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10 janvier 2020 5 10 /01 /janvier /2020 18:32

http://comaguer.over-blog.com

Bulletin n° 398– 05 Janvier 2020

 

Comment  Vladimir Poutine a prononcé  un nouveau discours de Munich (1)

Article publié dans le journal russe « Kommersant » (2) № 236  du Samedi  28 Décembre  2019

(Traduction COMAGUER à partir d’une version anglaise en circulation qui présente certaines faiblesses- Original en russe  https://www.kommersant.ru/doc/4205137) -

Le 20 décembre, le président russe Vladimir Poutine a tenu à Saint-Pétersbourg un sommet informel de la Communauté des Etats Indépendants (CEI) (3), entièrement consacré à la restauration de la justice historique, c'est-à-dire au rôle de l'Europe, et surtout de la Pologne, et non de l'Union soviétique, dans le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Le correspondant spécial de Kommersant, Andreï Kolesnikov (A.K.) n'avait jamais vu Vladimir Poutine en conférencier ou même en professeur d'histoire pour des élèves du primaire, car les dirigeants des pays de la CEI lui ont semblé se trouver  dans cette situation nouvelle, apparemment peu confortable pour eux.

Le correspondant  spécial de Kommersant dans la Bibliothèque Eltsine à Saint Petersburg  décrit  la façon dont la bataille engagée par Moscou à cette occasion a pris forme.

***

Aussitôt après le sommet de l'Union économique eurasiatique  à Saint-Pétersbourg, le sommet de la Communauté des Etats Indépendants  (CEI) (3) a commencé. Ce sommet mérite une description séparée. Le fait est qu'il était supposé que cette réunion ne serait pas ouverte à la presse et que les journalistes se contenteraient des discussions  avec  Vladimir Poutine et Alexandre Loukachenko au sortir su sommet de l’Union économique eurasiatique

 Mais en réalité, tout s'est passé différemment. Quelques autres dirigeants sont venus à la bibliothèque Eltsine en plus de ceux qui étaient disponibles, et ils étaient maintenant huit (d'Azerbaïdjan, d'Arménie, de Biélorussie, du Kazakhstan, du Kirghizistan, de Moldavie, du Tadjikistan, du Turkménistan et de la Russie qui les a rejoints ...).  Vladimir Poutine les a fait asseoir à une table ronde et a donné, de manière inattendue, une leçon d'histoire complète et même à grande échelle sur le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Et il est clair qu’avant cela, il avait été  choqué par la résolution du Parlement européen  "Sur l'importance de la préservation de la mémoire historique pour l'avenir de l'Europe". Ces derniers jours, le président russe est revenu à plusieurs reprises sur ce document, selon lequel deux puissances totalitaires : l'Allemagne et la Russie, auraient déclenché la Seconde Guerre mondiale. Cette version menace de devenir instantanément canonique et s'enracinera bientôt comme la seule vraie dans tous les manuels d'histoire européens. On peut dire qu'elle était attendue depuis longtemps, car pour l'Europe elle expliquait  trop  bien   et aussi confortablement  que possible l’histoire, alors que  jusqu'à présent, l’Europe avait paru faible face à Hitler voire même soulagée de se rendre.

Peut-être Vladimir Poutine s'est-il rendu compte que si l'on n'intervient pas immédiatement dans l'histoire, alors des changements irréversibles peuvent se produire dans l'esprit d'un très grand nombre de personnes, et surtout  avant les cérémonies en l'honneur du 75e anniversaire de la Victoire  (en mai 2020).  Et les efforts des simples historiens, aussi titanesques soient-ils, n'ont pas suffi jusqu’ici : ils ne sont toujours pas écoutés.

Non, d'un côté de la  barricade se trouvait le Parlement européen, de l'autre : personne.

Et M. Poutine a évidemment décidé de rectifier la situation. Il a lui-même créé et fourni tout cela, selon Kommersant.  Il l’a fait en personne. C'est-à-dire qu'il a fait asseoir en cercle les dirigeants des pays de la CEI, qui représentaient plus ou moins fidèlement le vaste territoire de l'ex-Union soviétique, c'est-à-dire le principal accusé du tribunal qu’a essayé d'organiser le Parlement européen, et il leur a proposé de l’écouter. Il était probablement possible  de trouver n'importe quel autre public, par exemple, des journalistes. Ainsi lors d'une grande conférence de presse, le président russe a abordé ce sujet, mais avec désinvolture, et lui-même semblait un peu réservé par rapport au reste des nouvelles de là-bas, et il n’a pas alors développé sa  pensée. Mais il tenait là, sans aucun doute, le public idéal. Entouré pour commencer par Alexandre Loukachenko et Nikol Pashinyan (Ndt : respectivement premier ministre du Belarus et d’Arménie) il a poursuivi son intervention devant ce qui est devenu une réunion de la CEI.

J’ajoute que dans tout cela on a vu une écriture et un style. Qui a vu comment Vladimir Poutine parfois, quand on lui demande de prendre une photo avec lui, met un meilleur groupe de participants dans la prise de vue, évaluant très vite  l’arrière plan  et faisant savoir aux photographes quel angle sera avantageux pour eux (et tout cela en quelques secondes), il me comprendra.

" Quand ils parlent de l'Union soviétique, ils parlent de nous ", a déclaré Vladimir Poutine à son auditoire :

 "Qu'est-ce qui est écrit ?"  "Selon cette résolution , le soi-disant Pacte Molotov-Ribbentrop ... Permettez-moi de vous rappeler que ce sont les ministres des Affaires étrangères de l'Union soviétique et de l'Allemagne nazie ... Comme ils l'écrivent plus loin, "l'Europe et les territoires d’états indépendants ont été divisés entre les deux régimes totalitaires, ce qui a ouvert la voie au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale."   "Le pacte Molotov-Ribbentrop a ouvert la voie au début de la Seconde ... Eh bien, peut-être... "

En réalité, le président russe était, bien sûr, farouchement en désaccord avec cela. "De plus, les députés européens exigent que la Russie cesse ses efforts visant à déformer les faits historiques et à faire de la propagande sur la thèse selon laquelle la Pologne, les pays baltes et l'Occident sont les véritables instigateurs de la guerre", a-t-il poursuivi.

" Ils ont dit qu'un de ces pays répertoriés était l'instigateur". " A mon avis, nous n'avons jamais rien fait de tel"

Il s'est mis à commenter un peu, tout en restant très réservé, et cette retenue a même fait peur : tout simplement parce que cela ne présageait rien de bon. Vladimir Poutine a dit qu'il avait demandé à recourir à des documents d'archives. Sa demande a été satisfaite.

 "La première question qui se pose - tout le temps où nous parlons du pacte Molotov-Ribbentrop, nous le répétons pour nos collègues européens - est la suivante : était-ce le seul document signé par un des pays européens, à l'époque l'Union soviétique, avec l'Allemagne fasciste ? Il s'avère que ce n'est pas le cas ! Je vais simplement les énumérer avec votre permission. Ainsi, la déclaration sur le non-recours à la force entre l'Allemagne et la Pologne. C'est en fait le soi-disant pacte Pilsudski-Hitler, signé en 1934. En substance, c'est un pacte de non-agression. Puis l'accord naval anglo-allemand de 1935. La Grande-Bretagne a donné à Hitler la possibilité d'avoir sa propre marine, ce qui lui avait été interdit, en fait, ou minimisé par les résultats de la Première Guerre mondiale".

Ses collègues l'ont écouté de différentes façons. Le plus attentif de tous, même avec une bouche légèrement ouverte, est Noursoultan Nazarbaïev. Nikol Pashinyan semblait plus troublé que les autres (peut-être a-t-il été épuisé lors d'une réunion étroite et prolongée de l'EAEU par un duel invisible avec Alexandre Loukachenko, qui lui n'était pas épuisé,

 " Puis ", poursuit le président russe, " la déclaration conjointe anglo-allemande de Chamberlain et d'Hitler, signée le 30 septembre 1938, a été acceptée à  l'initiative de Chamberlain. Il a déclaré que l'Accord de Munich signé, ainsi que l'accord maritime anglo-allemand symbolisent" ... Et ainsi de suite, et ainsi de suite... et que la création d'un cadre juridique entre les deux États se poursuit ... "  "Ce n'est pas tout... Déclaration franco-allemande, signée le 6 décembre 1938 ans à Paris, par les ministres des Affaires étrangères de France et d'Allemagne, Bonnet  et Ribbentrop".

Le Président de la Russie a rappelé à la fois l'accord de 1939 entre la Lituanie et le Reich, selon lequel la région de Klaïpeda a été réunie avec l'Allemagne, et l'accord de non-agression entre le Reich allemand et la Lettonie du 7 juin 1939.  

Ainsi, " a-t-il conclu, " le traité entre l'Union soviétique et l'Allemagne a été le dernier parmi ceux qui ont été signés par d'autres pays européens, comme s'ils étaient intéressés à maintenir la paix en Europe. En même temps, je tiens à noter que l'Union soviétique n'a accepté de signer ce document qu'après avoir épuisé toutes les possibilités et rejeté toutes les propositions de l'Union soviétique visant à créer un système de sécurité unifié, une coalition antifasciste, en fait, en Europe. "

Et il a proposé de revenir au cas des conditions dans lesquelles en 1919, "la soi-disant paix de Versailles a été conclue".

Vladimir Poutine a rappelé à ses collègues, qui, à mon avis, ont commencé à l'écouter de plus en plus attentivement (et même Nikol Pashinyan s'est concentré) que " pour l'Allemagne, la paix de Versailles est devenue un symbole de profonde injustice et d'humiliation nationale. En fait, il s'agissait d'un vol de l'Allemagne. Je vais juste donner quelques chiffres pour votre intérêt, ce sont des chiffres très intéressants. " Les chiffres étaient convaincants pour tout le monde. Donner de tels chiffres est une joie, ils sont très impressionnants : -" L'Allemagne devait payer les pays de l'Entente ... Et la Russie était parmi les gagnants et n'a pas participé à la signature du Traité de Versailles ... l’Allemagne était censée payer la somme astronomique pour ces temps-là - 269 milliards de marks d'or, ce qui équivaut approximativement à 100 mille tonnes d'or ! A titre de comparaison, je dirai qu'en octobre 2019, à l'heure actuelle, les réserves d'or sont : aux USA - 8130 tonnes, en Allemagne - 3370 tonnes, en Russie - 2250 tonnes. Et l'Allemagne devait alors payer 100 mille tonnes ! Au prix actuel de l'or, 1 464 dollars l’once  les  réparations s'élevaient à environ 4,7 trillions de dollars ! En même temps, le PIB de l'Allemagne aux prix courants de 2018, si les données que j'ai reçues sont correctes, n’est que de 4 milliards de dollars. "

Vladimir Poutine avait  à juste titre pensé et avait même décidé, de peser chaque mot avec  sérieux et de le vérifier dans l'espoir de détecter des erreurs et des inexactitudes, et s'est apparemment protégé avec la phrase "si les données que j'ai reçues sont correctes". "Il suffit de dire", a-t-il ajouté, "que les derniers paiements de 70 millions d'euros ont été effectués relativement récemment, le 3 octobre 2010, l'Allemagne a payé pour la Première Guerre mondiale juste le jour du 20e anniversaire de l'unification de la République fédérale. Dans cette situation, il a été difficile de s'accommoder du seul fait que la Russie a quitté la liste des vainqueurs.

 Les nazis, selon le président russe, ont activement exploité le thème de Versailles dans leur propagande, " promettant de sauver l'Allemagne de la honte nationale, et l'Occident lui-même a donné aux nazis carte blanche pour se venger ".

C'était maintenant une leçon d'histoire à part entière dans une école ordinaire : jusqu'ici sans données d'archives exclusives qu'un simple professeur ne peut pas avoir, mais avec des conclusions et des généralisations de grande portée, avec des ponts jetés d'un sujet à l'autre pour faciliter l'assimilation de la matière ... Le président russe est passé à la crise des Sudètes créée par le monde de Versailles, a cité Winston Churchill et d'autres penseurs. "Les frontières ont été redistribuées", a-t-il dit. "Ainsi, cela a créé les conditions pour l'émergence de la soi-disant crise des Sudètes." C'est la partie de la Tchécoslovaquie dans laquelle la population allemande vivait de façon compacte. Voici une explication de la crise des Sudètes et de la soi-disant conférence de Munich qui s'en est suivie. On pourrait croire qu'il s'agit d'une leçon d'histoire pour certains élèves déjà répétitifs. Mais peut-être était-ce exactement ce qu'il fallait faire. Les gens qui étaient assis devant Vladimir Poutine maintenant ne savaient peut-être pas tout cela :

 " En 1938, 14 millions de personnes vivaient en Tchécoslovaquie, dont 3,5 millions d'Allemands. Le 13 septembre 1938, une rébellion a éclaté là-bas, et immédiatement il y a eu des propositions de la Grande-Bretagne pour sauver le monde afin de négocier avec Hitler et de l'apaiser réellement. Je ne vous ennuierai pas ici avec diverses correspondances et négociations, mais la situation est arrivée à la signature bien connue de l'accord à Munich ! "  

 Le président russe a enfin commencé à sortir ses notes magiques de sa manche :

 "Nous avons, je le répète, sorti quelques documents des archives. Je voudrais vous en présenter quelques-uns. Nous avons ce document-ci : " le cryptage de l'envoyé plénipotentiaire de l'URSS en France au ministre des affaires étrangères de l'URSS Litvinov  du 25 mai 1938, lors d'une conversation confidentielle avec le Premier ministre français Daladier". Je vous lis ce document intéressant. "Le Premier ministre français, Edouard Daladier, a consacré les derniers jours à clarifier la position de la Pologne." Il s'agit de l'accord de Munich, en vertu duquel les Sudètes, qui font partie du territoire tchécoslovaque, auraient dû quitter l'Allemagne. " L'enquête en Pologne a donné le résultat le plus négatif ", - a déclaré le Premier ministre français.  Non seulement il ne faut pas compter sur le soutien polonais, mais il n'est pas certain que la Pologne ne frappera pas par l'arrière. Contrairement aux assurances polonaises, Daladier ne croit pas à la loyauté des Polonais, même en cas d’une attaque allemande directe sur la France. Il a exigé une réponse claire et sans ambiguïté des Polonais avec lesquels ses alliés  en temps de paix comme en temps  de guerre. À cet effet, il a posé un certain nombre de questions directes à l'ambassadeur de Pologne en France, M. Lukasevitch. Il lui a demandé si les Polonais laisseraient entrer les troupes soviétiques sur leur sol. Lukasevich a répondu par la négative. Daladier a ensuite demandé si au moins les avions soviétiques pourraient passer. Lukasevich a dit que les Polonais ouvriraient le feu sur eux. Lorsque Lukasevitch a répondu par la négative à la question de savoir si la Pologne viendrait à la rescousse si la France après l'attaque allemande de la Tchécoslovaquie ...  alors  qu'il y avait un accord d'assistance mutuelle entre la France et la Tchécoslovaquie –et si l'Allemagne déclare la guerre à la France. Le représentant polonais a répondu par la négative. "Daladier a dit qu'il ne voit aucune raison à l'alliance franco-polonaise et aux sacrifices que la France faisait en son nom. "

Vladimir Poutine s'est rapidement plongé lui-même et a plongé ses collègues dans les détails, et tout cela était étonnant. Nous n'avons jamais vu Vladimir Poutine comme cela : lisant avec enthousiasme à haute voix les cryptages archivés, les commentant et les expliquant en détail ... Il était impossible de se détacher de ce spectacle.

Il ne s'est même pas battu avec le Parlement européen, mais avec le fascisme mondial et sa vengeance rampante. (souligné par nous)

Et notre conférencier a continué à lire et à lire, offrant de lui une image professionnelle stupéfiante : " Alors de quoi parle-t-on ? Du fait que l'Union soviétique était prête à aider la Tchécoslovaquie, dont l'Allemagne nazie allait s’emparer. Mais l'accord entre l'Union soviétique et la Tchécoslovaquie stipulait que l'Union soviétique ne le ferait que si la France remplissait aussi ses obligations envers la Tchécoslovaquie ! La France a lié son aide à la Tchécoslovaquie au soutien de la Pologne. La Pologne a refusé ! "

 Vladimir Poutine faisait le tri dans les papiers sur la table : -" Ca, c'est le document n° 5 que j'ai ici, dont je viens de parler ... Passons au  sixième "

Il était déjà clair qu'il allait se concentrer sur le rôle de la Pologne. Elle l’intéressait plus que les autres.

 "Qu'ont fait les autorités polonaises lorsque l'Allemagne a commencé à revendiquer une partie du territoire tchécoslovaque ? Elles ont exigé en même temps, comme l'Allemagne, leur part de "butin" lors de la division du territoire tchécoslovaque et ont exigé qu'une certaine partie de la Tchécoslovaquie leur soit également transférée. De plus, elles  étaient prêtes à utiliser la force ! Elles avaient formé tout un groupe militaire spécialisé appelé " Silésie ", qui comprenait trois divisions d'infanterie, une brigade de cavalerie et d'autres unités ! "

Vladimir Poutine s'est de nouveau tourné vers ses papiers, d'ailleurs, il les connaissait bien, car clairement il s’était  préparé, et pas en un quart d'heure :

" Il y a aussi un document spécifique des archives - du rapport du commandant du groupe opérationnel séparé de Silésie, M. Bortnovsky, sur la préparation de l'offensive, la prise de la région de Cieszyn et la formation des troupes. Les autorités polonaises ont formé et envoyé des militants sur le territoire tchécoslovaque pour effectuer des sabotages et des attaques terroristes, qui préparaient activement  la partition et l'occupation de la Tchécoslovaquie. Le document suivant est l'enregistrement d'une conversation entre l'Ambassadeur d'Allemagne en Pologne, M. Moltke, et le Ministre polonais des affaires étrangères, M. Beck. Dans ce document, le Ministre des affaires étrangères de la Pologne, M. Beck, a exprimé l'espoir ... " Citation supplémentaire : "Dans les régions revendiquées par la Pologne," dit-il directement, "il n'y aura pas de contradictions avec les intérêts allemands." C'est-à-dire qu'il y a une division du territoire tchécoslovaque ! "

Alors que la Pologne célébrait le 80e anniversaire du début de la Seconde Guerre mondiale, il a informé que "la Pologne, simultanément avec l'Allemagne qui annexait les Sudètes, le 1er octobre 1938, commença à s'emparer directement du territoire tchécoslovaque, rompant ainsi l'accord qu'elle avait elle-même conclu auparavant avec la Tchécoslovaquie".

Mais l'intérêt de la conférence réside surtout dans les documents exclusifs que de nombreux historiens (ou, plus précisément, tous) rêvent de recevoir. Mais seul Vladimir Poutine a eu cette chance : "En Pologne, bien sûr, on savait que sans le soutien de Hitler, les tentatives de prise d'une partie du territoire de la Tchécoslovaquie (la partie occidentale de la région de Cieszyn - A. K.) étaient vouées à l'échec. A ce propos, je voudrais vous citer le document très indicatif suivant - un enregistrement de la conversation de l'ambassadeur allemand à Varsovie, M. Moltke, avec Jozef Beck sur les relations polono-tchèques et la position de l'URSS sur cette question, daté du 1er octobre 1938. L'ambassadeur allemand en Pologne, M. Moltke, fait rapport à sa direction à Berlin. M. Beck ... c'est le ministre des Affaires étrangères, je me souviens, la Pologne ... d'ailleurs, a exprimé une grande gratitude pour l'interprétation loyale des intérêts polonais à la Conférence de Munich, ainsi que pour la sincérité des relations pendant le conflit tchèque. ‘Le gouvernement et le public polonais rendent pleinement hommage à la position du Führer et du Chancelier du Reich." C'est-à-dire qu'il parle avec gratitude des actions d'Hitler lors de la conférence à Munich ! Il convient de mentionner que les représentants polonais n'ont pas été invités à la conférence de Munich et leurs intérêts ont été représentés, en fait par Hitler". Le Président de la Russie a ajouté que la Pologne, en fait, a assumé le rôle d'instigateur : "elle entraînait la Hongrie dans la division de la Tchécoslovaquie, c'est-à-dire qu'elle cherchait délibérément à entrainer d'autres États dans la violation du droit international".

Il s’en prenait maintenant à la Pologne, après quoi elle devrait réagir : par exemple, en rompant  les relations diplomatiques avec la Russie. Ou du moins rappeler  son ambassadeur. (4) Et on avait l'impression que Vladimir Poutine lui-même était prêt pour cela, et peut-être qu'il attendait, et que si la Pologne ne le faisait pas, il le ferait. Telle était l’impression qu’il donnait. "Le prochain, le dixième document ..." le président de la Russie a continué à restaurer impitoyablement la justice historique.    

Ces documents ont continué de couler les uns après les autres, avec eux le président russe a illustré l’histoire de la trahison de la Tchécoslovaquie par l’Europe et les conséquences pour l’Europe elle-même. Il en arriva ainsi à l'accord de Munich et au commentaire de Winston Churchill: " Alors, qu'a dit Churchill? " Ce qui s'est passé à Munich, c’est  que les soi-disant démocraties occidentales ont  abandonné  leur alliée, que ce fut le début de la guerre!

Vladimir Poutine s'est exprimé avec soin sur le rôle de Staline dans cette histoire: lui, il faut le comprendre, ne s'est pas mis en avant.

 " L'URSS, laissée seule, a été forcée d'accepter la réalité que les États occidentaux ont créée de leurs propres mains. La division de la Tchécoslovaquie était extrêmement cruelle et cynique, en fait, c'était un vol. On peut affirmer avec raison: c'est le complot de Munich qui a servi de tournant dans l'histoire, après quoi la Seconde Guerre mondiale est devenue inévitable ... "

Il s'agissait cependant de phrases tirées de manuels d'histoire soviétique. Aucun nouveau document n'était requis pour eux. Mais c'était une conférence dans laquelle rien ne pouvait être manqué et dans lequel tout devrait être interconnecté. Et finalement, c'est Vladimir Poutine lui-même qui a été le gardien  des intérêts de l'Union soviétique. Et il faut  entendre comment il l'a fait! Maintenant, presque dans chaque mot, une passion et une expressivité sans retenue se faisaient entendre. Oui, il lisait avec expression et semblait parfois se délecter de ses documents. Ses collègues apparemment un peu abrutis, l'écoutaient. Ils n'étaient pas prêts pour la leçon. Ils n'avaient qu'à espérer qu'on ne leur poserait aucune question, qu'ils ne seraient pas appelés au micro, car cela risquerait de devenir pour eux un moment de honte. Mais ils ont écouté très attentivement. Il leur a semblé qu'un Poutine complètement différent se découvrait maintenant. Peut-être que l'un d'eux s'est imaginé à sa place. Peut-être qu'ils aimeraient ... Mais c'était lui, pas eux.

