation étasunienne, a remplacé Roosevelt décédé en Avril, arrive à Potsdam sachant que la veille, le 16 Juillet, le premier essai atomique des Etats-Unis a réussi. Il n’en fait la confidence à Staline que le 27 Juillet mais celui-ci ne marque guère de surprise. Il est déjà informé par les services de renseignement soviétiques. La fabrication des bombes d’Hiroshima et de Nagasaki peut commencer et Truman pense être désormais en possession d’une arme terrorisante donnant aux Etats-Unis un avantage stratégique décisif sur l’adversaire soviétique qui est encore officiellement un allié.

Mais la conférence ne peut régler que les conditions de fin de conflit en Europe puisque la guerre continue en Asie. Il n’en sort donc aucun traité, aucun engagement formel pour le long terme. La seule disposition adoptée est la mise en place de réunions régulières, dénommées « Conseils des ministres des Affaires étrangères » des vainqueurs. Ces conseils réunissent donc : Etats-Unis, URSS, Grande Bretagne, France et Chine nationaliste et vont se réunir régulièrement à Londres.

L’achèvement de la guerre en Asie et la question de la participation de l’URSS au combat ont évidemment été abordés pendant les réunions à Potsdam. Il est établi que l’URSS s’est engagée à intervenir sur le front asiatique trois mois après la capitulation allemande, temps nécessaire pour déplacer à l’autre bout du continent tous les moyens militaires nécessaires soit rien moins que 39 divisions, 1 500 000 hommes, et prés de 4000 avions. L’engagement est effectivement tenu et le 8 Aout 1945, deux jours après le bombardement d’Hiroshima, et la veille du bombardement de Nagasaki, l’URSS déclare la guerre au Japon et passe immédiatement et puissamment à l’action. Les résultats sont spectaculaires : l’armée japonaise de Mandchourie est balayée, la Corée, colonisée par la Japon depuis 1910 est libérée, l’URSS s’empare de la moitié sud de l’ile de Sakhaline et de l’archipel des Kouriles, territoires arrachées par le Japon impérial à la Russie tsariste en 1905, et menace la grande ile d’Hokkaido.

C’est-à-dire que l’armée soviétique se trouve en position d’envahir le Japon et de rééditer son opération achevée à Berlin le 8 Mai, c’est-à-dire d’obtenir la capitulation sans conditions du Japon qu’elle a réclamée à Yalta comme à Potsdam. Mais l’URSS demande l’accord des Etats-Unis, son allié, pour cette opération décisive. Or, Truman ne l’entend pas ainsi et organise un coup fourré diplomatique parfaitement décrit par l’historien irlandais Geoffrey Roberts dans son livre « Les guerres de Staline » (Editions Delga – 2014). En substance Truman, qui a négocié séparément une capitulation japonaise avec maintien au pouvoir de l’empereur, omet de répondre aux télégrammes de Staline qui a demandé l’accord de son allié pour l’invasion d’Hokkaido et rappelé l’exigence soviétique de capitulation sans conditions et avant que l’armée rouge ait mis le pied sur Hokkaido, le 2 Septembre Japon signe sa capitulation entre les mains du général étasunien Sutherland à bord du croiseur Missouri ancré en rade de Tokyo. Le Japon tombe donc sous l’unique tutelle des Etats-Unis. L’URSS est mise devant le fait accompli. Le procès de Tokyo ne sera qu’une pale copie du procès de Nuremberg, l’empereur, généralissime en chef, n’étant pas poursuivi.

La page de l’alliance est tournée dans les faits. A l’inverse de la situation allemande, il n’y aura pas de face à face entre puissances occupantes sur le sol du Japon qui restera sous la coupe directe du général Mac Arthur jusqu’en 1952 et qui abritera jusqu’à aujourd’hui des troupes US dans l’archipel d’Okinawa. Le seul face à face militaire Etats-Unis/URSS dans la région aura lieu en Corée où il débouchera sur un conflit très dur où la République populaire de Chine Communiste proclamée le 01.10.1949 jouera sur le terrain un rôle décisif et sur la division du pays toujours existante sous le régime d’un simple armistice.

