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16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 09:03

UNE DATE IMPORTANTE POUR LA REVOLUTION CHINOISE

 

La réunion de GUTIAN
Une date importante dans l’histoire de la révolution chinoise

A l’occasion du nouvel an chinois, HU JINTAO, secrétaire général du Parti Communiste et Président de la République Populaire s’est rendu dans la province de FUJIAN. Cette province du littoral chinois fait directement face à l’ile de Taiwan. Le PCC s’y est replié à partir de 1927 après l’échec des insurrections ouvrières dans les grandes villes (Shanghai et Canton) et là s’est construite l’Armée Populaire de Libération qui y a développé les premières « zones libérées ».

Dans sa détermination à éliminer physiquement le PCC, le Kuo Min Tang allait inévitablement attaquer ces zones libérées, ce qu’il fit. L’APL et le PCC ne durent leur salut qu’à la fuite : ce fut la longue marche .

Hu Jintao s’est en particulier rendu à GUTIAN. GUTIAN est une petite ville de cette province où se tint en Décembre 1929 une réunion qui marque un tournant très important dans l’histoire du PCC : le passage d’une stratégie de prise de pouvoir insurrectionnel à partir de grandes villes où se concentrait la classe ouvrière chinoise à une stratégie de guerre prolongée menée depuis les campagnes. Dans une telle stratégie l’organisation de l’armée rouge qui doit combiner les tâches militaires et les tâches politiques est la préoccupation centrale.

La réunion de GUTIAN sera consacrée à cette question. Formellement il ne s’agit pas d’une réunion de première importance : ni d’un congrès ni d’une réunion du Comité central du PCC, mais simplement de la « neuvième conférence de l’organisation du parti pour le 4° corps de l’armée rouge ». Pourtant elle est l’occasion d’un premier bilan d’activité politico-militaire de ce corps d’armée fondé en 1927 et elle permet à Mao Zedong, rédacteur de la résolution qui sera débattue à Gutian de faire approuver sa stratégie qui sera ensuite appliquée à l’ensemble des unités de l’APL.

La résolution est intitulée : « L’élimination des conceptions erronées dans le parti ». Elle est reprise dans les œuvres complètes de Mao (voir ci-après)


La situation historique est la suivante :

Après l’écrasement de l’insurrection ouvrière de Shanghai et de la commune de Guangzhou (Canton) (Décembre 1937) consécutives à ce que la PCC appelle la « trahison » de Tchang Kai shek et Wang Sin Wei c’est-à-dire la rupture entre les nationalistes et les communistes , le PCC inaugure donc la stratégie des zones libérées. Il s’agit de zones rurales un peu reculées et donc difficiles d’accès pour des troupes motorisées, où il va s’enraciner et mettre au point les méthodes de la guerre populaire prolongée.

Cette stratégie, qui prend corps aux confins de plusieurs du Sud-Est de la Chine : Fujian, Jiangxi, Hunan, Guangdong

provinces de Chine

 

est décrite par Mao dans un texte d’octobre 1928 : « Pourquoi le pouvoir rouge peut- il exister en chine ? »


Mais elle requiert un énorme effort pour créer une véritable armée populaire proche de la population dont elle partage les conditions de vie difficiles et poursuivant sans relâche son activité révolutionnaire. Elle va connaitre successivement échecs et succès et à chaque étape le PCC fera un bilan critique. Cette période se clôt en 1934 au moment où le KUO MIN TANG décide de liquider militairement la petite république soviétique qui s’est créée dans cette zone. Elle va marquer l’ascension de Mao Zedong à la tête du PCC.


La réunion de GUTIAN est donc l’occasion d’un bilan d’étape, d’une clarification des rapports entre l’activité militaire et l’activité politique de l’Armée Populaire de Libération (APL) et d’une critique des comportements non conformes aux objectifs révolutionnaires. A cette occasion, Mao à la fois stratège et instituteur, explicite les rapports que l’APL doit entretenir avec les différentes catégories et classes sociales existantes, il précise les comportements que doivent avoir soldats et officiers de l’APL : respect des paysans des femmes et des récoltes, pas de pillage …et il clarifie les conditions de la vie démocratique au sein de l’APL : tout doit être discuté démocratiquement par les comités de soldats mais, après débat, les décisions arrêtées doivent être appliquées scrupuleusement. L’histoire de la Chine ancienne avec ses bandes armées brutales vivant de spoliations et de rançons est un contre exemple toujours présent dans les directives qu’il propose. Il le fait d’autant plus facilement qu’au moment même où se construit la petite république soviétique chinoise, des bandes armées sur l’ancien modèle sévissent encore dans d’autres régions de Chine et que l’armée du Kuo Min Tang elle-même porte ici et là ce très lourd héritage.Le choix de HU JINTAO, ne doit donc rien au hasard. Il est destiné bien sûr à honorer Mao, mais surtout à rappeler que les objectifs révolutionnaires doivent être poursuivis avec obstination et que les intérêts individuels ne doivent pas prendre l e pas sur les intérêts collectifs au risque conduire à l’échec collectif.


Certes il n’est pas question aujourd’hui de lutte armée, mais les objectifs de suppression de la pauvreté, de lutte contre les inégalités sociales et géographiques, de passage d’une société majoritairement rurale à une société majoritairement urbaine, éduquée et technologiquement avancée, nécessitent toujours un fort engagement et une morale collective.

 

MAO ZEDONG

L’ELIMINATION DES CONCEPTIONS ERRONEES DANS LE PARTI

 

Décembre 1929

Il existe au sein de l’organisation du Parti communiste dans le 4e corps de l’Armée rouge toutes sortes de conceptions non prolétariennes qui gênent énormément l’application de la ligne juste du Parti. Si on ne les élimine pas définitivement, il sera impossible au 4e corps de remplir les tâches qui lui sont assignées dans la grande lutte révolutionnaire de la Chine.

Ces conceptions erronées ont évidemment pour origine la composition de l’organisation du Parti dans le 4e corps, celle-ci étant formée en grande majorité de paysans et d’autres éléments issus de la petite bourgeoisie; mais le fait que les organes dirigeants du Parti n’ont pas livré un combat résolu, unanime, à ces conceptions erronées, ni éduqué suffisamment les membres du Parti dans l’esprit de la ligne juste est aussi une raison importante de l’existence et du développement de telles conceptions.

Procédant dans l’esprit de la lettre de septembre du Comité central, la Conférence de l’Organisation du Parti signale ici les manifestations des diverses conceptions non prolétariennes au sein de l’organisation du Parti dans le 4e corps, ainsi que l’origine de ces conceptions et les moyens de les corriger, et appelle tous les camarades à lutter pour les éliminer totalement.

LE POINT DE VUE PUREMENT MILITAIRE

Le point de vue purement militaire est largement répandu chez un certain nombre de camarades de l’Armée rouge. Ses manifestations sont les suivantes:

1. On oppose le travail politique et le travail militaire et on se refuse à reconnaître que celui-ci n’est que l’un des moyens pour accomplir les tâches politiques. Certains affirment même que « si les choses vont bien sur le plan militaire, elles vont forcément bien sur le plan politique et si elles vont mal sur le plan militaire, elles ne peuvent aller bien sur le plan politique »; c’est s’avancer encore plus loin et soutenir que le travail militaire commande le travail politique.

2. On s’imagine que les tâches de l’Armée rouge sont semblables à celles de l’armée blanche, qu’elles consistent seulement à faire la guerre. On ne comprend pas que l’Armée rouge chinoise est une organisation armée chargée d’exécuter les tâches politiques de la révolution. Dans la période actuelle en particulier, l’Armée rouge ne se limite pas du tout aux activités militaires; outre les combats qu’elle doit livrer pour anéantir les forces armées de l’adversaire, elle assume encore nombre d’autres tâches importantes: la propagande parmi les masses, l’organisation des masses, l’armement des masses, l’aide donnée aux masses pour créer le pouvoir révolutionnaire, et même l’établissement des organisations du Parti communiste. L’Armée rouge ne fait pas la guerre pour la guerre, elle la fait dans le but de mener la propagande parmi les masses, d’organiser les masses, de les armer, de les aider à créer le pouvoir révolutionnaire; sans ces objectifs, la guerre n’aurait plus de sens, et l’Armée rouge plus de raison d’être.

3. On aboutit ainsi, dans le domaine de l’organisation, à subordonner les organes assurant le travail politique dans l’Armée rouge à ceux qui assurent le travail militaire, et on avance le mot d’ordre: « Etendre l’autorité de l’état-major aux activités extérieures de l’armée ». Si ces idées continuent à se développer, on courra le risque de se couper des masses, de laisser l’armée contrôler les organes du pouvoir, de s’écarter de la direction prolétarienne, et, par voie de conséquence, de glisser vers le militarisme comme l’a fait l’armée du Kuomintang.

4. En même temps, dans le domaine de la propagande, on ne reconnaît pas l’importance des équipes de propagande, et, en matière d’organisation des masses, on néglige de créer des comités de soldats dans l’armée et d’organiser les masses ouvrières et paysannes locales; il en résulte que le travail de propagande et d’organisation se trouve dans un état d’abandon.