" Je veux vous présenter un autre document: un enregistrement de la conversation d'Adolf Hitler avec le ministre polonais des Affaires étrangères Jozef Beck le 5 janvier 1939. Je ne donnerai que quelques extraits de ce 13 eme document. Tout est écrit en petits caractères ici. Ceci est une copie du document du 17 mai 1939. Alors, citation numéro un. Le Führer dit en clair: "Il s'est avéré que ce n'était pas si facile de se rendre à Munich avec le consentement des Français et des Britanniques pour inclure dans l'accord les revendications polonaises et hongroises contre la Tchécoslovaquie." Autrement dit, Hitler travaillait alors dans l'intérêt des dirigeants de ces pays. En fait, Hitler a agi en tant qu'avocat des autorités polonaises à Munich ... Hitler déclare que ... suit le discours direct d'Adolf Hitler: "Dans toutes les circonstances, l'Allemagne sera intéressée à maintenir une Pologne nationale forte, indépendamment de la situation en Russie. Qu’elle la Russie soit bolchevik, tsariste ou quelque chose d’autre, l'Allemagne traitera toujours ce pays avec une extrême prudence. La présence d'une solide armée polonaise enlève une charge importante à l'Allemagne. Les divisions que la Pologne est obligée de maintenir à la frontière russe soulagent l'Allemagne de dépenses militaires supplémentaires. «Cela ressemble généralement à une alliance militaire contre l'Union soviétique. »

Cette référence de Vladimir Poutine à Adolf Hitler a fait forte impression.

Puis, il en est venu au rapport de l'ambassadeur de France à Varsovie, M. Noël, au ministre des Affaires étrangères de la France, M. Bonnet, au sujet des conversations avec des collègues polonais le 31 mai 1938:  "L'ambassadeur de France Léon Noel décrit les discours sans ambiguïté prononcés sans vergogne par les dirigeants polonais de l'époque lors d'une rencontre avec lui: "Si un Allemand reste un adversaire, il est néanmoins un Européen et un homme d'ordre".

S’éloignant de la citation, Vladimir Poutine a conclu :

« La Pologne allait bientôt découvrir ce qu'est "un Européen et un homme d'ordre"! Le 1er septembre 1939, tout le monde allait le ressentir » (4)

-=-=-=-=-=-=-=-

 

Notes :

-1- Le 10 février 2007, le président Poutine avait lors du Forum annuel de Munich sur les politiques de défense fait une longue intervention de style direct et  sans euphémismes diplomatiques. Dans ce discours qui avait beaucoup impressionné un auditoire très relevé, il avait vivement critiqué l’organisation unipolaire du monde en place depuis la fin de la guerre froide, affirmant l’échec de ce modèle, et avait en outre insisté sur l’importance du droit international, des souverainetés nationales et de la nécessité de ne pas retomber dans la course aux armements. Ce discours est resté comme un jalon dans la politique étrangère russe et dans l’évolution des relations internationales.   

Texte français intégral : https://www.mondialisation.ca/discours-de-vladimir-poutine-la-conf-rence-de-munich/12238

-2- Kommersant est un journal économique russe

-3- La CEI a été fondée après la dissolution  de l’URSS prononcée par Gorbatchev le 25.12.1991 Sorte de confédération très souple et qui n’a pas de reconnaissance comme organisation internationale maintient des liens politiques entre 9 des anciennes républiques socialistes soviétiques. Elle faisait suite à un projet formel de fédération des anciennes républiques socialistes soviétiques devenues  toutes souveraines qui fut soumis à référendum le 17 Mars 1991. Ce projet de fédération refusé par l’Arménie, la Géorgie et les républiques baltes  fut largement approuvé ailleurs 77,85 % des votants et taux de participation 80%, mais ne fut jamais mis en œuvre. La CEI est une forme dégradée de cette fédération avortée. Pour autant la plupart des états membres se retrouvent maintenant dans deux organisations internationales qui fonctionnent : l’Organisation du traité de sécurité collective (création 2002 – membres : Arménie, Biélorussie, Kazakhstan,  Kirghizistan, Russie, Tadjikistan).  et l’Union économique eurasiatique (création 2014 – membres : Arménie, Biélorussie, Kazakhstan, Kirghizistan, Russie, Serbie  et Tadjikistan )

-4-La Pologne par la voix de son président a effectivement réagi en affirmant que tout dans ce discours de Poutine n’était que mensonge mais sans aucune démonstration.

***

A une autre occasion le 29.12.2019, rapportée par le site Sputnik,  Poutine est revenu sur la résolution du parlement européen

 

 Le Président russe a une nouvelle fois vivement critiqué la résolution du Parlement européen sur l'anniversaire du début de la Seconde Guerre mondiale et a rappelé qu’Hitler avait proposé d’expulser tous les juifs en Afrique, ce pour quoi l'ambassadeur de Pologne en Allemagne lui avait promis un monument.

En 1938, Hitler avait proposé d’expulser tous les juifs en Afrique. Une idée ardemment soutenue par l’ambassadeur de Pologne qui a proposé de lui élever un monument.

«Hitler avait annoncé à son ministre des Affaires étrangères, puis à l’ambassadeur de Pologne en Allemagne qu’il avait l’intention de déporter les juifs en Afrique, dans des colonies […]. Ce à quoi l’ambassadeur de Pologne lui a répondu et l’a cité dans un rapport au ministre polonais des Affaires étrangères, monsieur [Jozef, ndlr] Beck: "Quand j’ai entendu ces paroles, je lui ai dit que s’il le fait, nous lui érigerons un magnifique monument à Varsovie". Le sal**d, la crapule antisémite. Je ne peux pas parler en d’autres termes», a lancé Vladimir Poutine.

Prenant la parole ce 24 décembre à une réunion de responsables du ministère de la Défense, il a rappelé dans ce contexte les tentatives pour altérer l’Histoire dans «plusieurs pays parmi nos voisins, ainsi qu’en Europe et outre-Atlantique».

«Certains inventent un scénario incroyable de développements dans le monde et en Europe avant l’éclatement de la Seconde Guerre mondiale», a-t-il rappelé.

Dans ce contexte, il a constaté que ce processus avait connu «une fin logique» avec l’adoption, par le Parlement européen, de la résolution donnant une évaluation aux événements de la Seconde Guerre mondiale.

«Tout récemment […] le Parlement européen a adopté une résolution qui place presque sur le même plan l’Allemagne hitlérienne et l’Union soviétique, sous-entendant, voire déclarant directement, que c’est l’Union soviétique qui est responsable d’avoir déclenché la Seconde Guerre mondiale. Ce qui est évidemment un pur délire», a noté Vladimir Poutine.

 

 

 

 

 

 

 

 

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19 décembre 2019 4 19 /12 /décembre /2019 12:48

HISTOIRE DE L’ ARME ATOMIQUE

Au moment de la dissolution  de  l’URSS, un groupe de militants communistes fonde le PARTI COMMUNISTE bOLCHEVIK DE t (TOUTE) L’UNION SOVIETIQUE  (en abrégé PC b tUS) qui continue à militer sur tout le territoire de l’ex- URSS. Ce parti petit est toujours vivant et n’a pas été interdit.

Pendant plusieurs années un mensuel français « Les Nouvelles d’URSS » a publié  des traductions d’articles publiés par ce parti. A la mort de son fondateur ,Jacques Lejeune, cette publication a disparu

Un groupe britannique continue à publier en anglais des articles et documents émanant du PC b tUS (voir leur blog https://aucpbenglishwebsite.blogspot.com).

L’article qui suit fait le récit de la genèse de l’arme atomique soviétique.Il a été publié en 2009 dans un des journaux du PC b tUS et traduit par les NOUVELLES D’URSS  (n° 108  mars avril 2011)

On notera que les remarques ultimes sur l’état désastreux de l’armée russe en 2009 ne sont plus d’actualité et que la décennie écoulée depuis lors a permis une remarquable modernisation à l’armée russe à laquelle répond lourdement l’encerclement de la Fédération de Russie par l’OTAN

Alors que tous les pays d’Afrique et tous les pays d’Amérique Latine ont renoncé à l’arme atomique   et qu’il existe aujourd’hui un traité international pour l’interdiction  totale des armes nucléaires en cours de signature ,  il est utile de connaitre l’histoire réelle de la course aux armements nucléaires que les Etats-Unis n’ont pas réussi à gagner. Une course qui a englouti d’énormes sommes d’argent, qui a orienté  beaucoup  trop de  savoirs scientifiques et techniques et de capacités industrielles dans la course à la mort.

Dans le catastrophisme ambiant et au milieu des annonces quasi quotidiennes de la course de l’humanité à l’abime (climat, catastrophes naturelles, etç…) il est très peu de voix pour souligner que le moindre « échange nucléaire », comme on dit si   modestement dans les états-majors, serait la façon la  plus expéditive  de mettre un terme à la vie sur la terre tant est énorme la puissance des armes nucléaires aujourd’hui développées , tant seraient formidables leurs effets immédiats et à terme.

***

STALINE. L'ARME NUCLÉAIRE.L'ÉPOQUE CONTEMPORAINE

 

Article publié dans le journal russe «Rabotché-krestyyanskii Serp i molot», n° 9, septembre 2009. Texte français publié dans Nouvelles d’URSS n° 108 mars-avril 2011

 

Le 29 août 1949, la première bombe atomique soviétique explosait sur le polygone de Semipalatinsk. Les États-Unis ont été privés du monopole de l'arme nucléaire. L'ensemble du monde bourgeois a eu le souffle coupé d'étonnement et de peur. Lorsque l'on regarde en arrière à présent, sur les décennies passées, nous comprenons plus clairement le grand rôle qu'a joué cet évènement dans toute l'histoire d'après-guerre de l'humanité, nous comprenons mieux toute la grandeur de cet exploit du peuple soviétique. Notre pays, dévasté par l'invasion hitlérienne, qui éprouvait un besoin aigu du plus nécessaire, a lancé un courageux défit à l'Amérique qui s'était engraissée par la guerre, à l'ensemble du monde capitaliste en leur disant: nous défendrons la cause du socialisme en Union soviétique, nous opposerons la puissance nucléaire soviétique à vos plans cannibalesques de bombardement nucléaire de notre pays ! Seul un pays socialiste pouvait accomplir un tel exploit avec son économie planifiée unique, seul il était capable de mobiliser toutes les ressources économiques et humaines dans sa poigne d'acier, le peuple soviétique uni, dirigé par le P.C.(b.)tUS et conduit par le sage stratège I. V. Staline.

 

Comment cela s'est-il passé ? Des témoins oculaires attestent.  A l'automne 1949, le «phototype» de bombe atomique était prêt pour les essais. Le 26 août, L. P. Bériya arrivait sur le polygone. Ce jour-là, deux charges explosives (une de service et une de réserve) ont été assemblées. Ayant examiné les actes de préparation, I. V. Kourtchatov, conformément aux instructions personnelles de L. P. Bériya; a fixé l'heure d'exécution de l'essai au 29 août 1949 à 8 h heure locale. Le 28 août, les sapeurs mineurs ont procédé à la dernière inspection de la tour, ont préparé le système automatique à sa destruction par explosion et ont vérifié la ligne de câbles. A 4 h du matin le 29 août, K. I. Chtchyolkine et S. N. Matvéyev sont arrivés à la tour avec une unité de feu de détonateurs électriques. K. I. Chtchyolkine a donné l'ordre de sortie du «prototype» de l'atelier et de son installation sur la tour. A 5 h 5 min du matin, tout le personnel, à l'exception de la garde d'officiers du ministère de  la Sûreté d'État, a été évacué du champ d'essai. Au moment  de l'achèvement des opérations finales,  il  s’ est produit une brusque altération du temps. des nuages  étirés  sont passés  bas  au-dessus du champ et ont recouvert tout le ciel. Il a commencé à pleuvoir. Tous ceux qui se trouvaient sur la tour sont descendus. Les serre-files étaient A. P. Zavényaguine et K. Chtchyolkine qui ont plombé l'entrée de la tour. Pour éviter des désagréments liés au mauvais temps, I. V. Kourtchatov, avec l'accord de K.P. Bériya, a pris la décision d'avancer l'heure de l'explosion de 8 à 7 h du matin. Les plombs ont été ôtés du poste de commandement 25 min avant la destruction par explosion et il a été procédé au branchement de l'alimentation du système automatique et 20 sec avant, au branchement de l'interrupteur qui reliait le circuit du «prototype» au système automatique de guidage. A partir de ce moment, toutes les opérations de destruction s'accomplissaient automatiquement. A 7 heures précises du matin, le 29 août 1949, toute la steppe kazakhe désertique s'est illuminée d'une lumière aveuglante.

C'était fait! L'énorme travail de centaines de milliers de gens, de tout le Pays des Soviets, était achevé avec succès. «N'oubliez pas qu'un problème majeur nous était posé: créer, dans un délai extrêmement bref, une arme qui puisse défendre notre Patrie ! Lorsque nous sommes parvenus à résoudre ce problème, nous avons ressenti un grand soulagement, même du bonheur !», ainsi pensaient les créateurs de la bombe.

 

Le problème de la création d'une bombe atomique a pris naissance dès avant la guerre, lorsqu'en 1939 deux physiciens allemands, Hahn et Strassmann, ont découvert la réaction en chaîne de fission du noyau d'uranium par des neutrons. Et leurs résultats n'étaient nullement tenus secrets. Des communications ont également été publiées dans notre presse à ce sujet, dans le journal «Izvestiya». La réaction en chaîne elle-même avait été découverte (dans sa version chimique) par le savant soviétique N. N. Sémyonov. Les savants soviétiques ont montré, dans des publications grand public de 1939 et 1940, les conditions de l'explosion nucléaire et ont obtenu des estimations raisonnables de la masse critique de l'uranium 235.

 

 Le secret de la bombe atomique était ailleurs: laquelle des puissances belligérantes se décidera à dégager les ressources économiques et techniques colossales pour créer les nouvelles branches d'industrie indispensables à la création d'une bombe atomique pouvant donner un avantage décisif dans la guerre? C'était avant tout un problème d'économie nationale d'une grande envergure. La direction soviétique, Staline, étaient également parfaitement informés en 1940-1945 du problème lui-même et des actions menés en ce sens aux Etats-Unis d’Amérique en Angleterre, en Allemagne. Nous devons dire merci à  Lavrenti Pavlovitch Bériya: sous sa direction, le service de renseignement stratégique a travaillé à merveille !

 En 1940, les É.-U.A. ont commencé un travail d'une très grande ampleur sur la bombe atomique, très peu de temps après l'Allemagne où ces recherches étaient suivies par G6ring. Dans les années 1941 à 1943, l'Union soviétique, le Gouvernement soviétique n’avait qu'un seul problème à résoudre en priorité: le pays était obligé de lutter de toutes ses forces pour renverser les plans de Hitler de «Blitzkrieg» (mot allemand signifiant «Guerre éclair»; N.d.T.). Après la victoire de Stalingrad, tous les espoirs de «Blitzkrieg» des Allemands avaient été balayés. A présent, il fallait repousser les fritz en arrière vers leur tanière... Après Stalingrad, on pouvait reprendre les travaux d'avant-guerre sur le projet uranium. Le 11 février 1943, Staline a signé un Arrêté du Gouvernement portant sur l'organisation des travaux relatifs à l'utilisation de l'énergie atomique à des fins militaires. C'est V. M. Molotov qui en fut nommé le dirigeant dans les années1943-1945.

 

Contre qui pensait-on à cette époque utiliser la future bombe atomique soviétique? Bien entendu, contre notre ennemi dans la Guerre patriotique : l'Allemagne fasciste. Dès après la fin de la guerre, les agents de renseignement, les spécialistes scientifiques, ont établi avec assez de certitude que, malgré les excellentes possibilités  scientifiques et ses ressources en matières premières, l'Allemagne n'a même pas pu seulement s'approcher de la création d'une bombe atomique !

Les Américains ont fait leur bombe en cinq ans Ils l'ont expérimentée en été 1945 et ont bombardé presque en même temps Hiroshima et Nagasaki. Ils ont bombardé un Japon pratiquement vaincu, mais ils ont intimidé l'Union soviétique avec leur bombe atomique. Il suffit de citer deux phrases de Truman qu'il a dites en 1945: « les Russes seront bientôt remis à leur place » et «que nous le voulions ou pas, il nous faut bien reconnaitre que la victoire que NOUS avons remportée a chargé le peuple américain d’un lourd fardeau de responsabilité pour la poursuite de la direction du monde » Et cela n'était pas que de la rhétorique de fanfarons...Les Etats-Unis d’Amérique étaient les maîtres financiers du monde capitaliste d'après-guerre.

 

La Seconde Guerre mondiale s'est transformée pratiquement sans pause en «guerre froide» contre le socialisme. Un terrible danger menaçait l'Union soviétique! Et Staline a réagi immédiatement. Le20 août 1945, un Comité interministériel spécial pour les questions de résolution du problème atomique a été créé près le Comité d'État pour la Défense (sigle russe: GKO). C'est Lavrenti Pavlovitch Bériya qui a été nommé dirigeant de ce comité spécial depuis le moment de sa création jusqu'en 1953. Et cela était loin d'être un hasard. Bériya était un homme très intelligent, riche d'un bon savoir-faire technique, de brillantes capacités d/organisateur. Le titre de Héros du Travail socialiste lui a été conféré en 1945 pour ses mérites dans le développement de l'industrie de guerre. En décembre 1945, L. P. Bériya a laissé son poste de commissaire du peuple à l'Intérieur et est passé de la Loubyanka au Kremlin, au cabinet du Vice-Président du Conseil des commissaires du peuple. La Seconde Guerre mondiale s'est transformée pratiquement sans pause en «guerre froide» contre le socialisme. Un terrible danger menaçait l'Union soviétique! Et Staline a réagi immédiatement. Le20 août 1945, un Comité interministériel spécial pour les questions de résolution du problème atomique a été créé près le Comité d'État pour la Défense (sigle russe: GKO). C'est Lavrenti Pavlovitch Bériya qui a été nommé dirigeant de ce comité spécial depuis le moment de sa création jusqu'en 1953. Et cela était loin d'être un hasard. Bériya était un homme très intelligent, riche d'un bon savoir-faire technique, de brillantes capacités d/organisateur. Le titre de Héros du Travail socialiste lui a été conféré en 1945 pour ses mérites dans le développement de l'industrie de guerre. En décembre 1945, L. P. Bériya a laissé son poste de commissaire du peuple à l'Intérieur et est passé de la Loubyanka au Kremlin, au cabinet du Vice-Président du Conseil des commissaires du peuple.

 

Le Comité interministériel spécial était une organisation unique, sans analogue aucun. Ses principaux principes étaient: son caractère secret absolu, l'absence de toute procédure administrative bureaucratique, les rythmes de travail, encore les rythmes de travail et toujours les rythmes de travail rythmes dé travail! Quelques extraits de l'Arrêté  du GKO: «Aucune organisation, aucune institution, aucun individu n'a le droit, sans autorisation expresse du. GKO, de se mêler des activités économico-administratives et opérationnelles de la. Première Direction principale (sigle russe: PGU, qui est l'organe exécutif du Comité interministériel spécial), de ses entreprises ou institutions, ou d'exiger des informations relatives à son travail ou à ses travaux exécutés sur commande de la Première Direction principale. Toute la comptabilité relative aux travaux susmentionnés n'est remise qu'au Comité interministériel spécial près le GKo».Les organisation du PGU ont été autorisées à commencer tout chantier, toute construction, à passer toute commande d’équipements sans sanctionnement des projets et des devis

 

Les professionnels résolvent tout ! Et c'est ce qui a été pris en considération depuis le début.  Les instituts, les établissements à thématique nucléaire ont eu le droit de recruter préférentiellement les promus de tout établissement d'enseignement supérieur. C'est ainsi que l'on s'est procuré les chercheurs dont on avait besoin. L'un des ancien d'Arzamas-16 se souvient: «... Pour parler honnêtement, je ne voulais pas venir ici... Mais par la suite, je n'ai pas regretté d'être tombé ici. C'est ici que nous avons vu le vrai niveau de travail, tant scientifique que technique. Il n'était pas inférieur au niveau occidental... De la conception-, de l'idée parfaitement nouvelle, jusqu'à ce qu'elle soit réalisée, une année était vite passée»,

 

Et quels étaient les rapports des dirigeants du programme avec ses participants, avec leurs subordonnés? Lorsque le service de sûreté écartait du site un savant de premier plan parce que celui-ci ne cachait pas ses sympathies pour la génétique et ses antipathies pour Lissenko, l'ingénieur en chef était amené à téléphoner carrément à Bériya et à lui dire que ce collaborateur était très efficace pour le travail. L'entretien se limitait à une seule question qui intervenait après une pause prolongée: «Vous est-il très utile?». Ayant obtenu une réponse affirmative, il disait: «Alors gardez-le». Bériya raccrochait et l'incident était clos. Encore une phrase significative de L. P. Bériya prenant la défense d'un autre participant des travaux: «Tous les gens qui travaillent sur ce projet ont été choisis par moi personnellement et je Suis prêt à répondre des actes de chacun d'eux. Ces gens travaillent et continueront à travailler honnêtement sur le projet dont nous avons été chargés».

