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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 10:16

Extrait du compte-rendu intégral du colloque tenu au Sénat les 28 et 29 Janvier 2010 sur le thème : « Le Moyen-Orient à l’heure nucléaire, quelle politique européenne pour le Moyen-Orient ?

 

 

Les passages en rouge et en gras ont été sélectionnés par nous

 

Où en est AI-Qaïda ?

Table ronde

Monique CERISIER-ben GUIGA, sénatrice, co-auteur du rapport sur l'évaluation de la situation au Moyen-Orient - Où en est Al-Qaïda ? Pendant tout le périple que nous avons accompli, Jean François-Poncet et moi-même, grâce à la commission des affaires étrangères du Sénat, entre le dernier trimestre 2008 et le premier semestre 2009, c'est la question que nous n'avons cessé de nous poser, avec une ouverture presque prémonitoire au Yémen, puisque nous concluions principalement de notre voyage au Yémen qu'il était la prochaine base d'Al-Qaïda. Cela paraissait évident. Cependant, un peu partout, se posaient des questions un peu byzantines: s'agit-il d'Al-Qaïda ? Les attentats sont-ils commis par des gens qui se donnent de l'importance en les attribuant à Al­-Qaïda ? S'agit-il de gens qui seraient en quelque sorte sous-traités par Al-Qaïda, qui obtiendraient leurs lettres de noblesse en s'y affiliant et qui commettraient des actes pour qu'Al-Qaïda les accepte en son sein? Pendant huit mois de voyage, cette question fut présente.

Aujourd'hui, trois spécialistes nous donneront l'occasion ou de répondre à cette question ou de la poser de façon encore plus raffinée. Le premier sera Monsieur Alain Chouet. Homme de terrain, il ne fera pas de philosophie. Il nous parlera de la réalité. Il vient d'écrire un article dans la revue Marine, intitulé «Afghanistan, le désert des Tartares ?» Cet article est à lire. Ensuite, nous écouterons Monsieur Jean-Pierre Filiu, diplomate, actuellement professeur de sciences politiques, invité à l'université de Georgetown, aux Etats-Unis, et qui a publié plusieurs livres sur Al-Qaïda. Le dernier, Les neuf vies d'Al-Qaïda, se lit presque comme un roman. Enfin, Monsieur François Heisbourg, conseiller à la Fondation pour la recherche stratégique, a publié il y a un an Après Al-Qaïda, chez Stock. Alliez-vous trop vite? Je ne le sais pas. Nous lui demanderons, après les explications fouillées de Jean-Pierre Filiu, de conclure sur ce que l'on peut attendre du proche avenir.

Alain CHOUET, ancien chef du service renseignement de sécurité de la DGSE

Pour ceux d'entre vous qui ne sont pas encore familiers de l'organisation interne des services spéciaux français, le service des renseignements de sécurité est chargé du recueil des renseignements et de la mise en œuvre des mesures actives, à l'extérieur du territoire national, en matière de contre-criminalité, de contre-espionnage, de contre-prolifération et de contre-terrorisme. Ce sont des activités tout à fait ludiques qui se déroulent à l'étranger, donc évidemment dans l'illégalité la plus absolue et dans le plus grand secret. Cela donne du monde une vision un peu spécialisée. Je n'ai donc pas l'Intention et la prétention de dire mal ce que Jean- 90

Pierre Filiu et François Heisbourg vous diront très bien. J'essaierai de me borner à une approche « service du renseignement» du phénomène.

Compte tenu du thème retenu pour cette table ronde, j'avoue que j'ai hésité à participer à un exercice qui m'est d'abord apparu comme une espèce de séance de nécromancie, parce que les questions que vous avez qualifiées de byzantines, Madame Cerisier-ben Guiga, me paraissent moins byzantines qu'il n'y paraît au premier abord. Comme bon nombre de mes collègues professionnels à travers le monde, j'estime, sur la base d'informations sérieuses, recoupées, qu' Al-Qaïda, est morte, sur le plan opérationnel, dans les trous à rats de Bora-Bora, en 2002. Les services pakistanais se sont ensuite contentés, de 2003 à 2008, à nous en revendre les restes par appartements, contre quelques générosités et indulgences diverses.

Sur les quelque 400 membres actifs de l'organisation qui existait en 2001 et dont l'on trouvera une assez bonne description dans l'excellent ouvrage de Marc Sageman, Understanding Terror Networks, moins d'une cinquantaine, essentiellement des seconds couteaux - à l'exception de Ben Laden lui-même et d'Ayman al-Zawahiri, qui n'ont aucune aptitude sur le plan opérationnel-, ont pu s'échapper, dans des zones reculées, dans des conditions de vie précaires et avec des moyens de communication rustiques ou incertains. Ce n'est pas avec un tel dispositif que l'on peut animer à l'échelle planétaire un réseau coordonné de violences politiques. Il apparaît d'ailleurs clairement qu'aucun des terroristes postérieurs au Il septembre, qui ont agi à Londres, Madrid, Casablanca, Djerba, Charm-el-Cheikh, Bali, Bombay ou ailleurs, n'a eu de contacts avec l'organisation. Quant aux revendications plus ou moins décalées qui sont formulées de temps en temps par Ben Laden ou Ayman al-Zawahiri, à supposer d'ailleurs que l'on puisse réellement les authentifier, elles n'impliquent aucune liaison opérationnelle ou fonctionnelle entre ces terroristes et les vestiges de l'organisation.

Toutefois, comme tout le monde, je suis bien obligé de constater qu'on l'invoque à tout propos et souvent hors de propos dès qu'un acte de violence est commis par un musulman ou quand un musulman se trouve au mauvais endroit et au mauvais moment, comme dans l'histoire de l'usine AZF de Toulouse, ou même quand il n'y a pas du tout de musulman, comme dans les attaques à l'anthrax aux Etats-Unis. Or, à force de l'invoquer ainsi, un certain nombre de médias réducteurs et quelques soi-disant experts, de part et d'autre de l'Atlantique, ont fini non pas par la ressusciter mais par la transformer en une espèce d'Amédée d'Eugène Ionesco, ce mort dont le cadavre ne cesse de grandir et d'occulter la réalité et dont on ne sait pas comment se débarrasser.

L'obstination incantatoire des Occidentaux à invoquer l'organisation mythique, que l'on a qualifiée d'hyper-terroriste non par ce qu'elle a fait mais parce qu'elle s'est attaquée à l'hyper-puissance, a eu très rapidement deux effets tout à fait pervers. Premièrement, tout contestataire violent, dans le monde musulman, qu'il soit politique ou de droit commun et quelles que soient ses motivations, a vite compris qu'il devait se réclamer d'Al-Qaïda s'il voulait être pris au sérieux, s'il voulait entourer son action d'une légitimité reconnue par les autres et s'il voulait donner à son action un retentissement international.

Parallèlement, tous les régimes du monde musulman, qui ne sont pas tous vertueux, nous le savons, ont bien compris qu'ils avaient tout intérêt à faire passer leurs opposants et leurs contestataires, quels qu'ils soient, pour des membres de l'organisation de Ben Laden, s'ils voulaient pouvoir les réprimer tranquillement, si possible avec l'assistance des Occidentaux. D'où une prolifération d'« Al-Qaïda » plus ou moins désignés ou autoproclamés au Pakistan, en Irak, au Yémen, en Somalie, au Maghreb et ailleurs dans la péninsule arabique.

Le principal résultat de cette dialectique imbécile a évidemment été de renforcer le mythe d'une Al-Qaïda omniprésente, tapie derrière chaque musulman, prête à l'instrumentaliser pour frapper l'Occident en général et les Etats-Unis en particulier, au nom d'on ne sait trop quelle perversité.

Cette vision procède de plusieurs erreurs d'appréciation et de perspective.

Surtout, elle génère des ripostes totalement inadaptées, parce que si Al-Qaïda n'existe pas, la violence politique islamique existe bel et bien, et l'Occident n'en est qu'une victime indirecte et collatérale. Les idéologues de la violence islamique ne sont pas des « fous de Dieu». Ce sont des gens qui ont des objectifs précis. Leur objectif n'est pas d'islamiser le monde, c'est de prendre le pouvoir et les richesses qui y sont liées dans le monde musulman sans que l'Occident intervienne, un peu selon la même démarche que celle suivie à son époque par le frère Hassan Tourabi au Soudan. Même si l'amour-propre des Occidentaux doit en souffrir, il faut répéter sans cesse que les principales, les plus nombreuses et les premières victimes de la violence islamique sont les musulmans.

L'épicentre de cette violence islamiste n'est ni en Afghanistan ni en Irak. Il se trouve en Arabie Saoudite. C'est d'ailleurs ce pays que visait d'abord le Manifeste contre les juifs et les croisés, qui était un peu, à la fin des années 1990, le texte fondateur de l'organisation de Ben Laden. Ce manifeste visait la famille royale saoudienne bien avant les juifs et les croisés. C'est aussi ce pays qui, comme l'a dit à juste titre notre ami Antoine Sfeir, est le seul au monde à porter un nom de famille.

Toute proportion gardée, l'Arabie Saoudite se trouve à mes yeux dans une situation comparable à celle de la France du premier semestre 1789. Une famille s'est installée au pouvoir en 1926 en établissant sa légitimité sur une base religieuse et en usurpant la garde des lieux saints de l'Islam à ses titulaires historiques qui étaient la famille des Hachémites. Cette famille, les Saoud, composée aujourd'hui d'environ 3 000 princes, exerce sans partage la totalité du pouvoir et accapare une rente astronomique provenant de l'exploitation du plus riche sous-sol du monde en hydrocarbures. Afin de conserver sa légitimité face à toute forme de contestation, la famille Saoud a fermé la voie à toute forme d'expression démocratique ou pluraliste. Elle pratique et répand l'interprétation de l'Islam la plus fondamentaliste possible pour se mettre à l'abri de toute forme de surenchère dans ce domaine. La famille saoudienne est un peu comme l'Union Soviétique, qui ne voulait pas d'ennemi, donc de surenchère à gauche. Elle ne veut pas de surenchère en Islam.

Cependant, avec le temps, les retombées de la rente d'hydrocarbures ont tout de même donné naissance à diverses formes de commerces et d'industries auxquels les princes, comme tous les princes, ne sauraient évidemment toucher sans déroger et qu'ils ont concédées, moyennant des participations aux bénéfices, à des entrepreneurs roturiers majoritairement issus de pays voisins, évidemment musulmans, principalement des Yéménites et aussi, dans une large mesure, des Levantins, Syriens, Libanais et Palestiniens, plus quelques autres. Alors que l'avenir du pétrole s'annonce incertain, ces entrepreneurs font observer - à juste titre, on peut le penser, comme les bourgeois du Tiers-Etat en 1789 - que ce sont eux qui font tourner la boutique et qui préparent l'avenir du pays. Dans ces conditions, ce serait justice de les associer, sous une forme ou une autre, à l'exercice du pouvoir ou à la gestion d'une rente que la famille régnante, jusqu'à une date récente, le plus légalement du monde, assimilait à sa cassette personnelle.

Comment faire passer ce type de revendication dans un pays où toute forme d'expression pluraliste est exclue par définition? Quelle légitimité peut-on opposer à un pouvoir qui se réclame de l'adoubement divin ? Quelle pression exercer sur un régime familial qui bénéficie à titre personnel, depuis 1945, suite au pacte de Quincy conclu à titre personnel entre le vieux Ibn Saoud et le président Roosevelt, de la protection politique et militaire de l'hyper-puissance américaine en échange du monopole sur l'exploitation des hydrocarbures ?

A l'évidence, les contestataires de cette théocratie n'ont comme recours qu'un mélange plus ou moins dosé de violence révolutionnaire et de surenchère fondamentaliste - l'on ne peut pas aller à gauche, l'on est obligé d'aller à droite- exercée à l'encontre du pouvoir et, bien sûr, de ses protecteurs extérieurs, car sans eux, le pouvoir s'écroule. Ce n'est donc pas un hasard si l'on trouve parmi les activistes islamistes les plus violents un nombre significatif d'enfants de cette bourgeoisie, privés de tout droit politique mais sûrement pas ni de moyens ni d'idées. Oussama Ben Laden en fait partie. Il s'est trouvé propulsé dans le champ de la violence et de l'intégrisme par les nobles saoudiens qui ont trouvé l'expédient de faire défendre les intérêts extérieurs du royaume par les enfants de leurs valets plutôt que par les leurs. C'est l'erreur classique des parvenus.

Au gré de leurs picaresques aventures, nos beaux jeunes gens, nos fils de bourgeois ont fait de mauvaises rencontres, ont subi de mauvaises influences et sont revenus sur le terrain pour mordre la main de leur maître. C'est ainsi que s'est engagée dès le milieu des années 1980 une surenchère permanente, pour les fondamentalistes religieux et pour le contrôle de l'Islam mondial, entre la famille Saoud et ses rivaux ou ses opposants, de l'intérieur comme de l'extérieur, la rivalité Iran-Arabie ayant été pour beaucoup dans l'élévation du niveau du fondamentalisme musulman.

Cette surenchère s'est essentiellement traduite, faute de ressources humaines et de savoir-faire en matière d'actions extérieures, par le seul moyen qui ne manque pas en Arabie, l'argent. Des fonds sont souvent distribués de façon inconsidérée dans l'ensemble du monde musulman et des communautés immigrées. Ils ont évidemment fini dans l'escarcelle de ceux qui pouvaient s'en servir, c'est-à-dire de la seule organisation islamiste internationale à-peu-près structurée, l'Association des Frères Musulmans et surtout sa branche transgressive, sa branche violente que sont les Jamaâ Islamiya, les groupes islamiques dont AI-Qaïda de Ben Laden n'était à mon sens que l'une des nombreuses manifestations.

De fait, partout où la violence jihadiste s'exprime, donc évidement dans les zones les plus fragilisées du monde musulman et de ses communautés immigrées, sa genèse repose toujours sur la même logique ternaire. Le premier élément est une surenchère idéologique et financière du régime saoudien et de ses opposants locaux ou de ses rivaux. Le deuxième élément est une forte implantation locale de l'Association des Frères Musulmans ou de son émanation, les Jamaâ Islamiya, qui profitent des surenchères et qui surfent habilement sur toutes les contradictions politiques, économiques et sociales pour dresser les masses contre les pouvoirs locaux et pour dissuader l'Occident de se porter à leur secours ou d'intervenir. Pour être tranquille chez soi, il faut rendre le monde musulman haineux et haïssable. Le troisième élément de cette logique ternaire, parce qu'il faut battre un peu notre coulpe, est le regrettable penchant de la diplomatie et des services occidentaux, américains en tête, ainsi que de leurs alliés locaux, à soutenir dans le monde entier, souvent militairement, les mouvements politiques les plus réactionnaires et les plus intégristes sur Œ plan religieux, comme des remparts contre l'Union Soviétique jusque dans les années 1990 et dans le cadre de la politique de containment de l'Iran depuis les années 1980.

Ce même cocktail de trois éléments produit, pour des raisons très différentes liées à des contentieux locaux non résolus ou à des interventions extérieures mal maîtrisées, les mêmes effets en Afghanistan, au Pakistan, en Indonésie, en Irak, au Yémen, en Somalie, au Maghreb, dans les pays de la zone sahélienne et jusque dans les zones de non-droit des communautés musulmanes immigrées en Occident. Je n'entrerai pas, pour des raisons de temps, dans le détail de ces différentes situations de violences politiques, mais il faut constater que si elles se développent toutes selon à peu près le même cheminement, elles correspondent à des problématiques locales totalement hétéroclites et mettent en jeu des acteurs qui communiquent très peu entre eux. S'ils se réclament tous du même drapeau mythique, c'est qu'ils savent bien que ce drapeau a valeur de croquemitaine pour les pays de l'Occident en général et pour l'Amérique en particulier, qui sont tous supposés pouvoir apporter leur soutien aux régimes les plus contestés.