Dans la période tendue qui sépare la capitulation du Japon et le déclenchement de la guerre de Corée, et qui voit les Etats-Unis intervenir sans succès - mais avec de faibles moyens- en Chine pour essayer de sauver Tchang Kai Check et le régime nationaliste, le déséquilibre stratégique du fait de la détention de l’arme atomique par les Etats-Unis, des tensions en Europe du fait du non respect par les occidentaux de la gestion quadripartite de l’Allemagne et des énormes impératifs de la reconstruction d’un pays dévasté conduisent l’URSS à une position prudente. Cependant dés le 20 Aout 1945, le jour même de l’annonce de la capitulation du Japon, Staline confie à Beria la mission de rattraper le retard soviétique en matière d’armement atomique. Mission accomplie : 4 ans plus tard, le 29 Aout 1949, l’URSS fait exploser sa première bombe atomique. La première annonce publique vient de Washington qui surveille la situation de prés et a, dés Avril, mis en place le contre-feu : l’OTAN, organisation qui lui garantit une présence militaire lourde et indéfinie en Europe de l’Ouest. L’URSS se contente de confirmer. La destruction de l’URSS est ainsi reportée de 40 ans mais elle ne cessera jamais d’être un objectif central de la politique dominatrice des Etats-Unis qui, faute de pouvoir l’attaquer militairement, mettront au point un arsenal très sophistiqué de techniques politiques, psychologiques, économiques et médiatiques pour affaiblir l’adversaire. Le « rideau de fer » annoncé par Churchill servira tout autant de fortification européenne avancée du camp étasunien que de protection du « camp socialiste » et la fameuse « construction européenne » ne prend son sens que dans ce dispositif stratégique.

 

ANNEXES

Les séquelles peu connues de la seconde guerre mondiale en termes de droit international

La Conférence de San Francisco qui se tient du 25 Avril au 26 Juin 1945 (donc qui s’achève avant la guerre en Asie) débouche sur le vote unanime de la Charte des Nations Unies par les 50 Etats qui ont déclaré la guerre aux puissances de l’AXE c’est-à-dire Allemagne, Italie et Japon. La Charte des Nations Unies qui n’a subi, depuis, que peu de retouches est donc une condamnation sans appel des Etats qui ont agressé leurs voisins et donc constitue la pierre angulaire de l’édifice des Nations Unes : la nation qui en agresse une autre a juridiquement tort. Le jour du vote qui se fait par appel nominal la Chine premier pays envahi par une puissance de l’Axe est appelée à voter la première.

Même s’ils sont depuis devenus membres de l’ONU, les trois agresseurs continuent depuis 70 ans à subir une restriction de leur souveraineté militaire et politique : interdiction de l’arme nucléaire, présence de troupes étasuniennes sur leur sol, pas de siège permanent au Conseil de sécurité.

Bien que cette donnée soit le plus souvent masquée et que les trois pays s’accommodent diversement de cette situation. L’Italie, bien, L’Allemagne assez bien tout en s’efforçant de prendre de plus en plus sa place dans de grandes négociations internationales - exemple : le récent accord avec l’Iran- le Japon assez mal comme le démontrent les tentatives de l’actuel Premier ministre Shinzo Abe de transformer les forces de défense japonaises en véritable armée, la disposition demeure dans le texte de la Charte.

A aucun moment depuis 1945 les Etats-Unis n’ont évoqué la possibilité de la faire disparaitre et s’ils ont laissé l’Allemagne et le Japon redevenir de grandes puissances économiques ils gardent ces deux pays fermement dans leur camp sous leur parapluie nucléaire.

