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22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 11:33

COMAGUER fait partie des premiers signataires de l’appel qui suit, inspiré lui-même d’une démarche analogue initiée au printemps 2015 en Italie et qui ne demande qu’à s’étendre en Europe. Nous le diffusons donc en invitant groupes et individus à le signer et à le diffuser autour d’eux.

L’actualité brulante de cet appel est démontrée d’une part du fait de l’implication massive et déstabilisante de l’OTAN dans la crise ukrainienne aux côtés des néofascistes alors que l’Ukraine n’est pas membre de l’ OTAN et qu’elle n’est pas menacée d’une agression étrangère, la Russie étant promoteur et signataire des accords de Minsk2, d’autre part par le fait qu’Hillary Clinton vient de qualifier le futur traité transatlantique (TAFTA) d’OTAN ECONOMIQUE confirmant que l’OTAN a été dès l’origine et demeure un organe d’asservissement total de ses membres par le membre le plus puissant.

 

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Pour la dénonciation par la France du traité de l’Atlantique Nord et le retrait de ses Armées du commandement intégré

Appel pluraliste

Dimanche 21 juin 2015, par Comité Valmy

 

Appel pluraliste : Pour la dénonciation par la France du traité de l’Atlantique Nord et le retrait de ses Armées du commandement intégré.

Le 21 mai 2015 à l’Assemblée Nationale, lors du colloque intitulé « La France peut-elle retrouver une diplomatie indépendante », un ancien ambassadeur de France et ancien secrétaire général du Quai d’Orsay a déclaré que l’OTAN n’aurait pas dû survivre à la disparition de l’URSS et à la dissolution du Pacte de Varsovie.

Les initiateurs du présent appel de sensibilités républicaines et patriotiques diverses, ayant dans le passé, approuvé ou non l’existence de l’OTAN affirment unanimement, qu’en effet aujourd’hui, cette organisation n’a plus de raison d’être.

L’OTAN s’est en réalité élargie en intégrant, contrairement aux engagements pris envers Gorbatchev, nombre de pays anciennement socialistes, avançant ainsi méthodiquement dans un processus d’encerclement de la Russie en multipliant les bases militaires étasuniennes dans ces pays.

Cette politique ouvertement agressive s’est accompagnée de l’installation d’un bouclier de missiles anti-missiles à proximité de la Russie éventuellement destiné à permettre une première frappe nucléaire sur ce pays, en stérilisant ou en limitant de façon drastique ses possibilités de réplique.

C’est dans ce contexte géopolitique que l’Ukraine a vécu la « révolution orange », téléguidée par les États-Unis et soutenue par l’UE, qui a permis la mise en place par la force d’un gouvernement hostile à la Russie avec la participation de néonazis notoires. Il est temps que la France se dissocie de cette politique antirusse provocatrice qui risque de déboucher sur une troisième guerre mondiale éventuellement nucléaire.

Organisation politique et militaire, l’OTAN est tout à la fois l’instrument diplomatique et le bras armé qu’utilisent les Etats Unis avec la complicité des Etats vassaux au premier rang desquels se trouvent la France, la Grande Bretagne et l’Allemagne.

Le gouvernement américain, fort d’une doctrine militaire incluant la guerre préventive et l’usage d’armement nucléaire en premier, doté de plus de 700 bases militaires réparties sur tout le globe, et décidé à combattre la menace terroriste sans la volonté d’en rechercher les causes, conduit l’OTAN et donc la France à participer, dans un chaos organisé, à une guerre permanente au mépris de nos intérêts et de notre propre sécurité. De la Yougoslavie à l’Irak, de la Syrie à la Libye, la France use son potentiel militaire et son crédit diplomatique et oublie les valeurs de son peuple, au profit d’une politique définie à Washington.

En réalité, les États-Unis mènent avec l’OTAN une politique d’agression et de guerre généralisée qui ne saurait demeurer plus longtemps celle de notre nation. Il est grand temps que la France recouvre la souveraineté de ses décisions et la liberté de choisir ses partenaires en conformité avec sa philosophie et les intérêts du peuple français.

Nous appelons à la dénonciation par la France de son appartenance au traité de l’Atlantique Nord et au retrait de ses armées du commandement intégré. La France en redevenant libre devra exiger la dissolution de l’OTAN qui n’a plus de raison d’être !

Paris le 1er juin 2015

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Cet appel est ouvert à la signature des citoyens et organisations qui souhaitent contribuer à cette initiative. Il est initié par le Comité Valmy ainsi que par des militants, des personnalités et des organisations de sensibilités diverses de l’arc républicain.

 

Contact et signatures : Utiliser provisoirement cette adresse : info@comite-valmy.org

Comité Valmy
Collectif Résistance et renouveau gaullien
Pôle de Renaissance Communiste en France
Mouvement pour un socialisme du 21ème siècle
Comité pour une Nouvelle Résistance – CNR
Association Nord Sud Patrimoine Commun
Mouvement Républicain de Salut Public.
Comaguer
Editions Démocrite
Association Espace Che Guevara Bolbec 76210
Cercle des Patriotes Optimistes

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15 mai 2015 5 15 /05 /mai /2015 18:01

A PROPOS DE LA CONFERENCE TRICONTINENTALE

 

Comaguer a consacré le 13 mai une émission radio (www.radiogalere.org) à cette conférence internationale tenue à la Havane en Janvier 1966 et qui avait réuni plus de 500 délégués représentant des mouvements d’opposition ou des mouvements de libération nationale  tous en lutte contre l’impérialisme étasunien et venant des trois continents : Afrique, Asie, Amérique Latine.

Il était inévitable qu’un tel rassemblement, sous la présidence de Fidel Castro,  suscite des réactions de la puissance accusée.

Mais il ne s’est pas agi de simples communiqués ou d’articles de journaux. La puissance impériale  a organisé une  riposte massive et durable à la mesure de la menace.

Les promoteurs de la Conférence furent visés : Ben Barka fut assassiné en France en Octobre 1965, Che Guevara qui se trouvait au Congo au moment de la conférence fut assassiné l’année suivante en Bolivie.

Mais ces meurtres faisaient partie d’un plan de bataille général qui va se dérouler pendant plusieurs années , d’une part en continuant les assassinats : Amilcar Cabral, un des plus remarquables participants africains, sera assassiné en Janvier 1973, d’autre part en mettant en œuvre dans leur arrière cour latino-américaine une politique de renversement des régimes progressistes pour mettre en place des dictatures militaires. Ainsi Salvador Allende, présent à la conférence dans la délégation chilienne, sera lui liquidé le 11 septembre de la même année 1973 à Santiago à l’occasion du coup d’état orchestré par Kissinger. N’échapperont à la contre offensive impérialiste, qui ne pourra cependant  pas venir à bout des communistes vietnamiens, que Fidel Castro et le régime cubain et Manuel Marulanda  le dirigeant historique des FARC colombiennes, présent à la Conférence, qui lance la guérilla en 1964 et mourra, guerillero invaincu, de mort naturelle, en 2008.

En témoigne un document peu connu que nous  reproduisons ci-aprés.

Il s’agit du rapport d’une commission du Sénat étasunien établi en Juin 1966 qui montre l’extrême attention apportée à la Conférence et à ses participants par les services de renseignement étasuniens, le travail d’analyse des travaux et des différents courants politiques représentés en particulier des positions respectives de l’URSS et de la République populaire de Chine.

Un autre document a échappé à nos recherches. Il s’agit du livre « LA LUTTE TRICONTINENTALE » d’Albert-Paul Lentin publié dés la fin de 1966 par François Maspero qui fut interdit en France jusqu’en 1982, n’est pas mentionné dans les bibliographies de son auteur  et est aujourd’hui encore  introuvable.

L’implication du gouvernement français au plus haut niveau celui de Georges Pompidou, premier ministre et Roger Frey, ministre de l’intérieur dans la disparition de Mehdi ben Barka explique probablement cette longue censure.

 

 

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THE TRICONTINENTAL CONFERENCE OF AFRICAN, ASIAN, AND LATIN AMERICAN PEOPLES

     (A Staff Report)

 
   1. INTRODUCTION

 An event of outstanding importance to the Free World took place in Havana on January 3 of this year. The Cuban capital was the site of what was probably the most powerful gathering of pro-Communist, anti-American forces in the history of the Western Hemisphere.

The first Tricontinental Conference of African, Asian, and Latin American Peoples, as it was called, was convened in the Hall of the Ambassadors at the once-swank Habana Libre Hotel (formerly the Havana Hilton Hotel) in Havana, Cuba. In all, there were 83 groups from countries on three continents-reportedly represented by approximately 513 delegates, 64 observers and 77 invited guests. These groups included 27 Latin American delegations.

The Soviet delegation was the largest at the Conference, consisting, of 40 delegates..

Asian countries were represented by 197 delegates, while Africancountries had 150, and the 27 Latin American groups comprised 165 delegates.

Also participating in the conference were 129 foreign journalists from 35 countries, including several from the United States, and more than 100 Cuban journalists.

Salient aspects of the Conference are evidenced as follows:

*The public posture of international communism since the fictitious burial of the Communist International has been that it does not engage in subversion or violence. At the Havana Conference, all pretense of nonintervention in the affairs of other nations was dropped, and the delegates, under Moscow leadership, openly committed themselves to the overthrow by violence of all those governments which do not meet with their approval.

*The Conference established a Communist-dominated general headquarters to support, direct, intensify, and coordinate guerrilla operations in Africa, Asia, and Latin America.

*Gave communism a subversive leverage surpassing anything it has heretofore possessed. Bringing into the Conference fold militant leftist and nationalist movements from many countries (which, while themselves not Communist, share the antipathy of the Communists towards the West and towards the United States, and support the Communist-backed "wars of national liberation".

*Havana was selected as the headquarters for international subversion and guerrilla operations, thus making a de facto situation de jure in international Communist circles.

*Immediately following the Conference, the Latin American delegations met and, after reviewing the problems of "revolutionary tactics and strategy," unanimously voted to establish a parallel regional organization, to be known as the Latin American Solidarity Organization (OLAS), with its permanent headquarters in Havana.

*Moscow elbowed the Chinese Communists out of the No. 1 position to emerge as the undisputed controlling force in the new international apparatus of subversion.

*On the ideological plane, however, Maoism emerged triumphant, as the speeches of the delegates and the resolutions of the Conference attest.

*Castro, who has heretofore sought to straddle the fence between Moscow and Peiping, has now openly alined himself with Moscow.

*The actions taken by the Conference point to the immediate and massive intensification of terrorism and guerrilla activity throughout the Americas, as well as in Asia and Africa.

*The Communists were able to get the varied leftwing and radical-nationalist participants in the conference to designate United States "imperialism" as enemy number one in every continent.

The gravity of the threat posed by the Tricontinental Conference was the subject of a recent study prepared by the Special Consultative Committee on Security of the Organization of American States at its sixth regular meeting. Its study concluded: « That the so-called first Afro-Asian-Latin American Peoples' Solidarity Conference constitutes a positive threat to the free peoples of the world, and, on the hemisphere level, represents the most dangerous and serious threat that international communism has yet made against the inter-American system. »

It is necessary and urgent, for the purpose of adequately defending democracy: a. That the [proven] intervention of communism in the internal affairs of the American Republics be considered as aggression, since it constitutes a threat to the security of the hemisphere.

b. That the American governments define their position regarding the present treatment of every kind to be given to communism, and that they consequently adopt coordinated measures that will lead to the common goals.


 2. POLITICAL BACKGROUND OF THE CONFERENCE

Events leading up to the Havana Conference of 1966 bear the mark of years of planning and experimentation. In reviewing- these events, it is important to understand that the Tricontinental Conference was not called to start subversive operations. The meeting, was held, rather, to coordinate subversion and guerrilla activity on a worldwide basis, to exchange experiences, and to build further on what has already been constructed-meaning- especially Cuba and Vietnam.

The Dominican delegate, Guido Gil, made this crystal clear in his address to the conference. He said: "The Dominican delegation believes it is very important-one might say almost vital-to the development of the revolutionary process of liberation of the peoples of Asia, Africa, and Latin America, to be able always to count on a consultative body such as the Tricontinental Conference through which experiences and ideas acquired in the process of the struggle of the various peoples of Asia, Africa, and Latin America could be shared."

Similar statements were made by other delegates, like the delegate from the United Arab Republic, whose Havana Embassy, incidentally, gave a reception to members of the delegations. The Arab delegate said that '" solidarity means to step across continents. * * * We support the struggle of the peoples of Vietnam." He linked that support to the success of the "struggle in the Dominican Republic,Venezuela, Colombia, and other countries."

From time to time, Communists disclose their interpretation of Marxism and relate their objectives in remarkably frank language. Such was the case in a speech made by Premier Nikita Khrushchev on January 6, 1961. Conventional war, he said, is not a precondition for the Communist takeover of the Free World. He pointed out that there are four categories of wars-world wars, local wars, liberation wars, and popular uprisings. He said that world war is ruled out, since it would mean destruction of all of society-Communist and non-Communist. "National Liberation Fronts" were endorsed as the safest and most efficacious means of extending Communist domination. This decision was ratified at the twenty-second Communist Party Congress in -.Moscow in October of that year.

The Havana conference of 1966 represents an extension of this Kremlin philosophy enunciated 5 years earlier. "Liberation wars," said Khrushchev, "will continue to exist as long as imperialism exists * * * such wars not only are permissible, but inevitable. Therefore, the peoples can attain their freedom and independence only by struggle, including armed struggle." He said, however, that the Soviets would not hesitate to use the threat of world war, particularly thermonuclear war, to immobilize Western military power and the will to use it.

Krushchev proceeded to employ nuclear blackmail by installing missiles in Cuba in 1962, and pouring troops and technicians into the island in virtual occupation of the country. There they constructed the most extensive underground fortifications in the history of the hemisphere.

Many political writers viewed the Cuban missile crisis, in retrospect, as a sort of continental divide in relations between the Soviet Union and the United States. That this is not so needs no elaboration, for the basic elements of Communist strategies articulated by Khrushchev in 1961 have, except for temporary reverses, remained very much the same. The popular name for it is "peaceful coexistence." But, as the Havana document makes clear, "peaceful coexistence" is not designed to hold back the onward march of "wars of liberation." Quite the contrary.

Prof. Robert Strausz-Hupé understood the situation when, back in 1963, he predicted "ubiquitous disturbances throughout the Free World such as uprisings throughout Latin America, Africa, and Asia."

Writing on the subject of local wars, Prof. Gerhard Niemeyer arrived at much the same conclusion as Dr. Strausz-Hupé. He said: "The cold war will take on the form of a number of concrete conflicts, each of which seems capable of settlement, so that the potential settlement of such conflicts will tend to be confused with an over-all settlement of the Cold War." Considered within the context of the statements made at the Havana conference, Dr. Niemeyer's comments assume a new significance.

Dr. Niemeyer also correctly estimated back in 1963 that political operations of the Communists would, aim at control of strategic areas in Asia, Africa, and Latin America. As the Russians well knew, there could be no better key than Cuba, and they resorted to the pickpocket method of stealing it. They intend not only to maintain control, but, as the Havana conferences clearly demonstrate, to expand Cuba as the base from which to pilfer the countries of Asia, 'Africa, and Latin America.

The strategy was articulated in Castro-official newspaper, Revolucion, in December of 1964 in the following statement: "Colombia and Venezuela form the nucleus of a vast Vietnam of Latin America."

It was no Soviet expeditionary force that put Cuba into Mr. Khrushchev's pocket in 1959 and 1960. It was done by unconventional warfare --blackmail, subversion of the Cuban Confederation of Labor, deliberate destruction of the police and armed forces, and cancellation of Cuba's democratic constitution. No overt expeditionary force created I-e upheaval in the Dominican Republic in April of 1965. The guerrilla wars being waged in Venezuela, Colombia, Peru, and other countries, which the Russian delegate to the Havana conference specifically named as targets for Communist conquest, are wars of the same nature, directed from Cuba with material support from the Soviet Union. Nothing could be plainer on this score than the words of Soviet Delegate Sharaf Rashidov.1

The value of Cuba to world communism is not primarily as a launching pad for atomic missiles, aircraft, and submarines against the United States and its neighbors. The very existance of a Communist Cuba just off our shores under Soviet occupation carries with it the shattering implications of U.S. weakness and vulnerability. The psychological value alone of a Communist Cuba is enormous, an it is being exploited every day in every way. For example, Vilma Espin de Castro, wife of Cuban Armed Forces Minister Raul Castro, journeyed to Moscow last November. Thumping the drums for the upcoming conference, she broadcast from Moscow to the world: "If little Cuba located only 90 miles from North American imperialism, is able to carry out its revolution, then all peoples every-where can do so. Her comments were echoed by virtually every delegation to the Havana conference

The tangible value of Cuba, however, is something else. Avowedly pro-Communist, it has served as a hemispheric operations center which has conducted unconventional warfare against its neighbors for the last 6 years.

The governments of Panama, Colombia, Guatemala, Venezuela, Peru, Brazil, Ecuador, Bolivia, Honduras, Nicaragua, and Argentina have protested against proved Cuban complicity in student riots, guerrilla operations, and political assassinations. A plot to assassinate, simultaneously, the presidents of Colombia and Venezuela was uncovered, and the trail led to Havana.

Cuba's role in subversion extends back to July of 1960 when Raul Castro and his wife hosted a "Preparatory Conference of Latin American Youth." Groups of teenagers from 17 Latin American countries, Canada, the United States and Europe descended on Havana. This was perhaps the first mass effort to recruit youngsters for guerrilla training.

Raul Castro addressed the assembly thus: "We must remove ourselves from the influence of the American eagle whose claws have been worn down from plundering its sister republics." Alongside the younger Castro were official delegates from Russia, Czechoslovakia, Yugoslavia, Red China, North Korea, and East Germany.

Fidel Castro himself rose from a sickbed to address the meeting. He told the youths to look upon Cuba's expropriation of United States properties as "an example for Latin America."

Just prior to the youth conference, the former Spanish Communist General Enrique Lister, appeared in Cuba. A graduate of the Frunze Military Academy in Russia, Lister set a out organizing guerrilla training camps, along with another Spanish Communist, Colonel Alberto Bayo. Bayo, it should be noted, trained Fidel Castro and his band of revolutionaries in Mexico and prepared them for their invasion of Oriente Province of Cuba on December 2, 1956.

These two Spanish Communists were the prime movers in establishing, guerrilla training camps in Cuba. Among the first was Boca Ciega school east of Havana in the resort town of Tarara.. It was placed under the control of Colonel Bayo. General Lister helped establish and later commanded the largest complex of guerrilla training schools in Minas del Frio, Oriente Province.

The training of guerrilla fighters and subversives in Cuba got underway in the middle of 1960 when Colonel Bayo received an initial batch of 19 young Latin American "becados"--so-called scholarship students. They were put through a rigorous program of drilling, marching, swimming, and mountain climbing; demolition work, infiltration tactics, and propaganda techniques. From these modest beginnings, Cuba's guerilla camps swelled in number to 10 in early 1963, following the missile crisis of the previous October. Painstaking interviews over the past several years with Castro officers, camp technicians, and other refugees who escaped following defection from the Government, indicate that by early 1966 Cuba had developed 43 such camps in which Latin Americans are trained in Viet Cong,-type terroristic wars.

Colombian officials estimated that 1,500 of its youth, including young women, were in training in Cuba the end of 1965. Virtually all of the countries of this hemisphere have presented evidence that their citizens are being trained in guerrilla operations in Cuba.

Nor are mainland United States and Puerto Rico immune from the guerrilla virus, and subversion. Previous studies of Cuba have concentrated mainly on the Cuban threat to our Latin American neighbors. However, U.S. territory is being, progressively threatened, as well, and that threat is summarized below.

Actual assaults on the United States and its institutions began as early as November 17, 1962. On that date several Cubans were arrested and charged with attempted sabotage of oil refineries in New-Jersey and retail stores in New York City. Roberto Santiesteban Casanova, the head conspirator, was found to be head of the Castro Communist spy and terrorist ring, operating in the United States. However, he and his accomplice, Jose Gomez Abad and his wife, were cloaked with diplomatic immunity by virtue of their assignment to the Cuban mission to the United Nations. Under this cloak, they recruited three others, including a pro-Castro American woman, and attempted the sabotage described by the Attorney General as "aimed at the heart of the internal security of the United States of America."

Upon the intervention of U.N. Secretary General U Thant, who argued diplomatic immunity, Robert Santiesteban Casanova was released on $250,000 bond and allowed to leave the country, without being brought to justice. This incident contrasts unpleasantly with treatment accorded U.S. nationals in Iron-Curtain countries, particularly Cuba and Russia. The case of Newcomb Mott comes instantly to mind. This young American strayed across the Soviet border, was accused of spying, sentenced to 6 months in a Soviet labor camp, and then allegedly committed suicide by the improbable method of cutting his own throat with a knife. Adding to the improbability is the apparent contradiction that the Soviet guards who were accompanying him to the labor camp would permit the American to have a sharp knife in his possession at all.

Following the revolt in Santo Domingo in April of 1965, it became known that Santiesteban Casanova had turned up there on the rebel side. It also became known that he is a meniber of the Cuban DGI-General Directorate of Intelligence-Cuba's overseas spy and sabotage system.

Then there is the startling case of February 16, 1965, in which three American Negroes and a Canadian women were seized in a plot to blow up cherished symbols American heritage-the Statue of Liberty, the Washington Monument, and the Liberty Bell. All were Castroites. All had traveled to Cuba.

Interrogation turned up the fact that ringleader, Robert S. Collier, not only had traveled to Cuba illegally with 84 so-called "students" in August of 1964, but while there had received instructions in terroristic tactics from a major in the North Vietnamese army. Walter A. Bowe, another plotter, was revealed to have been a member of the Castro-financed "Fair Play for Cuba Committee." Both had been in contact with Robert Williams, an American renegade Negro.

According to a Havana broadcast of January 5, 1966, Robert F. Williams attended the Tricontinental Conference. He is presently a fugitive from North Carolina justice as the result of a riot which occurred in Monroe, N.C., on August 27, 1961. He faced prosecution there on a kidnaping charge. During the past few years he has been conducting a series of broadcasts in English beamed to the United States from Havana. These broadcasts openly call upon American Negroes to engage in force and violence against the American Government. He is the publisher of a monthly newsletter called the Crusader. In its May-June 1964, issue, Mr. Williams describes in detail how to manufacture Molotov cocktails, organize riots, terrorize the population, and ruin cities. The Crusader of October 1964, shows a photograph of Robert F. Williams with Mao Tse-tung, Chinese Communist leader. Mr. Williams is also the author of a pamphlet entitled "Negroes With Guns," published by a Communist publishing house, Marzani and Munsell.

Williams' berserk anti-Americanism should not be lightly dismissed as something uncharacteristic and irrelevant. For the fact is this: that Williams insane hatred of America and his categorical commitment to violence were reflected, with minor changes in wording and nuance, in the speeches of the most "responsible" Conference spokesmen and in the official resolutions of the Conference.

New York Police Commissioner Michael J. Murphy revealed that the terrorists had contacts in other cities with a view toward spreading terrorism throughout the country. Collier apparently received his instructions from Major Ernesto Guevara when the latter came to the United Nations to address the General Assembly in December of 1964.

Raymond Wood, the detective who penetrated Collier's "Black Liberation Front" and turned up the information which led to the arrest of Collier and his accomplices, testified that Collier told him he had met with Major Guevara and had received instructions from him. Said detective Wood: "Three-man demolition teams were to spearhead an uprising. The Capitol and the White House were scheduled to be destroyed by air."

Detective Wood also stated that the plot called for inducing military pilots to sabotage planes, the creation of chaos within the armed forces by means of false communications, and the use of mortar and machine-gun fire on police and street crowds, and, finally, the boobytrapping of the homes of Government officials.

The same February 16 that the plotters in New York were seized by police, another event took place in Miami which suggests, at the very least, some coordination. The Roney Plaza Hotel on Miami Beach canceled a meeting of a Cuban exile group. The management told the president of the group that it had received an anonymous telephone call threatening a bombing of the premises if the meeting were held. The previous October 7, a hall in the Everglades Hotel in Miami was bombed when the same exile group met there.

Two days following that, on February 18, it was discovered that Southern Florida might be the center for the printing and distribution of Communist pro-Castro propaganda. For, on that date, a Venezuelan stevedore in the port of Caracas came upon a mailpouch filled with pro-Castro literature as the U.S. ship, Santa Rosa was being unloaded. Investigation turned up another 1,000 mailpouches containing the literature. Upon tracing its origins (amounting to 100,000 pieces), they were found to have been consigned to Caracas from Miami. A Caracas cable from Agence France-Presse remarked that "* * * the material presumably was sent bv agents of the Castro regime who have be-en infiltrated into the United States."

These are a few of the many items in the history of mounting hemispheric violence which preceded the Conference.

3. CONFERENCE PREPARATIONS

El Madhi Ben Barka, President of the International Preparatory Committee (who was subsequently kidnaped in France and is now presumed murdered), sounded the Conference theme in sessions of the Preparatory Committee.

Ben Barka pointed out at the September 1964 meeting held in .Moshi, Tanganyika, that the proposed Tricontinental Conference would blend the two great currents of world revolution: That which was born in 1917 with the Russian Revolution, and that which represents the anti-imperialist and national liberation movements of today. He thought it significant that the forthcoming Conference would be held in Cuba, because, he declared, the Cuban Revolution is the realization of these two currents.

He indicated that the anti-imperialist and national liberation movements must adopt a global strategy on a tricontinental scale. "We must achieve greater coordination in the struggle of all the peoples, as the problems in Vietnam, the Congo and the Dominican Republic stem from the same source: U.S. imperialism," he pointed out.

Ben Barka declared that each one of the anti-imperialist organizations of Africa, Asia, and Latin America were selected by the groups represented in the International Preparatory Committee, and that in those nations where there are several organizations, a National Front was formed. Said Ben Barka: "This will lead to a greater unity among the anti-imperialist forces of each country, initiating a positive process among organizations in which at times there are secondary differences, in the face of an enemy that wants to be an international gendarme. This is the spirit in Ahich the Conference will meet in Havana."

The Cuban section of the International Preparatory Committee included Armando Hart, Organizing Secretary and Foreign Relations Secretary of the Cuban Communist Party, and Osmani Cienfuegos, Cuban Minister of Construction and Communist Party leader.

"We must prepare well for this international event," said Fidel Castro, "and greet it with our best efforts in all fields."

"There is an intense mobilization of the people regarding the Tricontinental Conference, the holding, of which coincides with the VII Anniversary of the Cuban Revolution," added Armando Hart.

The Castro regime outdid itself in preparation for the occasion. No expense was spared. -Nor has any accounting of the sources of funds or their disposal been made public.

The Cuban Institute for Friendship Among the Peoples mustered up 100 luxurious automobiles, expropriated from industrialists, property owners, and government officials, for the expected guests.

One hundred and fifty guides, who were specially prepared by teachers from the Schools for Revolutionary Instruction, the Ministry of Education, and the Ministry of Foreign Affairs, were recruited.

The Ministry of Education arranged a program in cooperation with the Young Co-mmunist Union, the High School Students Union, the University Students Federation, and the Pioneers Union.

The Federation of Cuban Women, in a meeting attended by 3,500 delegates from all parts of the nation, initiated plans for parties, study circles, sports events, children's parties, parades, and simultaneous chess matches .

All such activities were conducted during the months of November and December in salute to the Tricontinental Conference and the VII Anniversary of the Cuba Revolution.

The Federation of Cuban Women organized many other activities heralding these two important events. There was the Women Workers' Conference; the opening of an experimental workshop for women's fashions; a productive work period dedicated to planting fruit and timber trees, and the harvesting of vegetables; the studying at regional and sectional levels of all material published by the Tricontinental Conference Preparatory Committee; and collective contribution of thousands of hours of volunteer work by women.

The Committees for the Defense of the Revolution organized 60,000 study circles, held conferences and seminars, and had lectures on the situations existing in Asian, African, and Latin American countries, With the reported participation of 2,150,000 members. They also organized mural exhibitions, decorated streets with flags of the participants in the Tricontinental Conference, and held seminars on the Conference in the 3,100 section headquarters throughout the Nation.

In honor of the occasion, 50,000 -people were served a supper beneath Marti's statue in the Plaza de la Revolucion. A giant "History of Cuba" exhibition was set up on La Rampa. Delegates were bailed at provincial fiestas. Nightclub stars furnished entertainment. Greeting came from the following Communist leaders: China's Chou En-lai, North Korea's Kim II Sung, North Vietnam's President Ho Chi Minh, Mongolia's Yu Tsedenbal , USSR Council of Ministers Chairman Aleksei Kosygin, and Leonid Brezhnev, First Secretary of the Communist Party of the Soviet Union, Central Committee. It all added up to an enormous lift for the prestige of the Castro regime.

A strenuous campaign was mounted to beautify Havana--an important point in the preparations to salute the historic event. A commission composed of representatives from various organizations decided to turn the empty city lots into "Friendship Gardens," to plant "Solidaritv Trees" in the City and provinces, collect rubbish, scrap iron, and old signs.

The Cuba Trade Union Center presented, throughout the capital, groups of entertainers from each of the 25 National Trade Unions. These groups performed songs and dances from each of the countries participating in the Tricontinental Conference. Programs for the Conference were printed in each of the languages represented therein. All work centers were decorated, and a special effort was made to increase production during this period.

To popularize the occasion both at home and abroad, masses of documents relating to the Tricontinental Conference, interviews, special reports, radio and TV coverage, were printed and distributed. In addition, a special call issued by the Cuban national Committee, said in part:It will be the first time in history that revolutionaries from three continents will meet, in a conference such as this. The representatives of anti-imperialist organizations from the most distant parts of Africa, Asia, and Latin America who struggle for liberation or national consolidation, will meet to firmly confront the threat created by U.S. imperialism that is manifest in aggressions in Vietnam, the Congo, and the Dominican Republic."

"Let us make the preparations work for a giant mobilization of all sectors of the country to fulfill the ambitious goals established by the Communist Party of Cuba and its First Secretary, Fidel Castro," continued the statement of the National Committee.

"This Conference," declared Dr. Raul Roa, Cuban Minister of Foreign Aff airs, and mem'@,er of the Central Committee of the Communist Party, speaking before the United Nations Organization, "has been called in order to strengthen even more the bonds of solidarity among the peoples of the three continents, and at the same time will be a point of departure for broadening and deepening the development of their struggle against colonialism, neocolonialism and imperialism, for social progress, economic development and world peace."