L'on pourrait m'objecter que puisque la violence jihadiste existe bien et qu'elle se développe à-peu-près partout selon les mêmes schémas, peu importe qu'on l'appelle ou non Al-Qaïda, qui ne serait alors que l'appellation générique d'une certaine forme de violence intégriste mondialisée. Un certain nombre de journalistes sont maintenant devenus plus prudents et, au lieu de nous parler d'Al-Qaïda, nous parlent de «la nébuleuse Al-Qaïda ». «Nébuleuse », c'est nébuleux ... Le problème est qu'une telle confusion sémantique est à l'origine de toutes les mauvaises réponses et exclut de facto toute solution adaptée au problème.

Il existe en effet deux façons de passer à la violence terroriste politique.

Premièrement, l'on peut constituer un groupe politico-militaire organisé et hiérarchisé, avec un chef, une mission, des moyens, une tactique coordonnée, un agenda précis et des objectifs définis. Cela revient à constituer une armée, avec des professionnels  de la violence, et à s'engager dans un processus d'affrontement de type militaire. C'est ou cela a été le cas de la plupart des mouvements terroristes révolutionnaires ou indépendantistes en Europe, en Amérique du Sud et au Proche-Orient, jusqu'à la fin du XXe siècle.

Deuxièmement, l'on peut recourir à la technique dite du lone wolf, du loup solitaire. Elle consiste, en gardant un pied dans la légalité et en posant l'autre dans la transgression, à jouer idéologiquement sur une population sensible pour inciter les éléments les plus fragiles et les plus motivés à passer à l'acte de façon individuelle ou groupusculaire en frappant où, quand et comme ils peuvent. Peu importe, pourvu que cela porte la signature de la mouvance et s'inscrive dans sa stratégie générale. Cette technique n'est pas nouvelle. On l'appelle lone wolf parce qu'elle est bien connue aux Etats-Unis. Elle a été théorisée par Monsieur William Pierce dans ses Turner Diaries, qui sont restées au top ten des ventes aux Etats-Unis pendant quasiment toute la décennie 19§t) et qui inspirent la plupart des militants violents de la suprématie blanche et des ultra-fondamentalistes chrétiens. C'est la technique qui a prévalu dans les attentats d'Atlanta et d'Oklahoma City et dans nombre d'actions individuelles, dont le total approche et même dépasse celui des morts du Il septembre.

Cette même technique est mise en œuvre par un certain nombre de groupes, dans le tiers-monde, comme les Loups Gris en Turquie ou les Frères Musulmans dans le monde arabe et musulman. Si, dans le monde arabe, certaines formes de violences locales empruntent au premier modèle, c'est à l'évidence selon le second modèle que fonctionne la violence jihadiste exercée en direction de l'Occident et d'un certain nombre de régimes arabes.

Tous les services de sécurité et de renseignement savent pertinemment que l'on ne s'oppose pas à la technique du lone wolf par des moyens militaires, des divisions blindées, ou par l'inflation de mesures sécuritaires indifférenciées. L'on s'oppose à la technique du lone wolf par des mesures sécuritaires ciblées, appuyées sur des initiatives politiques, sociales, économiques, éducatives et culturelles, qui visent à assécher le vivier des volontaires potentiels en les coupant de leurs sponsors idéologiques et financiers.

Non seulement - je vous renvoie ici à différents rapports du Trésor américain - rien de sérieux n'a été entrepris pour tenter d'enrayer le substrat financier et encore moins le substrat idéologique de la violence jihadiste, mais en désignant AI-Qaïda comme l'ennemi permanent contre lequel il faut mener une croisade par des voies militaires et sécuritaires totalement inadaptées à sa forme réelle, l'on a pris une mitrailleuse pour tuer un moustique. Evidemment, on a raté le moustique et les dégâts collatéraux sont patents, comme l'on peut le constater au quotidien en Irak, en Afghanistan, en Somalie et au Yémen.

Le premier effet de cette croisade ratée a été d'alimenter le vivier des volontaires, de légitimer cette forme de violence et d'en faire le seul référentiel d'affirmation possible dans un monde musulman dont l'imaginaire collectif est traumatisé par la loi universelle des suspects qui pèse sur lui et par des interventions et des occupations militaires massives, interminables et aveugles. Depuis neuf ans, l'Occident frappe sans grand discernement en Irak, en Afghanistan, dans les zones tribales du Pakistan, en Somalie et en Palestine bien sûr. L'on se propose maintenant d'intervenir au Yémen et pourquoi pas, pendant qu'on y est, en Iran. Mais, aux yeux des musulmans, Ben Laden court toujours, au nez et à la barbe de la plus puissante armée du monde, et le régime islamiste d'Arabie Saoudite reste sous la protection absolue de l'Amérique.

Pour conclure et essayer d'apporter mon élément de réponse à cette table ronde, où en est Al-Qaïda ? Al-Qaïda est morte entre 2002 et 2003. Mais avant de mourir, elle a été engrossée par les erreurs stratégiques de l'Occident et les calculs peu avisés d'un certain nombre de régimes de pays musulmans, et elle a fait des petits. Maintenant, le problème pour nous est de savoir si nous referons, avec ces rejetons malvenus, les mêmes erreurs, en alimentant un cycle indéfini de violence, ou si, pour garder la référence à Ionesco, nous saurons, avec nos partenaires arabes et musulmans, enrayer la prolifération des rhinocéros.

 

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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 11:58

 

Jean de Broglie et l’Algérie


En complément de l’article « Daniel Guérin et Frantz Fanon » il nous a paru utile de mieux situer le personnage de Jean de Broglie. En effet alors qu’il  est secrétaire d’Etat au Sahara et aux DOM dans le gouvernement Debré (1959-1961)  il est choisi, avec Louis Joxe et Robert Buron, comme négociateur des accords d’Evian.  Il faut se souvenir qu’à l’époque la question du Sahara est un des soucis majeurs de De Gaulle  qui veut obtenir le droit d’y poursuivre, après l’indépendance de l’Algérie, ses essais nucléaires. Le secrétaire d’Etat au Sahara avait donc une mission de la plus haute importance.  Après l’indépendance, il occupe le poste de secrétaire d’Etat aux affaires algériennes. Il connait donc bien les membres du groupe dirigeant algérien ce qui donne du poids à l’appréciation qu’il porte sur eux.

Il lie ensuite son destin politique à Valery Giscard d’Estaing dont il est cousin par alliance et va fonder les républicains indépendants, parti du futur Président de la République dont il sera le trésorier. Il est donc à ce poste au cœur des secrets du régime. Le 24 décembre 1976 il est assassiné d’une balle dans la poitrine dans la rue à Paris.

Ce meurtre commandité dont seul l’exécutant a été condamné reste encore aujourd’hui un mystère. Les instigateurs du meurtre qui ont été livrés à la justice sont aujourd’hui blanchis et des documents officiels  montrent que la police était informée du projet d’un meurtre qu’elle n’a pas empêché.

Le livre de Jesus Ynfante cité ci-après établit les liens financiers entre le parti giscardien dans sa course à la Présidence et l’Opus Dei espagnol dont Ynfante a, dans un autre livre  intitulé « Santa Mafia », brossé le portrait.

 

JESUS YNFANTE

UN CRIME SOUS GISCARD

(Cahiers Libres 364/François Maspero)

 

p.89

Jean de Broglie était par ailleurs un interlocuteur  privilégié pour  l'Algérie, depuis que les accords d'Evian avaient consacré  la victoire politique du FLN. Il fut lié à tous ses représentants, notamment  Khi­der, avec lequel il resta en relation après que celui-ci eut détourné en sa faveur le trésor  de guerre du FLN, qui se trouvait à l'abri dans les banques suisses. En même temps, Jean de Broglie restait très proche des milieux officiels algériens, sans que ceux-ci lui reprochent son apparente duplicité. En 1971 et 1972, de Broglie aida ainsi à écouler le pétrole algérien dont les grandes compagnies françaises avaient interdit l'achat. Certains soupçonnent de Broglie et ses amis giscardiens d'avoir reçu à cette occasion d'importantes commissions  par l’intermédiaire de banques au Luxembourg  et en Suisse.

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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 22:13

 

Daniel Guérin et Frantz Fanon

 Le communiste  libertaire Daniel Guérin  a consacré à la guerre d’Algérie un livre  « Quand l’Algérie s’insurgeait - 1954-1962 » (La pensée sauvage 1979) où il mêle à un récit assez complet des évènements ses souvenirs personnels puisqu’il a compté au nombre très réduit des intellectuels français  qui ont pris position  contre la guerre coloniale et ses horreurs et ont agi modestement, vu leur extrême isolement dans la gauche française, en faveur de l’indépendance algérienne. Leur action ne pouvait en effet être que modeste puisque la SFIO au pouvoir avait pris le parti de la répression brutale et que le PCF n’a pris position pour l’indépendance que dans les deux dernières années de la guerre après avoir soutenu la politique répressive des gouvernements précédents.

Daniel Guérin a été un acteur important de cette toute petite minorité qui vu l’aura politique des ses membres à commencer par celle de Sartre se permettait de s’adresser publiquement aux dirigeants du pays qui ne les réprimèrent guère et pouvait à l’occasion peser dans le débat au moins du côté de la « métropole ». Son témoignage est un document sur la guerre d’Algérie vue depuis la dite métropole. Il l’est d’autant plus que Daniel Guérin a bien connu  Messali Hadj, le leader du MNA, et que dans la lutte très violente entre le FLN et le MNA pour la conduite de la guerre de libération qui dura jusqu’à la fin de 1957 et où inévitablement la puissance coloniale intervint  pour diviser, ses sympathies allaient très clairement au MNA et en vérité plus à Messali Hadj qu’à son mouvement lui-même dont il était coupé, la France l’ayant assigné à résidence dés le début de la guerre.


Il n’est donc pas surprenant que Daniel Guérin ne porte pas une grande estime à Frantz Fanon et ne commence à lui  consacrer qu’une phrase  assassine dans le chapitre « l’affaire Bellounis » du nom du dirigeant du MNA qui a organisé un maquis du MNA en Kabylie et à qui l’armée française va fournir des armes pour lutter contre le FLN. Nous sommes en Mai 1957 et la Willaya  3 du FLN  va attaquer les zones où est installé le  maquis de Bellounis. Fanon est à Tunis et en tant qu’éditorialiste d’El Moudjahid il soutient l’action de la Willaya 3 et en particulier l’attaque très dure du douar de Beni Illemane favorable à Bellounis. Commentaire de Daniel Guérin : « Aveuglé par le fanatisme,  Frantz Fanon, de Tunis,  attribue ce bain de sang à l’armée colonialiste »


Il consacre plus loin à Frantz Fanon un  bref chapitre reproduit ci-après  intitulé « Un antillais au service du FLN ». Ce titre même aurait certainement déplu à Fanon qui se considérait engagé aux côtés du peuple algérien et dont le souci constant était de surmonter les barrières raciales et de rassembler tous les colonisés dans la même lutte. Désigner Fanon comme « un antillais » laisse sous-entendre une réserve sur l’incongruité de son engagement même réserve que celle qui sera formulée par l’intellectuel  tunisien ALBERT MEMMI qui conseillera à Fanon de s’occuper de la décolonisation des Antilles,  en bref de rester chez lui. A la fin du chapitre Daniel Guérin reprend encore le terme de « fanatiquement »  déjà utilisé dans le chapitre sur l’affaire Bellounis.


Ceci démontre combien la très faible gauche métropolitaine anticoloniale a pu sembler tiède, prudente et inopérante à Fanon dont on remarquera qu’il n’a pas le langage d’un fanatique lorsqu’il adresse à Daniel Guérin la lettre dont il est question dans le chapitre ci-après (paragraphe surligné en jaune).


Ce que la suite des évènements va démontrer, l’indépendance obtenue et le nouveau régime algérien mis en place,  c’est au contraire l’extrême lucidité de FANON  - pourtant mort en 1961, six mois avant l’indépendance - sur la transformation à venir du groupe dirigeant en bourgeoise nationale matériellement et idéologiquement dépendante d’un système colonial « modernisé ».


Sans le vouloir et sans le citer Daniel Guérin donne sur ce point décisif raison à Frantz Fanon lorsque dans un des  derniers chapitres de son livre « De Charonne à l’Indépendance » il cite une phrase prononcée dix ans après les accords d’Evian par  Jean de Broglie , un des négociateurs :  « A Evian , nous ne pensions pas que l’Algérie pouvait devenir un pays socialiste , nous avions (…)en face de nous (…) des bourgeois libéraux. »


Le « fanatique » avait donc  vu juste !


 

UN ANTILLAIS AU SERVICE DU F.L.N.

Je dois ouvrir ici une parenthèse. J'ai, désertant de façon quelque peu coupable la lutte contre la guerre d'Algérie, entrepris, de février à avril 1955, un voyage d'étude aux diverses Antilles, à la suite duquel je publie un livre, Les Antilles décolonisées.

A Trinidad, j'ai noué des relations avec un brillant et érudit spécialiste du monde antillais, auteur de nombreux travaux historiques sur les Caraïbes, Eric Williams. Le futur premier ministre de l'île occupe alors des fonctions à une Commission caraïbe, organisme international institué par les puissances qui possèdent ou contrôlent les îles antillaises. Eric Williams m'aide dans l'élaboration de mon enquête, puis de mon livre. Aussi est-ce pour moi un plaisir de l'accueillir à Paris lorsqu'il Y vient, le 27 novembre 1955. Pour l'entendre, nous avons réuni, dans une salle des Sociétés Savantes, un certain nombre de Martiniquais, de Guadeloupéens, de Haïtiens, ainsi que l'Angolais de couleur Mario de Andrade en même temps que le poète et député de la Martinique, Aimé Césaire.

A ce colloque nous n'avons pas manqué d'inviter l'écrivain martiniquais, Frantz Fanon, auteur de Peau noire, Masques blancs. Il me répond de Blida (Algérie), où il anime un Centre psychothérapique, qu'il regrette de ne pouvoir être parmi nous ce soir-là: d'abord parce que l'Algérie est « très loin », ensuite parce qu'il doit prendre la parole le lendemain « au cours d'un débat sur la peur en Algérie ». Et il ajoute, sarcastiquement: « Très actuel, ce problème». Il souhaite que notre débat soit fructueux.

Mes relations avec Fanon seront renouées par la suite: il m'adressera le 25 février 1956, alors qu'il sera encore à Blida et, tout en me priant de ne pas révéler son nom, un pressant cri d'alarme sur le cours de plus en plus dramatique que va emprunter la guerre d'Algérie: « Les jours qui viennent seront épouvantables pour ce pays. Civils européens et civils musulmans vont effectivement prendre les armes. Et le flot de sang que l'on ne veut pas voir s'étendra sur l'Algérie. ». France-Observateur, à qui je communiquerai cette lettre, ne croira pas devoir la publier.

Je reverrai Fanon encore une fois, de passage à Paris, à la fin de janvier 1957, traqué pour l'assistance médicale et autre que son établissement hospitalier aura fournie clandestinement au F.L.N. Peut-être aussi pour avoir caché dans ses services comme à son propre domicile de hauts responsables du Front tels qu'Abane Ramdane et Benyoussef Benkhedda. Il se dévouera corps et âme, je crois même que l'on peut écrire : fanatiquement, à la cause avec laquelle il se sera identifié. J'aurai toutefois quelque peine à le suivre, lorsque, au cours de notre entretien, il vouera Messali aux flammes de l'enfer ...

