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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 14:52

Business as usual !

Les missiles de croisière TOMAHAWK sont produits par la compagnie étasunienne RAYTHEON également fabricant des missiles Patriot.

D’après les classements du SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute) cette entreprise est la 4° entreprise mondiale d’armement et probablement le premier producteur mondial de missiles. Son chiffre d’affaires dépassait 20 milliards $ en 2013 et selon d’autres sources aurait atteint 23 milliards $ en 2015.Les bénéfices déclarés sont de l’ordre de 10 % du chiffre d’affaires. Aux présidentielles de 2012 RAYTHEON a donné un peu plus aux Républicains qu’aux Démocrates

Le tir de 59 Tomahawk sur la Syrie a été salué par une légère hausse du titre à Wall Street et va permettre de reconstituer les stocks de l’US Navy qui en est le principal utilisateur. L’annonce d’une hausse des dépenses militaires du pentagone pour le nouvel exercice prend désormais un sens très concret et le complexe militaro-indsutriel se réjouit de cette concrétisation. En effet RAYTHEON qui a reconstitué ses stocks en 2012 pour livrer 361 missiles en 2012 et 252 en 2013 à l’US Navy avait craint de devoir arrêter sa production en 2014 si de nouvelles commandes n’arrivaient pas. L’action de Trump va venir apaiser ces craintes et l’usine de montage des TOMAHAWK à Tucson dans l’Arizona va continuer à produire.

De conception ancienne – années 70 - le Tomahawk est un missile subsonique qui vole en basse altitude. Il est tiré depuis des navires de surface ou des sous-marins. Il peut, dans certaines versions, être équipé d’une ogive nucléaire. Guidé par GPS le Tomahawk est considéré comme assez précis sur des cibles fixes mais moins sur des cibles en mouvement. RAYTHEON en aurait produit plus de 4000 exemplaires.

Le prix du Tomahawk est estimé aujourd’hui autour de 1 million de dollars pièce, Raytheon annonce un chiffre inférieur mais certains chroniqueurs militaires parlent de 1,5 millions $ . Donc la salve de jeudi soir a coûté environ 59 millions de dollars.

Des centaines de Tomahawk ont été lancés sur l’Irak à diverses occasions entre 1991 et 725 en 2003 au moment de l’invasion. Il a également été utilisé contre la Serbie dans la guerre du Kosovo et 200 exemplaires environ ont été lancés sur la Libye en 2011 au moment de l’attaque occidentale. Le Yémen a été ciblé en 2016 mais dans l’indifférence générale puisque « les USA ne sont pas en guerre au Yémen ! ».

La base aérienne syrienne attaquée dans la nuit de Jeudi à vendredi a retrouvé son activité normale dés le Samedi 8 Avril.

 

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2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 17:50

Un mur, des murs

Murs partout, les maitres assiégés …


 

L’inquiétude des classes dirigeantes occidentales face aux incertitudes sur les politiques que va réellement conduire l’administration TRUMP est patente. Le personnage lui-même se garde bien de les lever essayant de profiter au moins temporairement par ses annonces tonitruantes et déstabilisatrices d’un effet de peur voire de sidération de ceux qui s’opposeraient à son ambition de redonner, comme il l’a dit, à « l’AMERIQUE » sa prédominance perdue.

Le premier cas mais il y en aura d’autres puisqu’il s’agit de l’application d’une méthode de gouvernement directement inspirée par la gestion contemporaine des grands monopoles capitalistes (cost killing, contrats éphémères et précaires avec tous : salariés, clients, fournisseurs…) qui est soumise à l’épreuve du feu, est celui du mur avec le Mexique.

La nouvelle fait aussitôt le tour du monde et rares sont ceux qui rappellent que la construction du dit mur a commencé sous Clinton s’est poursuivie sous Bush qui a fait valider cette politique par le Congrès en 2006 et qu’aujourd’hui les fractions de mur déjà construites représentent en gros un sixième des 3000 kilomètres de la frontière commune. Rares sont ceux également qui n’oublient pas de mentionner que la pratique des murs entre Etats s’est beaucoup répandue dans le monde ces dernières décennies (les deux plus connus sont le mur de l’apartheid israélien et le mur marocain d’isolement de la république arabe sahraouie mais il y en a d’autres) et que de plus en plus les quartiers de riches se barricadent, se murent à l’intérieur des grandes villes du monde.

Les gouvernements mexicains successifs ont observé sans réagir le phénomène qui confirmait que le traité de libre-échange de 1994, comme tous les traités de libre-échange conclus entre deux pays inégaux, profitait principalement au plus puissant des deux. Ainsi étaient fabriqués au Mexique par un prolétariat surexploité des produits manufacturés pas chers pour le marché étasunien, ainsi les produits de l’agrobusiness étasunien lourdement subventionnés pouvaient envahir le marché mexicain et détruire la paysannerie mexicaine. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes capitalistes possible, le Mexique vendu par sa bourgeoisie compradore réprimant de plus en plus violemment une population ouvrière et paysanne appauvrie. Ce grand flux transfrontalier légalisé de marchandises s’accompagnait d’un flux parasite : la drogue, pour alimenter le premier marché mondial des stupéfiants : les Etats-Unis, parachevant ainsi la violence sociale du processus libre-échangiste.

La réponse populaire à cette violence était la tentative de passer au nord avec l’espoir d’échapper à ces conditions de pays dominé. Au moment même où Clinton ouvrait la frontière aux marchandises, il commençait à la fermer aux hommes. Bush allait continuer. Il ne faut jamais oublier que ce genre de fermeture n’empêche jamais tout passage mais qu’il le limite fortement en le rendant très difficile, très onéreux et très dangereux voire mortel et que d’autre part les enfants de la bourgeoisie mexicaine qui venaient étudier aux Etats-Unis n’avaient pas besoin de passeur pour sauter le mur, ils étaient accueillis légalement comme l’étaient les diplômes mexicains qui venaient ainsi mettre au service des monopoles étasuniens des qualifications acquises aux frais de l’état et des contribuables mexicains. Le freinage était un freinage de classe, donc brutal.

Mais le freinage ne fonctionnait que sur une fraction de la très longue frontière commune. Inévitablement TRUMP allait intervenir sur ce terrain pour pousser à l’achèvement du mur. Il se trouvait ainsi face à une redoutable contradiction : tenir ses promesses électorales de limitation de la main d’œuvre immigrée, et du « fabriquons US » promesses bien reçues dans toute une série d’états de l’union où sévit la désindustrialisation et où s’étend la misère et ne pas piocher dans les caisses d’un Etat surendetté alors qu’il n’a pas prévu de taxer comme ils le mériteraient les milliardaires étasuniens. On voit mal TRUMP exiger du PDG d’Exxon qu’il vient de choisir comme secrétaire d’Etat que la plus grande compagnie US qui ne paye pas d’impôts aux Etats-Unis rapatrie ses bénéfices (somptueux mais off shore) aux Etats-Unis.

D’où l’annonce : Les Etats-Unis construisent le mur mais le Mexique paye. La seule réponse possible du président mexicain a été : « Le Mexique n’a rien demandé, il n’a rien à payer » Le gouvernement mexicain ne peut rien dire d’autre puisque le mur est un mur contre les mexicains et d’autres latinos plus au Sud et que les nombreuses victimes du difficile passage du mur sont aussi des latinos. Accepter le principe du mur et le financer aurait été pour lui outrageant. D’où le refus de Pena Nieto d’une rencontre officielle avec TRUMP.

La seconde contradiction n’est pas moins redoutable. TRUMP ne se contente pas de lancer le débat sur le mur et son financement mais il va plus loin dans les remises en cause des politiques précédentes : il annonce la révision de l’accord de libre-échange de 1994 arguant du fait que le commerce entre les deux pays est déséquilibré au détriment des Etats-Unis. Le fait est réel mais pouvait-il en être autrement puisque le but était de faire fabriquer à bas coût des produits destinés au marché étasunien par des ouvriers et ouvrières mexicains surexploités. Cette opportunité ne pouvait qu’être saisie à bras le corps par le Capital international. Deux décennies plus tard le résultat est là : les importations depuis le Mexique sont énormes.

TRUMP agite alors une menace de taxation de 20% des importations en provenance du Mexique. Que peuvent faire les multinationales qui ont profité de l’aubaine ? Plusieurs réponses sont possibles mais ne sont pas immédiates :

  • Surexploiter encore plus la main-d’œuvre mexicaine pour faire baisser son prix et en mettre une partie au chômage

  • Demander au gouvernement mexicain de dévaluer le peso pour annuler l’effet immédiat de la taxation mais les recettes consolidées en dollars baisseraient d’autant

  • Relocaliser une partie de leur production aux Etats-Unis mais à condition que le prix du travail aux Etats-Unis ne soit pas trop supérieur à ce qu’il est au Mexique donc affronter la classe ouvrière étasunienne y compris celle qui a voté TRUMP.

Dans quelque direction que l’on regarde d’immenses affrontements de classe sont en préparation au Mexique et aux Etats-Unis pour commencer mais bien au delà. Que vont faire les guatémaltèques, honduriens, salvadoriens qui transitaient par le Mexique pour passer aux Etats-Unis et qui représentaient un tiers des candidats au franchissement du mur ? Déjà les Etats-Unis avaient fait pression sur le Mexique pour qu’il construise un mur sur sa frontière Sud et en 2016 le président Pena Nieto avait semblé acquiescer en commençant par acquérir aux Etats-Unis du matériel de contrôle d’une frontière passoire et avait augmenté les expulsions.

Deux sorties : d’un côté la lutte organisée et prolongée de la classe exploitée, de l’autre l’effondrement déjà observable aux Etats-Unis dans l’overdose, le shoot généralisé, le désespoir chimiquement assisté.

Dans son discours d’investiture TRUMP a affirmé que « l’AMERIQUE » retrouverait son rayonnement mondial quand elle serait exemplaire. A ce train, il faudra attendre.

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20 janvier 2017 5 20 /01 /janvier /2017 20:34

Le vocabulaire des bouffons

*****

Les communicants de l’équipe MACRON ont labellisé HAMPERS les supporters du « jeune leader » (version française du Young leader pro étasunien dument accepté outre-Atlantique pour servir les maitres de Washington (Maison Blanche, Pentagone, FED, FMI , Banque mondiale, Goldman Sachs et autres)

Ironie du verbe !

En anglais le verbe TO HAMPER veut dire : déranger, empêcher, faire obstacle à une théorie.

Il s’agit donc de faire croire que le jeune leader dérange quoi que ce soit. Fadaises et billevesées ! Tout au plus va-t-il déranger les candidats besogneux à la primaire du PS.

Ex associé gérant de la banque ROTHSCHILD ,c’est-à-dire partageant les bénéfices de l’entreprise, il ne dérangera pas « la finance » (lire le capitalisme contemporain) dont il est un représentant au plus haut niveau et le fourbe Hollande , souvenez-vous, « mon ennemi c’est la finance ! » l’a choisi chez ROTHSCHILD comme secrétaire général adjoint de l’Elysée avant d’en faire un ministre c’est à dire avant de le mettre en circulation comme gadget nouveau sur le marché politique, nouvelle tête de gondole de la foire aux mensonges.

La soumission de François II le Fourbe à la politique étasunienne, visible dans toute son action, l’a conduit dans un premier temps à faire adouber le jeune leader par la puissance dominante. Ce fut fait dès 2013 quand Macron fut accueilli par l’UNION INTERALLIEE, club franco-étasunien très chic (adhésion annuelle entre 25000 et 50000 €) installé à quelques pas de l’Elysée dans l’ancien hôtel Henri de Rothschild pour y « exposer la politique de la France » selon les propres termes de l’invitation. Etrange république où le président délègue un de ses mignons pour se prosterner devant les maitres …*

Passé ce premier grand oral, l’impétrant est passé l’année suivante devant le jury plus large et plus transnational du club de Bilderberg. Validé ! Après pareil parcours il ne manquait plus au jeune poulain qu’un bref galop ministériel avant d’aborder le grand prix de l’Elysée. Nous y voilà !

Avis aux HAMPERS macroniens:  vous n’empêcherez rien ! Votre rôle est au contraire de pérenniser la vassalisation de la France dans l’empire militaro-capitaliste étasunien.

Et puisque votre gourou vous invite à parler anglais, vérifiez ! HAMPER, substantif, veut aussi dire « panier à linge sale » !

 

  • http://www.prixinterallie.org Voir sur ce lien une étonnante intervention en 1964 de Georges Pompidou lui aussi pur produit de l’écurie Rothschild devant le même cercle de l’Union Interalliée qui laisse entrevoir sa candidature à la présidentielle et la fin des « excentricités » gaullistes anti étasuniennes.
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18 janvier 2017 3 18 /01 /janvier /2017 21:40

TRUMP, les nouveaux habits de l’empereur ?

