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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 11:41

PSYCHIATRIE ET POLITIQUE

POST-SCRITUM COLOMBIEN A L’ANNEE FANON

 

Comme un post-scriptum à l’année FANON, nous publions ce texte très éclairant d’un journaliste colombien qui décrit bien  la pathologie mentale collective dont soufre la nation colombienne, aux prises depuis des décennies avec une violence d’Etat qui a de longs antécédents et présente, mutatis mutandis, tous les caractères d’une violence coloniale  comme l’a décrite FANON, violence destructrice pour le colonisé et aliénante pour le colonisateur.

Cette violence soutenue sans discontinuer par l’impérialisme US a conduit inexorablement à une riposte armée : la guérilla.

L’omniprésence et la quotidienneté de l’assassinat, arbitraire, impuni, enraciné profondément dans les mœurs, fait du choix de la lutte armée la voie étroite et unique vers une  mort digne, préalable nécessaire au renversement d’un pouvoir pathogène.

La Guerre comme identité et la mort autour

Juan Alberto Sánchez Marín

27-12-2011

Traduction COMAGUER

La Colombie a vécu dans la guerre avant d'être elle-même. Une réalité qui perdure  et s’est insérée totalement dans l’imaginaire et les structures mentales  des habitants. Qu’elle s’appelle Grande Colombie, Nouvelle Grenade, Confédération Grenadine, Etats-Unis de Colombie ou République de Colombie, la guerre est présente dans la langue des présidents comme dans celle des paysans, dans le désir, dans la mémoire, dans la peur, dans l’obsession. Les uns ou les autres  de ces sentiments générés ou obtenus selon le bord qui les utilise: pour les puissants, par le mélange et la manipulation des faits, pour les humiliés et les offensés dans  l’épreuve du gavage.

Le président Juan Manuel Santos, incarnation de l'euphémisme « cachaco » (NDT : argotique  pour désigner les habitants de Bogota)  parle de la paix comme de quelque chose d’aimable  et de possible (1). Tous ses prédécesseurs l'ont fait. Depuis avant la Patria Boba  (NDT : mot à mot « patrie stupide » allusion à la période confuse des débuts de l’indépendance de la Colombie de 1810 à 1816), jusqu'à aujourd’hui, au cours de la prospérité envahissante et absurde que nous subissons, il ne s‘est passé autre chose que pour de courtes périodes. La Colombie est un pays plein de guerriers qui se croient pacifiques et de méchants  qui le sont par la grâce de Dieu. Personne ne  s’accepte, nous refusons ce que nous savons que nous sommes.

Dans le jardin traversé par trois Cordillères et baigné par deux océans, la haine pousse en terre fertile et  toujours  bourgeonne  la  vengeance. Et les raisons de poursuivre le cycle de la mort ne manquent pas d’être renouvelées chaque jour.

Un panorama difficile, bâti sur des mensonges, des amnisties, des repentirs, des arrangements avec le ciel. Autant de justifications et d’absolutions  pour continuer  le massacre sans mal de tête, sans  tremblement des mains. Destin fatal qui nous donne la tranquillité du devoir accompli.

Quand quelqu’un  parle  sérieusement on sait qu'il est un traitre, un   brillant tricheur, ou peut être digne de Popeye, ou redondant, ou le contraire, mais pas correct  et jamais sincère. Qui rit  bientôt reposera rigide, l'heureux ne peut être pris au sérieux, il provoque l'envie. L’ambiguïté est une  certitude.  C'est un conte du « mamagallismo » (NDT : expression populaire rendue célèbre par Gabriel Garcia Marquez dans Cent ans de solitude et qui désigne une attitude de plaisanterie cynique). Réflexion médiocre de pistoleros  aigris.