5. Présomption après les victoires, abattement après les défaites.

6. Le particularisme: En toute circonstance, on ne se soucie que du 4e corps; on ne comprend pas que l’une des tâches importantes de l’Armée rouge est d’armer les masses populaires locales. C’est un esprit de coterie à une plus grande échelle.

7. Un petit nombre de camarades, bornant étroitement leur horizon au 4e corps, croient qu’il n’existe pas d’autres forces révolutionnaires que ce dernier. D’où la tendance, extrêmement marquée, à conserver ses forces et à s’abstenir de toute action. C’est là une survivance de l’opportunisme.

8. Le refus de tenir compte des conditions subjectives et objectives, le prurit révolutionnaire, le refus de se livrer à un travail laborieux, imperceptible, minutieux parmi les masses, la tendance à ne rêver qu’à de grands exploits, la propension à s’abandonner aux illusions. Tout cela, ce sont des survivances du putschisme ( note 1).

Le point de vue purement militaire a pour origine:

1. Un niveau politique bas. D’où l’incompréhension du rôle de la direction politique dans l’armée, l’ignorance de la différence radicale entre l’Armée rouge et l’armée blanche.

2. La mentalité des troupes mercenaires. Par suite de l’incorporation à l’Armée rouge, après les batailles, d’un grand nombre de soldats faits prisonniers qui ont apporté cette mentalité profondément enracinée en eux, il s’est créé dans les unités inférieures un terrain favorable à l’apparition du point de vue purement militaire.

3. Une foi exagérée dans la force militaire et le manque de confiance dans celle des masses populaires troisième raison qui découle des deux premières.

4 . Le fait que le Parti n’a pas apporté une attention soutenue au travail militaire ni engagé une discussion active de ce travail est également à l’origine du point de vue purement militaire d’un certain nombre de nos camarades. Les moyens d’éliminer ces défauts sont les suivants:

1. Elever le niveau politique des membres du Parti par le travail d’éducation, détruire les fondements théoriques de ce point de vue purement militaire, mettre en évidence la différence fondamentale qui existe entre l’Armée rouge et l’armée blanche. En même temps, éliminer les survivances de l’opportunisme et du putschisme et en finir avec l’esprit particulariste dans le 4e corps.

2. Renforcer l’instruction politique des officiers et hommes de troupe, en particulier l’éducation des anciens prisonniers. D’autre part, faire tout son possible pour que les organes locaux du pouvoir désignent, pour les enrôler dans l’Armée rouge, des ouvriers et des paysans ayant l’expérience de la lutte, de façon à affaiblir, voire à extirper complètement, sur le plan de l’organisation, les racines mêmes de ce point de vue purement militaire.

3. Appeler les organisations locales du Parti à formuler des critiques à l’adresse des organisations du Parti dans l’Armée rouge, et les organes du pouvoir populaire à en formuler à l’endroit de l’Armée rouge, afin d’exercer une influence salutaire sur les organisations du Parti dans l’Armée rouge et sur les officiers et soldats de celle-ci.

4. Le Parti doit porter une attention soutenue au travail militaire et l’examiner avec soin. Tout travail, avant d’être exécuté par les masses, devra être discuté par l’organisation du Parti et faire l’objet d’une décision prise par elle.

5. Elaborer un ensemble de règles et de règlements relatifs à l’Armée rouge, qui définiront avec précision ses tâches, les rapports entre ses organes militaires et ses organes politiques, les rapports entre l’Armée rouge et les masses populaires, la compétence des comités de soldats et leurs rapports avec les organes militaires et politiques.

L’ULTRA-DEMOCRATISME

Depuis que le 4e corps de l’Armée rouge a reçu les directives du Comité central, les manifestations d’ultra-démocratisme ont beaucoup diminué dans ses rangs. C’est ainsi qu’il est devenu plus aisé, par exemple, d’exécuter les décisions du Parti; on n’entend plus de ces réclamations erronées comme d’exiger la réalisation, dans l’Armée rouge, de ce qu’on appelle « le centralisme démocratique allant de bas en haut » ou « l’examen des questions aux échelons inférieurs avant la décision des échelons supérieurs ».

Mais, dans le fait, cet affaiblissement de l’ultra-démocratisme n’est que momentané et apparent, il ne signifie point qu’un pareil état d’esprit ait complètement disparu. Autrement dit, l’ultra-démocratisme reste encore profondément enraciné dans la conscience de nombreux camarades. La preuve en est, par exemple, le peu d’empressement qu’on montre à exécuter les décisions du Parti.

Les moyens de faire disparaître cet état d’esprit sont les suivants:

1. Au point de vue théorique, il faut détruire les racines de l’ultra-démocratisme. Tout d’abord, il faut montrer que l’ultradémocratisme menace de saper les organisations du Parti jusqu’à les détruire complètement, qu’il menace d’affaiblir et même de miner tout à fait la capacité combative du Parti, ce qui le mettra hors d’état d’accomplir sa tâche dans les luttes et conduira, par conséquent, la révolution à la défaite. Il convient de montrer ensuite que l’ultra-démocratisme tire son origine de l’indiscipline petite-bourgeoise. En pénétrant dans le Parti, celle-ci se traduit, sur le plan politique et sur le plan de l’organisation, par des conceptions ultra-démocratiques, absolument incompatibles avec les tâches de combat du prolétariat.

2. Au point de vue de l’organisation, il faut appliquer avec rigueur le principe de la vie démocratique sous une direction centralisée. Les moyens d’y parvenir sont les suivants:

1) Les organes dirigeants du Parti doivent définir une ligne directrice juste, ils doivent savoir trouver la solution des problèmes qui surgissent, et devenir ainsi de véritables centres de direction.

2) Les organismes supérieurs doivent bien connaître la situation dans les organismes inférieurs et la vie des masses, afin d’avoir une base objective pour une direction juste.

3) Les organismes du Parti aux différents échelons ne doivent pas prendre de décisions à la légère. Dès qu’une décision est prise, elle doit être appliquée avec fermeté.

4) Toutes les décisions importantes des organismes supérieurs du Parti doivent être portées rapidement à la connaissance des organismes inférieurs et de la masse des membres du Parti. Les moyens d’y parvenir consistent à convoquer des réunions de
militants, ou des assemblées générales des cellules, ou même des assemblées des membres du Parti dans les colonnes (note 2) (lorsque les circonstances le permettent), et à désigner des camarades pour y faire des rapports.

5) Les organismes inférieurs du Parti et la masse des membres du Parti doivent discuter en détail les directives des organismes supérieurs, en saisir tout le sens et déterminer les méthodes à suivre pour les exécuter.

LES CONCEPTIONS CONTRAIRES AUX PRINCIPES D’ORGANISATION DU PARTI

Voici comment les conceptions contraires aux principes d’organisation du Parti se manifestent au sein de l’organisation du Parti au 4e corps:

A. Le refus de la minorité de se soumettre à la majorité. Par exemple, lorsqu’une proposition de la minorité est repoussée, ses tenants ne veulent pas appliquer honnêtement la décision de l’organisation du Parti.

Les moyens d’y remédier sont:

  1. Faire en sorte que tous les participants à une réunion aient entièrement la possibilité d’exprimer leurs opinions. Elucider ce qu’il y a de juste et de faux dans les questions controversées, ne pas rechercher les accommodements ni apporter une solution uniquement pour la forme. Si la question n’est pas réglée, il convient, à condition de ne pas gêner le travail, de l’examiner une seconde fois pour arriver à une conclusion précise.


2. L’une des bases de la discipline du Parti, c’est la soumission de la minorité à la majorité. La minorité, qui voit son point de vue repoussé, doit se rallier à la décision prise par la majorité. En cas de nécessité, la question peut être posée de nouveau à la réunion suivante, mais aucune action allant à l’encontre de la décision n’est permise.

B. La critique qui n’observe pas les principes d’organisation.

1. La critique à l’intérieur du Parti est une arme qui sert à renforcer l’organisation du Parti et à élever sa capacité combative. Cependant, dans les organisations du Parti au sein de l’Armée rouge, la critique prend dans certains cas un autre caractère: elle se transforme en attaques personnelles. Cela ne porte pas seulement préjudice aux individus, mais également aux organisations du Parti. C’est une manifestation de l’individualisme petit-bourgeois. Le moyen d’y remédier consiste à faire comprendre aux membres du Parti que la critique doit avoir pour but de renforcer la capacité combative du Parti afin de remporter la victoire dans la lutte de classe, et qu’elle ne doit pas devenir un instrument pour lancer des attaques personnelles.