 

Bien entendu, I. V. Staline suivait lui-même attentivement le projet atomique. Les notes personnelles que I. V. Kourtchatov a écrites immédiatement après sa rencontre d'une heure avec I. V. Staline dans la soirée du 25 janvier 1946 ont toutes été conservées. Seuls Molotov et Bériya ont assisté à l'entretien. Au cours de cet entretien, Staline n'a pas conseillé que l'on s'occupât de menus travaux ou que l'on recherchât des moyens peu coûteux. Il a souligné qu'il était nécessaire d'agir «amplement, en un élan bien russe», que sous ce rapport, toute l'aide possible sera accordée. Staline a fait remarquer que nos savants sont gens modestes et qu'«il ne font jamais sentir qu'ils vivent mal». Extrait des notes de I. V.. Kourtchatov: «A propos de ses rapports avec les savants, Staline était préoccupé par la pensée de savoir... comment est-ce qu'il pourrait bien leur venir en aide sous le rapport de leur vie matérielle et courante et des suppléments à leur accorder pour les grandes affaires, par exemple pour la résolution de notre problème... Il a été proposé d'écrire sur les mesures qu'il serait nécessaire de prendre pour accélérer le travail, sur tout ce qu'il faudrait pour cela». Tout ce qu'il fallait, le pays l’a effectivement donné. Il fut une période où, en U.R.S.S., il fut durant quelques mois impossible d'acheter un thermomètre médical, objet on ne peut plus de première nécessité. Pourquoi ? Parce que les atomistes avaient besoin de mercure, de beaucoup de mercure ! Et que tout le mercure leur a été donné ! La bombe atomique a été créée en U.R.S.S., dévastée par la guerre contre le fascisme, en quatre ans ! La première bombe atomique soviétique avait nom RDS-1. Ce nom était conventionnel, mais le peuple l'a décodé à sa manière en: RDS= Raketnii Dvigatel' Stalina! (moteur-fusée de Staline). Deux mois après l'explosion de la première bombe atomique, il est paru un Arrêté restreint du Conseil des ministres de l'U.R.S.S. le 29 octobre 1949 signé par Staline. Ceux qui se sont particulièrement distingués dans leur travail se sont vus conférer le titre de Héros du Travail socialiste et ont été primés. C'est toute l'élite de la science soviétique, physiciens, chimistes, mathématiciens, biologistes, géologues, métallurgistes, etc., qui a été appelée au travail sur le problème atomique. Ce fut une grande victoire, au sens propre du mot, de tous les peuples soviétiques ! Tous ont travaillé pour leur seule et unique Patrie, l'U.R.S.S., qui tous appartenaient à de nombreuses nationalités. Avec la bombe à hydrogène, les savants soviétiques ont non seulement rattrapé, mais même devancé les Américains en expérimentant, le 12 août 1953, une réelle charge à hydrogène prête à être employée sous forme de bombe. L'industrie et la science atomiques soviétiques se sont développées de façon continue. Les charges nucléaires elles-mêmes se sont également perfectionnées, ainsi que les moyens de les obtenir et les variantes de leur utilisation. Il a également été étudié des procédés d'utilisation pacifique de l'explosion nucléaire: domptage des jets de gaz, création de réservoirs souterrains, création de nappes d'eau souterraines et autres.

 

Considérant toute l'importance des acquisitions techniques de l'Union soviétique dans le domaine de la conquête de l'énergie nucléaire, il importe de bien comprendre que la création d'un bouclier f'uséo-nucléaire a été la composante la plus importante de la politique soviétique de lutte pour la paix, d'opposition aux desseins misanthropiques de l'impérialisme américains et de ses alliés, lesquels ont déclenché la «guerre froide», ont divisé l'Europe, qui venait d'être libérée du fascisme, suivant leur principe d'appartenance ou de non-appartenance à l'OTAN, au bloc qu'ils ont créé en 1949.

 

Fin 1946 déjà, la délégation soviétique à la Commission de l'O.N.U. pour l'énergie atomique a soumis un projet de Convention internationale traitant «De l'interdiction de produire et d'employer des armes basées sur l'utilisation de l'énergie atomique à des fins d'extermination massives», lequel a, bien entendu, été blackboulé par la majorité proaméricaine docile. Les Américains avaient besoin de tout autre chose. En 1948, H.Truman, président des Etats-Unis d’Amérique a approuvé un .plan du Comité des chefs d'état-major des Forces armées des Etats-Unis d’Amérique concernant la conduite de la !guerre nucléaire contre l'U.R.S.S. (le plan «Pincer») qui prévoyait la frappe, par 70 bombes atomiques, de 50 villes de l'Union soviétique, y compris Moscou et Léningrad. Mais en 1955 l'Appel de l'U.R.S.S. à tous les États nucléaires leur proposant de prendre l'engagement d'interdire les essais nucléaires est demeuré sans réponse positive. Ce n'est que lorsqu'une parité nucléaire évidente et universellement reconnue entre les États.-Unis d’Amérique et l'U.R.S.S. sera atteinte, lorsque les hommes politiques des État.-Unis  d’Amérique  auront pris conscience de cette réalité objective, de l'impossibilité de Ia modifier de quelque façon que ce soit, que les efforts en vue d'abaisser le danger nucléaire, de réduire les stocks d'armes nucléaires qui ont  atteint des dimensions gigantesques, seront devenus réalisables.

 

Peut-être peut-on en prendre comme point de départ le 26 mai 1972 lorsque l'U.R.S.S. et les É.-U.A. ont signé un ensemble d'accords connus  sous le nom de Traité sur la limitation des armements stratégiques (Traité L.A.S.; sigle russe: OSV; sigle anglais: SAL; N.d.T.) ou Traité L.A.S.-1, dans lequel entraient: un Accord sur les mesures de réduction du risque de guerre nucléaire, un Traité sur la limitation des systèmes D.A.M.(défense antimissile; sigle russe: PRO; sigle anglais: ABM;            N.d.T.),un Accord provisoire sur certaines mesures du domaine de la limitation des A.O.S. (armements offensifs stratégiques; sigle russe: SNV;N.d.T.), un Protocole au Traité sur la limitation des systèmes D.A.M. Cependant, là non plus tout n'a pas été bien lisse. Les É.-U.A. ont violé le Traité sur la limitation des systèmes D.A.M. en transférant leur station radar «Globus-2» sur le territoire de la Norvège, laquelle station a été classée comme élément de défense antimissile. Le 12 juin 2002, les États-Unis d’Amérique sont unilatéralement sortis du-Traité sur la limitation des systèmes D.A.M. Le 18 juin 1979, l'U.R.S.S. et les Etats.-U.A. ont signé un ensemble d'accords connus sous le nom de Traité L.A.S.-2, dans lequel entraient: un Traité sur la limitation des armements offensifs stratégiques, un Protocole au Traité sur la limitation des A.O.S., une Déclaration commune sur les principes et les tendances fondamentales des pourparlers ultérieurs sur la limitation des armements stratégiques. Ce traité n'a même pas été ratifié par le Sénat des   Néanmoins, ses dispositions ont été respectés parles deux parties. Le Traité sur la limitation des armements offensifs stratégiques (A.O.S.-1) a été signé les 30 et 31 juillet 1991 à Moscou et est entré en vigueur le 5 décembre 1994, quelques années après la désagrégation de l'U.R.S.S. La durée de validité du Traité A.O.S.-1 expire le 5 décembre 2009. Conformément à ce traité, l'U.R.S.S.et les États-Unis d’Amérique  devaient, dans les sept ans, réduire leurs arsenaux nucléaires de telle sorte qu'il ne reste pas plus de 6000 ogives nucléaires à chacune des parties. Au cours de l'exécution de ce traité, il a été noté environ 10 violations sérieuses commises par les Etats-Unis d’Amérique. En particulier, des ogives nucléaires et deuxièmes étages de missiles qui n'ont pas été utilisés par eux, mais ont été stockés, grâce à quoi il a été créé un «potentiel de retour». Le Traité sur la réduction ultérieure des armements offensifs stratégiques (A.O.S.-2) a été signé le 3 janvier 1993. Ce traité interdit d'utiliser des missiles balistiques à ogives séparables. En réponse à la sortie des États-Unis d’Amérique. Le 14 juin 2002 du Traité des systèmes D.A.M. de 1972, la Russie est sortie de l'A.O.S.-2. Le Traité sur la réduction des potentiels offensifs stratégiques (Traité sur les P.O.S.; sigle russe: SNP; N.d.T.) a été signé le 21 mai 2002 à Moscou entre la Russie et les États-Unis d’Amérique. Les conditions de ce traité limitent les quantités d'ogives nucléaires en état d'alerte à 1700-2200 pour chacune des parties. Le Traité sur les P.O.S. est entré en vigueur le ter juin 2003 et la durée de sa validité expire le 31 décembre 2012.

Actuellement, en 2009, une question extrêmement complexe se pose à la Russie: quelle politique faire à propose de la question de la réduction des armements nucléaires, comment réagir aux récentes propositions de Barack Obama, Président des États-Unis d’Amérique., sur la poursuite de la réduction radicale (en plusieurs fois) des armements nucléaires. L'histoire a montré depuis déjà fort longtemps et clairement toute l'absurdité des thèses de propagande des prétendus «démocrates» russes: la «Russie démocratique» n'a pas d'ennemis ! L'Amérique est notre meilleur ami! Le monde contemporain se trouve être incomparablement plus dur et plus complexe que ne l'imaginent et ne tentent d'en convaincre leur entourage ces «démocrates» de Russie.

Pour les États-Unis, le thème du désarmement nucléaire est à présent gagnant sur tous les tableaux. Les États-Unis d’Amérique. ont une supériorité colossale en armements sur tous leurs adversaires potentiels et, peut-être même, sur tous leurs adversaires potentiels confondus, sans parler même concrètement de la seule Russie. Cette supériorité donne à l'Amérique la possibilité de s'engager sur la voie de la réduction des potentiels nucléaires tout en accroissant sa propre supériorité militaire stratégique. Dans cette situation, la Russie tombe dans le piège à coup sûr. Le refus du désarmement peut être dommageable à la réputation internationale de la Russie. Mais si la Russie y consent, elle affaiblira alors sérieusement le bouclier nucléaire du pays qui est, en fait, son unique garantie de non-agression de la Russie de la part de puissances militaires solides(?).

 

Dans le  monde contemporain impitoyable, ce sont précisément  les  forces nucléaires qui constituent le facteur politique stabilisant. Les pourparlers sur le désarmement purement nucléaire sont à présent réellement absurdes et sont pour la Russie en tout cas peu propices à la victoire s'ils ne prennent pas en compte (clairement ou non) l'effondrement pratiquement total de l'ancienne Armée soviétique, l'effroyable situation qui y prévaut quant à son armement conventionnel, la nécessité de tenir compte de l'équilibre global en ce qui concerne l'armement nucléaire, mais également conventionnel (en particulier de haute précision). 

En conclusion, on peut dire que: l'arme nucléaire a été jusqu'en 1991 et demeure encore à présent le plus fiable garant de la souveraineté et de l'indépendance de notre pays face au puissant bloc des États bourgeois avec à leur tête les États-Unis d’Amérique dans les conditions  de l'accroissement ininterrompu de leurs dépenses militaires, de la création et du perfectionnement de leurs nouveaux types d'armements offensifs (tant conventionnels que nucléaires), que leur tendance persistante au diktat global dans le monde monopolaire actuel.

 

S. V. KHRISTENKO,

Secrétaire du C.C. du P.C.B.tUS

 

 

 

 

 

 

 

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18 novembre 2019 1 18 /11 /novembre /2019 14:43

Permanence et transformations de l’impérialisme idéologique ***

   En 1999 l’historienne britannique  FRANCES STONOR  SAUNDERS (FSS)   publie un ouvrage intitulé « WHO PAYS THE  PIPER »  qui dévoile et démontre le rôle central de la CIA  sur le front idéologique de la guerre froide.  Le livre sera traduit dans  de nombreux pays et publié en France en 2003 par les éditions Denoël sous le titre  « QUI MENE LA DANSE » et sous titré très explicitement : « La CIA et la guerre froide culturelle ». (voir en annexe l’introduction du livre)

Le livre apporte la démonstration qu’il y a bien eu un front idéologique et donc qu’il n’y avait pas  selon l’imagerie en vigueur d’un côté la lourde propagande soviétique répandue à l’extérieur par le Kominform et de l’autre la fraicheur sincère des démocrates occidentaux libéraux. Le cœur de cette bataille et son principal objectif à ses débuts était d’éviter le ralliement ou au moins le soutien des intellectuels de gauche au communisme. Pour les intellectuels et les partis de  droite à commencer par les divers avatars nationaux de la démocratie chrétienne le problème ne se posait évidemment pas. Avec le recul du temps on peut affirmer que cette bataille a été gagnée.

La précédente, livrée dés 1945/1946 pour faire éclater la Fédération Syndicale Mondiale à vocation universelle  et organiser mondialement par une série de scissions nationales  le syndicalisme anticommuniste,  était déjà un exercice de manipulation de haute volée ce qui est attesté par le rôle central dans les deux opérations d’Irving Brown comme stratège et généreux distributeur de fonds publics étasuniens

Ce  livre  de FSS est une véritable enquête qu’elle a menée en historienne en consultant de nombreuses archives étasuniennes et britanniques et en y ajoutant les témoignages  recueillis   dans les années 90 auprès de certains acteurs et  d’officiels qui à défaut d’y avoir été directement impliques avaient eu à en connaitre.

L’opération ainsi décrite se déroule de 1947 à 1966/1967 avec un période de pointe au moment de la guerre de Corée et un lent déclin bien antérieur à la fin de la guerre froide mais produit par le retrait progressif  de la CIA et de ses financements et par le transfert à diverses fondations (dont les fondations  Fairfield et Ford) de ce type d’activité (une sorte de sous-traitance ou de filialisation). Elle  s’inscrit donc dans le domaine des actions clandestines (covert actions) conduites dans les milieux intellectuels et artistiques.

La CIA entame cette action qui sera concrétisée en 1949 par la création par ses agents et avec ses financements du CONGRES POUR LA LIBERTE DE LA CULTURE  dont le siège est fixé à Paris et qui va rapidement essaimer dans  une trentaine de  pays d’Europe. Son principal objectif est de rassembler et de soutenir des intellectuels qui au sortir de la guerre pourraient, à l’image de larges secteurs des opinions publiques des pays de l’Europe occidentale, avoir des sympathies pour l’URSS dont la contribution à la défaite des nazis a été décisive ce que nul n’ignore dans ces années  d’immédiat après guerre mais qui a depuis été largement occulté par la machine propagandiste occidentale capitaliste.

Le choix de Paris comme siège s’explique par le fait que la France est avec l’Italie le pays d’Europe occidentale où la présence communiste est la plus forte et où il faut consolider sur le terrain idéologique  les 2 premiers succès de la guerre froide : l’éviction des ministres communistes du gouvernement et la création  d’un syndicat anticommuniste : Force Ouvrière.

Les agents de la CIA qui s’installent à Paris vont s’employer à recruter des intellectuels et des artistes non communistes et à financer les outils qui leur permettront d’étendre leur influence : revues, colloques, conférence et l’argent nécessaire pour leurs invitations, leurs voyages …

Parmi les grands noms ainsi recrutés en Europe citons entre autres Raymond Aron,  Arthur Koestler,  Bertrand Russell, Karl Jaspers, Manès Sperber, Ignazio Silone, Denis de Rougemont, Karl Polanyi pour n’en citer que quelques uns. Leur niveau d’engagement individuel est variable   certains seront actifs dans toute la période, d’autres ne participeront qu’à quelques initiatives. Mais écrivains et philosophes ne sont pas seuls sollicités. Le compositeur Nicolas Nabokov, cousin de l’écrivain Dimitri Nabokov sera d’ailleurs le grand organisateur de l’activité musicale du Congrès : soutien à des tournées du Boston Symphony Orchestra du New York City Ballet promotion des compositeurs amis : Stravinsky, Léonard Bernstein.  Dernier aspect de l’activité du Congrès : la promotion de l’art  abstrait à opposer au  « réalisme socialiste »  favorisé à l’Est. Le principal bénéficiaire et le plus connu de ces  artistes promotionnés  est Jackson Pollock.

(Voir plus de détails dans l’annexe1)

Une place particulière doit être attribuée à Georges Orwell qui est probablement le nom aujourd’hui le plus connu  de cette pléiade d’écrivains.

Georges Orwell  fils d’un administrateur colonial, formé lui-même au métier du renseignement dans la police britannique en Birmanie est assez anti communiste pour avoir, après la guerre,  fourni de lui-même aux services de renseignement britanniques les listes d’intellectuels communistes britanniques qu’il avait établies. Il sera évidemment pressenti pour prendre par à cette grande campagne idéologique. Il mourra avant le démarrage des activités officielles du CONGRES mais ses œuvres en particulier 1984 et la Ferme des animaux seront, avec l’accord de sa veuve, largement utilisées et répandues. (Lire en annexe un extrait du livre le concernant).

Ironie de l’histoire : les pratiques actuelles de l’impérialisme exacerbées depuis la disparition de l’URSS  sont parfaitement explicitées dans la description furieusement antisoviétique d’Orwell dans 1984 (écrit en 1948)  « la paix c’est la guerre » (ex parmi beaucoup d’autres : Obama Prix Nobel de la Paix en début de mandat, « le mensonge c’est la vérité » (ex  parmi beaucoup d’autres : les armes de destruction massives de Saddam Hussein)

Le lancement officiel du Congrès a lieu à Berlin ouest en Avril    1950, lieu emblématique de la guerre froide juste après la crise de 1949 (blocus de Berlin) à l’invitation du bourgmestre Willy Brandt très favorable à l’action du Congrès. Cette cérémonie a été précédée par une sorte de sabotage d’une réunion organisée en Mars 1949 à New York dans le prestigieux Waldorf Astoria. Il s’agissait d’une initiative soviétique destinée à contrer la guerre froide anticommuniste lancée par Truman deux ans plus tôt et à montrer que l’URSS voulait la paix. Pour l’URSS qui n’avait pas encore la bombe atomique et se sentait menacée les initiatives de ce type étaient ces années là de toute première importance  Des intellectuels étasuniens  connus comme Arthur Miler et Norman Mailer qui sans être communistes ne considéraient pas l’URSS comme une menace  y  participaient.  Mais les Etats-Unis ne supportaient pas que pareille initiative se déroule sur leur sol et dans le plus prestigieux des hôtels new yorkais et avaient  décidé de la saboter. (Voir  ci-après  l’extrait du livre concernant cette conférence)

. La CIA naissante faisait ainsi ses premiers pas dans la guerre idéologique bien qu’elle ne fut pas compétente pour intervenir sur le territoire des Etats-Unis (la sécurité intérieure revient au FBI)

Les intellectuels étasuniens participant à ce sabotage  comme Mary Mac McCarthy étaient rassemblés dans une association dénommée AMERICAINS POUR LA LIBERTE DE LA CULTURE qui poursuivra ses activités après la dissolution du CONGRES POR LA LIBERTEDE LA CULTURE

Cette action est considérée par le gouvernement étasunien comme une urgence à mener en parallèle avec la création de l’OTAN (1949 également) pour installer le rideau de fer dans les esprits. L ’OTAN elle-même se livrera à de grossières opérations de manipulation de l’opinion internationale pour soutenir des actions d’agression contraires à la Charte des Nations Unies comme les 77 jours de bombardement de la Serbie en 1999.  

Si la CIA est à ses tous débuts si performante c’est qu’elle a dans son patrimoine initial un trésor nazi : l’héritage GEHLEN. Reinhardt GEHLEN a été responsable des services de renseignement du Reich dans tous les pays envahis et occupés par l’armée nazie sur le front oriental. Voyant venir la défaite il met à l’abri  une énorme quantité de documents et une fois fait prisonnier par l’armée étasunienne il les lui remet en échange de l’impunité. Un des principaux criminels de guerre échappera ainsi au Tribunal de Nuremberg et après un séjour d’un an aux Etats-Unis où il sera le formateur de la CIA naissante il rentrera en Allemagne (de l’Ouest) pour y prendre aussitôt la direction des services des services de renseignement de la RFA nouvellement créés.

La contribution  de GEHLEN et donc de l’OSS nazie au démarrage de la CIA est énorme : d’une part des méthodes de travail éprouvées pour le contrôle de la population dans tous les pays de l’Est envahis et occupés par l’armée nazie  d’autre part la plupart  des documents qu’il a microfilmés  et cachés dans les semaines précédant la chute du Reich.  

Parmi ces documents  microfilmés se trouvaient  l’ensemble des  fichiers de militants communistes ou antifascistes rassemblés dans tous les pays occupés par le Reich. GEHLEN avait aussi gardé le contact dans ces pays avec des collabos qui dans les démocraties populaires seront réactivés  et deviendront des agents de la CIA  déjà bien implantés. Ils joueront par exemple un rôle important dans la crise hongroise de 1956.

Cependant cette intervention directe mais souterraine de la CIA dans les activités du Congrès dans la guerre idéologique finira par être découverte et  donnera lieu à d’intenses polémiques publiques des deux côtés de l’Atlantique. La crise a lieu en 1965/1966 dans un contexte politique bien différent  La guerre froide n’est pas finie mais l’URSS a réussi à établir la parité nucléaire avec les USA, équilibre attesté par la sortie de la crise des missiles à Cuba , et les Etats-Unis sortis du Mac Carthysme et de son anticommunisme virulent sont confrontés à une grave crise politique interne : oppositions à la guerre du Vietnam, crise des droits civiques qui mettent à mal le manichéisme simpliste des années d’immédiat après guerre : le socialisme soviétique  c’est le Mal, la démocratie capitaliste étasunienne c’est le Bien.

Dés lors des intellectuels engagés dans l’opération tout en restant critiques de l’URSS sont bien obligés de reconnaitre que l’occident a les mains sales  , que la CIA en particulier qui s’est beaucoup développée depuis sa création n’hésite pas à organiser des coups d’Etat  à renverser des gouvernements étrangers. Ils sont obligés de prendre leurs distances. Donc la main de la CIA dans le CONGRES va être dévoilée au grand jour. L’attitude de ceux qui ont participé aux actions du Congrès sera variable : certains joueront l’étonnement d’autres avoueront qu’ils s’en doutaient d’autres reconnaitront plus tard qu’ils savaient mais que la fin justifiait les moyens.

Le livre de FSS dont la lecture est haletante comme celle d’un roman d’espionnage  est aujourd'hui épuisé. Une réédition assortie d’une nouvelle préface de l’auteure et sous un nouveau titre « THE CULTURAL COLD WAR  (« La guerre froide culturelle ») a été publiée en Angleterre en 2013 mais n’a pas été traduite en français.  Une recension très complète de cette nouvelle version a été publiée en Amérique Latine et traduite en français (traduction jointe). FSS a poursuivi sa carrière comme productrice d’émissions historiques télévisées mais n’a pas écrit d’autres livres aussi retentissants que celui-ci.

Reste à examiner l’évolution des guerres culturelles depuis cet après guerre.

Ce qui ressort c’est dés l’origine l’imbrication de la CIA elle-même et des Fondations, celles-ci relayant les initiatives du « centre », les couvrant pour les naïfs, distribuant des bourses à des étudiants qui s’intéressent à des sujets sensibles et apportent pour un cout modique des connaissances sur tous les aspects de la vie sociale et politique dont « le centre » est avide.