As a final production, the Conference more than jusfified the massive and elaborate preparations that went into its organization.

4. THE AGENDA OF THE CONFERENCE

On January 8, the four committees of the Conference discussed the provisional agenda drafted in Cairo by the Committee on Preparations at its meeting during the previous September. The agenda finally adopted was the following:

1. The struggle against imperialism, colonialism, and neocolonialism.

A. Support to the Vietnamese people in its heroic struggle against the imperialist aggression of the United States and for the liberation of South Vietnam and unification of the entire country.

B. Struggle for complete national liberation , for the right of peoples to selfdetermination, and consolidation of independence and national sovereignty in the three continents, struggle against imperialist aggression, subversive conspiracies, and foreign intervention in independent states; and against the imperialist policy of isolating peoples struggling for their national independence.

C. Intensification of all forms of struggle, including armed struggle, by the peoples of the three continents. against imperialism colonialism, and neocolonialism, headed by U.S. imperialism.

D. Support to the Cuban people in its just struggle against U.S. imperialism and in defense of national sovereignty. Support to the patriotic struggle of the Latin American peoples against the imperialism of the United States and its instruments, such as the OAS.

E. Elimination of foreign military bases in the three continents and action against the policy of military pacts.

F. Struggle to prohibit the use, production, testing, and storage of nuclear weapons, and for complete destruction of all present nuclear weapons and all instruments for producing them; and struggle for disarmament and world peace.

G. Action against apartheid and racial segregation; support to the peoples of Africa and of the United States in defending their rights to equality and freedom; struggle against discrimination and racism in all other forms.

H. Ways and means of aiding the liberation movements in Africa, Asia, and Latin America, in general, and armed struggle for independence, in particular.

2. Burning issues of the struggle against imperialism in the countries of the three continents, particularly in Vietnam, the Dominican Republic, the Congo, the Portuguese colonies, Rhodesia, southern Arabia add Palestine, Laos, Cambodia@,- South Africa, Korea, Venezuela, Guatemala, Peru, Colombia, Cyprus, Panama, Southwest Africa, and North Kalimantan.

3. Anti-imperialist solidarity among the African, Asian, and Latin American peoples in economic, social, and cultural fields.

A. For the economic emancipation and social and cultural liberation of the peoples of the three continents.

1. Principles on joint struggle to obtain and consolidate the economic emancipation of the peoples of the three continents and the struggle against the economic exploitation and aggression of imperialism, colonialism, and neocolonialism.

2. Measures to eliminate the consequences of colonial domination in the economic, social, and cultural fields.

3. Action against the policy of blockade and boycott imposed by imperialism in the case of countries that are fighting for freedom and that have already achieved independence.

4. Economic planning and mobilization of natural and manpower resources for economic development and to obtain true economic independence, based chiefly on the country's own natural resources.

5. Agrarian reform in the continents.

6. Problems of national training of personnel.

B. For the development of economic, social, and cultural relations.

1. Aid and cooperation among the peoples of Africa, Asia, America in the economic, social, and cultural fields. 2. Fundamental principles of economic and technical cooperation among the countries of the three continents, based on principles of equality and mutual interest.

3. Establishment of a new economic policy between countries of the three continents and the rest of the world. Establishment of trade, economic, and financial relations with the developed countries on a basis that makes possible the development of the others.

4. Formulation of a joint definition for the countries of Africa, Asia and Latin America of the concept of a peaceful coexistence.

C. For coordinating the action of workers', students', and women's organizations in the three continents.

4. Political and institutional unification of the efforts of the peoples of Asia, Africa, and Latin America in their joint struggle for national liberation, reconstruction, prosperity, and peace.

Summarizing the agenda and purpose of the Tricontinental Conference, the official Cuban newspaper Granma, in its issue of January 6, 1966, said:

The strategy of the revolutionary movements in their struggle against imperialism, colonialism, and neocolonialism and, especially against Yankees imperialism - principal enemy of peoples- calls for closer military ties and solidarity between the peoples of Asia, Africa, and Latin America, the working class, the progressive forces of the capitalistic countries of Europe and the United States and the Socialist camp.
 

5. RESOLUTIONS ADOPTED BY CONFERENCE

The general resolution adopted by the Tricontinental Conference represented a major victory for the philosophy of Maoism, in the sense that it rejected all Possibility of peaceful reform and declared revolutionary violence to be the only road to the future. These were the words of the resolution:

One cannot accept the, first small step as an alternative to those that follow.

We cannot permit ourselves to be deceived or frightened. * * * The struggle is to the death. * * * The peoples of the three continents must reply to imperialist violence with revolutionary violence to safeguard hard-won national independence, as well as to achieve the liberation of the peoples who are fighting to shake off the colonialist noose.

The general declaration of the Tricontinental Conference covered the following significant points:

1. Condemned Yankee imperialism for allegedly "carrying out a policy of systematic intervention and military aggression against the nations of the three continents."

2. Referred to Yankee imperialism as the "implacable enemy of all peoples of the world."

3. Referred again to Yankee imperialism as constituting "the basis for oppression; it directs, provides, and upholds the worldwide system of exploitation."

4. Proclaimed "the right of the peoples to meet imperialist violence with revolutionary violence."

5. Vigorously condemned "the Yankee imperialists' aggressive war in South Vietnam."

6. Proclaimed "its solidarity with the armed struggle of the peoples of Venezuela, Guatemala, Peru, Colombia."

7. Condemned "the aggressive policy of the U.S. Government and its Asian agents against peaceful and neutral Cambodia and calls for the rejection of all political, economic, diplomatic, and cooperation with the Yankee imperialists and with all puppet governments which help the U.S. overnment in their aggressive policy against the Indochinese peoples."

8. Condemned "the North American imperialists' blockade on Cuba."

Another resolution read in part:

North American imperialism is at the fore of the imperialists' aggressive policy. The most desperate actions against peoples, as in Vietnam and the Dominicin Republic, lie at the door of the Yankee imperialists. North American states girdle the globe. Aggressive pacts in which the United States is the leading power cover ever continent and sea. The United States is found behind everv aggressive action committed by the other imperialists.

Another resolution read in part:

« North American imperialism is at the fore of the imperialists' aggressive policy. The most desperate actions against peoples, as in Vietnam and the Dominican Republic, lie at the door of the Yankee imperialists. North American states girdle the globe. Aggressive pacts in which the United States is the leading power cover every continent and sea. The United States is found behind every aggressive action committed by the other imperialists. »

Another resolution read:

« This conference is convinced that, in view of the imperialists' violence, the peoples of the three continents must reply with revolutionary violence. The latter (people's) must make use of all the most vigorous forms of struggle, among which armed battle is one of the higher forms to obtain final victory. »

The resolution dealing with Vietnam said:

« The conference sets forth clearly that to the imperialist tactic of limited wars the effective reply is the development of liberation wars in every region where conditions are ripe. The best example is Vietnam, where the United States by stepping up its intervention is creating the conditions for a more complete defeat later. »

Again Vietnam was dealt with in these terms:

« It is necessary to multiply solidarity with the Vietnamese people throughout the world and support their heroic battle in every mariner, even by sending armed volunteers if that be necessary. The Conference supports the four points laid down by the Government of the Democratic Republic of Vietnam and the five points stated by the South Vietnam National Liberation Front, and calls on all peoples to struggle to see this applied as the sole settlement for the Vietnam case. Defense of the Vietnamese people's just cause has become a central task for the revolutionary strategy of the peoples of Africa, Asia, and Latin America. »

A resolution on Puerto Rico said in part:

« Puerto Rico remains occupied by U.S. imperialism, which not only denies her the right to independence, but has converted her into an enormous military base that includes atomic weapons. »

Another resolution stressed the importance of Cuba:

« Special mention is due solidarity with Cuba, whose people are defending and carrying forward a revolution only ninety miles from the United States. Her choice as the site of the first solidarity conference of the peoples of Africa, Asia, and Latin American is the highest recognition of the importance of her revolution and the significance it has for the peoples of the three continents. Cuba, because of her relatively small size, her geographical position near the United States and in a zone surrounded by Governments which are puppets of the Yankee imperialists * * * proves with her revolution, triumphing over all aggressions perpetrated or fomented by the United States, that revolution is possible and invincible. »

A resolution on the Panama Canal Zone said:

« The Panama Canal Zone is being used as a base for attack on peoples fighting for their liberation, it forms the Caribbean triangle with the military bases at Guantanamo and on Puerto Rico. This is done against the will of the Panamanian people. »

The resolution on the United Nations denounced it as being manipulated by the United States. The Conference's "Declaration on the OAS" said:

« That the Organization of American States has no legal or moral authority to represent the Latin American nations. That the only organization that will be able to represent Latin America will be the one composed of the democratic and anti-imperialist governments that are the genuine product of the sovereign will of the Latin American peoples. »

The Conference proposed:

« That the revolutionary movements of Colombia, Venezuela, Peru, Panama, Ecuador, and others in the Caribbean area and southern part of the hemisphere take prompt steps to make a joint study of this military situation, wlth a view to finding means to counteract the effects of this aggressive attitude of imperialism. »

The Conference resolved:

« To give the most determined support to the revolutionary movements of Colombia, Venezuela, Peru, Panama, Ecuador, and other countries of the Caribbean area and the southern part of the hemisphere in order to respond to the overall aggressive policy of U.S. imperialism with the most effective measures to counteract its effects.

To denounce before all the countries of the three continents the Yankee intervention in the armed struggles of Colombia, Venezuela, and Peru, and to promote the militant solidarity of the combatants of those countries with each other and with the peoples of the continents in the great battle for national liberation.

To give decisive support, in all forms, to the armed struggle undertaken in Peru, the path valiantly chosen by the Peruvian people to achieve its definitive and total economic and political independence. »

Such was the atmosphere and the general political character of the Tricontinental Conference in Havana.

6. U.S.A.-THE MAIN TARGET

Cuban President Osvaldo Dorticos set the tone for the extreme anti-Americanism that characterized the Conference in his speech of January 4, 1966. Dorticos said:

It is certain, however, that imperialism, especially North American imperialism, which has assumed the sad role of international gendarme, is sharpening the violence and is intensifying the taking advantage of all vile instruments of aggressions against peoples, from bribery and blackmail up to the most barefaced forms of violence and armed intervention. * * * There is no better place than this conference to proclaim without vacillations the right of peoples to oppose imperialist violence with revolutionary violence.

Dr. Guido Gil, head of the Dominican Republic's delegation to the Tricontinental Conference, joined the chorus in these terms, in a speech delivered on January 9, 1966:

It is in Asia, Africa, and Latin America where the hardest blows are being dealt imperialism, and principally its leading ai-id prime force, Yankee imperialism.

In accordance with this viewpoint, the conference adopted a resolution which said-

That the imperialist government of the United States is condemned as an aggressor and violator of the sovereignty of the Dominican people

That the OAS (Organization of American States) be condemned as the main political instrument of U.S. imperialism in the neocolonial dominating of Latin America.

On January 14, 1966, Virgilio Shuverer, a Panamanian diplomat, was interviewed in the Panamanian Legislative Palace as to his estimate of the Conference. He said:

The Tricontinental Conference, in my opinion, will have an important effect on the lives of people who are today subjected to imperialism * * * I believe that it will be a stimulus, a joint effort among the revolutionaries of the world, for carrying forward the methods and tactics being employed at present against imperialism, particularly U.S. imperialism.

On January 4, 1966, Norman Pietri Castellon, chairman of the Puerto Rican delegation to the Tricontinental Conference broadcast his views. He called Puerto Rico "the most important military fortress of U.S. imperialism," and added that "The independence movement is continuously organizing the Puerto Rican people so that we may resolutely confront U.S. imperialism." He further declared that "The Puerto Rican Independence Movement expects effective solidarity from the Tricontinental Conference of the peoples of Asia, Africa, and Latin America."

Renato Bitossi, chairman of the Communist-controlled World Federation of Trade Unions (WFTU) and a member of the Italian Communist Party's Central Committee, was interviewed on January 8, 1966, at the Hotel Havana Libre, headquarters of the Tricontinental Conference, as to the significance of the conference. Before the conference had closed its session, he assured the interviewer that the WFTU accept the resolutions adopted by this conference."

Asked how the WFTU is likely to show its solidarity, he pointed out that-

The WFTU carried out mass demonstrations during the Suez Canal crisis against the Korean war, * * * It intervened mainly with supporting demonstrations all over the world in order to assist the Cuban revolution against U.S. imperialism.

* * * The WFTLU is an observer at the Tricontinental Conference.

 
 7. THE BASIC GOAL--MORE VIETNAMS ON A TRICONTINENTAL SCALE

Dominant motif of the Havana Conference from the outset was Communist unity displayed against a backdrop of "successes" in the terroristic war being waged in Asia by the Viet Cong, alla rejection of peace offers. it was no coincidence that the first speaker at the January 4 plenary session was Nguyen Van Tien, delegate from the National Liberation Front of South Vietnam (Viet Cong), His opening speech had the quality of that of a political cheerleader, and it set a triumphant tone for the secret deliberations which followed. He asked the delegates for unanimous "solidarity" with the Viet Cong cause. ("Solidarity" can be interpreted in the Communist lexicon as do likewise. )

Van Tien said in Havana that the Viet Cong are strong enough to win any type of war "imposed upon them" by the "Yankee imperialists and their lackeys." He boasted that, "Even if the Yankees, instead of abandoning their military venture, send 300,000, 400,000, or even more troops to South Vietnam, they cannot win. * * *" He claimed that the Viet Cong control 80 percent of the territory of South Vietnam "thereby ensuring the smooth development of our struggle until final Victory." He also laid claim to "victories of strategic significance,'' and encouraged the delegates to engage in similar types of wars in their own countries. "We are," he said 'determined to defeat them (the United States) * * * determined to fight on for 5 years, 10 years, 20 years, or even longer until the Yankees abandon their policy of aggression and get Out of our territory-."

Tran Danh Tuyen, the North Vietnamese delegate.who presented the official view of Hanoi, insisted that the final resolution of the conference must include recognition "of the National Liberation Front of South Vietnam as the only hemline representative of South Vietnam." What is significant to this otherwise routine demand was his warning that victory in the Viet Cong fight was prerequisite to the success of projected wars of liberation on other continents.

It is important to note that none of the delegates who spoke at the Tricontinental Conference seriously advocated a negotiated peace in South Vietnam. Peace on the terms suggested by Tran Danh Tuyen would mean nothing less than unconditional surrender on the part of the United States.

Again linking Communist military victory in Vietnam to the ultimate success of the "Havana Conference on World-Wide Subversion," Tuyen said:

"In view of the vital bearing of the Vietnam question on our three continents and on the present situation of the entire world, please allow us to propose that the Conference adopt a special resolution on Vietnam." (Italics supplied.)

The resolution proposed by North Vietnam was: "Demand that the United States put an end to its aggressive war in South Vietnam and unconditionally and at once end their bombing of North Vietnam; withdraw their troops and arms from South Vietnam, and dismantle all military bases there; call on the United States to respect and strictly implement the 1954 Geneva agreement on Vietnam, which recognizes the right of the Vietnamese people to solve their own problems; call for the prevention of the introduction of U.S. arms, ammunition, and troops into Vietnam; forbid the United States to turn the territory of other countries into military and supply bases for aggression against Vietnam; urge all-out support for and fraternal assistance with the Vietnamese people to make sure that the Vietnamese people can resist the aggression of U.S. imperialism * * *"

Preconference guidance in this direction had already been supplied through a Pravda; editorial of December 25, 1965, which viewed the war in Vietnam as the prototype of other Communist-directed terroristic wars. Said Pravda:

"The American 'dirty war' in Vietnam is a challenge to the national liberation movement throughout the world, and a direct attack against it aimed at strangling the peoples' liberation struggle.'' (Italics supplied.) "American imperialists and their apologists are trying to prove the 'lawfulness' of waging wears against the peoples defending their national independence. But national wars are just wars. They are lawful weapons of the oppressed peoples, and express their will to live in freedom without any foreign enslavement by their puppets."

The North Korean delegate put the test of wills and the ability of the United States to cope with terroristic wars bluntly: "If the struggle against U.S. imperialism is given up," said Kim Wal Yong, "victory in revolution, independence, peace, and progress are out of the question."

The military character of the Conference was brought out in the address by Cuban President Osvaldo Dorticos, who welcomed the delegates to Havana. He welcomed them as "liberation fighters." One purpose of the meeting, he said, was the "duty to give unrestricted support to the movements of Asia, Africa, and Latin America," linking success in those areas to "the fundamental obligation to express solidarity with, and pledge the most resolute support for, the valiant people of Vietnam." He concluded his address in a call to arms with "renewed faith in the peoples' future, in their invincible fighting potential, and in the assurance of imperialism's final defeat. * * *"

Beaming to Latin America, Castro's Radio Havana described the address of Nguyen Van Tien in lyrical terms, quoting his claim that "guerrillas of his country have won great victories in the struggle against U.S. aggression." Apparently designed to pump up the courage of Cuban-exported guerrillas operating in Latin America, Radio Havana said: "The South Vietnamese revolutionary leader declared that 'in the Plei Me area, where we fought for 10 days, more than 1,700 U.S. soldiers were killed or wounded.' " Van Tien was described in the broadcast as a "South Vietnamese guerrilla."

Guido Gil of the Dominican Republic said "the popular struggle" in his country is still continuing. He said that "armed combat will be the path of liberation, and that is why the people are preparing and organizing themselves to defeat the imperialists, and we certainly will." His colleague, Cayetano Rodriguez del Prado, vowed that Dominican Communists "will convert the Dominican Republic into the Vietnam of Latin America."

It is significant to note here that one delegate, Euclides Gutiérrez Feliz, was a Vice Minister in Colonel Francisco Caamaño's so-called constitutional government, during the revolt in Santo Domingo in April 1965.

José de la Tunón, delegate from Panama, said in a Cuban broadcast to Latin America: "The peoples of Latin America and the Panamanian working class are bound to be encouraged by this event, since from it will come the plans which must be carried out against the common enemy of all peoples, Yankee imperialism."

In English-language broadcasts, Radio Hanoi recounted the cordial, informal talks Fidel Castro conducted with delegates from North and South Vietnam. It said: "Dan Thi Thanh, a militia-woman fighter who had downed a U.S. aircraft, member of the North Vietnam delegation, presented to Premier Fidel Castro a ring made of the metal from the wreckage of the U.S. plane downed in North Vietnam. The Premier clasped and raised her hand and, amid stormy applause, warmly praised the valiant fighting spirit of the Vietnamese women."

This incident is recounted here simply to underscore the terroristic and warlike nature of the conference, and the extent to which propaganda high-jinks were employed to whip up the fires of belligerency and fanaticism.

Another, and certainly more grisly, incident involves the helmet of a U.S. pilot shot down over North Vietnam. Pedro Medina Silva, the chief Communist delegate from Venezuela, talked about using the helmet for purposes of morale building.

The Venezuelan said that the National Liberation Front of Vietnam had presented the Venezuelan National Liberation Front with the helmet of a dead American pilot, shot down over North Vietnam. "The Venezuelan National Liberation Front gave it to the Tricontinental Committee for Support of Vietnam. We then deposited the helmet with the Cuban Committee for Solidarity. We shall wage a campaign of emulation, both on the island of Cuba and in Latin America with it, and we shall carry it to every continent to give more impact and more brilliance to the week of solidarity with Vietnam which is scheduled in March on a Tricontinental scale."

Commenting on the makeup of the bloodthirsty delegations to the Havana conference, Budapest's Communist newspaper Nepszabadsag implied that it was the success of Castro's guerrilla campaign in Cuba and the Viet Cong war in Asia, that influenced the Soviets to emulate those tactics on a worldwide basis. The paper noted that the conference was not in the hands of "catastrophic politicians" but in the firm glip of revolutionaries.

Judging from the Latin American representatives, in particular, it was clear that the delegates represented a breed which is prepared to fulfill the assembly's call for "immediate and concrete action." Absent, for example, were Fabricio Ojeda of Venezuela, Luis Corvalán, Secretary General of Chile's Communist Party, Luis Carlos Prestes of Brazil, and Norge Botello Fernández of the Dominican Republic. The composition of the Conference strongly suggests that a decision was made to rely less on the "national" Communist Parties and turn to the "man with the gun."

Particularly in Latin America, the prime target for subversion from the new headquarters in Havana, the Communist parties are split along national lines and tradition, and weakened by intra-party fights, and ruled by leaders who belonged to tile previous generation of revolutionaries. It would be almost impossible to weld these politically oriented Communist party bosses into a one-leader operation.

The respectable Paris newspaper, Le blonde, observed that the Soviet Union has thrown its weight behind tile guerrilla fighters rather than Communist parties because. Le Monde warns, Russia now believes that "the destiny of the revolutionary movements in Latin America lies * * * in direct action, more precisely in armed action."

Le Monde also points out that, "with the exception of Venezuela and Colombia, the orthodox Communist parties have show n no great enthusiasm for guerrilla wars."

Essentially, then, the tactics which are most likely to be followed in intensified subversion from Havana are those employed by Fidel Castro from 1957 to January 1 1959, wiled those tactics catapulted him into power and by the Viet Cons, in Vietnam today. These tactics include political subversion, penetration of student groups, bomb throwing in the cities, kidnaping, robbery, blackmail--all culminating m and supporting open guerrilla operations.

In his speech closing the Tricontinental Conference. Castro called for "a common strategy, a joint, simultaneous struggle" throughout Latin America against the United States. In fact he enumerated the projected targets including Venezuela, Peru, Colombia, and Guatemala.

Cuba's Foreign Minister Raul Roa echoed the views of his chief at the Tricontinental Conference and called upon the assembled delegates to "redouble our efforts to make this historic conference an endless source of encouragement, inspiration, and support for the liberation movements in Asia. Africa, and Latin America." He added that the effort should be dedicated especially to "those peoples who are fighting weapons in hand for their self-determination, independence and sovereignty, a perfect example of what can be found in the ** * battle being waged today by the people of Vietnam against Yankee imperialism and its allies." In keeping with this outlook it migrant n`,t be farfetched to expect in the near future an extensive diversionary move on the part of forces in various countries of Latin America in an effort to force the withdrawal of some of our forces from Vietnam.

Conference resolutions demanded "the immediate withdrawal of all foreign troops, the dismantling of foreign military bases" with special reference to American installations calculated to defend these countries from Communist aggression.

Major Luis A. Turcios, representing the Rebel Armed Forces of Guatemala (FAR) struck a similar chord at the Conference, from which we quote:

In Guatemala the only channel for revolution is armed struggle. It is a revolutionary war.

He quoted from a declaration of FAR to the effect that "The revolutionary forces have taken the only road which remains to occur people; to answer counterrevolutionary violence with revolutionary violence; to open the way for the Guatemalan revolutionary violence by force of arms * * *."

He looked to the Tricontinental Conference to "channel, coordinate, and apply effectively anti-imperialist solidarity measures." He emphasized particularly the training of the rebel armed forces which he called "the political and military instrument which Guatemalan people needed in order to wage war."

He added: "That most advanced expression of out struggle lies in the establishment of the first guerrilla zones, particularly the Edgar Iberia zone * * *. This guerrilla front was formed more than 2 years ago and now we can say that it has been definitely consolidated."

An article appearing in the New York Times of March 18, 1966, page 17, reported on a secret interview with Luis Augusto Turcios Lima by Henry Giniger. The article described Turcios as a graduate of the Polytechnical School, Guatemala's military academy, and the Ranger School at Fort Benning, Ga. While Turcios denied being a Communist, the article stated, his associate, Gabriel Salazar, head of the Political Commission of the Rebel Armed Forces, admitted Communist Party membership. Turcios admitted that his group did not number more than a few hundred, the Times reported.

Among the participants in the Conference was General Enrique Lister, referred to as "the hero of the Fifth Regiment of the Spanish Civil war," an expert in the field of guerrilla warfare. He appeared as an observer and representative of the World Peace Congress, a well-known Communist front.

Spokesman for the Venezuelan National Armed Forces of Liberation (FALN) was Pedro Medina Silva, its commander. Speaking at the Conference session on January 6, Medina Silva pointed out that the Havana Conference offers "The most opportune occasion to drag up a global strategy in the struggle * * * The revolutionary parties of Venezuela have formed the National Liberation Front. The Front has outlined as objectives to be achieved in this struggle the establishment of a nationalist, democratic government which will lav the foundations of socialism in our country. * * * Now we know that this objective can be achieved only through armed struggle." The FALN has been authoritatively described as a Communist-controlled paramilitary organization.

Roberto Garcia Urrutia, head of the delegation from Peru, addressed the Conference on January 7 as follows. He explained that since the start of the armed struggle in Peru on July 9, 1964, a number of fronts have opened and that now five guerrilla warfare centers exist. He noted that wide sectors of the intellectuals and the middle classes have already come out for the guerrillas and against the government's allegedly repressive measures. He declared that 80 percent of the students have come out firmly in support of armed struggle. In his remarks he also stated that Peruvian revolutionaries support all armed struggles of national liberation of the peoples of the three continents. "In particular," he mentioned "the struggles of Venezuela, Colombia, Guatemala, the Dominican Republic, and we especially feel solidarity with the glorious peoples of South Vietnam and the Democratic Republic of Vietnam."

Concluding, he emphasized that "This Tricontinental Conference is the most positive effort that has been made in the past few years to orientate the fight, harmonize efforts, define objectives, and basically develop on a worldwide scale the battle against the fundamental enemy of peoples, peace, progress, and mankind: Yankee

   8. THE CASE OF PUERTO RICO

The situation in the U.S. island of Puerto Rico presents considerable cause for alarm and calls for immediate attention. Latin Americans in culture and outlook, the Puerto Ricans are, as Soviet delegate Sharaf Rashidov himself declared, prey for Communist penetration and terrorism.

The history of Communist subversion to the present is considerably more alarming than is generally recognized. Some of that history was revealed by Norman Pietri, Puerto Rican delegate to the Havana Conference. He said: "Armed struggle has taken place in Puerto Rico. The struggle for independence has continued 'In the streets, and is becoming stronger daily."

Another Puerto Rican delegate, Narciso Rabell Martinez said: "The independence movement is continuously being organized among the Puerto Rican people so that we may unflinchingly confront U.S. imperialism. It is a fight waged from within the very heart of the monster. But as Jose' Marti said, 'although we are living in the heart of the monster, we also possess David's sling.' The possibility of obtaining Puerto Rico's independence is clear and present, and we believe that, with the burgeoning of the mass movement now surfacing, Puerto Rico will also soon become a 'free territory of America.' "

Cuban intrigue has converged on Puerto Rico through roughly three different means-drug trafficking, terrorism, and diplomacy and propaganda.

Puerto Rican police and the FBI nipped one plot by Cuban trained Puerto Ricans to assassinate John Bishop, FBI chief in San Juan, and to kidnap high-ranking Puerto Rican officials. One of those captured testified that contact with Cuba was carried out through agents in the Dominican Republic. Interception of the terrorist group, the so-called Armed Movement of Puerto Rico, was made outside Ramey Air Force Base, one of the largest military installations on the island. Propaganda "which declares war against the United States" was found along with rifles, pistols, field telephones, and large amounts of ammunition.

Chronic riots at the University of Puerto Rico are attributed to student agitators following instructions from Cuba's government controlled subversive student organization, the University Student Federation (FEU).

Cuba has also become an important way-station for the transfer of drugs from Red China to Puerto Rico and thence to the mainland United States. A break in one drug ring came in December 1964 with the arrest of Castroite Cubans Carabeo Nerev and two accomplices. Eugene Marshall of the Federal Narcotics Bureau in Miami revealed that the three had been back to Cuba several times since they entered this country under the cover of "exiles." The conclusion drawn is that Castro agents have entered Puerto Rico and Miami in the guise of "political exiles."

On September 24, 1964, the New York Times reported: "There are strong suspicions that Communist Cuba is making an attempt to flood Puerto Rico with drugs via Havana in an effort to undermine the economy of the island." On January 6, United Press International reported that marihuana was arriving in the United States from Cuba "in great quantities."

In an interview with New York police inspector Ira Bluth, UPI reported that "marihuana used to come to New York almost entirely from Mexico, but recently a large amount of drugs from Cuba have been discovered * * * they have .. been introduced into this country from Cuba through Florida. * * * in the past few months of 1964, 697 pounds of drugs from Cuba had been found, compared with 241 pounds in 1963. * * *"

It is believed that the sale of drugs, particularly heroin, in the United States and other Free-World countries provides a considerable amount of foreign exchange by which Cuba finances guerrilla activities. Connection between Cuban terrorism and drug traffic was brought out in other evidence. When Carabeo Nerey was arrested in Miami, he was accompanied by two Puerto Rican females, sisters Nellie and Doris Antuna. Doris, said the report, had been living with a Wilfredo Jesus Risco, who earlier had been uncovered as an intermediary in supplying Puerto Rican terrorists with money.

Sabotage, little reported and less understood in mainland United States, has taken and is taking its toll in Puerto Rico. In December1964, San Juan's newspaper, "El Madro" reported "a wave of incendiaries which swept the area. The targets were mainland U.S. companies-Levittown Construction Co., Barker's Department Store, Woolworth's, the Bata Shoe Factory, and Bargain Town.

Eight attempts were made to burn Woolworth's, but vigilance cut down the damage considerably. However, Barker's loss was placed at $4 million; Bata Shoe Factory was completely destroyed at a loss of $3 million. Newspaper accounts drew the obvious of parallel between what happened in Puerto Rico and the tactics being carried out by National-Liberation Front terrorists in Venezuela and Colombia.

Incendiarism and other acts of terrorism have been accompanied, in the past, by bloody, Communist-led student riots. Puerto Rican Congressman Carlos Westerbrand has moved to establish laws to outlaw such Communist infiltration in student organizations citing incidences of such infiltration even among the high school student bodies.

Venezuelan Pedro Medina Silva is leader of the Latin American committee to carry on terroristic wars in Latin America. He is also chief of the Venezuelan Armed Forces of National Liberation. Speaking in Havana on February 8, of this year, he announced that Venezuela, Puerto Rico, Chile, and the Dominican Republic were on the Tri-continental General Secretariat charged with carrying out terroristic wars. He said of Puerto Rican participation: " This is very important. For the first time, Latin America achieves integration (in the world war of subversion). This is the first time that Puerto Rico -Participates in an organization as important as the General Secretariat." He added: "We feel that this is a debt we owed Puerto Rico, one we have now paid by incorporating that country on a tricontinental scale in an organization which will enable it to see and observe, and above all, to contribute to its own final liberation so that it can stop being a Latin American colony.