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Que l’élection de Trump ait surpris une bonne partie des groupes dominants aux Etats-Unis qu’ils soient dans la sphère économique et ses relais médiatiques ou dans certains secteurs de l’appareil d’Etat est désormais bien établi et les tensions dureront jusqu’aux dernières heures précédant l’investiture. Les pronostics sur la future politique du nouvel élu sont divers et très contradictoires.

Aussi n’est-il pas inutile de se reporter huit ans an arrière et de se remettre en mémoire les pronostics faits sur le nouvel élu : Barak Obama. Ambiance bien différente : il importait de tourner la page Bush et de mettre en circulation un produit nouveau : un « intellectuel noir ». Double effet d’étiquetage commercial abusif : un diplômé de droit à Harvard n’est pas nécessairement un « intellectuel », Bush était lui-même diplômé de Yale et Obama était métis.

Méfiant face à cette opération de promotion commerciale du produit Obama, COMAGUER avait à l’époque traduit et diffusé le texte d’un intellectuel brésilien dont la pertinence est maintenant établie. Le prix Nobel de la Paix attribué en début de mandat c’est-à-dire sans aucune justification concrète allait très vite confirmer la justesse de l’analyse de FREI BETTO confirmée par une récente interview sur la situation brésilienne annexée à ce bulletin. Une brève biographie de l’auteur précède le texte.

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Frei Betto

Carlos Alberto Libânio Christo, ou Frei Betto, est dominicain et écrivain, auteur de nombreux livres et essais, entre autres de Típicos Tipos, qui a obtenu le prix Jabuti en 2005. Il a été conseiller spécial de Lula en 2003-2004. La valeur de son témoignage est renforcée par la persécution qu’il a personnellement vécue sous le gouvernement militaire (1964-83). Engagé en 1969 dans la lutte armée aux côtés de Carlos Marighella et prisonnier pendant cinq ans, à sa libération en 1974, il fonde la Pastorale ouvrière puis la Pastorale de la terre, qui seront des pépinières de cadres du nouveau syndicalisme brésilien (CUT), du Parti des travailleurs (PT) et du Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST).

Source http://www.autresbresils.net/Frei-Betto

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Les vieux habits de l'empereur

(De Frei Betto, écrivain brésilien)

Traduction: COMAGUER - comaguer@orange.fr- 21.01.2009)

Après son élection comme président des Etats-Unis, Obama a dit à ses amis sionistes:

« Détruisez Gaza maintenant, avant ma prise de pouvoir, que je puisse jouer la comédie du changement ».

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Ce ne furent peut-être pas les paroles exactes, peut-être ne les prononça-t-il pas lui-même peut-être lui suffit-il de les susurrer à l'oreille de l'un de ses sicaires, ou bien ce fut l'un d'entre eux qui les lui susurrèrent; mais, directement ou indirectement, c'est bien ce qu'a dit Obama à ses principaux alliés.

Les ingénus croient - et les pusillanimes feignent de croire - que les israéliens ont interrompu leur génocide juste un jour avant la prise de pouvoir d'Obama parce que c'était Bush qui leur permettait de le perpétrer et qu'après son départ ils n'auraient plus l'autorisation du maître.

En réalité ils l'ont fait parce que le président-carpette sortant allait quitter son poste et qu'il était tellement couvert de sang qu'il était sans importance de l'en éclabousser encore un peu plus, tandis qu'il convenait de laisser le nouveau propre en apparence le plus longtemps possible.

Dans la gendarmerie sordide qu'est la Maison Blanche, l'alternance n'est pas entre des républicains et des démocrates, mais entre « mauvais » policiers et « bons» policiers. A Obama, tout comme au Kennedy néfaste, avec lequel beaucoup le comparent, est échu le rôle de bon policier. Et tout comme le boucher du Vietnam, le prochain boucher du Moyen-­Orient essayera de cacher avec son caractère atypique et son sourire facile la même politique d'expulsion et d'extermination que celle de ses prédécesseurs et de ses protecteurs.

Tout comme le mauvais policier te met la tête dans la baignoire et ensuite le bon policier essaye de te convaincre avec de mots gentils, Bush massacra des milliers d'afghans et d'irakiens et permit le massacre de milliers de palestiniens, et maintenant la tâche d'Obama est de nettoyer le sang et de signaler aux survivants du massacre qui s'ils ne se comportent pas bien, il réutilisera la manière forte. Comme s'il y avait une autre!

A l'inverse de l'empereur d'Andersen, le nouveau titulaire de l'empire prétend nous faire croire qu'il arrive au pouvoir « presque nu comme les fils de la mer », comme aurait dit Machado, il veut faire croire que nous ne voyons pas son manteau de rouge ensanglanté. Et ils sont si nombreux ceux qui, à l'intérieur et hors des Etats-Unis, feignent de ne pas le voir et il faudra, une fois de plus donner raison à Goebbels, le grand idéologue des démocraties occidentales.

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Au terme de ces huit années, le bilan est sombre. Loin d’avoir mis un terme aux guerres de Bush, en Afghanistan et en Irak, Obama les a prolongées. En Irak en particulier il a fait obstacle aux tentatives de reconstruction d’un Etat national, a favorisé l’émergence de l’Etat islamique, a soutenu la province kurde en appuyant sa dissidence et il a ajouté quatre nouvelles guerres. Par ordre chronologique : Libye, Syrie, Ukraine, Yémen.

Prenons les dans cet ordre

  • Libye : après des manœuvres douteuses d’apaisement menées avec l’appui de la France et de la Grande-Bretagne auxquelles Kadhafi cède, la guerre commence par la violation de la résolution du Conseil de Sécurité, énorme pied de nez à la Russie (Medvedev président) et à la Chine (Hu Jin Tao président) qui s’étaient abstenues. S’en suit la destruction du pays, le renversement du régime et l’assassinat programmé du chef de l’Etat, le tout accompagné du rire haineux et satisfait d’Hillary Clinton.
  • Syrie : le renversement du régime sur le mode du printemps arabe ayant échoué, le recours à la violence armée est très vite décidé. Des bandes de plus en plus internationales et de plus en plus nombreuses (on avance le chiffre de 200 000 hommes, « rebelles » dans le jargon propagandiste occidental, décapiteurs et empoisonneurs de réseaux d’eau potable sur le terrain) de terroristes sont financées, équipées et conseillées par l’Occident (USA, France, Grande-Bretagne, Israël, Allemagne et leurs alliés Arabie Saoudite, Qatar, Jordanie). L’armée arabe syrienne résiste mais la partie est difficile, ses adversaires sont dotés d’armements plus modernes que les siens et une partie du territoire échappe à son contrôle. Cette guerre qui a perdu très vite tout caractère civil est une guerre internationale organisée par le camp occidental et dont l’issue aujourd’hui proche est sa défaite face à une coalition militaire de la Russie de l’Iran et du Hezbollah autour du noyau dur de l’armée arabe Syrienne et de l’Etat syrien qui a continué à fonctionner sur la partie la plus peuplée du territoire.
  • Ukraine : susciter une guerre civile dans ce pays qui était la république la plus développée de l’ex URSS a paru la seule façon de couper des liens historiques, culturels, et économiques très forts avec la Fédération de Russie. Opération menée sans relâche pendant deux décennies, ratée une première fois avec l’’échec de la révolution orange et reprise en 2014 avec cette fois la participation active des organisations fascistes bien préparées et faisant usage de leurs pires méthodes (voir massacre de la bourse du Travail d’Odessa). Guerre civile financée par les Etats-Unis comme attesté par Madame Nuland (« nous avons dépensé 5 milliards de dollars »).Résultat : la Crimée retourne dans le giron russe qu’elle n’avait quitté que sur un coup de tête bureaucratique de Khrouchtchev et un pays divisé, appauvri qu’une partie de sa population a fui.
  • Yémen : Une guerre menée officiellement par l’Arabie Saoudite surarmée par les Etats-Unis et appuyée par les moyens d’observation (satellites, avions Awacs), par l’usage des drones US décollant depuis Djibouti, par la surveillance maritime des côtes yéménites assurée par la VII° flotte US et par le renseignement US contre son voisin pauvre.

Second aspect de la poursuite effrénée de la guerre impériale le plus préoccupant même s’il n’est pas pour l’heure le plus meurtrier : la mise en place de l’Axe réactionnaire pour la domination du capital anglo-saxon. Le terme utilisé par Bush junior pour dénoncer l’Axe du mal n’est plus utilisé aujourd’hui, car cet Axe part de Washington.

En effet outre ces guerres la politique internationale telle qu’elle s’est clairement dessinée au cours du second mandat d’Obama a bien consisté à mettre sur pied une coalition réactionnaire mondiale destinée à contrebalancer les puissances émergentes (et même bien émergées comme la Chine). En font clairement partie :

    • Israël : car venant d’un pays si prompt à décider d’embargos ou de sanctions commerciales dés qu’un autre Etat poursuit une politique qui lui déplait et les critiques verbales d’Obama sur les colonies ne peuvent pas faire oublier les milliards de dollars d’aide qui se poursuivent et constituent le sommet mondial de la fourberie propagandiste
    • Colombie : qui vient de signer un accord de coopération avec l’OTAN et où sont installées sept bases militaires US, futurs points d’appui d’une offensive militaire contre le Venezuela qui n’a pas succombé aux actions civiles déjà lancées et parmi lesquelles a probablement figuré l’assassinat d’Hugo Chavez.
    • Pologne : en pleine réaction anti russe et anticommuniste où viennent d’arriver les éléments de la brigade blindée étasunienne et ses 4000 hommes qui s’installeront à portée de fusil de l’enclave russe de Kaliningrad. Les Pays baltes s’inscrivent dans le même mouvement
    • Japon : qui supporte mal d’avoir dû céder la place de seconde économie mondiale à son voisin chinois et qui sous la direction du nostalgique impérial Shinzo Abe devient le point d’appui asiatique des Etats-Unis, à preuve les visites successives d’Obama à Hiroshima et d’Abe à Pearl Harbour destinées l’une et l’autre à effacer avec quelques paroles lénifiantes cette vilaine guerre du Pacifique entre impérialismes concurrents. Il est significatif et le fait a été repris dans une pétition lancée en commun par des universitaires japonais et étasuniens que les paroles de regret de Shinzo Abe pour la mort de 2400 soldats US à Pearl Harbour n’aient pas été suivies de paroles analogues pour les 300 000 massacrés de Nankin et les quelques 12 millions de morts chinois dans la guerre d’agression japonaise, pas plus que pour les souffrances infligées au peuple coréen pendant 35 ans d’occupation.
    • Australe et Nouvelle Zélande : ces isolats anglo-saxons à la périphérie de l’Asie n’ont aucune autonomie stratégique et condamnés au suivisme.
    • Reste le cas des principaux pays de l’Union Européenne : France, Grande-Bretagne, Allemagne, Italie. Si leur engagement dans la politique guerrière d’Obama n’a pas fait le moindre doute et même si certains ont pratiqué la surenchère, la France en particulier, ils sont tous aujourd’hui face à des situations politiques critiques où la question de leur vassalité vis-à-vis de Washington va inévitablement venir en débat. Leurs dirigeants, niant l’évidence, ne craindront même pas le ridicule d’imputer ces interrogations populaires profondes à de sournoises influences russes.

***

Le bon flic s’est ainsi mué en mauvais flic. Quel habit peut revêtir le nouveau président ? Celui de la brute à front bas qui écrase l’adversaire sous des tapis de bombes ou celui du fourbe cool qui tire dans le dos ? Ni l’un ni l’autre !

Trump devra répondre à un défi d’une autre magnitude : il n’aura pas à choisir entre l’habit du bon flic et celui du mauvais flic.

Il sera confronté à la perte quasi totale de la légitimité du rôle de flic mondial.

THE END !