Mais le système propagandiste capitaliste  condamné à une certaine discrétion par la guerre et la défaite au Vietnam a franchi un nouveau pas avec la création  en 1983 par Reagan de la NED (National Endowment for Democracy / Engagement national pour la démocratie).

L’annonce publique de cette création ne doit rien au hasard. Elle fut faite par Ronald Reagan devant le parlement britannique le 8 Juin  1983 à l’invitation de Margaret Thatcher comme une sorte de rappel du discours de Fulton (discours de Churchill du 5 Mars 1946 lançant la guerre froide).  La crise vietnamienne surmontée, l’URSS enlisée en Afghanistan, le tiers monde démoli par la crise de la dette, l’Amérique latine sous les bottes militaires   la contre révolution reaganienne était lancée.  LA NED permet en fait de sanctuariser la CIA dont le budget est voté chaque année par le Congés US  et donc soumis en droit à un certain contrôle parlementaire, de la soustraire à la curiosité publique, de lui laisser la responsabilité des actions dures et sales  (assassinats, trafic d’armes, formation de groupes armés, de snipers …) souvent en prise directe avec la Maison Blanche maitresse des Forces spéciales,  et d’externaliser grâce à la NED la propagande idéologique et culturelle bref de séparer dans le langage à la mode le SOFT du HARD de la domination impérialiste.

L’objectif est de vendre sur le marché idéologique international l’emballage démocratique de la promotion  des intérêts économiques capitalistes dominants c'est-à-dire la fausse équation MARCHE CAPITALISTE = DEMOCRATIE.  Autant dire, et l’expérience historique l’a montré qu’une décision démocratique prise par le gouvernement légal d’un pays étranger qui contrevient aux intérêts du grand capital étasunien fait perdre à ce pays le statut de DEMOCRATIE et l’expose à une mise à l’index par le QG capitaliste qui prend de multiples formes : boycotts, embargos, gel des avoirs à l’étranger , une vaste panoplie allant aujourd’hui jusqu’à la cyberguerre sous toutes ses formes. A ce titre la guerre contre le Venezuela bolivarien est emblématique.

L’appareil d’Etat conserve lui la maitrise du pouvoir dur : appareil sécuritaire, services de renseignement et armée,  l’action militaire restant l’ultime recours. Cette analyse a été longuement développée par William Blum (1933-2018) écrivain et journaliste étasunien dans son livre « KILLING HOPE » 2003 (traduction française : « Les guerres scélérates » Ed Parangon 2004).

Depuis cette date cette action militaire s’est elle-même diversifiée et a pour objectif : zéro mort étasunien, quelques morts de mercenaires  et le maximum de morts militaires et surtout civils  chez l’adversaire.

L’engagement au sol massif en Irak n’a pas été renouvelé et l’empire privilégie deux types d’action : le bombardement assorti de la recherche de l’instauration d’une zone de non survol par l’armée du pays souverain attaqué (revendication obtenue en Libye par la résolution du Conseil de Sécurité qui fut violée ensuite par les bombardements de l’OTAN et refusée par la Syrie) et l‘intervention de plus en plus massive des forces spéciales  qui instaurent la guerre permanente universelle et non déclarée.

La NED institution non étatique, officiellement simple fondation privée, reçoit une dotation annuelle du Département d’Etat (fonds de l’USAID) donc à l’intérieur d’une enveloppe votée par le Congrès mais peut recevoir de l’argent de diverses fondations ou entreprises. Elle est dirigée par un Conseil d’administration  comportant aujourd’hui 26 membres panaché de démocrates et de républicains. Elle est en fait, en application de la Directive 77 signée par Reagan en janvier 1983, sous le contrôle du Conseil National de sécurité qui siège à la Maison Blanche .Son indépendance n’est donc que de façade. Cependant pour bien sceller la séparation avec la CIA , aucun agent de celle-ci ne doit siéger dans son Conseil d’administration d’une vingtaine de personnes où se retrouvent par contre en nombre anciens ambassadeurs, anciens représentants des Etats-Unis à l’ ONU , des anticastristes acharnés et last but not least  l’idéologue de la domination impériale éternelle : Francis Fukuyama. La NED distribue directement des aides à des ONG étrangères sélectionnées et dispose en outre  de quatre relais pour assurer des missions spécifiques dans leur domaine particulier deux sont politiques un pour le parti républicain INTERNATIONAL REPUBLICAN INSTITUTE (IRI)  un pour le parti démocrate NATIONAL DEMOCRATIC INSTITUTE  FOR INTERNATIONAL AFFAIRS, deux sont économiques l’un côté syndical  LE FREE TRADE UNIONS INSTITUTE  l’autre côté patronal. CENTRE  FOR INTERNATIONAL PRIVATE ENTERPRISE fondé par la Chambre de commerce américaine.

Ainsi le  Free Trade Unions Institute , département spécialisé de l’AFL CIO que les connaisseurs du syndicalisme étasunien considèrent comme un service très fermé sans liens avec le reste de l’appareil syndical national  peut intervenir pour aider à mettre en place une structure syndicale collaborationniste dans un établissement étranger d’une multinationale US confrontée à un conflit social ou dans un pays où la confédération syndicale existante n’est pas sous contrôle ou pire est adhérente à l’actuelle FSM.

Pas étonnant non plus qu’avec de tels moyens (ceux de l’IRI) le fameux sénateur Mac Cain ait pu parcourir la planète entière pour aider et conseiller des mouvements politiques soutenus pas les Etats-Unis  de la Georgie à l’Ukraine du Kirghizstan à la Libye et récemment encore dans les zones djihadistes du nord-est de la Syrie dans un pays où les Etats-Unis n’avaient plus d’ambassadeur. Dans ce cas Mac Cain faisait le travail.

Du Congrès pour la liberté de la culture aux multiples activités de la NED on assiste donc à la sophistication et à la diversification des méthodes de propagande idéologique et culturelle impériale ce qui veut dire qu’il n’est nul besoin de se focaliser sur la seule CIA   et que les Etats-Unis ont mis au point et perfectionnent sans cesse en particulier par leur maitrise des NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication)  un appareil d’hégémonie culturelle mondiale où le cinéma hollywoodien a eu dés l’origine une place importante.

Le talon d’Achille de ce dispositif est cependant de plus en plus visible car l’équivalence MARCHE LIBRE et DEMOCRATIE est de moins en moins recevable. L’expérience concrète a démontré partout qu’il n’y a aucun lien entre la défense des intérêts d’Exxon, de Lockheed, d’Apple ou  de Goldman Sachs et la démocratie. Quand les intérêts du MARCHE LIBRE et de ses bénéficiaires capitalistes sont défendus par des bases militaires dans plus d’une centaine de pays et des forces spéciales en opération  partout, quand l’Organisation  du Traité de l’Atlantique Nord, le bras armé de l’empire, intervient en Afrique en Asie et maintenant en Amérique du Sud par l’entremise de la Colombie, quand le pays de la libre entreprise est le pays du monde qui a la plus grande population carcérale, le taux le plus élevé de crimes de sang et où les campagnes électorales dont le coût ne cesse d’augmenter nécessitent des sommes telles que l’argent , en particulier celui du complexe militaro industriel, est  in fine le véritable arbitre des choix électoraux.

Une vraie démocratie en Amérique signifierait la fin de l’impérialisme  et serait la clé de la paix mondiale

La guerre froide culturelle : les intellectuels au service de la CIA

Par Ernesto Carmona (traduction Françoise Lopez)

22 mars 2015

Les 600 pages de "La CIA et la Guerre Froide Culturelle" de Frances Stonor Saunders, rapportent les millions d'efforts des Etats-Unis pour s'imposer sur la culture et sur l'art du camp socialiste.

Saunders caractérise la Guerre Froide comme la lutte pour le contrôle des esprits dans les blocs politiques - socialisme contre capitalisme - qui se sont affrontés jusqu'à la fin des années 80. L'efficacité du lavage de cerveau mis en place par la CIA expliquerait la soumission européenne d'aujourd'hui à la politique impériale de George W. Bush.

"... Et la vérité vous rendra libres (Juan 8:32)” dit-on sur les murs de la CIA à Langley, Virginia. Cependant, l'agence a élevé le mensonge au niveau d'un idéal philosophique. Elle a forgé la doctrine du "mensonge nécessaire", mis les dollars et a amené la rhétorique sur les thèmes de la "liberté" et de la "culture".

Ce prêche libertaire a inondé l'Europe et l'Amérique Latine tandis que les Etats-Unis appliquaient encore l'apartheid et expérimentaient des médicaments de "contrôle mental" sur des patients psychiatriques. Dans ces années-là, le FBI conduisit à la chaise électrique Ethel et Julius Rosenberg, lors d'un procès truqué tandis que le maccarthysme ruinait la vie de milliers de citoyens accusés d'être pro communistes.

La CIA soutenait que l'Union Soviétique persécutait les artistes et les intellectuels dissidents, juste quand aux Etats-Unis la même chose se passait sous l'empire de la délation et de la chasse aux sorcières. Le passé qu'a abordé l'auteur est pratiquement identique au présent. Sauf que maintenant, le "communisme" est remplacé par le "terrorisme".

Le Congrès pour la Liberté de la Culture (CLC) a été l'instrument central de l'opération idéologique de la CIA, constitué comme une organisation située à Paris avec le soutien des services de renseignement français et britanniques. Washington "a payé la musique"... sans faire attention aux dépenses. Parmi les crimes et les coups d'Etat, la CIA s'est donné le temps de fonctionner aussi comme ministère de la Culture.

La revue Encounter - Rencontre - fut le "cuirassé enseigne" de cette opération. Ou mieux, le transatlantique de luxe du Congrès nord-américain parce qu'elle a payé des voyages, des hôtels, des bourses, des articles, des éditions, des concerts et des expositions. Peu d'artistes et d'intellectuels ont résisté à apparaître dans les 50 revues "culturelles" de la CIA et du CLC, à publier leurs livres avec de grands tirages, à ce que leurs morceaux de musique soient exécutés par l'Orchestre Symphonique de Boston ou que leurs œuvres soient montrées dans des expositions itinérantes du Musée d'Art Moderne de New York.

La CIA a dupé ou a utilisé sciemment les intellectuels européens et latino-américains pendant plus de 20 ans. Quand The New York Times dévoila le pot au rose, en mai 1967, tous ont dit: "Je ne savais pas". Encounter fit naufrage, lentement, cette même année, comme le Titanic mais... en 1996, elle fut remise à flot en Espagne sous le nom d'"Encuentro."

Sauf Jean Paul Sartre, Albert Camus et quelques autres, l'Europe pensante est tombée dans les rets de la façade culturelle de la CIA, ourdie par l'agent Michael Josselson. Les intellectuels se montrèrent disposés à avaler le discours de "liberté culturelle" et à repousser tout ce qui sentait l'Union Soviétique. L'"anarchiste" anglais George Orwell, qui fit office de militant actif recrutant des intellectuels qui hésitaient à intégrer cette mafia, mérite une mention spéciale dans ce livre.

Depuis le philosophe pacifiste britannique Bertrand Russell à l'idéologue démocrate chrétien Jacques Maritain, les esprits les plus brillants du Vieux Monde se sont mis au service des Etats-Unis. La croisade culturelle fut financée avec des parties secrètes du Plan Marshall et de l'argent blanchi par la CIA à travers une douzaine de fondations étasuniennes.

Bertrand Russell présida la toile d'araignée du CLC international. Il démissionna quatre fois jusqu'à ce qu'en 1956, il s'éloigne pour toujours. Le centre, à Paris, eut aussi des succursales dans d'autres pays d'Europe, d'Amérique Latine et en Inde, en plus de l'American Committee for Cultural Freedom, qui fut dissout à New York en 1957 après de grandes luttes internes entre "durs" et "doux".

Le CLC accueillit comme directeurs, membres actifs ou sympathisants Igor Stravinsky, Benedetto Croce, T.S. Elliot, Karl Jaspers, André Malraux, Ignacio Silone, Jean Cocteau, Isaiah Berlin, Ezra Pound, Claude Debussy, Laurence Oliver, Salvador de Madariaga et beaucoup d'autres. Le leader du CLC au Chili fut Jaime Castillo Velasco, idéologue de la DC et courageux défenseur des droits de l'homme pendant la dictature.

Quand le CLC s'est constitué à Berlin, en 1950, la CIA a payé les frais de 200 délégués et de 4 000 assistants reçus par le maire Ernest Reuter, un ex communiste qui avait connu Lénine. Entre autres, accoururent Arthur Koestler, Arthur Schlesinger Jr. (ensuite conseiller de J.F. Kennedy), Sydney Hook (ex membre de la gauche radicale), James T. Farrel, Tennessee Williams, l’acteur Robert Montgomery, David Lilienthal (chef de la Commission de l'Energie Atomique des Etats-Unis), Sol Levitas (éditeur de New Leader), George Schuyler (éditeur du Pittsburg Courier) et le journaliste noir Max Yergan. La présence de "gens de couleur" arrêtait les critiques européennes sur la ségrégation raciale.

Y ont aussi participé:

- les britanniques : Hugh Trevor-Roper (qui resta critique et dès le début suspecta l'ingérence de la CIA) Julian Amery, A.J. Ayer, Herbert Read, Harold Davis, Christopher Hollis, Peter de Mendelssohn.

- les Français: Malraux, Jules Romain, Raymond Aron, David Rousset, Rémy Roure, André Philip, Claude Mauriac et George Altman.

- les Italiens: Ignacio Silone, Guido Piovene, Altiero Spinelli, Franco Lombardi, Muzzio Mazzochi et Bonaventura Tecchi.

Au festival Berliner Festwochen, organisé en 1964 par le maire de Berlín, Willy Brand, le CLC a financé la participation de Günther Grass, Jorge Luis Borges, Langston Hughes, Roger Caillois, Woly Soyinka, Cleant Brooks, Robie Macauley, Robert Penn, Warren James Merrill, John Thompson, Ted Hughes, Herbert Read, Peter Russel, Stephen Spender, Pierre Emmanuel, Derek Walcott et beaucoup d'autres parmi lesquels Keith Botsford, chargé de la CIA-CLC pour l'Amérique Latine.

La Fondation Fairfield fut la principale couverture de la CIA pour couvrir les frais. Dans la rubrique "Voyages et études", il y eut une multitude de bénéficiaires, parmi lesquels Mary McCarthy, le peintre chilien Víctor Sánchez Orgaz, le poète Derek Walcott, Patricia Blake, Margerita Buber-Neumann, Lionel Trilling et Alfred Sherman, collaborateur de The Spectator.

Les leaders du Comité Americano furent Hook, Irving Kristol - ensuite fervent partisan de Reagan- et Sol Stein, un trio d'ex membres de la gauche. Parmi les "doux" ont figuré Schlesinger, Koestler, Reinhold Niebuhr, Henry Luce, patron de Time-Life, James T. Farrel, Richard Rovere, de The New Yorker, Norman Thomas, ex président du Parti Socialiste et 6 fois candidat à la Maison Blanche et Phillip Rahv, directeur de Partisan Review.

Le CLC préférait des intellectuels de gauche non communistes ou, au moins, anticommunistes modérés comme Bertrand Russell. Mais à New York se sont imposés les "durs" comme Lionel et Diana Trilling, et les relations sionistes de Jason Epstein, James Burnham, Arnold Beichmann, Peter Viereck, Clement Greenberg, Elliot Cohen, directeur de Commentary, et les membres de la gauche Mark Rothko et Adolph Gottlieb. Peu d'écrivains et d'artistes n'ont pas écouté les appels du CLC, parmi eux Arthur Miller, Norman Mailer, Erskine Caldwell, Upton Sinclair, Howard Fast, Ben Shahn, Ad Reinhart, Paul Robeson, George Padmore et John Steinbeck, qui à succombé, à la fin de sa vie, en soutenant la guerre au Vietnam.

La CIA a payé la musique

Les Etats-Unis ont estimé que la musique muselle l'esprit et la sensibilité plus rapidement que d'autres arts. C'est pourquoi le lavage de cerveaux a commencé avec de grands concerts organisés par l'agent Nicolas Nabokov, un compositeur russe médiocre et raté - cousin de l'auteur de Lolita - qui a organisé des concerts et des festivals en recrutant des musiciens allemands sans être gêné par leur passé nazi. Bien payés, l'Orchestre Symphonique de Boston et la soprano noire Leontine Pryce ont joué. Yehudi Menuhin, son maître roumain Georges Enesco et les deux ex nazis Herbert Von Karajan et Wilhelm Furtwängler ont reçu des bourses et de l'argent.

Après son premier festival musical de 1951, Nabokov a obtenu des œuvres ou des actions d'Stravinsky, Aaron Copland, Samuel Barber, du New York City Ballet, de l'orchestre Symphonique de Boston, de James T. Farell, W.H. Auden, Gertrude Stein, Virgil Thompson, Allen Tate, Glenway Westcott, la participation du Musée d'Art Moderne de New York et de beaucoup d'autres.

Eux non plus n'ont pas refusé leur collaboration: Cocteau, Malraux, De Madariaga, Oliver, William Walton, Benjamin Britten, la Opera de Viena, l'Opéra de Covent Garden, la Troupe Balanchine, Czeslaw Milosz, Ignacio Silone, Denis de Rougemont et Guido Piovene. L'ensemble de 70 artistes noirs de l'opéra Porgy and Bess a été à l'affiche pendant presque 10 ans. Ont également joué Dizzy Gillespie, Marian Anderson, William Walfield et de nombreux artistes sélectionnés par un comité secret de représentations culturelles en coordination avec le Département d'Etat.

La promotion du livre et de la lecture

La CIA n'a pas détruit les livres. Elle a publié des millions d'exemplaires en plus de lancer derrière le "rideau de fer" des milliers de bibles. "Les livres sont différents de tous les autres moyens de propagande - a écrit un des chefs de l'Equipe d'Actions Secrètes de la CIA - essentiellement parce qu'un seul livre peut changer de manière significative les idées et l'attitude du lecteur jusqu'à un degré qui n'est pas comparable à l'effet des autres moyens c'est pourquoi la publication de livres est l'arme de propagande stratégique (à longue portée) la plus importante."

"Faire que soient publiés et distribués des livres à l'étranger sans qu’apparaisse l'influence des Etats-Unis en subventionnant secrètement les publications étrangères ou les libraires" fut l'un des objectifs de la CIA. "Faire que soient publiés des livres qui ne soient "contaminés" par aucun lien public avec le gouvernement des Etats-Unis, en particulier si la situation de l'auteur est "délicate".

L'œuvre de T.S. Elliot, "Les Quatre quatuors" a été lancée comme du riz sur les pays socialistes alors que "la Terre Vaine" est reproduite encore et encore. Il y eut des versions cinématographiques des livres de George Orwell et on a réédité "Retour d'Union Soviétique" et "Le Zéro et l'Infini"1 et le "Livre Blanc de la révolution bulgare" de Melvin Lasky, un ex marxiste qui a maraudé dans le Kominform, la contrepartie soviétique du CLC. En fin de compte, les soviétiques n'ont rien fait de plus que répondre à ce que faisait la CIA.

Ont également été publiés des ouvrages de: Herbert Lüthy, Patricia Blake, Max Hayward, Leopoldo Labedz, Bertrand de Jouvenel, Nicolo Tucci, Luigi Berzini, Boris Pasternak, Nicolas Machiavel, André Gide, Louis Fischer, Richard Wright, et... Anton Tchekhov, traduit et publié par la Tchekhov Publishing Co., une maison d'édition secrètement subventionnée. La CIA a aussi publié des agents faisant partie de ses rangs comme John Hunt, James Michener y William Buckley, à qui l'agence commanda "d'aider un autre intellectuel, le marxiste péruvien Eudocio Ravines, à terminer son livre influent " El camino de Yenán."

Les éditions de la CIA-CLC éditèrent aussi "La nouvelle classe" de Milovan Djilas, une étude sur la nomenklatura et d'autres textes "significatifs" édités par Frederick A. Prager Inc. Les "intellectuels eux-mêmes" publiaient des articles dans tous les médias influencés ou contrôlés par la CIA.

Compagnons de route

La CIA appelait "compagnons de route" les amis des communistes mais aussi a recruté les siens pour la CLC, de préférence des intellectuels progressistes bien vaccinés contre le virus du communisme. William Donovan, un des fondateurs de la CIA, se lia d'amitié en Europe avec Antoine de Saint-Exupéry et Ernest Hemingway. Hemingway, cependant, ne s'intéressa jamais au CLC et a fini par être espionné par le FBI pendant 25 ans jusqu'à sa mort, en 1961. Quand le Prix Nobel fut hospitalisé dans une clinique sous un faux nom pour soigner une dépression qui le conduisit au suicide, Edgard J. Hoover le sut.

Hanna Arendt, ex amie du philosophe allemand Martin Heidegger - qui ne s’entendait pas mal avec les nazis - et son amie intime, Mary McCarthy, furent des compagnes de route notoires.

Se sont également impliqués, ont participé ou ont bénéficié (de ses largesses), d'autres notables comme Alberto Moravia, qui a assisté à un événement "culturel" organisé par Nabokov en 1960 sur l'île vénitienne de San Giorgio, avec John Dos Passos, Julian Huxley, Mircea Eliade, Thornton Wilder, Guido Piovene, Herbert Read, Lionel Trilling, Robert Pen Warren, Stephen Spender, Isak Dinesen, Naum Gabo, Martha Graham, Robert Lowell, Robert Richman, Franco Venturi, Iris Murdoch, Daniel Bell, Armand Gaspard, Anthony Hartley, Richard Hoggart et l' Indien Jaya Praksash Narayan, parmi beaucoup d'autres. La Fondation Ford fut l'organisation qui blanchit le plus d'argent pour les activités "culturelles" bien que la CIA ait aussi mis en place ses propres couvertures sûres comme la Fondation Farfield dont le "bâton blanc" fut “Junkie” Fleischmann, un millionnaire folklorique qui finit par se croire "mécène" aux dépends de l'argent d'autrui.

Ont également été utilisés les fondations et/ou les fonds Andrew Hamilton, Bacon, Beacon, Borden Trust, Carnegie, Colt, Chase Manhattan, Edsel, Florence, Gotham, Hobby, Hoblitzelle, Kentfield, Josephine and Winfield Baird, J.M. Kaplan, Lucious N. Littauer, M.D. Anderson, Michigan, Rockefeller, Ronthelyn Charibable Trust, Shelter Rock, Price, etc.