2. Beaucoup de membres du Parti exercent leur critique non pas à l’intérieur du Parti, mais à l’extérieur. Cela s’explique par le fait que les membres du Parti en général ne comprennent pas encore l’importance de l’organisation du Parti (ses réunions, etc.) et s’imaginent que la critique en dehors de l’organisation ne diffère en rien de celle qui se pratique à l’intérieur. Le moyen d’y remédier est d’éduquer les membres du Parti pour qu’ils se rendent compte de l’importance de l’organisation du Parti et comprennent que c’est aux réunions du Parti qu’ils doivent, le cas échéant, critiquer le comité ou des camarades en particulier.

L’EGALITARISME ABSOLU

A un certain moment, l’égalitarisme absolu a pris des proportions sérieuses dans l’Armée rouge. En voici quelques exemples. Lors du paiement des allocations aux soldats blessés, des camarades exigent qu’aucune différence ne soit faite entre blessé grave et blessé léger et que la même somme soit remise à chacun.

Si un officier va à cheval, certains ne se rendent pas compte que cela lui est nécessaire pour son service et ils n’y voient qu’une marque d’inégalité. Lorsqu’il s’agit de répartir le ravitaillement, ils exigent des parts rigoureusement égales et n’acceptent pas que certaines unités puissent, dans des conditions particulières, recevoir un peu plus que les autres. Pour le transport du riz, ils veulent que chacun porte la même charge, les enfants comme les adultes, les faibles comme les
forts.

Dans les cantonnements, ils demandent d’accorder à chacun le même espace; et si le commandement dispose d’un peu plus de place, voilà les insultes qui pleuvent.

Dans les corvées, ils exigent que chacun ait exactement la même part de travail, et personne ne veut avoir un peu plus à faire. Il arrive même que lorsqu’il n’y a qu’un brancard pour deux blessés, on préfère ne transporter personne sur le brancard plutôt qu’un seul d’entre eux. Tout cela prouve que les tendances à l’égalitarisme absolu sont encore très fortes parmi les officiers et les soldats de l’Armée rouge.

L’égalitarisme absolu a la même origine que l’ultradémocratisme en politique; il est le produit de l’économie artisanale et de la petite exploitation paysanne; la seule différence réside dans le fait que l’un se manifeste dans le domaine politique et l’autre dans la vie matérielle.

Moyens pour éliminer ces tendances: Il faut faire ressortir que non seulement l’égalitarisme absolu n’est qu’une illusion de petit propriétaire paysan tant que le capitalisme n’a pas été supprimé, mais qu’il n’existera pas même sous le socialisme, où la répartition des biens matériels se fera selon le principe: « De chacun selon ses capacités, à chacun selon son travail », et conformément aux nécessités du travail.

Les biens matériels doivent être répartis, dans l’ensemble, d’une manière égale entre les hommes de l’Armée rouge, la solde, par exemple, doit être la même pour les officiers et les soldats, et cela parce que la situation actuelle de notre lutte l’exige. Néanmoins, l’égalitarisme absolu, qui écarte toute autre considération, doit être combattu, car il ne répond pas aux besoins de la lutte; au contraire, il met obstacle à la lutte.

LE SUBJECTIVISME

Certains membres du Parti sont fortement atteints de subjectivisme; cela est très préjudiciable lorsqu’il s’agit d’analyser la situation politique et de diriger le travail.

Une analyse subjectiviste de la situation politique, de même qu’une direction subjectiviste du travail, aboutit nécessairement, soit à l’opportunisme, soit au putschisme. Quant aux critiques subjectivistes, aux propos inconsidérés et non fondés, aux suspicions réciproques, tout cela conduit souvent, dans le Parti, à des querelles sans principes et sape les organisations du Parti.

Pour ce qui est de la critique à l’intérieur du Parti, un autre point doit être mentionné, à savoir que certains camarades, dans leur critique, ne font pas attention à ce qui est important, mais s’attachent seulement à ce qui est insignifiant. Ils ne comprennent pas que la critique a pour tâche principale de mettre en évidence les erreurs politiques et les fautes d’organisation. En ce qui concerne les défauts personnels, s’ils ne sont pas liés à des erreurs politiques ou à des fautes d’organisation, il ne convient pas de les critiquer trop sévèrement, de peur de laisser les camarades désemparés.

En outre, si pareille critique se développe, l’attention de l’organisation du Parti se portera uniquement sur de petites choses, et les camarades deviendront des gens trop pointilleux qui se perdent dans des vétilles et oublient les tâches politiques du Parti; c’est là un très grand danger.

Moyens d’éliminer ces défauts: L’essentiel, c’est d’éduquer les membres du Parti de telle sorte que leurs conceptions et toute la vie intérieure du Parti prennent une orientation politique, scientifique.

Pour cela, il faut:


1) apprendre aux membres du Parti à analyser la situation politique et à apprécier les forces des classes selon la méthode marxiste-léniniste, au lieu de faire des analyses et des appréciations subjectivistes;

2) attirer l’attention des membres du Parti sur la nécessité de faire des enquêtes et des recherches relatives aux conditions économiques et sociales et de se fonder là-dessus pour déterminer la tactique de la lutte et les méthodes de travail; faire comprendre aux camarades que sans une enquête sur la situation réelle, ils tomberont dans l’abîme des vaines imaginations et du putschisme;

3) dans la critique au sein du Parti, mettre en garde les camarades contre les jugements subjectivistes, arbitraires, et contre toute banalisation de la critique; faire en sorte que les interventions soient fondées et que les critiques aient un sens politique.

L’INDIVIDUALISME

Les tendances individualistes dans les organisations du Parti au sein de l’Armée rouge se manifestent de la manière suivante:

1. L’esprit vindicatif. Un membre du Parti, qui a été critiqué dans le Parti par un de ses camarades, soldat de l’Armée, cherche à se venger de lui en dehors du Parti; des coups, des insultes, voilà les moyens de tirer vengeance. On cherche également à se venger au sein du Parti: « Tu m’as critiqué à la dernière réunion; à la prochaine, je tâcherai de te chercher noise pour me venger. » Un tel esprit vindicatif provient exclusivement de considérations personnelles. Il méconnaît les intérêts de classe et ceux de tout le Parti. Il n’est pas dirigé contre les classes ennemies, mais contre des camarades qui sont dans nos propres rangs. Il ronge l’organisation du Parti comme un corrosif et affaiblit sa capacité de combat.

2. L’esprit de coterie. On ne se soucie que des intérêts de son petit groupe sans tenir compte de l’intérêt général. En apparence, on n’est pas mû par l’intérêt personnel, en réalité on obéit à un individualisme des plus étroits. L’esprit de coterie exerce une puissante action dissolvante et désagrégeante. L’esprit de coterie a toujours sévi dans l’Armée rouge; grâce aux critiques, la situation s’est quelque peu améliorée, mais il y a encore des survivances de cet esprit, et il faut faire de nouveaux efforts pour en venir à bout.


3. La mentalité mercenaire. Certains camarades ne comprennent pas que le Parti et l’Armée rouge, dont ils sont membres, sont des instruments nécessaires à l’accomplissement des tâches de la révolution; ils ne comprennent pas qu’ils font partie des forces principales de cette révolution et ils s’imaginent qu’ils ne sont responsables que devant leurs supérieurs et non devant la révolution. Cette attitude passive, mercenaire, à l’égard de la révolution est également une manifestation d’individualisme. L’existence d’une telle mentalité explique pourquoi nous n’avons pas tellement de militants actifs qui donnent, sans réserve, toutes leurs forces à la révolution. Si nous n’éliminons pas cette mentalité, le nombre de nos militants actifs ne saurait augmenter, et les lourdes tâches de la révolution reposeront toujours sur les épaules d’un petit nombre de camarades, au grand préjudice de notre lutte.


4. Le goût des plaisirs. Dans l’Armée rouge, nombreux sont ceux chez qui l’individualisme se manifeste par le goût des plaisirs. Ils voudraient toujours que nos troupes se dirigent vers les grandes villes, non pour le travail, mais pour les plaisirs. Surtout, ils n’aiment pas travailler dans les régions rouges, où les conditions de vie sont pénibles.

5. La passivité et le genre tire-au-flanc. Certains, quand les choses ne vont pas comme ils veulent, deviennent passifs et se refusent à travailler. La raison essentielle en est l’insuffisance du travail éducatif; mais il arrive parfois qu’une telle attitude soit due au fait que les dirigeants n’agissent pas de façon appropriée en ce qui concerne la solution des diverses questions, la répartition du travail ou l’application des mesures disciplinaires.

6. Le désir de quitter l’armée. Le nombre de ceux qui demandent qu’on les retire de l’Armée rouge et qu’on leur assigne une tâche civile va grandissant. Cela n’est pas toujours dû à des raisons de caractère personnel, mais s’explique également par le fait: 1) que les conditions matérielles d’existence de l’Armée rouge sont trop mauvaises; 2) qu’on se sent fatigué après de longues années de combat; 3) que des dirigeants n’agissent pas de façon appropriée en ce qui concerne la solution des diverses questions, la répartition des tâches ou l’application des mesures disciplinaires.