Les généraux veulent  et demandent la guerre pour  faire carrière et se sentir utiles. La justice militaire leur confère une certaine   irresponsabilité ; l'État camoufle ainsi les assassins à sa solde dans le cadre institutionnel, les exécutions extrajudiciaires deviennent des racontars d’adversaires

Les monseigneurs, les conservateurs et les champions de la droite catholique profanent, à ces hauteurs, les corps, les temples de Dieu des croyants simplets : ils refusent  l'avortement, interdisent  l'utilisation de contraceptifs. Ils continuent de condamner les femmes au  blâme et au bucher. Ils sont nostalgiques de L'Inquisition, mais ils s'efforcent de faire des lois qui purgent comme le feu. Leurs saintes croisades ne manquent  pas  d’être des violences déshonorantes.

Une société pourrie qui regarde comme des malades ceux  qui ont des goûts différents, ludiques, sexuels, ou de ceux que la moyenne amorphe  de la population voit ou ressent comme différents : toutes  options de la personnalité qui ne correspondent pas à ses maximes  en latin de cuisine excluantes. Et ceux qui accusent sont les mêmes que ceux dont l'âme pourrit  à l'intérieur, eunuques de la psyché, pédophiles, violeurs, ceux que protège l’esprit de corps clérical.

Les enfants, qui ont toujours été les victimes dans les zones rurales, les  bidonvilles ou les villages, maintenant tombent également dans les rues des centres-villes ou à l'intérieur des maisons, moins par balles perdues que par tir dispersé délibéré. Parce qu'il n’y a pas de balles perdues ni de fin dans cette guerre sans calendrier qui est la vie quotidienne d'un pays sanglant, assoiffé de cadavres et de sépultures.

L'ange gardien ne protège personne. Et les anges déchus ne sont ni  pardonnés ni oubliés, bien qu'on  soutienne toujours le contraire. Sans honnêteté, sans vérité, il y a seulement des ressentiments impuissants et croissants. La mémoire n'est pas une table rase, encore moins avec les bourreaux qui  sur le devant de la scène rient aux éclats

La Sécurité Démocratique, un autre nom de guerre inventé par le créole tardif Pablo Morillo ( NDT : l’auteur compare l’ancien Président Uribe au général espagnol Pablo Morillo qui conduisit pour la Couronne d’Espagne la reconquête de la Colombie à partir de 1815) que voulut être le Pacificateur Alvaro Uribe, fut en réalité une mer d’insécurité sinistre, ouvertement fasciste, pendant  laquelle on  poursuivit et on assassina ceux qui contrarièrent les objectifs annoncés.

La guerre très  guerrière  est partout et dans tous les domaines. Chaque secteur, chaque strate, chaque colombien, fournit ce qu’il peut : le riche souffle le feu, le militaire vise  et tire il donne des coups de matraque, le journaliste attise, la mère conditionne à  l'obéissance, le miséreux  vote en échange d’une brique, le bigot  prêche la patience, le  banquier est présent dans chaque caissier, le voyou  croit voler l’installé ,le tueur  tue et tue encore, le  juge donne la maison ou la rue  comme  prison.

Les législateurs  violent leurs règles et ceux qui ne le font pas labourent  le désert du lever au coucher du soleil  Les juges sont aveugles et vénaux et ce sont  eux qui restent  vivants le lendemain matin. Les partis politiques, sans exception, se mordent la queue de rage quand ils perdent, et ceux qui ne le font pas, se détruisent les entrailles d’envie  lorsqu'ils gagnent. Dirigeants, nationaux, régionaux ou locaux, se trahissent  en démantelant  les services publics, et ceux qui ne le font pas n’existent pas.

La terreur passe  par des choses stupides qui nous émeuvent, comme le football ou la mauvaise musique que nous chantonnons comme le « vallenato » ou la « guascarrilera » (NDT : deux styles de musique populaire), sans laisser de côté les amours malheureux  et les amis maltraités.

Certains ont eu recours  à  l'enlèvement comme une manière ironique de survivre. D'autres ont décidé de détruire le pays à coup de tronçonneuses, avec le consentement et la tape sur l'épaule convenus. Nous avons tous  escaladé  le futur, perchés  sur  des machettes et des fusils.