The remarks of Soviet delegate Sharaf Rashidov, when he included Puerto Rico as a target of tricontinental subversion, recall the fact that Russian interest in that island goes back a few years. It records Soviet manipulation of Cuba for political, military, and propaganda purposes.

Back in 1954 ' the Soviets sponsored a "World Peace Conference" in Prague. This led, in 1957, to the establishment of the Afro-Asian Conference held in Cairo. Rashidov, it should be noted, headed the Soviet delegations to the Prague and Cairo Conferences. He was responsible for the behind-the-scenes maneuvering at the Cairo Conference of "non aligned" nations in late summer 1964 which, with very little persuasion it, n-tai, be deduced, led Cuba to introduce a resolution demanding that the United Nations call for a debate on the "colonial status of Puerto Rico."

The Cairo delegates accepted the resolution and, on November 20, 1964, the U.N. Committee agreed to the debate. The U.N. Committee debate is outrageous on the face of it. It completely ignored the fact that in November of 1964 the Puerto Rican people went to the polls, and cast 778,000 votes out of a total cast of about 860,000 affirming their status as U.S. citizens in a "Free State Associated with the United States"-an association that has brought Puerto Rico out of grinding poverty.

However Soviet-Cuban maneuvers lurks the kernel of Communist policy toward Puerto Rico. That policy is to force the retirement strength from the Caribbean and eventually from Latin America. It is also to be noted that U.N. acceptance of the debate came just prior to the visit to the United Nations by Major Guevara. What he said regarding Puerto Rico exposes some of that kernel. He said that the "use of Puerto Rico as a military base by the United States threatens the peace." It may be considered no co-incidence that Guevara's views were echoed by Norman Pietri, Puerto Rican delegate to the Tricontinental Conference. He said on January 10 in Havana that "14 percent of the national territory of Puerto -Rico is occupied by nine immense U.S. military bases designed to strengthen Yankee domination in Puerto Rico ***exposing the rest of the Latin American peoples to the constant threat of direct imperalist military aggression. ***" There is little difference, except in the wording, between what Guevara hinted at, and what Puerto Rican Communist Norman Peitri actually said 1 year later.

Pietri went on to spell it out: "Imperialism has everything in those gigantic bases--long-range guided missiles, super bombers loaded with atomic bombs, nuclear submarines at Roosevelt Roads, and special anti-guerrilla troops. From this stems the imperative need to win national independence in order to promote conditions conducive to total eradication of Yankee military installations in Puerto Rico and the threat they pose to the rest of Latin America."

The climax of several years intervention in Puerto Rico by the Russian-Cuban combine came on February 10, following the Tri-continental Conference. On that day, Puerto Rican terrorists actually established a "Free Puerto Rico Embassy" in Havana. At the same time, the Puerto Ricans signed a so-called "pact of solidarity" with the National Liberation Front of South Vietnam in the latter's Havana headquarters. Aping the tactics of the Viet Cong, the Puerto Ricans claimed that they (the equivalent of a National Liberation Front) were "recognized as the only legitimate representative of the Puerto Rican people."

Following that announcement, and the establishment of the Communist Puerto Rican "Embassy," 26 Latin American Communist delegations said they would establish in their countries, "national committees of solidarity with Free Puerto Rico." Viet Cong military representatives immediately added their voices to the throng, saying that "the enemy of both our peoples, and of humanity, is North American imperialism."

Norman Pietri invited Puerto Rican newspapers to send their journalists to Havana, offering to pay then- fare of $1,400 round trip, San Juan-New Orleans-Mexico-Havana, and from Havana back to San Juan via Spain. He used the precedent, or alleged precedent, of the travel of U.S. "students" to Cuba in 1963 and 1964 and their defiance of State Department regulations as justification. Eschewing United States citizenship, which the Puerto Rican group is dedicated to sever, Pietri screamed that freedoms granted under that citizenship were being violated by not permitting travel between the United States and Cuba.

Geographically, Cuba, Haiti, the Dominican Republic, and Puerto Rico extend in that order in a straight line across the Caribbean from the tip of Florida to the Leeward Islands. Under Communist control, and appropriately equipped militarily, the letter three could effectively block sea and air approaches to northern South America and the Panama Canal. Cuba alone virtually commands the access routes to the Gulf of Mexico and Central America.

This is the political and strategic significance of Puerto Rico in the communist master plan for the Western Hemisphere.


   
 WHY HAVANA?

Why was Havana chosen as headquarters for worldwide subversion? Why not Cairo, the site of the Afro-Asian organization, or Peking?

First, Cuba under Castro has a proved record of success in penetrating Latin America, and Latin America is a major target of Communist expansion. And a headquarters for worldwide Communist subversion located in Havana, right on the doorstep of the United States, is a tremendous psychological achievement, with vast potential repercussions throughout Latin America.

Second, iron-clad control of the populace must be assured if there is to be a tranquil political climate for a worldwide base of subversion. There must also be reasonable assurance against external attack, in effect, a "sanctuary."

There is overwhelming evidence that the machinery of the Cuban Government has been progressively organized over the years, to carry out its number one task-the export of Communist subversion. To a large extent, the choice of Havana in January as headquarters for world subversion is but the culmination of years of such organization. In fact, Cuba moved rapidly along the road to the fulfillment of its role in the international Communist conspiracy from the moment Fidel Castro's hatred of the United States became manifest upon his taking power in 1959. The tempo and direction of that movement increased in direct proportion to Soviet Russia's increasing intervention in that country in 1960.

In 1959, Castro launched five invasions of his Central American and Caribbean neighbors, and preparations for these invasions began little more than a month after he took power.

In February 1959, Havana commenced a propaganda campaign of radio broadcasts calling on "all revolutionary sectors and citizens to unite in the of the Government of Haiti." This drum-fire of propaganda culminated on August 13 in an invasion of Haiti from Cuban territory.

On August 26, 1959, Haitian Foreign Minister Louis Mars sent a fully documented report to the Organization of American States (OAS) on Castro's invasion. Several of the landing force were identified as members of Castro's Rebel Army and were on active duty at the time of the invasion.

On April 24, 1959, just a few days following an address by Fidel Castro at the United Nations, Panama was invaded by Cuba. Panama appealed to the OAS, which promptly sent an investigating team and determined that members of the invading force were Cubans, and that the origin of their mission was, indeed, Cuba. On May 1, the remnants of the landing force surrendered to Panamanian troops and overthrow the OAS team.

On May 31, 1959, however, another group of Cuban soldiers landed by plane in the mountainous area of Nicaragua. On June 28, still another group of Havana-trained Nicaraguans was captured trying to cross the border from Honduras into Nicaragua. On July 27, the OAS issued a finding that the group had been trained at La Cabana fortress in Cuba by Major Ernesto Guevara.

Perhaps the bloodiest battle and the greatest defeat for Castro in his 1959 invasions took place on the shores of the Dominican Republic. Castro's invasion force was exterminated, almost to a man. The date was June 14. From that date comes the name of the present Communist group in the Dominican Republic, the June 14th Movement, which was heavily involved in the revolt of April 24, 1965.

While these adventures were being launched abroad, the internal police apparatus was being organized. Castro broke up the constitutional army and replaced it with militia-originally, for propaganda purposes-called the "popular forces."

Castro tried to deal with resistance through oratory, threats, and mass arrests. He sent his militia in repeated sweeps across the mountains to dislodge and eradicate the gallant bands of guerrillas. But he has not to this day succeeded in doing so, even though he has enchained the hardy farmer who has been the most steadfast enemy of communism. As resistance continued, Soviet and Soviet-bloc "technicians" arrived in Cuba, refined its crude apparatus of invasion into smooth machinery of subversion, revamped its government, organized a system of censorship, and remade Cuba after its own image.

It is humilating enough to have the international Communist conspiracy seize control of a country only 60 miles from American shores, and maintain itself in power despite all the pressures we have thus far brought to bear. It becomes a thousand times as humiliating when that country is transformed into a headquarters for international revolutionary subversion while the OAS and the mighty United States of America look on, helpless and apparently incapable of any decisive action.

THE SOVIET UNION AND THE HAVANA CONFERENCE

The U.S.S.R. had much to gain by giving moral and material support to the Tricontinental Conference.

The Conference established an instrument through which the Soviet Union could effectively conduct subversive operations in every country of North and South America, Asia, and Africa.

Speakers at the Tricontinental Conference referred repeatedly to efforts being made to attract students, particularly those front Latin America, to attend the schools for subversion which have been established in the Soviet Union and its satellites.

In its clash with Communist China, the Tricontinental Conference furnished an opportunity for a major Soviet propaganda victory over its Chinese rival.

As early as December 9, 1965, a month before the Tricontinental Congress, Soviet Foreign Minister Andre Gromyko spoke before the Supreme Soviet of the U.S.S.R. and expressed his deep interest and support for the Congress. He felt that the Conference would provide an ample forum of representatives of anti-colonialist countries and anti-imperialist forces." He declared that "the Soviet Union as a participating factor, will do everything it can to support the struggle for peace and for national liberation and for the conference's success."

Sharaf Rashidovich Rashidov arrived at the Conference as head of a strong Soviet delegation. He will be remembered as a holder of important posts in the Communist Party of the Soviet Union and the Soviet Government, notably: Presidium chairman Uzbek Supreme Soviet; deputy chairman, Presidium, U.S.S.R. Supreme Soviet; Bureau member, Central Committee, Uzbek Communist Party; candidate member, Central Committee, Communist Party of the Soviet Union.

In his address before the Plenary session of the Tricontinental Conference on January 7, 1966, he began with some sugary plunges calculated to enhance the prestige of Fidel Castro and his regime. "We can see with our own eyes," he said, the great successes achieved by the Cuban people in creating a Dew social system...... Free Cuba," he declared, "the first socialist state on the American continent-symbolizes the invincibility of a people fighting for liberation from the oppression of imperialism and for socialism."

Then he assured the Conference of all-out Soviet aid. He stressed "that the Soviet delegation has arrived at this conference with the aim of giving all-round assistance to the unification of the anti-imperialist forces of the three continents in order to provide greater impetus to our common struggle against imperialism, colonialism and neocolonialism-led by the U.S. capitalists." Mr. Rashidov seems to have conveniently forgotten the Soviet phrases widely circulated in the United States about peaceful coexistence, disarmament, and cultural exchange.

With regard to the American effort to free the people of Vietnam from the threat of Communist enslavement, Rashidov minced no words. He charged that:

In Asia, the piratical policies of imperialism have been especially vividly expressed in the criminal aggressive war waged by the U.S.A. against the heroic people of Vietnam. The United States is subjecting the cities and villages of the Democratic Republic of Vietnam to barbaric air raids, destroying the civilian population, burning the crops, destroying industrial enterprises and communications.

The Soviet people resolutely condemn the aggression of the U.S.A. against the Vietnamese people, and express their solidarity with the heroic struggle against the modern barbarians.

All over the Soviet Union crowded meetings and demonstrations of working people are being held, at which millions of workers, collective farmers, office workers, and intellectuals are expressing their indignation and are protesting against the shameful and dirty war waged by U.S. imperialists in Vietnam. * *

Rashidov did not, of course, indicate that these meetings were organized by the Soviet Government itself.  Rashidov spoke boastfully in describing the military aid of the Soviet Union to Vietnam. He said: « The Soviet Union is supplying the fraternal people of Vietnam with the most modern weapons for meeting U.S. aggression.

We are doing everything in order that the deliveries of Soviet military equipment--aircraft, rockets, artillery, ammunition, and so on-will get into the hands of the Vietnamese freedom fighters as rapidly as possible.

We Soviet people are happy that the military equipment which the workers of the land of Soviets are producing at their enterprises with such great enthusiasm also helps the cause of the victory of our Vietnamese brothers over the aggressor. »

Then Rashidov made certain definite proposals which were subserviently approved by the Conference delegates. He proposed that an international fund be set up to aid the Communist forces in Vietnam. He proposed the "development all over the world of a mighty mass protest against the dirty war waged by the U.S. imperialists in Vietnam, the demand that it be immediately stopped and the armed forces of the U.S.A. and its allies be recalled from Vietnam."

Saluting the Communist-dominated guerrilla forces in South America, he declared that, "We express our fraternal solidarity with the armed struggle being waged by the Venezuelan, Peruvian, Colombian, and Guatemalan patriots for freedom against the stooges of imperialism."

After making a powerful appeal for revolutionary unity which clearly put the delegates of Communist China on the spot, Mr. Rashidov declared that "the Soviet delegation supports the proposal to set up at this conference an Organization of Tricontinent Solidarity," adding the proposal that "from January 3 to 10, an international week of solidarity of the three continents in the struggle against colonialism, neocolonialism and imperialism" be held.

Hardly had these words been uttered when Rashidov and his fellow Soviet diplomats were compelled to voice hypocritical apologies to the dupes throughout the world who had taken seriously the Soviet assurances regarding peaceful coexistence. On February 17, 1966 the New York Times called attention to the fact that "Soviet officials are making quiet disclaimers of the aggressive calls for revolution in Latin America, Africa, and Asia issued at last month's Tricontinental conference in Havana." The author pointed out that the Soviet Union "seems to have been led by its desire to outflank the Chinese" effort to appear more revolutionary than Moscow.

The Uruguayan Government acted promptly and vigorously by summoning the Soviet Ambassador in Montevideo to the Foreign Ministry to explain the statements of Rashidov. With tongue in cheek, the Soviet Ambassador assured the Uruguayan Minister that Rashidov was speaking "privately" and not for the Soviet Government. TASS reports of the Tricontinental Conference proceedings were toned down considerably from those issued by Prensa Latina, the Communist Cuban -press agency.

Argentine officials also expressed serious displeasure with Rashidov's speech.

The fact that the Soviet Union has emerged as the principal architect of revolutionary violence in the hemisphere was recognized by the Special Consul Committee on Security of the OAS. Speaking about the Havana Conference, the report of the committee said:

The Committee recognized that the tremendous significance of the event, of major seriousness inasmuch as it means a declaration of war against the democracies, lies in the fact that it is no longer Cuba on its own initiative that proposes to export its "revolution" to the other countries of the hemisphere, but Russia that makes common cause with the "revolutionary movements" and promises determined support to the "popular liberation movements" that follow the example of Cuba.

The Soviet delegation, headed by Rashidov, left Havana on January 16, 1966. Members of the delegation were bid farewell at the Jose Marti International Airport by Blas Roca, member of the Cuban Communist Party (PCC), by the members of the PCC's central committee, and by other Cuban dignitaries.

THE CHINESE COMMUNISTS AND THE HAVANA CONFERENCE

The Tricontinental Conference furnished the Chinese Communists with an international forum for their campaign to challenge the hegemony of the Communist Party of the Soviet Union over the world Communist movement. The Chinese leaders hoped to demonstrate that they were foremost in their denunciation of "American imperialism." Their principal anti-American diatribe was delivered on January 5, 1966 by Wu Hsueh-chien, chairman of the Chinese delegation, from which we quote:

The United States is doing all it can to place Asia, Africa, and Latin America under the total domination of "the dollar empire." In Africa, Asia, and Latin America the United States has installed thousands of military bases where it is stationing some I million soldiers. * * * Today U.S. imperialism is embarking upon the same path tread by Hitler.

Wu Hsueh-chien hailed the demonstrations in the United States against American policy in Vietnam as "A broad campaign of the masses of unprecedented proportions." [EDITORIAL NOTE.--A study published by the Educational Testing Service of Princeton University shows that Vietnam demonstrations were reported at 21 percent of the colleges-but less than 5 percent of the students participated.] The speaker advised that "We must sponsor even more powerful mass movements and develop even more extensive -people's wars so as to tighten the noose around Yankee imperialism's neck and defeat it."

The Chinese leader called for rebellion against Latin American anti-Communist governments, in these terms:

We resolutely support the peoples of the Dominican Republic, Venezuela, Peru, Colombia, Guatemala and of other countries in their armed struggle against North American imperialism and its lackeys, the people of Puerto Rico, the Guianas, Martinique, and Guadelupe in their struggle for national independence.

In an obvious reference to the Soviet Union, Wu Hsueh-chien assailed its alleged "anti-evolutionary" policy by posing the following questions:

With whom do they want to act jointly and against whom is their joint action directed? Why do they consider Yankee imperialism, the sworn enemy of the peoples of the three continents, as their principal ally for joint action, proclaiming to the four winds their unchangeable policy oriented toward the establishment of cooperation in all fields with the United States?

According, to a January 16, 1966, broadcast from Peking, the Chinese

Communists listed the following two salient points of the Conference:

1. Adoption of a resolution pledging firm support to the Vietcong forces in Vietnam.

2. Adoption of a general political resolution denouncing "the criminal acts of aggression of the United States."

At the same time, the Peking broadcasts referred to certain "failures" of the Soviet delegation, in these terms:

1."The Conference fought out a long, repeated struggle which resulted in the dismal failure of the Soviet delegations attempt to push through its erroneous line of lot fighting imperialism but splitting the Afro-Asian and Latin-American people's solidarity movement."

2. "It (the Conference) frustrated the Soviet revisionists' scheme to do away with the Afro-Asian People's Solidarity Organization--AAPSO."

3. "Throughout the Conference he (Rashidov) did not dare to make a reply to the 10 questions concerning united action raised in a speech by Wu Hsueh-chien, head of the Chinese delegation."

4. "At the political committee meetings the Soviet delegate insisted on imposing on the Conference a resolution on so-called peaceful coexistence. His attempt was strongly opposed by the delegates of China, Japan Indonesia, Korea, Malaya, Thailand, Uganda, Basutoland, Southwest Africa, Nepal, and Pakistan.

5. "In the course of the Conference, the Soviet delectation took a stand against condemning the United Nations, an instrument of U.S. imperialism."

6. The Peking broadcast of January 19, 1966, summarized the Chinese position with the statement that "The Khrushchev revisionists' slogan of 'united action' also finds its expression organizationally in the demand for establishment of a new Afro-Asian-Latin American organization to be controlled by these revisionists themselves and affiliated with such organizations -under their thumbs such as the World Peace Council."

Because Communist semantics are so alien to the Western mind, and because certain of the developments at the Havana Conference were obscured by its ostensible unanimity on key issues, this Chinese summary of what transpired at Havana sheds very little light on the actual power balance between the two major tendencies in international communism, as reflected in the Conference.

From this latter standpoint, the two most important developments were that, on the organizational plane, Peiping was elbowed out of the No. 1 position by Moscow (this is apparent from a careful reading of point 6 above); while, on the ideological plane, the Maoist philosophy scored a series of smashing triumphs.

While the Conference again underscored the very real competition for power and influence between Moscow and Peiping, the fact that both Red China and the U.S.S.R. were elected to the committee encharged with continuing the work of the Tricontinental Conference, indicates that, however serious their differences may be within the international Communist "family," Moscow and Peiping, stand united in their opposition to the United States and to the free world in general.


  THE CONFERENCE AND THE CUBAN ECONOMIC CRISIS

The Havana Conference served Fidel Castro as a life-preserver for his insecure regime. It served in the first place as a device to divert the attention of his downtrodden Cubans from the rigors of a bankrupt economy.

First-hand testimony regarding,, Cuban conditions was presented to the House Committee on Un-American Activities on June 11, 1965, by Juanita Castro Ruz, the sister of Fidel Castro, who found conditions unbearable and defected on June 20, 1964, deciding to acquaint the world regarding the true state of affairs Under the Castro dictatorship.

She described economic conditions as follows:

Miss CASTRO. When Fidel came into power, he devoted himself to the task of destroying the main Cuban industry, which was the sugar industry. I remember he said many times that we had to get away from a one-crop economy, that we had to diversify, not only on the farms but in industry also.

Not knowing what he was doing, he ordered the destruction of many canefields, to the amazement of those that knew that was the worst mistake possible. Ile talked about trying to build tip industry in Cuba and that Russia would send him whatever equipment and machinery he might require.

Besides all of this, also the Cuban peasants to whom Fidel had promised more land than just agrarian reform, well, Fidel was very far from fulfilling his promises to these peasants. The Cuban peasants, all of whom believed in Fidel, like all the rest of the Cubans, saw day by day how the wealth of the country, how their own livelihood, disappeared.

The Cuban peasants are one of the groups in Cuba who have completely ref used to cooperate with Fidel. They have absolutely refused, in spite of all threats, to work on the fields.

Miss CASTRO. All of the sugar mills in Cuba, all the sugar cane plantations, were confiscated by Fidel. There were even sugar mills that were dismantled and the machinery sent to Russia as pavement for Cuba's debts with Soviet Union for arms.

He did not distribute the land among the peasants, as he had promised, through the agrarian reform. He has forced them to work these so-called cooperatives or people's farms. The peasants have totally refused to do this and they do not cooperate with Fidel; they do not work in the fields.

Besides, during this last sugar crop, due to the fact that the peasants have refused to work, Fidel has been forced to take to the fields all the people of Cuba, including, students, public employees, even school children, so that they would do the work because the peasants refused to work in the fields. (Page 834.)

Miss CASTRO. Sugar production at present, in spite of the totals announced by the government, is lower than it was 10 years ago. For example, there is the fact that in 1952 Cuba produced 7 million tons of sugar. It was necessary, due to so large a production during the following years, to restrict the Cuban industry. But in spite of that it still continued to flourish.

The destruction of the sugar industry was so large that during 1959-1960, production decreased to only 3 ½ million tons.

Miss CASTRO. Standard of living in Cuba has decreased 100 percent. Although there may be some money, although some people may have some money, they can do nothing with it because there is no food to buy, no clothing, no shoes, no medical supplies. (Page 835.)

Miss CASTRO. For example, a family of five in Cuba-and I will try to be as accurate as possible, because' after I left Cuba, quite a few more items were rationed-for example, a family of five did not have the right to even one quart of milk a day, because in order to obtain this the family had to number six members. For example, a family of five had no right to fresh milk; instead, they received six cans of condensed milk per week. One quarter of a pound of meat a week was all thev received, and there were many weeks when they did not receive even this. (Page 836.)

Miss CASTRO. I said that Fidel's heart is in Peking, because on different occasions he has stated his feelings, his sympathy for the hard line of the Peking government, and that his stomach is in Moscow, because China cannot supply him with certain items that he requires, such as oil. (Page 840.)

("Testimony of Juanita Castro Ruz," House Committee on UnAmerican Activities, June 11, 1965, pages 834, 835, 836, and 840.) One of the biggest British banks (Barclays) recently summarized Cuba's 1966 position as follows:

Present situation-ecoiiomy weakening, despite excellent sugar harvest. Development dependent on aid from the Soviet bloc. Continued trade deficit. Reserves very low. No difficulties with payments for exports to Cuba, but position should be kept under review. Outlook: bleak.*

In its study of Foreign Agriculture, dated February 28, 1966, and published by the U.S. Department of Agriculture, we find the following estimate:

During the 7 years of the Castro regime, Cuba has failed to improve its sugarbased economv and has suffered a sharp deterioration in its food situation. * * * The cut in rice imports, coupled with reduced domestic output, means that the 1966 availability of rice in Cuba will probably be only half as high as even the low low 1965 level. On January 7, the monthly rice ration was cut from 6 to 3 pounds per person.'

The New York Times estimated the state of the Cuban economy in January 1966, in these words:

The present diffi

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19 avril 2015 7 19 /04 /avril /2015 11:47

 

« Le jour où De Gaulle est parti »

Sous ce titre, publié en 2012, le romancier Guy Konopnicki fait œuvre d’historien.

En effet, au soir du 27 Avril 1969, qui voit le NON l’emporter au référendum sur l’organisation des pouvoirs publics voulu par le Président de la République, De Gaulle, comme il l’avait annoncé lui-même, démissionne.

Conformément à la Constitution l’intérim est aussitôt assuré par le Président du Sénat, Alain Poher et s’ouvre alors dans la précipitation une campagne électorale imprévue.

A l’époque Guy Konopnicki, dirigeant de l’Union des Etudiants communistes, siège au comité central du PCF. Son récit est donc un témoignage de première main sur les débats au sein de la direction du Parti Communiste.

On y découvre que, au PCF comme dans l’ensemble des forces politiques, le débat ne porte pas sur le texte référendaire qui propose une réforme du sénat et un début de régionalisation questions qui dans l’après mais 68 n’agitent pas les foules mais bien sur la poursuite ou non du mandat présidentiel de De Gaulle qui devait s’achever en 1972.

Le PCF découvre pendant l’étrange campagne électorale qui s’ouvre pour la présidentielle que le départ de De Gaulle favorise un renforcement du « camp américain » dans la politique française. Ce renforcement prend deus formes : d’une part des connivences renforcées entre les centristes à la POHER, descendants du MRP de 1945 et la SFIO de Guy Mollet, d’autre part l’émergence à droite du courant libéral atlantiste incarné par Giscard qui achèvera le parti gaulliste en remportant la présidentielle de 1974.

Cette découverte va conduire l’appareil du parti à donner tardivement et secrètement aux militants fidèles la consigne de voter OUI alors que le parti fait officiellement campagne pour le NON. Sans succès !

Le bref passage qui suit a trait au choix du candidat du PCF pour cette présidentielle inattendue. Le débat porte sur l’éventualité d’une candidature de « gauche unie » avec la SFIO ou d’une candidature du PCF seul. La SFIO a choisi Gaston Defferre ….

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LE JOUR OÙ DE GAULLE EST PARTI (p.112)

 

« Député des Bouches-du-Rhône, l'ancien ministre du général de Gaulle affronte Gaston Defferre à Marseille depuis vingt ans. Il rappelle, bien sûr, qu'aux élections municipales de 1965, le maire de Marseille a refusé toute alliance avec les communistes.

- À Marseille, poursuit François Billoux, il s'est allié avec la pire des droites. Sa dernière recrue, un nommé Jean-Claude Gaudin, est un anticommuniste fanatique, aux ordres du consulat américain! Et je vous rappelle que pour battre la liste que je conduisais aux municipales, Defferre a bénéficié du retrait de toutes les listes de droite ! Franchement, Paul, je suis comme toi, attaché à l'unité des travailleurs, mais là, nous avons affaire à un homme du grand capital !

- La question d'une discussion avec Defferre ne se pose pas, tranche Georges Marchais, profitant de l'occasion pour se mettre en avant ... Nous devons maintenant choisir une personnalité capable de porter nos idées. Ce sera une bataille difficile, mais nous sommes contraints de la mener.

Le secrétaire à l'organisation a pris de l'assurance. Il rentre de Moscou où il est désormais reçu par Léonid Brejnev en personne.

Un silence tombe sur la réunion. Seuls les dirigeants les plus anciens osent intervenir, évoquant la possibilité de s'abriter derrière un compagnon de route.

- Malheureusement, remarque Étienne Fajon, il n'existe plus, dans la France d'aujourd'hui, de savants auréolés du prestige de Paul Langevin ou de Joliot-Curie. Les travailleurs comprendraient difficilement l'absence d'un dirigeant communiste reconnu dans cette bataille. Il me semblerait naturel de présenter le secrétaire général du Parti, en le dégageant temporairement de ses autres tâches. »

 

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Le candidat du PCF, Jacques Duclos recueillera 21% des suffrages ratant de peu le second tour qui verra Pompidou éliminer facilement Poher. Defferre recueillera lui 5% des suffrages, l’électorat de la SFIO l’ayant abandonné à la fois pour Poher et pour Rocard.

 

 

 

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19 avril 2015 7 19 /04 /avril /2015 11:38

A écouter les grands médias occidentaux, on pourrait croire qu’il est de plus en plus déconseillé aux présidents africains en exercice de se maintenir au pouvoir  plus longtemps que ne l’autorise la constitution de leur pays. Pourtant …

 

En Côte d’Ivoire…

Le cas qui pose le plus de problèmes est celui du Président de facto de la Côte d’Ivoire : Alassane Ouattara. Proclamé battu par la Cour Suprême ivoirienne dans les conditions fixées par la Constitution et sans que la demande de recomptage des bulletins demandé par le vainqueur du scrutin : Laurent Gbagbo, n’ait été acceptée  il  a été imposé au pouvoir par un coup d’état militaire organisé le 11 avril 2011 par le Président français Nicolas Sarkozy lequel a reconnu récemment les faits.

La question se pose aujourd’hui se savoir si l’ordre constitutionnel ivoirien violé en Avril 2011  mais viol accepté par la « Communauté Internationale » va être rétabli. La constitution stipule que le mandat présidentiel a une durée de 5 ans. Donc le respect de l’ordre constitutionnel voudrait

  1. qu’une élection présidentielle se tienne en 2015.
  2. que les candidats soient de nationalité ivoirienne

Alassane Ouattara n’est pas ivoirien, il est burkinabé  d’origine et s’il a pu se présenter en 2010 c’est qu’il a bénéficié de forts appuis étrangers et de la mansuétude du président Laurent Gbagbo qui a signé un décret dérogeant dans son cas à la condition de nationalité.

Cette mansuétude pouvait s’expliquer du fait que l’autocrate Houphouët Boigny avait en 1990  choisi Alassane Ouattara comme premier ministre  sachant que l’étranger qu’il recrutait à son service , interdit « de jure » d’élection en Côte d’Ivoire, ne pourrait en aucun cas  lui faire  de l’ombre politiquement et lui ouvrirait en même temps les portes du FMI où OUATTARA avait été directeur du département Afrique. Ouattara était donc devenu de ce fait une personnalité « ivoirienne ».

 En droit donc OUATTARA ne peut pas se représenter et aujourd’hui les chancelleries occidentales  principalement à Paris et à Washington sont très préoccupées par son cas même si elles s’expriment très peu publiquement sur le sujet.

 

Et en Gambie….

Il est très peu fait cas d’un autre président africain, celui de Gambie Yahia Jammeh. Arrivé au pouvoir en 1994 par un coup d’état militaire, ce dictateur a annoncé l’été dernier qu’il allait se proclamer roi, pensant échapper ainsi  aux critiques occidentales qui ne s’adressent formellement qu’aux Présidents élus. Il n’y aurait donc pas de prolongement indu du mandat présidentiel mais un couronnement. Cette véritable farce constitutionnelle aura-t-elle lieu  et les donneurs de leçon occidentaux continueront-elles à fermer les yeux sur les pratiques fort peu démocratiques de ce personnage ?

