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28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 14:03

 

 

 

 

A propos de films soviétiques sur la Grande guerre patriotique

 

Comaguer a réalisé une interview de deux dirigeants de la cinémathèque d’Etat russe (GOSFILMGFOND) venus présenter à Marseille trois films sur cette guerre.

Cette interview peut être retrouvée sur le site http://www.dotspirit.com (voir mode d’emploi in fine)

En complément de cet enregistrement nous publions ici un complément écrit établi par l’interpréte russe qui a pensé utile de fournir aux auditeurs une version française écrite la plus complète possible des propos précis et détaillés tenus en russe par Mrs Borodachev et Bosenko.

Nous l’en remercions vivement.

 

 

Présentation de GOSFILMFOND

 

GOSFILMFOND est une organisation d’Etat créée en 1937 afin de préserver la richesse nationale – le cinéma. Les films les plus anciens qui y sont conservés datent de 1896, comme  les films des frères Lumière, et le film russe le plus ancien qui date de 1898 et est intitulé « Stenka Razine ». Depuis 1937, tous les films qui passaient sur l’écran soviétique puis russe devaient être déposés au GOSFILMFOND de la Fédération de Russie, c’est-à-dire qu’il n’était autorisé de montrer un film sur le territoire de l’URSS  et qu’il ne l’est maintenant en Russie qu’après l’obtention du document de GOSFILMFOND. Actuellement, notre collection compte plus de 60 000 références et quelques millions bobines et chaque année il y en a de plus en plus, surtout ces quelques dernières années nous avons reçu entre 1500 et 2000 films par an. A GOSFILMFOND il n’y a pas que des films russes et soviétiques, mais tous les films qu’on montrait sur le territoire de la Russie d’avant la Révolution d’octobre, de l’URSS et de nos jours. Ce sont tous les films achetés par les entreprises privées ainsi que par l’Etat. Ce n’est qu’une fois que le film est passé par le GOSFILMFOND qu’on a le droit de le projeter sur le territoire de la Russie. Les films sont gardés dans de bonnes conditions, ils ne sont pas sélectionnés et personne ne regarde leurs origine – les conditions sont les mêmes pour tous, c’est pour cela que nous avons les films de très bonne qualité: elle a fasciné les Japonais à qui nous avons donné des films il y a dix ans à peu près. Nous travaillons aussi avec les Allemands et bientôt, le 20 octobre, nous allons passer aux Américains des films qui ont été préservés chez nous, mais pas aux Etats-Unis.

Près de 600 personnes travaillent à GOSFILMFOND. Cette organisation est située à 50 km de Moscou, donc la qualité d’air est très bonne. Elle occupe un territoire de 113 hectares ; c’est une petite ville autonome avec toutes les conditions pour la vie.

 

 

Présentation des films

 

Ces films sont vraiment magnifiques, et, très malheureusement, en Europe on n’en sait guère. Cette idée est née entre le directeur du Théâtre Toursky, Richard Martin, et moi. Nous avons décidé de projeter ces films à Marseille car Marseille est une ville internationale et car nous avons une longue histoire de coopération avec Richard Martin et son théâtre. Je voulais montrer les vrais événements, comment cela se passait en réalité puisque si l’Europe Orientale a une vision plus ou moins objective de la Seconde Guerre Mondiale, l’Europe Occidentale, malheureusement ignore une grande partie de la vérité. A mon avis ces films montrent une image plus objective que tous les autres films de fiction créés des temps de l’URSS sur la Grande Guerre Patriotique, tel est notre nom pour la Seconde Guerre Mondiale. Le réalisateur même, Youriy Ozerov était l’ancien combattant, or il a tout transmis sur l’écran du fond de lui-même, je dirais. Il essayait de rendre son film le plus objectif possible. Nul ne nie le rôle des Etats-Unis, de l’Angleterre et de la France dans la guerre. Bien sûr, ils ont aidé, ils ont combattu, mais le chiffre parle de lui-même – l’URSS a perdu plus de 25 000 000 de personnes et a libéré quasiment toute l’Europe de l’Allemagne fasciste. En même temps, si l’on regarde du point de vue du territoire, on voit que les alliés, débarqués dans  La Manche, ont libéré une toute petite partie de l’Europe. Le reste a vraiment été libéré par l’armée soviétique, par l’Armée Rouge qui a subi de grandes pertes. C’est donc cela que nous voudrions présenter aux spectateurs européens. Sans aucun

 

embellissement, juste la réalité du comment cela se passait.