Moyens de corriger ces défauts: Tout d’abord, renforcer le travail d’éducation, afin de triompher de l’individualisme sur le plan idéologique. Ensuite, procéder de façon juste en ce qui concerne la solution de toutes les questions, la répartition du travail et l’application des mesures disciplinaires.

De plus, il faut trouver les moyens d’améliorer les conditions matérielles d’existence de l’Armée rouge et utiliser toutes les possibilités qui se présentent pour permettre aux troupes de se reposer et de se refaire. Dans notre travail d’éducation, il faut faire ressortir qu’en ce qui concerne ses origines sociales, l’individualisme est le reflet de l’idéologie petite-bourgeoise et bourgeoise dans le Parti.

LA MENTALITE DE « HORS-LA-LOI »

Par suite de la présence, dans les rangs de l’Armée rouge, d’un grand nombre d’éléments déclassés, et de l’existence d’une multitude d’éléments semblables dans le pays, en particulier dans les provinces méridionales, une mentalité de « hors-la-loi » s’est fait jour, sur le plan politique, dans l’Armée rouge.

Cette mentalité se manifeste:


1) par la tendance à étendre notre influence politique, non pas grâce à un travail laborieux pour créer des bases d’appui et établir le pouvoir populaire, mais uniquement par des actions mobiles de partisans;
2) par la tendance à grossir l’Armée rouge non pas en multipliant les détachements locaux de la Garde rouge et les unités locales pour les transformer finalement en forces principales, mais « en recrutant n’importe qui, jusqu’à des déserteurs et des mutins »;


3) dans la répugnance à mener de rudes combats aux côtés des masses et dans la tendance à vouloir arriver le plus vite possible dans les grandes villes pour pouvoir y ripailler à plaisir.

Toutes ces manifestations de la mentalité de « hors-la-loi » gênent considérablement l’Armée rouge dans l’accomplissement des tâches qui lui incombent; c’est pourquoi l’extirpation de cette mentalité constitue un objectif important de la lutte idéologique à l’intérieur des organisations du Parti dans l’Armée rouge. Il faut comprendre qu’une telle mentalité, semblable à celle qui existait du temps de Houang Tchao (note3) et de Li Tchouang (note 4), est inadmissible dans les conditions actuelles.

Moyens d’éliminer cette mentalité:

  1. Renforcer le travail d’éducation et critiquer les conceptions erronées pour faire disparaître la mentalité de « hors-la-loi ».


2. Renforcer, dans les rangs de l’Armée rouge et parmi les soldats faits prisonniers et récemment incorporés, le travail d’éducation, pour en finir avec l’esprit de vagabondage.


3. Faire entrer dans l’Armée rouge des éléments ouvriers et paysans actifs, ayant l’expérience de la lutte, afin de modifier, de cette manière, la composition de l’Armée rouge.
4. Créer de nouvelles unités de l’Armée rouge avec les masses ouvrières et paysannes engagées dans la lutte.

LES SURVIVANCES DU PUTSCHISME

On a déjà combattu le putschisme dans les organisations du Parti au sein de l’Armée rouge, mais d’une manière insuffisante. C’est pourquoi il se trouve encore dans l’Armée rouge des survivances des tendances putschistes.

Elles se manifestent:


1) par des actions aveugles, entreprises sans tenir compte des conditions subjectives et objectives;
2) dans l’application incomplète et irrésolue de notre politique dans les villes;
3) dans le relâchement de la discipline militaire, en particulier après des défaites;
4) dans les incendies de maisons, encore pratiqués par certaines unités;
5) dans l’exécution des déserteurs et l’application de châtiments corporels, pratiques à caractère putschiste. Il faut rechercher les origines sociales du putschisme dans l’imbrication de l’idéologie du Lumpenproletariat et de l’idéologie petite-bourgeoise.

Moyens d’éliminer ces survivances:

1. Liquider le putschisme du point de vue idéologique.

2. En finir avec le comportement putschiste au moyen de règles, règlements et mesures politiques.

NOTES

les lecteurs avertis remarqueront que tous les noms chinois ( lieux et personnages) ne sont pas écrits en pinyin mais dans l’ancienne transcription alphabétique aujourd’hui abandonnée

1 Après la défaite de la révolution en 1927, on vit se manifester pendant un court laps de temps, au sein du Parti communiste, des tendances gauchistes, putschistes. Les tenants du putschisme estimaient que la révolution chinoise avait le caractère d’une « révolution permanente », qu’elle se trouvait dans un état d’ »essor ininterrompu ». C’est pourquoi ils s’opposaient à une retraite organisée et cherchaient, selon une méthode erronée, à coups de simples décrets administratifs, en s’appuyant uniquement sur un petit nombre de membres du Parti et sur une fraction réduite de la population, à susciter dans l’ensemble du pays toute une série de soulèvements locaux qui n’avaient pas la moindre chance de succès. A la fin de 1927, ces manifestations putschistes connurent une large extension; elles


diminuèrent progressivement au début de 1928, mais certains membres du Parti continuaient à y être enclins. Le putschisme, c’est l’aventurisme.

2 Dans le système d’organisation des partisans, une colonne correspondait à une division dans l’armée régulière, mais avec des effectifs beaucoup plus variables et en général beaucoup plus faibles.

3 Houang Tchao, né à Tsaotcheou (aujourd’hui district de Hotseh, province du Chantong), dirigea une insurrection paysanne à la fin de la dynastie des Tang. En l’an 875, c’est-àdire dans la deuxième année du règne de l’empereur Hsitsong,Houang Tchao, qui avait rassemblé autour de lui un grand nombre de paysans, fit écho au soulèvement dirigé par Wang Sien-tche. Quand celui-ci fut tué, ce qui subsistait de ses détachements fut réuni par Houang Tchao à ses propres forces, et il se proclama « Grand capitaine montant à l’assaut du ciel ». A la tête des forces insurrectionnelles, Houang Tchao mena deux campagnes au-delà des frontières du Chantong. Au cours de la première, il passa d’abord dans le Honan, puis dans l’Anhouei et le Houpei et retourna ensuite dans le Chantong. Dans la seconde campagne, il partit encore du Chantong pour aller dans le Honan, puis dans le Kiangsi. Traversant ensuite l’est du Tchékiang, il entra dans le Foukien et le Kouangtong, puis dans le Kouangsi, le Hounan et enfin le Houpei; de là, il se dirigea de nouveau vers l’est et pénétra dans l’Anhouei et le Tchékiang. Puis, franchissant le Houaiho, il pénétra dans le Honan, s’empara de Louoyang, prit d’assaut la passe de Tongkouan et, finalement, s’empara de la ville de Tchangan. Houang Tchao créa alors l’empire de Tsi et se proclama empereur.

Mais à la suite de querelles intestines (son général Tchou Wen se rendit à l’empereur des Tang) et de l’offensive des troupes de Li Keh-yong, chef de la tribu des Chatos, Houang Tchao perdit Tchangan, se replia vers le Honan et enfin dans le Chantong. Finalement vaincu, Houang Tchao se suicida. La guerre qu’il avait entreprise avait duré dix ans, c’est l’une des guerres paysannes les plus célèbres dans l’histoire de Chine. Dans les chroniques officielles, dont les auteurs appartenaient aux classes dominantes, on dit de Houang Tchao qu’à cette époque « tous les gens souffrant du fardeau des impôts se ruaient vers lui ». Néanmoins, Houang Tchao se limita à des opérations mobiles et ne créa aucune base d’appui tant soit peu solide. C’est pourquoi il fut qualifié de « hors-la-loi ».

4 Li Tchouang ou Li Tse-tcheng, originaire du district de Mitche, province du Chensi, dirigea une insurrection paysanne à la fin de la dynastie des Ming. En 1628, première année du règne de l’empereur Setsong, toute une vague d’insurrections paysannes balaya le nord du Chensi. Li Tse-tcheng se joignit au détachement insurrectionnel conduit par Kao Ying-siang qui, parti du Chensi, avait pénétré dans le Honan, puis dans l’Anhouei, pour revenir finalement dans le Chensi. En 1636, Kao Ying-siang mourut et Li Tse-tcheng fut proclamé roi sous le nom de Tchouangwang. Le principal mot d’ordre de Li Tsetcheng à l’égard des masses populaires était: « Soutenir Tchouangwang et ne pas payer d’impôts ».

Li Tse-tcheng fit régner, parmi ses troupes, une sévère discipline en lançant le mot d’ordre suivant: « Celui qui tue un homme, je le traiterai comme s’il avait tué mon père. Celui qui viole une femme, je le traiterai comme s’il avait violé ma mère. » C’est pourquoi il eut beaucoup de partisans; ses détachements devinrent la force principale des insurrections paysannes de cette époque. Mais, comme Houang Tchao, il ne s’assura, lui non plus, aucune base tant soit peu solide, et se déplaça continuellement. Après avoir été proclamé roi, il conduisit ses troupes dans le Setchouan, puis regagna le Chensi du Sud, traversa le Houpei et entra de nouveau dans le Honan. Il fit une incursion dans le Houpei pour occuper Siangyang et, traversant encore une fois le Honan, revint dans le Chensi où il s’empara de Sian. En 1644, il traversa le Chansi et s’empara de Pékin, mais fut bientôt vaincu par les forces conjuguées du général des Ming, Wou San-kouei, et des Tsing, que ce dernier avait appelés à la rescousse.