L'argent a circulé dans un enchevêtrement de sociétés culturelles dans les conseils desquelles revenaient les noms de directeurs de fonds, de fondations, de banques et même d'agents de la CIA. L'agence devint maître dans l'art de l'évasion fiscale pour ses "donations" secrètes et rendit difficiles les investigations que fit dans les années 60 la congressiste Wright Patman et le sénateur Frank Church dans les années 80.

Les revues

Les revues financées par le CLC-CIA ont donné du travail à une multitude de collaborateurs médiocres et inconnus. Le plan était "faire naviguer en première classe des figures de seconde" en compagnie d'intellectuels importants qui savaient ou non pour qui ils travaillaient. L'agence de presse Forum World Features et les radios Europa Libre et Liberty ont employé une multitude de journalistes et d'intellectuels. La première revue fut Der Monat, fondée à Berlín en 1949 comme "pont idéologique" avec les écrivains européens, dirigée par Lasky qui faisait partie du trio qui créa ces réseaux (avec Nabokov et Joselsson).

"Encounter" parvint à être la plus importante, aussi dirigée par Lasky, grand censeur des articles critiques envers les Etats-Unis écrits par des auteurs qui, de bonne foi, croyaient faire "du journalisme libre d'opinion". " Preuves" a été fondée à Paris en 1951 pour s'opposer à la revue "Les Temps Modernes" de Sartre et Simone de Beauvoir. "Paris Review" apparut en 1953, animée par George Plimpton et l'agent de la CIA Peter Matthiessen. Là, travaillait Frances Fitzgerald, la fille du chef de la CIA chargé de planifier l'assassinat de Fidel Castro.

En Italie apparurent "Liberta della Cultura" et "Tiempo Presente" (1956), animées par Silone et Nicola Chiaromonte, un défi à "Nuovi Argumenti" (1954), d'Alberto Moravia. "Nuova Italia", dirigée par Michael Goodwin, a seule reçu des subventions. "Otro grupo", dans lequel était aussi Silone, a aussi animé à Londres Censorship (1964-67), qui, en 1972, réapparut comme "Index on Censorship", financée cette fois par la Fondation Ford. Le périodique de gauche français " Franc-Tireur" reçut des subventions du CLC ainsi que "Le Figaro Littéraire". En arabe apparut "Hiwar", en 1962. "Transition", en Uganda, 1968, "Quadrant", en Australie - existe toujours -, "Quest" en Inde, 1955; et Jiyu, au Japón. Il y en eut 4 autres qui firent partie de ce vaste écheveau : "Forum", "National Review", "Science and Freedom" et "Soviet Survey".

Aux Etats-Unis, il y eut des publications propres et d'autres subventionnées par l'achat d'exemplaires que la CIA-CLC distribuait en Europe et dans le reste du monde:

"Partizan Review", "Daedalus", "Hudson", "Kenyon", "Poetry", "Sewanee" et "The Journal of the History of Ideas". La CIA amenait les plumes de Koestler, Chiaromonte, Mary McCarthy, Alfred Kazin et d'autres pour le compte de l'American Committee. "New Leader", à la charge de Levitas, recevait des subventions de Times Inc. en échange "d'informations sur les tactiques et les personnalités du communisme dans le monde entier".

Un livre à fin ouverte

"Cuadernos" fut lancé à Paris en 1953 pour pénétrer le monde intellectuel de l'Amérique Latine. Son premier directeur fut Julian Gorkin, dramaturge et romancier espagnol, co-fondateur, en 1921, du Parti Communiste de valence (Espagne) et ex activiste du Cominform. Après que Cuba ait popularisé la revue "Casa de las Américas", "Cuadernos" devint dans les années 60 "Mundo Nuevo", sous la conduite de l'Uruguayen Emir Rodríguez Monegal. Les grands de la littérature régionale, comme l'Argentin Julio Cortázar, refusèrent de publier dans ses pages.

Le CLC n'existe plus mais la CIA n'a pas abandonné sa mission. En 1996, elle a lancé à Madrid la revue "Encuentro", dirigée par le Cubain Jesús Díaz, avec un financement de la Fondation Ford et du Fonds National pour la Démocratie, "une organisation privée sans but lucratif" créée en 1983 "pour promouvoir al démocratie à travers le monde". Elle finance aussi au Venezuela les organisations patronales qui conspirent contre le gouvernement d'Hugo Chavez".

"Il y a toujours la possibilité qu'un livre de fiction projette une certaine lumière sur les choses qui auparavant ont été racontées comme des faits" écrivait Hemingway dans le prologue de "Paris était une fête". Saunders a fait le contraire: elle a relaté des faits véridiques pour démonter une fiction qui concerne aussi le présent. Une fois de plus, la réalité dépasse la fiction. Comme le sale jeu n'est pas terminé, l'histoire a une fin ouverte.

L'Espagnol Javier Ortiz se pose une question inévitable: Quels seront les professionnels espagnols de la communication qui travaillaient pour la CIA? Je ne parle pas des gens qui l'ont fait sans en avoir conscience - de ceux-là, il peut y en avoir des tonnes - mais de ceux qui le font en pleine connaissance de cause parce qu'ils sont sur la liste du personnel". Les doutes d'Ortiz sont valables sur toute la planète et pour toutes les professions liées à la culture.

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10 septembre 2019 2 10 /09 /septembre /2019 19:32

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Bulletin n° 392 -  08 Septembre  2019

Ca plane pour lui !

Le 27 Aout le Président de la République s’est adressé, comme il le fait chaque année, aux ambassadeurs et ambassadrices de France réunis à l’Elysée. Une sorte de discours de rentrée. Il ne s’agit pas de donner à chacun des consignes précises au moment où il va rejoindre son poste mais d’insuffler à ces diplomates une énergie renouvelée  pour défendre les intérêts de la France là où ils la représentent. 

Ce long discours : 18 pages dans la version officielle de l’Elysée, mérite quelques annotations et commentaires sans cependant prétendre à une analyse critique intégrale. Ce qui frappe c’est l’altitude jupitérienne à laquelle se situe l’orateur, si haut qu’il peut donner avec le ton et les gestes de la conviction qui caractérisent son personnage son sentiment personnel sur toutes les grandes affaires du monde. L’exécution de sa politique est quant à elle, en pleine conformité avec le texte et l’usage de la Constitution de la V° République, confiée au premier ministre et au gouvernement. Le couple Macron/Philippe fonctionne comme a fonctionné le couple Sarkozy-/Fillon. Il est d’ailleurs piquant de noter qu’Edouard Philippe aurait probablement été le premier ministre d’un François Fillon à l’Elysée si ce dernier n’avait pas été abattu en vol par la DCA macronienne. Porteur de la politique de la droite Edouard Philippe  a été installé à Matignon par Macron pour exécuter cette politique, celle du grand capital.   

Vont se succéder de nombreux témoignages d’autosatisfaction tempérés cependant ici et là par la reconnaissance du fait que les grandes visions élyséennes n’ont pas toujours été concrétisées. Difficile de faire prendre  des vessies pour des lanternes à cet auditoire très averti qui sait que les saillies macroniennes  et ses propos de Maitre Jacques de la politique mondiale ne sont pas toujours appréciés par les gouvernements ou l’opinion des pays où ils exercent leurs fonctions.

Le premier de ces témoignages concerne le G7 de Biarritz.

 C’est la troisième fois que nous nous retrouvons dans ce format et qu'il est bon d'avoir du suivi et qu'au fond le faire après ce G7 que la France vient d'organiser, nous donne encore plus de sens. D'abord pour vous dire que le succès de ce G7 est le vôtre, celui des diplomates qui l'ont organisé, des élus qui l'ont accompagné, des équipes qui avec beaucoup de professionnalisme au sein de l'État dans nombre de ministères s'y sont impliqués.

Et il ajoute car ses auditeurs connaissent les coulisses de l’évènement et il est inutile de leur raconter des histoires :

La part d'insuffisance, d'échecs relatifs Je crois aussi que ce G7 s'est inscrit dans une démarche profonde, cohérente avec notre stratégie. Celle de mettre la France au cœur du jeu diplomatique, elle nous revient collectivement chefs d'État et de gouvernement parce que nous n'avons pas suffisamment avancé.

Car il s’agit bien là d’insuffisances et d’échecs collectifs qui ne sauraient remettre en cause l’infaillibilité présidentielle, corset d’acier de cet esprit fragile.

Il en vient ensuite à la politique étrangère.

Je crois aussi que ce G7 s'est inscrit dans une démarche profonde, cohérente avec notre stratégie. Celle de mettre la France au cœur du jeu diplomatique……je suis frappé chaque jour de voir combien pour nos concitoyens l'action qui est la vôtre a de plus en plus d'importance. Je crois que c'est l'âme profonde de notre pays et c'est aussi les transformations du monde qui conduisent à cela.

Mais une ombre fugace traverse aussitôt ce tableau idyllique de « l’âme de la France » (encore l’inconscient pontifical) 

Nous sommes quand-même un pays où malheureusement et nous l'avons condamné avec force, on va détruire des permanences d'élus ou agresser des élus parce qu'on signe un traité de libre-échange avec le Canada.

Ce petit caillou dans sa chaussure vite oublié le messager aux pieds ailés (ce n’est plus le père : Jupiter, c’est le fils : Mercure) reprend sa course magnifique.

…je voulais très rapidement partager avec vous au fond une espèce de tableau rapide du monde et de ses désordres et dans ce contexte, de nos priorités. Parce que je crois que c'est ce qui très profondément doit inspirer notre action en France, en Europe et à l'international.…

…l'ordre international est bousculé de manière inédite mais surtout avec, si je puis dire, un grand bouleversement qui se fait sans doute pour la première fois dans notre histoire à peu près dans tous les domaines, avec une magnitude profondément historique. C'est d'abord une transformation, une recomposition géopolitique et stratégique. Nous sommes sans doute en train de vivre la fin de l'hégémonie occidentale sur le monde. Nous nous étions habitués à un ordre international qui depuis le 18ème siècle reposait sur une hégémonie occidentale, vraisemblablement française au 18ème siècle, par l'inspiration des Lumières ; sans doute britannique au 19ème grâce à la révolution industrielle et raisonnablement américaine au 20ème grâce aux 2 grands conflits et à la domination économique et politique de cette puissance. Les choses changent. Et elles sont profondément bousculées par les erreurs des Occidentaux dans certaines crises, par les choix aussi américains depuis plusieurs années et qui n'ont pas commencé avec cette administration mais qui conduisent à revisiter certaines implications dans des conflits au Proche et Moyen-Orient et ailleurs, et à repenser une stratégie profonde, diplomatique et militaire, et parfois des éléments de solidarité dont nous pensions qu'ils étaient des intangibles pour l'éternité même si nous avions constitué ensemble dans des moments géopolitiques qui pourtant aujourd'hui ont changé. Et puis c’est aussi l'émergence de nouvelles puissances dont nous avons sans doute longtemps sous-estimé l'impact.

Pas de surprise à part cette affirmation de l’hégémonie française vraisemblable sur le monde au 18° qui a un petit air d’oral de bac en histoire et qui s’attirerait certainement la réplique de l’examinateur « expliquez-vous, jeune homme !»

Et il poursuit :

« Le risque dans cette grande bascule se double également d'une bascule géopolitique et militaire, nous sommes dans un monde où les conflits se multiplient et où je vois 2 principaux risques.

Le premier, c'est que ces conflits font de plus en plus de victimes civiles et changent de nature. Regardez les théâtres d'opérations partout dans le monde. Et la deuxième chose, c'est que l'ensauvagement est reparti et là aussi, l'ordre sur lequel reposaient parfois nos certitudes et notre organisation est en train de disparaître. On abandonne les traités de contrôle des armements qui venaient là aussi de la fin de la guerre froide, chaque jour dans l'innocence et le silence. »

« On » abandonne ….Macron évite de citer nommément Trump  car il se méfie  et veut éviter le tweet ravageur en retour de volée.

« Ça doit nous conduire à interroger notre propre stratégie parce que les 2 qui ont aujourd'hui des vraies cartes en main dans cette affaire, ce sont les États-Unis d'Amérique et les Chinois. »

Macron écarte implicitement de la scène la Russie dont il minimisera plus loin le poids économique car il veut d’une part contribuer à  faire éclater l’alliance sino-russe d’autre part  occulter le fait que dans l’équilibre militaire stratégique global et en particulier nucléaire la Russie est le seul interlocuteur des Etats-Unis, l’arsenal français étant comparativement minuscule et de fait intégré dans la politique de l’OTAN.

Puis sans s’appesantir il  dit quelques mots sur l’économie :

« Dans ce même moment, nous vivons une crise inédite de l'économie de marché. »

Qui dure depuis 2008 qui affecte la France et l’UE et qui n’est inédite que parce que personne n’en voit le bout  et que sa persistance impose l’idée redoutée par les défenseurs du Capital d’une crise terminale.

Et son ennemi à lui, l’ancien banquier, comme à un certain François Hollande mais qui était déjà désigné comme tel en 1916 dans « l’impérialisme stade suprême du capitalisme » de Lénine c’est la finance :

. « Cette économie de marché qui a été pensée en Europe par l'Europe a progressivement dérivé depuis quelques décennies….D'abord elle s'est profondément financiarisée et ce qui était une économie de marché, que certains avaient pu même parfois théoriser en parlant d'économie sociale de marché et qui était au cœur des équilibres que nous avions pensé est devenue une véritable économie d'un capitalisme cumulatif où, il faut bien le dire, d'abord la financiarisation puis les transformations technologiques ont conduit à ce qu'il y ait une concentration accrue des richesses chez les champions, c'est-à-dire les talents dans nos pays, les grandes métropoles qui réussissent dans la mondialisation et les pays qui portent la réussite de cet ordre…Dans nos économies, la France l'a vécu ces derniers mois, très profondément mais en fait nous le vivons depuis des années et dans le monde entier. Et cette économie de marché produit des inégalités inédites qui au fond viennent bousculer en profondeur là aussi notre ordre politique. »

Sur le fond de son écran mental passe alors un énorme gilet jaune qu’il décrit à sa façon

« Cette économie de marché produit des inégalités inédites qui au fond viennent bousculer en profondeur là aussi notre ordre politique. D'abord, elles viennent bousculer la légitimité même de cette organisation économique. Comment expliquer à nos concitoyens que c'est la bonne organisation lorsqu'ils n'y retrouvent pas leur part. Mais cela vient questionner aussi l'équilibre de nos démocraties. Parce qu'au fond, là aussi, nous vivions depuis le XIXème siècle dans des équilibres où les libertés individuelles, le système démocratique et le progrès continu des classes moyennes avec l'économie de marché constituaient une espèce de trépied sur lequel nous avancions. Quand les classes moyennes qui sont le socle de nos démocraties n'y ont plus leur part, elles doutent et elles sont légitimement tentées ou par des régimes autoritaires ou par des démocraties illibérales ou par la remise en cause de ce système économique. »

Arrêtons-nous un instant sur cette dernière phrase. Les « classes moyennes » sont un des ponts aux ânes de la sociologie politique. Ce pluriel cache l’absence de réalité d’une classe qui aurait une position et une conscience. Il s’agit d’un assemblage de couches à revenus intermédiaires : techniciens et cadres moyens, professions libérales, artisans, qui vivent des situations très diverses et dont les membres sont  pour la majorité d’entre eux soumis au risque de tomber de l’échelle sociale. Un problème de santé, une entreprise qui ferme, un divorce, les motifs de chute sont divers et aléatoires. Les cas de passage de la petite à la grande bourgeoisie sont rares.

La sociologie marxiste préfère le concept de « petite bourgeoisie » qui n’a rien d’infamant mais qui souligne que ses membres ont le regard tourné vers le haut en ce sens qu’ils attendent que la « grande bourgeoisie », celle qui gouverne les pays capitalistes leur distribue des miettes du festin. Que disait Bergeron le dirigeant historique de Force Ouvrière  s’adressant à ceux qui le possèdent «  donnez moi du grain à moudre ». Depuis qu’il a été élu Macron n’a de cesse de diminuer la ration. Il a donc par ses actes contribué à la remise en cause du système économique et il redoute les conséquences politiques de ses actes : « régimes autoritaires » ou « démocraties illibérales ». Cette innovation langagière mérite notre attention. Macron  est conscient du fait que des façades démocratiques peuvent cacher des régimes très oligarchiques mais au lieu de s’auto-analyser, au lieu de reconnaitre qui l’a porté au pouvoir, il regarde ailleurs. Il va citer plus loin la Hongrie, puis la Russie sans voir que son parlement mal élu, avec son écrasante majorité est le produit d’une constitution monarchique qui donne des pouvoirs excessifs à un président qui en abuse. La démocratie il libérale c’est la France de Castaner, de BFM, des gilets jaunes éborgnés, des procès à la chaine, des chômeurs radiés, des agriculteurs asphyxiés par d’un côté des marchés qu’on leur ferme (embargo de la Russie) de l’autre des vannes ouvertes à des importations dévastatrices (CETA, MERCOSUR), des urgentistes débordés, de la sécurité sociale grignotée. Mais un éclair de conscience se glisse dans une phrase

« Au fond, ce que les brexiteurs ont proposé(s) (la faute de grammaire  - le s -corrigée par Comaguer vient de la Présidence)  au peuple britannique qui était un très bon mot d'ordre : reprendre le contrôle de nos vies, de notre nation. »

Encore un effort et il va proposer d’inclure les référendums d’initiative citoyenne (pas le RIP de Sarkozy) dans la Constitution. Ce qui l’arrête c’est que dans un RIC complet comme il existe par exemple au Venezuela serait inclus le droit à la destitution du président par référendum en cours de mandat.

Puis émerge sur son écran intérieur bien que dans une forme contournée l’inquiétant  Gilet Jaune électronique mondialisé : les réseaux sociaux, internet qui prive le pouvoir du monopole du discours à diffusion de masse.

« Troisième grand bouleversement que nous vivons c'est évidemment la révolution technologique. Elle est inédite. Celle de l'internet, des réseaux sociaux, maintenant de l'intelligence artificielle, c'est d'abord une mondialisation formidable de l'intelligence, des progrès technologiques qui acquièrent une rapidité inédite. Mais c'est aussi une mondialisation de l'imaginaire, des émotions, de la violence, de la haine, là aussi, une contribution forte à l’ensauvagement du monde que nous vivons chaque jour. C'est un changement anthropologique profond qui touche nos démocraties et c'est aussi un espace nouveau qui se constitue sous nos yeux qui nécessite de repenser des règles, un ordre international qui aujourd'hui n'existe pas. »

Après une référence obligée et sans surprise au « bouleversement écologique » qui s’ajoute à ceux qu’il a énoncés précédemment vient évidemment la question de l’exécutif : « Que faire ? » Et revoici Jupiter en sauveur :

« Je peux vous le dire avec certitude. Nous savons que les civilisations disparaissent, les pays aussi. L'Europe disparaîtra. L'Europe disparaîtra avec l'effacement de ce moment occidental et le monde sera structuré autour de deux grands pôles : les Etats-Unis d'Amérique et la Chine. Et nous aurons le choix entre des dominations….Je crois que la vocation de la France est ce qui correspond à la nécessité du temps présent, c'est d'essayer de peser sur cet ordre du monde avec les cartes qui sont les nôtres pour ne pas céder à quelques fatalités que ce soit, mais tenter de bâtir un ordre nouveau, dans lequel non seulement nous aurions notre place mais nos valeurs, nos intérêts au fond pourraient l'avoir. Et donc, je ne crois qu'à une chose. C'est la stratégie de l'audace, de la prise de risque…Ce qui est aujourd'hui mortel c'est de ne pas essayer compte-tenu de tout ce que je viens de dire. C'est la stratégie de l'audace, de la vision et c'est d'essayer de retrouver dans ce contexte qui caractérise profondément l'esprit français et au fond à mes yeux de refonder ce qui est profondément la civilisation européenne. Je crois que c'est cela ce qui doit être notre objectif dans notre pays, dans notre stratégie européenne et au niveau international.

Où Jupiter qui a des accents D’antoniens  (« DE L'AUDACE, ENCORE DE L'AUDACE, TOUJOURS DE L'AUDACE ! » DANTON, 2 septembre 1792) rappelle qu’à l’étroit dans le ciel français il  ambitionne de régner sur l’Europe car comme tous les dirigeants français bourgeois depuis 1945 à l’exception de De Gaulle il ne rêve que de troquer son habit national contre un vêtement plus ample et de parler au nom de 450 millions d’habitants en omettant trois choses : la première que la stratégie militaire  de l’Union Européenne est entre les mains des Etats-Unis via l’OTAN, la seconde que sa stratégie économique est dictée par les multinationales capitalistes, la troisième est qu’il n’est pas très populaire dans de nombreux pays de la dite Europe. Dans le monde multipolaire qui se met en place et qui repose sur le principe   de l’égalité des Etats il voudrait, comme tous les dominateurs,  prendre la tête d’une équipe de première division, être un « grand ».Cette Europe de rêve :

« Nous sommes le seul espace géographique qui a mis l'homme avec un grand H au cœur de son projet à la Renaissance, au moment des Lumières et à chaque fois que nous avons eu à nous réinventer. »

lui fait oublier que cette Europe a aussi été le berceau du colonialisme, a inventé deux fascismes et a engendré deux guerres mondiales. Pareil bilan devrait inciter à un peu de clairvoyance. Il finit d’ailleurs par en percevoir certaines limites :

« Le projet de civilisation européenne ne peut pas être porté ni pas par la Hongrie catholique, ni par la Russie orthodoxe. »

Il y aurait donc de bons et de moins bons européens et le voici pris dans sa contradiction sur la Russie qu’il affirme européenne par ailleurs pour l’éloigner de la Chine. Il en vient d’ailleurs à déplorer  les reculs des droits de l’homme dans certains pays d’Europe

« Dans des pays parfois en Europe, en matière de recul des droits, d'indépendance de la Justice, de menace sur les défenseurs des droits »

Manifestement il n’a pas pris connaissance du rapport très critique du Conseil de l’Europe sur ce recul des droits de l’homme en France depuis l’irruption des gilets jaune

Son tableau du monde à grands traits achevé il va présenter à ses auditeurs les 5 axes d’action de la France et donc de la leur pour les années à venir.