De bons esprits  (voir document ci-après) suggèrent que le Président JAMMEH pourrait être poursuivi par la Cour Pénale Internationale en raison des nombreux crimes commis pas son régime depuis 20 ans. Hypothèse fort peu probable. En effet la procureure de la CPI Mme FATOU BENSOUDA est elle-même gambienne et si elle s’est éloignée du pays depuis pour poursuivre sa brillante carrière de magistrat international  il convient de ne pas oublier qu’elle  a été Ministre de la Justice du Président JAMMEH de 1998 à 2000.

 

 

 Pour éclairer le sujet :  quelques données  et un document récent sur la Gambie

République enserrée dans le Sénégal, la Gambie ex-colonie britannique occupe simplement la vallée du fleuve du même nom et se trouve être le plus petit état africain (11000 km2). Peuplée d’environ 1 800 000 habitants, son économie est de caractère colonial : exportatrice de produits de base et importatrice de produits manufacturés.

 

 

Gambie : 50 ans d’indépendance, 20 ans de terreur

Fatou Diagne

2015-02-24, Numéro 357

http://pambazuka.org/fr/category/features/94036

Celui-là même qui se faisait passer pour un militaire différent, qui avait promis de ne pas rester au pouvoir et de ne jamais instaurer de dictature, a fini par prendre le pays en otage. Qui disait que le pouvoir rend fou et que le pouvoir absolu rend absolument fou ?

La Gambie célèbre ses 50 ans d’accession à la souveraineté internationale. Cette indépendance loin d’être célébrée dans la concorde et la joie, se tient au moment où le pays est meurtri, divisé et assombri par les persécutions vécues ces 20 dernières années et qui n’ont épargné presque personne. Des officiers de l’Armée, des mères de famille, des juges, avocats, ministres, imams, parlementaires, journalistes, opposants politiques, hommes d’affaires ont tour à tour subi les affres du régime : violences physiques et psychologiques, emprisonnements, confiscations de biens et de titres de voyage, disparitions forcées, meurtres et des centaines d’exilés. Un bilan peu reluisant.

La Gambie vit depuis vingt ans sous un système de terreur orchestré par le président de la République et sa police politique.

LE DEFICIT D’INFORMATIONS MAINTIENT LES POPULATIONS DANS UN SEMBLANT D’INDIFFERENCE

Dans un pays où personne n’est épargné, où tout peut conduire à l’arrestation arbitraire, à la prison ferme et même à la mort ou à la disparition forcée, l’extrême prudence devient la règle.
Dans un pays où les médias sont muselés, les radios sont contraintes de distraire et de donner des informations non politiques comme pour éloigner les populations des réelles préoccupations du pays. Toutes les radios locales émettant de Banjul n’ont pas le droit de faire de l’information, de donner la voix aux populations et encore moins de critiquer le régime.

Elles sont toutes obligées de synchroniser avec la radio d’Etat pour transmettre et amplifier l’information aseptisée, la propagande du Chef suprême. Cet état de fait justifie l’autocensure qui caractérise les médias gambiens.

L’internet est surveillé et les sites d’information critiques au régime émanant de la diaspora sont bloqués. Il y a juste quelques curieux qui osent un peu essayer de braver les interdictions en surfant discrètement sur les sites prohibés afin d’avoir une bouffée d’informations et partager ainsi les perspectives des Gambiens de l’extérieur. Seulement, ces informations n’arrivent pas aux masses, encore préoccupées par leur sécurité et leur survie quotidiennes.

Oui, en 2015 voilà comment les Gambiens de l’intérieur s’informent sur leur pays.

La plupart des populations ne savent pas ce qui se passe réellement dans leur propre pays. Le blackout et le verrouillage du système d’information ont permis au régime de se perpétuer, de continuer à opérer dans le secret et de commettre dans une extrême atrocité des violations graves et massives des droits humains.

A cela s’ajoutent des pratiques souterraines pour faire comprendre au peuple entier que tout le pays est sur écoute téléphonique. Cette astuce a tétanisé les populations, qui sans trop chercher à savoir, ont décidé d’opter pour la prudence en évitant les questions politiques ou qui pourraient être perçues comme telles.

LA DESCENTE AUX ENFERS

Dès la prise de pouvoir, le régime de Jammeh avait pris l’option de la répression. Il avait alors suspendu la Constitution pour gouverner par décret, ce qui lui donnait tous les pouvoirs. Au contact du général Sani Abacha, il avait appris de lui, allant jusqu’à copier les décrets liberticides que le général utilisait pour réprimer son peuple et ses opposants. Ce sont ces décrets qui ont permis aux juges nigérians compromis de légitimer l’exécution de Ken Saro Wiwa, d’entraîner la mort de Moshood Abiola en prison, de fermer des organes de presse et de traquer les militants des droits humains.

Le régime de Banjul ayant bien compris l’utilité de tels décrets n’avait pas hésité à demander l’assistante technique de juristes mercenaires pour l’aider à verrouiller le système et gouverner sans partage dans la terreur et la brutalité.

La transition vécue entre 1994 et 1996 a permis au président Jammeh de consolider son pouvoir et de faire le vide autour de lui. Certains de ses alliés du début ont été éliminés au fil des années, tandis que les plus chanceux se sont retrouvés à l’écart. La première tentative par le corps constituant, qui avait proposé d’inclure dans la Constitution une limite pour le mandat du président, a été rejetée d’un revers de la main par le maître de Banjul et sa cohorte de «révolutionnaires». Celui-là même qui se faisait passer pour un militaire différent. Il avait promis de ne pas rester au pouvoir et de ne jamais instaurer de dictature. Il a fini par prendre le pays en otage. Qui disait que le pouvoir rend fou et que le pouvoir absolu rend absolument fou ?

Progressivement, le régime s’est attaqué à l’élite, en la poussant à l’exil forcé et en l’obligeant ainsi à ne plus avoir son mot à dire sur la marche du pays. La Gambie a perdu plus du tiers de ses ressources humaines qualifiées. Quel énorme gâchis pour un pays qui a besoin de se développer ! Le schéma est classique : limogeage, mise en quarantaine politique et sociale, asphyxie économique, dénonciations vicieuses, intimidations judiciaires et attaques physiques. Voilà comment le régime s’est construit et a écarté l’opposition et toutes les voix dissidentes qui pourraient le gêner dans son entreprise de construction d’un pays soumis.

Dans les années 2000, sentant les résistances des populations à travers le score des opposants, surtout lors de l’élection de 2001, le régime a accéléré les réformes pour barrer la route à toute possibilité de changement par les urnes et freiné le processus de décentralisation des Collectivités locales qui prévoyait de donner plus d’autonomie aux populations pour gérer les affaires locales.

Tout cela s’est fait sur le dos des populations silencieuses et a été légitimé par les changements multiples de la Constitution, dans des conditions on ne peut plus obscures. Toutes les institutions, qu’elles soient religieuses, locales, législatives et judiciaires sont sous le contrôle strict du régime.
 Pendant ce temps, le projet d’un Etat-parti se concoctait par l’entremise des juristes du Palais qui ont commencé à changer les règles du jeu et à limiter le rôle des populations dans les choix des dirigeants notamment locaux, à renforcer les lois régressives pour museler toutes les possibilités d’expression indépendante.

Dans le but de les punir, les populations des zones favorables aux opposants ont été privées de manière éhontée des programmes de l’Etat. Le message était clair et le président y va constamment pour rappeler sans détours que le développement ne se limitera qu’aux populations des zones qui votent pour lui.

En avril 2000, lors de manifestations pacifiques des élèves qui protestaient contre les abus des forces de l’ordre à l’encontre de leurs camarades, une douzaine d’entre eux a été tuée par balles, d’autres blessés, torturés et emprisonnés. Les procès qui ont suivi cet incident ont été un «real test». Les juges qui ont osé demander la libération des élèves emprisonnés et d’examiner les cas des autres victimes en ont payé le prix.

Depuis, l’organisation dite des élèves et étudiants libres a été dissoute. L’université est sous haute surveillance et le chef de l’Etat «himself» en est le président. On comprend bien la peine éprouvée par les enseignants pour dispenser leurs cours dans le respect des libertés académiques.

Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et la répression s’est renforcée

Entre 2004 et 2009, les journalistes et les populations ont vécu des années de détresse et de violences encore restées impunies : meurtre de Deyda Hydara, disparition forcée de Ebrima Manneh, arrestations et tortures de journalistes, saccages et liquidations d’organes de presse, campagnes contre la sorcellerie avec son lot d’humiliations et de morts, avec des populations forcées à boire des potions, trouvaille du «remède» contre le sida et les autres maladies, avec le désastre et la descente aux enfers des personnes vivant avec le Vih. Et la liste continue.

L’année 2012 a été celle de la révélation de la nature de la brutalité gratuite exercée par le régime gambien, avec l’exécution arbitraire et extrajudiciaire de 9 prisonniers, dans des conditions inhumaines, qui a choqué le monde entier. Mais cet acte n’est que la face visible de l’iceberg. Combien de personnes ont été portées disparues ? Que s’est-il passé avec les 44 Ghanéens exécutés, les purges dans l’armée, les nombreux cas de personnes dont des civils, tués pendant les détentions, etc. ?

Pourquoi ce silence dérangeant sur la Gambie ?

L’histoire sait se répéter et les hommes peinent à en tirer les conséquences. Peut-être que la Cour pénale internationale ou une Commission vérité pourront un jour éclairer les lanternes sur ces atrocités.

Aux personnes tuées, portées disparues, privées de liberté, aux familles privées d’enterrer leurs proches dans leur propre patrie, aux exilés forcés qui vivent dans la précarité, à toutes les victimes des 20 ans de la répression, célébrer 50 ans d’indépendance n’a point de sens dans ces conditions où la liberté est piétinée chaque jour.

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10 avril 2015 5 10 /04 /avril /2015 14:11

Le 2 Mai 2014

Un témoignage exceptionnel  à écouter dans les archives de Comaguer sur dotspirit

voir le lien

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2 avril 2015 4 02 /04 /avril /2015 19:48

L’ONU et le YEMEN

Nul ne peut ignorer la tumultueuse histoire du Yémen contemporain. Sans remonter trop loin dans le temps souvenons-nous que ce pays a été touché par la vague des « printemps arabes » et  qu’il en est résulté, après diverses péripéties, le départ du Président Saleh,  président depuis la réunification du pays en 1990. Mais à la différence d’autres pays gravement secoués par le dit printemps il n’a pas disparu de la scène politique comme les présidents déchus Ben Ali et Moubarak ni comme le président Kadhafi liquidé physiquement par l’Occident, France en tête. Après de brefs séjours à Ryad et aux Etats-Unis où il a été soigné de blessures probablement consécutives à un attentat à la bombe dont il aurait réchappé, il est revenu au Yémen et se trouve toujours à la tête du Congrès du Peuple, le parti qu’il a fondé et qui demeure le principal parti au Yémen.

Le position stratégique du Yémen qui contrôle le détroit de Bab el Mandel et donc la Mer rouge, le Canal de Suez, (c’est-à-dire la principale voie de transport du commerce entre l’Asie et l’Europe, pétrole compris, et  l’accès au port israélien d’Eilat   et le caractère turbulent du peuple yéménite , font que les Etats-Unis , le bloc occidental et  les instances internationales surveillent le Yémen comme le lait sur le feu.

Après son départ du pouvoir, le président Saleh a été remplacé par son vice-président  devenu le président Hadi soutenu par les Etats-Unis qui ont installé sur place à portée des drones basés tout à côté à Djibouti ce qu’il fallait de forces spéciales pour guider les frappes aériennes contre une très opportune apparition d’AL QAIDA au Yémen. Ce faisant les Etats-Unis rassuraient le grand voisin saoudien toujours méfiants vis à vis des yéménites et en particulier de musulmans chiites organisés dans le mouvement politique des Houthis et dont l’activité politique militante peut stimuler les chiites saoudiens gravement maltraités par le régime.

  L’extrême attention des Etats-Unis pour la situation au Yémen s’est également manifestée par l’attribution en 2012 à la jeune Yéménite Tawakkol Karman du prix Nobel de la Paix qui venait, en quelque sorte, récompenser son action pour le départ du président Saleh. Jeune militante de l’avatar yéménite des Frères Musulmans  elle avait toute sa place dans l’opération de changement de régime orchestrée depuis Washington  en y apportant la « OBAMA TOUCH » d’une jeune femme arabe militante des droits de l’homme .Elle a d’ailleurs parfaitement tenu la place qui lui était assignée par l’impérialisme en attaquant  les présidents syrien et algérien  et à travers eux les deux seuls pays de la région qui n’ont pas été retournés par l’Occident.

L’ONU de Ban Ki Moon a bien sûr été mobilisée elle aussi pour accompagner la politique étasunienne de changement de régime au Yémen. Un représentant spécial du secrétaire général pour le Yémen a été désigné en Aout 2012. Il s’agit de Jamal Benomar. Ce marocain de 58 ans a fait carrière chez Amnesty International après avoir été prisonnier politique dans son pays et a travaillé auprès de Jimmy Carter. Embauché en 1994 aux Nations Unies il a servi en Irak et  en Afghanistan dans le cadre de ces « processus de paix » qui font suite aux invasions impérialistes destructrices ce qui éclaire le sens de sa mission au Yémen.

Les derniers développements de la crise au Yémen , c’est-à-dire l’agression militaire de puissances étrangères pour rétablir au pouvoir l’homme des impérialistes, chassé par le mouvement AnsarAllah  qui réclamait en vain depuis des mois l’instauration d’un dialogue politique entre les différents mouvements yéménites n’a jusqu’à ce jour pas suscité de réaction officielle de l’ONU. Pourtant le fait que le Yémen vive une crise politique interne ne donne aucun droit à des pays étrangers d’intervenir militairement sur son territoire.

Cette intervention militaire promet d’ailleurs de faire beaucoup plus de victimes civiles que militaires car le mouvement Ansarallah est soutenu par une partie de l’armée régulière yéménite et par l’ancien président Saleh et les performances de l’énorme matériel militaire saoudien – d’origine étasunienne principalement - sont incertaines, l’uniforme saoudien étant porté par des mercenaires de divers pays voisins dont l’ardeur au combat a certainement des limites. On sait par exemple que les chasseurs bombardiers saoudiens sont pilotés par des pakistanais car la monarchie saoudienne a de bonnes raisons de craindre que des pilotes saoudiens ne soient tentés par un bombardement des palais de Ryad plutôt que par la destruction de villages yéménites.

Le non intervention de l’ONU peut s’explique par le fait que jusqu’au 31 Mars la présidence tournante mensuelle du conseil de sécurité était occupée par la France et que la diplomatie HOLLANDE/FABIUS ne pouvait qu’être favorable à la coalition menée par ses amis saoudien, égyptien – depuis l’achat des Rafale les relations sont bonnes - marocain, qatari, israélien – l’alliance de Netanyahou avec les monarques réactionnaires est connue ce qui démontre qu’il n’y a pas de guerre entre le Judaïsme et l’Islam mais une guerre des régimes réactionnaires de cette région du monde contre les autres – et jordanien.

Or en Avril la présidence tournante du Conseil de Sécurité va être assurée par la Jordanie membre de la coalition agressive. Le moment de l’attaque du Yémen a donc été choisi avec soin au moment même où le porte-avions français était sur place dans les eaux du golfe persique.  Le Conseil de Sécurité va-t-il continuer pendant  longtemps à déplorer sans bouger les morts au Yémen ? On peut le craindre à moins que la combativité bien connue des yéménites ne fasse un sort assez rapide aux troupes d’une coalition fabriquée à la va-vite, où chacune défend ses intérêts propres et qui  ne se trouve unie que par la générosité du financier saoudien, laquelle pourrait d’ailleurs se trouver assez vite restreinte par la faiblesse actuelle des prix du pétrole.

Les marionnettistes occidentaux qui opèrent dans la coulisse se sont lancés dans une aventure où les marionnettes sont trop nombreuses où les fils vont s’emmêler  et où le scénario a un fort parfum d’improvisation dans l’urgence. Un bide probable !

 

 

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21 mars 2015 6 21 /03 /mars /2015 11:46

Le procés de Simone Gbagbo , procés purement politique destiné à sauver la légende de la légalité de la prise de pouvoir par Alassane Ouattara avec le soutien militaire de la France, s'est achevé sur une mascarade judiciaire : la cour d'Assises a condamné sans preuves l'accusée à 20 ans de prison alors que la procureur n'avait requis qu'une peine de 10 ans. Résultat : Le procureur se pourvoie lui-même en Cassation comme le font la défense et l'accusation. Du jamais vu !

Pour montrer le caractère purement politique du procés nous joignons ci-dessous la plaidoirie de l'avocat de Simone Gbagbo

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Plaidoirie de Me Dadje, défenseur de Simone Gbagbo

 « C’est le procès de la politique étrangère française »

 9 mars 2015

 

Pardonnez-moi pour cette émotion car je suis aujourd’hui incapable de plaider sans cette émotion. Cette émotion tient sa source dans le fait que c’est un enfant de la Côte d’Ivoire, né après les indépendances, qui vient défendre celle qui fut la Première Dame de Côte d’Ivoire.


C’est un honneur redoutable qu’une pareille tâche me soit confiée. C’est l’amour de mon pays, et une foi inébranlable en la Justice et en la grandeur de la cause que je viens défendre, qui m’aident à en supporter le poids.

Mesdames et Messieurs les jurés, voyez en moi, un fils du pays et écoutez ce que j’ai à dire. Mes paroles viennent du cœur.

L’Avocat qui se présente à vous, a fait son stage à la DST et à la MACA. J’ai été inculpé sous les mêmes chefs d’inculpations que ceux qui sont aujourd’hui reprochés à ma Cliente.

Mais en réalité, mon crime a été d’être l’Avocat de la Première Dame Simone GBAGBO. Mon crime a été, par devoir et conscience professionnelle, de rentrer de mon lieu d’exil, au risque de ma vie, pour accomplir ma profession d’Avocat.

J’ai, par chance, et grâce à la mobilisation du Barreau et de la famille judiciaire, bénéficié d’un non-lieu car je n’ai effectivement rien fait de ce pour quoi j’étais accusé.

Mais j’aurais pu être le 84ème accusé, et être assis aux côtés de ma cliente, mais cette fois comme co-accusé. Je vous explique cela car ma famille, comme bon nombre de familles ivoiriennes, a connu l’exil.

Je vous explique cela car vous ne pouvez-vous imaginer le prix que mes Confrères ici présent et moi-même avons payé pour simplement assurer la défense des accusés.

Nous avons perdu bon nombre de clients qui avaient peur de représailles rien que du fait d’avoir le même Avocat que Madame Simone GBAGBO ou ses co-accusés.

Certains ont même vu leur Cabinet attaqué. Nous avons dû défendre les accusés, depuis 2011, sans percevoir de quelconques honoraires de leur part, dans la mesure où ils avaient eux- mêmes leurs comptes gelés.

Nous avons dû engager des frais pour aller les voir à Odienné, à Bouna, à Katiola, à Boundiali, à Korhogo, à Man, à Séguéla, dans des conditions de sécurité précaires.

Beaucoup de personnes nous trouvaient fous d’entreprendre ces voyages dangereux. Il nous est arrivé plus d’une fois parcourir en voiture toute la Côte d’Ivoire, souvent à plus de 800 kilomètres, pour finalement nous voir empêcher de rencontrer nos clients. Juste parce que le Com zone de la ville n’était pas de bonne humeur…et que sa décision était supérieure à celle de la Justice, à la loi, hélas. Cela, nous l’avons fait par conscience professionnelle, mais aussi par amour de notre pays.

Ce procès, Mesdames, Messieurs les Jurés ne peut et ne doit donc être assimilé à aucun de ceux que peuvent habituellement connaître nos Tribunaux et Cours.

Il ne s’agit pas ici d’un procès de droit commun. Il ne s’agit même pas du procès de ces accusés regroupés ici. Il s’agit ici d’un procès politique. C’est le procès de la politique étrangère française, telle qu’elle a été menée par certains de ses dirigeants. Il s’agit ici du procès du néocolonialisme français qui pratique l’ingérence dans la politique nationale de ses anciennes colonies ;

Qui impose à la tête de nos Etats qui ils veulent, en fonction de leurs intérêts économiques, financiers, politiques.

Ce procès est, si l’on peut dire, pratiquement souhaitable. Car il nous permet de poser devant l’opinion publique nationale et internationale, le problème si douloureux de la relation de l’Etat français avec ses anciennes colonies.

En élargissant les limites de ce débat, sans les déborder toutefois, je vous demande de considérer qu’elles n’ont pas pour seul but la recherche de la culpabilité de ces accusés ;
Non, Mesdames et Messieurs les Jurés, ce procès a une portée plus grande. Il porte en réalité sur le respect de la souveraineté des pays africains ; sur le respect des institutions dont les Etats africains se sont dotés. Les accusés disparaissent ainsi derrière cette grande fresque, ce procès les dépasse.

De quoi s’agit-il à la base ?

D’un contentieux électoral qui aboutira à la mort de milliers d’ivoiriens et au piétinement de notre Constitution. Comme si les vies brisées depuis 2002 n’étaient pas suffisantes.

Aujourd’hui, dans cette salle, il n’y a ni avocats, ni magistrats, ni jurés. Aujourd’hui, nous sommes entre nous, entre compatriotes astreints à un devoir de vérité pour nous même, pour nos enfants et pour les générations à venir. Le Monde nous regarde. Le Monde entier nous regarde. Mais surtout, nos enfants nous regardent, nos petits-enfants nous regardent, nos héritiers nous regardent et ils nous jugeront.

Il s’agit d’un procès historique dans lequel nous sommes tous acteurs. Si malgré les efforts que je veux faire sur moi-même, mes observations vous paraissent empreintes de consternation, je vous prie d’ores et déjà de m’en excuser.

C’est que la question de la souveraineté de la Côte d’Ivoire me tient véritablement à cœur et me semble primordiale. C’est que Madame la Première Dame Simone GBAGBO n’est pas un personnage anodin. Son parcours devrait être un exemple pour toutes les ivoiriennes, et pour tous les ivoiriens.

Laissez-moi vous parler de cette grande Dame dont la place n’est certainement pas ici.

PRESENTATION DE SIMONE GBAGBO ET DE SON COMBAT

Issue d’une famille de 18 enfants, Simone EHIVET GBAGBO est née en 1949 sous l’empire colonial français. Deuxième de sa fratrie, elle sera comme une mère pour ses 16 petits frères et sœurs.

Née d’un père gendarme, elle a vécu à Dakar, puis a parcouru la Côte d’Ivoire au gré des affectations de son père dans les villes de Bouaké, Béoumi, Sinfra avant de revenir sur Abidjan.
Titulaire d’un CAPES de lettres modernes, elle a soutenu une thèse de 3ème cycle en littérature orale ivoirienne. Elle a enseigné au Lycée classique d’Abidjan, puis à l’Université de Cocody, pour ensuite se consacrer à la recherche sur les traditions orales ivoiriennes et les langues ivoiriennes ; Ce qui lui permettra à nouveau de parcourir la Côte d’Ivoire et de la connaître de l’intérieur.

Son engagement politique tient sa source :

De sa formation de chrétienne dans sa famille, puis dans la Jeunesse Etudiante Catholique (JEC). Elle y a acquis les valeurs de Justice, d’équité, d’intégrité, et de compassion ;
De son militantisme dans les organisations de jeunesse, puis syndicales et politiques. Elle y a appris à connaître l’importance de la démocratie, de la souveraineté nationale, du multipartisme, des droits des femmes, des enfants, du citoyen, la primauté de la nation ;

De ses études et recherches sur la Tradition Orale et la linguistique qui l’ont aidé à connaître l’âme des divers peuples constituant la Côte d’Ivoire, à les aimer, à connaître leurs problèmes de développement, de vie quotidienne ;

De son rejet pratiquement viscéral des injustices dont elle a été témoin ;

Son engagement, elle le tient aussi de son amour sans commune mesure de ce pays qu’elle veut voir devenir réellement maître de son destin.

De toutes ses connaissances et expériences sont nées sa volonté profonde de voir une Côte d’Ivoire libre, indépendante qui n’ait rien à envier aux puissances occidentales.

C’est encore son engagement politique qui l’amènera à rencontrer un certain Laurent GBAGBO.

Tous deux, jeunes, beaux et idéalistes, partagent le même rêve, celui de voir la Côte d’Ivoire devenir véritablement indépendante, moderne et développée.

Car comme elle le dit, en 1960, la Côte d’Ivoire a eu une « indépendance aux oreilles percées ».

Nous avions quitté le système colonial pour entrer dans le système néo-colonial de la Françafrique. Or, il n’y a aucune indépendance monétaire avec cette monnaie des Colonies Françaises d’Afrique, communément appelées « Franc CFA » ; Pas d’indépendance militaire avec ces accords de défense qui permettent à la France de gérer militairement ses anciennes colonies ; Aucune indépendance institutionnelle, aucune indépendance diplomatique ; la crise postélectorale nous le démontrera.

Mais voilà, quand on parle de souveraineté en Afrique, quand on parle de fierté africaine, on est immédiatement stigmatisé ! On fait peur.

Simone GBAGBO sera dès lors présentée comme la Dame de Fer, la Dame intransigeante, la «Dame de sang du régime ivoirien» par certains médias occidentaux dont notamment le journal Paris Match qui sera condamné pour les propos diffamatoires évoqués à l’encontre de Simone GBAGBO.

Mandela dira lors de son procès de Rivonia : « Le non-respect de la dignité humaine dont les Africains sont victimes est le résultat direct de la suprématie des Blancs. La suprématie des Blancs implique l’infériorité des Noirs ».

50 ans après ces propos qui dénonçaient une certaine réalité, qui peut taxer MANDELA d’être anti-blanc ou raciste ?

Mais quand Madame Simone GBAGBO parle de souveraineté, de liberté des peuples africains, on la qualifie immédiatement de « Dame de Fer » ou de « Dame Sanguinaire » de « patronne des escadrons de la mort ».

En réalité, et cela est bien regrettable, l’homme ou la femme noire intellectuellement libre fait peur. Mandela n’a-t-il pas été pendant longtemps considéré comme un terroriste ?! Malcolm X ne faisait-il pas peur au pouvoir américain ?! LUMUMBA n’était-il pas craint au point que l’on l’élimina ?! Pourtant toutes ces figures n’étaient animées que d’un profond amour pour leur continent et d’un puissant rêve de liberté.

ARRIVEE AU POUVOIR DU PRESIDENT GBAGBO

Avec l’arrivée au pouvoir en 2000, du Président GBAGBO, c’est le combat de toute une vie qui se concrétise.

Eux, qui ont vu la Côte d’Ivoire passer du statut de colonie à celui d’Etat qui n’avait d’indépendant que le nom, rêvent de pouvoir faire de leur pays un Etat véritablement indépendant.

Ils rêvent d’organiser le multipartisme en Côte d’Ivoire. Ils rêvent de réaliser le développement équilibré de tout le pays avec la décentralisation ;

Ils rêvent de réaliser l’équipement moderne du pays avec l’électrification généralisée, l’eau courante, l’école gratuite, l’Assurance Maladie Universelle, l’industrialisation.

Ils pensent pouvoir le faire : Simone EHIVET GBAGBO en participant en qualité de Député à l’élaboration des lois du pays ; et le Président Laurent GBAGBO par le biais du pouvoir exécutif.
Mais voilà, quelqu’un qui se reconnaîtra certainement, a décidé de rendre ce pays ingouvernable … Bref…

Avançons comme dirait Madame Simone GBAGBO.

TENTATIVE DE COUP D’ETAT DU 19 SEPTEMBRE 2002

Comme vous le savez, la Côte d’Ivoire connaîtra une tentative de coup d’état en 2002, et voilà le Président Laurent GBAGBO arrivé démocratiquement au pouvoir, 18 mois plus tôt, contraint par les autorités françaises à partager le pouvoir avec les putschistes.

Pendant 8 ans, les rebelles partageront le pouvoir avec le Président démocratiquement élu Laurent GBAGBO. Pendant 8 ans, le Président Laurent GBAGBO sera contraint de céder de plus en plus de terrain aux doléances des rebelles.

Lui ne demandait qu’une seule chose: le désarmement pour la réunification du pays. Il ne l’obtiendra jamais. C’est dans ces conditions qu’auront lieu les élections présidentielles de 2010 sous la pression de la Communauté Internationale.

LES ELECTIONS PRESIDENTIELLES

En ce qui concerne les résultats provisoires, Madame Simone EHIVET GBAGBO, l’a dit lors de son intervention. Ils n’existent pas ! Ne refaisons pas l’histoire ! Tous les protagonistes de cette affaire savent bien qu’après le 1er décembre 2010 à minuit, la CEI était forclose.

Tout le monde sait que la Commission Electorale Indépendante ne s’est jamais réunie pour proclamer des résultats. Tout le monde sait que la déclaration de Monsieur Youssouf BAKAYOKO tout seul à l’hôtel du Golf, faite au siège de campagne du candidat Alassane OUATTARA, est scandaleuse à plus d’un titre :

Il n’y a jamais eu de procès-verbal de délibérations émargé par les membres de la CEI ;

Il n’est ni moral ni légal d’aller proclamer de manière solitaire, de prétendus résultats au QG d’un candidat ; En France, en 2012, un tel acte posé par le Secrétaire Général de l’UMP a failli casser le parti en deux.

Seul le Conseil Constitutionnel proclame vainqueur un candidat à l’élection présidentielle, et sa décision s’impose à tous à l’intérieur comme à l’extérieur de la Côte d’Ivoire, même à l’ONU.

Ne nous méprenons pas ! La crise est née uniquement du non-respect de la décision du Conseil Constitutionnel. L’acte de rébellion du candidat perdant et de ses alliés nationaux et internationaux entraineront un déferlement des troupes rebelles rebaptisées FRCI, des milices dozo, et divers mercenaires sur les territoires restés sous contrôle du Gouvernement, semant la mort, la violence, les pillages sur leurs passages.

Au bout du compte, l’Etat français achèvera ce plan d’agression par le bombardement de la résidence présidentielle, du Palais Présidentiel et des quartiers d’Abidjan pendant 11 jours.

LES CONDITIONS DE SON ARRESTATION ET LES HUMILIATIONS

C’est dans ces conditions que Madame la Première Dame Simone GBAGBO a été arrêtée, battue, humiliée !

Sa pudeur, et sa volonté de voir la Côte d’Ivoire se réconcilier et aller de l’avant l’ont amenée à, à peine évoquer les sévices graves dont elle a été victime.

Nous avons tous été témoins de la barbarie de ses geôliers !