4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 11:21

 

ISRAEL  A L’OCDE

Malgré la non-conformité avec les règles que l’OCDE impose théoriquement à ses membres et que nous reprenions dans notre bulletin du 20 Mars qui suit

Le 10  Mai  2010 La totalité des membres de l’OCDE  a admis l’Etat sioniste dans le « club des riches »

Le ministre des Finances israélien, Youval Steinitz  a déclaré :
« Cette adhésion constitue un succès historique vu qu’elle donne une légitimité à Israël comme pays avancé et éclairé.

L’importance est immense. C’est le club international le plus respectable au sein duquel un petit pays comme Israël peut être accepté. »

 

 

Un article récent d’un journaliste est venu éclairer un des aspects les moins médiatisés de la politique d’influence de l’Etat sioniste et de sa volonté de se ranger résolument dans le camp occidental , porteur dans un mouvement de l’énergie du désespoir,  de l’étendard du capitalisme sans frontière .

Israël a entamé une longue démarche pour être admis au sein de l’OCDE *

L’OCDE, organisation de coopération et de développement économique, est une organisation internationale discrète. Elle a succédé en 1961  à  l’OECE, organisation de coopération économique européenne mise en place par les Etats-Unis en 1947 pour organiser la distribution des fonds du plan Marshall en Europe.

Le marché politique était simple : « Vous états européens affaiblis par la guerre acceptez notre aide financière pour aider à votre reconstruction mais, en échange, vous devez mettre en place un régime économique et social permettant l’ouverture de vos marchés à nos banques et à nos multinationales et accepter  toutes les règles du système capitaliste dont nous sommes,  nous Etats-Unis, les promoteurs. »   Sous-entendu : l’OECE établit les règles de fonctionnement du « camp occidental » au moment où les anglo-saxons Etats-Unis et Grande –Bretagne lancent la guerre froide.

Le plan Marshall achevé, l’OCDE a continué à être le lieu où s’élabore la politique économique et sociale des grands Etats capitalistes développés et  cette organisation peut être considérée comme le gardien de l’orthodoxie capitaliste mondiale.

Elle ne légifère pas, elle ne condamne pas, elle surveille, toujours, elle admoneste, à l’occasion, et rien de ce qui se prépare ou se décide en matière économique et sociale dans un de ses Etats membres n’échappe à sa vigilante attention.

Sans jamais s’en vanter les gouvernements des pays membres sont extrêmement attentifs aux observations qu’elle formule sur leur politique  et très sensibles à ses remontrances. Il est fréquent que des critiques de l’OCDE deviennent des antiennes politiques et médiatiques rebattues.  Ainsi  la «  rigidité du marché et du droit du travail en France » obstacle au développement de la précarité a été dénoncée par l’OCDE bien avant d’être reprise en cœur par le patronat et par la  droite et admise idéologiquement comme cadre de réflexion par la social-démocratie quand elle était au pouvoir.

Passée la période la plus tendue de la guerre froide, l’OCDE a élargi son horizon et a admis des nouveaux membres en commençant par les amis anglo-saxons : Australie et Nouvelle Zélande. Tous étaient  « politiquement corrects » mais certains furent admis dans le club des pays industriels riches même si leur niveau de développement n’était pas égal ou si leur législation sociale n’était pas très présentable dans la devanture du « Monde libre ».  Ainsi  la Turquie fut  membre fondateur en 1961   alors qu’elle était beaucoup plus une base militaire avancée à la frontière  Sud de l’URSS  qu’un pays développé .La Corée du Sud admise en 1996 dés qu’elle sortait à peine  de l’état d’exception instauré  avec des variantes après la fin de la guerre (1953) pour lui permettre à marches forcées  et sous une poigne de fer de se transformer en  trois décennies en un  « dragon » économique , vitrine du capitalisme occidental face aux communistes nord-coréen et chinois. Quant  au  Mexique que les Etats-Unis voulaient faire sortir de sa période de nationalisme économique ombrageux pour l’ouvrir au grand vent du libre-échange et en pratique et prioritairement au  Capital Etasunien  il fut admis dans l’OCDE le jour même de l’ouverture des frontières de  l’Alena en 1994 .

Aujourd’hui après avoir intégré certains pays d’Europe Centrale après la disparition du COMECON l’OCDE poursuit son élargissement et plusieurs candidatures : Chili, EstonieIsraël,  Russie et Slovénie sont en examen depuis  2007.

Le cas le plus intéressant est  celui d’Israël. En effet, on pourrait croire que ce pays ultra capitaliste et puissamment parrainé  n’aurait aucune difficulté à être admis dans le club. Mais l’OCDE ne se comporte pas simplement comme une amicale de riches et soucieuse de sa respectabilité elle a fixé des  critères en matière d’adhésion. Même si ces critères ont été appliqués avec souplesse dans certains cas comme le niveau de développement de la Turquie en 1961 ou le droit syndical en Corée du sud en 1996, ils restent en vigueur.


L’article qui suit , traduit par COMAGUER, a été publié récemment dans un quotidien d’Abu Dhabi et reproduit par la revue étasunienne COUNTERCURRENTS.

Il donne un éclairage intéressant sur l’Etat sioniste et sur les problèmes que pose cette éventuelle adhésion à divers pays membres de l’OCDE (qui ne sont pas nommés). Ce document et les problèmes soulevés montrent qu’en fait  l’Etat sioniste à divers égards est considéré par les experts de l’OCDE comme une sorte d’Etat –Voyou en matière économique et social comme il l’est en matière diplomatique (non respect permanent des  résolutions de l’ONU et armement nucléaire). Pour cette raison il parait du plus grand intérêt pour le soutien à la cause palestinienne de faire obstacle à l’adhésion d’ISRAEL à l’OCDE.

 

 

 

ISRAEL  ET L’OCDE

Israël   prêt à rejoindre le club des nations les plus riches

 

 Par Jonathan Cook 8 mars 2010

Countercurrents.org

Nazareth:

Un club exclusif des pays les plus développés du monde est disposé à  admettre Israël comme membre bien qu’un document interne confidentiel indique,  qu’ainsi   sera approuvée l’occupation  illégale  par  Israël des territoires palestiniens et syriens.

Israël  a été informé que son accession à l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) est  quasi  assurée quand les 30 Etats membres se réuniront  en Mai.

Mais un projet de rapport de l’OCDE reconnait  qu’Israël n’a pas rempli  une des conditions principales de l'organisation sur la  fourniture de données précises et transparentes sur son activité économique.

L'information fournie par Israël,  note le  rapport, inclut non seulement l'activité économique de ses citoyens  à l’intérieur de ses frontières reconnues  mais également celle des colons juifs qui vivent dans les territoires occupés de Jérusalem est, de la Cisjordanie et du Golan en violation du droit international.

L'accession d’Israël à l'OCDE dans de  telles conditions menace d'embarrasser sévèrement plusieurs des Etats membres de l'organisation, particulièrement ceux qui sont membres de  l'Union européenne  et qui ont publiquement déclaré ne pas vouloir  se rendre complices de l’occupation.

Le rapport de l’OCDE propose que ces difficultés légales soient  évitées en demandant à Israël de produire de nouvelles statistiques dans l’année suivant son accession en excluant  la population des colons – bien que ,  comme un fonctionnaire d'OCDE l’a  admis, Israël ait la capacité ,après être devenu membre, d’opposer  son veto à  une telle demande.

« L'OCDE semble être ainsi déterminée à admettre  Israël  et elle se prépare  à  dissimuler les crimes  de l’occupation » a dit Shir Hever, un économiste basé à Jérusalem.

Israël a fait du lobbying  pendant presque 20 années pour entrer à l'OCDE, organisation fondée en 1961 pour que les démocraties industrialisées riches  se rencontrent et  coordonnent leurs politiques économiques et sociales. Elle (l’OCDE) inclut les Etats-Unis et la majeure partie de l'Europe.

« Les avantages financiers sont relativement modestes, mais c’est un  grand prestige d’y être admis » a dit M. Hever. Le « Israël a travaillé très dur pour obtenir son admission parce qu'il croit que l'accession conférera la  légitimité internationale à l’occupation. »

Plusieurs pays avec un niveau de développement plus bas qu’Israël ont été déjà acceptés, y compris la Turquie, le Mexique et la République Tchèque.

Les précédents  rejets d'Israël  pense-t-on généralement, étaient largement dus au fait que  beaucoup d'états étaient mal à l’aise   pour admettre Israël  alors qu’il occupait les territoires palestiniens de Jérusalem est, Gaza et la Cisjordanie et les Hauteurs du Golan  appartenant à la Syrie.