 

ANNEXE De http://www.autresbresils.net/ La vocation littéraire de Frei Betto. 5 juillet 2016, par Manuel da Costa Pinto Source : Revista Cult - Mai 2015 Traduction par Piera Simon-Chaix - Relecture par Pascale Vigier Avec bientôt 71 ans révolus et derrière lui une soixantaine de publications, Frei Betto a découvert très tôt l’amour de l’écriture, lorsque ses rédactions d’écolier (ses compositions, comme on disait à l’époque) attirèrent l’attention de ses professeurs sur son talent. Mais il n’est devenu un auteur que « grâce aux généraux brésiliens ». Membre de l’Action catholique, groupe qui s’est opposé au régime militaire, Carlos Alberto Libânio Christo a été fait prisonnier deux fois : en 1964 et entre 1969 et 1973, alors qu’il était dans l’état de Rio Grande do Sul et participait à un réseau clandestin mis en place par les dominicains pour venir en aide aux insurgés. De cette seconde expérience résulteront deux recueils de lettres, actuellement réunies en un volume unique appelé Lettres de prison [1]. Le profil du religieux et du militant commençait à s’y esquisser, lui qui publia plusieurs livres à caractère moraliste – parmi lesquels Baptismo de sangue [Baptême de sang, non traduit], qui raconte l’enchaînement des évènements ayant mené à l’assassinat de l’activiste Carlos Marighella [2] et qui allait inspirer le film du même nom réalisé par Helvécio Ratton. La rencontre de l’action politique et de la religion a rapproché Frei Betto du christianisme progressiste des dominicains et de la théologie de la libération, mais ils n’ont jamais étouffé sa vraie vocation – la littérature. Vocation qui fut attisée par sa mère, Maria Stella Libânio Christo, une chrétienne progressiste et auteur de livres culinaires (parmi lesquels le classique Fogão de Lenha [Four à bois, non traduit] et par son père, Antônio Carlos Vieira Christo, avocat, chroniqueur et fervent anticlérical, qui pleura abondamment lorsqu’il apprit que son fils allait rentrer dans l’ordre des dominicains, mais qui plus tard deviendrait « fan de la théologie de la libération de D. Pedro Casaldáliga » selon Frei Betto. Dans l’entretien ci-dessous, mené au couvent des dominicains, dans le quartier de Perdizes, à São Paulo, l’auteur de Minas do ouro [Mines d’or, non traduit] évoque la nécessité de dissocier fiction et questions idéologiques. Ces dernières se sont toujours manifestées dans ses interventions publiques, le menant à participer au programme Faim zéro sous le gouvernement de Lula, mais sans l’empêcher d’être critique par rapport aux déviances du Parti des travailleurs (PT) et de la timidité de la gauche. CULT - À quel moment la littérature et l’écriture apparaissent-elles dans votre vie ? FREI BETTO - J’ai commencé à écrire très tôt. Je raconte toujours qu’à huit ans, quand j’étais à l’école primaire, ma professeur Dercy Passos est entrée dans la salle avec une pile de compositions (un beau nom que l’on utilisait alors pour parler des rédactions) et qu’en commençant à corriger, elle a gardé la mienne pour la fin. Elle a ensuite dit à la classe : « Vous devriez prendre exemple sur Carlos Alberto ; lui il écrit ses propres compositions, il ne demande pas à ses parents de les faire à sa place. » J’étais tellement fier... Et plus tard, en première année de ginásio [3], au collège des Maristes, mon professeur de portugais m’a appelé et m’a dit : « Si tu ne deviens pas écrivain, ce sera uniquement parce que tu ne l’auras pas souhaité ». Sauf que pour moi, être écrivain, c’était quelque chose d’un autre monde, réservé aux intellectuels. C’est à partir de là que j’ai commencé à faire du journalisme. En 1966 je suis entré là où bien des gens aimeraient terminer leur carrière : la revue Realidade [4] . Mais c’est seulement grâce aux généraux brésiliens que je suis devenu écrivain, en écrivant Lettres de prison – qui ont d’abord été publiées à l’étranger [sous un autre titre et en plusieurs volumes], d’abord en Italie, en 1971, puis en France et dans d’autres pays. C’est seulement ensuite, en 1977, qu’elles ont été publiées au Brésil. CULT - L’expérience politique a beaucoup marqué votre littérature. À quel moment une fiction « pure » a-t-elle surgi, libérée de cette préoccupation ? FREI BETTO - Le militantisme a rendu la fiction très difficile pour moi, même s’il s’agit de ce que je préfère. J’ai dû lutter pour me défaire de cette camisole de force. Mon premier roman fut O dia de Ângelo [Le jour d’Ângelo, non traduit], où cette camisole de force était encore prégnante, où j’avais mis un peu de mes expériences d’emprisonnement solitaire. Puis ça a été Hotel Brasil [5] et Minas do ouro – où j’ai un peu plus lâché la bride. CULT - Ce changement coïncide avec la période qui suit la chute du mur de Berlin, quand les grandes questions idéologiques étaient sur le déclin. C’est seulement après, par exemple, que vous écrivez Hotel Brasil, un roman policier. Existe-t-il une relation entre les deux ? FREI BETTO - Si je vais au bout de ce que je peux affirmer de façon consciente, je crois que je voulais me mettre au défi d’écrire un roman policier – double défi de créer fiction et mystère, conduire le lecteur jusqu’à la fin sans qu’il découvre l’identité de l’assassin. C’est ça que j’avais en tête. Je n’avais pas conscience qu’avec la crise des idéologies, j’allais faire de la littérature « pure ». Je réserve 120 jours par an à l’écriture. Ils ne se suivent pas, mais ils sont sacrés. Et je me retrouve très souvent à court d’idées en écrivant de la fiction ; alors, sans coup férir, je lis Machado de Assis. Il me réchauffe, provoque mon inventivité. J’ai été un lecteur vorace de Jorge Amado et d’Erico Verissimo, qui était mon ami et qui m’a aidé à mettre en place une bibliothèque dans le pénitencier où j’étais emprisonné - et j’ai été très marqué par la littérature française, Camus, le Sartre du théâtre et de La Nausée. CULT - En parlant de Jorge Amado et de Sartre, qui étaient des écrivains très engagés, quelle est votre évaluation de la gauche d’aujourd’hui ? FREI BETTO - Aujourd’hui, la gauche est une rareté. J’ai très intimement connu le monde socialiste, au Nicaragua puis à Cuba, où j’ai réalisé pendant dix ans, entre 1981 et 1991, un travail institutionnel de rapprochement de l’Église et de l’État. Avec la chute du mur de Berlin, la gauche académique, qui n’a jamais effectué de travail populaire, a été cooptée par le néolibéralisme, au point qu’aujourd’hui l’Europe occidentale connaît une crise énorme sans que la gauche fasse la moindre proposition. Le principal problème philosophique aujourd’hui, c’est que le temps n’est pas considéré selon une perspective historique. Cela a un impact sur la gauche mondiale, qui est en train de perdre son horizon utopique (il n’y a pas d’utopie, il n’y a pas de projet) et cela a aussi un impact au niveau personnel, sur la difficulté d’avoir un projet personnel dans la vie professionnelle, artistique, affective (tout le monde devient vulnérable aux difficultés rencontrées dans la relation conjugale). Tout cela mène à l’absence d’espoir et fait glisser la discussion politique du rationnel à l’émotionnel. J’ai toujours participé à des discussions politiques et je n’ai jamais été confronté à un niveau d’animosité aussi fort qu’aujourd’hui, parce que l’horizon historique s’est éteint. Ce n’est pas facile d’être de gauche dans un monde aussi séducteur que celui du capitalisme néolibéral. D’où le problème du PT, qui a perdu son horizon utopique d’un projet Brésil et qui l’a échangé contre l’horizon immédiat d’un projet de pouvoir. CULT - À quel moment vous êtes-vous rendu compte que le PT abandonnait son projet initial ? FREI BETTO - Il a disparu durant la campagne de 2002, quand le PT a choisi de s’assurer la gouvernance en s’appuyant sur le marché et sur le Congrès. C’est de là que viennent les alliances et la « Lettre aux Brésiliens » [6] qui est en fait la « lettre aux banquiers ». Le PT a abandonné à ce moment-là sa matière première, c’est-à-dire les mouvements sociaux par lesquels il aurait dû assurer sa gouvernance, comme l’a fait Evo Morales en Bolivie, qui n’avait aucun appui au parlement et s’est reposé sur les mouvements sociaux et, grâce à eux, est parvenu à changer le profil du parlement. Aujourd’hui il bénéficie du soutien des deux, c’est le président le plus solidement en place de cette moisson progressiste. Le PT a choisi le marché et le Congrès. Maintenant il est à leur merci et il en paye largement le prix. À tel point que le gouvernement a fait appel à un homme issu du monde de la finance [Joaquim Levy] pour voir s’il allait améliorer l’économie et a offert la partie politique au PMDB. CULT - Si la « Lettre aux Brésiliens » vous avait déçu, pourquoi avoir participé au programme Faim zéro, du gouvernement de Lula ? FREI BETTO - J’ai pensé que la « Lettre aux Brésiliens » était une tactique, qu’une fois élu, le PT mettrait en œuvre des réformes des infrastructures, des impôts, une réforme agraire, quelque chose. J’étais extrêmement enthousiaste. On a toujours fait appel à moi pour travailler dans l’administration, mais je n’ai jamais voulu travailler ni pour le privé ni pour les gouvernements. J’aime ma vie errante, sans entrave. Quand Lula a été élu et qu’il m’a invité pour participer du programme Faim zéro, j’ai pensé que travailler avec les plus pauvres des pauvres – les affamés – avait à voir avec mon engagement religieux et j’ai reçu le soutien de mes supérieurs dominicains et même du Vatican. Je suis resté deux ans et, d’un seul coup, le gouvernement a mis un terme au programme Faim zéro pour le remplacer par la Bolsa Familia. J’ai alors eu la certitude que ce choix allait à l’encontre de tout ce que le PT revendiquait depuis sa fondation. Le programme Faim zéro est un programme qui vise à l’émancipation des personnes concernées, la Bolsa Familia est une compensation. Le programme Faim zéro s’attaquait à la structure du pays et c’est pour ça qu’il a été boycotté par les préfets des différents états de l’union. Il était coordonné par des comités de gestion municipaux, sans passer par les préfets, sans possibilité d’utiliser les ressources du programme pour s’en servir dans le grand jeu électoral. C’est pour ça que les préfets se sont rebellés, ont fait pression sur le Ministère de l’Intérieur, qui a fait pression sur Lula. Finalement, Lula a cédé et moi je me suis enfui. CULT - Il vous est arrivé d’écrire que le PT fait du « populisme de façade ». FREI BETTO - L’erreur de Lula a été de faciliter l’accès du peuple aux biens personnels et pas aux biens sociaux, à l’inverse de ce que l’Europe a fait au début des années 1920 en donnant d’abord accès à l’éducation, l’habitation, le transport et la santé et seulement ensuite aux biens personnels. Ici c’est différent. Si vous allez dans une favela, les gens ont des télés en couleurs, une cuisinière, un frigo, des micro-ondes (grâce à l’exonération des appareils électroménagers), un téléphone portable, un ordinateur et même une voiture au pied du morro, mais ils habitent dans une favela, il n’y a pas de système d’évacuation des eaux usées, pas d’éducation de qualité. C’est un gouvernement qui organise l’intégration économique sur la base de la consommation et ne met pas en place d’intégration politique. Les gens consommaient, l’argent circulait et l’inflation était sous contrôle, mais ce n’est pas pour ça que s’est instauré quelque chose de durable. Maintenant la plaisanterie est finie, c’est le moment de payer la note et Joaquim Levy devient ministre des Finances. CULT - Les catholiques de gauche ont été méprisés par le PT à cause des compromis avec les évangélistes ? FREI BETTO - Lula a toujours reconnu que les Communautés ecclésiastiques de base (CEB) ont eu plus d’importance pour la capillarité du PT sur le territoire brésilien que le syndicalisme. Dans les années 1980, il existait des noyaux du PT au fin fond du Maranhão ou de l’Amazonas, grâce à ces communautés. Durant leur période d’activité, il n’y avait pas de fuite des fidèles vers les églises pentecôtistes. C’est le fait que le Pontificat de Jean Paul II ait réprimé les CEB qui a poussé les évêques à ne plus les soutenir et de nombreuses personnes à se tourner vers les églises évangéliques. Dans les CEB, le pauvre se sent à son aise. Mais dans une église, non. Si à la paroisse, il n’y a que des gens de classe moyenne, s’il y a la patronne, si tout est concentré autour du prêtre – les gens n’échangent pas comme dans une communauté. Les CEB existent encore, mais pas avec la même force qu’avant. Les CEB ont produit de nombreux militants, comme Erundina, Vicentinho, Chico Alencar. Les figures éthiques [du PT] ont une tradition d’église. Le PT est formé de trois segments : les gens d’Église, les syndicalistes et les gens issus de la gauche – réminiscences de la gauche de l’époque de la dictature (Zé Dirceu, Paulo Vannuchi, etc.). Ceux des CEB, par formation personnelle, n’ont jamais couru après le pouvoir. Peu à peu, ils se sont retrouvés au second plan. D’un autre côté, les évangélistes mettent en place une grande stratégie pour dominer la politique brésilienne, qui se résume à : « Nos principes religieux exigent des attitudes morales déterminées et nous ne pouvons imposer cela que de deux façons : en convertissant toute la nation (ce qui est impossible) ou en détenant le pouvoir d’inscrire dans la loi civile l’obligation pour la population de faire ce que nous voulons (puisque la loi est universelle) ». Il suffit du stylo pour qu’un principe religieux devienne une loi. CULT - Voyez-vous de la sincérité religieuse dans cette posture, ou s’agit-il de la manipulation de sentiments réactifs des fidèles ? FREI BETTO - Les deux. Il y a les fondamentalistes, et il y a ceux qui sont seulement opportunistes. Ceux-ci comprennent qu’il s’agit d’un vivier de votes. Le