 

 

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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 17:05

La plus extravagante idée qui puisse naître dans la tête d'un politique est de croire qu'il suffise à un peuple d'entrer à main armée chez un peuple étranger, pour lui faire adopter ses lois et sa constitution. Personne n'aime les missionnaires armés ; et le premier conseil que donnent la nature et la prudence, c'est de les repousser comme des ennemis.


 

Robespierre

Discours prononcé au club des Jacobins le 2 Janvier 1792

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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 10:45

Les liens étroits entre le capitalisme étasunien et le III° Reich sont connus . Les plus grandes entreprises industrielles étasuniennes installées en Allemagne : Ford, IBM, Coca-Cola...., y restèrent aprés la prise du pouvoir par Hitler et contribuèrent à la production de  la machine de guerre nazie.

Mais le texte de Domenico Losurdo qui suit met l'accent sur une affinité largement passée sous silence aprés 1945 : l'affinité raciste.


 

 

État racial et eugéniste
aux USA et dans le Troisième Reich
 


de Domenico Losurdo. 

Article tiré du site de la Fondation Nino Pasti.


Elle serait bien pauvre une définition du Troisième Reich qui se limiterait à mettre en évidence son caractère totalitaire, en renvoyant en particulier au phénomène de la dictature du parti unique. Comme  leaders d'une dictature à parti unique, il n'y a pas difficulté à regrouper  Hitler avec Staline, Mao, Deng, Ho Chi Minh, Nasser, Atatürk, Tito, Franco etc., mais cet exercice scolaire est bien en deçà d’une analyse historique concrète. Si on se préoccupe même de distinguer l’« autoritaire» Mussolini dont le  pouvoir était  limité par la présence du Vatican et de l'Église, des « totalitaires » Staline et Hitler, on n’a pas beaucoup avancé. Dans ce cas, plus qu'à un parcours réel, nous assistons à un glissement : de l'idéologie on  est passé comme par inadvertance  à un domaine entièrement différent, à une réalité et à des données factuelles  indépendantes et préexistantes par rapport aux choix idéologiques et politiques du fascisme.

En ce qui concerne le Troisième Reich, il est bien difficile de dire quelque chose de déterminé et de concret sur lui sans faire référence à ses  programmes raciaux et eugénistes. Et ils nous mènent dans une direction bien différente de celle suggérée par la catégorie de totalitarisme.

Tout de suite après la conquête du pouvoir, Hitler se  préoccupe de distinguer nettement, même sur le plan juridique, la position des ariens de celle des juifs ainsi que de celle des rares  métis vivants en Allemagne (à l’issue de la première guerre mondiale, des  troupes de couleur de l'armée française avaient participé à l'occupation du pays). Aussi l’élément central du programme nazi est-il la construction d'un État racial.  Quels étaient alors à cette période, les modèles possibles d'État racial ? Plus encore que  sur l’Afrique du sud, la pensée se porte en premier lieu sur le Sud des USA. Par ailleurs en 1937 encore et d’une façon explicite Rosenberg se rappelle certes de l'Afrique du sud : il est bon que demeure solidement « dans une  main nordique » et blanche (grâce  aux opportunes `lois' idoines), non seulement les  « Indiens » mais aussi les « noirs, les mulâtres et les juifs », et que se  constitue un « solide bastion » contre le danger représenté par le  « réveil noir ».

Mais le point de référence principal est constitué par les Etats Unis, ce « splendide pays du futur » qui a eu le mérite de formuler l’heureuse « nouvelle idée d'un État racial »  idée que maintenant il s’agit de mettre en pratique, « avec une force juvénile » au moyen de l’expulsion et de la déportation « des nègres et des  jaunes ». Il suffit de jeter un regard sur la législation de Nuremberg pour se rendre compte des analogies avec la situation en acte au-delà de l'Atlantique : évidemment, en Allemagne ce sont en premier lieu les allemands d'origine juive qui occupent  la place des afro-américains. « La question nègre » - écrit Rosenberg en 1937 – « est aux  Usa au centre de toutes les questions décisives » et une fois que l'absurde principe de l'égalité a été   supprimé  pour les noirs, on ne voit pas pourquoi  on ne devrait  pas en  tirer aussi « les nécessaires conséquences pour les jaunes et les juifs. »

Même en ce qui concerne le projet de construction d'un empire continental allemand, auquel il est très attaché, Hitler a bien présent à l’esprit le modèle des Usa, dont il célèbre « la  force intérieure inouïe »: l'Allemagne est appelée à suivre cet exemple, en s'étendant en Europe orientale comme dans une sorte Faire West et en traitant les « indigènes » comme des peaux rouges


   Nous arrivons aux mêmes conclusions si nous tournons le regard sur l'eugénisme. La dette que le Troisième Reich contracte dans les comparaisons avec les  Usa où la nouvelle « science » inventée dans la seconde moitié du dix neuvième siècle par Francis Galton (un cousin de Darwin), connaît une grande fortune est maintenant connue.

Bien avant l'arrivée d’Hitler au pouvoir, à la veille de l'éclatement de la première guerre mondiale parait à Munich  un livre que, déjà dans son  titre, montre du doigt les Etats Unis comme modèle d’ « hygiène raciale.» L'auteur, vice-consul de l'Empire austro-hongrois à Chicago, célèbre les Usa pour la « lucidité » et la « pure raison pratique » dont ils donnent la preuve en affrontant, et avec l’énergie nécessaire, un problème aussi important et pourtant aussi fréquemment mis de côté : violer les lois qui défendent les rapports sexuels et matrimoniaux mixtes peut valoir jusqu’à 10 ans de réclusion et même à la condamnation outre les protagonistes, de leurs complices.  Encore après la conquête du pouvoir par le nazisme, des idéologues et des « scientifiques » de la race continuent à réaffirmer :

« Même l'Allemagne a beaucoup à apprendre des mesures des nord-américains : ils savent faire. » Il faut  ajouter que nous ne sommes pas en présence d'un rapport à sens unique. Après l'arrivée d’Hitler au pouvoir, ce  sont les disciples les plus radicaux du mouvement eugéniste américain qui considèrent le Troisième Reich comme un modèle, et où, à de nombreuses reprises,  ils effectuent  des voyages d’étude et de pèlerinage idéologique.

Une question s'impose : pourquoi pour définir le régime nazi le recours à la dictature du parti unique devrait être plus caractérisant que l'idéologie et la pratique raciale et l'eugénisme ? C’est  vraiment de ce  domaine que découlent les catégories centrales et les mots-clés du discours nazi. Nous l'avons vu pour Rassenhygiene (Ndt : hygiène raciale), qui est au fond la traduction allemande de eugénisme, la nouvelle science inventée en Angleterre et portée en  triomphe au-delà de l'Atlantique. Mais il y a des exemples encore plus sensationnels. Rosenberg exprime son admiration pour l'auteur américain Lothrop Stoddard, auquel revient le mérite pour avoir forgé le  premier le terme Untermensch, que déjà en 1925 il donne  comme sous-titre de la traduction allemande d'un livre paru à New York trois ans plus tôt. En ce qui concerne le sens  du terme qu’il a forgé, Stoddard précise  qu'il indique la masse de « sauvages et semi-sauvages » extérieurs ou intérieurs aux métropoles capitalistes, de toute façon « incapables de civilisation et leurs  ennemis incorrigibles » avec lesquels il faut procéder à une règlement de comptes. Aux  Usa comme dans le monde entier, il est nécessaire de défendre la « suprématie blanche » contre « la marée montante des peuples de couleur » et celui qui les excite c’est le bolchevisme, « le renégat, le traître à l'intérieur de notre camp » que, avec son insidieuse propagande, au-delà des colonies, atteint  « les régions noires des Etats Unis elles  mêmes. »

On comprend bien l'extraordinaire fortune de ces thèses. Félicité par deux présidents des Etats unis (Harding et Hoover), avant même de l’être par Rosenberg, l'auteur américain est ensuite reçu avec tous les honneurs à Berlin, où il rencontre non seulement les dirigeants les  plus illustres de l'eugénisme nazi mais même les plus hauts hiérarques du régime  y compris Adolf Hitler, maintenant lancé dans sa campagne de décimation et d'assujettissement des Untermenschen.

Il convient encore  de concentrer l'attention sur un autre terme. Nous avons vu Hitler regarder comme un modèle l'expansion blanche dans le Far West. Sitôt après l'avoir envahie, Hitler procède au démembrement de la Pologne : une partie est directement incorporée dans le Grand Reich (et d’où les polonais sont expulsés) ; le reste constitue le « Gouvernement  général » où – comme le déclare le gouverneur général Hans Frank - les polonais vivent comme dans  « une sorte de réserve » (ils sont « soumis à la juridiction allemande » sans être « citoyens allemands »). Le modèle américain est même ici suivi d’une façon scolaire. Même dans sa phase initiale, le Troisième Reich se propose d'instituer même un Judenreservat, un « réserve pour les juifs » à l’image encore une fois de celles dans lesquelles  ils avaient enfermés  les peaux rouges. Même en ce qui concerne l'expression de  « solution finale » nous la voyons émerger d'abord  aux Usa avant l’Allemagne et appliquée  à la  « question nègre » plutôt qu’à la « question juive ».

 


Pas plus qu’il n'est pas stupéfiant que le « totalitarisme » ait trouvé son expression plus concentrée dans les pays au centre de la Seconde guerre des Trente Ans, il n'est stupéfiant que la tentative nazie de construire un État racial ait trouvé des motifs d'inspiration, des catégories et des mots-clés dans  l'expérience historique plus riche qu’elle avait devant soi, sur ce sujet, celle accumulée par les blancs américains dans leur rapport avec les peaux rouges  et les noirs.

Évidemment, il ne faut pas  perdre de vue toutes les autres différences, en termes de gouvernement des lois (ndt : l’expression « Etat de droit » parait la plus proche de l’expression employée par l’auteur), de limitation du pouvoir d'état (en ce qui concerne la communauté blanche), etc. Reste le fait qui le Troisième Reich se présente comme la tentative, portée en avant dans les conditions de la guerre totale et de la guerre civile internationale, de réaliser un régime de white supremacy à l’échelle planétaire et sous hégémonie allemande, en ayant  recours à des mesures eugénistes, politico-sociales et militaires.

Constituant le cœur du nazisme est l'idée de Herrenvolk, qui renvoie à la théorie et à la pratique raciale du sud des Etats Unis et, plus généralement, à la tradition coloniale de l'Occident ; et cette idée est la cible principale de la révolution d'Octobre, qui n'appelle pas par hasard  les « esclaves des colonies » à briser leurs chaînes.

 

La théorie habituelle du totalitarisme concentre l'attention exclusivement sur les méthodes semblables attribuées aux deux antagonistes, en les faisant en plus descendre d’une façon univoque d’une présumée affinité idéologique, sans quelque référence que ce soit à la situation objective et au contexte géopolitique.

 

Domenico Losurdo

(In «Pour  une critique de la  catégorie de totalitarisme», revue "Hermeneutica", 2002 paragraphe 7)

Article en reproduction libre sur le sitehttp://www.kelebekler.com

Traduction Comaguer

 

 

 

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20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 16:20

L'ex dictateur JEAN CLAUDE DUVALIER  est rentré à Haiti avec la complicité de l'ONU et des puissances néocoloniales : Etats-Unis et France, ceux-là même qui ont expulsé le  président démocratiquement élu : JEAN BERTRAND ARISTIDE.

 

Comme le montre l'interview qui suit, celui-ci ne réclame pas le poste qui lui a été volé mais le respect de son droit de citoyen qui n' a pas été banni et n'a commis aucun crime de rentrer dans son pays pour prendre sa place dans sa reconstruction.

 

 

 

Aristide : «Sélection mais pas d’élections!»

 

Extrait de l'entrevue du journaliste et cinéaste indépendant Nicolas Rossier avec le président haitien Jean Bertrand Aristide

15/11/2010

http://www.haitilibre.com/images/tr.gif 


Nicolas Rossier (NR)
: Monsieur le Président Aristide, je vous remercie de m'avoir invité aujourd'hui. Ma première question porte sur le tremblement de terre qui a eu lieu en Haïti en Janvier 2010. Pouvez-vous me dire comment et quand vous avez été mis au courant de la tragédie?


Jean-Bertrand Aristide (JBA) : C'était le matin ici. J'étais à l'Université de Witwatersrand ici à Johannesburg, je travaillais dans le laboratoire de la Faculté de Médecine de Linguistique et de Neuroanatomie. J'ai réalisé que c'était un désastre en Haïti. Ce n'était pas facile à croire ce que je regardais. Nous avons perdu environ 300.000 personnes, et en termes de bâtiments, ils ont dit qu'environ 39% des bâtiments de Port-au-Prince ont été détruits, y compris cinquante hôpitaux et environ 1.350 écoles.

Jusqu'à aujourd'hui, ils ont seulement enlevé environ 2% de ces 25 millions de mètres cubes de gravats et de débris. Donc, ce fût un véritable désastre. Nous ne pouvions pas imaginer que Haïti, déjà confrontée à tant de problèmes, ferait désormais face à un tel désastre. Malheureusement c'est la réalité. J'étais prêt à retourner pour aider mon peuple, tout comme je suis prêt à partir tout de suite si on me permet d'être là-bas pour aider. Près de 1,8 millions de victimes sont sans-abri, vivant dans la rue. C'est donc une tragédie.


NR : Votre ancien collègue, l'actuel président René Préval, a été très critiqué après le tremblement de terre et même a brillé par son absence. Dans l'ensemble, il a été jugé pour n’avoir pas fait montre de suffisamment de leadership. Pensez-vous que c'est une critique juste?


JBA : Je crois que le 12 Janvier 2010 a été une très mauvaise date et pour le gouvernement et pour le peuple haïtiens. Oui, c’était nécessaire que dans l'ensemble il y ait un leadership présent dans un moment de catastrophe comme celui-ci. Mais de critiquer quand vous n’êtes pas en train de faire mieux, c’est tout à fait cynique. La plupart de ceux qui ont critiqué lui ont envoyé des soldats pour protéger leurs propres intérêts géopolitiques, et non pas pour protéger le peuple. Ils ont saisi l'aéroport pour leurs propres intérêts, au lieu de protéger les victimes - donc pour moi, il devrait y avoir un certain équilibre.


NR : Un mot sur la récente épidémie de choléra?


JBA : En ce qui concerne cet incident de choléra, si oui ou non elle a été importée – comme on le suggère fortement – c’est critique. Tout d'abord, ceux qui ont organisé le coup d'Etat / kidnapping de 2004, ouvrant la voie à l'envahisseur maintenant accusé d’être la cause de la récente épidémie de choléra, doivent aussi partager le blâme. Deuxièmement, les causes profondes, et ce qui a facilité la propagation mortelle de la maladie, sont d'ordre structurel, enracinées dans l’appauvrissement historique d'Haïti, de la marginalisation et de l'exploitation économique. L'industrie du riz du pays, autrefois prospère - détruite par l'industrie américaine du riz subventionné dans les années 1980 - a été dans l'Artibonite, l'épicentre de l'épidémie de choléra. La quasi destruction de notre industrie du riz associée à l'élimination systématique et cruel des porcs haïtiens a rendu la région et le pays plus pauvres. Troisièmement, en 2003, notre gouvernement avait déjà payé les droits sur un prêt approuvé par la Banque interaméricaine de développement pour mettre à exécution un projet de désinfection de l'eau dans l'Artibonite. Comme vous pouvez vous rappeler, le prêt et quatre autres ont été bloqués dans le cadre d'une stratégie calculée par les soi-disant amis d'Haïti de façon à affaiblir notre gouvernement et justifier le coup d'Etat.