Quelques rappels de la Charte des Nations Unies

Préambule : Nous, peuples des Nations Unies,

Résolus

à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l'espace d'une vie humaine a infligé à l'humanité d'indicibles souffrances,

à proclamer à nouveau notre foi dans les droits fondamentaux de l'homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l'égalité de droits des hommes et des femmes, ainsi que des nations, grandes et petites,

à créer les conditions nécessaires au maintien de la justice et du respect des obligations nées des traités et autres sources du droit international,

à favoriser le progrès social et instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande,

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Article 53

Le Conseil de sécurité utilise, s’il y a lieu, les accords ou organismes régionaux pour l’application des mesures coercitives prises sous son autorité. Toutefois, aucune action coercitive ne sera entreprise en vertu d’accords régionaux ou par des organismes régionaux sans l’autorisation du Conseil de sécurité ; sont exceptées les mesures contre tout État ennemi au sens de la définition donnée au paragraphe 2 du présent Article, prévues en application de l’Article 107 ou dans les accords régionaux dirigés contre la reprise, par un tel État, d’une politique d’agression, jusqu’au moment où l’Organisation pourra, à la demande des gouvernements intéressés, être chargée de la tâche de prévenir toute nouvelle agression de la part d’un tel État.

Le terme « État ennemi », employé au paragraphe 1 du présent Article, s’applique à tout État qui, au cours de la Seconde Guerre mondiale, a été l’ennemi de l’un quelconque des signataires de la présente Charte.

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Article 107

Aucune disposition de la présente Charte n'affecte ou n'interdit, vis-à-vis d'un État qui, au cours de la Seconde Guerre mondiale, a été l'ennemi de l'un quelconque des signataires de la présente Charte, une action entreprise ou autorisée, comme suite de cette guerre, par les gouvernements qui ont la responsabilité de cette action.

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A Potsdam en Aout, les alliés confirment : les Etats pacifiques et les Etats restés neutres sont les bienvenus dans l’ONU

« Pour ce qui est de l'admission des autres États dans l'Organisation des Nations unies, les trois gouvernements déclarent :

« 1° Que l'Organisation des Nations unies est ouverte à tous les autres États pacifiques qui acceptent les obligations stipulées dans la Charte actuelle et qui, de l'avis de l'Organisation, ont la possibilité et la volonté de remplir ces obligations ;

« 2° Que l'admission de ces États comme membres des Nations unies aura lieu en vertu d'une décision de l'Assemblée générale, sur la proposition du Conseil de sécurité.

« Les trois gouvernements soutiendront, en ce qui les concerne, les candidatures de tous les pays restés neutres pendant la guerre et remplissant les conditions mentionnées ci-dessus.

« Toutefois, ils se croient tenus de déclarer que, pour leur part, ils n'appuieront pas la candidature du gouvernement espagnol actuel, qui, établi avec l'aide des puissances de l'Axe, ne possède pas, en raison de ses origines, de son caractère et de son association étroite avec les pays agresseurs, les qualifications nécessaires pour justifier son admission parmi les Nations unies. »

Accords de Potsdam – 2 Aout 1945 – Signataires : Joseph Staline, Harry Truman, Clément Attlee

 

18 juillet 2015 6 18 /07 /juillet /2015 12:18

En rediffusant ce bulletin de 2012 nous voulons souligner que la crise grecque vient d'apporter la démonstration que l'UNION d'un concept creux "L'Europe"  ne pouvait déboucher que sur la violence autoritaire d'un fascisme financier "soft".

 

Ajoutons qu'en début d'année  2015 le Conseil de l'Europe a suspendu la Russie pour un an. Les frontières incertaines de l'Europe auraient-elles encore bougé ? Cette ahurissante tectonique des plaques accélérée orchestrée à Bruxelles par l'UE et l'OTAN  va-t-elle se poursuivre ?

 

 

L’Europe n’existe pas !