Au-delà de sa personne, c’est la République ivoirienne, une et indivisible, qui a été malmenée !

Croyez-vous un seul instant que, pour un contentieux électoral, on aurait pu malmener la

Première Dame des Etats-Unis ?

Croyez-vous que l’on aurait pu montrer dans les médias du monde entier la Première Dame de n’importe quel pays occidental dans une position aussi humiliante que celle infligée à la Première Dame Simone EHIVET GBAGBO ?

Nous avons tous vu ces images écœurantes qui créent un malaise… aujourd’hui encore.

Oui, car lorsque l’on aime son pays, et quelque soit les divergences politiques que l’on peut avoir avec Madame la Première Dame Simone GBAGBO, on ne peut qu’être choqué face aux images humiliantes diffusées à profusion sur les médias français et sur internet.

Il est d’ailleurs surprenant de voir que les médias occidentaux qui prennent tant de soin à respecter la dignité de tous leurs ressortissants se trouvant en situation de difficulté notamment en tant qu’otage ou victime d’exaction, en refusant de diffuser les images ou en les grimant, et n’ont pas hésité un seul instant à diffuser des vidéos humiliantes de celle qui fut la Première Dame de la République de Côte d’Ivoire.

Je me souviens de toute la polémique qu’il y a eu en France lors de la diffusion de l’arrestation de Dominique STRAUSS KAHN alors Président du Fonds Monétaire International.

Certains médias français et politiques s’étaient émus du fait qu’il ait été présenté devant le monde entier menotté. Dommage que cette émotion soit à géométrie variable en fonction de ce que l’on parle d’occidentaux ou d’africains !

En tout état de cause, les humiliations et les sévices subis par la Première Dame furent nombreux… Mais tournons la page et avançons, comme elle a tenu à le dire… La violation de ses droits : détention arbitraire ; Violation de son immunité

Au-delà de ces sévices, Madame Simone GBAGBO a vu tous ses droits bafoués :Enlèvement et séquestration ;Immunité parlementaire piétinée !

En effet, à tour de rôle, Procureur, Juge d’Instruction, et Chambre d’Accusation, refuseront de prendre en compte sa qualité de parlementaire, prétextant du fait que son mandat aurait pris fin en 2005.

Et pourtant tout en contestant sa qualité de parlementaire, des Décrets d’application sont pris se fondant sur des lois votées postérieurement à 2005 par la Députée Simone GBAGBO !

Cela est notamment le cas de la Loi du 27 Décembre 2007 portant statut du corps diplomatique, votée par Madame Simone GBAGBO, et dont le Décret d’application sera pris le 21 décembre 2011 par Monsieur Alassane OUATTARA. Nous ne sommes malheureusement pas à la première contradiction dans ce dossier, ni à la première aberration ! Les infractions qui lui sont reprochées en témoignent.

LES INFRACTIONS : ABSENCE DE FAIT

Pendant 4 ans, il a été expliqué au peuple ivoirien et à l’opinion publique internationale que la Première Dame Simone GBAGBO est une sanguinaire !

On a même affirmé de façon péremptoire, au Peuple ivoirien que le couple présidentiel avait occasionné près de 3000 morts pendant la crise postélectorale !

On a tenté de faire croire que le Président Laurent GABGBO, son Gouvernement et la Première Dame massacraient les populations civiles.

On a tenté de faire croire, que la Première Dame avait les mains pleines de sang, qu’elle avait mis à mal l’Etat.

On a tenté de faire croire que son époux et elles, avaient ordonné le viol de femmes, de jeunes filles pendant cette période violente et douloureuse.

On a tenté de faire croire qu’elle avait recruté et armé de jeunes nationaux et étrangers pour tuer des ivoiriens ;

Pendant 4 ans, la Justice ivoirienne a été endormie par ces allégations dont on attend encore les preuves !

Quel est donc ce procès sans aucun fait précis ?!

Quel est donc ce procès sans aucun élément matériel constitutif d’une infraction ?

Quel est donc ce procès pénal où la partie civile est l’Etat de Côte d’Ivoire ?

Un Etat de Côte d’Ivoire représenté ici doublement par le Ministère Public et par des Avocats !

Comment peut-on appeler autrement ce procès que par ce qu’il est, à savoir un procès politique ! Ce procès, aboutissement d’une instruction qui a duré des années, met en évidence une chose :

C’est que pendant toute l’instruction, et au travers de toutes les discussions devant la Chambre d’accusation, ce n’est pas le droit qui semble avoir primé sur toute autre considération.

Ce dossier a été construit à l’envers ! On a arrêté des personnalités parce qu’on les trouvait gênants, et on a tenté de justifier leur détention par une inculpation intervenue tardivement et collectivement mais qui ne repose sur aucun fait précis et personnel !

Qu’est-il reproché à la Première Dame ? D’avoir respecté la Constitution et les Institutions ivoiriennes ?

Mais ce n’est pas 83 personnes qui devraient alors être sur le banc des accusés, mais 22 millions de personnes !

Tous les ivoiriens devraient donc être sur le banc des accusés ! Tous les fonctionnaires de ce pays devraient se trouver sur le banc des accusés !

Car il faut être sérieux ! Si l’on estime que le Président Laurent GBAGBO et son Gouvernement étaient illégitimes, si tous les actes posés par eux étaient illégaux ! Les fonctionnaires ne se sont-ils pas rendus complices de cette prétendue forfaiture ? Ne se sont-ils pas rendus coupables de recel en encaissant les salaires qui leur étaient réglés par le Gouvernement GBAGBO de Décembre 2010 à Mars 2011 ! Soyons sérieux !!!

Il n’y a, à l’encontre de la Première Dame Simone GBAGBO, aucune infraction pénale ! Aucun fait précis qui serait constitutif d’une infraction !

Par ailleurs, même dans l’hypothèse absurde où il y aurait existé des faits, l’intention criminelle indispensable à la constitution de l’infraction aurait forcément fait défaut. Oui car la Première Dame Simone Gbagbo n’a fait que respecter la décision du Conseil Constitutionnel déclarant son époux vainqueur et recevant son serment en audience solennelle comme l’exige la Constitution. Elle a donc agit de bonne foi convaincu que la vérité et la loi sont avec elle.

Alors que reproche-t-on à la Première Dame Simone EHIVET GBAGBO ?

CONSTITUTION DE BANDES ARMEES – MASSACRE DE CIVILS : DES TEMOINS PEU CREDIBLES ET SUSCITES

L’audition devant la Cour d’Assises de Mme Gbagbo a également démontré qu’elle n’était coupable de rien et qu’elle doit être déclarée non coupable de tous les chefs d’accusation, oui tous les chefs d’accusation.

Nous en voulons pour preuve les questions du Parquet Général qui étaient vagues, et ne faisaient allusion à aucun fait à elle allégué, sinon plutôt des questions sur ce qu’elle pense de la CEI, du Conseil Constitutionnel et autres, mais jamais de faits à elle personnellement reprochés. Question alors: Comment le Parquet a-t-il eu connaissance des témoins? Car tous les témoins disent qu’ils ont été appelés par le Parquet pour venir témoigner.

Pourquoi le Parquet qui avait connaissance desdits témoins n’a posé aucune question à Mme Gbagbo sur les faits que devaient raconter les témoins, afin de mieux la confondre. Le Parquet représente t-il le peuple ou le régime au pouvoir pro RDR?

Je pensais que le parquet représentait le peuple et par conséquent se devait de rester juste et équitable. On pourrait penser que tous les témoins ont été suscité par le RDR pour tenter de salir Mme Gbagbo, oui car tous les témoins sont du RDR ou sympathisants.

Des Témoins qui n’ont jamais été une seule fois entendus au cours de cette longue instruction.

Témoins qui n’ont jamais été confrontés à Mme Gbagbo pendant cette longue instruction.

Ces témoins viendront déclarer faussement sous serment ici à la barre hélas.

Faute de faits constitutifs d’infraction, il a été annoncé par l’Accusation un rattrapage, grâce à 16 témoins à charge, pour finalement n’en présenter que 5.

En écoutant les discours des témoins, on en conclut que le Parquet Général, tentait visiblement d’apporter enfin des faits incriminant l’accusée, et démontrant sa culpabilité au moins dans ces deux domaines.

Contre Madame GBAGBO, l’accusation produira tout d’abord le témoignage de Monsieur Issa BOCOUM.

Ce Monsieur expliquera avoir vu 8 véhicules DAKOTA, ayant de nouvelles plaques d’immatriculation « ww », rentrer dans une église à ABOBO, pour décharger des armes se trouvant dans des caisses.

Il prétendra y avoir vu Madame GBAGBO, en lunettes fumées de marque « Ray Ban », donnant des instructions à cette fin mais sans jamais parler, se contentant, selon lui, de faire des gestes.
Ce témoignage est évidemment peu sérieux dans la mesure où il n’est corroboré par aucun élément de preuves ! Monsieur Issa BOCOUM se limitant à présenter deux photos, prises il y a juste 3 mois, d’une montrant l’église méthodiste en question, et l’autre une mosquée qui se situerait selon lui, en face de ladite église.

Or, aucune des photos nous permet de savoir que les 2 bâtiments dont il parle, se trouvent face à face, vu que l’une montre uniquement une église et l’autre uniquement une mosquée. On ne voit nulle part Mme Simone GBAGBO présente et en action, sur ces photos.

Qui peut sérieusement croire que Madame Simone GBAGBO, qui n’a au demeurant aucune formation militaire, se serait rendue en plein jour dans la cour d’une église méthodiste, pour aller y déposer des armes, habillée comme une héroïne de films policiers de série B ?

Par ailleurs, ce témoin jure mordicus que sa maison a été bombardée par un obus tiré depuis le camp commando d’Abobo et qui l’aurait même personnellement blessé.

Il poursuit en déclarant que le bombardement de sa maison par le camp Commando a été fait sur ordre de la Première Dame Simone GBAGBO, mais il en rapporte toujours aucune preuve :
Aucune preuve sur le fait que sa maison a été effectivement bombardée par un obus et qu’il en aurait été blessé ;

Aucune preuve sur le fait qu’il y a eu un bombardement et que cela provenait du Camp Commando ;

Aucune preuve sur le fait que le prétendu bombardement, à supposer qu’il soit avéré, aurait été effectué sur ordre de Madame Simone GBAGBO.

Il est bon de rappeler que la Première Dame n’avait pas de véhicules de marque DAKOTA dans son cortège et cela aurait pu être vérifié par un simple transport sur les lieux, à la résidence Présidentielle.

Il est bon d’indiquer que Mme Gbagbo n’a jamais porté de lunettes fumées Ray Ban. Elle porte juste des verres pharmaceutiques et uniquement lorsqu’elle a besoin de lire. Ce témoignage, qui n’est corroboré par aucun élément sérieux, ne pourra être qu’écarté.

Que dire du second témoin, Monsieur DIALLO Souleymane, dont les dires étaient incompréhensibles et qui étaient venu expliquer qu’il n’avait vu que 2 fois la Première Dame : Une première fois en 2008, et la seconde fois, le jour même de l’audition de Madame Simone GBAGBO devant la Cour d’Assises, le 23 février 2015 ! Ce témoignage n’avait aucun intérêt !

L’accusation présentera encore le témoignage de Monsieur KONE Amara. Ce témoignage prêterait à sourire si ce dossier n’était pas aussi grave ! Voilà un Monsieur qui reconnaît n’avoir jamais vu Madame la Première Dame Simone GBAGBO, ne l’avoir jamais rencontré, tout en étant persuadé qu’elle aurait remis des armes au fils de son ami dénommé Lamté !

Il aurait même affirmé que le Sieur Lamté était le Chef de la Sécurité de Mme Gbagbo à Abobo. Mme Gbagbo n’a jamais eu de sécurité privée et tout le monde le sait. La seule sécurité dont elle disposait était celle de Groupement et sécurité présidentiel et de la Garde Républicaine. Le témoin qui ment sans cohérence en était sûr mais n’avait rien vu de tout cela !

Quant au témoignage de Monsieur TRAORE Ibrahim, il ne peut qu’être relevé des contradictions flagrantes. En effet, le 26 janvier 2015, ce Monsieur va déclarer qu’alors qu’il était superviseur dans un bureau de vote, Madame Simone GBAGBO a échangé avec lui, et qu’après son départ, son aide de camp, le Commandant SEKA, lui aurait remis une enveloppe d’argent pour « boire de l’eau », ce qu’il aurait refusé par soucis de neutralité.

Puis, dans son témoignage du 23 Février 2015, voilà qu’il déclare subitement que Madame GBAGBO, lui aurait envoyé 2 personnes prénommées Alain et Maxime, et non plus le Commandant SEKA, lui remettre une enveloppe d’argent pour bourrer les urnes et en modifier les contenus, le soir après 23 h, au moment de transporter les urnes au CMA.

Or, les urnes ne sont enlevées qu’après le dépouillement, et la proclamation des résultats des votes sur place, et un procès-verbal de délibération ait remis à chaque représentant des Candidats. Ce n’est qu’après cela que lesdites urnes sont transportées pour le centre de collecte de la circonscription.

En 90 et 95, Madame Simone GBAGBO et le FPI avaient même mené des négociations avec le pouvoir pour que dans chaque bureau de votes, les procès-verbaux de délibération soient remis à chaque représentant de candidat pour éviter ce type de fraudes, notamment le tripatouillage des urnes pendant leur transfert au centre de collectes.

A quoi donc aurait servi le bourrage d’urnes postérieurement au dépouillement ? Ces contradictions dans ces 2 déclarations, étayées par aucune preuve, discréditent totalement ce témoin qui a manifestement fait une fausse déclaration sous serment.

Il est bon de rappeler que c’est ce témoin qui, le 26 Janvier 2015, s’était lui- même identifié comme un rebelle formé à BOUAKE depuis 2002, et convoqué au Golf pour s’y faire remettre une arme par SORO Guillaume et aller combattre dans la ville d’Abidjan contre les Forces de Défense et de Sécurité.

Au vu de tout ce qu’il a déclaré lui-même, tout porte à croire que ce témoignage a été suscité dans le seul but de servir la cause à laquelle il a toujours adhéré depuis 2002 : celle de la rébellion armée contre Laurent GBAGBO, celle de discréditer Mme Simone Gbagbo à dessein.

Que dire encore de Monsieur CISSE Drissa, gardien au siège du RDR, qui dit qu’on lui aurait rapporté la présence du cortège de la Première Dame chez BAH BIENTO et qui en déduit qu’elle serait à l’origine des barrages et des coups de feux qu’il aurait entendu par la suite !

En effet, Monsieur CISSE Drissa dit que le 16 décembre 2011, il a vu passer un cortège de voitures. On lui aurait dit qu’il s’agissait du cortège de la Première Dame. Il reconnaît n’avoir jamais vu, de ses yeux, Madame Simone GBAGBO, ce jour-là, et encore moins l’avoir vue déposer des armes.

Bien que ne l’ayant jamais vue, il maintiendra que les agressions ont commencé ce jour-là, parce qu’elle aurait déposé des armes dans la maison de Monsieur BAH BIENTO, dans la mesure où c’est après cette prétendue visite que les agressions armées ont commencé.

La seule chose dont se témoin soit sûr sans qu’il ne lui ait été rapporté, c’est que ces évènements se sont déroulés le 16 Décembre 2011…

4 ou 5 fois, le Juges et les avocats de la partie civile, et les Avocats Généraux l’ont interrogé sur la date du 16 Décembre 2011.

A chaque fois, il a confirmé cette date.

Il lui a même été fait remarquer que Madame Simone GBAGBO a été arrêtée le 11 avril 2011, et qu’elle se trouvait à ODIENNE depuis le 22 avril 2011.

Mais ce témoin a persisté dans cette déclaration, jusqu’à ce que les multiples suggestions des Avocats de la Partie Civile l’amènent à revenir sur ce point pour enfin se limiter à affirmer que ces évènements ont eu lieu le « 16 décembre » !

Plus de date précise donc, plus de date !

A partir du moment où il n’a pas vu Mme Gbagbo, de surcroit déposer des armes chez Mr Bah Biento, de quoi est-il témoin pour que le Parquet le fasse comparaître en qualité de témoin. Il est évident que tous ces témoignages sont des mensonges, des témoignages inventés de toute pièce. Et cela tombe sous le sens.

Il est bon de noter que depuis l’embargo sur les armes en Côte d’Ivoire, les forces armées ne disposaient de plus d’effectif qu’il n’y avait d’armes disponibles. Même la Garde Républicaine manquait d’armes. Toutes les frontières de la Côte d’Ivoire étaient surveillées par l’ONU pour veiller à ne pas laisser violer l’embargo sur les armes. Où et comment Mme Gbagbo même si elle le voulait, aurait pu se procurer des armes pour les distribuer. C’est absurde et simplement diffamatoire.

Il n’y a aucune preuve, et il ne peut pas y en avoir, parce qu’à aucun moment, Madame Simone GBAGBO n’a constitué de bandes armées, n’a armé personne, n’a incité au massacre de personnes civiles ou militaires, n’a engagé d’actions contre une communauté quelconque.

Ce ne sont simplement que des faux témoignages, des inventions de toutes pièces.

CONCLUSION

Mesdames et Messieurs les Jurés, je vous l’ai dit au début de mon intervention, ce procès nous dépasse ! Vous avez un dossier sans faits ! Car en réalité, les infractions n’existent pas et ne sont qu’un prétexte à ce procès.

Il ne s’agit donc pas, dans ces douloureux débats, d’apprécier véritablement la culpabilité ou l’innocence des accusés. Il ne s’agit même pas de savoir de qui de GBAGBO ou de OUATTARA est le véritable Président de la République de Côte d’Ivoire. Il a effectivement déjà été répondu à cette question : La Côte d’Ivoire a eu un Président élu et proclamé vainqueur par le Conseil Constitutionnel ; et un Président reconnu par la Communauté internationale et proclamé Président de la République après une violente crise, une agression armée de la Côte d’Ivoire.

Il s’agit de dire, par votre verdict, si oui ou non les peuples africains ont le droit de faire respecter leurs institutions. Vous avez la lourde mais noble mission de proclamer, une fois pour toutes, le droit de l’Homme africain au respect de sa personnalité, de sa dignité, et de sa souveraineté.

Madame Simone GBAGBO l’a très justement dit. La Constitution, le Conseil Constitutionnel, organes suprêmes de notre République sont nos totems. Si nous ne les respectons pas, qui le fera à notre place ?

Mesdames et Messieurs les Jurés, je vous rappelle que conformément à l’article 90 de notre Constitution, le Président du Conseil Constitutionnel prête serment en ces termes : Je m’engage à bien et fidèlement remplir ma fonction, à l’exercer en toute indépendance et en toute impartialité dans le respect de la Constitution, à garder le secret des délibérations et des votes, même après la cessation de mes fonctions, à ne prendre aucune position publique dans les domaines politique, économique ou social, à ne donner aucune consultation à titre privé sur les questions relevant de la compétence du Conseil constitutionnel ».

Les Membres du Conseil Constitutionnel prêtent eux, conformément à l’article 91 de la Constitution, le serment suivant : « Je jure de bien et fidèlement remplir mes fonctions, de les exercer en toute impartialité dans le respect de la Constitution et de garder le secret des délibérations et des votes, même après la cessation de mes fonctions.

La décision du Conseil Constitutionnel du 4 décembre 2010 a été rendue conformément à ces textes.

L’absence de poursuites diligentées par le Ministère Public à l’encontre des Membres et du Président du Conseil Constitutionnel n’est-il pas l’aveu même de ce que cette décision ne saurait sérieusement être remise en question ? Le Parquet une fois de plus a montré qu’il ne représentait pas le peuple mais plutôt le parti au pouvoir et je m’explique. Le Parquet sur la base de ces faux témoignages demande que Mme Gbagbo soit condamné à 10 ans de prison et soit privé de ces droits civiques Curieusement, parmi les 80 accusés, Mme Gbagbo est la seule pour qui il soit demandé la privation de ses droits civiques.

Mais alors pourquoi pourrait se poser le citoyen lambda. Alors je vous répondrai, c’est uniquement pour empêcher Mme GBAGBO de reprendre sa place au FPI et leur tenir la dragée haute sur les tous les problèmes qui minent la Côte d’Ivoire qui semble-t-il émerge. Mais faire de la politique n’est pas un crime. Pourquoi donc manipuler le Parquet à cette fin. Voilà, la raison. Je pensais que le Parquet représentait le peuple, mais que je me suis trompé.

Le présent Parquet représente le pouvoir ivoirien et ne travaille qu’uniquement dans leur intérêt, même quand il est en contradiction avec le mandat que le peuple leur a confié. Dès lors entrer en voie de condamnation contre Mme GBAGBO, serait approuver le comportement de tous ceux qui méprisent nos institutions. Condamner, ce serait dire que l’on veut perdurer dans un système néo-colonisant où notre Constitution ne serait en réalité qu’un bout de papier, sans valeur.

Condamner ce serait dire que l’on est incapable de se respecter et que l’on aura toujours besoin de l’intervention prétendument civilisatrice de nos anciens colons pour distribuer les bons et les mauvais points. Condamner, ce serait accepter que nos Chefs d’Etat ne soient choisis par le peuple souverain mais par d’autres. Acquitter, au contraire c’est affirmer notre volonté d’indépendance. Acquitter c’est dire notre attachement à notre Constitution. Acquitter, c’est aussi faire œuvre d’apaisement; C’est détruire les ferments d’amertume et de rancœur dans le cœur de nos compatriotes qui sont bien conscients du caractère politique de ce procès. Acquitter, c’est réitérer sa volonté de voir une Justice indépendante du pouvoir politique. Acquitter enfin, c’est montrer le vrai visage de la Côte d’Ivoire éprise d’idéal, de Justice et de Paix ; et surtout de réconciliation entre tous ses enfants.

Monsieur le Président, Messieurs de la Cour, Mesdames et Messieurs les Jurés, ne vous faites pas complices des politiciens car ils ne sont pas bons. Ne contribuez pas construire une Côte d’Ivoire de haine et de vengeance perpétuelle, ce ne serait bon pour personne. Réconciliez les ivoiriens en rendant des décisions justes fondées sur les principes élémentaires du droit pénal.

Pas de faits précis, pas de preuves concrètes : pas de condamnations et j’ai plaidé.

Je vous en remercie


Maître Ange Rodrigue DADJE /Maître Habiba TOURE

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12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 15:40

                 L’Argentine desserre l’étreinte étasunienne

 

La visite de la présidente argentine à Pékin marque une nouvelle étape dans le processus d’émancipation politique du pays. L’intervention déterminée et vigoureuse de Cristina Kirchner contre les atteintes à la souveraineté de l’Argentine devant l’Assemblée générale des Nations Unies en Octobre 2014 avait déjà marqué un tournant.

Cristina Kirchner avait en effet dénoncé l’intervention de la justice étasunienne qui bouleversait un plan de restructuration de la dette souveraine argentine longuement préparé qui avait reçu l’aval de toutes les banques concernées sauf une un fonds de placement new yorkais qui ne détenait que 1% de cette dette. La justice américaine (le juge GRIESA) avait décidé que ce fonds devait recevoir l’intégralité des sommes dues mais surtout, mesure évidemment attentatoire à la souveraineté de l’Argentine, que, si ce règlement n’était pas effectué, la totalité du plan de restructuration de la dette était bloqué.

Il faut souligner : 1-que les dettes en question étaient toutes des remboursements d’emprunts contractés par l’Argentine avant l’arrivée au pouvoir de Nestor Kirchner et ensuite de son épouse Cristina, 2- que les autres créanciers avaient accepté de renoncer à 50% de leurs créances vieilles de 30 ans pour certaines.

Bel exemple d’impérialisme judiciaire et financier : le Capital étasunien est chez lui partout et la signature d’un gouvernement et de grandes banques internationales ne pèsent rien face à la décision d’un juge new yorkais actionné par le gérant d’un « FONDS VAUTOUR » selon l’expression aujourd’hui en vigueur.

La présidente argentine s’en était également pris à ceux qui reprochaient à son gouvernement d’avoir signé avec l’Iran un « mémorandum d’intention » pour conjuguer les efforts des deux Etats dans la recherche de la vérité sur les deux attentats « anti israéliens » perpétrés en Argentine le premier contre l’ambassade d’Israël le 17 Mars 1992 (29 morts), le second le 18 Juillet 1994 contre les locaux de l’AMIA (association culturelle de la communauté juive d’Argentine - la plus nombreuse de toute l’Amérique latine - 85 morts) .

Ces attentats immédiatement attribués sans preuves à l’Iran et dont l’Iran a toujours nié la responsabilité n’ont toujours pas été élucidés et en signant le « mémorandum d’intention » l’Argentine ne faisait rien d’autre que d’accorder à l’accusé un droit à la défense. La réaction impériale à cette décision fut, on l’imagine, très vive puisqu’elle remettait en cause, vingt ans après les faits, la version officielle jamais démontrée mais entérinée par tout l’appareil de propagande « occidental ». Devant la même assemblée générale des Nations Unies Cristina Kirchner avait défendu son choix et avait fait état de menaces de mort la concernant personnellement.

Elle avait continué à avancer dans sa recherche de la vérité et avait franchi une étape décisive en mettant un terme à la carrière du patron des services de renseignement argentin M. Antonio Stiuso en poste depuis quarante ans. Ce personnage, mis en place par le régime péroniste, avait réussi à traverser la période de la dictature militaire et à demeurer à son poste ensuite. Beaucoup d’argentins considéraient que cette « solidité au poste » ne pouvait s’expliquer que par un soutien constant de Washington et ses méthodes étaient souvent qualifiées de « gestapistes ». Le procureur Nisman en charge du dossier « iranien » retrouvé « suicidé » ces derniers jours et qui s’apprêtait à confirmer la « piste iranienne » sur les attentats anti israéliens était soutenu dans son enquête par M. Stiuso dont il était de longue date un proche.

Autant dire que l’étoile de Cristina Kirchner avait beaucoup pali aux Etats-Unis et dans le reste de l’Occident. Elle en avait évidemment conscience et avait réorienté sa politique en conséquence. Cette réorientation vient de prendre un tour très concret dans sa visite officielle à Pékin où elle vient d’être reçue par le président chinois. Ce n’est pas à proprement parlé un retournement subit puisque les visites de dirigeants chinois à Buenos Aires s’étaient multipliées ces dernières années et avaient débouché sur des projets de coopération économiques en de nombreux domaines (transports, énergie, électronique…).

La récente visite de Cristina Kirchner à Pékin donne à cette coopération une dimension militaire importante. L’Argentine va acheter à la République populaire ou construire avec des accords de transfert technologique les matériels suivants :

  • Corvettes

 

Ce modèle produit par les chantiers chinois CSIC P18 va porter le nom de corvettes de la CLASS MALVINAS = CLASSE MALOUINE (déjà vendues au Nigéria) de quoi mettre en rage le Foreign Office

  • Véhicules blindés (modèle NORINCO VN1)

  • Hélicoptères

(type Changhe Z 11)

Ces acquisitions prennent place dans un programme d’ensemble signé par les deux pays le 29 Octobre 2014 couvrant brise-glaces, véhicules amphibies, remorqueurs de haute mer, et d’autres navires de guerre, mortiers de divers calibres, hôpitaux de campagne. Les observateurs militaires n’excluent pas l’achat de chasseurs chinois FC1.

Dans le monde multipolaire actuel, il est aujourd’hui possible de desserrer l’étreinte impérialiste étasunienne et de trouver dans d’autres pays : Chine Populaire, Russie… les moyens concrets de parer les coups revanchards que les Etats-Unis ont toujours porté contre les gouvernements manifestant de l’indépendance dans leur « arrière-cour » latino- américaine.

 

 

 

 

 

 

 

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12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 15:37

LE CAS HUNTINGTON

  En ces temps de simplifications abusives, de caricatures écrites, de nominalismes ségrégatifs, d’identités-minute, d’étiquetages sociaux à péremption rapide, il n’est pas sans intérêt de se pencher sur le cas d’un intellectuel étasunien.

  D’entrée l’appellation d’intellectuel fait problème. Clarifions : Huntington est professeur à Harvard, une des plus prestigieuses universités étasuniennes si ce n’est mondiales. Sans donner plus d’importance à ces classements qui ont plus à voir avec le marketing qu’avec une science exacte, elle occupe très souvent la première place. Il y a enseigné pendant 58 ans

  Il publie des articles dans des revues prestigieuses et il écrit des livres dont certains ont eu un lectorat planétaire après avoir été traduits dans des dizaines de langues (39 d’après les biographies officielles).

  Son ouvrage de très loin le plus célèbre, le plus traduit, le plus vendu et le plus commenté est le CHOC DES CIVILISATIONS (en anglais CLASH OF CIVILISATIONS)

  Avant d’accéder à la notoriété mondiale Huntington était déjà intervenu dans le champ idéologique occidental comme co-auteur en 1974 d’un ouvrage THE CRISIS OF DEMOCRACY qui servit de référentiel idéologique au lancement de la COMMISSION TRILATERALE. Celle-ci prenait la suite du CLUB DE BILDERBERG en élargissant le cercle des puissances capitalistes dominantes au Japon.

  L’ouvrage avait donc trois auteurs : Huntington pour les Etats-Unis, un français Michel Crozier pour l’Europe occidentale et un japonais.

  Le propos était de préserver les apparences démocratiques (pluripartisme en évitant par divers dispositifs constitutionnels un parlementarisme trop accentué et trop instable) tout en limitant l’influence des mouvements de masse contestant les choix stratégiques des groupes dirigeants et émanant des couches désormais éduquées et nombreuses du prolétariat industriel et tertiaire.

  Pour Crozier l’objectif en Europe de l’Ouest était de ramener le calme dans les usines et les universités et d’éviter la poursuite de l’alliance ouvriers-étudiants qui avait touché l’Allemagne, l’Italie et en France avait débouché en Mai 68 sur la plus grande grève de masse de l’histoire nationale. L’idée était donc de distraire les nouvelles couches éduquées en leur proposant des loisirs nouveaux et en leur ouvrant le champ d’institutions politiques secondaires en décentralisant l’appareil d’Etat. Le projet fut poursuivi sous la forme des préconisations du rapport NORA-MINC et par les lois de décentralisation du gouvernement Mauroy.

  Aux Etats-Unis et pour Huntington il s’agissait d’éviter par tout moyen la réédition du mouvement contre la guerre du Vietnam qui avait fortement ébranlé la société, avait eu sa part dans la capitulation de 1974 et avait provoqué l’émergence de nouveaux mouvements non maitrisés pas les appareils politiques et syndicaux traditionnels.