NR : Beaucoup d'observateurs en Haïti et ailleurs n’arrêtent pas de me demander la même question et qui est la suivante: que faites-vous ici et ce qui vous empêche de retourner dans votre propre pays? La constitution haïtienne ne permet pas l'exil politique. Vous n'avez pas été reconnu coupable de quoi que ce soit, alors qu’est-ce ce qui vous empêche de retourner? Vous êtes un citoyen haïtien et on devrait vous permettre de circuler librement.


JBA : Quand je vois les choses du point de vue sud-africain, je n’en trouve pas les véritables raisons. Mais si j'essaie de les comprendre du point de vue haïtien, je pense que je comprends mieux. Il faut comprendre qu'en Haïti, nous avons les mêmes personnes qui ont organisé l'invasion de 2004 après m’avoir kidnappé pour me placer en Afrique. Ils sont toujours là. Cela signifie qu'il y a une sorte d'occupation néo-coloniale de 8.900 soldats de l'ONU avec 4.400 policiers dépensant plus ou moins cinquante et un millions de dollars US par mois dans un pays où 70% de la population vit avec moins d’un dollar par jour.

En d'autres termes, c'est un paradis pour les occupants. Nous avons d'abord eu la colonisation d'Haïti et nous avons maintenant une sorte d'occupation néo-coloniale d'Haïti. À mon avis, ils ne veulent pas de mon retour parce qu'ils veulent toujours occuper Haïti.


NR : Alors, vous voyez l'élite en Haïti influençant essentiellement ceux qui sont actuellement au pouvoir et faisant pression sur eux pour vous empêcher de retourner? Il y a certainement, maintenant, à Washington une administration plus favorablement disposée. Continuent-ils d'envoyer à l'Afrique du Sud les mêmes messages vous concernant?


JBA : Non... (rires)

NR : J'ai entendu dire que vous avez essayé d'aller à Cuba pour une chirurgie oculaire d'urgence et vous n'avez pas été autorisé à vous y rendre. Est-ce vrai?


JBA : Permettez-moi de sourire ... (sourire) parce que quand vous y faites attention, vous souriez compte tenu de la contradiction observée. Ils prétendent qu'ils me craignent alors que je fais partie de la solution, si l’on se base sur ce que la majorité de la population en Haïti continue à dire. S'ils continuent à me demander mon retour en manifestant pacifiquement, cela signifie que le problème existe encore. Donc, si vous voulez résoudre le problème, ouvrez-moi la porte du retour.

Avant le coup d’Etat, j'appelais au dialogue de manière à ce qu’il y ait inclusion et non exclusion – pour qu’il y ait cohésion, et non pas une explosion de la structure sociale. L'opposition, avec ses supporters étrangers, a décidé d'opter pour un coup d'État et pour employer un proverbe hébreu, je dirais que le résultat est: מן הפח אל הפחת, voulant dire en anglais que «les choses sont allées de mal en pis». Donc, s’ils sont sages, ils devraient être les premiers à faire de leur mieux pour le retour, car le retour fait partie de la solution, il ne fait pas partie du problème.


NR : Vous avez dit que vous n'avez pas l'intention de vous impliquer dans la politique, mais plutôt de retourner en tant que citoyen. Est-ce cela votre vision?

JBA : Oui, et je l'ai dit parce que c'est ce que je faisais avant d'être élu en 1990. J'ai été enseignant et maintenant j'ai plus à offrir sur la base de mes recherches en linguistique et en neurolinguistique, ce qui est de la recherche sur la façon dont le cerveau traite le langage. J'ai fait une modeste contribution dans un pays où autrefois nous avions seulement 34 écoles secondaires lorsque j'ai été élu 1990, et avant le coup d'Etat de 2004, nous avons eu 138 écoles secondaires publiques. Malheureusement, le tremblement de terre a détruit la plupart d'entre elles.

Pourquoi ont-ils si peur? C'est irrationnel. Parfois, les gens qui veulent comprendre Haïti d'un point de vue politique peuvent manquer une partie du tableau. Ils doivent également se pencher sur Haïti à partir d'un point de vue psychologique. La plupart des gens de l'élite souffrent d'amnésie psychogène. Cela signifie que ce n'est pas de l'amnésie organique, résultant de dommages causés par une lésion cérébrale. C'est juste une question de psychologie. Donc, cette pathologie, cette crainte, ressort de la psychologie, et aussi longtemps que nous n'aurons pas ce dialogue national, où disparaîtrait la peur, ils peuvent continuer à manifester de la crainte là où il n'y a aucune raison d'avoir peur.


NR : Qu’est-ce qui devrait être fait pour que vous soyez en mesure de retourner en Haïti? Que comptez-vous faire pour que cela se produise? Cela fait déjà six ans. Il doit être très difficile pour vous de ne pas être en mesure de retourner avec votre famille. Vous devez avoir le mal du pays assez comme ça.

JBA : Il y a un proverbe swahili qui dit: « Mapenzi ni kikohozi, hayawezi kufichika» - ou « L’amour c’est comme la toux que vous ne pouvez pas cacher ». J'aime mon peuple et mon pays, et je ne peux pas le cacher, et à cause de cet amour, je suis prêt à partir tout de suite. Je ne peux pas le cacher. Ce qui m'empêche de partir, comme je l'ai dit plus tôt, et si je le considère du point de vue de l'Afrique du Sud, je ne le sais pas.

NR : Mais quand on pose la question aux responsables ici, ils disent qu'ils ne savent pas.

JBA : Bon (pause) Je suis reconnaissant à l'Afrique du Sud, et je serai toujours reconnaissant à l'Afrique du Sud et à l'Afrique notre continent, notre mère. Mais je pense que quelque chose pourrait être fait en plus de ce qui a été fait afin d'avancer plus vite dans le sens du retour, et c'est pourquoi, pour autant que je suis concerné, je dis, et continue de dire que je suis prêt. Je ne demande même pas d’aide logistique d’aucune sorte parce que des amis pourraient venir ici et m'aider à rejoindre mon pays en deux jours. J'ai donc fait tout ce que je pouvais.


NR : Pensez-vous que le gouvernement haïtien laisse voir ses intentions au gouvernement sud-africain à l’effet qu’il n’est pas prêt? Par exemple, peut-être qu'ils ne veulent pas que vous retourniez, parce qu’ils sont préoccupés par des questions de sécurité vous concernant. Le gouvernement haïtien peut ne pas être en mesure d'assurer votre sécurité. Il y a certaines personnes qui, pour des raisons idéologiques, ne vous soutiennent pas et iraient même jusqu’à essayer de vous assassiner. Est-ce cela une partie du problème?


JBA : En latin, on dit: «Post hoc ergo propter hoc» ou «après cela, donc pour cette raison. C'est une erreur de logique. En 1994, quand je suis retourné au pays, ils avaient dit la même chose: s'il revient, le ciel nous tombera dessus. J'étais de retour au cours d'une période très difficile où j’ai inclus des membres de l'opposition dans mon gouvernement, faisant chemin à travers le dialogue pour que guérisse le pays. Mais malheureusement, nous n'avions pas un système de justice, qui pourrait rendre justice à toutes les victimes à la fois. Cependant lentement, à travers la Commission de vérité et de justice, nous étions en train de préparer le terrain pour qu’il y ait justice. Bon, je ne vais pas retourner en tant que chef d’Etat, mais en tant que citoyen. Si je n'ai pas peur de retourner dans mon pays, comment se pourrait-il que ceux qui voulaient me tuer, qui ont comploté pour le coup d'Etat en 2004, soient les premiers à se soucier de ma sécurité? C'est une erreur de logique. (Rires) Ils se cachent, ou essayent de se cacher derrière quelque chose qui est trop petit ... non, non, non, non.

NR : Ont-ils peur de votre influence politique - peur que vous puissiez influer dans le sens du changement?

JBA : Oui, et je vais encourager ceux qui veulent être logiques (rires), qu’ils n’aient pas à craindre le peuple, parce que quand ils disent qu'ils me craignent, en fait ce n'est pas moi. C’est le peuple, à savoir qu’ils craignent les votes du peuple. Ils craignent la voix du peuple et cette peur est psychologiquement liée à une sorte de pathologie sociale. C'est une société d'apartheid, malheureusement, parce que le racisme peut être derrière ces motivations.

Je peux avoir peur de vous, pas pour de bonnes raisons, mais parce que je vous hais et que je ne peux pas dire que je vous hais. Voyez-vous? Nous avons donc besoin d'une société fondée sur l'égalité. Nous sommes tous égaux, riches et pauvres et nous avons besoin d'une société où les gens jouissent de leurs droits. Mais une fois que vous parlez de cette façon, cela devient une bonne raison pour que vous soyez expulsé du pays ou bien que vous soyez kidnappé (rires). Mais il n’y a pas moyen d’en sortir sans ce dialogue et ce respect mutuel. C'est le moyen d’en sortir.

NR : À votre avis, qu’est-ce qui manque finalement pour que vous retourniez? Vous avez dit qu'il y avait encore une chose qu'ils pourraient faire pour votre retour. Pouvez-vous nous dire ce que c’est?

JBA : Ils ont juste besoin d'être raisonnables. La minute où ils décideront d'être raisonnables, le retour s'effectuera immédiatement.

NR : Et cela signifie-t-il un appel téléphonique au Département d'Etat américain? Le feu vert venant de quelqu’un? Techniquement, qu'est-ce que cela signifie?

JBA : Techniquement, je dirais que le gouvernement haïtien, en étant raisonnable, cesserait de violer la constitution et dirait clairement que les gens ont voté aussi bien pour le retour. La Constitution exige que nous respections le droit des citoyens, pour que nous n’acceptions pas l'exil. Ce serait la première étape.

Maintenant, si d'autres forces s'opposent à mon retour, elles devraient le manifester clairement et s'y opposer. Mais aussi longtemps que cela ne commence pas avec une décision du gouvernement haïtien, cela rends les choses plus difficiles.


NR : Alors, le premier geste doit venir du gouvernement haïtien?

JBA : Oui

NR : Et ils pourraient faire en sorte que cela arrive en disant au Département d'Etat américain que vous devriez être autorisé à retourner, et que vous devriez retourner

JBA : Ils n'auraient pas à le dire au Département d'Etat.

NR : Ce n'est donc pas une décision politique à Washington? C'est entre le gouvernement haïtien et le gouvernement sud-africain?

JBA : En fait, je n'ai pas de passeport, car il est arrivé à expiration. J'ai droit à un passeport diplomatique. En m'envoyant un passeport diplomatique normal il y aurait un signal clair de leur volonté de respecter la Constitution.

NR : Mais c'est le gouvernement haïtien qui doit le faire?

JBA : Oui

NR : Ou ils pourraient tout simplement vous renouveler votre passeport haïtien?

JBA : Oui

NR : Vous demandez une nouvelle photo de vous et qu’on vous délivre un nouveau passeport?

JBA : (rires) Vous voyez pourquoi, j'ai dit plus tôt que nous ne devrions pas continuer à jouer au gouvernement fantoche aux mains de ceux qui prétendent être des amis d'Haïti. J’ai raison parce que tant que nous continuons à jouer à ce jeux nous ne ferons pas de progrès, mais irons de mal en pis.

NR : Il y a eu beaucoup de bruit ces derniers temps dans les médias américains au sujet de la candidature du chanteur Wyclef Jean, qui a été interdit de participer à la course électorale par le CEP (la Commission électorale intérimaire d'Haïti). Avez-vous des commentaires à propos de toute l'agitation autour de sa candidature?


JBA : Quand nous disons démocratie, nous devons pratiquer ce que nous disons. Malheureusement, ce n'est pas le cas pour Haïti. Ils parlent de démocratie, mais ils refusent d'organiser des élections libres et démocratiques. Est-ce à cause d'un type d'occupation néocoloniale? Est-ce parce qu'ils veulent encore faire de l'exclusion et non pas de l’inclusion qu'ils ont refusé d'organiser des élections libres et démocratiques?

L'année dernière, nous avons observé qu'ils ont dit qu'ils voulaient avoir des élections, mais en fait ils ont eu une sélection et non pas une élection. Aujourd'hui, c’est encore du pareil au même. Ils n’ont pas l'intention d'avoir des élections libres, justes et démocratiques. Ils prévoient d'avoir une sélection. Ils ont exclu le parti Lavalas *, qui est le parti de la majorité. C'est comme si aux États-Unis, on pouvait organiser une élection sans les démocrates. Aussi, de mon point de vue, Wyclef Jean est venu en tant qu’artiste pour se porter candidat et c'était une bonne chose pour ceux qui refusent les élections parce que c’était pour eux l’occasion de se permettre un «cirque médiatique» pour cacher le véritable problème, qui est l'inclusion de la majorité. Donc, c'est mon point de vue de la réalité.


NR : En portant un regard rétrospectif sur les événements dramatiques qui ont conduit à votre renversement en 2004, y a-t-il quoique que ce soit qu’après coup vous auriez souhaité n’avoir pas fait? Quelque chose de tactique ou de stratégique que vous auriez aimé avoir fait différemment et qui aurait pu empêcher le coup d'Etat?


JBA : Si je pouvais décrire la réalité de ce jour en 2004 à aujourd'hui, vous me permettriez d'utiliser l’expression en hébraïque à nouveau (parle en hébreu) מן הפח הפחת אל, qui signifie «de mal en pis". C'est ainsi qu’il en a été de 2004 à aujourd'hui. Quand on considère ce coup d'Etat, qui a été un kidnapping, j'appelais au dialogue et une petite minorité d'Haïtiens a été manipulée dans le dessein de jouer le jeu de passer de coup d'État en coup d'Etat, au lieu de se diriger vers des élections démocratiques et justes. La première fois que Haïti a eu des élections libres, justes et démocratiques a été 1990, lorsque j'ai été élu. Alors, nous avions voulu passer d'élection à élection. Ainsi, en 2004, nous nous dirigions vers une véritable démocratie et ils ont dit non. La minorité en Haïti - l'élite politique et économique - a peur d’élections libres et justes, et leurs alliés étrangers ne veulent pas d'une élection en Haïti. C'est pourquoi ils ont exclu Fanmi Lavalas. Tant qu'ils refusent de respecter le droit de chaque citoyen de participer à des élections libres, justes et démocratiques, ils ne régleront pas le problème.

NR : C'est une réponse intéressante, mais je pensais davantage à des erreurs stratégiques que vous avez faites comme demander à la France, en 2003, de payer des réparations. En faisant cela, vous avez perdu un allié naturel qui aurait pu se tenir à vos côtés avant le coup d'Etat et au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies pour protéger votre gouvernement. En fait, la France s’est positionnée aux côtés des États-Unis et n’est pas venue à votre secours cette fois, probablement parce qu'elle était très contrariée par votre demande de restitution.


JBA : Je ne pense pas que ce soit le cas. La première fois que j'ai rencontré le président français Jacques Chirac, j'étais au Mexique. A cette époque, il était avec le Premier ministre Dominique de Villepin. Je les avais invités à nous rejoindre pour célébrer la liberté comme une valeur universelle. C'était donc une chance pour la France de réaliser que oui, Haïti et la France peuvent se mettre debout ensemble pour célébrer la liberté comme une valeur universelle.

