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14 juillet 2017 5 14 /07 /juillet /2017 08:05

A PROPOS DE GAZODUCS

 

Une lectrice attentive et avisée nous a interrogés au sujet de notre bulletin n° 347. Elle se demandait et nous demandait si le gazoduc SOUTH STREAM que nous y mentionnions  était bien le même que le gazoduc TURKSTREAM. Sa question était judicieuse et nous l’en remercions.

Petit retour sur l’histoire. Il s’agit dans les deux cas de dénominations données par le porteur du projet à savoir la société GAZPROM. Les fournitures de gaz russe à l’Europe de l’ouest se sont longtemps faites à travers de gazoducs terrestres traversant et  approvisionnant au passage les pays de l’ancien bloc de l’Est. Le réseau mis en place au temps du Comecon continuait ainsi à fonctionner. Des rapports difficiles entre la Russie d’une part, la Pologne et l’Ukraine d’autre part et les agissements frauduleux de l’Ukraine  consistant, à partir de la révolution orange, à faire chanter la Russie en coupant les livraisons vers l’Europe de  l’Ouest ont conduit Gazprom et ses principaux clients ouest européens à envisager de court-circuiter Pologne et Ukraine.

La réponse a été de faire passer le gaz russe par des gazoducs sous marins. Le premier d’entre eux NORTH STREAM part du golfe de Finlande passe sous la Baltique et arrive sur la côte allemande à l’Est du pays. De là le gaz peut continuer à circuler par voie terrestre vers ses clients ouest européens. NORTH STREAM fonctionne depuis 2012  et le système donne une telle satisfaction que son doublement est programmé et serait déjà achevé si l’Union Européenne dans sa guerre économique contre la Russie ne freinait pas par tous les moyens la réalisation de NORTH STREAM II. L’Allemagne, gros client et actionnaire de NORTH STREAM I et ses partenaires européens dont le français ENGIE sont en passe d’obtenir la levée du blocage de Bruxelles.

La construction de NORTH STREAM II devrait commencer sous peu et les premières livraisons sont prévues pour 2019. La Pologne qui voit donc passer le gaz russe au large de ses côtes a mis tous les bâtons possibles dans les roues du projet et va devoir acheter du gaz de schiste étasunien liquéfié  livré par navires spécialisés. Cette décision qui s’inscrit pleinement dans sa politique de voyageur de commerce a ravi Donald Trump en visite à Varsovie la semaine dernière.

Symétriquement à NORTH STREAM Gazprom avait conçu et programmé un projet de gazoduc sous marin pour alimenter l’Europe du Sud Ouest : il s’agissait de SOUTH STREAM. Le premier tracé retenu aboutissait en Bulgarie et avait les faveurs du gouvernement bulgare. Mais la Bulgarie n’est pas l’Allemagne et  en 2014 l’Union européenne a interdit à la Bulgarie de laisser passer SOUTH STREAM sur son territoire.  Gazprom a alors étudié une variante  qui partant toujours de la côte russe de la Mer Noire aboutirait en Turquie et de là poursuivrait son chemin vers l’Ouest. Cette variante a reçu le nom de TURKISH STREAM  et notre lectrice était donc totalement fondée à relever que nous n’avions pas modifié le nom du gazoduc. Nous nos excusons donc auprès de nos lecteurs pour cette imprécision.  

Les relations entre la Russie et la Turquie sont passées depuis 2014 par des phases très contradictoires mais l’accord de la Turquie à ce projet parait aujourd’hui acquis puisque les deux pays ont signé un accord sur le sujet en Octobre 2016 et en Mai 2017 le président russe a donné ordre à GAZPROM de commencer les travaux de pose du gazoduc du côté russe. Par contre les documents cartographiques disponibles laissent encore le doute sur le point d’arrivée du gazoduc sur le sol turc. Les plus anciens le font arriver sur le plateau anatolien, les plus récents en Thrace.

 Quoi qu’il en soit Turkish Stream construit par une filiale de Gazprom installée à Istanbul  est prévu pour  approvisionner la Grèce et pour se prolonger  vers l’Ouest.  Là commence un autre affrontement UE / Russie qui est, pour l’instant, discrètement en cours. Si elle  traite la Grèce comme elle a traité la Bulgarie,  c’est-à-dire comme un moins que rien, l’UE peut concéder  l’achat de gaz russe par la Grèce mais interdire la prolongation du Turkish Stream vers l’Ouest et continuer à soutenir le gaz israélien.  En cas d’accord le gaz russe du Turkish Stream peut suivre deux itinéraires, soit traverser la Grèce et rejoindre l’Italie en passant sous l’Adriatique au niveau de l’Epire soit  remonter via la Macédoine ou la Bulgarie vers les Balkans et donc permettre à la Russie de livrer des clients qui lui sont fidèles via les gazoducs terrestres existants comme la Slovaquie et l’Autriche et resserrer ses liens avec certains Etats de cette région comme la Serbie (ce qui déplait souverainement à Bruxelles qui refuse le droit de ce pays de ne pas faire partie ni de l’UE ,ni de l’OTAN).

Une nouvelle partie à jouer sur le grand échiquier gazier européen dans laquelle une nouvelle occasion historique sera offerte à Alexis Tsipras de démontrer qu’il dirige un Etat souverain.

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