pasteur le dit clairement : « le candidat, c’est celui-ci ». Cela n’a pas lieu au sein de l’église catholique – ça avait lieu dans les années 1930, avec la LEC (Ligue électorale catholique), avec l’évêque qui disait « ça oui, ça non ». Dans les églises évangéliques, aujourd’hui, la trajectoire est parfaitement explicite. De nombreux hommes politiques y sont par fondamentalisme, d’autres par opportunisme. CULT - Quelle est votre position par rapport à l’autorisation de l’avortement ? FREI BETTO - Je défends le modèle français. Tout doit être mis en œuvre par l’État pour convaincre la femme de ne pas avorter, mais la décision finale lui appartient. Ce modèle, en premier lieu, a permis d’en finir avec l’avortement clandestin et a ainsi permis de diminuer le nombre de décès. En second lieu, le fait que le médecin et le responsable religieux de la femme l’incitent à ne pas avorter a permis d’augmenter le nombre de femmes qui ont cherché à avorter, mais ont finalement décidé d’assumer l’enfant. J’ai moi-même une expérience personnelle à ce sujet. J’ai déjà reçu des adolescentes dans cette situation, et j’ai toujours dit : « Va jusqu’à l’accouchement et laisse l’enfant, je m’en charge, laisse-le à la porte du couvent ». Personne n’en a jamais amené et aujourd’hui, j’ai une tripotée de filleuls... J’ai une position ouverte, je pense que l’avortement en dernière instance est un droit de la femme et ne peut absolument pas être criminalisé. CULT - Mais cela ne contrevient-il pas aux dogmes de l’église ? FREI BETTO - Ce n’est pas un dogme. Si s’en était un, l’Église devrait aussi être contre la guerre, il n’y aurait pas de chapelain militaire et, aux États-Unis, elle serait contre la peine de mort. En vérité, la théologie est ambiguë. Saint Thomas d’Aquin acceptait l’avortement jusqu’à quarante jours après la fécondation, parce qu’il n’y avait pas encore, véritablement, une personne – et c’est lui, la doctrine officielle de l’Église. La discussion théologique n’est pas fermée. À tel point que j’ai écrit un texte à ce sujet en 1988, qui a circulé au sein de la Conférence nationale des évêques du Brésil, et je n’ai jamais été confronté à des remontrances. D’ailleurs, dans ce texte, je dis que « si l’homme accouchait, l’avortement serait un sacrement »... CULT - Et pour ce qui est du mariage homosexuel ? FREI BETTO - Le fondement de la relation de tout être humain est l’amour – et s’il y a de l’amour, il y a Dieu. Le thème de la sexualité et de la famille est figé au sein de l’Église catholique depuis le 16e siècle. Plusieurs tentatives ont eu lieu pour évoquer ce thème dans les conciles, mais sans succès. Je pense que le pape François, d’une façon très intelligente, est en train de parvenir à se débarrasser de ces préjugés. Au lieu de dire « nous allons accepter le mariage homosexuel », il dit « ces couples ont des enfants, les enfants n’ont-ils pas le droit au catéchisme ? ». Grâce à ça, il ouvre déjà le champ des possibles. Il a récemment reçu au Vatican un transsexuel espagnol qui a été discriminé par les évêques et qui va désormais se marier. Ça a été un scandale en Espagne, à tel point qu’ils affirment que la droite espagnole prie ainsi pour le pape : « Seigneur, illuminez-le ou éliminez-le ». CULT - Un autre sujet d’actualité qui divise l’opinion publique est l’abaissement de la majorité pénale. Qu’en pensez-vous ? FREI BETTO - Criminaliser la jeunesse est une manière commode de ne pas avoir à se confronter à ce qui devrait être fait pour éviter la criminalité juvénile : éduquer. C’est le cas des Unités de police pacificatrice à Rio [7] : la police monte dans la favela, mais l’école, le théâtre, le cinéma, le sport, la musique ne montent pas – et le trafiquant ne souhaite pas que son fils soit un délinquant, il veut qu’il soit médecin. Une génération aurait déjà pu être sauvée à Rio si les équipements sociaux étaient eux aussi entrés dans les favelas. CULT - En tant que militant et ex-prisonnier politique, comment voyez-vous cette clameur pour la destitution de la présidente et pour le retour de la dictature ? FREI BETTO - Je ne suis pas inquiet devant ces menaces de destitution ou de coup d’état. Elles n’ont pas de base solide. Les militaires ne sortent même pas en uniforme dans la rue. Avant, les soldats se baladaient en uniforme avec orgueil, même pour draguer les filles... Je suis plutôt inquiet de la dépolitisation de la jeunesse brésilienne. Les segments de la gauche devraient être préoccupés par la politisation, comme cela a intensément eu lieu dans les années 70 et 80. Il n’y a pas de formation de la pensée critique – et alors les gens se tournent vers l’émotionnel, ils attendent le retour des militaires, sans avoir la moindre idée de ce qu’a été la dictature, parce qu’elle peut donner l’impression d’avoir été calme, mais c’est juste un effet de la violente censure. Nous sommes en train de revenir à ce niveau de désinformation, à cette répugnance envers la politique. Manuel da Costa Pinto est journaliste et critique littéraire. Témoignages au sujet de Frei Betto Raduan Nassar, écrivain : « Dans le monde stupide qui nous entoure, la voix de Frei Betto est exemplaire, elle est dotée d’une efficacité rare, d’où le respect que j’ai à son encontre » Ricardo Kotscho, journaliste : « Notre Frei Betto, également connu sous le nom de "moine volant", parce qu’il est toujours en déplacement, a un secret que nous sommes peu nombreux à connaître. Savez-vous comment il parvient à écrire tellement de livres et d’articles, à être l’auteur d’une œuvre si prolifique qu’il semble impossible qu’elle ait été écrite par un seul homme ? Il y a de nombreuses légendes à son sujet qui disent qu’il dispose d’une équipe de petits moines retraités qui passent leurs jours et leurs nuits dans le sous-sol du couvent à écrire pour lui. Betto donne un sujet, du pain et du vin à volonté, puis il signe... J’aimerais savoir où il trouve le temps de faire autant de choses en même temps, sans jamais faire faux bond à un ami ou à quiconque aurait besoin de son aide. C’est n’est pas seulement une question de temps, paraît-il, cela implique aussi la patience nécessaire pour écouter les doutes et les plaintes de tellement de gens que, bien souvent, il ne connaît même pas. Pour mieux cerner le personnage, je conseille la lecture du livre Essa escola chamada vida [Cette école appelée vie, non traduit], qui contient des témoignages que j’ai recueillis auprès de Betto et de Paulo Freire, de nombreuses années plus tard, sur leurs trajectoires de vie quand ils étaient jeunes. Seule l’école de la vie peut expliquer les mystères de cet être humain spécial, dont je suis très fier d’être l’ami et avec lequel j’ai déjà partagé de nombreuses joies et tristesses au cours de ce long voyage de rêves par les routes du monde. Ça valait le coup, Betto, et ça vaudra toujours le coup une fois encore ». Luiz Ruffato, écrivain : « En ce qui concerne Frei Betto, je jouis d’un triple privilège : je suis son lecteur depuis que je suis étudiant, je suis son voisin depuis dix ans, et, malgré la distance, j’ose dire que nous sommes amis. Pas du genre qui se voit tous les jours, car il a constamment de nombreux engagements, mais du genre qui partage des idées proches, qui ont à cœur de lutter pour un monde meilleur, pour autant que cette phrase ou ce sentiment résonnent, en nos temps d’extrême égoïsme, comme un cliché. Frei Betto est le genre d’hommes absolument nécessaires, de ceux dont nous parle Brecht : son parcours personnel se confond avec l’histoire politique récente du pays, depuis qu’il était séminariste, quand il a été emprisonné pour son combat contre la dictature militaire. Intellectuel organique, Frei Betto est l’un des grands noms de la littérature brésilienne contemporaine. Son œuvre étendue, qui comprend des dizaines de titres dans les genres les plus différents, a pour point central de proposer une réflexion sur le passage de l’humanité sur cette Terre. Quelque chose comme : quel est, finalement, le sens de la vie ? Si nous avions davantage de gens comme Frei Betto, la réponse serait simple : la recherche du bonheur. » Adelia Bezerra de Meneses, professeur de théorie littéraire et de littérature comparée à l’université de São Paulo : « Au milieu de la prolixe bibliographie de Frei Betto, je choisis un titre : Baptismo de sangue : les dominicains et la mort de Carlos Marighella. Prix Jabuti en 1982, ce livre est douloureux et indispensable. Dans ce livre, où se confondent le journaliste, l’historien, le mémorialiste et l’analyste politique – tous placés sous le signe de la Parole qui libère – Frei Betto retrace, en pleine ambiance historique du Brésil des années de plomb, le parcours de Carlos Marighella et de Frei Tito de Alencar Lima, tous deux assassinés par la répression. Mais Frei Betto lui-même, protagoniste de la résistance à la dictature militaire, n’est pas simplement un narrateur. Il est aussi un personnage de ce « temps des hommes brisés » (l’expression est de Carlos Drummond de Andrade, qui fait référence à une autre dictature, celle de Getúlio Vargas). Et Frei Betto raconte la saga de Tito, avec qui il s’est trouvé en prison, jusqu’à ce que son confrère dominicain soit emmené à la « succursale de l’enfer » qu’était l’OBAN [8]. Avec objectivité et ténacité, il construit un témoignage ému qui restera gravé – mémoire retrouvée de quelque chose qui ne pourra jamais être oublié. Guidé par l’utopie, Frei Betto semble avoir pris à sa charge, devant ses compagnons emprisonnés et assassinés, devant son frère Tito détruit par la torture, l’engagement de transmettre aux générations actuelles et futures cette mémoire partagée. Parce que se souvenir, c’est résister. » Ignácio de Loyola Brandão, écrivain : « Pendant des années, j’ai toujours vu Frei Betto arriver dans une ville avec son paquet de livres. Il transportait des livres, où qu’il aille. C’est sûr, c’est ainsi qu’il faut faire, en ce Brésil où les rares librairies qui existent sont défaillantes. Transporter ses livres, c’est un signe d’humilité et d’amour à nos écrits. C’est connaître le pays où nous vivons. Voilà l’une des nombreuses leçons que cet ami m’a données. Une fois, dans une dédicace de deux lignes, il a définit l’amitié, les relations, l’échange. Dans le roman Entre todos os homens [Entre tous les hommes, non traduit], il a écrit : « Loyola, l’amitié en laquelle je te tiens et les conversations que nous n’avons pas encore eues me manquent. » Au moment de signer, il a ajouté un néologisme extraordinaire : fraternura [mot-valise inventé à partir de fraternité et tendresse]. Tout est dit. Une fois, en apprenant que nous allons nous trouver à la même table ronde, j’ai renoncé. Connaissant sa façon de parler, je savais que j’allais être absorbé. Je n’aurais rien à dire. Cependant, davantage que la peur, c’est un raisonnement qui m’est venu à l’esprit : si je reste à cette table, je dois me concentrer sur ce que je vais dire et je ne vais pas écouter sa voix qui enrobe, douce, dure, rauque. Je n’oublierais jamais un jour, dans les années 1970, où il est venu déjeuner chez moi. Il venait de sortir de prison. Moi, qui m’imaginais un homme révolté contre tout et tous, j’ai vu arriver un homme plein de sérénité, quelqu’un qui comprenait le pourquoi et le comment des choses. Anxieux, je l’ai interrogé sur la peur. Comment ne pas lui succomber ? En prison, je mourrais avant qu’on ne me tue. Il m’a dit : "Il suffit de mesurer la quantité de peur qui est fabriquée par ton imagination. Si tu parviens à en faire abstraction, le fantasme s’arrêtera. C’est la peur amplifiée par l’imagination qui a raison de toi. ». Livres de Frei Betto traduits en français : • Hotel Brasil, trad. du portugais (Brésil) par Richard Roux, La Tour d’Aigues : Editions de l’Aube, 2012. Lien vers un compte-rendu du Monde Diplomatique. • Entretiens sur la religion avec Frei Betto, avec Fidel Castro, trad. de l’espagnol par Charles Antoine, Paris : Éd. du Cerf, 1986, [indisponible]. • Les frères de Tito, trad. du portugais (Brésil) par Charles Antoine et François Malley, Paris : les Éditions du Cerf, 1984, [indisponible]. Lien vers un court compte-rendu du Monde Diplomatique. • Lettres de prison, présentation, sélection et traduction du brésilien par Charles Antoine, Paris : Éditions du Cerf, 1980, [indisponible]. • L’Église des prisons : lettres de Betto, Paris : Desclée De Brouwer, 1972, [indisponible]. [1] Lettres de prison, présentation, sélection et traduction du brésilien par Charles Antoine, Paris : Éditions du Cerf, 1980, [indisponible]. [2] Marighella, né en 1911 a été en 1968 un fondateur de l’ALN (Action de libération nationale), mouvement qui visait à unir les différentes forces révolutionnaires. Il est aussi connu pour son manuel de guérilla urbaine. Victime d’une embuscade policière, il est tué en 1969 et amnistié en 2012. [3] Jusqu’en 1971, il s’agissait d’un cycle d’enseignement de quatre ans qui suivait l’école primaire. [4] Revue d’investigation née en 1966, confrontée à la censure après 1968, elle a cessé de paraître en 1976. [5] Hotel Brasil, trad. du portugais (Brésil) par Richard Roux, La Tour d’Aigues : Editions de l’Aube, 2012. Lien vers un compte-rendu du Monde Diplomatique. [6] Il s’agit d’une lettre que le candidat Lula a lue devant son parti. Il proposait une série de mesures économiques à discuter avec le gouvernement de Fernando Henrique afin de lutter contre la crise de 2002. [7] Unités policières implantées dans les favelas pour démanteler les trafics et prendre le contrôle territorial. [8] L’Opération Bandeirantes, le centre militaire qui coordonnait la lutte contre la résistance à la dictature.
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1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 18:20

Qu’arrive-t-il à Madame Park Geun Hye ?