Cependant, Israël a été en 2007 formellement invité à ouvrir  des négociations  pour  l'adhésion après une action intense de Stanley Fischer, le gouverneur de la banque de l'Israël. On s'attend à ce que l'adhésion apporte la stabilité financière à l'économie de l'Israël, attire l'investissement et réduise la prime du risque de pays.

Le secrétaire général de l'OCDE, Angel Gurria, est venu en visite en janvier,  et après un examen de l'économie d’Israël, il a  laissé entendre  que l'admission cette année était certaine.

Cependant, un projet de rapport coulé par le comité de l'OCDE sur les statistiques, établi  le mois dernier après leur examen, montre qu’il ya  des problèmes majeurs dans les données présentées par l'Israël.

Selon ses règles, l'OCDE prend en compte l'activité économique en dehors des frontières reconnues  d'un état candidat dans des cas très limités, comme celui  des transferts de fonds des travailleurs migrants.

Mais étant donné que ce statut ne s'applique pas aux colons illégaux vivant dans les territoires occupés, le comité de l’OCDE dit  que soit les colons sont exclus des données soit toutes les personnes vivant  dans les territoires -  y compris les  Palestiniens - sont incluses.

 « Israël a été rejeté parce qu'il a toujours refusé, même dans ses propres données internes, de  différencier Israël et les territoires occupés » a dit M. Hever. Jérusalem est et le Golan ont été annexés par Israël en violation du droit international.

« L'OCDE traite Israël comme s’il avait sept millions de citoyens quand, en réalité, il en  a 11 millions de sujets, dont quatre millions sont des Palestiniens vivant sous occupation » a dit M. Hever.  « S'ils étaient inclus dans les données soumises à l'OCDE, l’admission  d’Israël devrait être refusée en raison des énormes disparités dans la richesse. »

Meron Benvenisti, un ancien adjoint au maire de Jérusalem,  a remarqué  récemment qu'il y avait un rapport de 20 contre 1 entre le produit intérieur brut par habitant d’un israélien  et  celui d’un palestinien de Gaza.

Mais plutôt que de conclure qu'Israël n’est pas parvenu à  satisfaire aux critères d’entrée dans l'organisation, le comité propose un contournement : Israël peut être accepté dans  l'organisation et disposer d’une année pour soumettre de nouvelles données en  excluant les colons.

Tim Davis, un fonctionnaire d'OCDE au  comité de statistiques à Paris, a dit qu'il ne pourrait pas présenter ses observations sur le rapport parce que son contenu était confidentiel mais  a convenu que rien ne pourrait empêcher  Israël  de ne pas tenir cet engagement  dans le futur. « Dans un cas semblable, on ne peut pratiquement rien faire. Nous travaillons sur la base de la coopération, pas de la pression. »

On rapporte que Israël a  échoué sur d’autres critères  d'entrée, y compris sur la corruption et  sur les violations de copyright.

L'OCDE a exigé des Etats membres qu’ils  s’attaquent  à la  corruption depuis qu’elle a approuvé une convention contre la corruption en 1997. Israël, cependant, a été rangé l'année dernière au  trente-deuxième rang dans un classement important sur la corruption, concernant en grande partie les 6 milliards de dollars  de chiffre d’affaires de l’industrie d’armement  du pays.

Les sociétés d’armement  d’Europe et des USA ont menacé de faire capoter la demande d’adhésion  d’Israël à l'OCDE  s’il ne met pas de l’ordre dans ses pratiques. Israël est censé également violer des droits de propriété intellectuels, encore en l'infraction avec les règles d'OCDE. Les USA et les sociétés suisses ont accusé Israël de ne pas respecter les règles de commercialisation au plan international des médicaments  produits par sa plus grande compagnie pharmaceutiques, Teva.

La candidature  d’Israël à  l'OCDE est refusée par les chefs de sa minorité arabe, un cinquième de la population. Le mois dernier le Haut Comité de suivi, principal représentant de cette minorité, a demandé à  l'OCDE de rejeter Israël.

 Il a précisé que la moitié des citoyens arabes d’Israël vivent au-dessous du seuil de pauvreté, un taux trois fois plus élevé que parmi les juifs israéliens, et qu’en moyenne les  citoyens arabes moyens gagnent des salaires qui sont inférieurs d’un tiers à ceux des juifs. Mohamed Zeidan, chef  du comité, a imputé les disparités dans la richesse à ce qu'il a appelé « les politiques racistes et discriminatoires» d’Israël.

Un autre rapport de l'OCDE, publié en janvier, a montré que, même sur la base des chiffres d’Israël excluant  les Palestiniens, si on l'acceptait, Israël aurait  toujours les écarts sociaux   les plus importants de tous les Etats membres de l’organisation.

Jonathan  Cook est un écrivain  et journaliste basé à Nazareth, Israël. Ses derniers livres sont  « Israël et le choc des civilisations : L'Irak, l'Iran et le plan pour refaire le Moyen-Orient » (Pluton Press) et « la Palestine en voie de disparition : les expérimentations  israéliennes  sur le désespoir humain » (Zed Books). Son site Web est www.jkcook.net.

La version originale de cet article est  parue dans THE NATIONAL  (www.thenational.ae), publié à  Abu Dhabi.

 

 

Note

* Les 30 pays membres de l’OCDE  (d’après le site internet de l’OCDE)

L’OCDE compte trente pays membres :
Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, CoréeDanemark, Espagne, Etats-Unis, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie, Japon, Luxembourg, Mexique, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République slovaque, République tchèque, Royaume-Uni, Suède, Suisse, Turquie.

Vingt de ces pays sont devenus membres le 14 décembre 1960, lors de la signature de la Convention relative à l’Organisation. Les autres ont adhéré à l’OCDE au fil des ans.

Dans un protocole additionnel à la Convention de l'OCDE, les pays signataires décidaient que la Communauté européenne, à travers la Commission européenne, "participait aux travaux de l’OCDE". Cette participation va bien au-delà de l’octroi d’un simple statut d’observateur et lui accorde en fait un statut de quasi-membre.

 

 

 

 
22 mai 2010 6 22 /05 /mai /2010 11:15

 

Voici  - ci-dessous - ce que nous écrivions en Septembre 2007.

 

La décision d’extrader Noriega vient d’être prise par la justice étasunienne qui va livrer à la France un prévenu que l’on dit en très mauvaise santé.

Que va faire Mme Alliot-Marie de ce cadeau très particulier ? Les achats de matériel ferroviaire sont-ils toujours d’actualité ?

 

CONTRE LA GUERRE, COMPRENDRE ET AGIR

Bulletin n°173– semaine 39– 2007

 

NORIEGA SORT DE PRISON

Où ira-t-il ?

 

MANUEL NORIEGA, ancien homme fort du Panama,  vient de sortir de prison.

Un peu oublié après sa condamnation  pour trafic de drogue à 40 ans de prison par un tribunal étasunien, MA NUEL NORIEGA vient d’être libéré après 17 ans de réclusion.

Sa peine a été écourtée pour bonne conduite et pour de multiples témoignages d’une intense ferveur religieuse consécutive à une conversion au protestantisme baptiste (un des groupes évangélistes qui sévissent aux Etats-Unis et constituent également  des produits d’exportation  de la soi-disant « démocratie » étasunienne) après son incarcération.

L’histoire du personnage est étonnante.

Brillant élève de l’ « ECOLE DES AMERIQUES », cette école installée par les Etats-Unis à Panama où ils ont formé tout ce que les armées et les services secrets des pays latino-américains ont compté de tortionnaires, d’assassins de militants politiques, syndicaux et d’intellectuels progressistes  et d’organisateurs d’escadrons de la mort, MANUEL NORIEGA s’empare de la réalité du pouvoir et contrôle le Panama au cours des années de la Présidence REAGAN.

La république de Panama a été fabriquée par les USA autour du canal pour extraire celui-ci du territoire de la Colombie. L’opération a été réalisée en 1902 par le Président THEODORE ROOSVELT, promoteur de la politique étrangère du « gros bâton ».

Les Etats-Unis ont donc amputé la Colombie d’une partie de son territoire pour y créer une république bananière centrée sur le Canal. Le Panama est une longue bande de terre (environ 1000 km)  de la partie la plus étroite de l’isthme centroaméricain  fractionné par une zone de 16 km de large qui relie les deux océans : la zone du Canal occupée par l’armée US et soustraite à la souveraineté de l’Etat panaméen.

Après la défaite du Vietnam, le Président Carter va prendre diverses mesures à gommer dans l’opinion mondiale l’image des « VILAINS AMERICAINS » titre d’un livre à succès : « THE UGLY AMERICAN » de Lederer et Burdick paru en 1958 et qui n’avait rien perdu de son actualité. Il cherche à améliorer les relations avec les voisins  latino-américains qui  ne sont pas dirigés par des juntes militaires et pourraient être sensibles à l’influence cubaine.