 

A force de propagande, de colloques, de corruption des milieux de la presse et de l’éducation, l’Europe a fini par faire croire qu’elle existait.

Rien n’est plus faux !

 

  1. Géographie : cette péninsule du continent eurasiatique demeure un défi conceptuel pour les géographes.

 

Si à l’Ouest l’Océan Atlantique constitue bien une frontière commune, ses limites à l’Est sont imprécises :

  • Les Dardanelles et le Bosphore? Mais alors  la plus grande partie d’Istanbul et la Turquie de l’ouest sont en Europe et donc l’entrée de la Turquie dans l’UE devrait elle se faire en n’acceptant qu’une fraction du pays. Hypothèse ridicule.
  • L’Oural : c’est le sens de la célèbre formule gaullienne : « De l’Atlantique à l’Oural » Mais alors la Russie serait une entité artificielle mi européenne mi asiatique. Non sens : les populations sibériennes sont-elles asiatiques au même titre que les indonésiens, les birmans ou les japonais ? L’Asie elle-même est-elle une unité conceptuelle valable ? la réponse s’impose : dés l’instant où le géographe ou le géopoliticien fait un effort de précision il fait éclater le cadre et introduit des distinctions : Asie mineure (la pauvre !) Asie centrale, Asie du Sud-est, Asie orientale et pour brouiller encore les limites  s’y surajoute le concept d’Orient : Proche, Moyen, Extrême sans oublier la plaque tectonique indienne collée au « continent » par les hasards de la dérive qui sera un « sous-continent » trop à l’Est pour être moyen-orientale, trop à l’Ouest pour être extrême-orientale. Cette particularité fera le bonheur des tenants de l’invasion aryenne et des nazis qui accrocheront l’Inde à l’Europe prenant ainsi le monde arabe en tenaille.

 

  1. Histoire :

Fautede limites géographiques réelles, la Manche, pas plus que les Alpes ou les Carpates ne constituent pas des obstacles à une importante circulation humainel’Histoire de l’Ouest de l’Eurasieest, le plus souvent, une histoire de conflits entre européens. Plus rarement il s’agit de conflits entre européens et non européens (turcs ottomans ou mongols) mais dans ces cas la traversée d’est en ouest de l’Eurasie n’a été empêchée par aucun obstacle géographique et ces empires disparus ont été plus victimes de leur immensité que de transgression de forteslimites terrestres. L’empire romain ne s’étend par sur toute l’Europe du Nord et déborde largement sur le monde arabe et quand il éclate en deux parties l’empire d’Occident et l’empire d’Orient la coupure se fait en pleine Europe.

 

  1. Institutions :

 La situation contemporaine se caractérise par une énorme confusion (La Suisse, au cœur de l’Europe restant presque toujours un cas à part, comme elle s’est tenue à part des nombreuses guerres européennes)

  • L’Union Européenne est l’héritière à la fois de la CEE et de l’OTAN. Ces deux institutions d’origine sont le produit de la mise sous tutelle par les Etats-Unis au sortir de la seconde guerre mondiale de la partie la plus occidentale de la péninsule eurasiatique. Cette tutelle va continuer à s’exercer jusqu’à l’élargissement l’UE en 2004 et ne seront admis dans l’UE élargie à l’Est que des membres de l’OTAN. Aujourd’hui les écarts entre les deux groupes sont très peu nombreux.  Quelques membres de l’UE ne sont pas membres de l’OTAN : Autriche Irlande, Suède, Finlande alors que l’ « orientale » Turquie  en est un membre de poids.

Au sein même de l’UE  les sous-ensembles se sont multipliés : il y a les Schengen et les non Schengen, il y a les Euros et les non Euros il y a même les enclaves espagnoles en Afrique et  les régions « européennes » ultramarines ou ultra périphériques, ces colonies françaises éparpillées sur tous les océans

Dans les compétitions sportives européennes sont admises les équipes turques et israéliennes mais pas celle des deux Etats qui les séparent géographiquement : la Syrie et la Liban.