Les récents évènements en Corée du Sud ont fait la une des médias mondiaux. Intérêt justifié par l’ampleur des manifestations de rejet de masse de la Présidente. Pour autant les motifs de cette opposition massive et pacifique sont-ils convaincants ?

Cette question surgit nécessairement quand on constate que les forces de police sud coréennes supérieurement équipées et allant facilement au contact et souvent de façon assez rude avec les manifestants sont restées très discrètes. Les manifestations seraient donc une réaction à des accusations de corruption de la présidente et de son entourage.

Or tous les observateurs impartiaux, tous les diplomates étrangers en poste à Séoul savent que la corruption est consubstantielle avec le miracle économique sud coréen qui a fait d’un petit pays agricole pauvre en 1953 la douzième économie mondiale. Les Chaebols, ces grandes entreprises les Hyundai, Daewoo, LG, Samsung, Hanjin et autres qui vendent aujourd’hui dans le monde entier ont un pouvoir d’influence considérable sur le gouvernement sud-coréen, quelles que soient ses orientations. Très exactement un capitalisme monopoliste d’Etat où l’Etat est au service des monopoles capitalistes nationaux. Dans ce contexte une accusation de corruption qui soudainement crée une crise politique au plus haut niveau est-elle un évènement inattendu, un mouvement d’humeur incontrôlé dans une société disciplinée ? Lors de la campagne électorale pour les présidentielles de 2012 tant Mme Park que son adversaire de centre gauche avaient annoncé une ferme volonté d’agir contre la corruption.

Pour tenter de répondre à cette question il convient de revenir sur la personne de la présidente destituée et sur son histoire.

Elle est la fille de Park Chung Hee. Ce militaire issu d’un milieu modeste commence sa carrière dans l’armée japonaise au Mandchoukouo. Sorti de formation en 1944 il est libéré après la capitulation le 02 septembre 1945 avec le grade de sous-lieutenant. Il a 28 ans. Il travaille dans la police puis rejoint l’armée coréenne. Mais lorsque la ligne de démarcation au 38° parallèle est mise en place il est chassé de l’armée car il est à l’époque adhérent au parti sud coréen des travailleurs et donc considéré comme communiste. Mais il est réintégré dés le début de la guerre dans l’armée sud coréenne et suivra aux Etats-Unis une formation militaire d’un an pendant la guerre. Il en ressort avec le grade de général de brigade.

Ce jeune général a des ambitions politiques. A la suite du renversement du président /dictateur Syngman Rhee par d’imposantes manifestations étudiantes, un gouvernement est élu. D’abord restée passive l’armée renverse ce gouvernement et Park Chung Hee s’attribue bientôt tous les pouvoirs. Il gouverne le pays d’une main de fer pendant 18 ans de 1961 à 1979. Il lance un programme d’industrialisation sous l’état d’urgence, réprimant tous les troubles sociaux engendrés par la brutalité du processus de développement. Il s’agit d’un programme national sous des barrières douanières élevées et avec une forte limitation des libertés publiques y compris syndicales. Il va finir assassiné par Kim Jae Kyu le chef des services secrets la KCIA, la CIA coréenne. Pas un assassinat clandestin et commandité, non, des coups de revolver au milieu d’une réunion de travail de l’équipe présidentielle, comme un règlement de comptes entre mafieux. La mort du général Park Chung Hee débouche sur une brève période de libéralisation mais quelque mois plus tard l’homme fort éliminé est remplacé par un autre homme fort, le général CHUN DOO HWAN qui poursuit la même politique. La population sud-coréenne très sévèrement encadrée n’intervient pas dans ces troubles violents circonscrits au sein de la direction politique d’un pays sous influence d’une armée étrangère sur puissante qui, même si elle est concentrée le long du 38° parallèle, reste une armée d’occupation effectuant chaque année avec l’armée sud-coréenne des manœuvres imposantes destinées à impressionner les pays voisins et en priorité la RPDK.

La fille du général Park est présente sur les lieux de l’assassinat de son père comme elle l’était quatre ans plus tôt le jour de l’assassinat de sa mère Yuk Young Soo par un « sympathisant » nord-coréen rapidement jugé et exécuté et depuis la mort de sa mère elle joue auprès de son père le rôle de « première dame ». L’accession de Madame Park Geun Hye à la présidence de la République de Corée en 2012 est celle d’un personnage du sérail accoutumé à ses violences, internes et externes, et parfaitement informé des rapports de force internationaux dans lesquels son pays est inséré, bon gré mal gré.

Elle a inévitablement une idée sur les raisons de la liquidation de son père et elle sait que la partition de la Corée est le déterminant principal de la position du tuteur étasunien. Or il se trouve que vient d’arriver à la Maison Blanche un nouvel occupant, Jimmy Carter, dont la mission principale telle qu’elle lui a été confiée par l’oligarchie capitaliste dominante qui s’exprime au sein du Council of Foreign Relations est de tourner la page après la défaite vietnamienne c’est-à-dire de donner à la politique impériale un visage moins martial. La Corée du Sud du général Park qui a envoyé au Vietnam plus de 300 000 soldats combattre aux côtés de l’armée Us y a été l’allié le plus fidèle et le plus engagé de Washington. Cette image avait donc besoin d’être gommée…

Les faits et gestes de Madame Park Geun Hye comme ceux de tout président sud coréen ont été suivis avec la plus extrême attention par l’ambassadeur des Etats-Unis à Séoul et par le département d’Etat. Or elle commet de leur point de vue un premier faux pas : une visite officielle à Beijing en 2013 où elle est accueillie par le Président Xi Jinping qui fait ainsi progresser la politique chinoise à l’égard de la Corée. Il s’agit d’une politique qui pourrait être qualifiée d’équidistante. La Chine a pris conscience du fait qu’elle ne peut faire progresser la réunification de la Corée dans l’arène internationale que si elle ne s’appuie pas que sur la seule République Populaire et Démocratique de Corée (RPDK). Ses liens avec celle-ci demeurent évidemment très étroits mais toute solution diplomatique à la partition suppose l’établissement de liens confiants avec la Corée du Sud. Ils le sont déjà avec les Chaebols qui ont beaucoup investi en Chine, ils doivent être étendus à la sphère politique.

C’est tout le sens de la visite de Madame Park Geun Hye à Beijing. Message bien reçu à Washington dont les inquiétudes vont être confirmées et accrues par la participation de la présidente sud coréenne devant les caméras du monde entier à l’immense manifestation pékinoise de commémoration de la victoire des alliés en 1945 contre les puissances de l’Axe : Allemagne, Italie et Japon en Septembre 2015. A cette occasion Madame Park exprime le sentiment profond du peuple coréen, qu’il soit du sud ou du nord, face au colonisateur japonais qui est le facteur le plus décisif d’une future réunification.

Ce jour là, la présidente a certainement franchi une ligne rouge diplomatique nettement tracée à Washington. Le temps n’étant plus aux assassinats directs de dirigeants politique en voie de dissidence, Madame Park Geun Hye n’allait pas comme son père être abattue par un de ses collaborateurs. Il fallait donc mettre en place un dispositif de renversement de présidente de type brésilien, une crise « interne » manipulée avec des ingrédients spécifiques : d’abord la corruption qui bien qu’endémique et même constitutive du système sud coréen peut toujours servir puis l’apparition de l’élément maléfique, et en même temps très « people » : l’amie, la conseillère influente , la femme de l’ombre, corruptrice et corrompue elle-même, qui peut être réel mais n’est connu que d’un cercle très étroit et n’est livré en pâture à l’ opinion publique par des médias bien soumis que sur décision prise au plus haut niveau.

Arguments destinés à masquer le motif profond de son élimination : la conférence de presse du 12 Janvier 2015 au cours de laquelle la présidente affirme qu’elle est prête à rencontrer Kim Jong Un sans conditions pour parler de l’avenir commun, ce qui est dans le droit fil de la politique chinoise et à l’exact opposé de celle d’Obama. La presse occidentale rappela alors que Madame Park Geun Hye s’était rendue à Pyongyang en 2002 pour y rencontrer Kim Jong Il alors qu’elle n’était que simple députée. Elle sentait déjà le soufre …

La couverture médiatique mondiale des manifestations hostiles à Madame Park Geun Hye qui vont déboucher sur sa destitution est là pour confirmer le déroulement d’une opération de remplacement de dirigeant « imposée par la rue », rue sud coréenne à qui serait accordée soudain une formidable liberté d’expression et de manifestation. Laquelle évidemment, on l’aura compris, ne saurait s’étendre à la question de la réunification du pays, sujet tabou.

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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 12:35

LE WORLD POLICY FORUM

UNE COMMISSION TRILATERALE A LA FRANCAISE

 

 Sur le modèle du groupe de Bilderberg et de la Commission trilatérale les techniques de domination mondiale de la classe capitaliste transnationale sont désormais bien rôdées et le World Policy Forum  qui vient de tenir sa 9°  réunion à Doha fonctionne sur le même modèle.

La différence provient du fait qu’il s’agit d’une initiative française et que son multilatéralisme donne une image des ambitions et des réseaux du sous impérialisme français réellement existant.

A l’origine le patron du principal think français : Thierry de Montbrial fondateur et dirigeant de l’Institut Français des Relations Internationales  (IFRI) qui connait tous les rouages du Bilderberg et de la Trilatérale pour en être de longue date un participant actif. A ses côtés le patron du groupe Lafarge, multinationale d’origine française ayant déménagé récemment son siège social en Suisse suite à sa fusion avec le cimentier suisse HOLCIM qui a été un des groupes capitalistes les plus actifs dans les activités de la Trilatérale  et le général le plus versé dans la politique internationale Jean-Louis Georgelin qui fut chef d’état-major des armées après avoir été le chef d’Etat-major du Président Chirac dès son installation à l’Elysée en 2002. Sans oublier l’incontournable Jean Claude Trichet, ex patron de la banque centrale européenne et habitué de toutes ces mondanités capitalistes.

Pour rassembler pendant 3 jours tous frais payés 250 invités à l’Hôtel Sheraton de DOHA il faut de l’argent. Il y en a via la FONDATION DU WORLD POLICY FORUM, siège à Genève où la discrétion bancaire est mieux assurée qu’à Paris et il y en a sur place au Qatar.

Le WORLD POLICY FORUM a tenu 8 réunions depuis sa fondation en 2008. Son caractère français est marqué puisque ses conférences se sont tenues deux fois et demi en France (Evian, Cannes, Monaco) une fois en Suisse (Montreux) et en Autriche (Vienne) et deux fois à Marrakech cette ville marocaine si prisée de la bourgeoisie française. Le seul pays lointain qui l’ait accueillie avant le Qatar cette année est la République de Corée (lire « Corée du Sud »).

Parmi les invités des précédentes conférences quelques hommes d’influence au service des intérêts du grand capital transnational baptisé MONDIALISATION pour gommer la forte composition de classe du phénomène. La MONDIALISATION est la forme contemporaine et l’appellation ouatée de la guerre des classes planétaire menée par la fraction la plus riche et la plus monopoliste de la classe capitaliste mondiale.

Pour bien montrer l’étroitesse de  ce cercle à vocation hégémonique relevons quelques noms de participants bien connus aux réunions du Bilderberg et de la Commission Trilatérale.