 « Il y a 5 choses importantes que je voudrais vous dire après vous avoir rapidement expliqué comment je voyais cet ordre du monde et au fond notre objectif dans ce contexte. La première chose, c'est que pour parvenir à cet objectif dans ce désordre, je crois que ce que nous devons faire très profondément, c'est jouer notre rôle, au fond, de puissance d'équilibre. Puissance d'équilibre, c'est d'acter que nous sommes une grande puissance économique, industrielle même si nous avons perdu, quand je regarde les dernières décennies, sur beaucoup de points, que nous avons à rebâtir et que nous devons rebâtir pour pouvoir rester cette puissance-là. »

La principale manifestation de puissance est militaire

« Nous sommes en passe de devenir de manière indiscutable la première armée européenne par les investissements que nous avons décidés, par la loi de programmation militaire, par la qualité de nos soldats et l'attractivité de notre armée. »

Il omet de préciser que ce faisant la France obéit avec un zèle particulier et unique en Europe aux injonctions de Trump qui exige des membres de l’OTAN qu’ils consacrent chaque année 2% de leur PIB aux dépenses militaires et aussitôt après il aborde le dossier iranien où les intérêts du capitalisme français sont contrariés par les sanctions étasuniennes et leur retrait de l’accord JCPoA. Façon de dire « la France n’est pas d’accord en tout avec les Etats-Unis »  mettant le doigt sur ce que les géopoliticiens nomment classiquement un conflit entre impérialismes ou plus précisément dans le cas présent un conflit entre l’impérialisme dominant et un sous-impérialisme.

La Russie le préoccupe, ce qui a été confirmé par l’invitation à Brégançon.

« Dans cette capacité à repenser les grandes relations il y a notre relation avec la Russie. ….Je n'ai aucune naïveté en voulant revisiter cette relation. Mais j'ai quelques évidences. Nous sommes en Europe, et la Russie aussi. Et si nous ne savons pas à un moment donné faire quelque chose d'utile avec la Russie, nous resterons avec une tension profondément stérile. Nous continuerons d'avoir des conflits gelés partout en Europe. Nous continuerons à avoir une Europe qui est le théâtre d'une lutte stratégique entre les Etats-Unis d'Amérique et la Russie. »

Cet éclair de lucidité lui fait occulter l’histoire du siècle écoulé qui a vu l’Europe ou plus exactement sa partie occidentale, France comprise, tout faire avec les Etats-Unis pour détruire le régime né de la révolution de 1917 , d’abord en participant troupes à l’appui à la « guerre civile » de 1919 à 1922, ensuite en laissant les mains libres aux nazis pour envahir l’URSS en 1941, enfin en s’inscrivant pleinement dans une guerre froide inspirée par Churchill et déclarée par Truman. Mais ce qui motive son changement d’attitude c’est le fait que comme disent les sportifs, l’allié américain « joue perso ».

La dénonciation par Washington de l’accord sur les armes nucléaires de portée intermédiaire et la probable non reconduction de l’accord sur les armes nucléaires stratégique (START II) démontre que l’Europe n’a aucun poids dans le rapport entre les deux seules grandes puissances nucléaires  et que, en cas de conflit nucléaire, l’Europe alliée des Etats-Unis (26 états européens dans l’OTAN) serait au cœur du champ de bataille. Cette inquiétude  a certainement été nourrie par Poutine à Brégançon et s’est concrétisée sans tarder par la visite à Moscou de Jean Yves Le Drian et Florence Parly pour y rencontrer leurs homologues russes. Incidemment il convient pour améliorer les relations avec la Russie de sortir de la catastrophique impasse ukrainienne. La France, signataire avec l’Allemagne  des accords de Minsk I et Minsk II, n’a rien fait pour les mettre en œuvre et a de fait laissé les Etats-Unis manœuvrer de loin,  conseillers militaires, crédits et fascistes locaux à l’appui, pour entretenir ce qui n’est pas un conflit russo-ukrainien mais un abcès mortifère à la frontière de la Russie.

« Et évidemment l'un des sujets décisifs pour pouvoir avancer en ce sens c'est notre capacité à avancer sur le conflit russo-ukrainien, donc la mise en œuvre des accords de Minsk. A ce titre, les discussions récentes ont permis de voir des avancées concrètes qui nous conduiront avec la Chancelière à proposer pour les prochains jours un nouveau sommet en format Normandie. »

Mais le grand dessein est autre :

« Je pense que la vocation de la Russie n'est pas d'être l'alliée minoritaire de la Chine et donc nous devons aussi savoir par ce dialogue exigeant et les conditions que nous poserons, offrir à un moment donné une option stratégique à ce pays qui va immanquablement se la poser, immanquablement, et c'est à nous de le préparer et de savoir avancer sur ce point. »

Et il porte son regard sur la Chine

« La Chine a un véritable génie diplomatique pour jouer de nos divisions et nous affaiblir. C'est pourquoi j'ai voulu pour la première fois inviter la Chancelière MERKEL et le Président JUNCKER à cette visite, et nous avons pour la première fois eu un véritable agenda stratégique pas simplement franco-chinois mais aussi sino-européen. »

En clair Macron chef putatif de l’Europe sait bien que nombre de pays européens du centre et de l’est ont des rapports approfondis avec la Chine, qu’ils prennent toute leur place dans les nouvelles routes de la soie  et il voudrait que l’Europe se montre plus unie face à elle. La France a une carte supplémentaire dans ce  rapport de l’Europe à la Chine c’est qu’elle est une puissance coloniale.

« Ce qui veut dire qu'il nous faut jouer d'abord comme nous puissance indopacifique : la France a plus d'un million d'habitants dans cette région à travers ses territoires ultramarins, nous avons plus de 8 000 soldats, nous sommes l'une des principales puissances maritimes de cette région, parmi les seuls à faire des vraies opérations militaires en mer de Chine, et sur ces océans. »

En effet l’immense domaine maritime français auquel Macron attache (comme à gauche Jean Luc Mélenchon) une grande importance n’est le second du monde que parce que la France demeure une puissance coloniale  avec des iles sur tous les océans et même au sens strict du terme la dernière, la domination étasunienne étant de type impérial (influences multiples sur les pays soumis mais pas de gestion directe). Que la Nouvelle Calédonie ou les territoires du pacifique autour de Tahiti obtiennent leur souveraineté, ce qui ne les empêcherait pas de conserver des liens étroits avec la France, le domaine maritime « français » se rétrécirait considérablement.

Vient ensuite à propos de l’Europe un éclair de lucidité

« Souverainisme est un joli mot. Il renvoie à ce qui est au cœur de notre démocratie et notre République, c'est le fait qu'à la fin, celui qui est souverain, c'est le peuple. C'est lui qui décide. Mais si nous perdons la maîtrise de tout, cette souveraineté ne mène à rien. Et c'est une aporie démocratique qui consiste à ce que le peuple puisse souverainement choisir des dirigeants qui n'auraient plus la main sur rien. »

Dans le vocabulaire de la philosophie l’APORIE est une impasse, une question sans réponse et le raisonnement Macronien aboutit à une APORIE car à vouloir imposer une souveraineté européenne sur tous les sujets il livre la France à des commissaires européens non élus, à des technocrates européens encerclés par des lobbys surpuissants et à une banque centrale indépendante  Pour autant il ne se résout pas à revendiquer une Europe fédérale car il n’y serait plus que le gouverneur d’une province ce que son inconscient  refuse.

La seconde aporie européenne est celle de la Défense. Tout fier d’avoir porté le projet d’initiative européenne de défense Macron concède bien que tout cela se fait dans le cadre de l’OTAN et qu’en conséquence  une certaine autonomie ne peut être effective qu’avec l’accord des Etats-Unis lesquels voient d’un très bon œil une augmentation des dépenses militaires européennes qu’ils jugent aujourd’hui insuffisantes dans le cadre de l’OTAN.

« Ce n'est pas une initiative qui vise à remettre en cause l'OTAN, mais elle est complémentaire de celle-ci, très profondément parce qu'elle nous redonne là aussi de la marge de manœuvre et de l'autonomie stratégique. »

Sur un problème plus immédiat et plus brulant politiquement celui des migrations il est bien obligé de reconnaitre que sa chère Europe n’est guère unitaire.

« Je le dis dans un contexte où la France est en train de devenir le premier pays européen de demandes d'asile. Ne soyons pas naïfs. Ce n'est pas les gens qui prennent le bateau en Libye notre problème. C’est inacceptable, cette scène, inacceptable sur le plan humanitaire que nous vivons. Ce sont tous les gens qui rentrent partout chez nos voisins européens, qui ont déjà commencé à demander ailleurs l'asile et qui viennent parce que nous sommes un pays assez mal organisé sur ce plan, auquel nous ne sommes pas assez ni efficace ni humain. Nous devons intensifier là-dessus très profondément notre travail…..…accélérer les retours de ceux qui n'ont pas vocation à venir en Europe. »

C’est donc l’Europe qui va décider qui a « cette vocation ». Avec pareil critère dépourvu de base légale  le règne de l’arbitraire est assuré.

Abordant plus loin les relations avec l’Afrique il affirme

« Il nous faut pouvoir réinvestir ce lien là aussi de manière nouvelle, équilibrée. Sans les oripeaux ni du colonialisme ni de l’anticolonialisme. »

Entre ces deux oripeaux se trouve un néocolonialisme lui bien vivant avec les forces militaires françaises installées en permanence dans plusieurs ex colonies, avec le franc CFA qui devrait avec la complicité de tous les dirigeants actuels d’une France Afrique toujours vivante changer de nom pour être plus présentable. Pour ce qui est des opérations militaires en cours Macron est obligé de reconnaitre que la lutte contre le terrorisme au Sahel ne progresse pas beaucoup.

« Et donc dans ce contexte, nous continuerons d'être engagés évidemment avec l'opération Barkhane, avec force, en étant mobiles sur le plan opérationnel comme nous le sommes. Mais il est indispensable que cela se double d'un réengagement de nos partenaires africains ce que nous avons voulu à travers d'une part le G5 Sahel et d'autre part l'Alliance pour le Sahel, le pilier militaire et le pilier de développement, et à travers un élargissement de cet engagement de la communauté internationale et des états voisins comme nous l'avons lancé avant-hier avec la Chancelière MERKEL et le Président KABORÉ dans ce nouveau Partenariat de stabilité et de sécurité pour le Sahel qui permet le réengagement d'états du Golfe de Guinée qui étaient spectateurs, mais qui commencent à voir les conséquences de ce conflit, qui permet les partenariats entre Etats africains sur ce sujet et qui permet aussi une implication de la communauté internationale sur ce sujet sécuritaire pour aider chacun d'entre eux. »

Ce qui n’est pas dit clairement c’est que l’engagement de la « communauté internationale » c’est l’adoption par l’OTAN  qui confirme ainsi sa vocation de force impérialiste à spectre mondial d’un programme africain. En effet le rapport « Sécurité et stabilité en Afrique- Défis et priorités pour l’OTAN » présenté en Juin 2019 à l’assemblée parlementaire de l’OTAN définit une politique africaine approuvée dans son principe au sommet de Varsovie dés 2016. Donc  l’annonce du nouveau partenariat pour la mobilité et la sécurité pour le Sahel est une simple mesure d’application du programme de l’OTAN c'est-à-dire une intervention  accrue des Etats-Unis dans la zone d’influence française avec, et ceci comble Trump d’aise, une participation militaire et financière de la France confirmée à Biarritz.

Il aborde ensuite longuement le sujet climatique pour se féliciter de son activisme sur ces questions

« Plus largement sur ces sujets, il nous faudra mener plusieurs réflexions pour poursuivre cet agenda et mener plusieurs actions. On voit que le cadre international change. La première c'est que quand on parle de l'Arctique, de l'Antarctique, des océans, de la forêt amazonienne ou de la forêt africaine qui brûlent aussi, tout en respectant la souveraineté des états qui ont des compétences territoriales sur ces régions, nous parlons très clairement de biens communs géographiques inséparables de notre biodiversité et du sujet climatique. »

« Biens communs » ce nouveau slogan écologiste est repris ce qui permet dans le cas de l’Amazonie comme dans les autres de détourner le regard des immenses intérêts capitalistes qui sont en jeu dans la déforestation non accidentelle, mais organisée, dans les exploitations minières menées dans des pays où la législation de protection de la nature est mince ou violée et où quand elle existait arrive au pouvoir avec la complicité des puissances impérialistes un quelconque Bolsonaro qui lâche aussitôt la bride aux intérêts prédateurs.

Enfin parlant du commerce international il manifeste son inquiétude, celle du capitalisme français face aux guerres commerciales lancées par les Etats-Unis et il appelle à réformer l’OMC dont il confirme la crise. Cette crise a plusieurs racines et la politique de solitaire de Trump l’a amplifiée mais son origine vient de l’entrée de la Chine à l’OMC. En 2000 quand la Chine adhère à l’OMC et ouvre ses frontières aux investissements industriels et aux produits étrangers, le grand capital multinational se frotte les mains : un marché de plus d’un milliard de consommateurs lui est offert mais son libre échangisme proclamé est tout théorique, c’est un libre échangisme à sens unique, un libre échangisme « gagnant-perdant ». Or il va se trouver que la Chine qui avait réfléchi au problème et s’était organisée en conséquence, au lieu d’être envahie de produits étrangers va se mettre à exporter plus qu’elle n’importe, qu’elle va exporter des produits de technologie de plus en plus avancée et se mettre finalement à concurrencer les industries occidentales de pointe. La récente crise de la 5G en est l’illustration.

Macron nous livre ainsi un bel exercice oratoire dans lequel Jupiter montre qu’il a l’œil vif, qu’il perçoit depuis les nuées où il séjourne tous  les accidents du terrain dans le monde entier mais que son audace, sa confiance en soi,  son activisme sur tous les sujets, son usage du NOUS pour parler de lui (le roi dit : nous voulons) vont  permettre à la France qu’il  veut incarner de les surmonter, voire d’en tirer avantage.

MYTHOLOGIE POUR MYTHOLOGIE, LE CHAR DE L’ETAT N’EST PAS CONDUIT PAR JUPITER MAIS PAR PHAETON.

 

 

 

 

 

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17 août 2019 6 17 /08 /août /2019 10:18

Bulletin n° 391 -  16 Aout  2019

 

REGARDS CROISES SUR HONG KONG

 

Les grands médias occidentaux, avec la bénédiction de leurs gouvernements, ont lancé une vaste campagne de propagande sur les manifestations à Hong-Kong. Pour éclairer le débat  nous publions ,sans en partager toutes les considérations, la traduction  d’un article publié en Juillet aux Etats-Unis qui explique concrètement ce qui est en jeu avec deux périodes successives : l’une de montée en puissance du mouvement de protestation contre un projet de loi sur les extraditions qui a été suspendu début Juillet, l’autre en cours de radicalisation minoritaire franchement anti chinoise .Cet article contient quelques données de base sur l’histoire de la colonisation britannique de la ville. Nous le complétons en expliquant pourquoi l’occident s’acharne sans succès  à vouloir maintenir le plus longtemps possible ce dernier ilot du capitalisme anglo-saxon au cœur du monde chinois.

 

***

PUBLIE PAR « 48 HILLS » SITE INTERNET D’INFORMATION EN LIGNE A SAN FRANCISCO

Traduction Comaguer

 

Ce qui se passe vraiment à Hong Kong

Les manifestants ont envahi les rues en juin, mais les racines du conflit entre l'île et la Chine continentale sont profondes.

Par Reese Erlich 12 juillet 2019

 
 Depuis plus de trois mois, des habitants de Hongkong se sont rassemblés dans les rues pour protester contre un projet de loi sur l'extradition. Les critiques disent que cela permettrait à la Chine d'extrader des étudiants, des journalistes et des hommes d'affaires dissidents vers le continent, où ils pourraient être emprisonnés pour leurs opinions. Les rassemblements et les marches de dizaines de milliers de personnes ont atteint peut-être près de deux millions à leur apogée.

"J'étais très en colère contre le projet de loi", dit Adrian Leong, un ancien résident de Hong Kong et activiste politique à San Francisco. "Tout le monde pouvait se voir en difficulté."
Mais les partisans du gouvernement de Pékin disent que le projet de loi ne permettrait l'extradition que des personnes accusées de crimes graves, et non des dissidents politiques. Selon eux, les gouvernements et les médias occidentaux utilisent la fausse question de l'extradition pour fomenter les dissensions entre Hong Kong et le continent.
"Ils veulent que la Chine s'effondre et meure", dit sur YouTube Nathan Rich, un blogueur américain qui vit en Chine.

Pour éclairer ces revendications concurrentes, nous devons comprendre l'histoire de Hong Kong.

Les Guerres de l’opium

À partir de la fin du XIXe siècle, la British East India Company a vendu illégalement de l'opium à la Chine. Dans les années 1830, les entrepreneurs britanniques et américains devinrent fabuleusement riches en vendant de l'opium et en intoxicant des millions de Chinois. Lorsque le gouvernement chinois ordonna l'arrêt des ventes, les Britanniques envoyèrent des canonnières dans les ports chinois et menèrent la première guerre de l'Opium de 1839 à 1842.

La dynastie Qing perdit la guerre et fut forcée de céder l'île de Hong Kong aux Britanniques, ainsi que certaines parties d'autres villes portuaires. Les Britanniques lancèrent la Seconde Guerre de l'opium de 1853 à 1858, au cours de laquelle ils prirent davantage de territoire chinois et forcèrent la Chine à légaliser l'opium.

Pendant des siècles, la Chine a eu la plus grande économie du monde (Ndt jusqu’aux « grandes découvertes européennes »  du 16° siècle), vendant bien plus de biens à l’étranger qu’elle n’en importait. Les guerres de l'opium ont été menées au nom du "libre-échange", c'est-à-dire le droit des barons britanniques et américains de la drogue à ouvrir le marché chinois.

Impérialisme moderne

La vente de drogue à la Chine ne s’est pas terminée au XIXe siècle. Sous le règne du président Ronald Reagan, par exemple, les États-Unis ont forcé la Chine, le Japon, la Corée du Sud et Taiwan à acheter des cigarettes fabriquées aux Etats-Unis, le tout au nom de l'ouverture de leurs marchés au libre-échange. (Ndt : l’impérialisme étasunien continue à utiliser la drogue contre ses adversaires extérieurs et intérieurs)

Mais dans les années 1980, la République populaire de Chine a émergé comme  grande puissance mondiale, et la Grande-Bretagne a accepté d’abandonner Hong Kong. En 1997, la Grande-Bretagne a restitué Hong Kong à la souveraineté chinoise en acceptant de maintenir deux systèmes politiques et économiques différents. On l'a appelé "un pays, deux systèmes".
Ce  principe « Un pays, deux systèmes » a été une étape audacieuse, quelque chose qui n'avait jamais été essayé auparavant. La Chine maintiendrait son économie socialiste; Hong Kong resterait capitaliste. Hong Kong conserverait des institutions de gouvernance établies par le Royaume-Uni, y compris des tribunaux indépendants, mais aussi des élections indirectes de dirigeants politiques. Un pays, deux systèmes durerait 50 ans. (Ndt : donc en 2047 Hong Kong devrait en application de cet accord devenir une ville chinoise comme les autres)
Le Parti communiste chinois espérait qu'avec le temps, les habitants de Hong Kong comprendraient les avantages du socialisme et rejoindraient volontairement le continent. Ils espéraient que Hong Kong pourrait être un modèle pour intégrer Taïwan en Chine.

Mais Hong Kong existait depuis plus de 100 ans en tant qu’entité distincte, et la réunification n’allait pas être facile. De nombreux Hongkongais cherchent à maintenir leurs institutions capitalistes aussi longtemps que possible. Ils veulent l'élection directe de dirigeants politiques et un pouvoir judiciaire qui en cas de conflit avec Pékin penche dans leur sens.
Les Hongkongais ont développé leur propre identité, note Tom Fowdy, un analyste chinois qui a étudié à l'université de Hong Kong. "Sur le papier, ils appartiennent au même groupe ethnique, mais ils sont culturellement différents."

Droit de l'extradition

Les racines de la contestation actuelle sont le cas de Chan Tong Kai. En février, il s'est envolé pour Taïwan avec sa petite amie, l'a étranglée, empaillé son corps dans une valise, l'a jetée dans un champ, et est retourné à Hong Kong en avion. Bien qu’il ait avoué, il ne pouvait être envoyé à Taïwan parce que Hong Kong n’avait pas de traité d’extradition. (Hong Kong a conclu des accords d'extradition avec 20 pays, mais pas avec la Chine, Macao et Taïwan.)

Les autorités de Hong Kong n'ont pas pu inculper Chan d'un meurtre commis ailleurs. Ainsi, un tribunal de Hong Kong l'a condamné à une peine moins lourde et à quelques mois de prison.
L'indignation suscitée par l'affaire Chan a conduit les législateurs de Hong Kong à élaborer une loi qui autoriserait l'extradition vers n'importe quel pays au cas par cas. Taïwan a par la suite indiqué qu'elle ne demanderait pas l'extradition de Chan, ce qui rendait l'affaire du meurtre sans objet. Mais la question de l'extradition est restée sur la table.

Les critiques affirment que la loi proposée permettrait à la Chine de. Les critiques affirment que le projet de loi permettrait à la Chine d'extrader et d'emprisonner des dissidents politiques de Hong Kong. Cependant, les partisans de la loi soulignent qu'une infraction passible d'extradition doit constituer un crime tant en Chine qu’à Hong Kong, ce qui protège les Hongkongais contre une arrestation arbitraire. Et la loi interdit expressément l’extradition pour des crimes politiques. En outre, le projet de loi accordait au chef de l’exécutif de Hong Kong le pouvoir d’examiner les demandes d’extradition et prévoyait deux procédures de contrôle judiciaires distinctes. Et selon le bureau du directeur général, l'extradition ne «concernerait que 37 infractions passibles d'une peine d'emprisonnement de sept ans ou plus, et aucune d'entre elles n'interdit l'exercice du droit à la liberté d'expression». Mais beaucoup de personnes à Hong Kong ne font tout simplement pas confiance à Pékin. Ils citent des exemples de cas où la Chine a placé des résidents de Hong Kong en détention provisoire sans suivre les procédures judiciaires. «Le Parti communiste chinois ne respecte plus les deux systèmes», a déclaré l'activiste Leong. «Il  ne respecte que ‘un pays’.»

Les Manifestations

Le 31 mars, les Hongkongais ont manifesté contre le projet de loi. En juin, les manifestations, pour la plupart pacifiques, ont atteint des centaines de milliers de personnes. Le 9 juin, les organisateurs ont annoncé que deux millions de personnes avaient marché, tandis que la police chiffrait à 338 000 personnes.