La mise en tutelle de l’Europe de l’extrême ouest par les Etats-Unis s’est faite économiquement par le biais du plan Marshall dont les crédits étaient répartis par l’Organisation Européenne de Coopération économique : OECE élargie ensuite aux autres pays mis sous tutelle économico politique par les Etats-Unis : Mexique, Chili, Corée du Sud, Japon, Turquie, Australie, Nouvelle-Zélande, Israël : ce sera l’OCDE

Un des objectifs des gouvernements des pays membres de l’UE est de faire croire que cette Union déjà bourrée de contradictions institutionnelles et prospérant sur le maintien voulu par   les traités  d’inégalités de revenus, de régimes fiscaux, de systèmes de protection sociale, est un bloc solide alors qu’il est en première instance un espace de libre circulation des marchandises et des capitaux et un lieu d’exercice de la concurrence libre et non faussée.

 

  L’autre objectif est de minimiser deux autres institution européennes elles aussi : l’Organisation pour la Sécurité Collective Européenne (OSCE) et le Conseil de l’Europe.

 

  • L’OSCE issue des accords d’Helsinki  regroupe 56 Etats. Sa qualification d’européenne est discutée et discutable puisqu’en sont membres le Canada et les Etats-Unis d’une part et les républiques d’Asie centrale ex soviétiques d’autre part  Contrairement à la propagande otanienne la paix qui règne depuis 1945 en Europe est le résultat non pas de la politique de paix de l’OTAN mais d’abord de l’équilibre des forces URSS/USA jusqu’en 91.  Il a suffi que l’URSS disparaisse pour que l’OTAN mène une guerre en Europe contre la Serbie en 1997. Quant à la « politique européenne de défense » celle de l’UE elle n’est qu’une annexe de la politique de l’OTAN  et intéresse plus les fabricants d’armes européens que les populations du « continent ».  En pratique l’OSCE est affaiblie volontairement par les Etats-Unis  qui Serbie mise à part ne se gênent pas pour mettre en cause la stabilité des régimes qui leur déplaisent bien qu’ils soient membres de l’OSCE. De ce fait l’OSCE n’est plus un outil de  sécurité puisque, par le biais des révolutions de couleur un des membres de l’organisation s’ingère dans la vie des autres. Cette critique a été fortement exprimée par Vladimir Poutine en 2007 à la conférence de Munich et elle a toute sa place dans sa vision de l’avenir de l’Europe.

 

Le Conseil de l’Europe :

Il se présente lui-même ainsi sur son site (www.coe.int)

Le Conseil de l’Europe, dont le siège est à Strasbourg (France), regroupe aujourd’hui, avec ses 47 pays membres, la quasi-totalité du continent européen. Créé le 5 mai 1949 par 10 Etats fondateurs, le Conseil de l’Europe a pour objectif de favoriser en Europe un espace démocratique et juridique commun, organisé autour de la Convention européenne des droits de l’homme et d’autres textes de référence sur la protection de l’individu.

Conçu lui aussi comme un instrument de la guerre froide et promu par le même homme qui en avait lancé le discours inaugural (Churchill – discours de Fulton) l’institution s’est progressivement élargie. Il est aujourd’hui l’institution européenne la plus large. Ainsi en sont membres des pays comme  l’Islande  la Suisse, l’Albanie, la Géorgie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan qui ne font pas partie des découpages traditionnels.  Il s’y ajoute deux observateurs : les Etats-Unis et le Canada  dont la présence rappelle l’origine historique de l’institution  et confirme le maintien d’une tutelle anglo-saxonne sur l’Europe. Le bannissement du Belarus, seul exclu du Conseil, illustre ce droit de veto otano-étasunien car aucun observateur honnête n’accepterait de dire que par exemple les performances de la Turquie en matière de  droits de l’homme qui constituent le critère d’admission  sont supérieures à celles du Belarus.