Mario Monti (Goldman Sachs boy), Ehud Barak, Jaap de Hoop Scheffer ( ex secrétaire général de l’OTAN), Alassane Ouattara, le président ivoirien mis en place par l’armée française et son chef Nicolas Sarkozy, le prince saoudien Turki Al Faisaal , ancien ambassadeur à Washington, grand copain de Bush mis sur la touche par le nouveau monarque saoudien après avoir été le chef des services de renseignement, Martii Ahtisaari, ancien président finlandais ayant trempé dans toutes les vilénies de l’Union européenne dans l’ex Yougoslavie   …

Parmi les français :  Robert Badinter un des concepteurs de la loi Travail et le premier juriste à avoir ouvert la voie à la destruction de l’Etat fédéral yougoslave, le rabbin  Haim Korsia , actuel grand rabbin de France , Elisabeth Guigou actuelle présidente de la commission des affaires étrangères à l’assemblée nationale encore présente à Doha, Hubert Védrine lui aussi présent à Doha. La présence du nouveau patron de Total après l’étrange mort de son prédécesseur sur l’aéroport de Moscou est inévitable dans un pays  grand producteur de gaz naturel où l’entreprise française a une forte présence. S’explique aussi la présence de Guillaume Pepy, président de la SNCF par la bataille désormais mondiale entre le puissant secteur ferroviaire chinois (ingénierie, réseaux, matériel roulant ..) et ce qu’il reste du secteur ferroviaire français très affaibli par le mariage Alstom/General Electric, comme celle du président de l’Institut Pasteur fleuron de la science pharmaceutique française , du PDG du groupe ACCOR en compétition mondiale avec les grands groupes hôteliers anglo-saxons et d’un représentant des patrons français du BTP très impliqués dans le bétonnage du Qatar.

La présidente de cette 9° session du World Policy Forum est confiée à une représentante de la Banque Rothschild, Zineb Al Andaloussi confirmant le fait que dans ce type de réunions capitalistes transnationales, « la Rothschild touch » est un signe de distinction irremplaçable, surtout quand les Rockefeller, décidément trop yankees, ne sont pas invités.  D’origine marocaine, diplômée de l’Ecole Centrale  Zineb Al Andaloussi est en charge des intérêts de la banque en Afrique, activité où l’a précédé le franco béninois Lionel Zinsou rejeté par les électeurs béninois lors des dernières présidentielles, lui aussi présent à Doha.

Tout ceci démontre la préparation très sérieuse de cette conférence par le sous impérialisme français attestée par la présence officielle de Jean Marc Ayrault.

Le deuxième enseignement de la liste des invités est que les « amis de la France impérialiste » dans ce petit monde très sélectif  des initiés des grandes affaires  se recrutent dans un nombre très limité de pays. Passons sur les deux ou trois experts chinois et sur leurs homologues japonais  en matière de politique internationale qui sont invités car ils sont de très bon niveau  et sont des voix émanant de  la seconde et de la troisième économie mondiales et arrêtons nous au fait que l’Europe tant vantée et soi disant si unie dans le discours du pouvoir est quasiment absente : un journaliste de The Economist ne représente pas à lui tout seul le Royaume Uni,  ni invité allemand, ni invité italien,  concurrence économique oblige. La France n’est accompagnée que de représentants d’Etats européens  secondaires : quelques roumains, quelques polonais et quelques espagnols.

Le troisième enseignement est que hors d’Europe la France  impérialiste a peu « d’amis/alliés »  véritables. En tête vient bien sur le Qatar, pays hôte, mais les trois pays les plus représentés sont le Maroc, la République de Corée et la Turquie. Pour le premier d’entre eux ceci confirme la « marocanisation » du gouvernement Valls qui s’appuie sur le seul pays africain non membre de l’Union africaine et qui poursuit une politique  de type colonial (un vieux classique remarqué  par Frantz Fanon : le dirigeant décolonisé reproduit les méthodes de l’ancien colonisateur), pour le second il s’agit de la manifestation d’affinités nouvelles et d’un soutien à un régime  en difficulté et dont une partie de la population exprime des aspirations à la réunification d’une Corée coupée en deux depuis 1953. Pour le troisième l’invitation de l’ancien premier ministre M Davutoglu, brutalement écarté par Erdogan constitue un choix par défaut, Erdogan étant devenu par trop imprévisible.

 Pour l’Afrique subsaharienne la France impériale n’est accompagnée que de deux responsables sénégalais. Son obligé Ouattara était venu pour une conférence précédente et  son parachuté Lionel Zinsou ayant raté son atterrissage au Bénin  ne sera à Doha qu’en qualité de banquier français.

Le quatrième enseignement vient de la lecture des thèmes retenus pour la discussion. Il en ressort qu’avec le Brexit, l’élection de Trump, l’échec occidental prévisible en Syrie, la période est très incertaine au point que dans ses propos liminaires Thierry de Montbrial reconnait que la mondialisation est menacée.

Parole d’orfèvre ! Oui, la mondialisation capitaliste est menacée  par la crise prolongée du système, par la multiplication des guerres qu’elle a engendrée, par les mouvements migratoires que ses guerres provoquent, par l’enrichissement insupportable d’une toute petite minorité qui a voulu mettre le monde entier en coupe réglée et qui suscite des rejets populaires de plus en plus nombreux. Ce n’est pas cette mondanité qatarie qui va la sauver.

Enfin la participation d’un « opposant syrien », Riyad Hijab, dernière trouvaille française pour faire entendre sa voix dans le processus de paix qui suivra l’élimination des terroristes d’Alep et de la vallée de l’Euphrate par la seule véritable coalition antiterroriste : Syrie, Russie, Chine, Iran, Hezbollah,  montre que la conférence de  Doha  qui a précédé  une réunion convoquée pour le 28.11 du « camp français  pour le renversement du gouvernement syrien »  était une des ultimes vaticinations de la désastreuse diplomatie hollandaise. A défaut de soutien populaire ce monsieur sera probablement reparti de Doha avec des paquets de dollars qataris pour s’acheter une milice privée, « modérée » (évidemment) ,  bien équipée et une clientèle politique.

 

 


 

 

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22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 17:44

TOUS UNIS POUR LA LIBERATION DE LAURENT GBAGBO

A l’initiative de deux intellectuels africains, une pétition internationale pour la libération de Laurent Gbagbo vient d’être mise en circulation. Cette opération n’est pas un geste isolé de deux personnalités, elle est l’expression d’un mouvement de masse qui traverse aujourd’hui tant dans le pays celui de la population ivoirienne malgré une répression politico policière très dure que celui de la diaspora africaine dans le monde entier. Le texte qui suit en explique les motivations.

La pétition peut être signée sur le site http://pourgbagbo.com/petition/ qui présente les auteurs du texte.

COMAGUER salue et soutient cette initiative qui vient à son heure pour briser le mur de silence des médias français sur un néocolonialisme français réactivé violemment (Côte d’Ivoire, Libye, Syrie) par un Nicolas Sarkozy dont François Hollande a revêtu sans vergogne et dans son style cauteleux le battle-dress impérialiste en mettant systématiquement leurs pas dans ceux de l’impérialisme étasunien dominant.

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TOUS UNIS POUR LA LIBERATION DE LAURENT GBAGBO

 

1. Proclamé vainqueur de l’élection Présidentielle du 28 Novembre 2010, par décision n°CI-2010-EP-34/03/12/CC/SG du 3 Décembre 2010 par le conseil constitutionnel, le Président Laurent Gbagbo qui a prêté serment le 4 Décembre 2010 dans les conditions prescrites par la constitution, était au moment de son éviction le 11 Avril 2011, le Président de la République légal et légitime de la Côte d’Ivoire.

2. Sans remettre en cause les raisons et les motifs qui ont justifié la décision du conseil constitutionnel, les organisations internationales font injonction à LAURENT GBAGBO de quitter le pouvoir. Une avalanche de sanctions diplomatiques, économiques et militaires s’abattent alors sur la Côte d’Ivoire occasionnant plus de seize mille(16 000) morts et plus de cinquante mille (50 000) exilés et déplacés de guerre (CDVR sous la direction de Charles Konan Banny) au GHANA, TOGO, LIBERIA, BENIN, etc.

3. Enfermer un Président démocratiquement élu et renversé au profit d’une rébellion armée reviendrait à transmettre à la jeunesse africaine, le message selon lequel le chemin du pouvoir serait celui des armes.

4. Le Président LAURENT GBAGBO est connu comme un leader politique qui a toujours utilisé des méthodes non-violentes pour exprimer son désaccord politique. Au cours de ses trente années de lutte, pour la conquête du pouvoir, il n’a jamais eu recours à une arme autre que le celle de la parole et des urnes. Durant ses dix (10) ans de pouvoir pourtant contrarié par la rébellion armée et une adversité politique internationale, il n’a fait emprisonner aucun de ses adversaires politiques ni porté atteinte à leur intégrité physique.

5. Un procès équitable, consécutif à un conflit ne peut être conduit en dehors de l’exigence de vérité et en l’absence des principaux protagonistes et victimes. Or, depuis le 29 Novembre 2011, soit plus de cinq (5) ans, la CPI peine à apporter la moindre preuve matérielle au soutien des charges retenues contre lui.

6. Il sera difficile, dans ces conditions, de convaincre que le rôle de la CPI en Côte d’Ivoire n’aura été de permettre à la Françafrique d’écarter du pouvoir ses adversaires politiques. Une telle situation ne peut que renforcer la suspicion légitime d’acharnement judiciaire à fondement politique contre le Président LAURENT GBAGBO, la Côte d’Ivoire et l’Afrique.

7. La forte mobilisation autour du procès de LAURENT GBAGBO est un signal fort lancé contre les pratiques mafieuses de l’impérialisme occidental. La Côte d’Ivoire est l’un des pays au monde à compter le plus de prisonniers et d’exilés politiques. Maintenir LAURENT GBAGBO en prison, c’est légitimer la logique de la chasse aux sorcières et au-delà, dénier aux peuples de Côte d’Ivoire et d’Afrique, le droit à la dignité et à la souveraineté.

Au regard de ce qui précède, la libération du Président LAURENT GBAGBO apparait comme une exigence humaine du respect des droits de l’homme ; une exigence juridique du respect du droit et de la justice ; une exigence démocratique de respect des institutions et des normes constitutionnelles ; un impératif pour la réconciliation nationale, la cohésion sociale et pour la survie de la Côte d’Ivoire en tant que Nation.

La mobilisation exemplaire à travers le monde entier des hommes et des femmes épris de justice et de liberté, des leaders d’opinion à titre individuel ou organisés en mouvement et associations, au nombre desquels des chefs d’Etat et de gouvernements, pour dénoncer le sort inique fait au Président LAURENT GBAGBO depuis sa honteuse déportation à la Haye, le 29 Novembre 2011, reste constante, engageante et doit être vivement saluée et encouragée. Notre devoir à tous, c’est de respecter tout homme et de respecter la justice en toute circonstance. Merci à toutes celles et à tous ceux qui sont sur la brèche pour le respect des droits de l’homme et le triomphe de la justice.

Pour accompagner et amplifier ce vaste mouvement de résistance face à l’imposture comme un devoir de conscience devant l’histoire, nous, soussignés initiateurs et porteurs de la présente pétition, y engageons les hommes et les femmes, qui refusent l’injustice et l’imposture pour exiger ensemble, dans la solidarité de conviction, la LIBERATION DE LAURENT GBAGBO.

BERNARD B. DADIE, JOSEPH K. KOFFIGOH

 

 

 

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7 septembre 2016 3 07 /09 /septembre /2016 10:00

LA MAISON BLANCHE INCENDIEE !

 

A l’approche du 15° anniversaire des attentats du 11 Septembre en même temps que de l’anniversaire de la déclaration d’une guerre d’un nouveau type contre un ennemi indéterminé, permanent et universel : « la guerre contre le terrorisme », il n’est pas inutile de se remémorer la première déclaration de guerre de la jeune république étasunienne.

Déclarées ou pas, souvent fabriquées à partir d’incidents fictifs les guerres constituent la trame très serrée de l’histoire de ce jeune Etat.

Cette première déclaration de guerre se fait en 1812 dans ce qu’on peut appeler le respect du « droit des gens ». Le président Madison demande au Congrès des Etats-Unis de déclarer la guerre à la Grande-Bretagne et obtient son accord.

Ce même Madison quelques années auparavant avait prononcé des phrases définitives sur le phénomène guerre :

« De tous les ennemis de la liberté publique, la guerre est peut-être le plus à redouter parce qu’elle comprend et développe le germe de tous les autres. La guerre engendre les armées qui sont à l’origine des dettes et des impôts. Et les armées, les dettes et les impôts sont les instruments connus pour placer la majorité sous la domination de quelques-uns.