  Mais en rédigeant son chapitre de ce petit livre, HUNTINGTON, le professeur de Harvard, ne faisait au fond rien d’autre que d’occulter l’autre HUNTINGTON, en fait le même SAMUEL P. HUNTIGNTON qui avant de revêtir la toge professorale avait été un conseiller très proche des présidents étasuniens en matière de conduite de la guerre au Vietnam. Pour détruire le Viêt-Cong et l’empêcher de détruire le régime fantoche que Washington avait mis en place à Saigon Huntington avait en effet le préconisateur des regroupements de villageois ce qui voulait dire rassembler de force la population paysanne et rurale du Vietnam dans des lieux strictement contrôlés par l’armée US et pouvoir ensuite détruire le Viêt-Cong en détruisant la campagne et la forêt où il se cachait. Samuel Huntington qui s’est inspiré des stratégies contre révolutionnaires mises au point par l’armée française coloniale (en Algérie et au Cameroun notamment) est donc le concepteur de la guerre étasunienne au napalm et aux défoliants et les parents d’enfants vietnamiens déformés et handicapés à vie par la dioxine auraient été fondés à le poursuivre devant la Cour Pénale Internationale si elle avait été créée à l’époque des faits. Ce chapitre de la biographie de Huntington est bien sûr passé le plus souvent sous silence.

  Le livre CRISIS OF DEMOCRACY sera un des livres de chevet de l’équipe du Président Jimmy Carter dont presque tous les membres appartiennent à la Commission Trilatérale et qui va tenter de gommer les aspects les plus monstrueux de la politique impériale en soignant mieux les apparences. Huntington lui-même est alors membre du Conseil National de Sécurité.

  Ainsi installé Intellectuel organique de l’impérialisme, HUNTINGTON va encore lui rendre un grand service en publiant en 1993 le « CHOC DES CIVILISATIONS ». En effet il va ainsi combler le vide stratégique laissé par la disparition sans combat de l’URSS. L’épouvantail communiste ne pouvant plus être brandi pour justifier de nouvelles interventions extérieures et la Chine ayant choisi une politique de temporisation avec le pouvoir capitaliste étasunien qui va lui éviter le face à face militaire immédiat et dramatiquement inégal, il faut fabriquer un nouvel ennemi. Les leçons de la guerre d’Afghanistan sont tirées : de grands succès sont possibles et avec une relative économie de moyens comparés à ceux de la guerre classique en manipulant le fondamentalisme islamique et cette manipulation est d’autant plus intéressante pour l’impérialisme étasunien qu’elle peut s’exercer au détriment de ses rivaux économiques (et néanmoins alliés) l’Europe et le Japon dont le talon d’Achille est la dépendance pétrolière.

Sitôt publié le livre de HUNTINGTON qui dans la foulée des travaux de l’orientaliste Bernard Lewis fait du choc OCCIDENT-ISLAM le principal conflit on passe aux travaux pratiques .Ben Laden et ses amis viennent avec un passeport bosniaque tout frais s’employer à faire exploser la Yougoslavie suivant les lignes de partage prévues (catholiques croates, musulmans bosniaques et albanais, orthodoxes serbes ….).D’autres combattants étrangers interviennent aussi en Tchétchénie pour poursuivre le dépeçage considéré comme insuffisant de la Russie. En Palestine également tout est fait pour que l’union interconfessionnelle dont l’OLP était l’expression, difficile mais réelle, se dissolve. L’Algérie qui a arraché son indépendance dans le sang et sous un étendard politique se voit « gratifiée » d’un épouvantable épisode de tueries islamistes.

  Le terrorisme islamiste est lancé et la politique de Bush après le 11 Septembre 2001 l’installera comme ennemi principal et quasi universel, un zeste d’anticommunisme persistant pour la seule Corée du Nord.

  Les faits ont depuis lors amplement démontré que cet ennemi est souvent un complice des actions impérialistes de déstabilisation et de désordre. Ainsi ces derniers jours de nombreuses voix autorisées aux Etats-Unis s’élèvent contre la politique d’Hillary Clinton en Lybie qui a utilisé des terroristes islamistes pour renverser un chef d’Etat qui les avait contenus jusqu’alors.

  Le livre d’HUNTINGTON apparait donc pour ce qu’il est : une caution universitaire à la poursuite de la politique de domination mondiale violente qui est depuis un siècle poursuivie par la classe dirigeante étasunienne après qu’elle se soit assurée dans les décennies précédant 1918 la domination sur le continent américain. Huntington n’est ni un savant ni un chercheur c’est un chien de garde impérial.

  Un véritable intellectuel , Edward W. Saïd , dans son article CLASH OF IGNORANCE (le choc de l’ignorance) publié en Octobre 2001 critiquera sur le fond le livre d’Huntington et implicitement la « guerre contre le terrorisme » en faisant observer que les civilisations ne sont pas des données intangibles traversant l’histoire humaine, qu’elles connaissent des transformations dans le temps comme dans l’espace, que les phénomènes d’influence , d’interpénétration en constituent au contraire la trame et que les « chocs » ne sont souvent que la simple mise en œuvre par les puissants de la vieille règle impériale : « Diviser pour régner » .

 

 

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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 21:14


 
« Cent ans de capitalisme en Algérie »
Authentique militant anticolonialiste français de la première heure, Robert Louzon mérite d’être mieux connu en ces temps où la social-démocratie française retombe piteusement dans ses pires travers coloniaux, la pâleur médiocre et pateline du discours masquant à peine la persistance de la brutalité des intérêts du grand capital national dont elle confirme être le meilleur défenseur.


§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§


EXTRAIT DE
« CENT ANS DE CAPITALISME EN ALGERIE 1830-1930 »
« Histoire de la conquête coloniale »
De Robert Louzon
Editions Acratie (1998)


Issu d’une famille bourgeoise, après des études scientifique, Louzon devient ingénieur. D’abord membre du P.O.S.R. (socialiste alemaniste), il évolue vers le syndicalisme révolutionnaire. En 1906, il prête l’argent nécessaire à l’achat d’un immeuble pour la CGT, action qui, une fois connue, lui vaudra de perdre son emploi.
Lié à Pierre Monatte, Louzon collabore à « La Vie ouvrière ». En 1913, il s’installe en Tunisie, effectue la guerre comme capitaine, puis adhère en 1919 au parti socialiste tunisien. Il sera vite secrétaire fédéral du P.S., puis du P.C. après le congrès de Tours. En 1921, il est poursuivi pour « diffamation envers les officiers de l’armée française », puis encore en 1922, cette fois condamné à 6 mois de prison et à l’expulsion de Tunisie à sa sortie.
En décembre 1924 il quitte le P.C. après l’exclusion de Monatte et Rosmer, et en 1925, il participe à la fondation de la revue « La Révolution prolétarienne ».
En août 1936, mandaté par la C.N.T espagnole il se rend au Maroc dans le but d’empêcher le recrutement de troupes pour Franco. En février 1937, malgré son âge, il combat un temps sur le front espagnol, puis collabore à S.I.A (Solidarité Internationale antifasciste). 2

En 1939, il signe le tract de Louis Lecoin « Paix immédiate » ce qui lui vaut d’être poursuivi devant le conseil de guerre. Arrêté en 1940, il est interné un an dans un camp en Algérie.
Après-guerre, il reprend son activité militante et sera notamment l’un des signataires du « manifeste des 121 » lors de la guerre d’Algérie.


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 La période de l'accumulation primitive


« Nous avons réuni au domaine les biens des fondations pieuses, nous avons séquestré ceux d'une classe d'habitants que nous avions promis de respecter ... nous nous sommes emparé des propriétés privées sans indemnité aucune ; et, de plus, nous avons été jusqu'à contraindre des propriétaires, expropriés de cette manière, à payer les frais de démolition de leurs maisons et même d'une mosquée.
« Nous avons profané les temples, les tombeaux, l'intérieur des maisons: asile sacré chez les musulmans.
« Nous avons massacré des gens porteurs de sauf-conduits ; égorgé sur un soupçon des populations entières, qui se sont ensuite trouvées innocentes; nous avons mis en jugement des hommes réputés saints dans le pays, des hommes vénérés, parce qu'ils avaient assez de courage pour venir s'exposer à nos fureurs, afin d'intercéder en faveur de leurs malheureux compatriotes; il s'est trouvé des hommes pour les condamner, et des hommes civilisés pour les faire exécuter. »
(Rapport de la commission gouvernementale d'enquête, 1833). *


LA LEGENDE DU COUP DE L’EVENTAIL
En 1794, la France était attaquée de tous côtés. Non seulement son territoire était envahi sur plusieurs points, mais son peuple et son armée risquaient d'être affamés. Ne produisant pas assez pour subvenir à ses besoins, elle ne trouvait nulle part où acheter le complément de grains qui lui était nécessaire. Nulle part ... sauf en Algérie, dont le dey offrit à la Convention toutes facilités pour faire ses achats de blé.
Deux ans plus tard, le Directoire a succédé à la Convention, mais la guerre n'en continue pas moins, et l'Angleterre continue à poursuivre son plan d'affamer les armées de la République; en outre ... le Trésor est vide, ou presque. Le dey d'Alger offre alors au gouvernement français de lui prêter un million, sans intérêts, pour les achats de blé que celui-ci aurait à effectuer en Algérie. Le gouvernement français accepte, et les achats sont effectués notamment par l'intermédiaire de la maison Bacri et Busnach, gros commerçants juifs, auxquels d'ailleurs la plus grosse partie du blé qu'ils livrent à la France est fournie par le dey lui-même.
Les achats de blé ainsi effectués dépassent de beaucoup le million prêté; la France ne les paie pourtant point. Qu'importe! La France est riche et est personne d'honneur. Quand la paix sera revenue, elle règlera ses dettes. Le dey continue donc de fournir du blé à Bacri, et Bacri de livrer à la France.
1815: la paix est revenue, c'est le moment de se faire payer. Bacri et le dey réclament leur dû.
Mais chacun sait que la bourgeoisie française n'aime guère payer ses dettes de guerre. Elle estime qu'est suffisant l'honneur qu'elle a fait à ses créanciers en leur permettant de la sortir de l'embarras. Ils ont eu l'insigne honneur de l'aider à vaincre, que veulent-ils de plus?
Malgré la paix et 1'« ordre » revenus, le gouvernement de la Restauration fit donc autant de difficultés que ses prédécesseurs pour payer ceux qui avaient fourni de quoi faire le pain du troupier français. On objectera que certaines cargaisons avaient été de mauvaise qualité. C'était bien possible, même très probable; il n'y a pas de raison pour que Bacri et Busnach aient fait exception dans l'honorable corporation des fournisseurs de guerre. En conséquence, le Commission française, réunie en 1819, fit subir de sérieuses réductions aux factures de Bacri, en suite desquelles ce qui reste dû est fixé définitivement, d'accord avec Bacri et le dey, à une somme globale de 7 millions. Il n'y a donc plus qu'à payer. Eh bien on ne paie pas. L'accord de 1819 stipulait que, sur les 7 millions, seraient retenues les sommes qui pourraient être dues par Bacri à ses créanciers. En conséquence, le Trésor français verse bien l'argent, mais il le verse à Paris, à la Caisses des dépôts et Consignations ; aussitôt une nuée d'oppositions, de la part de créanciers de Bacri, vrais ou prétendus, se produit, et, en 1827, soit huit ans après que l'accord réglant définitivement le montant des sommes dues a été conclu, les tribunaux français n'avaient pas encore statué sur la validité de ces oppositions! En 1827, donc, le dey n'était pas encore remboursé du million qu'il avait prêté à la France, sans intérêts, trente et un ans auparavant! Bien plus, du fait des dettes que Bacri avait eu soin de faire en France, le dey risquait fort de ne jamais toucher un sou. Ainsi, sous couleur de satisfaire ses réclamations, on avait « rendu légale sa spoliation » (1)

(1)(Esquer la prise d’alger p.49)
Le dey d'Alger était ainsi magnifiquement récompensé de l'ardeur qu'il avait mise à faciliter le ravitaillement de la France affamée par l'Angleterre.
En cette année 1827, le dey d'Alger découvrit un fait bien plus grave encore, où la perfidie du gouvernement de la restauration dépassait vraiment toutes les bornes.
A l'extrémité est de la Régence, à 500 kilomètres environ d'Alger, sur un point du littoral appelé Calle, la France avait la concession d'un entrepôt commercial. Le gouvernement français, par la voix de son représentant à Alger, Deval avait promis au dey que l'entrepôt ne serait pas fortifié (2)
 (2) Esquer la prise d’Alger p.58
c'était un emplacement pour faire du commerce, mais rien de plus; ce ne devait point être transformé en une place forte. Or, la France avait fortifié la Calle, et le dey venait de l'apprendre.
Supposez que la France se soit conduite avec les Etats-Unis, pour le règlement de ses dettes de guerre, comme elle s'est conduite avec le dey d'Alger, ne croyez-vous pas que, bien avant que trente ans ne soient passés, la flotte américaine ne se serait pas, pour le moins, emparée de la Guadeloupe et de la Martinique, et ne serait même venue faire un petit tour à Brest? Ou bien, supposez que la représentation commerciale des Soviets à Paris convertisse ses bureaux en forteresse, la France serait-elle longue à renvoyer l'ambassadeur soviétique chez lui, et à réoccuper par la force les locaux de la Représentation commerciale?
Le dey d'Alger, lui, se contenta de demander des explications. Il les demanda par écrit au gouvernement français, et comme celui-ci ne répondait pas, il les demanda verbalement au consul de France. Que vouliez-vous que celui-ci réponde? Pour l'affaire de la Calle en particulier, il savait fort bien que c'était lui-même, Deval, qui s'était engagé à ce que le territoire ne fût pas fortifié, et il savait aussi que, malgré cela, on l'avait fortifié. Dans ces conditions, quand on n'a pas d'explications valables à fournir, il n'est qu'une ressource: c'est le prendre de haut. C'est ce que fit Deval. Alors, furieux, le dey s'emporta, injuria, et finalement donna au « représentant de la France » un coup de son chasse-mouche.
On tenait le prétexte!
Le gouvernement français, convaincu de mauvaise foi, allait châtier le dey coupable d'avoir « injurié la France ». Car 1'« honneur de la France» ne consistait pas à payer ses dettes le plus vite possible, l'« honneur de la France» ne consistait pas à respecter la parole donnée; l'« honneur de la France» consistait à frapper celui qui lui reprochait ses actes déshonorants. « Je m'appelle lion» ; ma raison est la meilleure ... parce que je suis le plus fort. Et je suis le plus fort, non seulement par les armes, mais par toute l'organisation de mensonges que, sous les noms divers d'enseignement, de littérature, de « culture », etc., j'ai créée pour me servir. En conséquence, du mensonge je ferais la vérité. Toute une armée d'« intellectuels» proclamera par le monde, comme la vérité, comme une Vérité évidente et universellement admise, que j'ai été outragé sans raison, et que mon bon droit à m'emparer d'Alger est incontestable. Il n'y a pas un Français, pas un élève de l'école primaire qui ne sache pas que le « coup de l'éventail » du dey Hussein est à l'origine de la conquête de l'Algérie; combien y en a-t-il à qui vous avez appris, messieurs les Professeurs, l'histoire des fortifications de la Calle ? Il n'est pas un manuel d'histoire élémentaire qui ne contienne quelques illustrations du dey frappant le « représentant de la France », mais ce n'est que dans quelques rares livres, tirés à un petit nombre d'exemplaires, et enfouis dans les bibliothèques, qu'on peut trouver des renseignements sur les raisons pour lesquelles le dey était, ce jour-là, si fort en colère. Voilà l’« histoire » bourgeoise. L'emportement du dey est monté en épingle, mais les raisons de son emportement sont soigneusement cachées, car sinon, le lecteur pourrait s'apercevoir que si jamais « coup d'éventail » fut justifié, ce fut bien celui que reçut à Alger, le 30 avril 1827, le consul de France
 La conquête de l'Algérie a fourni un autre exemple remarquable du point vraiment incroyable jusqu'où les gouvernements bourgeois poussent la perfidie... En 1837, un traité, le traité de la Tafna, intervint entre Louis-Philippe et Abd el Kader. Par ce traité l'Algérie se trouvait partagée entre Abd el Kader et la France. En ce qui concerne le département d'Alger, le traité définissait ainsi le territoire qui revenait à la France: « Alger, le Sahel, la plaine de la Mitidja bornée à l'ouest jusqu'à Kaddara ... » ; c'était clair: la plaine de la Mitidja bornée à l'Est jusqu'à l'oued Kaddara. Eh bien! La France prétendit que son territoire s'étendait au-delà de l'oued Kaddara !


Et voilà pour cela ce qu'on imagina. Le texte arabe, le seul signé d'Abd el Kader, portait après « oued Kaddara» le mot arabe fauq. Ouvrez n'importe quel dictionnaire, interrogez n'importe quel Français sachant l'arabe, ou n'importe quel Arabe sachant le français, vous apprendrez instantanément et invariablement que fauq signifie: au-dessus. Le gouvernement français, lui, prétendit que fauq signifiait au-delà, et, alors, au lieu de la traduction évidente: jusqu'à l'oued Kaddara et ce qui est au dessus, c'est-à-dire les crêtes qui le dominent, il traduisit par cette phrase identiquement absurde: « .• .la plaine de la Mitidja bornée à l'Est jusqu’a l'oued Kaddara et au-delà », Ainsi on aurait fixé une ,borne au territoire revenant à la France, uniquement pour dire que ce qui était au-delà de cette borne lui revenait aussi!
Mais qu'importe l'absurdité, pourvu que cette absurdité fournisse un prétexte pour violer les traités! En vertu de cette « traduction », les troupes françaises se portaient, en 1839, jusqu'aux Portes de Fer, c'est- à-dire à plus de 100 kilomètres au-delà de l'oued Kaddara. Et cette expédition ayant amené la reprise des hostilités, tous les manuels d'histoire nous enseignent que c'est Abd el Kader qui a violé le traité de la Tafna!


QUARANTE ANNEES DE MASSACRES
Donc, le 14 juin 1830, les troupes françaises débarquèrent à Sidi Ferruch, plage de sable située à une vingtaine de kilomètres d'Alger, et quelques jours après, Alger attaqué à revers, tombait ; le 5 juillet, le dey capitulait. Le « coup d'éventail » était donc « vengé » ; le blé que le dey avait fourni à la France n'aurait plus à lui être payé, ni les fortifications de la Calle à être démolies.
Il restait à conquérir l'Algérie.
Cela allait demander quarante ans, près d'un demi-siècle. De 1830 à 1871, sous cinq régimes différents, depuis la restauration jusqu'à la Troisième République, en passant par Louis-Philippe, la République et l'Empire, la bourgeoisie française va poursuivre la conquête de ce territoire à peine peuplé de cinq millions d'habitants.
Quarante ans de combats, de meurtres et de pillages, quarante ans pendant lesquels, à chaque moment, telle région qu'on avait hier « pacifiée » se soulevait à nouveau et devait être « pacifiée» à nouveau, à coup de « razzia » et de massacres. Quarante ans pour cinq millions d'habitants ! Quarante ans de guerre entre, d'un côté, un peuple dépourvu de toute organisation matérielle moderne, et, de l'autre côté, l'armée française, alors, sans conteste, la première armée d'Europe, l'armée qui était, hier, celle de Napoléon et qui sera encore celle de Sébastopol et de Magenta.
La conquête de l'Algérie ne s'est pas effectuée, comme on pourrait le croire, progressivement du Nord au Sud, par tranches successives partant du littoral et finissant aux confins sahariens. Tout au contraire, les régions méridionales, Hauts Plateaux et zone saharienne, on été plus facilement conquises et les premières pacifiées; c'est la région la plus proche du littoral, le Tell, cet ensemble montagneux qui sépare la mer des Hauts Plateaux, qui a offert le plus de résistance et n'a été occupé, réellement qu'en dernier lieu. Le centre de la première grande résistance à laquelle se heurte la conquête française, celle que va personnifier pendant quinze ans le marabout Abd el Kader, c'est le Tell du centre et de l'Ouest. Les villes d'Abd-el-Kader, Mascara, Boghar, etc., sont en plein Atlas tellien, et le dernier massif d'où Abd el Kader conduira ses dernières grandes luttes sera celui de l'Ouarsenis, qui commence à 50 kilomètres de la mer. Après la chute d'Abd el Kader, le dernier bastion de la résistance sera la Kabylie, Tell de l'Est. La grande Kabylie, qui borde la mer, et qui est à moins de cent kilomètres d'Alger, ne sera occupée pour la première fois qu'en 1857, et définitivement qu'après 71, alors que les oasis de Biskra et de Laghouat, en bordure du Sahara, à 400 kilomètres de la mer, seront conquises, la première dès 1844, et la seconde définitivement, en 1852.
La raison en est que les Hauts-Plateaux, le Sahara, et même l'Atlas saharien, vieille montagne qui n'est plus guère constituée que de légères ondulations coupées de larges couloirs, ne sont que des plaines. Le Tell, au contraire, c'est la montagne. La plaine, assez peu peuplée d'ailleurs, et peuplée presque exclusivement d'Arabes plus ou moins nomades, n'a pas pu résister; c'est la montagne qui a résisté, la montagne qui, en Algérie, est plus peuplée que la plaine, peuplée de paysans cultivateurs, la plupart de langue berbère. Cela est conforme à la règle de toujours et de partout: c'est toujours la montagne qui résiste au conquérant ; la montagne est partout le dernier asile de l'indépendance. Ce massif kabyle qui résista le dernier à la conquête française, est celui qui avait aussi le mieux résisté à la conquête arabe, puisque si il a accepté la religion de l'Islam, il a gardé sa langue et son Droit.
Ce que fut cette guerre? Une guerre atroce qui n'eut de la guerre que le nom, j’entends de la véritable guerre, celle que justifie Proudhon dans La Guerre et la Paix, c'est-à-dire un combat loyal entre adversaires de force équivalente. Ce ne fut pas une guerre, ce fut une « expédition coloniale ", une expédition coloniale de quarante années. Une expédition coloniale ça ne se raconte pas, et on n'ose la décrire; on laisse MM. les assassins la décrire eux-mêmes.
« La flamme à la main! »
Saint-Arnaud, qui devait finir maréchal de France, fit, jusqu'au 2 décembre, à peu près toute sa carrière en Algérie. Il y était arrivé lieutenant en 1837 ; il en partit général de division en 1851 ; durant ces quinze années il ne cessa d'être en colonne, tantôt à l'ouest, tantôt à l'est; pendant tout ce temps il écrivit régulièrement à son frère, le tenant presque jour par jour au courant de ses faits et gestes. Ces lettres ont été publiées. Nous en donnons ci-dessous des extraits, sans autre commentaire que l'indication de la date et du lieu (1).
1. On trouvera les lettre dont sont extraites ces citations dans Lettres du Maréchal Saint-Arnaud, tome l, pages 141, 313, 325, 379,381,390,392,472,474,549,556, tome II, pages 83,331,340.


« Le pillage exercé d'abord par les soldats, s'étendit ensuite aux officiers, et quand on évacua Constantine, il s'est trouvé comme toujours, que la part la plus riche et la plus abondante était échouée à la tête de l'armée et aux officiers de l'état-major. » (Prise de Constantine, octobre 1837.)
« Nous resterons jusqu'à la fin de juin à nous battre dans la province d'Oran, et à y ruiner toutes les villes, toutes les possessions de l'émir. Partout, il trouvera l'armée française, la flamme à la main. » (Mai 1841.)
«Mascara, ainsi que je te l'ai déjà dit, a dû être une ville belle et importante. Brûlée en partie et saccagée par le maréchal Clauzel en 1855. »
« Nous sommes dans le centre des montagnes entre Miliana et Cherchell. Nous tirons peu de coups de fusil, nous brûlons tous les douars, tous les villages, toutes les cahutes. L'ennemi fuit partout en emmenant ses troupeaux. » (Avril 1842.)
« Le pays des Beni-Menasser est superbe et l'un des plus riches que j'ai vus en Afrique. Les villages et les habitants sont très rapprochés. Nous avons tout brûlé, tout détruit. Oh 1 la guerre, la guerre 1 Que de femmes et d'enfants, réfugiés dans les neiges de l'Atlas, y sont morts de froid et de misère 1 ... Il n'y a pas dans l'armée cinq tués et quarante blessés. » (Région de Cherchell, avril 1842.)
« Deux belles armées ... se donnant la main fraternellement au milieu de l'Afrique, l'une partie de Mostaganem le 14, l'autre de Blidah le 22 mai, rasant, brûlant, chassant tout devant elles. » (Mai 1842 ; de Mostaganem à Blidah il y a 250 kilomètres.)
« On ravage, on brûle, on pille, on détruit les maisons et les arbres. Des combats: peu ou pas. » (Région de Miliana, juin 1842.)
« ••• Entouré d'un horizon de flamme et de fumée qui me rappelle un petit Palatinat en miniature, je pense à vous tous et je t'écris. Tu m'as laissé chez les Brazes, je les ai brûlés et dévastés. Me voici chez les Sindgads, même répétition en grand, c'est un vrai grenier d'abondance ... Quelques-uns sont venus pour m'amener le cheval de soumission. Je l'ai refusé parce que je voulais une soumission générale, et j'ai commencé à brûler. » (Ouarsenis, octobre 1842.)
« Le lendemain , je descendais à Haimda, je brûlais tout sur mon passage et détruisais ce beau village ... Il était deux heures, le gouverneur (Bugeaud) était parti. Les feux qui brûlaient encore dans la montagne, m'indiquaient la marche de la colonne. » (Région de Miliana, février 1843.)
«Des tas de cadavres pressés les uns contre les autres et morts gelés pendant la nuit 1 C'était la malheureuse population des Beni-Naôseeur, c'étaient ceux dont je brûlais les villages, les gourbis et que je chassais devant moi. » (Région de Miliana, février 1843.)
« Les beaux orangers que mon vandalisme va abattre  ... je brûle aujourd'hui les propriétés et les villages de Ben-Salem et de Bel-Cassem-ou-Kassi. » (Région de Bougie, 2 octobre 1844.)
« J'ai brûlé plus de dix villages magnifiques. » (Kabylie, 28 octobre 1844.) 
« Il y avait encore des groupes nombreux d'ennemis sur les pitons, j'espérais un second combat. Ils ne sont pas descendus et j'ai commencé à couper de beaux vergers et à brûler de superbes villages sous les yeux de l'ennemi. » (Dahra, mars 1846.)
« J'ai laissé sur mon passage un vaste incendie. Tous les villages, environ deux cents, ont été brûlés, tous les jardins saccagés, les oliviers coupés. » (Petite Kabylie, mai 1851.)
« Nous leur avons fait bien du mal, brûlé plus de cent maisons couvertes en tuile, coupé plus de mille oliviers. » (Petite Kabylie, juin 1851.)
Tel est le témoignage de Saint-Arnaud. Témoignage décisif, mais qui est loin d'être unique. Tous les officiers d'Afrique, qui ont écrit ce qu'ils ont vu, disent la même chose.


La vente des femmes et le massacre des enfants
Officier d'Afrique non moins typique que Saint-Arnaud, ce colonel Pein, issu du rang qui resta vingt-trois ans en Algérie (de 1840 à 1863), et qui occupa les loisirs de sa retraite à composer un petit ouvrage sur l'Afrique. A la différence de Saint-Arnaud, ce fut surtout dans le Sud qu'il eut à opérer.
Voici comment il décrit la prise de Laghouat, à laquelle il assista (2 décembre 1852.) :
« Le carnage fut affreux; les habitations, les tentes des étrangers dressées sur les places, les rues, les cours furent jonchées de cadavres. Une statistique faite à tête reposée et d'après les meilleurs renseignements, après la prise, constate le chiffre de 2 300 hommes, femmes ou enfants tués; mais le chiffre de blessés fut insignifiant, cela se conçoit. Les soldats, furieux d'être canardés par une lucarne, une porte entrebâillée, un trou de la terrasse, se ruaient dans l'intérieur et y lardaient impitoyablement tout ce qui s'y trouvait ; vous comprenez que, dans le désordre, souvent dans l'ombre, ils ne s'attardaient pas à établir de distinction d'âge ni de sexe: ils frappaient partout et sans crier gare J » (1)

1 Pein, Lettres familières sur l'Algérie, 2e édit., p. 393.


C'est tellement l'habitude de massacrer femmes et enfants qu'une fois que le colonel Pein ne put le faire, il éprouva le besoin de s'en excuser dans une lettre:
« Les Ouled Saad avaient abandonné femmes et enfants dans les buissons. J’aurais pu en faire un massacre, mais nous n'étions pas assez nombreux pour nous amuser aux bagatelles de la porte." il fallait garder une position avantageuse et décrocher ceux qui tiraient sur nous. » (2)
2.Pein. Lettres familières sur l'Algérie, 2e édit., p. 26.


« J'ai laissé sur mon passage un vaste incendie. Tous les villages, environ deux cents, ont été brûlés, tous les jardins saccagés, les oliviers coupés. » (Petite Kabylie, mai 1851.)
« Nous leur avons fait bien du mal, brûlé plus de cent maisons couvertes en tuile, coupé plus de mille oliviers. » (Petite Kabylie, juin 1851.)
Tel est le témoignage de Saint-Arnaud. Témoignage décisif, mais qui est loin d'être unique. Tous les officiers d'Afrique, qui ont écrit ce qu'ils ont vu, disent la même chose.
La vente des femmes et le massacre des enfants
Officier d'Afrique non moins typique que Saint-Arnaud, ce colonel Pein, issu du rang qui resta vingt-trois ans en Algérie (de 1840 à 1863), et qui occupa les loisirs de sa retraite à composer un petit ouvrage sur l'Afrique. A la différence de Saint-Arnaud, ce fut surtout dans le Sud qu'il eut à opérer.
Voici comment il décrit la prise de Laghouat, à laquelle il assista (2 décembre 1852.) :
« Le carnage fut affreux; les habitations, les tentes des étrangers dressées sur les places, les rues, les cours furent jonchées de cadavres. Une statistique faite à tête reposée et d'après les meilleurs renseignements, après la prise, constate le chiffre de 2 300 hommes, femmes ou enfants tués; mais le chiffre de blessés fut insignifiant, cela se conçoit. Les soldats, furieux d'être canardés par une lucarne, une porte entrebâillée, un trou de la terrasse, se ruaient dans l'intérieur et y lardaient impitoyablement tout ce qui s'y trouvait ; vous comprenez que, dans le désordre, souvent dans l'ombre, ils ne s'attardaient pas à établir de distinction d'âge ni de sexe: ils frappaient partout et sans crier gare J » (1)
1-Pein, Lettres familières sur l'Algérie, 2e édit., p. 393.