Mon père et ses quatre frères combattaient à la guerre – ils étaient à Leningrad lors du blocus. Ainsi, le thème de la guerre est très proche pour chaque citoyen russe. Et il faut souligner que ce n’étaient pas que des Russes qui ont gagné la guerre - la Russie compte plusieurs nationalités : des tchouvaches, des tatars, des tchéchènes, et tous les peuples qui vivent sur le territoire de la Fédération de la Russie. C’est pour ça que c’est une très grande victoire. Personne ne nie la participation active des ex républiques de l’Union – Tadjikistan Ouzbékistan, Kirghizstan, Kazakhstan… les ressortissants de ces républiques ont fait un apport énorme pour l’URSS. C’était donc une victoire commune. Et nous avons voulu le montrer aux spectateurs marseillais.

 

Expliquer le choix du premier film.

 

En fait, ce film se compose de quatre parties. Il est très long et pour cela il est impossible de le montrer en entier - on n’a pas le temps.  Mais les deux premières parties que nous avons amenées décrivent les évènements réels de façon plus compacte. Donc, nous avons décidé de vous les montrer ici. Les autres sont aussi très intéressants, mais malheureusement cela nécessite trop de temps.

En effet, mon idée de départ était de faire une rétrospective d’une dizaine de films sur la Seconde Guerre mondiale, mais on va voir comment ça va se passer maintenant et ensuite il serait possible de tout refaire de façon plus développée. C’est un premier pas, un essai.

Sinon, chez nous on a tourné 720 films sur la Seconde Guerre Mondiale.

 

Bosenko rajoute :

 

 

En ce qui concerne le premier film, « Les Vivants et les Morts », il a été tourné sept ans plus tôt que le film « Libération » de Youriy Ozerov et il fait partie d’une époque un peu différente car il s’agissait d’un moment de transition dans la vie du pays.

Le cinéma soviétique dépendait de façon importante du gouvernement, que ce soit l’époque de Lénine ou de Staline, de Khrouchtchev ou de Brejnev. Et le roman même de Simonov, et s’était le premier roman de sa fameuse trilogie : « Les Vivants et les Morts », « On ne nait pas soldat » et « Le dernier été », ce premier roman a été créé lors de la fin du gouvernement de Khrouchev et le début de celui de Brejnev.

Simonov est un des premiers écrivains de l’époque soviétique qui narrait les difficultés du début de la guerre, nos défaites de la première période de la guerre et c’était un nouveau regard pour le cinéma ainsi que pour la littérature soviétique. Ce n’est donc pas par hasard que ce roman a été présenté pour le prix Lénine dans les années 60. Cette transition du pays, du cinéma et de la littérature est reflétée dans le film « Les Vivants et les Morts ».

 

Borodachev parle de la deuxième soirée, des deux films tirés de « Libération »

 

La création de ce film était très intére

 

ssante et très compliquée car c’était un projet d’une très grande envergure. Il y avait un ordre du gouvernement soviétique, des obligations à effectuer pour un délai de quelques années : les usines produisaient les chars qui devaient être identiques à ceux des années de guerre. Donc, plusieurs organismes étaient impliqués dans la création du film. Et bien sûr, selon nous, le film est plus réussi du point de vue cinématographique. Je souligne encore une fois que ce film reflète une partie de la libération de l’Europe Occidentale. Nous pensons que c’est intéressant pour le spectateur français.

Nous avons une image très positive des Français. La France a toujours témoigné son amitié envers la Russie d’avant la Révolution, de l’URSS et d’aujourd’hui. Pour nous les Français sont des frères. Nous savons comment combattait l’escadrille Normandie-Niemen, comment combattaient les Français.

Le sujet de la guerre en France est traité avec précaution. La France était une combattante active de la Seconde Guerre Mondiale, mais le rapport des forces était inégal. Je pense que ni la France, ni une autre nation ne pouvait gagner toute seule contre l’Allemagne d’Hitler. C’est pour cela que je ne vois pas de raison pour ces remords de conscience que je ressens chez les Français. La France a dû faire face à une puissance bien supérieure à elle. Je pense que contre une telle puissance ne pouvait gagner que l’Etat soviétique très fort et avec des grandes richesses naturelles. Et encore, au début de la guerre on a quand même subi plusieurs défaites et on a perdu tellement de gens. Rien n’était préparé. Et d’ailleurs ces films le montrent.

 

Bosenko rajoute:

Je peux rajouter que les sept ans de

 

différence qu’il y a entre les deux films « Les Vivants et les Morts » et « Libération » sont une étape importante du point de vue cinématographique. Pendant cette période Bondartchuk crée une épopée cinématographique « La Guerre et la Paix ». Et ce film de bataille d’une grande envergure qui, à mon avis, a mérité son Oscar du meilleur film étranger aux Etats-Unis en 1968, a fait monter le cinéma soviétique à un autre niveau de développement, car en Europe pendant ce temps-là on créait déjà des  films épiques de bataille sur la Seconde Guerre Mondiale : le film américain « Le jour le plus long », et le film yougoslave « la Bataille de la  Neretva » (1), et ainsi de suite. Pour cela le film de Youriy Ozerov représentait notre apport dans cette création des épopées, du cinéma épique sur la Seconde Guerre Mondiale. Nous étions prêts à cela, capables de le faire, car Bondartchuk avec son film de bataille « la Guerre et la Paix » en quatre parties nous a ouvert le chemin.