Dans la guerre, le pouvoir discrétionnaire de l’exécutif est étendu. Son influence en ce qui concerne les postes, les honneurs et les émoluments s’accroît et tous les moyens pour séduire les esprits sont ajoutés à ceux pour soumettre le peuple par la force.

Le même aspect vicieux du républicanisme peut être découvert dans l’inégalité des fortunes et dans les possibilités de fraude, qui s’accroissent dans l’état de guerre tout comme dans la dégénérescence des mœurs et de la morale qu’elles engendrent.

Aucune nation ne saurait préserver sa liberté au milieu d’une guerre continuelle. »

James Madison le 20 avril 1795

 

Comaguer a apprécié le caractère prophétique de la dernière phrase sous la plume d’un orfèvre !

 

Bien sûr le tout jeune Etat ne se lance pas immédiatement dans des opérations militaires massives dont il n’a alors pas les moyens et n’envoie pas une puissante escadre bombarder et occuper Londres.

L’objectif est plus simple : annexer le Canada, colonie de sa majesté britannique. A l’époque les Etats-Unis à qui Napoléon vient de vendre la Louisiane en 1803 n’ont pas plus que le Canada encore atteint la côte Pacifique mais cette annexion ferait des Etats-Unis le plus vaste Etat du monde.

Pour la Grande-Bretagne l’actualité politique et stratégique prioritaire est en Europe : Il s’agit de casser le cou à l’empire napoléonien. Cependant Londres ne veut pas lâcher sans combattre cette colonie arrachée à la concurrence coloniale française par le traité de Paris en 1763.

La guerre, principalement circonscrite entre la région des grands lacs et la vallée du Saint Laurent, va s’étaler sur deux années avec des fortunes diverses. Côté canadien, donc côté britannique elle est menée par une armée de métier mais la guerre en Europe ne permet pas de libérer des effectifs importants. L’inattendu est la participation aux côtés des troupes britanniques de tribus indiennes confédérées sous la conduite d’un leader reconnu TECUMSEH.

Cette alliance a deux raisons principales :

  • Tant la colonisation française que la colonisation britannique du Canada à partir du 16° siècle ont été le fait de très petits nombres d’hommes arrivant dans un pays inconnu au climat rude qui ne pouvaient pas attendre des renforts rapides depuis les deux royaumes européens et qui n’ont pu prendre souche qu’en établissant des relations de bon voisinage avec les tribus amérindiennes.
  • Ce qu’ont pas contre constaté ces tribus amérindiennes qui se connaissent et pour lesquelles la frontière entre le Canada et les Etats-Unis ne constitue pas une séparation ni mentale ni concrète c’est que la jeune république née de la guerre est vorace de terres à conquérir et ne craindra pas pour ce faire d’exterminer les autochtones.

Jusqu’en 1814 l’issue de la guerre est incertaine, la mort au combat de TECUMSEH à l’automne 1813 a réduit la participation des amérindiens côté canadien mais la première défaite de Napoléon et son exil à l’ile d’Elbe permettent à la Grande Bretagne d’intensifier son effort de guerre sur le continent américain.

Elle va alors porter un coup redoutable aux Etats-Unis. Une escadre anglaise débarque au sud de Washington et des troupes fraiches font marche vers la capitale. Marche victorieuse conclue par l’incendie de la Maison Blanche et du Capitole qui est une réplique spectaculaire de l’incendie de York (ancien nom de Toronto) capitale de la colonie britannique par les troupes étasuniennes en 1813.

A la défaite militaire s’ajoute l’humiliation politique suprême : la capitale occupée par une armée étrangère et les lieux symboliques du pouvoir incendiés.

Le Président Madison qui a fui la capitale comprend alors qu’il faut finir la guerre.

Un traité de paix est signé à Gand en 1815 entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Il confirme les frontières antérieures entre la colonie canadienne et les Etats-Unis.

Les Etats-Unis ont perdu leur première guerre d’agression et cet évènement, on s’en doute, ne remplit pas las manuels d’histoire nationaux.

 

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29 juillet 2016 5 29 /07 /juillet /2016 16:38

NICE « SMART CITY »

 

Dans la tempête médiatique qui fait suite à l’attentat de Nice il n’a guère été question des campagnes louangeuses auto-orchestrées par l’actuel premier adjoint à la Mairie de Nice sur cette ville « intelligente » la « quatrième du monde » , bien avant toute autre ville française , truffée de capteurs et de caméras vidéos , puissamment sponsorisée par IBM,CISCO, VEOLIA et quelques autres de moindre acabit.

L’actuelle polémique entre la direction politique locale et le pouvoir central fait cruellement ressentir l’écart entre les technologies de la surveillance et leur impuissance face à la misère humaine de masse engendrée par le capitalisme déclinant.

Ci-après quelques documents qui témoignent de la satisfaction des promoteurs –intéressés voir ci-dessous – du tout technologique ….avant le drame

 

Selon une étude du Grand View Research, le marché de la ville intelligente atteindra 1 400 milliards de dollars d’ici 2020, un triplement par rapport à 2013. Une opportunité formidable, à condition que ces fonds soient utilisés pour s’attaquer aux vrais défis urbains (pollution, résilience climatique, gouvernance…). Sans oublier de développer la production locale d’énergie renouvelable, solaire photovoltaïque en tête.


En savoir plus sur

http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-156764-lavenement-des-smart-cities-passe-par-lenergie-solaire-1219660.php?doSwAHkc1VfETchj.99#

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http ://gblogs.cisco.com/fr-smartcities/tag/christian-estrosi/

http ://www.webtimemedias.com/article/villes-intelligentes-nice-lance-son-smart-city-innovation-center-20150316-56088

https ://www.aruco.com/2016/06/nice-smart-city/

http ://archives.nicematin.com/nice/smart-city-lintelligence-urbaine-en-laboratoire-a-nice.2144462.html

http ://unice.fr/imredd/contenus-riches/agenda/ouverture-du-smart-city-innovation-center

http ://veolia.fr/medias/medias/actualites/veolia-participe-au-lancement-du-smart-city-innovation-center-nice

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30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 22:15

LARZAC

L’histoire globale s’écrit sur le causse ou éloge de l’improbabilité

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Temps 1 (le plus connu)

    Quand le gouvernement de Michel Debré décide d’étendre le camp militaire du Larzac il ne peut pas imaginer les conséquences de sa décision. Porter la superficie d’un vieux camp militaire ouvert en 1900 de 3000 hectares à 17000 hectares, c’est effectivement prévoir l’expropriation totale ou partielle de 103 paysans dispersés dans des exploitations petites ou moyennes, familiales pour la plupart. Il ne peut pas imaginer un seul instant que cette paysannerie très catholique qui vote traditionnellement à droite va basculer dans une sorte d’irrédentisme protestant si vivant dans les monts cévenols tout proches. Il le peut d’autant moins que le pouvoir gaulliste, Michel Debré en tête, s’est servi du camp du Larzac pour enfermer en toute discrétion, voire en toute illégalité, des centaines voire des milliers de militants algériens pendant la guerre d’indépendance et qu’aucune réaction locale n’a été enregistrée contre cette activité dont l’histoire en profondeur est à faire en utilisant les archives officielles aujourd’hui ouvertes. Mais la société française s’est transformée depuis 1962. Les jeunes paysans du cru ont souvent fréquenté la Jeunesse agricole chrétienne et ont subi l’influence des courants catholiques progressistes apparus au moment de Vatican II et de nouveaux venus se sont installés trouvant là des terres libres et des occasions pour certains d’entre eux d’un retour à la campagne si prisé et multiforme après 1968. Le coup de force du pouvoir va les rassembler. La défense de l’outil de travail est évidemment fédératrice et va déboucher sur le serment des 103 : Unis nous garderons nos terres ce qui se traduit par le slogan repris tant de fois DE GRE DE FORCE NOUS GARDERONS LE LARZAC. Le syndicalisme agricole officiel (FDSEA et indirectement la FNSEA) très légaliste et respectueux des pouvoirs en place ne peut ignorer cette position. Pourtant, au début de la lutte, le pouvoir d’Etat, les notables locaux, l’épiscopat (évêque de Rodez) peuvent imaginer réduire cette résistance très localisée. Deux autres évènements vont alors se produire :

    - Le soutien de la CFDT locale puis régionale à cette lutte paysanne qui prend pas surprise   tant  la CGT que le Parti Communiste qui considéraient cette petite paysannerie comme une classe sociale soumise à la fois aux gros exploitants céréaliers maitres de la FNSEA et à le grande bourgeoisie au pouvoir. Ce soutien prendra des formes concrètes dans les deux sens : participation des militants syndicaux de Millau aux actions des paysans, soutien matériel des paysans aux ouvriers millavois en grève et prendra une forme symbolique d’importance nationale et même au-delà dans l’alliance des ouvriers de LIP et des paysans du Larzac.

    - L’écho rencontré dans la jeunesse « soixante-huitarde » qui est très critique sur le militarisme et le colonialisme français en même temps qu’elle est très réceptive au mouvement international contre la guerre du Vietnam très vigoureux jusqu’à la défaite des Etats-Unis. Dés lors lutter contre l’extension du camp militaire c’est en même temps lutter contre les guerres coloniales, contre l’armée de conscription (les comités de soldats apparaissent), contre les ventes d’armes, contre l’impérialisme…

Cette convergence va déboucher sur la création dans de nombreuses villes de France de COMITES LARZAC dont l’objectif central est le soutien à la lutte des paysans contre l’extension du camp militaire mais qui cristallisent localement des courants contestataires très divers : non-violents, antimilitaristes, objecteurs de conscience, anti colonialistes, écologistes, militants anti nucléaires… Parallèlement la période est marquée par la montée en puissance du nouveau parti socialiste qui après la courte défaite de Mitterrand en 1974 s’achemine vers la victoire aux présidentielles de 1981 Le PS ne peut que tenter de rallier toutes les oppositions, aussi diverses soient-elles, au camp du Larzac puisque du point de vue électoral l’opposition à l’extension du camp militaire est une opposition à une décision prise sous Pompidou que Giscard approuve et va continuer à faire passer dans les faits. Bien que chahuté au rassemblement de 1974 auxquels sont présents des militants algériens et français qui n’ont pas oublié le Mitterrand Algérie française des années de guerre, il prend l’engagement de mettre un terme au projet d’extension s’il est élu et grâce à ce positionnement le PS prend place dans la représentation politique locale jusqu’alors dominée par la droite et une droite nostalgique de la colonisation. Malgré des réformes formelles, on dirait aujourd’hui sociétales, droit de vote à 18 ans, droits des femmes, Giscard poursuit une politique impérialiste dure en Afrique et une politique nucléaire - dure elle aussi , un manifestant mort à Malville - qui met la France en position de leader mondial pour la production d’électricité d’origine nucléaire avec des centrales à eau pressurisée sous brevet étasunien et donc dans sa majorité le mouvement de soutien au paysans du Larzac y compris la CFDT confédérale, ne peut que basculer dans le camp du PS.

 

Temps 2 (de 1981 au milieu des années 1990)

    Juin 1981, Mitterrand sitôt élu remercie tous ses électeurs « post-soixante huitards » en prenant très vite deux décisions conformes à ses promesses : annulation du projet d’extension du camp du Larzac et abandon du projet de centrale nucléaire de Plogoff. L’état de grâce sera de courte durée : le discours anticolonialiste de Jean-Pierre Cot disparaitra dés qu’il sera exclu du gouvernement et comme en 1947 les 4 ministres communistes seront bientôt mis à la porte du gouvernement. Pour autant sur le terrain le démontage de l’extension du camp s’organise : l’Etat met un terme aux expropriations et restitue les terres vendues à l’amiable à l’armée à une structure de gestion foncière originale et unique en France la SCTL (voir annexe). Dans ce cadre s’installent sur le plateau de nouveaux paysans et de nouveaux habitants issus de la mouvance de la lutte et qui sont porteurs de projets artisanaux, culturels innovants. Le climat est à la fois à l’apaisement, le pouvoir central est amical et l’habitude prise des débats collectifs trouve à s’exprimer sur quantité de projets collectifs. Outre la SCTL plusieurs structures y contribuent APAL, GFA, journal Gardarem lo Larzac. Les dirigeants de la lutte paysanne retournent comme on dit à leurs moutons après dix années d’activisme militant ininterrompu. Le Larzac, où continuent de se dérouler activités et des rencontres rares, comme celle des kanaks en lutte pour le respect de leurs terres ne fait plus la une de l’actualité.