Dans un lieu où la guerre séduit et où  la paix désoriente, comment celui qui a prêché la conciliation ou le tendre qui parle de la justice sociale peut-il ne pas être déshonoré ? L'inégalité est nécessaire, la faim est appropriée. La désorganisation de l'Etat organise  la coexistence dans la catastrophe.

Et  la guerre est magnifique et spectaculaire à la  TV ou à la radio. Souriante, aseptique, étrange, lointaine. S'il y a la guerre, on ne le sent pas ; s'il y a conflit, ce n'est pas le nôtre. La caméra ou le microphone refroidissent  un massacre comme ils veulent, mais ils réchauffent  le ressentiment quand il convient. Parce que, comme celle  du sculpteur de La Fontaine, l'âme du colombien est de glace pour la  vérité et de feu pour le mensonge (2).

Fascinés  par la tromperie, nous croyons que la guerre est bonne, nécessaire et mène à la paix. Mais cet espoir nous importe peu  parce que le scénario de la  guerre se maintient intact. Un blanc heureusement mobile, éthéré, qui dépasse les budgets, perpétue le pouvoir, choisit les dirigeants, maintient les choses comme elles sont : en haut ceux  qui prospèrent en bas ceux qui souffrent, au milieu les fils  mystérieux de la domination.

Ici, la certitude de la paix  effraie. État, gouvernements, dirigeants, industriels, grandes entreprises, banquiers et autres puissants aspirent à ce que les exclus, les pauvres et les inutiles du système reposent en paix dès que possible. Afin qu'ils parviennent à une  vie meilleure avec une  santé non donnée, une aide non fournie, des maisons qui se démolissent  ou ne se construisent  pas, une  faim qui tenaille, une ignorance qu’ils favorisent. Et, bien entendu, s’ils résistent à ces tourments, ce sont les armes israéliennes  ou gringas et leurs utilisateurs diligents  comme le SMAD (3), le DAS ou son remplaçant, le DNI (4), les groupes GAULA (5), pour n'en nommer que quelques-uns.

La guerre est noble. Comment ne le serait-elle  pas, si sous les bombes le  pays renait et si  nous approuvons ainsi l'identité d’une nation qui nous distingue des autres ? Si la mort de milliers d’anonymes permet de fabriquer  autant de patronymes  laïcs et des héritiers  sans fin ! La Mort en Colombie n'est pas un mal nécessaire, c'est un bien planifié, exécuté et béni par les mêmes héros, patriarches et patriotes que nous fabriquons  et qui maintenant s’avancent en  quête désespérée d’un piédestal. Des Frankenstein galonnés, des pygmalions cravatés, des patrons narcos, des assassins à chapelets de plomb.

Un modèle  que reproduisent  l'histoire, les médias, les classes et les élites qui nous abrutissent, l'éducation du berceau à  la tombe. Il faut donner des miettes comme  aumônes. Ou aller contre nous-mêmes, pour être saufs  et récupérer le fils corrompu, le frère criminel, le père mafieux, l’ami politique, celui-là Uribiste celui-ci  Santista ou le superego avec le croisé Ordóñez (6). Des torrents de larmes chez  les violents, parce qu’aucun acte  contre quelqu’un ne peut être  ni pacifique ni désintéressé, moins encore quand les cris sont rageurs, payés, factices.

S'il y a la lune, il ya plus de lunatiques ; s'il fait  soleil, ils sont dans l’ombre. Guerriers déments avec le  sang en ébullition dans des artères qui déjà explosent. Comme dans « La maison du procès », de Wilde, ils ne pourront jamais nous envoyer en enfer parce que nous y vivons déjà. Et le seul paradis imaginé est une douce vengeance (7).

Les personnes déplacées, sans voix ni vote, fuient des terres dont  on les a dépouillées et campent dans l’attente d’une éviction officielle. Les enquêtes  trainent. Les propriétaires mentent. Les  statistiques trompent. Le chœur est unanime, tandis que les autorités exhument  d’anciennes victimes, les plaignants écartent les récentes.