En 1789, lorsque les Français ont eu leur révolution, ils ont proclamé «liberté, égalité, fraternité» pour tous, mais au fond d’eux-mêmes les esclaves n'étaient pas des êtres humains. Pour eux ni les esclaves haïtiens, ni les esclaves africains n’étaient des êtres humains. Nous nous sommes battus et nous avons obtenu notre indépendance, ce n'était pas un cadeau. C'est le sang de nos ancêtres qui a été versé pour gagner notre liberté. Pourtant, nous ne voulions célébrer nos 200 ans d'indépendance ni avec aucune sorte d'esprit de vengeance, ni avec un esprit de gloire pour rappeler à la France ce qu'elle avait fait. Ce n'était pas cela. C’était une invitation à célébrer la liberté comme une valeur universelle. Donc, c’était donner une occasion merveilleuse à la France de vouloir le faire ensemble avec nous. Cela n'eût pas exclu la vérité car la vérité c’est qu'ils avaient obligé Haïti à payer 90 millions de francs, ce qui pour nous aujourd'hui, vaut plus de 21 milliards de dollars US. Ça s’appelle restitution, et non réparation.

En 2001, ici, à Durban en Afrique du Sud, l'ONU a donné aux Haïtiens et aux Français l'occasion d'aborder cette question de la réparation. Les Français ont refusé, mais nous leur avons demandé respectueusement de nous laisser l'occasion d'aborder cette question d'une manière mutuellement respectueuse. En un mot - si, aujourd'hui, j'étais le président d'Haïti, comme je l'étais en 2004, j’aurais demandé à la France de rejoindre Haïti pour célébrer la liberté, et aussi pour aborder cette question des 21 milliards de dollars US. En fait, un chef d'Etat élu par son peuple doit respecter la volonté du peuple. Quand le président Sarkozy est allé en Haïti après le séisme, les Haïtiens ne faisaient pas la mendicité pour des centimes, ils réclamaient les 21 milliards de dollars US, parce que c’est une question de dignité. Ou bien nous avons de la dignité ou bien nous n'en avons pas, et les Haïtiens ont de la dignité. Cela signifie que nous respectons votre dignité, de sorte que vous devez aussi respecter notre dignité. Nous n'allons pas mendier des centimes. Des centimes ne résoudront jamais les problèmes d'Haïti. Après 200 ans d'indépendance, nous vivons encore dans une pauvreté abjecte. Nous avons encore ce que nous avions il y a 200 ans en terme de misère. Ce n'est pas juste. Donc, si nous voulons passer de la misère à la pauvreté digne, la France doit aborder cette question avec les Haïtiens et voir quelle sorte d'accord sortira de cette importante question.


NR : Mais ne pensez-vous pas maintenant, avec du recul, que cela vous a peut-être coûté votre présidence?


JBA : Ça aurait pu faire partie du tableau, mais je ne pense pas que c'était la raison principale.

NR : Si la France avait demandé au Conseil de sécurité d'envoyer des casques bleus pour maintenir votre gouvernement, pensez-vous que vous n'auriez pas été chassé du pouvoir?


JBA : Parfois, vous le savez il y a des mots diplomatiques pour couvrir autre chose. Je pense qu’à l'époque, la question brûlante était l'Irak. La France s'était opposée aux États-Unis sur cette question et cela avait été une occasion en or pour elle de sacrifier Haïti en terme de participer dans le leadership d’un coup d’Etat ou dans le kidnapping d'un président.


NR : Mais la vraie raison sous-jacente était que la France ne voulait plus que vous lui cassiez les pieds avec cette demande. 2003 a été la première fois, du moins publiquement et officiellement, que le président haïtien a fait une telle demande.


JBA : Je souris parce que les anciens colons défendent leurs intérêts, et non pas leurs amis. Même s'ils se disent des amis d'Haïti, ils continueront toujours à défendre leurs propres intérêts
On pourrait comparer ce qui se passe en ce moment aujourd'hui, après le séisme, à ce qui se passait en 2004, afin de savoir si la France est vraiment en train d’aider Haïti et s’ils changeraient leur politique ou non. De mon point de vue, ils ne changeraient pas leur politique parce qu'ils en ont suffisamment pour leur compte, en terme de catastrophes, pour aborder la question des 21 milliards de dollars US aujourd'hui. Mais ils ne veulent toujours pas, ce qui signifie que s'ils ne veulent pas y répondre aujourd'hui, après ce qui s'est passé en Haïti en Janvier 2010, je ne pense pas qu'ils auraient changé leur politique en 2004.

C'est ma grille de lecture. Mais peut-être qu’un jour le gouvernement français abordera la question parce que les hommes peuvent changer s’ils le veulent bien. Je souhaiterais qu'ils changent leur politique en abordant avec respect la question avec Haïti, parce que c'est un must.

NR : En fait, dès que Gérard Latortue a été installé Premier ministre, après votre enlèvement, le gouvernement haïtien a immédiatement laissé tomber l’affaire.


JBA : La question ne disparaît pas pour autant (rires). A bien considérer l'histoire d'Haïti avant 2004, personne n'avait osé aborder la question, alors que nous autres progressions de la misère à la pauvreté digne. Puis, quand nous avons abordé la question, ils n’ont pas voulu y répondre - mais la question ne disparaît pas pour autant. Cela signifie qu'elle restera une réalité aussi longtemps qu'ils refuseront d'y faire face.

Mon souhait est que, un jour, ils se rendent compte qu'ils doivent le faire. Qu’est-ce qui s'est passé avec l'Italie et la Libye? L'Italie a abordé la question de la réparation ce qui a été une bonne chose pour les deux pays. De la même façon que nous devons aborder avec la France la question de la restitution.


NR : Je me souviens d'un article récent de Jacqueline Charles dans le Miami Herald, où un historien a été cité, il disait: "Lavalas n'a jamais été un parti. C'était un mouvement, qui est maintenant dans une crise profonde et qui est divisé entre des factions distinctes menées par certains de ses vieux barons... Ils veulent tous le vote Lavalas sans faire appel à Aristide. Donc, oui, Lavalas comme nous le savions se meurt d'une mort lente.'' Il commentait le débat actuel autour des futures élections en Haïti. Que pensez-vous de ce qu'il a dit?


JBA : Certaines personnes prétendent qu'ils sont des experts d’Haïti, mais ils agissent souvent comme des personnes souffrant d'amnésie sociale. Lorsque vous prenez un groupe de souris et que vous les mettez dans un laboratoire, si ces souris n'ont pas la capacité de production d'ocytocine dans leur cerveau, elles ne sont pas en mesure de reconnaître les autres souris. Voilà, c'est un fait. Ces personnes souffrent d'amnésie sociale. Ils sont incapables de reconnaître les Haïtiens comme des êtres humains à cause de notre couleur, notre pauvreté et la misère. La majorité de la population haïtienne a déclaré "Lavalas est notre parti politique." C'est ce qu’a dit la majorité et ils ont leur constitution, alors comment quelqu'un peut-il prétendre que ce n'est pas le cas? Ces gens-là, à mon humble avis, agissent comme s'ils étaient mentalement des esclaves, ce qui signifie qu'ils ont leurs maîtres leur fournissant les ressources financières pour parler ainsi, et ils peuvent bien se couvrir d'un parapluie "scientifique", quand en fait ils sont mentalement des esclaves.

NR : Il ya donc cette amnésie, parce que la plupart des commentateurs admettent que Préval a gagné en 2006 grâce à la base de Lavalas. Beaucoup de gens en Haïti veulent utiliser Lavalas aux fins de gagner, mais personne ne veut que le parti Lavalas gagne ou mentionne votre nom dans le processus. Comment vivez-vous cette contradiction?

JBA: Malheureusement, ce que l'Afrique du Sud avait avant 1994 c’est ce que Haïti a toujours comme une réalité aujourd'hui. La structure de l'apartheid est toujours enracinée dans la société haïtienne. Lorsque vous avez l'apartheid, vous ne voyez pas ceux qui sont derrière les murs. C'est la réalité d'Haïti. Le peuple existe, mais ils ne voient pas le peuple et ils ne veulent pas le voir non plus. C'est pourquoi on ne les compte pas. Ils veulent les utiliser, mais ils ne veulent pas respecter leur volonté.

Quand on parle de Lavalas et du peuple haïtien, on les craint parce que, s'il y a une élection juste, le peuple les battra. Aussi ils se doivent d'exclure le parti Lavalas ou la majorité, afin de s'assurer qu'ils sélectionneront ce qu'ils veulent bien sélectionner. Donc, c'est le genre d'apartheid qu'on a en Haïti. Si vous dites cela, ils vous haïront et ils peuvent tenter de vous tuer. C'est parce qu'ils ne veulent pas que vous voyiez la réalité. Pourquoi est-ce que je dis cela? C'est parce que j'aime mon pays. Si vous avez un cancer et refusez de l'appeler un cancer, il vous tuera. C’est mieux de l'accepter et de trouver un moyen de prévenir la mort. C'est ce que je veux pour mon pays.


NR : Mais récemment il y a eu un certain opportunisme. Nous avons vu des gens comme votre ancien ami devenu plus tard votre ennemi, Evans Paul, demander votre retour. Ils se servent de vous pour obtenir le soutien de la base Lavalas. Ou bien beaucoup de gens veulent faire appel à Lavalas, mais ont peur de vous mentionner. Que pensez-vous de cette réalité en Haïti?


JBA: Le jour où je penserais utiliser le peuple haïtien, le peuple haïtien commencerait à se distancer de moi et me renierait. Et ils auraient raison de le faire, parce que personne, en tant que politicien, ne saurait prétendre que le peuple est assez stupide pour se laisser utiliser pour des votes, par exemple. J'ai fait de mon mieux pour respecter le peuple haïtien et je vais continuer à faire de mon mieux pour leur montrer du respect, eux et ce qu’ils désirent. En 1990, lorsque j'ai été élu président, les gens travaillaient dans des ateliers de misère pour neuf centimes l'heure. Quand j'ai réussi à augmenter le salaire minimum, c’était une raison suffisante pour monter un coup d'Etat. Et cela s'est passé au Honduras l'an dernier parce qu'en partie le jeu était le suivant: ne pas augmenter le salaire minimum, donc les gens doivent travailler comme des esclaves.

Aujourd'hui, le peuple haïtien se souvient de ce qu'ensemble, nous tentions de faire. Nous ne les utilisions pas juste pour avoir leurs votes. Ils ne sont pas stupides: nous marchions ensemble selon des principes démocratiques pour une vie meilleure. Si maintenant, ils continuent à demander mon retour, six ans après mon enlèvement, cela signifie qu'ils sont très intelligents. Ils peuvent être analphabètes, mais ils ne sont pas bêtes. Ils se souviennent de ce que, ensemble, nous essayions de faire. Je souhaite donc que les politiciens ne se concentrent pas sur moi, mais plutôt sur le peuple et non pas le peuple pour les élections mais pour leurs droits - le droit de manger, le droit d'aller à l'école, le droit aux soins de santé, et le droit de participer dans un gouvernement. Malheureusement, en 2006 ils ont élu quelqu'un qui les a trahis, ils s’en rendent compte maintenant. Oh là là là ! Ils disent: Qui d'autre viendra? Est-ce que cette personne nous trahira après avoir eu nos votes? Ils hésitent, et je les comprends, car ils ne sont pas stupides.

NR : Voilà maintenant une question pratique. Comment voulez-vous traiter avec le parti Lavalas en Haïti? Vous êtes toujours le leader national de Lavalas. Ne pensez-vous pas que ce serait une meilleure idée de transférer le leadership à quelqu'un d’autre en Haïti? Ne serait-ce pas une meilleure stratégie à long terme, plutôt que de s’accrocher au titre de chef de parti? Après tout, c'est l'un des prétextes utilisés pour ne pas autoriser Lavalas à participer aux élections passées ainsi qu’à l'avenir en Haïti?

JBA : Si nous respectons la volonté du peuple, alors nous devons faire attention à ce qu'ils disent. Je suis ici, mais ce sont eux qui prennent les décisions. Si, aujourd'hui, ils décident d’aller dans ce sens, alors vous devez respecter leur volonté. Cela signifie que je ne suis pas celui qui les empêche d’avancer en tenant un congrès et d'avoir un autre chef et ainsi de suite. En fait, en dehors d'Haïti je n’agis pas en tant que leader national, pas du tout. Je ne prétends pas être capable de le faire et je ne veux pas le faire. Je sais que ce ne serait pas une bonne chose pour le peuple d’agir de la sorte.

Ils ont dit que c'est une question de principe. Premièrement, ils veulent mon retour, et alors ils peuvent organiser un congrès pour élire un nouveau chef et aller de l'avant. Je respecte cela. Si, aujourd'hui, ils veulent le changer, qu’il en soit selon leur volonté. C'est ça la démocratie.

Ce qui est derrière l'image nationale est un sophisme. C'est un sophisme quand, par exemple, ils prétendent qu'ils se doivent d'exclure Lavalas pour résoudre le problème. Ne pas avoir Lavalas dans une élection, parce que c'est une sélection, c'est un sophisme.

Avant, j'ai dit "post-hoc ergo propter hoc" ou "à la suite de cela, donc à cause de cela", et maintenant je peux dire "Cum hoc, ergo propter hoc" ou "avec ceci, donc à cause de ceci ". C'est aussi bien une erreur de logique. Ils ne résoudront pas le problème sans la majorité de la population. Ils doivent les inclure dans une élection libre, juste et démocratique avec mon retour ou avant mon retour ou après mon retour. L'inclusion du peuple est indispensable pour être logique et pour progresser vers une meilleure Haïti. C'est la solution.


NR : Alors, concrètement, si vous deviez dire aujourd'hui que vous endossez Maryse Narcisse comme leader national, ils accepteraient les candidats Lavalas?

JBA : L'année dernière, j'ai reçu une lettre du Conseil électoral provisoire, en passant, un conseil qui a été choisi par le président, pour dire qu’ils font ce qu'il veut. Exclure Lavalas a été la mise à exécution de la volonté du gouvernement d'Haïti.

J'ai reçu une lettre de leur part m'invitant à une réunion et je me suis dit, "Oh c'est bien. Je suis prêt. Je vais y aller". Puis ils ont dit dans la lettre: «Si vous ne pouvez pas venir, enverriez-vous quelqu'un en votre nom? "Alors j'ai dit ok et j'ai répondu dans une lettre (1), qui a été rendue publique, en demandant au Dr Maryse Narcisse de représenter Lavalas et de présenter les candidats de Fanmi Lavalas sur la base de la lettre que j'ai reçue du CEP. Mais ils ont refusé parce que le truc était de m'envoyer la lettre et d’assumer que je ne répondrais pas. Ensuite, ils pourraient dire au peuple haïtien, «Voyez, il ne veut pas participer à l'élection.» Alors, ils ont utilisé un prétexte pour faire croire qu'ils sont intelligents, alors qu’en réalité c’était pour cacher la vérité.

NR : N'ont-ils pas prétendu à un moment donné qu'elle était fausse, ou bien que ce n'était pas votre signature?

JBA : Ils ont fait valoir que le mandat émanant de moi aurait dû être validé par le consulat d'Haïti en Afrique du Sud, alors qu’ils savent bien qu'il n'y a aucun représentant du gouvernement haïtien en Afrique du Sud, vous voyez.

NR : Pas d’ambassade du tout ?