Ensuite le 1 Juillet dans une action préprogrammée  des centaines de militants ont pénétré de force dans les locaux de l’assemblée Hong Kongaise, ils ont détruit du matériel et ont bombé des graffitis anti communistes sur les murs. Ils ont déposé le drapeau britannique sur le bureau de l’assemblée.

 Selon l’analyste Fowdy,  l’affichage du drapeau britannique ne signifie pas que les manifestants veulent un retour à la domination britannique. Au contraire, ils veulent que Hong Kong «reste une région administrative spéciale sous souveraineté chinoise. Ils ne veulent pas que Hong Kong soit juste une autre ville chinoise. » Quelle que soit l’intention des militants, le fait de lever le drapeau britannique donne à mon avis l’impression qu’ils sont en faveur de l’indépendance. Cela fait le jeu des puissances occidentales qui cherchent depuis longtemps à diviser la Chine.

Ce n’est pas un hasard si la plupart des médias traditionnels de masse soutiennent sans réserve les manifestants et cherchent à excuser les actes de violence. Un article d'opinion paru dans le Wall Street Journal a exhorté les lecteurs à considérer le vandalisme comme «un acte de désespoir après des années de frustration». Je n'ai pas encore vu ce journal appliquer cette logique aux manifestants de « Black Lives Matters » aux États-Unis.

Là se trouve la question de fond : Hong Kong est chinoise; ce n’est pas un pays indépendant. Toute tentative d'indépendance indispose les Chinois du continent, et pas seulement le gouvernement de Pékin. Contrairement à l'impression laissée par les grands médias, l'opinion de Hong Kong est divisée sur le droit de l'extradition. Le 30 juin, des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées pour manifester en faveur du projet de loi sur l'extradition et en soutien au gouvernement de Hong Kong. Les législateurs disent avoir recueilli 700 000 signatures vérifiées sur une pétition soutenant le projet de loi.

Pour le moment, toutefois, l'élan est avec les forces antigouvernementales. La directrice générale de Hong Kong, Carrie Lam, a suspendu le projet de loi et l'a déclaré «mort» le 9 juillet. Les critiques disent que cela ne suffit pas. Ils veulent qu'elle retire complètement la législation et démissionne. Les manifestations vont donc probablement continuer. La Chine et Hong Kong s’efforceront pendant de nombreuses années de déterminer exactement ce que «un pays, deux systèmes» signifie réellement.

***

22 ans après

Hong Kong, place forte capitaliste du commerce international en 1997 à la mise en œuvre du traité entre le Royaume Uni et la République de Chine, a perdu beaucoup de sa puissance d’antan.

Quelques exemples :

Transports aériens : CATHAY PACIFIC  trésor du plus puissant  groupe colonial britannique SWIRE (avec JARDINE et MATHESON) reste encore bien classé dans les classements mondiaux mais est dépassée soit par le nombre de passagers transportés soit par la capitalisation boursière par trois compagnies chinoises : Air China (à qui il est associé pour les vols à l’intérieur  de la Chine , China Eastern  China Southern.

Transports maritimes : Le récent rachat pour 6 milliards de dollars de la compagnie historique hongkongaise OOCL par l’armement chinois COSCO a porté cette dernière au troisième rang des transporteurs mondiaux de conteneurs derrière Maersk et MSC.

Ports maritimes : En tonnage global le port de Hong Kong est maintenant dépassé par plus de dix ports chinois et pour les conteneurs il est dépassé par ses deux proches voisins Shenzhen à ses débuts  en 1997 et Guangzhou (Canton).

Bourses : Hong Kong reste une bourse active mais est largement dépassée pour le volume des transactions par Shanghai et Shenzhen avec lesquelles elle est étroitement connectée

Banques : L’historique HSBC (Hong Kong and Shanghai Banking Corporation) qui fit fortune au moment des guerres de l’opium dont la direction générale demeure à Hong Kong mais dont le siège est désormais à Londres n’est plus capable de faire de l’ombre à ses nombreuses consœurs chinoises : ICBC,  Bank of China, China construction Bank, Agricultural Bank of China. Elle n’occupe plus que le 7° rang mondial.

En bref, ceci veut dire que depuis 1997 et l’entrée de la République populaire de Chine dans l’OMC en 2000, la puissance du capital anglo-saxon international matérialisée dans l’économie hongkongaise a faibli, n’est plus en mesure d’impressionner Pékin ni encore moins de peser sur  la politique économique de la République populaire. Certes Hong Kong reste une grande métropole de 7 millions d’habitants mais elle n’est plus que la 7° ville de chine et ne regroupe que  0,5 % de la population chinoise totale. Et il reste 28 ans avant l’échéance de 2047. La partie de jeu de go, l’absorption de Hong Kong sans tirer un coup de canon, commencée en 1997, va continuer.

 

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6 juin 2019 4 06 /06 /juin /2019 18:27

Bulletin n° 390 -  6 Juin  2019

La signature d’un tricheur ne vaut rien

La signature des accords de paix entre la guérilla des Farc et le gouvernement colombien avait été largement saluée dans le monde entier et avait valu au président colombien de l’époque Manuel Santos le prix Nobel de la paix.

Mais cet accord soumis à référendum avait été rejeté par la population à la suite d’une intense campagne orchestrée par l’ex président URIBE  patron puissant de la narco-droite colombienne  et leader de la majorité sénatoriale. Santos avait donc dû revoir sa copie à la baisse et renégocier l’accord avec les FARC qui s’y étaient prêtées.

A la suite de quoi les guérilleros ont déposé les armes et ont été  rassemblés temporairement dans des camps : les ETCR  où ils suivent des formations destinées à leur faciliter le retour à la vie civile et les FARC se sont transformées en parti politique légal. Les « ETCR »  qui sont supervisés par l’ONU seront fermés en Aout 2019. Les guérilleros seront alors dispersés donc fragiles.

Du côté du pouvoir SANTOS a été remplacé à la présidence par IVAN DUQUE fidèle d’URIBE qui ne fera rien pour tenir les engagements gouvernementaux de réforme agraire et de redistribution des terres arrachées par la violence armée aux paysans. Parallèlement les paramilitaires : lire « les escadrons de la mort protégés par le pouvoir » ont continué à assassiner impunément leaders syndicaux, paysans  et aussi anciens guérilleros désarmés. La paix n’est donc pas au rendez-vous.

Dans ce contexte bien établi est survenu un évènement : la libération suivie de la recapture immédiate dans des conditions crapuleuses d’un négociateur des accords de paix, un des principaux leaders et considéré comme le stratège  des FARC : JESUS SANTRICH  qui a conduit le principal négociateur des FARC  IVAN MARQUES  à l’autocritique dont suit la traduction.

Ce cri d’alarme a semble-t-il été entendu et la crainte de voir une partie des FARC rejoindre la seconde guérilla l’ELN qui n’a pas déposé les armes (et n’entend pas les déposer tant que le pouvoir ne tiendra pas ses  engagements écrits ce qui a été le cas avec les FARC) a conduit le pouvoir judiciaire (voir article publié par Initiative communiste ci-après) à relibérer JESUS SANTRICH. Ce geste d’apaisement s’inscrit dans un contexte régional particulier : dans le  plan étasunien de renversement du gouvernement du Venezuela voisin, la Colombie, son armée, ses escadrons de la mort, le tout sous la tutelle des militaires US qui disposent de 7 bases en Colombie ont un rôle important. Un renouveau de la guérilla en Colombie compliquerait la tâche.

***

Aux guérilleros dans les ETCR et à tous les Colombiens

Ivan Marquez

Ce fut une grave erreur d’avoir remis les armes à l'État tricheur, confiants dans la bonne foi de l’autre partie (souligné par nous)

 Il est temps d’élever la voix contre la mesquinerie humaine du système dirigé par l'uribisme et l'ambassade des États-Unis contre le rêve de paix de millions d'âmes qui cherchaient à mettre fin à plus d’un demi-siècle de confrontation armée.

 Quelle saleté  de Ministère public avons-nous  nous les  Colombiens qui, pour libérer, pour recapturer et pour ensuite légaliser la capture d’un non-voyant, doit  le droguer jusqu'à le  rendre inconscient  et à provoquer un arrêt respiratoire 

 Aucun Colombien n'a besoin d'être juriste pour comprendre que rien ce qu'une personne droguée par la force peut dire - comme c’est arrivé avec Santrich – n’est légal. Cette “légalisation de capture” a été une illégalité, un abus d'autorité. L’ex-Procureur Général et jusqu'aux médecins qui se sont prêtés à cette infamie rampante doivent en  répondre

 Président Duque, ne tourne pas le dos à la Constitution, ne trahis pas ton serment. Ne dynamite pas l'indépendance des pouvoirs avec cette haine sourde qui cherche seulement à réduire en miettes  et à laisser sans effet l'Accord de  paix de La Havane.  Ne déchire pas les habits  de président propre qui te protègent en face du trafic de stupéfiants, parce que tu sais très bien que ton chef politique Álvaro Uribe Vélez est un chef  mafieux aux marques ineffaçables. Souviens toi de  Pablo Escobar Gaviria très satisfait  de ton actuel chef politique qu'il a présenté comme “ce garçon béni ”, lequel alors qu’il était directeur de l'Aéronautique Civile l’a autorisé à utiliser  les pistes de l’aéroport de Yarí d'où sont partis les chargements de cocaïne qui ont inondé les rues des États-Unis.

 Par ce seul geste délictueux, Uribe peut être qualifié pour la postérité comme le précurseur du trafic de stupéfiants en Colombie. N'oublie pas que cette décision est l’origine  du malheur qui a enveloppé  tout le pays.

 Ne feins pas non plus une  douleur qui n'existe pas pour les victimes du conflit quand ton chef a les mains tachées du sang répandu par le paramilitarisme. La  mémoire historique affirme que le paramilitarisme a assassiné en Colombie plus de 100 mille Colombiens,  crimes qui continuent dans le fond obscur de l'impunité.  que répond  Uribe pour les « faux positifs »* qu'aujourd'hui ils veulent relancer comme le dénonce avec assurance le New York Times. Que répond-il  pour le déplacement forcé de la population rurale  et la spoliation violente de 8 millions d'hectares de terre. Il faut qu’Uribe et Marta Lucía Ramirez disent la vérité sur les morts de la Communauté 13 du Medellín et sur les  fosses où ils les ont cachés. Ce serait bon pour la Colombie  que les tiers  impliqués dans le conflit, pas les militaires, disent aussi la vérité.

 Président, freine cette sale campagne médiatique avec laquelle toi  et ta faction politique voulez démolir le plus beau sentiment qui palpite dans le cœur des Colombiens, qui est celui de la paix.

 Collègues de l'ETCR : au nom des commandants militaires de l'ancien Etat-major central des FARC, commandants des fronts et des colonnes, touchés par la trahison de l'Accord de paix de La Havane par l'Etat, nous réitérons, de manière autocritique, que ce fut une grave erreur que d'avoir remis les armes à un Etat qui triche, confiant dans la bonne foi du partenaire.

Quelle naïveté de ne pas nous souvenir des sages paroles de notre commandant en chef Manuel Marulanda Vélez, qui nous avait prévenus que les armes étaient la seule garantie du respect de ces accords.(souligné par nous).

La triste réalité est qu'ils nous ont posé un  lapin. Puisse la paix en Colombie continuer d'être notre bannière. Nous continuerons de nous battre pour l'obtenir. Nous devons poursuivre la lutte. La Colombie a besoin d'un nouveau gouvernement, d'un gouvernement véritablement démocratique qui tienne ses promesses et fasse du plus haut de tous les droits une réalité. Nous appelons tous les Colombiens à se mobiliser pour défendre la paix. La coopération  de tous pour la paix est le chemin.

Iván Márquez

« Faux positifs » : il s’agit d’attentats organisés par les paramilitaires et qui sont attribués par le gouvernement et les médias à la guérilla.

Traduction Comaguer

***

Colombie : La libération de Santrich renforce notre solidarité !

La récente libération de Jésus Santrich nous réjouit, mais ne démobilise pas notre solidarité!

Ivan Pinheiro *

La Cour suprême de Colombie a ordonné mercredi la libération de Jesus Santrich, l’un des anciens commandants de la guérilla des FARC et membre de sa délégation dans les pourparlers qui se sont déroulés à La Havane, en vue de la résolution politique du conflit armé dans ce pays. Au moment où j’écris, il est déjà chez lui.

Le 17 mai dernier, à la suite d’une décision de la juridiction spéciale pour la paix (créée par les accords de La Havane, spécialement pour le procès des personnes impliquées dans le conflit), Santrich avait également été libéré d’une peine absurde d’une durée supérieure à un an. Mais ce jour-là, sa liberté n’excéda pas quelques minutes : immédiatement, le gouvernement Duque / Uribe ordonna une nouvelle arrestation (et qui s’est déroulée entre la prison et son domicile), sous prétexte de prétendus crimes qui auraient été commis par lui après la conclusion des accords.

L’accusation, invraisemblable pour ceux qui connaissent la trajectoire de Jesus Santrich, ses principes humanistes et ses idéaux révolutionnaires, mais aussi qui connaissent la vigilance quotidienne avec laquelle les services de sécurité colombiens le suivaient, était la suivante:  ayant quitté les montagnes et vivant avec sa famille à Bogotá, il aurait commencé à se consacrer au trafic de drogue aux États-Unis, ce qui n’est évidemment qu’un prétexte pour justifier son extradition demandée par le gouvernement de ce pays.

La justice spécifique aux personnes impliquées dans la lutte armée avait décidé de le libérer parce qu’elle n’avait trouvé aucune preuve justifiant une arrestation arbitraire et, par conséquent, cela avait stoppé le processus d’extradition voulu par le gouvernement colombien, contrairement à celui de l’ancien guérillero des FARC, Simón Trinidad, extradé en 2004 et toujours incarcéré aux États-Unis, sans jugement.

Dans son récent arrêt, la Haute Cour de justice, sans même examiner le bien-fondé de l’accusation, a estimé que l’accusation colombienne était incompétente pour arrêter et juger Santrich. La Haute Cour de justice a même engagé une action, estimant que l’accusé avait été légalement investi en tant que député au Parlement colombien en 2018 et qu’il n’avait pas encore pris ses fonctions en raison de la persécution dont il était victime.

La récente libération de Jésus Santrich est une source de grande joie pour tous ceux qui militent contre l’impérialisme et pour le socialisme. Mais cela ne nous permet pas de nous associer plus étroitement à lui et à tous les militants qui doivent faire face au dur combat mené contre l’État terroriste colombien, qui a transformé le pays en une grande base militaire des États-Unis et utilise le paramilitarisme pour assassiner des centaines de militants sociaux et ex-guerilleros démobilisés.

L’État colombien ne pardonne pas à Santrich d’avoir osé dénoncer, même de prison, la farce dans laquelle les gouvernements Santos et maintenant les gouvernements Duque / Uribe transforment les accords de La Havane, les transformant en une lettre morte. Et il a peur de son exemple, de sa dignité et de son leadership !

Vive Jésus Santrich!

* Ivan Pinheiro est membre du Comité central du CCP; était l’un des fondateurs du Mouvement bolivarien continental

Traduction depuis le portugais JMP pour www.initiative-communiste.fr

 

 

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18 mai 2019 6 18 /05 /mai /2019 18:15

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Bulletin n° 389 – 15 mai 2019

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FRONTIERES EUROPEENNES

Le « parlement européen » dont il est beaucoup question ces jours-ci siège, comme chacun sait, à Strasbourg. Mais y siège également  une autre institution européenne moins connue quoique beaucoup plus ancienne : Le Conseil de l’Europe.

Quelques rappels historiques :

Sa création remonte à 1949. Elle est l’aboutissement d’un processus entamé dés 1945/1946 et porté d’un bout à l’autre par Winston Churchill. Celui-ci dés la fin de la guerre va s’employer à défaire l’alliance victorieuse et à enfermer l’URSS et les nouvelles démocraties populaires derrière un « rideau de fer » qu’il a lui-même tiré dans son discours de Fulton (1946)  avec l’assentiment et en présence de Truman. Une fois délimités par les anglo-saxons les deux camps de la guerre froide il s’emploie à rassembler et organiser le camp occidental en Europe. Il confirme cette politique dans son discours de Zurich (19 septembre 1946) où il appelle à la création des Etats-Unis d’Europe et en 1948, toujours avec le soutien des Etats-Unis,  en présidant en 1948 le Congrès de la Haye qui regroupe 800 parlementaires de pays d’Europe de l’Ouest. Il voit ses efforts couronnés de succès en 1949 par la création le 5 Mai 1949 du Conseil de l’Europe et la signature du traité correspondant.

La même année qui voit la fondation de l’OTAN concrétise la double emprise des Etats-Unis sur l’Europe de l’Ouest : militaire autour du noyau dur de l’UEO (Union de l’Europe occidentale)  et idéologique le Conseil de l’Europe élargissant à la sphère de la culture et de ce qui ne se nomme pas encore le « droitdel’hommisme ». Les membres fondateurs sont au nombre de 10 : Belgique, Danemark, France, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Norvège, Suède et Royaume-Uni.

Un absent notable : l’Allemagne. En effet il a fallu que les Etats-Unis et la Grande Bretagne réussissent, malgré les réticences de la France troisième puissance occupante, à unifier ce qui va devenir la RFA : l’Allemagne de l’Ouest et à enfermer derrière le rideau de fer churchillien l’Allemagne de l’Est qui du point de vue de l’URSS et en conformité avec les  accords d’armistice  n’était alors que la zone soviétique d’occupation. Ce sera chose faite un an plus tard pour le Conseil de l’Europe et en 1953 pour l’adhésion de l’Allemagne de l‘Ouest à l’OTAN. La même année le Conseil de l’Europe approuve la Convention européenne des droits de l’homme et se dotera pour faire respecter son application de la COUR EUROPEENNE DES DROITS DE L’HOMME devant laquelle tout citoyen d’un état membre peut attaquer une décision judiciaire prise contre lui dans son pays.

Il est ainsi très probable que des manifestants Gilets Jaunes lourdement condamnés par des juridictions françaises fasse appel devant la Cour Européenne qui a vivement critique les méthodes répressives de l’actuel gouvernement français. (Voir annexe)

Ensuite le Conseil de l’Europe va progressivement s’élargir et ne s’embarrassera guère de considérations géographiques sur les limites de l’Europe pour y parvenir. Ainsi se retrouvent dans cette Europe ci : la Turquie, l’Arménie, L’Azerbaïdjan la Géorgie. Après la chute de l’URSS l’ensemble des pays de l’Europe centrale et orientale y sont rentrés suivis en 1996 de la Fédération de Russie.  Ainsi un citoyen russe habitant à Vladivostok à 8500 kilomètre de Strasbourg  peut-il aujourd’hui saisir  la COUR EUROPEENNE DES DROITS DE L’HOMME.

Au total le Conseil de l’Europe compte aujourd’hui  47 pays soit une population de plus de 800 millions de personnes dispersées de l’Islande au détroit de Behring, du cercle polaire au 34° parallèle (Chypre).

Si l’on ajoute que le Conseil de l’Europe s’est doté d’un cercle d’amis politiques  dénommés « observateurs au Comité des ministres : le Saint Siège, les Etats-Unis, le Canada, le Japon et le Mexique. Enfin, les parlements nationaux du Canada, d'Israël et du Mexique ont le statut d'observateurs à l'Assemblée parlementaire. On comprend que l’Europe ainsi conçue n’a rien à voir avec des limites géographiques imprécises voire dénuées de sens mais est le nom donné depuis Washington à une zone sous hégémonie étasunienne et qui évolue en fonction de leurs ambitions impérialistes.

Le problème avec la Russie

Reste le cas de la Russie. Les années suivant la dissolution de l’URSS ont vu se multiplier les manœuvres du bloc occidental  d’abord pour mettre la main autant que possible sur les trésors miniers et industriels de la Russie cette activité a connu un coup d’arrêt après l’arrivée de Poutine au pouvoir (voir affaire Khodorkovski)  ensuite pour amarrer politiquement la Fédération de Russie au bloc occidental. L’entrée au Conseil de l’Europe faisait partie de cette stratégie. Bien sur l’assaut militaire meurtrier donné par Eltsine au parlement russe en 1993 avait rendu temporairement difficile cette adhésion mais elle devint possible en 1996 après le premier cesser le feu en Tchétchénie.

Mais la crise ukrainienne allait rendre cette intégration de la Fédération de Russie dans le concert européen délicate. Non pas que le Conseil de l’Europe ait condamné le coup d’état violent et fascisant  du Maidan à Kiev, ni le renversement par la force d’un gouvernement élu ni la tentative d’assassiner le président Yanukovitch qui ne dut son salut qu’à la fuite. Non le Conseil de l’Europe n’a pas admis le résultat écrasant du référendum par lequel la population de la Crimée a demandé dans le calme son intégration à la Fédération de Russie, demande acceptée par  la dite Fédération dans les formes constitutionnelles. La Russie a été sanctionnée par privation de son droit de vote dans l’assemblée parlementaire  du Conseil de l’Europe organe dirigeant du Conseil où elle de 18 représentants sur un total de 324 comme la France, l’Allemagne et le Royaume uni.

En conséquence la Russie a cessé de payer sa participation au budget de l’institution (7,3%) ce qui  a des conséquences sur les effectifs  du Conseil (250 postes seraient menacés sur un effectif de 2000 salariés). Comme le Conseil n’a pas levé cette sanction , la Russie menace maintenant de se retirer de la Convention des droits de l’homme , donc de priver les citoyens russes de toute possibilité de recours à la Cour européenne des droits de l’homme et de rendre son adhésion au Conseil de l’Europe inopérante. Si elle quitte le Conseil de l’Europe la frontière orientale de cette « Europe » à géométrie  décidément très variable  qui s’arrête aujourd’hui au détroit de Behring reculera de prés de 8000 km  vers l’Ouest  et s’arrêtera à Bakou sur la rive sud-ouest de la Caspienne.

La multipolarité à l’œuvre

A Strasbourg pas plus qu’à Washington à Paris ou Berlin personne ne veut admettre que la Russie défend dans les relations internationales son point de vue stratégique de monde multipolaire, qu’elle est le pays le plus étendu du monde et qu’elle peut donc à la fois se soumettre à des règles collectives dans le cadre du Conseil de l’Europe (les jugements de la CEDH sont respectés et exécutés en Russie) , participer à des organisations économiques régionales (marché commun eurasiatique ou organisation de coopération de Shanghai) et avoir conclu un partenariat stratégique avec la Chine.