Il va, en particulier, signer en 1977 un traité avec le président panaméen OMAR TORRIJOS visant à transférer aux panaméens la gestion du Canal de Panama au terme d’un processus de transition qui doit durer 20 ans. Ce transfert suppose évidemment le départ des soldats US de la zone du Canal, leur remplacement par des forces panaméennes fidèles  et le déplacement  de l’ECOLE DES AMERIQUES  vers les Etats-Unis.

Pour REAGAN et son équipe le traité CARTER-TORRIJOS  est ressenti comme une humiliation. A défaut de dénoncer le traité, il faut au moins assurer la présence à la tête de dirigeants politiques totalement dévoués aux USA.

De ce point de vue OMAR TORRIJOS qui  fait preuve d’un nationalisme actif ne donne pas toutes les garanties nécessaires d’inféodation. Le 31 Juillet 1981 l’avion présidentiel s’écrase dans les montagnes panaméennes. Pour l’économiste étasunien JOHN PERKINS  qui travaillait à l’époque pour la Banque Mondiale au Panama et dont le livre « CONFESSIONS D’UN ASSASSIN ECONOMIQUE » décrit les méthodes de la Banque Mondiale pour que les crédits qu’elle accorde soient tous utilisés pour des travaux réalisés exclusivement par des entreprises US, TORRIJOS  a été assassiné par la CIA pour avoir refusé ce genre de marché. OMAR TORRIJOS mort, le nouvel homme fort du Panama n’est pas le nouveau Président, BARLETTA, ancien fonctionnaire de la Banque Mondiale mais MANUEL NORIEGA. Formé par les militaires US, émargeant officiellement sur les registres des salariés de la CIA, il prend progressivement le pouvoir. A la mort de TORRIJOS, il n’est que chef du service des renseignements de l’armée panaméenne. Il se fait aussitôt nommer par BARLETTA commandant de la Garde Nationale, le poste militaire le plus important du pays et il transformera ensuite la Garde Nationale en Forces de défense panaméennes. Bien qu’agent appointé de la  CIA, ses relations avec les Etats-Unis vont se tendre progressivement. Il est  d’abord accusé d’avoir fait assassiner HUGO SPADAFORA, ancien guérillero sandiniste passé à la Contra (CONTRAS = contre révolutionnaires soutenus pas les Etats-Unis pour renverser le régime sandiniste au Nicaragua. Ensuite il  réalise une sorte de coup d’Etat parlementaire fait chasser le Président BARLETTA et le remplace par le Vice-président  ERIC ARTURO DELVALLE qui lui est plus soumis. Il refuse d’engager l’armée panaméenne dans le renversement du régime sandiniste et participe activement avec le Mexique au « groupe de CONTADORA » qui essaie de trouver une solution pacifique aux crises suscitées par les Etats-Unis contre en Amérique Centrale.

A partir de 1985, la question est posée à Washington dans les cercles du pouvoir : « Faut-il éliminer NORIEGA  et comment ? » Déjà la CIA l’a retiré de ses listes d’agents mais il continue à rendre de menus services. Ainsi dans le même temps où il refuse l’engagement de l’armée panaméenne contres les sandinistes, il laisse transiter par le Panama des cargaisons d’armes clandestines pour les CONTRAS. Il ne cède pas aux pressions de plus en plus fréquentes pour abroger le traité CARTER-RORRIJOS. Bref un personnage bien encombrant, coriace et qui pour avoir été au cœur du dispositif impérialiste « connaît bien la musique ».

C’est à cette époque que se met à circuler l’accusation de trafic de drogue. Pour JOSEPH DINGER  auteur d’une biographie de NORIEGA  « OUR MAN IN PANAMA » (Times Book – New-York 1990) ces accusations ne sont pas très consistantes. Etait-il trafiquant ? Ou  laissait-il le trafic – contrôlé par la CIA  et lui assurant des revenus non contrôlés par le Congrès US -  se poursuivre via le territoire panaméen ?  Percevait-il des commissions pour que la Garde Nationale ferme les yeux sur les mouvements d’avions transportant la cocaïne colombienne vers les Etats-Unis ?  A-t-il souffert indirectement des règlements de comptes entre mafias colombiennes (Cartel de Cali contre Pablo Escobar) en prenant partie pour ESCOBAR contre les autres parrains (voir ci-après un extrait du livre de HERNANDO CALVO OSPINA / DON PABLO ET SES AMIS (Editions EPO  -1994) ?

«En outre [...] que se passait-il sur le plan international ? En moins de vingt ans les Etats-Unis déclarèrent leur quatrième guerre contre le narcotrafic, guerre qu’ils allaient perdre comme les précédentes, parce que cette superpuissance ne s’occupait que de ses ennemis extérieurs. C’est ainsi qu’arriva l’invasion du Panama, où très peu de voix s’élevèrent pour protester contre cette violation du droit. Il y a mieux: même François Mitterrand se déclara inconditionnellement solidaire des Etats-Unis, devenant ainsi le complice de l’assassinat de quatre mille civils. Tout cela pour capturer et extrader le général Antonio Noriega, un des plus importants narcotrafiquants du monde selon les gringos. Mais ne s’est-il pas avéré que, jusqu’à quelques mois avant décembre 1989, ce même Noriega était le bras droit de la CIA et de la DEA? Les gringos ne connaissaient-ils donc pas les activités de Noriega, parce qu’ils étaient trop souvent ses complices? Ce qui est certain c’est que la ‘narcotisation’ s’internationalisait au bénéfice des stratégies impérialistes.»

Ce n’est pas établi. Ce qui est certain et vérifié dans de nombreux autres cas c’est que toute opération de déstabilisation d’un dirigeant latino-américain qui ne se plie pas à la volonté de Washington, qu’il soit opposant politique comme les FARC colombiennes ou le Parti Communiste Péruvien ou simplement un peu indiscipliné ou retors passe par l’accusation de trafic de drogue. NORIEGA va résister pendant cinq ans  à toutes les manœuvres concoctées à Washington pour le chasser du pouvoir. Il  résistera à tout et REAGAN quittera la Maison Blanche sans « avoir eu sa peau ».

Tout y  passe : amicales pressions transmises à domicile par les chefs d’Etat voisins pour lui garantir l’impunité s’il quitte le pays de son plein gré, financement d’une opposition « démocratique » ( de couleur déjà comme en Géorgie et en Ukraine plus récemment) installation aux Etats-Unis d’un « gouvernement en exil », sanctions économiques , non-paiement des droits d’immatriculation sur le registre panaméen des navires appartenant à des citoyens US, non paiement de la redevance pour l’occupation de la zone du canal, retrait de fonds US des banques panaméennes ( Panama est un paradis fiscal, mais il y en a beaucoup d’autres)

Mais NORIEGA tient toujours. Le conflit va éclater au grand jour au moment des élections présidentielles de Mai 1989. BUSH père a remplacé REAGAN à la Présidence en Janvier 89. Il connaît bien NORIEGA qui a été un de ses employés lorsqu’il dirigeait la CIA et il veut frapper un grand coup politique.

L’opposition à NORIEGA (qui n’est pas lui-même candidat) est très soutenue, tous les sondages la donnent triomphant avec 80% des voix. Le pays est truffé d’observateurs internationaux, certains officiels parmi lesquels rien moins que deux anciens Présidents US : CARTER et FORD, d’autres clandestins débarqués par avions entiers dans l’une ou l’autre des 14 bases militaires US au Panama et pénétrant sans difficulté sur le territoire  et dans les bureaux de vote panaméen.

Le lendemain du vote la victoire du candidat pro US et anti-NORIEGA est annoncée par l’archevêque du panama sur la foi d’un « sondage réalisé par l’Eglise » et aussitôt reprise à son compte par CARTER. Ce « résultat » est repris par touts les agences de presse internationales et diffusé dans le monde entier. La Commission électorale, elle, se tait. Au bout de trois jours elle publie un simple communiqué qui annonce l’impossibilité de proclamer un résultat d’élections entravées par les pressions étrangères et par les interventions des « observateurs » étrangers dans les opérations de vote. 

A Washington, c’est la furie. L’équipe BUSH, assurée que l’URSS en pleine déconfiture laissera faire, prépare ce qui reste l’ultime recours : une expédition militaire pour chasser NORIEGA. Les manœuvres d’intimidation se multiplient sur les bases militaires US au sol (il y en a 14) et dans les eaux caribéennes.

Considérant sa souveraineté menacée Panama en appelle à l’ONU .le Conseil de Sécurité est saisi mais  après avoir entendu le représentant US refuse d’examiner la requête panaméenne. Les troupes US basées au Panama se mettent à circuler dans tout  le pays occupent des bâtiments publics. Le Conseil d’Etat panaméen nomme alors un gouvernement provisoire en attendant que les conditions soient réunies pour la tenue d’élections régulières.

En Août 89, un éditorial du quotidien cubain « Granma » dénonce les pressions brutales des USA sur Panama et invite les nations latino-américaines à user de leur influence pour éviter toute intervention militaire. (cette prise de position s’explique : NORIEGA qui n’était évidemment pas un révolutionnaire castriste n’était pas non plus un hystérique anticastriste comme on les aime à Miami et les cubains le savaient).