JBA : Non, quand j'étais président, j'avais nommé un ambassadeur en Afrique du Sud, mais ça a pris fin avec le coup d'Etat. Après notre indépendance, nous avons dû attendre jusqu'en 1990 pour avoir des élections libres et démocratiques. Nous ne pouvons pas changer la réalité économique en un jour, en un an, mais au moins nous devrions continuer à respecter le droit des Haïtiens à voter. Alors aujourd'hui, pourquoi jouer avec le droit de vote? C’est cynique. Vous ne pouvez pas améliorer leur vie économique et vous les privez de leur droit de vote. C’est cynique. L’Afrique du Sud a fait quelque chose qui pourrait être une bonne chose pour de nombreux pays, dont Haïti. En 1994, quand les Sud-Africains ont pu voter, ils ont voté. Ils essaient d’avancer sur la voie d'élections libres et équitables, tout en essayant d'améliorer leur vie économique. C’est la bonne façon de procéder. Ne pas nier aux pauvres le droit de voter tandis que vous ne pouvez même pas améliorer leur vie.

NR : La nuit du coup d'Etat. Vous en avez déjà parlé et à l'époque vous m'aviez dit que vous écriviez un livre sur le sujet. Est-ce toujours en préparation?

JBA : Ce livre est terminé depuis 2004.

NR : Prêt à être publié?

JBA : Il était prêt à être publié et il l’eût été déjà, si j'étais autorisé à le faire.

NR : Vous rappelez-vous la nuit du coup d'Etat - et je suis sûr que vous vous en rappelez parce que personne n’a l'habitude d'être réveillé au milieu de la nuit pour être embarqué dans un avion entouré de gens armés. Auriez-vous souhaité avoir dit non à M. Moreno, "je ne signe pas cette lettre de démission" ou bien "Je ne vais pas prendre cet avion. Je m’occuperai des questions de sécurité en Haïti avec mon gouvernement "?

JBA : Comme je viens de dire, si j'avais été autorisé à publier le livre, il aurait été publié en 2004. Ainsi, dans le livre, vous avez les réponses à vos importantes questions et c'est pourquoi maintenant je n’élaborerai pas là-dessus, sur la base de ce que je viens de dire. En un mot, je ferais exactement ce que j'ai fait et je dirais exactement pourquoi je l'ai dit parce que j’ai eu raison de dire ce que j'ai dit et de faire ce que j'ai fait. Ils se sont trompés, et ils sont encore dans l’erreur.

NR : Ce qui est connu, c'est la lettre (2) en créole que vous avez signée et qui selon vous a été mal traduite.

JBA : Bien sûr, elle a été mal traduite.

NR : Oui, mais vous avez clairement dit que vous avez été forcé sous la menace d’une arme et cela est bien connu de tout le monde.

JBA : Oui, c’est bien le cas, mais si je ne précise pas, ce n'est pas parce que je veux donner une réponse évasive. C'est juste sur la base de ce que je vous ai dit avant.

NR : Alors quoi si le livre n'est jamais publié?


JBA : C'est peut-être la raison pour laquelle je suis toujours là (rires). Je souhaite qu'ils me laissent partir et qu’ils laissent publier le livre (rires).


NR : Il y a eu ces accusations (3) de corruption contre vous à commencer par le cinéaste Raoul Peck, et qui ont été reprises par la suite par Mme Lucy Komisar et Mme Mary Anastasia O'Grady du Wall Street Journal au sujet de votre implication personnelle dans une transaction liée à la Teleco / IDT en 2003. Pouvez-vous taire ces accusations?


JBA : Tout d'abord, ils mentent. Deuxièmement, que pouvons-nous attendre d'un esclave mental? (Rires) Il mentira pour ses maîtres. Il est payé pour mentir pour ses maîtres, alors je ne suis pas surpris par ces allégations absurdes. Comme je l'ai dit, ils mentent.


NR : Ils mentent. Mais il est possible que au-dessous de vous, peut-être, à un certain niveau dans votre gouvernement, il y avait une certaine corruption impliquant la Téléco et l’IDT?


JBA : Je n'ai jamais entendu parler de choses pareilles quand j'étais là et je n'en ai jamais rien su. De l’avoir su, bien sûr nous aurions fait de notre mieux pour y mettre fin ou le prévenir ou sanctionner légalement les personnes qui pouvaient avoir été impliquées dans une telle chose.


NR : Pourquoi ne l'avez-vous pas déclaré publiquement? Parce que ces choses arrivent tout le temps. Je suis sûr que la corruption existe à tous les niveaux dans le gouvernement sud-africain, comme il y en a dans l'administration d’Obama. Des choses arrivent et nous n'avons pas besoin de mettre Haïti en examen pour le trouver. Vous auriez pu dire que vous étiez le chef de l'Etat, mais pas le chef de la Téléco. Des choses arrivent.


JBA : Comme je l'ai dit, il y a plus de personnes à recevoir de l'argent pour mentir que de personnes recevant de l'argent pour dire la vérité. Je ne sais combien de fois j'ai répondu à cette question, mais parfois le journaliste peut avoir la réponse, mais n'est pas autorisé à la rendre publique. (Rires).


NR : Seriez-vous en faveur de la création d'une Commission Vérité et Réconciliation haïtienne, pareil à ce que l'Afrique du Sud a fait, ce qui permettrait à certaines personnes qui ont été exilées sous Duvalier et Cédras et vos deux présidences de revenir et d'être appelées à comparaître devant cette commission - et demander pardon et amnistie en cas de besoin?


JBA : Ce que je vais dire maintenant, je ne le dis pas parce que je suis maintenant en dehors d'Haïti avec le désir de retourner. Non, je l'ai déjà dit et je vais le répéter: Il n'y a pas moyen d'avancer en Haïti sans dialogue. Un dialogue entre Haïtiens. Autrefois nous avions une armée de 7.000 soldats, contrôlant 40% du budget national, mais allant de coup d'État en coup d'Etat. J'ai dit non. Dissolvons l'armée, ayons une force de police pour protéger le droit de chaque citoyen, ayons un dialogue pour aborder nos différences. Il n'y a pas de démocratie sans opposition.

Nous devons nous comprendre les uns les autres quand nous nous opposons les uns aux autres. Nous ne sommes pas des ennemis, de sorte que nous pouvons aborder nos différences de manière démocratique et alors seulement pourrons-nous aller de l'avant. Je l'ai dit tant de fois déjà. Nous avons encore des gens qui se disent des amis d'Haïti qui continuent à venir exploiter nos ressources. Ils ne veulent pas de dialogue national. Ils ne veulent pas que les Haïtiens vivent en paix avec les Haïtiens.

L’Afrique du Sud l’a fait quand ils avaient la Commission de vérité et de réconciliation. Les gens sont venus et ont réalisé qu'ils avaient commis des erreurs. Tout le monde peut faire des erreurs. Vous devez reconnaître que vous avez fait des erreurs, et la société vous fera bel accueil. Si vous ne pouvez pas le faire par devant les tribunaux en raison du nombre, alors trouvez un moyen pour y faire face. Nous ne pouvons pas prétendre qu’Haïti aura un avenir meilleur sans ce dialogue. Nous devons l'avoir.


En 1994, quand je suis retourné en Haïti de l'exil, nous avons créé une Commission pour la Vérité et la Justice et la Réconciliation. J'ai passé les documents au gouvernement suivant, et je n'en ai jamais entendu parler à nouveau. Les Haïtiens n’en ont jamais entendu parler parce que le gouvernement voulait faire vite avec la privatisation des entreprises publiques au lieu de suivre cette voie qui avait été recommandée.


NR : Est-ce que cela voudrait dire permettre à tous les exilés politiques de retourner, peu importe à quel point ils étaient mauvais, y compris des gens comme Raoul Cédras et Jean-Claude Duvalier.


JBR: Je n’avancerai pas de conclusions en dehors de ce cadre de justice. La Commission a abordé le cas de ces criminels et a préparé le terrain pour la justice et le dialogue. Vous voyez, je l’ai dit, et continuerai à le dire: Nous avons besoin de continuer à traiter de cette question de dialogue, de vérité et de justice. Sinon, nous allons continuer à nous comporter soit comme un gouvernement fantoche soit mentalement comme des esclaves aux mains de ceux qui veulent encore exploiter nos ressources et ils ne se décideront à aucun changement en faveur des Haïtiens. Les Haïtiens doivent commencer à dire non. Changeons les choses - non pas contre des étrangers, non pas contre les vrais amis, avec eux s'ils le veulent, mais ils ne le feront pas pour nous à moins que nous commencions à le faire.

NR : Gardez-vous rancune aujourd'hui contre le président René Préval de ne pas déployer plus de vigueur pour tenter de faciliter votre retour en Haïti? Il doit son élection grâce à la base de Lavalas.

JBA : Si je fais attention à ce que les gens disent, ils décrivent le Président Préval comme quelqu'un qui m'a trahi et c'est vrai. Ils ont voté pour lui. Je n'ai pas voté, j’étais ici, mais ceux qui l'ont élu se rendent compte maintenant qu'il leur a fait faux bond. Il les a trahis.

Il se laisse manipuler par ceux qui sont contre les intérêts du peuple – c’est ce qu'ils ont dit.


NR : Vous sentez-vous personnellement trahi ? Je suis sûr que vous vous rendez compte des difficultés de la situation dans laquelle il était.


JBA : Personnellement, je dis mettons les intérêts du peuple en premier. Non pas les miens. Si je peux faire quelque chose pour lui, ou si je dois le faire, je le ferais. C'est une question de principe, et dans son cas il n'avait besoin de faire quoique ce soit pour moi. Il avait simplement à respecter la Constitution. La constitution ne permet pas l'exil. Il ne devrait pas violer la constitution. C'est ça. Mais, comme il l'a fait, l'histoire prend note et l'histoire reconnaîtra qu'il a malheureusement failli.


NR : Je me souviens d'un célèbre journaliste progressiste à Genève qui faisait la critique de mon film (4) et l'une des critiques qu'il avait, c'est que je n'avais pas parlé de vaudou et comment il affecte la vie politique d'Haïti. Que pensez-vous de cette tendance parmi de nombreux journalistes occidentaux qui tentent d'expliquer Voodoo comme une des principales raisons des problèmes d'Haïti?


JBA : J'aime dessiner des parallèles entre le vaudou et la politique. Pourquoi? Parce que, en Occident quand ils veulent régler les problèmes politiques, ils peuvent, comme vous l'avez suggéré ou indiqué, les mélanger avec le vaudou comme une manière d'éviter d'aller droit à la vérité. La vérité pourrait être, par exemple, historique.

Quatorze ans après l’arrivée de Christophe Colomb en Haïti, en 1492, ils avaient déjà tué trois millions d’autochtones. En parlent-ils aujourd'hui? Qu’en savent-ils? Je ne sais pas. A cette époque, on pouvait avoir 14 ans et avoir à payer vingt-cinq centimes or à Christophe Colomb ou bien ils vous coupaient un bras, un pieds ou les oreilles. En parlent-ils ? Si vous le faites, c'est comme "oh vraiment ! ou, peut-être." Ils ont des problèmes à exposer la vérité, à reconnaître ce qui se passait à cette époque-là. Et si vous regardez la réalité d'aujourd'hui, c’est presque la même chose.


La semaine dernière, il y avait quelques difficultés en raison des orages et des tremblements de terre et Haïti a perdu une dizaine de personnes, certains disent cinq d’autres disent plus de dix. Dans tous les cas, même si c’était une seule personne, cela signifierait déjà beaucoup pour nous parce que un être humain est un être humain. Au lieu de se concentrer sur ce qui est la réalité de la misère, la pauvreté abjecte, l'occupation, la colonisation, certains préfèrent trouver un bouc émissaire dans le vaudou. L'ONU elle-même avait dû expulser 114 soldats pour viol et d’abus commis à l’égard d’enfants. Donc, nous voyons des gens envahir un pays, prétendant aider, alors qu'ils sont en fait impliqués dans des viols, mauvais traitement sur la personne d’enfants et ainsi de suite. Et ce n'est pas un problème pour ces gens qui aiment parler de vaudou comme si le vaudou lui-même pouvait couvrir cette réalité. De la même façon qu'ils ne veulent pas faire face à notre drame historique lié à la colonisation.


NR : Est-ce une distraction raciste?


JBA : C’en est une, oui. Je respecte la religion et je respecterai n’importe quelle religion. Les Africains avaient leur religion ici. Ils sont allés en Haïti et ont poursuivi leur pratique et je dois respecter cela. En outre, la Constitution haïtienne, respecte la liberté de religion.

Aussi, parlons de drame, de misère, de pauvreté, d'exploitation, d'occupation, et des personnes sans droit de vote ou de manger. Les gens veulent être libres. Ils n'ont pas d'auto-détermination. Concentrons-nous sur les personnes qui n'ont pas de ressources et meurent. Nous avons eu une solidarité tellement merveilleuse après le 12 Janvier de par le monde, où les citoyens à travers le monde étaient en train de manifester de la solidarité envers les Haïtiens. C'était formidable de voir Blancs et Noirs aller au-delà des barrières de la couleur pour exprimer leur solidarité avec les victimes du tremblement de terre meurtrier.

Et au nom du peuple haïtien, si vous me permettez, je vais dire merci à tous ces vrais amis qui l'ont fait alors que d'autres qui se disent les vrais amis d'Haïti ont préféré envoyer des soldats avec des armes pour protéger leurs propres intérêts au lieu de protéger des êtres humains qui souffraient vraiment. Des amputations – on en a eu par milliers sans anesthésie. Ils coupaient les mains et les pieds des victimes ce qui n'est pas un problème pour certaines personnes qui préfèrent parler de vaudou comme si le vaudou pouvait être la cause de ce qui se passe en Haïti. Non, ce qui se passe en Haïti est enraciné dans le colonialisme, le néo-colonialisme, dans cette politique néolibérale appliquée et imposée à Haïti, pas dans des questions religieuses comme le vaudou. Pour moi, tant qu'ils ne cherchent pas à faire face à la réalité telle qu'elle est, ils peuvent continuer à utiliser des questions comme le vaudou pour dissimuler des faits, toute tentative de remplacer la vérité par des distractions racistes échouera.


NR : Quelque chose que vous aimeriez ajouter, que vous avez à cœur et que vous n’avez pas été en mesure de dire?


JBA : Bon ... si vous demandez à un Zoulou*, le moyen d’arriver quelque part alors que vous êtes sur la bonne voie, cette personne vous dira (en zoulou): "Ugonde ngqo Ngalo mgwago" ce qui signifie allez directement sur votre chemin.


C'est pourquoi le peuple haïtien qui avance de la misère vers la pauvreté dans la dignité doit continuer à progresser tout droit vers cet objectif. Si nous perdons notre dignité, nous perdons tout. Nous sommes pauvres - pire que pauvres parce que nous vivons dans une pauvreté abjecte et dans la misère. Mais sur la base de la dignité collective enracinée dans nos ancêtres, je crois que nous devons continuer à lutter de façon pacifique pour notre auto-détermination, et si nous le faisons, l'histoire rendra hommage à notre génération, parce que nous sommes sur la bonne voie.


NR : Monsieur le Président, je vous remercie.


Notes :
[*] Lavalas est un mot créole signifiant «avalanche», une «masse de personnes» ou «tous ensemble». Fanmi signifie «famille».

[*] Zoulou est le nom du plus grand groupe ethnique en Afrique du Sud et aussi la langue maternelle la plus parlée .