Le monde des blocs antagoniques façonné par Churchill et mis en œuvre par les Etats-Unis voici plus de 70 ans ne fonctionne plus et bien que traversé de contradictions de plus en plus nombreuses « l’Occident » (concept géographiquement sans fondement, une sphère n’a pas de côtés) peine à l’admettre.

***

ANNEXE

Le Conseil de l’Europe préoccupé par la répression des manifestations de Gilets jaunes

30 janvier 2019

Le Conseil de l’Europe a taclé le gouvernement français pour les opérations lancées contre les manifestations de Gilets jaunes, qui poursuivent leur mouvement depuis 11 semaines. La commissaire aux droits de l’Homme, Dunja Mijatovic, qui s’est rendue à Paris le 28 janvier pour évoquer les questions de droits de l’Homme dans le contexte du mouvement des Gilets jaunes, s’est dite alarmée par le «niveau élevé de tension qui prévaut actuellement en France».

Elle a indiqué «s’inquiéter en particulier du grand nombre de personnes blessées, certaines très gravement, dans les manifestations ou en marge de celles-ci, notamment par des projectiles d’armes dites de défense intermédiaire telles que le lanceur de balles de défense», indique une déclaration du Conseil de l’Europe. Lors de son déplacement, Dunja Mijatovic a entendu les préoccupations exprimées par ses interlocuteurs concernant les violences.

«Les forces de l’ordre, parmi lesquelles de nombreux blessés sont aussi à déplorer, opèrent dans des conditions difficiles, notamment liées à l’hostilité de certains manifestants», a-t-elle constaté, en se disant toutefois préoccupée «par le nombre et la gravité des blessures résultant de l’usage de la force par les forces de l’ordre».

Dunja Mijatovic estime également que «la proposition de loi visant à prévenir les violences lors des manifestations et à sanctionner leurs auteurs, actuellement en discussion à l’Assemblée nationale, ne doit conduire à aucune restriction de la liberté d’expression et de réunion pacifique ainsi qu’au droit à la liberté et à la sûreté», ajoute la déclaration.

«La commissaire est particulièrement préoccupée par la disposition visant à interdire préventivement, par une décision administrative et sans contrôle préalable d’un juge, de prendre part à une manifestation, note encore le document. Elle s’inquiète également de celle érigeant en délit la dissimulation volontaire partielle ou totale du visage au sein ou aux abords d’une manifestation.»

«Dans un contexte si délicat, j’invite le gouvernement et le législateur à ne pas aller dans cette direction et à privilégier les voies du dialogue et à garantir le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales», a indiqué Dunja Mijatovic.

L’acte 11 de la mobilisation des Gilets jaunes a réuni quelque 69.000 manifestants samedi dans toute la France, dont 4.000 à Paris, selon le ministère de l’Intérieur. Ces chiffres font l’objet de polémiques. Dans certaines villes, notamment dans la capitale, les manifestations ont une nouvelle fois créé des tensions faisant des blessés. Ainsi, Jérôme Rodrigues, l’une des figures des Gilets jaunes, a été grièvement blessé à l’œil par les forces de l’ordre.

 Source: Sputnik

 

 

 

 

 

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comag
18 avril 2019 4 18 /04 /avril /2019 11:39

comaguer.over-blog.com

Bulletin n° 388 – 17 avril 2019

***

                   Bamiyan, Babylone, Palmyre, Notre-Dame 

 

Dans son style ironique (voir ci-après son article dont nous reproduisons le titre sobre et explicite) le grand journaliste international Pepe Escobar prend heureusement de la distance avec la clameur médiatique et politique déclenchée par l’incendie de Notre Dame de Paris et il souligne le danger de l’opération de manipulation de l’opinion en cours.

 En effet, l’émotion sincère de la population ne doit pas cacher :

  1. Que l’Etat a failli en toute connaissance de cause à ses obligations légales Issues de la loi de séparation de l’église et de l’Etat de 1905.
  2. Que les projets très dangereux et inquiétants de Macron de modifier cette loi ouvrent la porte à la privatisation du patrimoine architectural national.
  3. Que le grand capital et les grandes fortunes françaises (Arnault et Pinault) étaient déjà en embuscade , la promptitude de leur réaction permet de le penser, pour mettre la main sur le pactole et ont donc mis dans l’instant sur la table de ce poker institutionnel 300 millions d’euros face au petit joueur Macron qui est en fait leur compère et perd toujours. (Dans ce jeu truqué l’Etat s’endette et les milliardaires s’enrichissent)
  4. Que le rétablissement de l’ISF (environ 4 milliards par an) qu’Arnault et Pinault sont reconnaissants à Macron  de ne pas payer  aurait permis à l’Etat de remplir cette obligation  de rénovation de Notre Dame de Paris (150 millions d’euros) et bien d’autres.
  5. Qu’il est de la plus extrême urgence que cet argent qui n’est qu’une toute petite partie de l’immense patrimoine  de ces donateurs soit versé dans un fonds public contrôlé par les représentants de la population. Ce fonds devrait s’inspirer du principe qui régit les coopératives : chaque donateur, qu’il ait versé un euro ou 100 000, dispose d’une voix. Dans la république cela s’appelle l’EGALITE.
  6. Que la France soutient et arme l’Arabie Saoudite qui, dans sa guerre meurtrière contre le Yémen, s’emploie à détruire les trésors archéologiques du pays largement présents au patrimoine mondial de l’UNESCO.

***

Bamiyan, Babylone, Palmyre, Notre-Dame

Par Pepe Escobar

Publié le 16 avril 2019 Information Clearing House " –

Les Bouddhas de Bamiyan ont été détruits par une secte intolérante prétendant suivre l’Islam. Dans toute l’Asie le bouddhisme a été affligé. L’Occident n’y a guère  prêté attention.

Les ruines restantes de Babylone, et le musée qui y était associé, ont été occupés, pillés et vandalisées par une base des marines US pendant l’opération « Shock and Awe » en 2003. L’Occident n’y a pas prêté attention.

De vastes secteurs  de Palmyre – oasis légendaire sur la route de la soie – ont été détruits par une autre secte intolérante qui prétendait suivre l’Islam avec ses arrières  couverts par  des couches de renseignement occidental. (ndt : il s’agit des arrières au sens militaire  ce qui veut dire que les djihadistes qui n’avaient ni drones ni satellites d’observation recevaient des services de renseignement occidentaux des informations sur les mouvements de l’armée arabe syrienne). L’Occident n’y a pas prêté attention.

En Syrie des dizaines d’églises catholiques et orthodoxes ont été incendiées par la même secte intolérante qui prétendait suivre l’Islam avec ses arrières  sponsorisés et armés, entre autres, par les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France. L’Occident n’y a prêté aucune attention.

 

Notre-Dame, qui à bien des égards peut être considérée comme la matrice de l’Occident, s’est partiellement consumée dans un feu théoriquement aveugle.

Surtout le toit : des centaines de poutres en chêne, dont certaines datent du XIIIe siècle. Métaphoriquement, cela pourrait être interprété comme la combustion du toit sur les têtes collectives de l’Ouest.

Mauvais karma? Rien d’autre? 

Revenons maintenant aux aspects concrets.

Notre-Dame de Paris appartient à l’État Français, qui n’a pas beaucoup accordé d’attention à un joyau gothique qui traversa huit siècles.

Des fragments d’arcades, de chimères, de reliefs, de gargouilles tombaient toujours au sol et étaient conservés dans un dépôt improvisé à l’arrière de la cathédrale.

Il a fallu attendre  l’année dernière pour que Notre-Dame obtienne un chèque de 2 millions d’euros pour restaurer la flèche - qui a brûlé et est tombée hier.

Selon le meilleur expert du monde sur Notre-Dame, qui se trouve être un américain, Andrew Tallon, (ndt : décédé récemment cet universitaire avait mis au point un système de scanographie des monuments permettant leur reproduction en 3 D qu’il a appliqué à Notre-Dame de Paris dans sa totalité) la restauration de l’ensemble de la cathédrale aurait coûté 150 millions d’euros,

Récemment, les gardiens de la cathédrale et l’État Français étaient véritablement en guerre. L’État Français gagnait au moins 4 millions d’euros par an, en faisant payer aux touristes l’entrée aux tours mais reversait seulement 2 millions euros pour l’entretien de Notre-Dame. Le recteur de Notre-Dame a refusé de faire payer l’entrée  à la cathédrale – comme cela se produit, par exemple, au Duomo  (NDT la cathédrale) de Milan.

Notre-Dame survit essentiellement grâce aux dons – qui permettent de payer les salaires des 70 employés qui doivent non seulement superviser les masses de touristes, mais aussi organiser huit messes par jour.

La proposition de l’État Français pour alléger cette  charge : organiser une loterie de bienfaisance. Ce qui veut dire : privatiser ce qui est un renoncement à l’engagement et aux  obligations de l’État. (NDT : en application de la loi de 1905)

Alors oui: Sarkozy et Macron, leurs gouvernements entiers sont directement et indirectement responsables de l’incendie.

Maintenant vient l’heure de la Notre-Dame des milliardaires.

Pinault (Gucci, Saint-Laurent) a promis 100 millions euros de sa fortune personnelle pour la restauration. Arnault (Louis Vuitton Moët Hennessy) a doublé, s’engageant à 200 millions euros.

Alors pourquoi ne pas privatiser ce sacré patrimoine  immobilier- dans le style « capitalisme désastre »?

Bienvenue à Notre-Dame, résidence de luxe, hôtel et centre commercial rattaché.

Pepe Escobar est correspondant régulier d’Asia Times. Son dernier livre est 2030.

Traduction COMAGUER

 

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18 avril 2019 4 18 /04 /avril /2019 11:36

http://comaguer.over-blog.com

Bulletin n° 388 – 17 avril 2019

***

                   Bamiyan, Babylone, Palmyre, Notre-Dame 

 

Dans son style ironique (voir ci-après son article dont nous reproduisons le titre sobre et explicite) le grand journaliste international Pepe Escobar prend heureusement de la distance avec la clameur médiatique et politique déclenchée par l’incendie de Notre Dame de Paris et il souligne le danger de l’opération de manipulation de l’opinion en cours.

 En effet, l’émotion sincère de la population ne doit pas cacher :

  1. Que l’Etat a failli en toute connaissance de cause à ses obligations légales Issues de la loi de séparation de l’église et de l’Etat de 1905.
  2. Que les projets très dangereux et inquiétants de Macron de modifier cette loi ouvrent la porte à la privatisation du patrimoine architectural national.
  3. Que le grand capital et les grandes fortunes françaises (Arnault et Pinault) étaient déjà en embuscade , la promptitude de leur réaction permet de le penser, pour mettre la main sur le pactole et ont donc mis dans l’instant sur la table de ce poker institutionnel 300 millions d’euros face au petit joueur Macron qui est en fait leur compère et perd toujours. (Dans ce jeu truqué l’Etat s’endette et les milliardaires s’enrichissent)
  4. Que le rétablissement de l’ISF (environ 4 milliards par an) qu’Arnault et Pinault sont reconnaissants à Macron  de ne pas payer  aurait permis à l’Etat de remplir cette obligation  de rénovation de Notre Dame de Paris (150 millions d’euros) et bien d’autres.
  5. Qu’il est de la plus extrême urgence que cet argent qui n’est qu’une toute petite partie de l’immense patrimoine  de ces donateurs soit versé dans un fonds public contrôlé par les représentants de la population. Ce fonds devrait s’inspirer du principe qui régit les coopératives : chaque donateur, qu’il ait versé un euro ou 100 000, dispose d’une voix. Dans la république cela s’appelle l’EGALITE.
  6. Que la France soutient et arme l’Arabie Saoudite qui, dans sa guerre meurtrière contre le Yémen, s’emploie à détruire les trésors archéologiques du pays largement présents au patrimoine mondial de l’UNESCO.

***

Bamiyan, Babylone, Palmyre, Notre-Dame

Par Pepe Escobar

Publié le 16 avril 2019 Information Clearing House " –

Les Bouddhas de Bamiyan ont été détruits par une secte intolérante prétendant suivre l’Islam. Dans toute l’Asie le bouddhisme a été affligé. L’Occident n’y a guère  prêté attention.

Les ruines restantes de Babylone, et le musée qui y était associé, ont été occupés, pillés et vandalisées par une base des marines US pendant l’opération « Shock and Awe » en 2003. L’Occident n’y a pas prêté attention.

De vastes secteurs  de Palmyre – oasis légendaire sur la route de la soie – ont été détruits par une autre secte intolérante qui prétendait suivre l’Islam avec ses arrières  couverts par  des couches de renseignement occidental. (ndt : il s’agit des arrières au sens militaire  ce qui veut dire que les djihadistes qui n’avaient ni drones ni satellites d’observation recevaient des services de renseignement occidentaux des informations sur les mouvements de l’armée arabe syrienne). L’Occident n’y a pas prêté attention.

En Syrie des dizaines d’églises catholiques et orthodoxes ont été incendiées par la même secte intolérante qui prétendait suivre l’Islam avec ses arrières  sponsorisés et armés, entre autres, par les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France. L’Occident n’y a prêté aucune attention.

 

Notre-Dame, qui à bien des égards peut être considérée comme la matrice de l’Occident, s’est partiellement consumée dans un feu théoriquement aveugle.

Surtout le toit : des centaines de poutres en chêne, dont certaines datent du XIIIe siècle. Métaphoriquement, cela pourrait être interprété comme la combustion du toit sur les têtes collectives de l’Ouest.

Mauvais karma? Rien d’autre? 

Revenons maintenant aux aspects concrets.

Notre-Dame de Paris appartient à l’État Français, qui n’a pas beaucoup accordé d’attention à un joyau gothique qui traversa huit siècles.

Des fragments d’arcades, de chimères, de reliefs, de gargouilles tombaient toujours au sol et étaient conservés dans un dépôt improvisé à l’arrière de la cathédrale.

Il a fallu attendre  l’année dernière pour que Notre-Dame obtienne un chèque de 2 millions d’euros pour restaurer la flèche - qui a brûlé et est tombée hier.

Selon le meilleur expert du monde sur Notre-Dame, qui se trouve être un américain, Andrew Tallon, (ndt : décédé récemment cet universitaire avait mis au point un système de scanographie des monuments permettant leur reproduction en 3 D qu’il a appliqué à Notre-Dame de Paris dans sa totalité) la restauration de l’ensemble de la cathédrale aurait coûté 150 millions d’euros,

Récemment, les gardiens de la cathédrale et l’État Français étaient véritablement en guerre. L’État Français gagnait au moins 4 millions d’euros par an, en faisant payer aux touristes l’entrée aux tours mais reversait seulement 2 millions euros pour l’entretien de Notre-Dame. Le recteur de Notre-Dame a refusé de faire payer l’entrée  à la cathédrale – comme cela se produit, par exemple, au Duomo  (NDT la cathédrale) de Milan.

Notre-Dame survit essentiellement grâce aux dons – qui permettent de payer les salaires des 70 employés qui doivent non seulement superviser les masses de touristes, mais aussi organiser huit messes par jour.

La proposition de l’État Français pour alléger cette  charge : organiser une loterie de bienfaisance. Ce qui veut dire : privatiser ce qui est un renoncement à l’engagement et aux  obligations de l’État. (NDT : en application de la loi de 1905)

Alors oui: Sarkozy et Macron, leurs gouvernements entiers sont directement et indirectement responsables de l’incendie.

Maintenant vient l’heure de la Notre-Dame des milliardaires.

Pinault (Gucci, Saint-Laurent) a promis 100 millions euros de sa fortune personnelle pour la restauration. Arnault (Louis Vuitton Moët Hennessy) a doublé, s’engageant à 200 millions euros.

Alors pourquoi ne pas privatiser ce sacré patrimoine  immobilier- dans le style « capitalisme désastre »?

Bienvenue à Notre-Dame, résidence de luxe, hôtel et centre commercial rattaché.

Pepe Escobar est correspondant régulier d’Asia Times. Son dernier livre est 2030.

Traduction COMAGUER

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29 mars 2019 5 29 /03 /mars /2019 16:40

AU FIL DES JOURS ET DES LECTURES N° 215

25 mars 2019

Démocratie ou bonapartisme

 

La crise politique actuelle (en France bien sûr mais dans de nombreux pays européens)  suscite un intérêt renouvelé et de nombreux débats sur la constitution, les pouvoirs présidentiels, les référendums, les modes de scrutin.

Le philosophe italien Domenico Losurdo, décédé en 2018 avait consacré en 1993  un ouvrage à l’ensemble de ces questions.

En repartant de la période de la Révolution française il suit les progrès dans le monde, avec ses avancées et ses reculs, du suffrage universel. Il en conclut qu’aujourd’hui le suffrage universel est un acquis incontournable et que la classe dominante, incapable de le supprimer, en est réduite à le contourner, à en déformer l’expression, à le manipuler avec toutes sortes de techniques (découpage électoral, médias, sondages, fausses nouvelles). Le point d’arrivée en est un système politique que LOSURDO appelle le « bonapartisme » invention française  puisque le modèle en est Napoléon III.

Ce bonapartisme a refait vigoureusement surface dans la République française avec le coup d’état de 1958. Il en est issu une constitution toujours en vigueur dont le caractère de dévoiement du suffrage universel est de mieux en mieux compris par les électeurs.

Cette compréhension a conduit jusqu’à présent à un repli abstentionniste de plus en plus massif. Ce qui se joue dans la crise politique actuelle est la recherche de nouvelles règles du jeu constitutionnelles permettant au suffrage universel de recouvrer un rôle déterminant dans la définition de la politique nationale.

L’extrait qui suit est un rappel utile des conditions de  l’installation du bonapartisme dans la République française.

 

***

Extrait de

Démocratie ou bonapartisme

Triomphe et décadence du suffrage universel

Domenico Losurdo

(Le temps des cerises – 2007  - édition originelle italienne 1993)

 

Gaullisme et république présidentielle en France

Pour ce qui concerne la marche du bonapartisme soft dans le second après-guerre, ce qui se passe en France est particulièrement significatif. Les évènements qui portent au changement constitutionnel ont leur origine dans un pronunciamiento militaire à Alger, le 13 mai 1958, aux cris de « L’armée au pouvoir ». Ils se développent avec le débarquement, dix jours après, des parachutistes dans une Corse rapidement occupée, et aboutissent à l'arrivée au pouvoir d'un général encore entouré de la gloire conquise au cours de la seconde guerre mondiale. C'est le scénario classique du bonapartisme. Le recours au referendum pour légitimer les résultats du coup d'État, et la nouvelle constitution fondée sur une personnalisation radicale du pouvoir, est également classique. La propagande officielle explique de façon obsédante que dire oui à de Gaulle signifie dire « oui à la France ». C'est la technique ordinaire de l'externalisation du conflit qui tend à faire passer les adversaires du coup de force comme substantiellement étrangers à l'âme nationale. Ce n'est pas par hasard que le général-président se pose tout de suite en interprète privilégié de la France éternelle et de sa grandeur nationale. Mais voici comment se déroule le referendum qui signe l'acte de naissance de la Cinquième République :

« La campagne fut brève, mais ardente, à la hauteur de l'importance de l'enjeu. Le Oui submergea le Non, tant par le nombre des mouvements qui le soutenaient (...) que par la supériorité des moyens mis à leur disposition par les pouvoirs publics. Manifestes, tracts, diffusion à des millions d'exemplaires d'un journal rédigé pour la circonstance, imposèrent le Oui avec une insistance obsessionnelle dont les adversaires dénoncèrent l'abus. En effet, le pli officiel envoyé à chaque citoyen contenait, en plus du matériel électoral et du texte de la constitution objet du referendum, le discours prononcé le 4 septembre par le général de Gaulle recommandant son adoption"(René Rémond Le retour de De Gaulle –Complexe Bruxelles 1987)

 Comme l'a montré Weber, le chef césarien n'arrive pas au pouvoir par « une "élection" ou un "vote" normal », mais bien par un plébiscite. Dans l'organisation de celui-ci intervient le pouvoir d'État, quand l'hégémonie détenue au niveau de la société civile et dérivant en premier lieu du monopole des moyens de production matériels et spirituels ne suffit pas à garantir le contrôle des moyens d'information. Le chef césarien — souligne toujours Weber — est élevé au pouvoir non sur la base d'un programme ou de contenus politiques déterminés, mais bien en vertu d'une « profession de "foi"» ; et la presse française la plus autorisée parle, au lendemain du referendum, de « chèque en blanc » à de Gaulle. Comme au temps de Louis-Napoléon, sont visés les partis et tout système électoral qui, en les favorisant, introduit un écran pénible dans le rapport direct et immédiat entre masse atomisée et leader, gênant la « profession de foi » qui doit unir la première au second. La nouvelle constitution, élaborée aussi sur la base de l'étude de la constitution bonapartiste de 1852, introduit tout de suite le système uninominal. A ce propos, on enregistre un changement significatif dans l'attitude de De Gaulle, qui en 1945, polémiquant contre l'instabilité de la Troisième République, fondée sur le scrutin uninominal, avait introduit la représentation proportionnelle, bien qu'altérée et modifiée de manière à favoriser les grands partis. À treize années de distance, le général change radicalement d'idée, ayant désormais pleinement compris la fonctionnalité du système uninominal par rapport au régime bonapartiste qu'il s'apprête à réaliser. À la différence de Louis-Napoléon, le général-président instaure non pas une dictature bonapartiste incapable de durer dans le temps et d'assurer une succession ordinaire, mais bien un régime, et un régime qui fonctionne si bien qu'il verra ensuite l'arrivée et la permanence au pouvoir, pour deux septennats, de ce François Mitterrand qui pourtant avait dénoncé, dans un pamphlet batailleur, l'inspiration bonapartiste de ce qu'il définissait avec raison comme le « coup d'État » de 1958". Et dans ce cas aussi, on peut constater la souplesse avec laquelle, dans le cadre du bonapartisme soft, il est possible de passer de la normalité à l'état d'exception : au moment le plus aigu de la crise qui s'ouvre en 1968, de Gaulle disparaît mystérieusement, pour ne réapparaître qu'après avoir eu à Baden-Baden, hors de France, une conversation rassurante pour lui avec le général Massu, le chef des troupes les plus efficaces et les plus éprouvées : le président est prêt à se transformer en dictateur à l'occasion d'un état d'exception, dont il est lui-même le seul juge de la réalisation.

 

 

 

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