L’intervention, organisée par BUSH, CHENEY alors secrétaire à la Défense et COLIN POWELL, alors chef d’Etat-major,  aura lieu malgré tout. Selon  JOHN PERKINS (cf. ouvrage cité plus haut)  ce qui aura fait pencher définitivement la balance en faveur de l’invasion est une ultime tentative de chantage de NORIEGA sur BUSH père. NORIEGA disposerait de bandes vidéos compromettantes de GEORGE W.BUSH qui à l’époque ne s’était pas « acheté une conduite » et aurait été filmé sur l’île de rêve pour milliardaires : CONTADORA au large de la côte panaméenne en train d’abuser de la cocaïne colombienne.

 Baptisée « JUSTE CAUSE » puisqu’il s’agit officiellement de faire tomber un vilain « narcotrafiquant » elle est lancée le 20 décembre à minuit. Face à 5000 soldats panaméens pauvrement équipés et qui ne sont même pas en alerte, les USA disposent de 10000 hommes dans les bases US permanentes et y a joutent des renforts venus du Guantanamo, de Porto-Rico et du Honduras (base de PALMEROLA). De 20 à 25000 hommes sont donc lâchés sur le  Panama, par air, par terre et par mer. L’opération fait officiellement 500 morts chez les civils panaméens mais le chiffre aujourd’hui admis est d’environ 4000.  NORIEGA se réfugie à l’ambassade du Vatican. Assiégée, l’ambassade est alors « sonorisée » par l’armée US qui va l’écraser nuit et jour sous des flots de décibels insupportables. NORIEGA  se rend et un nouveau Président est nommé au cours d’une cérémonie tenue rapidement sur une base militaire US.

NORIEGA sera jugé aux Etats-Unis condamné et incarcéré dans des conditions de confort de VIP.

Curieusement l’affaire NORIEGA a eu et va continuer à avoir des répercussions en France. Toujours serviable, la France s’associe en 89 à la campagne de BUSH contre NORIEGA. La direction générale des douanes s’intéresse aux proches de NORIEGA en France : l’ambassadeur du panama à Paris, la fille de NORIEGA, consul du panama à Marseille et découvre d’importants achats immobiliers en France. NORIEGA est inculpé de blanchiment d’argent  - un peu plus de 3 millions de $ ce qui est à l’échelle du trafic international de la cocaïne  est une broutille - dans des banques françaises ou installées en France.

En 1993 il est jugé et condamné par contumace à 10 ans de prison pour ce délit, peine non exécutée puisqu’il est alors en prison aux Etats-Unis. Elle le devient aujourd’hui puisqu’il a purgé sa peine là-bas.

Encore faudrait-il qu’il soit extradé et ce serait possible si la France le demandait.

Elle ne l’a pas encore fait et ne le fera peut-être pas. Pour plusieurs raisons :

Des raisons de droit d’abord :

L’avocat français  de NORIEGA fait valoir 

- d’abord que la peine exécutée aux Etats-Unis l’a été pour le même motif que la   peine infligée en France et il s’oppose à cette double peine

- ensuite que le jugement de 1993 est prescrit

- enfin que la justice étasunienne a octroyé à NORIEGA le statut de « prisonnier de guerre » ce qui complique sérieusement le dossier

Mais surtout d’étonnantes raisons politiques :

Les avocats de NORIEGA aux Etats-Unis  considèrent que l’extradition vers la France et un nouvel emprisonnement, en évitant le retour de NORIEGA au Panama, rendrait un fier service aux Etats-Unis et ils vont donc tenter de s’y opposer.

En effet si l’homme a des ennemis au Panama, il compte aussi des amis à commencer par l’actuel Président de la République MARTIN TORRIJOS, fils de l’ancien président assassiné, lequel ne porte pas les Etats-Unis et la famille BUSH en particulier dans son cœur et son retour à PANAMA ne contribuerait ni à détendre les relations entre WASHINGTON et la petite république ni à apaiser le climat intérieur, NORIEGA connaissant tous les secrets de la République et beaucoup de secrets étasuniens.

Dans les observations écrites qu’ils ont faites à ce sujet, observations reprises par une dépêche de l’agence AL JAZEERA du 09 septembre 2007 ils font état d’une étrange proposition faite par la France aux dirigeants panaméens : la procédure d’extradition serait lancée par la France à condition que le PANAMA achète pour 300 millions d’Euros de matériel ferroviaire à la France.

Voici donc,  après la transaction libyenne : « infirmières contre centrale nucléaire et matériel militaire », une nouvelle illustration  du « nouveau cours » de la diplomatie sarkouchnerienne : « extradition contre trains », où tous les moyens sont bons pour simultanément faire plaisir à BUSH et améliorer les performances, modestes ces temps-ci, de l’industrie française à l’exportation.

Quoi qu’il arrive, l’affaire NORIEGA est une nouvelle preuve que la diplomatie de la France s’apparente de plus en plus à celle d’une république bananière et on souhaite bien du plaisir à Madame le Ministre de la Justice pour faire avancer le dossier NORIEGA dans nos prétoires, si jamais nous  vendons nos trains.

 

 

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11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 23:05

http://www.secoursrouge.org/local/cache-vignettes/L470xH338/arundhatiroy-593de.jpg

 

La police de l'Etat du Chhattisgarh a confirmé le lundi 12 avril qu’elle enquête actuellement sur une plainte déposée contre l’écrivain Arundhati Roy pour violation des dispositions du CSPSA (Loi Spéciale de Sécurité Publique du Chhattisgarh). Selon la plainte déposée par un certain Viswajit Mitra (qui se défini comme un citoyen ordinaire), le récent essai ’Walking With The Comrades’ d’Arundhati Roy, dans lequel elle raconte abondamment son voyage avec une compagnie maoïste, tombe sous la compétence de la loi vu que le texte pourrait être interprété comme visant à créer un soutien envers les maoïstes. Ce texte (dont vous trouverez la traduction française intégrale en cliquant ici) a été publié dans l’édition du 29 mars 2010 du magazine hebdomadaire Outlook.

 

http://www.secoursrouge.org/local/cache-vignettes/L500xH642/walking-with-the-comrades-201-copy-0864c.jpg

 

Le plaignant affirme qu’il a déposé plainte parce que rencontrer ou s’engager avec une organisation hors la loi est clairement interdit par le CSPSA. De plus, il a ajouté que l’auteur cherchait non seulement à ’glorifier’ les maoïstes, mais aussi à dénigrer le système établi de l’Etat, y compris le système judiciaire. De son côté, l’écrivain Arundhati Roy a réagit ’Ceci est clairement une tentative pour barrer le théâtre de la guerre et pour étouffer le flux d’information critique qui sort de la forêt. Il y a très peu d’information et aucun enregistrement des adivasis qui ont été tués dans les villages forestiers éloignés, ni de la situation qui peut être décrite comme un Etat d’Urgence’. Réfutant l’accusation selon laquelle son article ’glorifie’ les guérilleros, elle le décrit comme un compte-rendu d’un écrivain de son voyage derrière ’les lignes de front’ de l’Opération Green Hunt. Elle dit également qu’il lui semble crucial que la population de son pays puisse savoir ce qui se passe, de l’autre côté, afin de prendre des décisions en connaissance de cause. Le Directeur Général de la Police a confirmé avoir enregistré la plainte qui a été envoyée au département judiciaire pour qu’une enquête soit menée. Il a par contre refusé de donner un quelconque délai.

 

Plusieurs initiatives de soutien à Arundathi Roy ont vu le jour, et notament une pétition internationale, qui a été lancée à l'origine en Turquie, et que nous vous appelons à signer en cliquant dans le lien indiqué.

 

Texte de la pétition

 

En tant que Confédération des Ouvriers de Turquie en Europe (ATIK), nous condamnons et nous opposons à la tentative du gouvernement du Chhattisgarh de persécuter Arundhati Roy pour un article qu'elle a écrit à propos des maoïstes.

Un pays qui s'enorgueilli d'être 'la plus grande démocratie du monde' est en train d'essayer d'étouffer et d'opprimer les voix dissidentes en Inde.  Cela prouve que la 'vraie' démocratie n'est en fait pas pratiquée dans la vie indienne de tous les jours.


Arundhati Roy est une journaliste et écrivain progressiste très connue.  Elle a passé un certain temps avec les maoïstes dans le district du Dantewada et en a écrit un article 'Ma Marche avec les Camarades'.  Pour cela, le Directeur Général de la Police du Chhattisgarh veut qu'elle soit arrêtée en vertu du Chhattisgarh Special Public Security Act.


Avec cette pétition, nous nous opposons à cette mesure répressive du gouvernement du Chhatisgarh et exigeons l'arrêt immédiat de la persécution d'Arundhati Roy.  La Liberté de la Presse est un droit international fondamental.

 

Pour lire la liste des signataires de la pétition cliquez ici

Pour signer cette pétition, cliquez ici

Pour lire le texte original de la pétition cliquez ici

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