Le Conseil de l’Europe s’est cependant ces dernières années illustré en produisant des documents accusant les atteintes aux droits de l’homme de l’OTAN ( en ex Yougoslavie par exemple) ou la complicité de certains Etats européens dans l’ouverture sur leur territoire de prisons de la CIA destinées aux séquestrés de la « guerre contre le terrorisme ». Mais ces Etats étaient trop liés aux Etats-Unis pour leur refuser ce service si peu conforme aux principes « européens » des droits de l’homme et le Conseil de l’Europe n’a pu aller au-delà d’une simple  élucidation officielle de vilenies cachées.

 

Bilan

Ce bref survol  démontre que l’EUROPE est un concept guimauve trituré de mille manières par les puissances du moment, que c’est un  drapeau arboré depuis 1945 autant à Washington qu’à Bruxelles (siège de l’Otan et de l’Union Européenne) qu’à Strasbourg (siège du Conseil de l’Europe et du Parlement européen). La crise économique européenne qui affecte les pays de la zone Euro comme d’autres (la Grande-Bretagne par exemple) est le prétexte d’une grande offensive idéologique en faveur de l’Europe fédérale. Il s’agit évidement d’un château de cartes : Quelle Europe ? Qui ? Comment ?

Laissant de côté le cas d’Etats centralisés préexistants qui se décentralisent en adoptant une constitution fédérale , comme par exemple le Brésil,  s’il y a une leçon à tirer de l’application concrète de la doctrine politique fédérale : libre association de partenaires égaux qui délèguent à l’échelon supérieur les pouvoirs  de défense et de représentation politique commune au niveau international , c’est qu’elle n’a été le plus souvent que la mise en œuvre d’une domination d’un partenaire sur les autres : le fédéralisme étasunien a été scellé par la guerre de Sécession et la défaite des confédérés, le fédéralisme allemand a été le fruit de la domination prussienne sur les autres principautés et régions.

Quels pays et quels intérêts domineraient une Europe fédérale ? « L’axe franco-allemand », si à l’honneur dans le discours ici dominant, peut légitimement inquiéter les citoyens des petits pays de cette Europe incertaine qu’ils soient  grecs, serbes,  hongrois , portugais ou autres et il en inquiète déjà beaucoup.

Etonnante contradiction du discours des puissants : la biodiversité serait à protéger impérativement chez les animaux et les végétaux  et à combattre chez les humains, espèce unique mais culturellement et socialement extrêmement diversifiée, au nom de l’unité du mode de  production et de consommation capitaliste, au nom de l’unicité du calcul bancaire.

 

 

 

 

 

22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 11:33

COMAGUER fait partie des premiers signataires de l’appel qui suit, inspiré lui-même d’une démarche analogue initiée au printemps 2015 en Italie et qui ne demande qu’à s’étendre en Europe. Nous le diffusons donc en invitant groupes et individus à le signer et à le diffuser autour d’eux.

L’actualité brulante de cet appel est démontrée d’une part du fait de l’implication massive et déstabilisante de l’OTAN dans la crise ukrainienne aux côtés des néofascistes alors que l’Ukraine n’est pas membre de l’ OTAN et qu’elle n’est pas menacée d’une agression étrangère, la Russie étant promoteur et signataire des accords de Minsk2, d’autre part par le fait qu’Hillary Clinton vient de qualifier le futur traité transatlantique (TAFTA) d’OTAN ECONOMIQUE confirmant que l’OTAN a été dès l’origine et demeure un organe d’asservissement total de ses membres par le membre le plus puissant.

 

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Pour la dénonciation par la France du traité de l’Atlantique Nord et le retrait de ses Armées du commandement intégré

Appel pluraliste

Dimanche 21 juin 2015, par Comité Valmy

 

Appel pluraliste : Pour la dénonciation par la France du traité de l’Atlantique Nord et le retrait de ses Armées du commandement intégré.