C'est tellement l'habitude de massacrer femmes et enfants qu'une fois que le colonel Pein ne put le faire, il éprouva le besoin de s'en excuser dans une lettre:
« Les Ouled Saad avaient abandonné femmes et enfants dans les buissons. J’aurais pu en faire un massacre, mais nous n'étions pas assez nombreux pour nous amuser aux bagatelles de la porte." il fallait garder une position avantageuse et décrocher ceux qui tiraient sur nous. » (2)
2-Pein. Lettres familières sur l'Algérie, 2e édit., p. 26.


Ainsi, si les femmes et les enfants des Ouled Saad n'ont pas été « massacrés », c'est uniquement pour raison stratégique! Si on avait été plus nombreux, toutes et tous y auraient passé, on se serait « amusé aux bagatelles de la porte ! »
Certains généraux cependant préféraient qu'on ne massacre pas les femmes, mais qu'on s'en empare ... et qu'on les vende. Telle était la méthode préférée de Lamoricière. Dans les lettres qu'il écrivait à sa famille, l'un des subordonnés de Lamoricière, le colonel de Montagnac, décrit ainsi le système (1)
1. De Montagnac, Lettres d'un soldat, p. 141, 142, 195,203,311,225. (Ce qui est souligné l'a été par nous.)


« Vive Lamoricière J Voilà ce qui s'appelle mener la chasse avec intelligence et bonheur J ... Ce jeune général qu'aucune difficulté n'arrête, qui franchit les espace en un rien de temps, va dénicher les Arabes dans leurs repaires, à vingt-cinq lieues à la ronde, leur prend tout ce qu'ils possèdent." femmes, enfants, troupeaux, bestiaux, etc. » (1er février 1841).
Dans la région de Mascara, le 17 janvier 1842 :
« Nous poursuivons l'ennemi, nous lui enlevons femmes, enfants, bestiaux, blé, orge, etc. »
Le 11 février 1842 :
« Pendant que nous rasons de ce côté, le général Bedeau, autre perruquier de première qualité, châtie une tribu des bords du Chélif ... leurs enlève force femmes, enfants et bestiaux ... »
Plus tard, étant cette fois en Petite-Kabylie, de Montagnac appliquera à nouveau le système Lamoricière:
« Nous nous sommes établis au centre du pays ... brûlant, tuant, saccageant tout ... Quelques tribus pourtant résistent encore, mais nous les traquons de tous côtés, pour leur prendre leurs femmes, leurs enfants, leurs bestiaux. » (2 mai 1843).
Pourquoi prenait-on ces femmes? Qu'en faisait-on?
« Vous me demandez, dans un paragraphe de votre lettre, ce que nous faisons des femmes que nous prenons. On en garde quelques-unes comme otages, les autres sont échangées contre des chevaux, et le reste est vendu à l'enchère comme bêtes de somme. » (Lettre datée de Mascara, 31 mars 1842.)
« Apportez des têtes, des têtes ! Bouchez les conduits crevés avec la tête du premier Bédouin que vous rencontrerez. » (2)
2. Harangue citée par le baron Pichon: Alger sous la domination française, p. 109.


Voici maintenant que le témoignage d'un quatrième officier de l'armée d'Afrique, parti en Algérie, tout frais émoulu de Saint-Cyr, le comte d'Hérisson; bien que très patriote, celui-ci, à la différence des précédents, semble avoir été quelque peu écoeuré par ce qu'il vit; son témoignage est identique.
Voici comment il décrit une colonne à laquelle il participa (1) :
1-D'Hérisson: La Chasse à l'Homme, p. 133 et suivantes


« Il est vrai que nous rapportons un plein baril d'oreilles récoltées paires à paires sur les prisonniers, amis ou ennemis. » c ••• Des cruautés inouïes, des exécutions froidement ordonnées, froidement exécutées à coups de fusil, à coups de sabre, sur des malheureux dont le plus grand crime était quelquefois de nous avoir indiqué des silos vides. »
« Les villages que nous avons rencontrés, abandonnés par leurs habitants, ont été brûlés et saccagés ; ... on a coupé leurs palmiers, leurs abricotiers parce que les propriétaires n'avaient pas eu la force nécessaire pour résister à leurs émirs et lui fermer un passage ouvert à tout le monde chez ces tribus nomades. Toutes ces barbaries ont été commises sans tirer un coup de fusil, car les populations s'enfuyaient devant nous, chassant leurs troupeaux et leurs femmes, délaissant leurs villages. »
Cette colonne était commandée par le général Yusuf. Sur ce même général, le même auteur rappelle le fait suivant, si militaire (2)
2-D'Hérisson: La Chasse à l'Homme, p. 349


« En 1857, le maréchal Randon, que les lauriers de Saint Arnaud empêchaient de dormir, monte à l'assaut de la Kabylie pour exercer ses 25 000 hommes et y recommencer les incendies de ses prédécesseurs. C'est dans cette expédition qu'on vient dire au général Yussuf : "Encore une tribu, mon général, qui en a assez et qui demande l'aman (le pardon}." - Non, répondit Yussuf, il y a là, sur notre gauche, ce brave colonel qui n'a encore rien eu. Laissons-lui cette tribu à éreinter; cela lui fera un bulletin ; on donnera ensuite l'aman (3) »
3-Cela n'a, il est vrai, rien de spécifiquement algérien. Voir dans « Comment j'ai nommé Foch et Pétain» comment Painlevé l'« humanitaire» laissa se produire, quinze jours durant, après le 17 avril 1917, des attaques terriblement meurtrières et complètement inutiles, à seule fin de sauver l'amour propre» du général Nivelle.


A cette époque, Napoléons III avait eu beau venir en Algérie. Assurer les Arabes de sa sympathie : « les oreilles indigènes valurent longtemps encore 10 francs la paire, et leurs femmes demeurèrent, comme aux, d'ailleurs, un gibier parfait (4) »
4-D'Hérisson: La Chasse à l'Homme, p. 349.
Si le général, plus ou moins métèque, Yusuf, faisait couper les oreilles, le colonel de Montagnac, déjà cité, qui, lui, est un Français, fils, petit-fils, arrière petit-fils de soldat, et qui devait devenir le « héros » de Sidi-Brahim, préfère la méthode qui consiste à faire couper les têtes (1) :
1-De Montagnac: Lettres d'un soldat, p. 297 et 299.


« Je lui fis couper la tête et le poignet gauche (il s'agit d'un marabout de la province de Constantine) et j'arrivai au camp avec sa tête piquée au bout d'une baïonnette et son poignet accroché à la baguette d'un fusil. On les envoya au général Baraguay d'Hilliers qui campait près de là, et qui fut enchanté, comme tu le penses ... »
« On ne se fait pas l'idée de l'effet que produit sur les Arabes une décollation de la main des chrétiens ... Il y a déjà pas mal de temps que j'ai compris cela, et je t'assure qu'il ne m'en sort guère d'entre les griffes qui n'aient subi la douce opération. Qui veut la fin veut les moyens, quoiqu'en disent nos philanthropes. Tous les bons militaires que j'ai l'honneur de commander sont prévenus par moi-même que s'il leur arrive de m'amener un Arabe vivant, ils recevront  une volée de coups de plat de sabre ... Quant à l'opération de la décollation, cela se passe coram populo. »
Le massacre par « erreur »
« Frappez, frappez toujours ! Dieu reconnaîtra les siens ! » Vieux précepte que les représentants de la bourgeoisie française en Algérie ne manquèrent pas d'appliquer. L'important était de tuer; qu'on tue amis ou ennemis, innocents ou coupables, cela n'avait guère d'importance. Péra a déjà raconté aux lecteurs de la Révolution prolétarienne (2) comment, en 1871, un détachement français rencontrant un groupe d'indigène, s'en empara et mit tout le monde à mort sans autre forme de procès, sur la simple supposition que ces indigènes avaient participé à l'affaire de Palestro, ce qui fut reconnu entièrement faux, dès qu'on eut fait le moindre brin d'enquête.
2-R.P. du 1er mars 1928: L'insurrection algérienne de 1871.


Voici deux autres faits du même ordre, mais d'une envergure plus grande encore, et dont la responsabilité remonte beaucoup plus haut.
Au printemps de 1832, des envoyés d'une tribu du Sud avaient été dépouillés par des maraudeurs, à quelque distance d'Alger; le fait s'était passé sur le territoire où était campée la tribu des El-Ouffia ; alors:
« En vertu des instructions du général en chef de Rovigo, un corps de troupe sorti d'Alger, pendant la nuit du 6 avril 1832, surprit au point du jour la tribu endormie sous ses tentes, et égorgea tous les malheureux El-Ouffia sans qu'un seul cherchât même à se défendre. Tout ce qui vivait fut voué à la mort; on ne fit aucune distinction d'âge ni de sexe. Au retour de cette honteuse expédition, nos cavaliers portaient des têtes au bout des lances. » (1)
1-Christian: L'Afrique française, p. 143.


« Tout le bétail fut vendu à l'agent consulaire du Danemark. Le reste du butin fut exposé au marché de la porte Bab-Azoun (à Alger). On y voyait des bracelets de femme qui entouraient encore des poignets coupés, et des boucles d'oreilles pendant à des lambeaux de chair. Le produit des ventes fut partagé entre les égorgeurs. Dans l'ordre du jour du 8 avril, qui atteignit les dernières limites de l'infamie, le général en chef eut l'impudence de féliciter les troupes de l’ardeur et de l'intelligence qu'elles avaient déployées. Le soir de cette journée à jamais néfaste, la police ordonna aux Maures d'Alger d'illuminer leurs boutiques, en signe de réjouissance. » (2)
2-Dieuzalde : Histoire de l'Algérie, tome I, p. 289.


Or, quelques jours après, ont sut que cette tribu n'avait été pour rien dans la mésaventure arrivée aux envoyés du Sud, ceux-ci ayant été victimes d'hommes appartenant à la tribu toute différente des Krechnas. Ce qui n'empêcha pas, bien que l'innocence des El-Ouffia fût déjà connue, de condamner à mort le cheik des El-Ouffia, qu'on avait soigneusement épargné lors du massacre et de l'exécuter, ainsi qu'un autre notable aussi innocent que lui (3).
3-Christian: L'Afrique française, pp. 148 et 149.


L'auteur de ces assassinats, le général en chef duc de Rovigo, a maintenant son village, un village de colonisation portant son nom, à quelques kilomètres du lieu où furent assassinés les EI Ouffia ! A Bône, le futur général Yusuf, alors capitaine, opérait pareillement. Voici ce qu'en disent les notes du baron Pichon, alors intendant civil de l'Algérie:
« Le 7 mai 1832, des Arabes d'une tribu inconnue vinrent, sous les murs de la ville, s'emparer de quelques boeufs. Le capitaine Yusuf décida que les maraudeurs appartenaient à la tribu des Kharejas ; le même soir il partit avec les Turcs, fut s'embusquer de nuit dans les environs, et lorsque le jour commençait à paraître, il massacra femmes, enfants et vieillards. Une réflexion bien triste suivit cette victoire, lorsqu'on apprit que cette même tribu était la seule qui, depuis notre occupation de Bône, approvisionnait notre marché. » 
« Meurtre consommé avec préméditation sur un ennemi vaincu, sur un ennemi sans défense»
Prince de la Moskova. (Discours à la Chambre des Pairs)
Le massacre est toujours le massacre, mais certaines circonstances ajoutent encore à son horreur.
La région du Dahra, à mi-chemin entre Alger et Oran, présente la particularité de posséder, en plusieurs points, d'immenses grottes pouvant contenir plusieurs centaines de personnes. De temps immémoriaux, ces grottes servaient de refuge aux tribus de la contrée, refuge qui avait toujours été respecté; les hommes réfugiés là n'étaient plus à craindre; de ce fait là ils s'avouaient vaincus; jamais tribu « barbare », jamais « sectateurs de Mahomet» n'avaient eu l'idée d'y massacrer. L'armée de la bourgeoisie française allait rompre avec cette tradition.
En un an, sur trois points différents, trois colonels français, Cavaignac, Pélissier, Saint-Arnaud, firent périr trois tribus réfugiées dans des grottes en les brûlant et les asphyxiant vives. Trois tribus complètes: hommes, femmes, enfants.
De ces trois « enfumades », la plus connue, longtemps la seule connue, est la seconde, celle commise par Pélissier, parce qu'elle donna lieu à une interpellation du prince de la Moskowa, le fils de Ney, à la Chambre des Pairs.
Le 19 juin 1845, la tribu des Oued-Riah, chassée de ses villages par l'une de ces colonnes incendiaires dont nous avons vu la description chez Saint-Arnaud, se réfugie dans les grottes, toute la tribu, troupeaux compris. La colonne commandée par Pélissier l'y poursuit et la somme de sortir. Celle-ci accepte: elle est même prête à verser comme rançon une importante somme d'argent, mais elle ne veut pas, lorsqu'elle sortira, être massacrée ; elle pose donc une seule condition : que les troupes françaises se retirent. Pélissier refuse. Puis, à trois heures de l'après-midi, il fait allumer, à chaque entrée des grottes, de vastes feux, qu'on alimentera et attisera sans répit tout le restant de la journée et toute la nuit, jusqu'à une heure avant le lever du jour.
Au matin, on entre.
Un soldat a donné, dans une lettre, le récit de ce qu'il vit la nuit et le matin.
« Quelle plume saurait rendre ce tableau ? Voir au milieu de la nuit, à la faveur de la lune, un corps de troupes français occupé à entretenir un feu infernal ! Entendre les sourds gémissements des hommes, des femmes, des enfants et des animaux; le craquement des rochers calcinés s'écroulant, et les continuelles détonations des armes! Dans cette nuit, il y eut une terrible lutte d'hommes et d'animaux!
« Le matin, quand on chercha à dégager l'entrée des cavernes, un hideux spectacle frappa des yeux les assaillants.
« J'ai visité les trois grottes, voici ce que j'y ai vu :
« A l'entrée, gisaient des boeufs, des ânes, des moutons; leur instinct les avait conduits à l'ouverture de la grotte pour respirer l'air qui manquait à l'intérieur. Parmi ces animaux, et entassés sous eux, on trouvait des hommes, des femmes et des enfants. J'ai vu un homme mort, le genou à terre, la main crispée sur la corne d'un boeuf Devant lui était une femme tenant son enfant dans ses bras. Cet homme, il était facile de la reconnaître, avait été asphyxié, ainsi que la femme, l'enfant et le boeuf, au moment où il cherchait à préserver sa famille de la rage de cet animal.
« Les grottes sont immenses; on a compté 760 cadavres; une soixantaine d'individus seulement sont sortis, aux trois quart morts; quarante n'ont pu survivre; dix sont à l'ambulance, dangereusement malades; les dix derniers, qui peuvent se traîner encore, ont été mis en liberté pour retourner dans leurs tribus; ils n'ont plus qu'à pleurer sur des ruines. » (1)
1-Christian, L'Afrique française, p. 142.


Crime de soudard subalterne?
Non ! Pélissier, qui en a porté jusqu'ici la responsabilité devant l'histoire, n'a été qu'un exécutant. La responsabilité remontait plus haut ; elle remonte directement au plus haut représentant de la France en Algérie, à celui qui, pendant sept années) fut, au nom de « la France », le maître à peu près absolu de l'Algérie, le gouverneur général Bugeaud, duc d'Isly; celui-ci avait en effet envoyé à Pélissier l'ordre suivant (2)
2-Revue hebdomadaire, juillet 1911, article du général Derrécagaix.


« Orléansville, 11 juin 1845 « Si ces gredins se retirent dans leurs cavernes, imitez Cavaignac aux Sbéhas ! Fumez-les à outrance comme des renards. 15
« Duc d'Isly»
« Imitez Cavaignac» ordonnait Bugeaud.
En effet, l'année précédente, Cavaignac, futur gouverneur général de la République en Algérie, futur emprisonné du 2 décembre, avait, lui aussi, le premier, enfumé « comme des renards» des Sbéhas réfugiés dans des grottes, « tribu vaincu », « tribu sans défense »,
Et deux mois après Pélissier, le 12 août 1845, Saint-Arnaud à son tour, près de Ténès, transformait d'autres grottes en « un vaste cimetière » ; « 500 brigands » y furent enterrés. Le seul résultat de l'interpellation à la Chambre des Pairs fut que Saint-
Arnaud tint, à la différence de Pélissier, soigneusement caché son exploit: « personne n'est descendu dans les cavernes; personne ... que moi ... Un rapport confidentiel a tout dit au maréchal (Bugeaud), simplement, sans poésie terrible ni images. » (1)
1-Lettres du Maréchal Saint-Arnaud, tome II, p. 37.
Ainsi, depuis le républicain Cavaignac) jusqu'aux futurs bonapartistes Pélissier et Saint-Arnaud, en passant par le monarchiste Bugeaud, les hommes les plus représentatifs de tous les clans de la bourgeoisie française ont trempé directement dans ces actes où culminent les deux caractères dominants de la conquête de l'Algérie: la lâcheté et la férocité.
Aucune des catégories de la bourgeoisie ne peut en rejeter la responsabilité sur les autres. Le colonialisme étant un produit spécifique du capitalisme, tout le capitalisme avait à se vautrer dans ses horreurs.


L'Honneur kabyle
Devant cette barbarie, on se sent poussé à rechercher quelques gestes qui fassent exception, quelques gestes de générosité, quelques gestes d'honneur.
On les trouve.
Mais on les trouve de l'autre côté de la barricade; on les trouve chez les « barbares », chez ceux qui étaient en état de légitime défense, chez ceux qui étaient à la fois les plus faibles et les moins « civilisés ».
Un seul acte de cruauté a pu être reproché à Abd el Kader, commis non pas par lui, mais par un de ses lieutenants.
Le 24 avril 1846, un an à peine avant la reddition d'Abd el Kader, alors que celui-ci était aux abois, qu'il n'avait plus rien à donner à manger aux prisonniers, ni même suffisamment d'hommes pour les garder, alors qu'Abd el Kader avait écrit lettres sur lettres pour négocier l'échange des prisonniers et qu'on ne lui avait répondu qu'en jetant en prison celui qu'il avait envoyé pour traiter de cet échange, et alors qu'il était personnellement à plusieurs centaines de kilomètres du lieu où étaient gardés les prisonniers, l'un des deux khalifas chargé de leur garde, Mustapha ben Thamin, ne pouvant plus nourrir les prisonniers (l'autre voulant, au contraire, les relâcher), les fit tuer (2).
2-Colonel Paul Azan : L'Emir Abd el Kader, p. 221 et suivantes, et aussi p.295.


C'était la réplique aux enfumades du Dahra. Mais, jusque-là, durant quinze années pendant lesquelles il s'opposa à la France, la manière dont Abd el Kader avait traité les prisonniers avait toujours été empreinte de la plus grande générosité ; il les échangeait quand il le pouvait; sinon, il les libérait sans conditions le jour où il ne pouvait plus les nourrir. Nos soudards en étaient tout éberlués:
« Abd el Kader, écrit Saint-Arnaud, le 14 mai 1842, nous a renvoyé sans condition, sans échange, tous nos prisonniers. Il leur a dit: "Je n'ai plus de quoi vous nourrir, je ne veux pas vous tuer, je vous renvoie". Le trait est beau pour un barbare» (1)
1-Lettres du Maréchal Saint-Arnaud, tome l, p. 385.


Saint-Arnaud, évidemment, n'en aurait point fait autant. La « civilisation» bourgeoise est, par définition, exclusive de toute générosité.
Quant à la manière dont les prisonniers étaient traités pendant leur détention, rien n'en témoigne mieux que ce trait de l'un des prisonniers faits à Sidi-Brahim. Celui-ci termine ses mémoires en rappelant que lorsqu'Abd el, quelques années après sa reddition, vint à Paris, il offrit, lui, pendant trois jours, dans sa propre famille, l'hospitalité à trois domestiques d'Abd el, qui avaient été ses geôliers, puis, ses fonctions de surveillant aux Tuileries l'ayant mis, quelque temps plus tard, en présence d'Abd el et de deux de ses principaux lieutenants, le khalifa Sidi Kadour ben Allel et l'intendant Kara Mohammed, ces deux hommes et leur ancien prisonnier se serrèrent affectueusement les mains, car, dit Testard, « l'un et l'autre avaient été bons pour moi et j'eus du plaisir à les revoir. » (2)
2-Hippolyte Langlois: Souvenirs d'un prisonnier d'Abd el Kader, p. 350.


Combien d'Arabes prisonniers des Français en auraient pu dire autant?
Mais ceux dont l'attitude marqua l'antithèse la plus frappante avec la manière dont la bourgeoisie comprend la guerre, furent les Kabyles.
Les Kabyles sont des guerriers. Ils sont traditionnellement • habitués à se battre pour l'honneur, non pour le butin ou la conquête. Lorsqu'un dommage avait été causé à un habitant d'un village par un habitant d'un autre village, on vengeait l'honneur par un combat, mais combat qui ne se terminait jamais par l'expropriation des vaincus. De telles guerres étaient donc aussi différentes d'une expédition coloniale que d'un duel l'est d'un assassinat.
Ces guerres, dès lors, étaient soumises, tout comme l'est le duel, à des règles, à un véritable Code d'honneur. Ce code, les Kabyles continuèrent à l'appliquer, même contre leurs envahisseurs. C'est ainsi que lors du soulèvement de 1871, les Kabyles prévinrent les colons avant de les attaquer . Et ceux des colons qui, au lieu de partir ou de résister, se mirent sous la protection d'un kabyle, sous son « anaia », purent vivre en pleine sécurité durant toute l'insurrection, en plein pays insurgé.
Ce fut notamment le cas de 39 habitants de Bordj Menaïel, auxquels le marabout Si Moussa ben Ahmed avait proposé lui-même de se mettre sous son « anaia » ; ce fut également le cas du maire de Bordj Menaïel qui alla se mettre sous la protection des habitants du douar Rouaffa ; et aussi le cas de 30 voyageurs de la diligence de Dellys qui, sur le conseil de l'amine Omar Benzaman allèrent se réfugier dans le caravansérail, et sous la protection d'Azib Zamoun (2)
2-Rinn : L'insurrection de 1871 en Algérie, pp. 243 et 245.


Or, ce qui est remarquable, c'est que ces Kabyles, sous la protection desquels vécurent les Français, n'étaient nullement traîtres à leurs compatriotes, ni même des partisans tièdes de la cause kabyle, ils étaient au contraire au premier rang des combattants, s'opposant avec l'extraordinaire courage de leur race, à l'avance des troupes françaises.
Ce qui n'empêcha pas le gouvernement de la République de commettre à l'égard des insurgés kabyles la même monstruosité que celle qu'il commettait, au même moment, à l'égard des insurgés parisiens: faire poursuivre, condamner et exécuter les chefs de l'insurrection comme coupables de crimes de droit commun ! Comme Ferré, Boumezrag, frère de Mokrani et successeur de celui-ci à la tête de l'insurrection, fut condamné à mort pour pillage et assassinat ! Thiers ne se contentait pas de tuer ; en Afrique comme à Paris, il lui fallait déshonorer.


L'EXPROPRIATION
La liberté des habitants de toutes les classes, leur religion, leurs propriétés, leur industrie ne recevront aucune atteinte ... Le général en chef en prend l'engagement sur l'honneur.
Général de Bourmont (5 juillet 1830)
La bourgeoisie tue, mais il faut lui rendre cette justice qu'elle ne tue pas pour le plaisir; elle tue pour que ça lui rapporte.
Le fer de Lorraine et le coke de la Ruhr furent l'enjeu de la guerre aux millions de cadavres; l'expropriation des indigènes, la réduction des indigènes à l'état de prolétaires, de producteurs travaillant pour la plus-value sur les terres que jusque-là ils cultivaient librement, tel est le but de toute conquête coloniale; tel fut le but de la conquête de l'Algérie.
« Les propriétés des habitants ne recevront aucune atteinte ... » Tel était l'engagement solennel qu'avait pris la France, le 5 juillet 1830, en entrant à Alger.
Voyons comment cette promesse fut respectée.
Terres personnelles et terres de tribus 
Il y avait en Algérie, comme ce fut le cas aussi à certaines époques, dans bien d'autres pays, en Europe par exemple, avant la Révolution, deux grandes sortes de propriétés.
L'une dominait dans les montagnes et les oasis, c'est-à-dire là où la culture, revêtant plus ou moins un caractère de jardin, nécessite un aménagement permanent: terrasses en montagne, irrigation en oasis, plantation d'arbres dans les deux cas. L'autre mode de propriété était celui qui prédominait en plaine, c'est-à-dire là où il suffit de semer dans le grand espace nu.
Dans les montagnes et les oasis, la propriété était personnelle, elle était identique à notre propriété paysanne ; chaque lopin de terre, chaque « jardin" avait son propriétaire particulier, bien déterminé, jouissant seul du droit de cultiver sa terre, d'en récolter les fruits, et de disposer de la terre comme il l'entendait, par vente, donation, etc.
Dans la plaine au contraire, c'était la tribu qui était propriétaire; chaque membre de la tribu avait le droit de cultiver sur le territoire de la tribu toute la portion de terres qu'il pouvait cultiver ; sur les terres qu'il cultivait ainsi, il acquérait une sorte de droit de jouissance qui passait à ses héritiers, mais ce droit disparaissait dès que lui ou ses héritiers cessaient de cultiver. Le droit de propriété individuelle se trouvait ainsi limité au droit au travail, au droit à travailler la terre et à disposer des fruits de la terre qu'on avait travaillée; il ne comprenait pas le droit de disposer de la terre: la terre était à la tribu et ne pouvait en sortir sans la volonté de la tribu.
Puisque le membre de la tribu n'était pas propriétaire, lorsqu'il avait à se plaindre de ne pas jouir de ce à quoi il avait droit comme membre de la tribu, il avait à se plaindre non pas d'un empiétement sur son bien de la part d'un particulier, mais d'un abus de pouvoir des chefs de la tribu. La contestation revêtait donc le caractère d'une question administrative, et non d'une question de droit privé; il s'ensuivait que celle-ci était portée, non devant les tribunaux, mais devant l'autorité administrative supérieure, c'est-à-dire devant le dey.


Les « juristes à l'oeuvre»
De ces deux catégories de terres, ce fut la seconde, celles des terres de la tribu, qui furent la première à susciter les plus grandes convoitises.
Terres de plaine, elles étaient beaucoup plus intéressantes pour la culture européenne; d'autre part, le fait que leur mode particulier de propriété n'avait pas d'équivalent dans l'Europe bourgeoise permettait à la qualité fondamentale de la bourgeoisie, l'hypocrisie, de s'exercer pleinement.
Les juristes ont été les pionniers de l'émancipation bourgeoise ; ce furent eux qui, durant les siècles qui séparent le Moyen Age de la Révolution, mirent debout ces chefs-d'oeuvre de casuistique, qui transformèrent progressivement, sans presque qu'on ne s'en aperçoive, le droit féodal en droit bourgeois, le pouvoir du grand seigneur en pouvoir de la « nation », Il était tout indiqué que pour conquérir l'Algérie, pour faire passer les terres d'Algérie des mains des cultivateurs arabes dans celles des capitalistes français, tout en ne portant « aucune atteinte aux propriétés des habitants ", on les appelât à la rescousse. Ils accoururent : leur travail d'expropriation fut le digne complément du travail des massacreurs.
On commença par déclarer (ordonnance du 1er octobre 1844) que toute terre non cultivée sur laquelle un droit de propriété n'aurait pu être prouvé avant une certaine date ferait partie du domaine public. Comme les tribus n'ont généralement pas de titres de propriété et que la plus grande partie de leurs terres sert uniquement de parcours pour l'élevage, il s'ensuivait que les tribus allaient se trouver expropriées sans indemnités de toutes leurs terres de parcours, privées ainsi de ce qui dans ces pays secs constituait la plus grande richesse: les troupeaux.
Comme on n'était encore qu'en 1844, c'est surtout à proximité des grands ports que cette ordonnance fut appliquée. C'est en vertu d'elle que furent expropriées les trois plaines de la Mitidja (à côté d'Alger), d'Oran et de Bône, qui, aujourd'hui, constituent la base essentielle du capitalisme algérien, car ce sont les trois grandes plaines à vin.
En ce qui concerne la région d'Alger seulement, sur 111 000 hectares seulement qui furent soumis à la vérification, 78 000, soit près des trois quarts, furent, en vertu de l'ordonnance de 1844, déclarés appartenir au domaine public.
L'année qui suivit cette ordonnance, tout le Dahra, c'est-à-dire toute la région montagneuse du littoral, entre Alger et Oran, était soulevée.
Il était prudent de revenir en arrière.
En conséquence, une loi de 1851 déclara solennellement, non moins solennellement que ne l'avait fait le général de Bourmont en 1830, que la propriété était « inviolable », « sans distinction entre les indigènes et les Français ».
Mais, entre ceux qui font les lois et ceux qui sont chargés de les appliquer, on sait se comprendre. Ceux qui sont chargés d'appliquer les lois savent qu'il est parfois nécessaire de faire une loi qui pose à grand tralala un grand principe, mais que, dans ce cas, si ce principe est contraire aux intérêts de la bourgeoisie, leur devoir strict est ... de tourner le principe.
C'est ce que s'empressa de faire l'Administration algérienne: pour cela ses juristes inventèrent la théorie du « cantonnement».
S'il y avait contestation entre membres d'une tribu sur leur droit à la jouissance, de telle ou telle terre, c'était, avons-nous dit, l'autorité administrative, le dey, qui statuait. Puisque le dey était juge, c'était donc qu'il était propriétaire ! Et donc, l'Etat français étant successeur du dey, c'est maintenant lui qui est propriétaire des terres de tribus; la tribu n'est que le locataire de l'Etat! Par suite, sans violer le droit déclaré « inviolable» de la propriété, en vertu simplement du droit qu'a tout propriétaire de rentrer, quand bon lui semble, en possession de tout ou partie de sa propriété, l'Etat a le droit de réduire les terres de la tribu. Celle-ci ne pourra plus jouir des terres qu'elle faisait parcourir à son bétail, ou qu'elle ensemençait, depuis des temps immémoriaux ; elle sera désormais « cantonnée » sur une fraction seulement de ces terres; le reste sera repris par le domaine public qui le livrera aux colons européens (1) 
(1)C'est aussi la théorie du « cantonnement» qui est actuellement appliquée au Maroc, du moins depuis le départ de Lyautey, car celui-ci, rendons-lui cette justice, n'avait jamais voulu en entendre parler, malgré toutes les pressions des colons français au Maroc.