1) Lettre du Président Aristide - novembre 2009 - autorisant le Dr Maryse Narcisse à inscrire les candidats Lavalas pour voter.

http://www.hayti.net/tribune/index.php?mod=articles&ac=commentaires&id=725
2) Lettre de démission de Jean-Bertrand Aristide - la traduction originale Kreyòl par le professeur Bryant Freeman

http://www.nathanielturner.com/aristidedidnotresign.htm
L’autre traduction officielle fournie par l'ambassade des États-Unis et la plus largement utilisée dans les médias grand public:

http://articles.cnn.com/2004-03-01/world/aristide.letter_1_constitution-jean-bertrand-aristide-haitian-president-jean-bertrand-aristide?_s=PM:WORLD


3) « Les affairistes américains d’Aristide", un article de Mary Anastasia O'Grady
http://online.wsj.com/article/SB121720095066688387.html


4) "Aristide et la révolution sans fin", un documentaire de Nicolas Rossier, HYPERLINK "http://www.aristidethefilm.com" http://www.aristidethefilm.com



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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 18:03

EXTRAIT DE « POUR LA REVOLUTION AFRICAINE »

Première édition : Maspéro 1964    Réédition La Découverte Syros 2001      

 

Publié dans "Afrique Action." N° 19, 20 février 1961.


 

La Mort de Lumumba

Pouvions – nous faire autrement?


Les observateurs qui se sont trouvés dans les capitales africaines pendant le mois de juin 1960 pouvaient se rendre compte d'un certain nombre de choses. De plus en plus nombreux, en effet, d'étranges personnages venus d'un Congo à peine apparu sur la scène internationale s'y 8uccèdaient. Que disaient ces Congolais? Ils disaient n'importe quoi. Que Lumumba était vendu aux Ghanéens- Que Gizenga était acheté par les  Guinéens Kashamura par les yougoslaves.... Que les civilisateurs belges partaient trop tôt, etc. ...

Mais si l'on s'avisait d'attraper dans un coin un de ces Congolais, de l'interroger, alors on s'apercevait que quelque chose de très grave se tramait contre l'indépendance du Congo et contre l’Afrique.

Des sénateurs, des députés congolais aussitôt après les fêtes de l'indépendance se sauvaient hors du Congo et se rendaient... aux Etats-Unis. D'autres s'installaient pour plusieurs semaines à Brazzaville. Des syndicalistes étaient invités à New­York. Là encore, si l'on prenait l'un de ces députés on de ces sénateurs dans un coin et qu'on l'interrogeait, il devenait patent que tout un processus très précis allait se mettre en route.

Dès avant le 1er juillet 1960, l'opération Katanga était lancée, Son but ? Bien sûr, sauvegarder l'Union Minière. Mais au-delà de celle opération, c'est une conception belge qui était défendue. Un Congo unifié, avec un gouvernement central, allait à l'encontre des intérêts belges. Appuyer les revendications décentralisatrices des diverses provinces, susciter ces revendications, les alimenter, telle était la politique belge avant l'indépendance.

Dans leur tâche, les Belges étaient aidés par les autorités de la Fédération Rhodésies-Nyassaland. On sait aujourd'hui, et M. Hammarskjöld mieux que quiconque, qu'avant le 30 juin 1960, un pont aérien Salisbury-Elisabethville alimentait le Katanga en armes. Lumumba avait certain jour proclamé que la libération du Congo serait la première phase de la complète indépendance de l'Afrique Centrale et Méridionale et il avait très précisément fixé ses prochains objectifs: soutien des mouvements nationalistes en Rhodésie, en Angola, en Afrique du Sud.

Un Congo unifié ayant à sa tête un anticolonialiste militant constituait un danger réel pour celle Afrique sudiste, très proprement sudiste, devant laquelle le reste du monde se voile la face. Nous voulons dire devant laquelle le reste du monde se contente de pleurer, comme à Sharpville, ou de réussir des exercices de style à l'occasion des journées anticolonialistes. Lumumba, parce qu'il était le chef du premier pays de cette région à obtenir l'indépendance, parce qu'il savait concrètement le poids du colonialisme, avait pris I'engagement au nom de son peuple de contribuer physiquement à la mort de celle Afrique-là. Que les autorités du Katanga et celles du Portugal aient tout mis en œuvre pour saboter l'indépendance du Congo ne nous étonne point. Qu'elles aient renforcé l'action des Belges et augmenté la poussée des forces centrifuges au Congo est un fait. Mais ce fait n'explique pas la détérioration qui s'est installée progressivement au Congo, ce fait n'explique pas l'assassinat froidement décidé, froidement mené de Lumumba, cette collaboration colonialiste au Congo est insuffisante à expliquer pourquoi en février 1961 l'Afrique va connaître autour du Congo sa première grande crise.

Sa première grande crise car il faudra qu'elle dise si elle avance ou si elle recule. Il faudra qu'elle comprenne qu'il ne lui est plus possible d'avancer par régions, que, comme un grand corps qui refuse toute mutilation, il lui faudra avancer en totalité, qu'il n'y aura pas une Afrique qui se bat contre le colonialisme et une autre qui tente de s'arranger avec le colonialisme. Il faudra que l'Afrique, c'est-à-dire les Africains, comprennent qu'il n'y a jamais de grandeur à atermoyer et qu'il n'y a jamais de déshonneur à dire ce que l'on est et ce que l'on veut et qu'en réalité l'habileté du colonisé ne peut être en dernier ressort que son courage, la conception lucide de ses objectifs et de ses alliances, la ténacité qu'il apporte à sa libération.

Lumumba croyait en sa mission.  Il avait une confiance exagérée dans le peuple. Ce peuple, pour lui, non seulement ne pouvait se tromper, mais ne pouvait être trompé. Et de fait, tout semblait lui donner raison. Chaque fois par exemple que dans une région les ennemis du Congo arrivaient à soulever contre lui l'opinion, il lui suffisait de paraître, d'expliquer, de dénoncer, pour que la situation redevienne normale. Il oubliait singulièrement qu'il ne pouvait être partout à la fois et que le miracle de l'explication était moins la vérité de ce qu'il exposait que la vérité de sa personne.

Lumumba avait perdu la bataille pour la présidence de la République. Mais parce qu'il incarnait d'abord la confiance que le peuple congolais avait mise en lui, parce que confusément les peuples africains avaient compris que lui seul était soucieux de la dignité de son pays, Lumumba n'en continua pas moins à exprimer le patriotisme congolais et le nationalisme africain dans ce qu'ils ont de plus rigoureux et de plus noble.

Alors d'autres pays beaucoup plus importants que la Belgique ou le Portugal décidèrent de s'intéresser directement à la question. Lumumba fut contacté, interrogé. Après son périple aux Etats-Unis la décision était prise : Lumumba devait disparaître.

Pourquoi? Parce que les ennemis de l'Afrique ne s'y étaient pas trompés. Ils s'étaient parfaitement rendus compte que Lumumba était vendu, vendu à l'Afrique s'entend. C'est à dire qu'il n'était plus à acheter.

Lee ennemis de l'Afrique se ont rendu compte avec un certain effroi que si Lumumba réussissait, en plein cœur du dispositif colonialiste, avec une Afrique française se transformant en communauté rénovée, une Angola « province portugaise » et enfin l'Afrique orientale, c'en était fini de « leur » Afrique au sujet de laquelle ils avaient des plans très précis.

Le grand succès des ennemis de l'Afrique, c'est d'avoir compromis les Africains eux-mêmes. Il est vrai que ces Africains étaient directement intéressés par le meurtre de Lumumba. Chefs de gouvernements fantoches, au sein d'une indépendance fantoche, confrontés jour après jour à. une opposition massive de leurs peuples, ils n'ont pas été longs à se convaincre que l'indépendance réelle du Congo les mettrait personnellement en danger.

Et il y eut d'autres Africains, un peu moins fantoches, mais qui s'effraient dès qu'il est question de désengager l'Afrique de l'Occident. On dirait que ces Chefs d'Etat africains ont toujours peur de se trouver en face de l'Afrique. Ceux-là aussi, moins activement, mais consciemment, ont contribué à la détérioration de la situation au Congo. Petit à petit, on se mettait d'accord en Occident qu'il fallait intervenir au Congo, qu'on ne pouvait pas laisser les choses évoluer à ce rythme. . ..

Petit à petit, l'idée d'une intervention de l'O.N.U. prenait corps. Alors on peut dire aujourd'hui que deux erreurs simultanées ont été commises par les Africains.

Et d'abord par Lumumba quand il sollicita l'intervention de l'O.N.U. Il ne fallait pas faire appel à l'O.N.U. L'O.N.U. n'a jamais été capable de régler valablement un seul des problèmes posés à la conscience de l'homme par le colonialisme, et chaque fois qu'elle est intervenu, c'était pour venir concrètement au secours de la puissance colonialiste du pays oppresseur.

Voyez le Cameroun. De quelle paix jouissent les sujets de M. Ahidjo tenus en respect par un corps expéditionnaire français qui, la plupart du temps, a fait ses premières armes en Algérie? L'O.N.U. a cependant contrôlé l'autodétermination du Cameroun et le gouvernement français y a installé un « exécutif provisoire ».

Voyez le Viet-Nam.

Voyez le Laos.

Il n'est pas vrai de dire que l'O.N.U. échoue parce que les causes sont difficiles.

En réalité l'O.N.U. est la carte juridique qu'utilisent les intérêts impérialistes quand la carte de la force brute a échoué.

Les partages, les commissions mixtes contrôlées, les mises sous tutelle sont des moyens légaux internationaux de torturer, de briser la volonté d'indépendance des peuples, de cultiver l'anarchie, le banditisme et la misère.

Car enfin, avant l'arrivée de l'O.N.U., il n'y avait pas de massacres au Congo. Après les bruits hallucinants propagés à dessein à l'occasion du départ des Belges, on ne comptait qu'une dizaine de morts. Mais depuis l'arrivée de l'O.N.U. on a pris l'habitude chaque matin d'apprendre que les Congolais par centaines s'entremassacraient.

On nous dit aujourd'hui que des provocations répétées furent montées par des Belges déguisés en soldats de l'Organisation des Nations Unies. On nous révèle aujourd'hui que des fonctionnaires civils de l'O.N.U. avaient en fait mis en place un nouveau gouvernement le troisième jour de l'investiture de Lumumba. Alors on comprend beaucoup mieux ce que l'on a appelé la violence, la rigidité, la susceptibilité de Lumumba.

Tout montre en fait que Lumumba fut anormalement calme.

Les chefs de mission de l'O.N.U. prenaient contact avec les ennemis de Lumumba et avec eux arrêtaient des décisions qui engageaient l'Etat du Congo. Comment un chef de gouvernement doit-il réagir dans ce cas? Le but recherché et atteint est le suivant: manifester l'absence d'autorité, prouver la carence de l'Etat.

Donc motiver la mise sous séquestre du Congo.

Le tort de Lumumba a été alors dans un premier temps de croire en l'impartialité amicale de l'O.N.U. Il oubliait singulièrement que l'O.N.U. dans l'état actuel n'est qu'une assemblée de réserve, mise sur pied par les Grands, pour continuer entre deux conflits armés la « lutte pacifique » pour le partage du monde. Si M. Iléo en aout 1960 affirmait à qui voulait l'entendre qu'il fallait pendre Lumumba, si les membres du cabinet Lumumba ne savaient que faire des dollars qui, à partir de cette époque, envahirent Léopoldville, enfin si Mobutu tous les soirs se rendait à Brazzaville pour y faire et y entendre ce que l'on devine mieux aujourd'hui, pourquoi alors s'être tourné avec une telle sincérité, une telle absence de réserve vers l'O.N.U. ?

Les Africains devront se souvenir de cette leçon. Si une aide extérieure nous est nécessaire, appelons nos amis. Eux seuls peuvent réellement et totalement nous aider à réaliser nos objectifs parce que précisément, l'amitié qui nous lie à eux est une amitié de combat.

Mais les pays africains de leur côté, ont commis une faute en acceptant d'envoyer leurs troupes sous le couvert de l'O.N.U. En fait, ils admettaient d'être neutralisés et sans s'en douter, permettaient aux autres de travailler.

Il fallait bien sûr envoyer des troupes à Lumumba, mais pas dans le cadre de l'O.N.U. Directement. De pays ami à pays ami. Les troupes africaines au Congo ont essuyé une défaite morale historique. L'arme au pied, elles ont assisté sans réagir (parce que troupes de l'O.N.U.) à la désagrégation d'un Etat et d'une nation que l'Afrique entière avait pourtant salués et chantés. Une honte.

Notre tort à nous, Africains, est d'avoir oublié que l'ennemi ne recule jamais sincèrement. Il ne comprend jamais. Il capitule, mais ne se convertit pas.

Notre tort est d'avoir cru que l’ennemi avait perdu de sa combativité et de sa nocivité. Si Lumumba gêne, Lumumba disparaît. L'hésitation dans le meurtre n'a jamais caractérisé l'impérialisme. .

Voyez Ben M'Hidi, voyez Moumié, voyez Lumumba. Notre tort est d'avoir été légèrement confus dans nos démarches. Il est de fait qu'en Afrique, aujourd'hui, les traîtres existent. Il fallait les dénoncer et les combattre. Que cela soit dur après le rêve magnifique d'une Afrique ramassée sur elle-même et soumise aux mêmes exigences d'indépendance véritable ne change rien à la réalité. '

Des Africains ont cautionné la politique impérialiste au Congo, ont servi d'intermédiaires, ont cautionné les activités et les singuliers silences de l'O.N.U. au Congo.

Aujourd'hui ils ont peur. Ils rivalisent de tartufferies autour de Lumumba déchiqueté. Ne nous y trompons point, ils expriment la peur de leurs mandants. Les impérialistes aussi ont peur. Et ils ont raison car beaucoup d Africains beaucoup d'Afro-Asiatiques ont compris. Les impérialistes vont marquer un temps d'arrêt. Ils vont attendre que « l'émotion légitime » se calme. Nous devons profiter de ce court répit pour abandonner nos craintives démarches et décider de sauver le Congo et l'Afrique.

Les impérialistes ont décidé d'abattre Lumumba. Ils l'ont fait. Ils ont décidé de constituer des légions de volontaires.

Elles sont déjà sur place.

L'aviation katangaise sous les ordres de pilotes sud-africains et belges a commencé depuis plusieurs jours les mitraillages au sol. De BrazzaviIIe, des avions étrangers. se rendent bondés de volontaires et d’officiers parachutistes au secours d'un certain Congo.

Si nous décidons de soutenir Gizenga, nous devons le faire résolument.

Car nul ne connaît le nom du prochain Lumumba. Il y a en Afrique une certaine tendance représentée par certains hommes. C'est cette tendance dangereuse pour l'impérialisme qui est en cause. Gardons-nous de ne jamais l'oublier: c'est notre sort à tous qui se joue au Congo.

 

 

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1 janvier 2011 6 01 /01 /janvier /2011 19:23

 

 

 

 

Une nouvelle année,

un nouveau livre de DOMENICO LOSURDO en français !

 

Les éditions ADEN annoncent la publication le 21 Janvier 2011 de la traduction française très attendue de l’avant-dernier ouvrage du philosophe italien DOMENICO LOSURDO sur  STALINE

Ce livre publié en Italie en 2008 et déjà réédité dans ce pays, vient d’être  traduit et publié récemment au Brésil, les traductions espagnole et allemande sont en cours.

Les lecteurs français pourront donc très bientôt en prendre connaissance et cette lecture accompagnera en cette nouvelle année les réflexions nécessaires à une  lutte ambitieuse et généralisée contre la violente offensive mondiale de la réaction capitaliste en cours.