 

Temps 3

     Même s’il n’existe pas une coupure franche la disparition ou le départ du plateau de plusieurs paysans animateurs de la lutte et la mort de Mitterrand amorcent un tournant et, à travers divers évènements, le Larzac, avec de nouvelles figures emblématiques comme celle de José Bové, devient un haut lieu d’une nouvelle forme de syndicalisme agricole incarnée dans la Confédération paysanne, héritière à la fois des Paysans travailleurs et du mouvement écologiste et de l’altermondialisme. Les temps forts de cette période sont connus et bien que la Confédération paysanne et le mouvement altermondialisme soient largement implantés hors du Larzac et sans liens organiques très étroits, surtout pour ce qui concerne l’altermondialisme, avec l’ensemble des habitants du plateau, leur écho médiatique à travers la personne de José Bové trouve sa vigueur dans le souvenir bien vivant de la lutte contre l’extension du camp militaire. Le démontage d’un Mac Do dans n’importe quel coin de France n’aurait jamais eu l’écho qu’a eu celui de Millau s’il n’avait pas été mené par quelques larzaciens au pied du causse. Cette période verra de nouveaux rassemblements de masse le premier à Millau en 2000, le second sur le Larzac en 2002. Mais jusqu’à cette année là la droite contrainte à la cohabitation de 1997 à 2002 n’est pas assez assurée de sa domination politique sur la France pour pouvoir laisser s’exprimer ceux qui dans l’Aveyron et dans les profondeurs de l’armée française n’ont pas digéré la victoire des paysans et le rôle des contestaires, gauchistes et autres anti-colonialistes. En même temps la mouvance altermondialiste muette sur la question de la prise de pouvoir , décentralisatrice, sociologiquement petite bourgeoise et peu présente dans le monde ouvrier voire en opposition avec celui-ci ( faut-il fermer les usines polluantes ? ce type de débat sera rarement maitrisé dans la recherche de solutions populaires majoritaires ) ne présente pas un réel danger et constitue un réservoir de voix pour le PS pour les seconds tours d’élections.

Cette gauche altermondialiste va même jusqu’à manifester une réelle incompréhension des enjeux politiques globaux quand l’impérialisme US se met, après les attentats du 11 Septembre , à affirmer militairement sa domination mondiale et au lieu de prendre part à la grande campagne mondiale anti-guerre contre la guerre d’Irak, elle se réfugie, au moins par la voix de ses leaders proclamés et reconnus, dans la position ponce pilatienne « NI BUSH –NI SADDAM » laissant se perpétrer le massacre , toujours en cours, de l’Irak et de sa population. Effectivement les armes de destruction massive qui sont entre les mains de Bush et pas de Saddam Hussein font mourir comme le scandaient justement les militants Larzac de 1974. Ce glissement des verts et des altermondialistes dans le camp impérialiste sera particulièrement spectaculaire en Allemagne où Joschka Fischer devient un ministre des Affaires étrangères particulièrement belliqueux. Daniel Cohn-Bendit suivra le même chemin

 

Aujourd’hui

    L’échec de José Bové aux présidentielles de 2007 est révélateur de l’épuisement de ce courant et de sa satellisation par le PS. La lutte contre les OGM ne constitue pas à elle seule un programme politique et alors que Sarkozy puis Hollande retrouvent les chemins maudits du colonialisme français et multiplient les interventions militaires à l’étranger le Larzac semble rester silencieux. L’envie de revanche peut donc prendre corps.

Dés 2013, le gouvernement Ayrault, pour tranquilliser les paysans du Larzac, décide la prolongation des baux de la SCTL jusqu’en 2083. « Dormez en paix il n’y aura pas de nouvelle extension du camp pas de nouvelles expropriations ».

Pendant ce temps Jean Yves Le Drian, fidèle parmi les fidèles de Français Hollande avec qui il a rédigé l’ouvrage lapsus « La gauche bouge » lapsus au sens de : « plus elle bouge plus elle va à droite » prépare une surprise. Le camp du Larzac qui, depuis 1981, n’était utilisé que pour de brefs stages de tir d’unités de passage va être modernisé et va s’y installer à demeure une unité célèbre de la légion étrangère : la 13° Demi brigade de la légion étrangère qui n’avait jamais stationné sur le sol français, a participé à tous les combats extérieurs coloniaux et néocoloniaux de la République française et dont l’effectif va être porté à 1200 hommes.

L’annonce surprise, l’été 2015, de cette installation ne peut pas cacher une décision probablement prise dés l’arrivée de Le Drian au ministère de la Défense Nationale. Hollande entame sa première guerre – au Mali – en Janvier 2012 et il faut préparer des unités comme la 13° DBLE aux guerres spéciales dans des lieux éloignés et dans des situations politiques chaotiques en espérant que la triste expérience d’un autre régiment de la Légion le 1er REP (régiment étranger de parachutistes) dissous en 1961 pour participation au putsch d’Alger ne se renouvelle pas. Cette politique qui doit ravir tous les tenants encore vivants de la FRANCAFRIQUE et tous les nostalgiques de l’empire déplait sur le Larzac.

Le moment du retour aux sources des années 71/73/ 74 est venu. Une nouvelle fois, comme en 1971, les habitants du Larzac se trouvent face au défi de faire basculer, à quelques uns, par la seule force de leurs convictions collectives, par leur justesse, par leur profondeur humaine, par l’intelligence démonstrative de leurs actions et en puisant dans les trésors de leur mémoire militante une opinion publique très large fatiguée du mensonge et du mépris du pouvoir et de formuler, comme à partir de 1971, une ligne juste contre le néocolonialisme/néomilitarisme irrespectueux des peuples acceptée majoritairement par la seule force de l’exemple, en dehors des grands appareils politiques, syndicaux et médiatiques.

 

C’est le moment !

 

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Société Civile des Terres du Larzac

 

Depuis plus de 30 ans, les terres arrachées à l’extension du camp militaire du Larzac sont gérées par les paysans eux-mêmes. Expérience pionnière, elle a permis d’augmenter le nombre d’installations agricoles. Une expérience pilote La création de la Société Civile des Terres du Larzac (SCTL) et la mise à disposition des terres du Larzac par l’Etat au paysans et habitants du plateau le 29 avril 1985 a permis d’officialiser la fin de la lutte contre l’extension du camp militaire suite à l’annonce de l’arrêt de ce projet par le Président de la république François Mitterrand en juin 1981.

La gestion de la SCTL

Par la formule originale du bail emphytéotique entre l’Etat et la Société Civile des Terres du Larzac la sécurité de l’utilisation de l’espace à des fins agricoles et pacifiques est assurée pour une durée de 99 ans. Grâce à ce transfert de responsabilité, la Société Civile des Terres du Larzac assure toutes les charges de propriétaire, à l’exception du droit de vendre. La Société Civile des Terres du Larzac constituée de tous les fermiers et résidents est administrée par un conseil de gérance de 11 membres. Il attribue les exploitations, fixe les montants des baux ruraux et élabore les règles de gestion entre les différents usagers du foncier (agriculture, chasse, tourisme, etc.). Par son implantation géographique sur 12 communes, elle est un des outils de l’aménagement du territoire avec les mairies, le Parc régional des grands causses et les associations. Menée depuis 28 ans, l’expérience de ce « laboratoire foncier » comme l’imaginait Bernard Lambert, est unique en France. Conformément à l’acquit du vécu de la lutte (1971/1981), les habitants du Larzac ont prouvé que la gestion collective de l’usage de la terre était non seulement souhaitable mais possible à une grande échelle. En permettant de revitaliser les fermes (+ 25% de paysans), de favoriser l’installation en fermage avec des baux de carrière, la Société Civile des Terres du Larzac préfigure les outils qui pourraient voir le jour pour lutter contre la désertification et/ou l’artificialisation des terres.

Historique

• 29 novembre 1984 : Assemblée générale constitutive de la S.C.T.L.

• 29 avril 1985 : Signature du bail emphytéotique entre l’Etat et la S.C.T.L.

• 1985 : Inventaire et classement des terres

• 1985 / 1986 : Signatures des baux ruraux de carrière ou à long terme avec les agriculteurs, et prêts à usage avec les non agricoles, signature des baux de chasse

• 1986 / 2003 : Mise au point de la valeur d’usage des maisons d’habitation ; Participation à la création de nouveaux outils de gestion collective du foncier

• 2005 : Gestion forestière : restitution du programme Acta de l’étude sylvo-pastorale

• 2010/2011 : Projet de création filière bois : travail de partenariat Etat – communes Millau, St Affrique – Parc naturel régional des grands causses – Région Midi-Pyrénées.

• Avril 2013 : Création de l’association les bois du Larzac, association de préfiguration pour la mise en place d’une société de gestion du bois (FSE, Adefpat, Région Midi-Pyrénées, PNR Grands Causses)

• Juillet 2013 : Signature de l’avenant du bail emphytéotique pour une durée de 38 années jusqu’au 30 avril 2083.

Patrimoine foncier Implantée sur le territoire de 12 communes et 4 cantons de l’Aveyron. Superficie gérée : 6 378 hectares Parcours : 3 397 hectares / 53,25 % Terres labourables : 816 hectares / 12,80 % Bois pacageables : 2 157 hectares / 33,82 % Bâti : maisons et exploitations : 8 hectares / 0,13% Gestion immobilière 56 baux ruraux dont 20 fermes avec siège d’exploitation 28 prêts à usage (mise à disposition de bâtiments pour des non-agriculteurs) 11 baux de chasse signés avec des associations communales.

Les atouts de la SCTL Parmi les nombreuses réalisations de la SCTL, quatre sont plus significatives :

• les baux de carrière ou bail à long terme

• les prêts à usage • le calcul de la valeur d’usage

• les baux de chasse

• les baux de carrière Seuls 0,5 % des agriculteurs en France bénéficient de baux leur garantissant de pouvoir rester sur leur exploitation jusqu’à l’âge de la retraite.

 

La SCTL a fait le choix d’accorder à tous ses fermiers cette sécurité indispensable pour pouvoir accomplir correctement son activité professionnelle. Contrairement à la majorité des biens loués en Aveyron, toutes les parcelles de terre, lande ou bois pacageable (6 300 ha) ont été expertisées conjointement par les agriculteurs, la D.D.A.F, la SAFALT et la Chambre d’agriculture, afin de déterminer leur valeur agronomique. Cette opération a permis de déterminer des valeurs locatives justes et acceptées par tous en dehors de toute spéculation ou de toute pression. Les prêts à usage Pour le patrimoine bâti n’ayant aucune vocation agricole, la SCTL a utilisé une forme de contrat peu connu : le prêt à usage. Vu l’état d’abandon extrême de la majorité de ces bâtiments, toute location était impossible. Par cette forme de prêt, la SCTL met gratuitement à disposition le bien avec obligation pour le bénéficiaire de restaurer. A son départ il sera indemnisé par son successeur, selon le principe de la valeur d’usage, des travaux effectués. Le calcul de la valeur d’usage La grande dégradation de nombreux bâtiments abandonnés depuis plusieurs dizaines d’années pour certains, nécessitait des travaux importants de restauration voire de reconstruction. Le souci constant de la SCTL était de permettre la réhabilitation du patrimoine tout en garantissant à celui qui en était l’auteur, de pouvoir retrouver le fruit de son travail à la fin de son bail. La SCTL ne pouvait investir, ses seules rentrées financières, le montant des fermages, ne le permettaient pas. Ce sont donc les fermiers ou les bénéficiaires des prêts à usage qui réalisent entièrement les travaux. Cette situation a obligé la SCTL à imaginer un système d’indemnisation : la possibilité pour les usagers de retrouver le montant investi dans la restauration de(s) bâtiment(s) déduit de la vétusté. Par ce calcul d’indemnisation, tout locataire est encouragé à investir sans crainte de le faire en pure perte comme cela est trop souvent malheureusement le cas ailleurs. Suite à une demande de l’association « Terre de liens » qui publie un document sur la transmission des fermes, la SCTL répond aux questions et présente son retour d’expérience sur le principe de calcul de la valeur d’usage. Les baux de chasse Grâce à la SCTL la totalité des terres convoitées à l’époque par l’armée, échappe à cette nouvelle plaie que représentent les chasses privées. Dès le début 1985, il a été décidé d’octroyer des baux gratuits aux sociétés de chasse communales. La seule chasse privée présente sur les terres d’un propriétaire ayant vendu à l’armée, et cédées par l’Etat à la SCTL a été démantelée pour être remise à disposition des chasseurs locaux. Bien que de nombreux fermiers ne soient pas eux-mêmes chasseurs, la possibilité d’entente entre paysans et autres utilisateurs de l’espace est possible. Aujourd’hui des activités diverses de loisirs s’organisent sur le Larzac. La gestion d’un ensemble foncier important permet des ententes avec les anciens et ces nouveaux passionnés du Causse.

Pour toute demande de renseignement :

SCTL Montredon 12100 La Roque Ste Marguerite 05 65 62 13 39 sctl@larzac.org

 

 

 

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