En vertu de la loi de 1851, complétée par le « cantonnement », plus de 60 000 hectares passèrent des mains des tribus arabes entre celles de l'Etat français.
Cependant, le cantonnement ne persista pas. Napoléon III, qui était assez froussard, avait été effrayé, lors de son voyage en Algérie, des conséquences du cantonnement. En conséquence, il fit proclamer ... un nouveau principe : non, l'Etat n'avait pas le droit de propriété sur les terres de tribus, les tribus étaient bien, elles-mêmes, propriétaires, propriétaires collectifs de leurs terres. Mais ces terres, dans l'intérêt des tribus elles-mêmes, il faut s'assurer de leurs limites; on va donc, après « enquête », délimiter le territoire de chaque tribu, et délimiter à l'intérieur de ce territoire, le territoire de chaque douar ; ainsi toutes les tribus et les fractions de tribu auront une propriété bien précise, bien déterminée, bien assurée: ce sera parfait. Tel fut l'objet du sénatus-consulte de 1863, qui, malgré quelques modifications de détails est actuellement la base de la législation algérienne en la matière.
Seulement ... il y a un seulement. En même temps qu'on délimitera les terres des tribus et qu'on les répartira entre les douars, on délimitera aussi, dit le sénatus-consulte, quelles sont celles qui appartiennent au domaine public.
L'administration compris aussitôt: on « enquêta» et on délimita à tour de bras et dans les terres ainsi délimitées, les meilleures, sous prétexte que la tribu ne pouvait pas produire de titres de propriété suffisants, furent classées ... dans le domaine public. Ces opérations, qui devaient renforcer le droit de propriété des indigènes, devinrent ainsi « un des moyens les plus actifs de leur spoliation» ; - ce n'est pas moi qui le dit, c'est le professeur Larcher, la plus haute autorité en matière de droit algérien (1).
(1)Larcher: Traité de Législation algérienne, t. III, p. 95.


Ainsi, dès 1900, en vertu du sénatus-consulte de 1863 et des lois suivantes, 2 250 560 hectares avaient été classés comme domaines de l'Etat, cela rien que dans le Tell (c'est-à-dire: non compris hauts-plateaux et région saharienne).
Chaque nouvelle et plus précise affirmation de l'inviolabilité de la propriété arabe entraînait donc une nouvelle et plus étendue spoliation. Farce sinistre dont le grotesque ne fait que souligner le tragique.
Expropriation « à la turque»
Tout ce que nous venons de dire ne s'applique qu'aux terres de tribus. Là où la terre est propriété individuelle, dans la montagne, dans l'oasis, ou à la ville, là où la propriété de chacun se trouve déterminée par des titres précis, il fallait autre chose, car, bien entendu, il fallait aussi pouvoir s'en emparer, chaque fois qu'on le jugeait bon. Dans les débuts, pendant une dizaine d'années, on ne s'embarrassa point, à vrai dire, de théorie juridique; on prenait ce dont on avait besoin; l'expropriation des indigènes se trouvait « le plus souvent le résultat d'une véritable voie de fait» (2).
(2)Larcher: Traité de Législation algérienne, t. III, p. 428.


Ce fut le cas notamment pour presque toute la propriété urbaine d'Alger.
Les biens des Turcs, les biens des fondations pieuses, etc., furent incorporés au domaine de l'Etat, puis revendus aux particuliers.
« Toute la nuit, le temple fut occupé par une compagnie d'infanterie.
« Ainsi s'accomplit la prise de possession de Katchoug.
« Les membres de la commission furent portés à l'ordre du jour. MM. Berbrugger, Bou Derba, Balensi furent proposés pour la croix" (1).
(1)La Dépêche Algérienne, 16 octobre 1928.


L'« engagement sur l'honneur» du général en chef de l'armée française avait eu juste autant de valeur pour la religion que pour la propriété.
Tout ce qui se passa, d'ailleurs, durant cette période fut « régularisé» par un arrêté du ministre de la guerre du 1er juillet 1848 (Vive la République !) en vertu duquel toutes les victimes des voies de fait se trouvèrent « irrévocablement dépouillées » (2).
(2)Larcher: Traité de Législation algérienne, t. III, p. 428.


Par la suite on se couvrit d'un manteau de légalité. Les deux grands procédés qui furent alors employés pour s'emparer des propriétés privées des indigènes, furent : l'expropriation et le séquestre.
Le respect de la propriété privée est le fondement même de la société bourgeoise. C'est si fondamental pour elle qu'elle a couronné sa déclaration des droits de l'homme, c'est-à-dire des droits du bourgeois, par la proclamation du caractère « inviolable et sacrée » de la propriété; nul ne peut être privé de sa propriété, sauf dans un cas, très précis : lorsque la « nécessité publique » l'exige.
Ainsi il n'existe pour la France qu'un seul cas d'expropriation : l'expropriation pour cause d'utilité publique; c'est-à-dire que l'Etat peut exproprier seulement dans le cas où il s'agit d'incorporer l'immeuble exproprié au domaine public pour un ouvrage public. Mais l'indigène n'est pas un bourgeois, donc il n'est pas un homme, et la déclaration des Droits ne saurait lui être appliquée. En conséquence, à côté de l'expropriation pour cause d'utilité publique, on a institué en Algérie l'expropriation pour cause d'intérêt privé: l'Etat peut, en Algérie, enlever à un particulier sa propriété, pour la donner à un autre particulier.
En vertu de l'ordonnance de 1844 et de son complément, la loi de 1851, on peut en effet exproprier pour toute fondation ou agrandissement d'un centre de population ou de son territoire. Il s'ensuit que, pour faire passer des propriétés appartenant à des indigènes entre les mains de Français, il suffit de décider la fondation ou l'extension d'un village; on peut alors exproprier non seulement les terrains nécessaires à l'exécution des rues, des places et de tous les ouvrages publics du village, ce qui est naturel. De même des mosquées, celle par exemple de Ketchaoua qui est maintenant la cathédrale d'Alger, furent démolies ou transformées en églises, malgré l'article de la convention du 5 juillet qui proclamait pour la religion comme pour la propriété, que ni l'une ni l'autre ne recevrait aucune atteinte, le général en chef en prenant « l'engagement sur l'honneur ».
Voici comment un spécialiste de l'histoire du vieil Alger, H. Klein, décrit la prise de la Ketchaoua, en 1832 :
« Malgré le baron Pichon qui ne voulait pas que les choses fussent brusquées, le général en chef fit se réunir les commissaires français, leur enjoignant de demander au clergé musulman la mosquée de la rue du Divan.
« Nouvel émoi des indigènes parmi lesquels s'ourdissent des conspirations. Mais le 23 mai, les Ulémas consentent à la cession de la mosquée exigée.
« Le mois suivant, le baron Pichon, dont les vues se trouvaient trop divergentes de celles du duc de Rovigo, était rappelé en France et remplacé par M. Gent y de Bussy, à qui des pouvoirs moindres étaient dévolus.
« L'agitation augmentait, les Maures Bou Derba et Ben Ouizzan viennent, le soir du 8 décembre, avertir l'un des interprètes que dix mille Arabes ont juré de mourir sous la coupole de Ketchaoua, plutôt que de consentir à sa prise par les chrétiens.
« Avisé, le général en chef fait, le 17, doubler les postes et inviter les deux muphtis à remettre à la commission les clés de la mosquée. Il fait publier un ordre relatif à l'occupation du temple et se terminant ainsi : "La croix et l'étendard de France seront fixés au minaret et saluées par les batteries de terre et de mer,"
« Le 18 décembre, à midi, les ulémas, les muphtis, les cadis et la commission en grande tenue se réunissent dans la rue du Divan.
« Une compagnie du 4e de ligne s'installe rue du Vinaigre (actuellement rue Salluste). Une demi-batterie de campagne prend position sur la place du Soudan. Il y a 4 000 musulmans barricadés dans l'intérieur de la mosquée. Les sommations légales ayant été faites et étant demeurées sans réponse, une escouade de sapeurs du génie s'approche pour attaquer la porte à coups de hache. Les rebelles ouvrent alors.
« Bou Derba et l'interprète Balensi gravissent les degrés. Des coups de feu sont tirés, une bousculade se produit. Les ulémas et les membres de la commission sont renversés les uns sur les autres.
« La troupe refoule à la baïonnette les indigènes dans l'intérieur de la mosquée. Ceux-ci fuient par une issue donnant sur la rue du Vinaigre. Plusieurs Arabes gisent sur les tapis, étouffés ou blessés. « Toute la nuit, le temple fut occupé par une compagnie d'infanterie.
« Ainsi s'accomplit la prise de possession de Katchaoua.
« Les membres de la commission furent portés à l'ordre du jour. MM. Berbrugger, Bou Derba, Balensi furent proposés pour la croix" (1).
1. Larcher: Traité de Législation algérienne, t. III, p. 441.


L'« engagement sur l'honneur» du général en chef de l'armée française avait eu juste autant de valeur pour la religion que pour la propriété.
Tout ce qui se passa, d'ailleurs, durant cette période fut « régularisé» par un arrêté du ministre de la guerre du 1er juillet 1848 (Vive la République !) en vertu duquel toutes les victimes des voies de fait se trouvèrent « irrévocablement dépouillées » .
Par la suite on se couvrit d'un manteau de légalité. Les deux grands procédés qui furent alors employés pour s'emparer des propriétés privées des indigènes, furent : l'expropriation et le séquestre.
Le respect de la propriété privée est le fondement même de la société bourgeoise. C'est si fondamental pour elle qu'elle a couronné sa déclaration des droits de l'homme, c'est-à-dire des droits du bourgeois, par la proclamation du caractère « inviolable et sacrée » de la propriété; nul ne peut être privé de sa propriété, sauf dans un cas, très précis : lorsque la « nécessité publique » l'exige.
Ainsi il n'existe pour la France qu'un seul cas d'expropriation : l'expropriation pour cause d'utilité publique; c'est-à-dire que l'Etat peut exproprier seulement dans le cas où il s'agit d'incorporer l'immeuble exproprié au domaine public pour un ouvrage public. Mais l'indigène n'est pas un bourgeois, donc il n'est pas un homme, et la déclaration des Droits ne saurait lui être appliquée. En conséquence, à côté de l'expropriation pour cause d'utilité publique, on a institué en Algérie l'expropriation pour cause d'intérêt privé: l'Etat peut, en Algérie, enlever à un particulier sa propriété, pour la donner à un autre particulier.
En vertu de l'ordonnance de 1844 et de son complément, la loi de 1851, on peut en effet exproprier pour toute fondation ou agrandissement d'un centre de population ou de son territoire. Il s'ensuit que, pour faire passer des propriétés appartenant à des indigènes entre les mains de Français, il suffit de décider la fondation ou l'extension d'un village; on peut alors exproprier non seulement les terrains nécessaires à l'exécution des rues, des places et de tous les ouvrages publics du village, ce qui est naturel, mais aussi ceux sur lesquels seront édifiés les maisons des habitants du village, leurs jardins, et toutes les terres qu'on décidera de leur attribuer ...
Si on ajoute à cela que, contrairement à la loi de France, l'expropriation en Algérie, n'est pas prononcée par le jugement d'un tribunal, mais par une simple décision administrative, qu'on n'a donc même pas la garantie que le cas pour lequel on vous exproprie rentre bien dans ceux prévus par la loi, - que, d'autre part, l'indemnité qui vous est allouée n'est pas prononcée, comme en France, par un jury d'expropriation composé de propriétaires, mais par le tribunal civil, on comprendra que personne, en Algérie, n'est sûr de sa propriété, que l'Administration peut, à tout moment, vous l'enlever pour un morceau de pain, afin simplement de la donner à un autre; cette expropriation n'a rien de commun avec celle utilisée dans les pays bourgeois, ce n'est plus une procédure française, mais une procédure à la turque» (1).
(1)Procédure à la turque qui a permis au conquérant d'exproprier, presque sans bourse délier, une multitude de vaincus, réduits désormais à servir comme salariés chez leur expropriateur.
Deux millions et demi d'hectare « séquestrés» d'un seul coup!
Les sommes qui furent données aux expropriés, si faibles qu'elles aient été, ne provenaient d'ailleurs généralement pas des caisses de l'Etat, mais de la poche des indigènes, et voici comment:
L'expropriation a son complément dans le séquestre.
Toute tribu qui s'est révoltée peut avoir ses terres séquestrées. Or comme, jusqu'en 1871, les révoltes furent à peu près continuelles en Algérie, on voit de quelle ressource fut le séquestre.
Le plus important fut opéré après la grande insurrection kabyle de 1871. Le séquestre était là d'autant plus nécessaire qu'on se trouvait en plein pays de propriété individuelle, en pays où il était donc impossible de s'approprier des terres par les procédés de « cantonnement », de « délimitation », etc. pratiqués dans les régions à terres de tribus. 2 639 000 hectares furent ainsi, d'un seul coup, séquestrés en Kabylie, soit plus de quatre fois la surface des départements de Seine et Seine-et-Oise réunis.
Comme il était cependant impossible de trouver du jour au lendemain suffisamment de colons européens pour occuper toutes ces terres, on ne garda que les meilleures; les autres, les kabyles furent autorisés à les racheter moyennant le paiement du cinquième de leur valeur, et avec l'argent ainsi perçu, l'Etat français paya les indemnités pour les terres qu’il expropria dans les régions qui ne s'étaient pas insurgées ...


Le bilan
Au total, si l'on considère par exemple la période allant de 1871 à 1895, l'une de celles où la « colonisation» fut la plus active, on arrive à ces résultats: Au cours de ces 24 années, 629 428 hectares furent livrés par l'Etat aux colons européens. Sur ces 629 428 hectares, 43 943 seulement provenaient d'achats opérés de gré à gré par l'Etat, soit moins de 7 % (1) ; en revanche, 495 832 hectares, soit 78 % , provenaient des différents modes de spoliation que nous avons dits: 176 166 hectares provenaient du domaine de l'Etat, lui-même constitué par « cantonnement ", « délimitation », etc. 85 291 hectares provenaient de l'expropriation, et 234 375 du séquestre .

Les grands écrivains sentent parfois remarquablement bien les grands phénomènes sociaux ; ils laissent alors des descriptions qui sont des chefs-d'oeuvre d'histoire. Isabelle Eberhardt, le grand écrivain du désert, a donné, dans une nouvelle, parue dans l'Akhbar, le récit exact et complet de l'expropriation de l'indigène algérien, le récit de tout ce que ces « cantonnements », ces expropriations ont signifié réellement pour ceux qui en furent victimes, quelles douleurs elles entraînèrent, et quelles haines elles accumulèrent au cour des expropriés. Nous croyons devoir reproduire intégralement ce document qui condense sous la forme humaine les sèches analyses qui précèdent .


Criminel
Dans le bas-fond humide, entouré de hautes montagnes nues et de falaises rouges, on venait de créer le « centre" de Robespierre.
Les terrains de colonisation avaient été prélevés sur le territoire des Ouled-Bou-Nage, des champs pierreux et roux, pauvres d'ailleurs ... Mais les « directeurs ", les « inspecteurs" et d'autres fonctionnaires d'Alger, chargés de « peupler" l'Algérie et de toucher des appointements proconsulaires n’y étaient jamais venus_
Pendant un mois, les paperasses s'étaient accumulées, coûteuses et inutiles, pour donner un semblant de légalité à ce qui, en fait, n'était que la ruine d'une grande tribu et une entreprise aléatoire pour les futurs colons.
Qu'importait? Ni de la tribu, ni des colons, personne ne se souciait dans les bureaux d'Alger ...
Sur le versant ouest de la montagne, la fraction des Bou-Achour occupait depuis un temps immémorial les meilleures terres de la région. Unis par une étroite consanguinité, ils vivaient sur leurs terrains sans procéder à aucun partage.
Mais l'expropriation était venue, et on avait procédé à une enquête longue et embrouillée sur les droits légaux de chacun des fellahs au terrain occupé. Pour cela on avait fouillé dans les vieux actes jaunis et écornés des cadis de jadis, on avait établi le degré de parenté des Bou-Achour entre eux.
Ensuite, se basant sur ces découvertes, on fit le partage des indemnités à distribuer. Là encore, la triste comédie bureaucratique porta ses fruits malsains ...
………
Le soleil de l'automne, presque sans ardeur, patinait d'or pâle les bâtiments administratifs, laids et délabrés. Alentour, les maisons en plâtras tombaient en ruine, et l'herbe poussait sur les tuiles ternies, délavées.
En face des bureaux, la troupe grise des Ouled-Bou-Naga s'entassait. 
Accroupis à terre, enveloppés dans leurs burnous d'une teinte uniformément terreuse, ils attendaient, résignés, passifs.
Il y avait là toutes les variétés du type tellien ; profils berbères aux traits minces, aux yeux roux d'oiseaux de proie; face alourdies de sang noir, lippues, glabres; visages arabes, aquilins et sévères. Les voiles roulées de cordelettes fauves et les vêtements flottants, ondoyant au gré des attitudes et des gestes, donnaient aux Africains une nuance d'archaïsme, et sans les laides constructions « européennes" d'en face, la vision eut été sans âge.
Mohammed Achouri, un grand vieillard maigre au visage ascétique, aux traits durs, à l'oeil soucieux, attendait un peu à l'écart, roulant entre ses doigts osseux les grains jaunes de son chapelet. Son regard se perdait dans les lointains où une poussière d'or terne flottait.
Les fellahs, soucieux sous leur apparence résignée et fermée, parlaient peu.
On allait leur payer leurs terres, justifier les avantages qu'on avait, avant la possession définitive, fait miroiter à leurs yeux avides, à leurs yeux de pauvres et de simples.
Et une angoisse leur venait d'attendre aussi longtemps ... On les avait convoqué pour le mardi, mais on était déjà au matin du vendredi et on ne leur avait encore rien donné.
Tous les matins, ils venaient là, et, patiemment attendaient. Puis, ils se dispersaient par groupes dans les cafés maures de C ... , mangeaient un morceau de galette noire, apportée du douar et durcie, et buvaient une tasse de café d'un sou ... Puis, à une heure, ils retournaient s'asseoir l, long du mur et attendre ... Au « Maghreb " (Coucher du soleil.)
, ils s'en allaient, tristes, découragés, disant tout bas des paroles de résignation ... et la houle d'OI rouge du soleil couchant magnifiait leurs loques, paraît leur lente souffrance;
A la fin, beaucoup d'entre eux n'avaient plus ni pain ni argent pout rester à la ville. Quelques-uns couchaient au pied d'un mur, roulés dans leurs haillons ...
Devant les bureaux, un groupe d'hommes discutaient et riaient : cavaliers et gardes champêtres se drapaient dans leur grand burnous bleu et parlaient de leurs aventures de femmes, voire même de boisson.
Parfois un fellah, timidement venait les consulter ... Alors, avec le geste évasif de la main, familier aux musulmans, les « mokhzenia » (Mokhazni, cavalier d'administration.) et les « chenâbeth » (3) (Chenâbeth, pluriel, par formation arabe, du mot sabir Chambith, garde champêtre.) qui ne savaient pas, eux aussi, répondaient : « Osbor, ... "Patiente ...
Le fellah courbait la tête, retournait à sa place, murmurant: « Il n'est d'aide et de force qu'en Dieu, le Très Haut l »
Mohammed Achouri réfléchissait et, maintenant, il doutait, il regrettait d'avoir cédé ses terres. Son coeur de paysan saignait à la pensée qu'il n'avait plus de terre ...
De l'argent?
D'abord, combien lui en donnerait-on ? ... puis qu'en ferait-il ? Où irait-il acheter un autre champ, à présent qu'il avait vendu un lopin de terre nourricière ?
Enfin, vers neuf heures, le caïd des Ouled-Bou-Naga, un grand jeune homme bronzé, au regard dur et ferme, vint procéder à l'appel nominatif des gens de sa tribu ... Un papier à la main, il était debout sur le seuil des bureaux_ Les fellah s'étaient levés avec une ondulation marine de leurs burnous déployés ... Ils voulurent saluer leur caïd ... Les uns baisèrent son turban, les autres son épaule. Mais il les écarta du geste et commença l'appel. Son garde-champêtre, petit vieillard chenu et fureteur, poussait vers la droite ceux qui avaient répondu à l'appel de leur nom, soit par le « naâm » traditionnel, soit par: « C'est moi... » Quelques-uns risquèrent même un militaire « brésent » (présent).
Après, le caïd les conduisit devant les bureaux qu'ils désignent du nom de « Domaine" (recette, contributions, domaines, etc.)
Le caïd entra. On lui offrit une chaise.
Un cavalier, sur le seuil, appelait les Ouled-Bou-Naga et les introduisit un à un.
Parmi ces derniers, Mohammed Achouri fut introduit.
Devant un bureau noir, tailladé au canif, un fonctionnaire européen, en complet râpé, siégeait. Le khoja, jeune et myope, avec un pince-nez, traduisait debout.
« Achouri Mohammed ben Hamza... tu es l'arrière petit cousin d'Ahmed Djilali ben Djilali, qui possédait les terrains au lieu dit « Oued Nouar ", fraction des Bou-Achour. Th as donc des droits légaux de propriété sur les champs dits Zebboudja et Nafra ... Tous comptes faits, tous frais payés, tu as à toucher, pour indemnité de vente, la somme de onze centimes et demi (1)
1-Rigoureusement authentique. (Note d'Isabelle Eberhardt).


... Comme il n'y a pas de centimes, voilà. »
Et le fonctionnaire posa deux sous dans la main tendue du fellah. Mohammed Achouri demeura immobile, attendant toujours.
- Allez « roh  balek l »
- Mais j'ai vendu ma terre, une charrue et demie de champs et plusieurs hectares de forêt (broussailles) ... Donne moi mon argent 1 (Une « charrue» de terre est la surface qui correspond à ce qu'un Arabe peut approximativement cultiver avec une charrue, environ 10 hectares. )
- Mais tu l'as touché ... C'est tout , Allez, à un autre , Abdallah ben Taib Djellouli
- Mais ce n'est pas un paiement, deux sous  ... Dieu est témoin ...
- Nom de dieu d'imbécile  « Balek fissaâ l »
Le cavalier poussa dehors le fellah qui, aussitôt dans la rue, courba la tête, sachant combien il était inutile de discuter.
En un groupe compact, les Ouled-Bou-Naga restaient là, comme si une lueur d'espoir leur restait dans l'inclémence des choses. Ils avaient le regard effaré et tristement stupide des moutons à l'abattoir.
« Il faut aller réclamer à l'administrateur " suggéra Mohammed Achouri.
Et ils se rendirent en petit nombre, au milieu de la ville.
L'administrateur, brave homme, eut un geste évasif des mains ... « Je n’y peux rien ... Je leur ai bien dit, à Alger, que c'était la ruine pour la tribu ... Ils n'ont rien voulu savoir, ils commandent, nous obéissons ... Il n'y a rien à faire. "Et il avait honte en disant cela, honte de l'oeuvre mauvaise qu'on l'obligeait à faire.
Alors, puisque le « hakem ", qui ne leur avait personnellement jamais fait de mal, leur disait qu'il n'y avait rien à faire, ils acceptèrent en silence leur ruine et s'en allèrent, vers la vallée natale, où ils n'étaient que des pauvres désormais.
Ils ne parvenaient surtout pas à comprendre et cela leur semblait injuste, que quelques-uns d'entre eux avaient touché des sommes relativement fortes, quoique ayant toujours labouré une étendue bien inférieure à celle qu'occupaient d'autres, qui n'avaient touché que des centimes, comme Mohammed Achouri.
Un cavalier, fils de fellah, voulut bien leur expliquer cette inégalité de traitement.
« Mais qu'importe la parenté avec des gens qui sont morts et que Dieu a en sa miséricorde? dit Achouri. Puisque nous vivons en commun, il fallait donner le plus d'argent à celui qui labourait le plus de terre 1 ...
- Que veux-tu? Ce sont les « hokkam » ... Ils savent mieux que nous ...
Dieu l'a voulu ainsi ...
Mohammed Achouri, ne trouvant plus de quoi vivre, quand le produit de la vente de ses bêtes fut épuisé, s'engagea comme valet de ferme chez M. Gaillard, le colon qui avait eu la plus grande partie des terres des Bou-Achour. M. Gaillard était un brave homme, un peu rude d'ailleurs, énergique et, au fond, bon et honnête. Il avait remarqué l'attitude nettement fermée, sournoise, de son valet. Les autres domestiques issus de la tribu étaient, eux aussi, hostiles, mais Mohammed Achouri manifestait un éloignement plus résolu, plus franc, pour le colon, aux rondeurs bon enfant duquel il ne répondait jamais. Au lendemain de la moisson, comme le coeur des fellahs saignait de voir s'entasser toute cette belle richesse née de leur terre, les meules de M. Gaillard et sa grange à peine terminée, flambèrent par une belle nuit obscure et chaude.
Des preuves écrasantes furent réunies contre Achouri. Il nia, tranquillement, obstinément, comme dernier argument de défense. Et il fut condamné. Son esprit obtus d'homme simple, son coeur de pauvre dépouillé et trompé au nom de lois qu'il ne pouvait comprendre, avaient, dans l'impossibilité où il était de se venger du Beylik (L'Etat), dirigé toute sa haine et sa rancune contre le colon, l'usurpateur. C'était celui-là, probablement, qui s'était moqué des fellahs et qui lui avait donné à lui, Achouri, les dérisoires deux sous d'indemnité pour toute cette terre qu'il lui avait prise 1 Lui, au moins, il était à portée de la vengeance ...
Et, l'attentat consommé, cet attentat que Mohammed Achouri continuait à considérer comme une oeuvre de justice, le colot! se demandait avec une stupeur douloureuse ce qu'il avait fait à cet Arabe, à qui il donnait du travail, pour en être haï à ce point ... Ils ne se doutaient guère, l'un et l'autre, qu'ils étaient maintenant les solidaires victimes d'une même iniquité grotesquement triste 
Le colon, proche et accessible, avait payé pour les fonctionnaires lointains, bien tranquilles dans leurs palais d'Alger ... Et le fellah ruiné avait frappé, car le crime est souvent, surtout chez les humiliés, un dernier geste de liberté.


CRIME DE RACE ? NON, CRIME DE CLASSE
Isabelle Eberhardt a raison: ce n’est ni Gaillard, ni l'administrateur qui sont individuellement coupables; et elle se trompe quand, dans sa haine de « blé darde » pour l'homme de la ville, elle accuse les fonctionnaires lointains « bien tranquilles dans leurs palais d'Alger ». Le crime est plus profond, et plus général: ce n'est pas le crime d'individus ni de bureaucrates, c'est le crime d'une classe. C'est le crime que commet la classe bourgeoise, en chaque pays, y compris le sien, lorsqu'elle y commence son histoire. C'est le crime de 1'« accumulation primitive »,
Pour que le capitalisme puisse s'installer dans un pays, pour que l'exploitation du prolétariat par les détenteurs du capital puisse commencer, deux choses sont nécessaires : il faut, d'une part, qu'il y ait des prolétaires, c'est-à-dire des hommes privés de tout moyen de produire, et, d'autre part, des capitalistes, c'est-à-dire des hommes détenant les moyens de production dont les autres ont été privés. Autrement dit, il faut qu'il y ait séparation entre le moyen de production et le producteur, entre la terre ou l'outil et le travailleur.
Cette séparation ne peut s'obtenir que par la violence. L'expropriation des travailleurs de leurs moyens de travail est l'opération de force préliminaire, qui prélude à l'établissement du capitalisme en tous pays ; les économistes désignent cette opération sous l'euphémisme d'« accumulation primitive ».
Celle-ci s'opère aussi bien au sein d'un même peuple par des expropriateurs appartenant à la même race que les expropriés, qu'à l'égard d'un peuple étranger, par la bourgeoisie d'un peuple conquérant à l'égard d'un peuple vaincu. .
Avant de pratiquer la « colonisation », c'est-à-dire l'expropriation de peuples appartenant à d'autres pays que le sien, la bourgeoisie européenne a commencé par exproprier, dans son propre pays, ses frères de race, de religion et de langue. Et même les procédés qu'elle emploie sont les mêmes dans les deux cas. Lisez le grand chapitre du Capital de Karl Marx sur l'« accumulation primitive », et vous serez frappé par la similitude des procédés employés par la bourgeoisie britannique pour exproprier ses paysans, entre le XVIe et le XVIIe siècle, et de ceux employés par la bourgeoisie française au XIXe pour exproprier le fellah algérien.
Dans les deux cas il s'agit de paysans dont une grande partie de la propriété est une propriété collective, qui sert à l'élevage, élevage qui est à leurs maigres cultures l'appoint indispensable pour qu'ils puissent vivre. Dans les deux cas, leur droit de propriété sur ces terres est indéniable. Dans les deux cas, le seigneur, ici le dey, là l'ancien seigneur féodal, n'a aucun droit de propriété privé sur ces terres collectives, mais simplement un droit politique, le droit de les administrer, d'en régler la jouissance entre les co-participants. Or dans les deux cas, on exproprie le paysan de ces terres, et dans les deux cas, on couvre l’expropriation de la même fiction juridique, à savoir : que le droit d'administrer entraîne le droit de propriété, que le droit régalien du seigneur féodal, est la même chose que le droit de propriété privé, au sens bourgeois et moderne du mot!
 La procédure des « enclosures », de la clôture des terres communales en Angleterre, est l'exact pendant de celle de l'« enquête » algérienne, de la délimitation des terres de tribus en Algérie.
La colonisation n'est donc pas, en fait, ce qu'elle paraît être à première vue ; elle n'est pas affaire de race et elle est encore moins affaire de religion; elle n'a pour raison ni d'exterminer une race ennemie, ni de convertir des « infidèles » ; elle est simplement l'extension à d'autres parties de la planète du système à fabriquer des prolétaires que la bourgeoisie a commencé à appliquer chez elle dès sa naissance.
Il nous reste maintenant à voir comment, après l'accumulation primitive, s'est poursuivie en Algérie, l'accumulation tout court ; quelle y est actuellement la situation respective des expropriateurs et des expropriés, du capitalisme européen et de la population indigène.

 

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