 

Voici la présentation qu’en font les Editions Aden sur leur site Internet :

 

Staline: histoire et critique d'une légende noire

Domenico LOSURDO

Traduit de l'italien par Marie-Ange Patrizio

Postface de Luciano Canfora
COUV Staline

  

Il fut un temps oùd’illustres hommes d’Etat – comme Churchill – et des intellectuels de premier plan – Hannah Arendt ou Thomas Mann pour ne citer qu’eux– avaient pour Staline, et pour le pays qu’il guidait, du respect, de la sympathie et même de l’admiration. Avec l’éclatement de la Guerre froide d’abord, et surtout, ensuite, avec le Rapport Khrouchtchev, Staline devient, du jour au lendemain, un "monstre", comparable peut-être seulement à Hitler.


Le contraste radical entre ces attitudes à l’égard du "petit père des peuples" devrait pousser l’historien non pas à trancher en faveur d’une de ces images mais bien à les étudier toutes, en analysant les conflits et les intérêts qui sont àl’origine de ces prises de positions.


C’est ce que réalise Domenico Losurdo, en revenant scrupuleusement sur les tragédies du XXe siècle et en déconstruisant et contextualisant nombre des accusations et louanges adressées à Staline. Cet essai est une approche à la fois historique, historiographique et philosophique –qui, comme en Italie à sa sortie, ne manquera pas de susciter de vives polémiques.

 


Domenico LOSURDO est professeur d’histoire de la philosophie à l’Université́d’Urbino. Il est notamment l’auteur de Révisionnisme en histoire, problèmes et mythes (Albin Michel) et de Fuir l’histoire (Delga). Son premier livre aux Editions Aden, Le péché originel du XXe siècle, a rencontré un vif succès d’estime.

 

Parution: janvier 2011
ISBN: 9782805900631
532 pages

 

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20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 16:04

RETENEZ CES NOMS : ILS  SONT LES ORGANISATEURS PERMANENTS DE  LA CONTRE REVOLUTION EN AMERIQUE LATINE


Ils se sont réunis cette semaine à Washington  et voici ce qu’en dit Eva Golinger : 

 

Le Congrès des USA parraine un évènement contre les pays de l’ALBA. 

Le 14 Novembre 2010 - La nouvelle salle de conférences du Centre des Visiteurs du Congrès des Etats-Unis à Washington sera le siège mercredi prochain 17 Novembre d’un rencontre intitulée : "Danger dans les Andes : menaces à la démocratie, aux droits de l’homme et la sécurité interaméricaine."

   Les sujets principaux qui seront débattues au sein du Congrès américain mettent en évidence l’escalade des agressions contre des pays comme le Venezuela, cuba, la Bolivie, l’Equateur et le Nicaragua - tous membres de l’Alliance Bolivarienne des Peuples de Notre Amérique (ALBA) - et comprennent des "débats" fondés sur trois questions : 

Est-ce que la démocratie et les droits de l’homme sont mis en danger par le développement du ’Socialisme du XXI° Siècle’ au Venezuela, en Equateur en Bolivie ? 

 L’ALBA de Cuba, du Venezuela, de la Bolivie, de l’Equateur et du Nicaragua constitue-t-elle une menace pour les intérêts américains et pour la sécurité interaméricaine ? 

La politique des Etats-Unis dans la région permet-elle de répondre à l’érosion de la démocratie et à l’influence dangereuse d’acteurs hostiles comme l’Iran, les groupes terroristes et les narcotrafiquants ?

L’évènement est parrainé par le Congrès des Etats-Unis et comportera la participation des chefs des commissions des relations extérieures, soit :

Elliot Engel, Démocrate Newyorkais et actuel chef du Sous Comité des Relations Extérieures pour l’Hémisphère Occidental

 Connie Mack, Républicain de Floride, et prochain chef du Sous Comité des Relations Extérieures pour l’Hémisphère Occidental

Ileana Ros-Lehtinen, parti Républicain de Floride, prochain chef du Comité des Relations Extérieures

Ron Klein, Démocrate de Floride et membre du Sous Comité des Relations Extérieures pour l’Hémisphère Occidental.

La présence de Démocrates aussi bien que de Républicains à cet évènement contre les pays de l’ALBA met en évidence que la politique d’agression de Washington à l’égard de l’Amérique Latine est une politique bipartite, et une politique d’État de l’empire des États-Unis.

Aux côtés de ces congressistes, participeront comme "experts" des figures de l’extrême droite latino-américaine pour disserter sur ce qu’eux considèrent comme une "menace" à leur pouvoir et influence dans la région. 

Pour le Venezuela, il y aura Guillermo Zuloaga, criminel fuyant la Justice Vénézuélienne et artisan du coup d’état.
Pour la Bolivie, participeront des membres des groupes séparatistes et terroristes de Santa Cruz, comme Luis Nuñez, président du Comité Civique de Santa Cruz et Javier El-Hage, représentant de la néfaste Fondation pour les Droits de l’Homme, section Bolivie.

 La Fondation pour les Droits de l’Homme est une organisation créée par le Vénézuélien Thor Halvorrsen (fils) qui se consacre à attaquer le gouvernement d’Hugo Chavez et qui a sollicité l’intervention militaire des Etats-Unis au Venezuela.

Participeront aussi à cette rencontre :

Alejandro Aguirre, président de la Société Interaméricaine de Presse (SIP),

José Cárdenas, ancien directeur de l’USAID pour l’Amérique Latine,

John Walters, l’ex-tsar anti-drogue des USA

Joel Hirst, du puissant Conseil des Relations Extérieures, éminence grise de Washington,

Otto Reich, ancien ambassadeur des Etats-Unis au Venezuela (qui fit sortir de sa prison vénézuélienne le terroriste Orlando Bosch) et qui fut aussi Assistant au Secrétaire d’Etat pour l’Amérique Latine pendant le coup d’état de 2002.

 Roger Noriega, lui aussi ex-Assistant au Secrétaire d’Etat pour l’Amérique Latine sous le gouvernement Bush et ancien ambassadeur des Etats-Unis à l’OEA.

Tous ces personnages ont une histoire d’agression et d’hostilité contre le gouvernement d’Hugo Chavez au Venezuela et ont promu, soutenu et financé les coups d’état au Venezuela, en Bolivie, Honduras et Equateur, durant les 10 dernières années. En permanence, ils portent des coups à la paix et à la stabilité de Cuba.

Il y aura des représentants de l’Equateur, comme l’avocat de droite Edgar Teran, et le congressiste Enrique Herreria, et d’autres représentants d’institutions (think-tanks) américaines.

 Parmi les amphitryons supplémentaires de cet évènement terroriste figurera l’organisation Vénézuélienne de Miami FUDAPREFC (www.fundaprefc.org), créée par la partisane de coup d’état Yuri López Pérez, qui se consacre à défendre les commissaires de la police métropolitaine condamnés pour homicides multiples durant le coup d’état d’Avril 2002 : Lázaro Forero, Iván Simonovis y Henry Vivas.

 Parrainera aussi l’évènement l’Institut Interaméricain pour la Démocratie, fondé à Miami par l’Argentin Guillermo Lousteau Heguy et qui a sous ses ordres par exemple les terroristes Cubains Carlos Alberto Montaner et Armando Valladares. Cet institut a organisé un évènement intitulé " déjeuner avec Lucio Gutierrez" le 23 Septembre, curieusement une semaine avant la tentative de coup d’état contre le président Rafael Correa en Equateur qui a été conduite par Guttierez.

Parmi les accueillants on note aussi la Fondation Héritage, l’American Enterprise Institute (AEI),le Centre pour une Police de Sécurité et l’Institut Hudson, quatre “think tanks” de l’extrême droite US qui se sont consacrés à agresser le Venezuela ces dernières années, en publiant des "informations" sur les "menaces" du gouvernement de Hugo Chavez et en dirigeant plusieurs millions de dollars vers les secteurs de l’opposition vénézuélienne.

Participe enfin « Americas Forum », organisation fondée par Otto Reich et Roger Noriega, entre autres membres de l’extrême droite latino-américaine aux Etats-Unis, pour mettre au point des stratégies d’agression contre les pays de l’ALBA.

Cet évènement met en évidence qu’après les élections législatives des Etats-Unis le 2 Novembre dernier, lors desquelles la droite US a atteint une majorité de choc au Congrès, la politique de Washington envers l’Amérique Latine sera beaucoup plus agressive et dangereuse durant les prochains mois.

 Article original : Congreso de Estados Unidos patrocina evento contra países de la ALBA

 http://centrodealerta.org/noticias/ traduction française LE GRAND SOIR

mise en page comaguer@orange.fr   (http://comaguer.over-blog.com )

 

 

 

 

 

 


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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 21:19

Très modeste  appendice au nouveau livre d’Annie Lacroix-Riz

 «  Le Vatican, l’Europe et le Reich »

 

Un exfiltré français par les voies vaticanes


Le dernier ouvrage d’Annie Lacroix-Riz est monumental  puisqu’il couvre et fait découvrir  un demi-siècle de diplomatie vaticane : de 1914 à  1955.

De ce fait l’épisode le plus connu du soutien du Vatican au III° Reich : celui de l’exfiltration des dignitaires nazis après la défaite  s’inscrit dans un ensemble où les sympathies du Vatican pour le III° Reich s’inscrivent  dans une politique constante de soutien aux empires centraux  (Prusse et Autriche-Hongrie) confortée par une haine féroce de l’URSS et par une méfiance certaine envers  la France « maçonnique ». Entre  les monarchies réactionnaires et les républiques nées d’une révolution le cœur  du Vatican penche toujours du côté des premières

L’exfiltration des dignitaires nazis , militaires , civils, ecclésiastiques , scientifiques  confondus, ainsi que leurs alliés italiens, belges, croates, roumains, hongrois  etc. …a utilisé toutes « les voies impénétrables » de l’Eglise catholique pour leur permettre d’échapper aux poursuites et aux condamnations. Dans une très large mesure la mise à l’abri de ce personnel  s’est faite dans la lointaine et très catholique Argentine gouvernée à l’époque par un Perón qui ne cachait ses sympathies ni pour Mussolini ni pour Hitler.

La « filière argentine » a été magistralement décrite par un essayiste argentin UKI GONI dans son livre publié  en 2002 sous le titre, inspiré du nom de code – ODESSA -  qui avait été donné au système des exfiltrations mis en place à partir de 1946 : « THE REAL ODESSA ». L’ouvrage n’a malheureusement pas été traduit en français.

La filière argentine a aussi concerné la France collaborationniste.  Du côté des organisateurs de la filière UKI GONI mentionne les noms de GEORGES GUILBAUD, proche de LAVAL de CHARLES LESCA, tous deux criminels de guerre  et du cardinal TISSERANT en poste au Vatican.

Il ne mentionne pas un autre criminel de guerre français qui a aussi rejoint l’Argentine à cette époque : SIMON  SABIANI.

Le personnage est connu. Militant communiste dés la fondation du PCF au Congrès de Tours, il va dériver progressivement vers la droite, s’accoquiner avec la pègre, gouverner Marseille en tant que premier adjoint d’un maire falot de 1929 à 1935 et se retrouver parmi les dirigeants nationaux du PPF dès sa création par DORIOT en 1936. Pendant l’occupation il collabore activement avec l’occupant et devra prendre la fuite sitôt les armées alliées débarquées en Provence  en Aout 1944. Il se replie progressivement vers l’Allemagne avec le groupe dirigeant du PPF qui s’installe en Allemagne  à Sigmaringen.

Le 22 Février 1945 la voiture de DORIOT est mitraillée par deux avions volant en basse altitude. Le leader du PPF meurt et c’est la débandade dans son entourage. A partir de ce moment là la biographie de SABIANI devient lacunaire et JEAN VAUCORET  l’auteur de la thèse de III° cycle d’histoire qu’il lui a consacré en 1979 avoue qu’il ne dispose que des informations fournies par la famille trente ans plus tard alors même que Sabiani  après s’être séparé volontairement de sa famille à Sigmaringen la reverra  en 1946 à Rome et qu’elle ne devait pas ignorer comment il était arrivé là . VAUCORET ne s’attarde pas sur cette question alors que  la contribution du Vatican au sauvetage des criminels de guerre nazis avait été posée au grand public européen dés 1963 par la pièce « Le Vicaire » de l’écrivain allemand Rolf Hochhut. Elle suscita de vives controverses et  VAUCORET ne pouvait pas l’ignorer.

En 1991 un journaliste marseillais Jean Baptiste Nicolai publiera une biographie de Sabiani  mais sur la période de la fuite en Argentine il se contente de recopier mot à mot  et sans le dire le texte du chapitre correspondant de la thèse.

Que retenir de consistant dans ce travail inabouti et qui ne mentionne  pas non plus que SABIANI est, après la libération, condamné  deux fois à mort comme criminel de guerre ?

 Résumons  cependant  (les passages en italique sont extraits de la thèse sus mentionnée)

Sabiani rejoint l’Italie  il « arrive à Florence  en compagnie de DEAT » « En 1946 sa fille Dora reçoit une lettre expédiée de Livourne. Ayant rétabli le contact avec les siens, il tente de retrouve sa femme et sa fille Agathe, qui se trouvent elles aussi en Italie. Les retrouvailles ont lieu un an plus tard à Rome  ou, plus précisément, dans la banlieue romaine dans la propriété du Prince LANCELLOTTI  où Sabiani réside jusqu’en Septembre 1946 ». De  rapides recherches sur la famille LACELLOTTI la situent  comme une  riche famille aristocratique ayant produit un Cardinal au 16° siècle, propriétaire d’un palais sur une des plus belles places de Rome, la Piazza Navona, et selon un document du Partito Radicale italien de 1956 très gros propriétaire foncier dans Rome. Mais, poursuit la thèse : « A cette date, Sabiani quitte le domaine du prince pour se réfugier dans un couvent prés du Vatican. En effet la police française ayant retrouvé sa trace, le neveu du prince LANCELLOTTI qui occupe un poste important au Ministère de l’Intérieur, le prévient à temps. Jusqu’en décembre 1946, il demeure caché dans un couvent de religieuses tenu par Sœur Augustine et Sœur Marguerite (sœur visitatrice de Rome). C’est grâce au Vatican que Sabiani pourra quitter l’Italie  où le danger d’être reconnu et arrêté augmente chaque jour. C’est sous le nom de Pedro Multedo que le 11 Janvier 1947 Sabiani quitte Rome à destination de Buenos Aires. »

Tous les éléments de la filière vaticano-argentine sont bien là  réunis mais la thèse se tient soigneusement à distance de toute recherche d’explication.

Sabiani  avec son passeport italien au nom de Multedo reste à Buenos Aires où « avec Palevsky et quelques oustachis il entretient des relations suivies »  jusqu’en 1954.  Les criminels de guerre condamnés à la Libération ayant été amnistiés en 1951, il s’installe à Barcelone où ses amis français pourront lui rendre plus facilement visite et où, d’après  le livre de l’historien Paul Jankowski , professeur à Stanford  dans son livre « Communism and collaboration – Simon Sabiani  and politics in Marseille 1919-1944, il retrouve le fils du gangster marseillais Carbone et Maurice-Yvan Sicard animateur du journal antisémite L’émancipation nationale .

Il  y meurt le 29 septembre 1956. Ce jour là, la radio franquiste interrompt ses émissions pour l’annoncer  et pour révéler que PEDRO MULTEDO est en vérité SIMON SABIANI : «  c’était notre ami et notre camarade ; il déploya dans la lutte contre le communisme l’activité la plus énergique. Son rôle fut particulièrement important entre 1936 et 1938.  Quand, au péril de sa vie, il empêcha à plusieurs reprises l’acheminement vers l’Espagne des renforts en hommes, en armes et en matériel que le front populaire de France envoyait à son homologue espagnol.»

 

 

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