 

Après que « la Résistance française est connue partout dans le monde »

 

Heureusement, l’histoire a fait que le peuple russe et le peuple français ont toujours été très proches. Et avant la Révolution, et après, pendant l’Union Soviétique, et maintenant.

 

Dernière question : rééditio

 

n

 

Oui, cela nous intéresse et on y pense et on en rêve. Malheureusement, ce n’est pas toujours évident de trouver une réponse adéquate. Heureusement, Richard Martin (2) est professionnel et il comprend la signification de ce genre d’évènements. Parfois, les gens ne le comprennent pas, ont peur d’organiser de telles manifestations. Le sujet de la guerre est toujours traité avec précaution quand on le propose en Europe. Sinon, nous organisons des évènements en Italie et à Paris par exemple.

Le travail de GOSFILMFOND ne consiste pas uniquement à conserver les films, mais aussi à les étudier, à étudier l’œuvre. Ainsi, Valeriy Bosenko représente le département d’étude des films. Nous avons une grande envie de montrer dans tous les pays de l’Europe Occidentale et pas uniquement dans une seule ville, mais surtout dans les banlieues, car nous savons que lors de la guerre froide il a été toujours affirmé que les acteurs principaux étaient les Américains et les Anglais.

 

Malgré des pertes énormes – 25 millions de personnes, le peuple russe ne garde pas de rancune ni envers les Allemands, ni envers les Italiens qui combattaient. Par exemple, mon père était chargé de l’entrepôt de nourriture. Quand il voyait des enfants allemands qui demandaient du pain, il leur donnait à chaque fois. Il n’y a pas de rancune.

 

Stalinisme :

 

Il suffit de rappeler l’expression de Churchill qui disait que Staline a hérité d’une Russie en « lapti » (3) et a laissée la Russie atomique.

 

Je dois dire aussi que ce voile de silence sur l’époque de Staline et sur l’époque soviétique de l’histoire est parfois rompu par les Français eux-mêmes. Par exemple, maintenant un événement d’une très grande envergure a lieu aux Halles, au centre de Paris. Il est intitulé « Moscou et Saint-Pétersbourg : deux visages de la Russie ». (4)

J’y ai participé et lors de la projection des films muets russes et soviétiques j’ai vu un auditoire qui restait jusqu’à la fin malgré le fait que les films n’étaient pas conservés en entier, mais que par fragments. Le film « Révolutionnaire » de 1917 et le film « Moscou en octobre » de 1927.

Et dix ans plus tôt, en 2000, plus de 60 films de l’époque de Staline ont été projetés à Toulouse et il y avait un symposium consacré au le cinéma soviétique de l’époque de Staline. Donc, parfois les Français prennent l’initiative eux aussi.

 

 

 

Notes de Comaguer

 

 

(1)   La bataille de la Neretva (nom d’une rivière) s’est déroulée entre Janvier et Avril 1943 en Yougoslavie sur le territoire de l’actuelle Bosnie-Herzégovine. Il s’agissait d’une puissante offensive commandée par Hitler et ses soutiens fascistes locaux (oustachis et tchetnik) contre les partisans communistes yougoslaves conduits par Tito. Ceux-ci résistèrent victorieusement à un écrasement total que l’inégalité des forces rendait probable. Elle a été immortalisée en 1969 par un film du réalisateur yougoslave Veljko Bulajic. « La bataille de la Neretva ». Bénéficiant d’une distribution exceptionnelle : Yul Brynner, Curd Jurgens, Silva Koscina, Orson Welles, Serguiei Bondartchouk  ce film est considéré comme un des meilleurs films de guerre de toute l’histoire du cinéma. Bondartchouk, comédien dans ce film, est également le réalisateur d’un très grand film de guerre «  Guerre et Paix » d’après le roman de Tolstoi qui lui valut l’Oscar du meilleur film étranger en 1968.

 

(2)   Directeur du Théâtre Toursky à Marseille qui accueillait cette manifestation

 

 

(3)   Les « lapti » sont des chaussons en écorce de bouleau très peu chers mais très peu résistants portés  traditionnellement par les populations rurales pauvres de Russie

 

 

(4)   Il s’agit dans le cadre de l’année de la Russie en France  d’un festival cinématographique « Portraits de villes : Moscou et Saint-Pétersbourg » au Forum des Images

 

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Les archives radio de comaguer  (pour écoute et téléchargement)

 

http://www.dotspirit.com

membre : comaguer

code d’accès : copainguer

mot de passe : salvador13

 

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commentaires

potier Robert 15/07/2013 16:45

Même question : où peut-on trouver ces films en France Robert

Pier Luc 19/11/2011 00:35

Y a t-il moyen de trouver ces fameux filmes?