Le 21 mai 2015 à l’Assemblée Nationale, lors du colloque intitulé « La France peut-elle retrouver une diplomatie indépendante », un ancien ambassadeur de France et ancien secrétaire général du Quai d’Orsay a déclaré que l’OTAN n’aurait pas dû survivre à la disparition de l’URSS et à la dissolution du Pacte de Varsovie.

Les initiateurs du présent appel de sensibilités républicaines et patriotiques diverses, ayant dans le passé, approuvé ou non l’existence de l’OTAN affirment unanimement, qu’en effet aujourd’hui, cette organisation n’a plus de raison d’être.

L’OTAN s’est en réalité élargie en intégrant, contrairement aux engagements pris envers Gorbatchev, nombre de pays anciennement socialistes, avançant ainsi méthodiquement dans un processus d’encerclement de la Russie en multipliant les bases militaires étasuniennes dans ces pays.

Cette politique ouvertement agressive s’est accompagnée de l’installation d’un bouclier de missiles anti-missiles à proximité de la Russie éventuellement destiné à permettre une première frappe nucléaire sur ce pays, en stérilisant ou en limitant de façon drastique ses possibilités de réplique.

C’est dans ce contexte géopolitique que l’Ukraine a vécu la « révolution orange », téléguidée par les États-Unis et soutenue par l’UE, qui a permis la mise en place par la force d’un gouvernement hostile à la Russie avec la participation de néonazis notoires. Il est temps que la France se dissocie de cette politique antirusse provocatrice qui risque de déboucher sur une troisième guerre mondiale éventuellement nucléaire.

Organisation politique et militaire, l’OTAN est tout à la fois l’instrument diplomatique et le bras armé qu’utilisent les Etats Unis avec la complicité des Etats vassaux au premier rang desquels se trouvent la France, la Grande Bretagne et l’Allemagne.

Le gouvernement américain, fort d’une doctrine militaire incluant la guerre préventive et l’usage d’armement nucléaire en premier, doté de plus de 700 bases militaires réparties sur tout le globe, et décidé à combattre la menace terroriste sans la volonté d’en rechercher les causes, conduit l’OTAN et donc la France à participer, dans un chaos organisé, à une guerre permanente au mépris de nos intérêts et de notre propre sécurité. De la Yougoslavie à l’Irak, de la Syrie à la Libye, la France use son potentiel militaire et son crédit diplomatique et oublie les valeurs de son peuple, au profit d’une politique définie à Washington.

En réalité, les États-Unis mènent avec l’OTAN une politique d’agression et de guerre généralisée qui ne saurait demeurer plus longtemps celle de notre nation. Il est grand temps que la France recouvre la souveraineté de ses décisions et la liberté de choisir ses partenaires en conformité avec sa philosophie et les intérêts du peuple français.

Nous appelons à la dénonciation par la France de son appartenance au traité de l’Atlantique Nord et au retrait de ses armées du commandement intégré. La France en redevenant libre devra exiger la dissolution de l’OTAN qui n’a plus de raison d’être !

Paris le 1er juin 2015

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Cet appel est ouvert à la signature des citoyens et organisations qui souhaitent contribuer à cette initiative. Il est initié par le Comité Valmy ainsi que par des militants, des personnalités et des organisations de sensibilités diverses de l’arc républicain.

 

Contact et signatures : Utiliser provisoirement cette adresse : info@comite-valmy.org

Comité Valmy
Collectif Résistance et renouveau gaullien
Pôle de Renaissance Communiste en France
Mouvement pour un socialisme du 21ème siècle
Comité pour une Nouvelle Résistance – CNR
Association Nord Sud Patrimoine Commun
Mouvement Républicain de Salut Public.
Comaguer
Editions Démocrite
Association Espace Che Guevara Bolbec 76210
Cercle des Patriotes Optimistes