Silvio Rodriguez, chanteur cubain, affirme que la mort avance en secret (8). C’est ailleurs . Ici la mort hurle, son ronflement fait trembler d'un bout à l'autre et son visage apparait  dans les champs et dans les villes, à tout moment. Bien que le résultat soit le même, personne ne l’entend, personne ne la voit, personne ne la regarde en face  jusqu'à ce que ce qui devait arriver arrive et qu’on tombe poignardé. Parce que nous allons tous voler en éclat  pour  que les maitres  de l'un des pays  les plus méchants et les plus malheureux de la planète puissent  continuer à exister dans leur impudence. Et personne ne nous sauve d' entre les morts (9).

 

NOTES :

(1) Mots du président Juan Manuel Santos à la marche pour la liberté des otages. Villeta, Cundinamarca, 6 décembre 2011. Site Web de la présidence de la République. http://bit.ly/sRQasO

(2) "Le sculpteur et la statue de Jupiter," "Fables" de Jean de La Fontaine.

(3) Escadron mobile antiémeutes de la police nationale colombienne.

(4) Département Administratif du Ministère de la sécurité, dépendant de l'Agence de renseignement du président. Par l’associer  avec l'espionnage et la poursuite  des opposants et des juges, le corps a été remplacé par la Direction nationale du renseignement.

(5) Groupes d'action unifiée par la liberté personnelle, appartenant à l'armée.

(6) Alejandro Ordonez Maldonado, procureur général de la nation, le champion de l'extrême-droite colombienne  qui  se distingue par ses croisades catholique et moralistes.

(7) "Poèmes en prose", par Oscar Wilde. Éd. Bibliothèque  Virtuelle Miguel de Cervantès. Madrid, 1999.

(8) Chanson: « Testament », album: « Queue d'un nuage », Silvio Rodriguez.

(9) Référence à "Sueurs froides: d' entre les morts" (« Vertigo » ou "D’entre les morts "), d’Alfred Hitchcock, basé sur le roman du même nom de Pierre Boileau et Thomas Narcejac (1954).

 

 

 

 

 

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 09:16
L’UKRAINE NAUFRAGEE
Les sondages d’opinion réalisés ces dernières années dans les anciennes républiques soviétiques font régulièrement apparaitre une forte nostalgie populaire de la période socialiste.
Le discours présenté par le délégué ukrainien au congrès de la Fédération syndicale mondiale tenu à Athènes en 2011 * démontre s’il en était besoin que les lendemains capitalistes de la disparition de l’URSS ne sont pas remplis de chants d’allégresse.
Mais les médias occidentaux et les autorités de l’Union Européenne qui ont tout fait depuis vingt ans pour soustraire l’Ukraine à l’influence russe s’intéressent beaucoup plus au sort de Mme TIMOSHENKO , passionaria de la « révolution orange » , et ancienne premier Ministre, aujourd’hui condamnée et emprisonnée pur divers trafics financiers juteux auxquels elle s’est livrée dans la période où s’effondrait l’économie ukrainienne. Qu’elle soit victime de règlement de comptes entre les diverses cliques de nouveaux riches qui se partagent le patrimoine ukrainien ne la disculpe en rien et les gouvernements capitalistes qui la défendent le font uniquement pour sauver le petit groupe social de parvenus corrompus qu’ils ont contribué à mettre en place.
 
Le discours a été traduit et publié par le mensuel NOUVELLES D’URSS dans son n° de Janvier-Février 2012.
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CE QUE LE CAPITALISME A APPORTE À L'UKRAINE
Nous citons en abrégé le rapport du camarade P. V. Tichtchenko, président de la «Kharkovienne laborieuse», au 16e Congrès de la Fédération syndicale Mondiale (F.S.M.) qui s'est tenu en Avril à Athènes (Grèce)
Article publié dans le journal ukrainien «Rabotche- krestyyanskaya pravda», N° 6 (171), 2011
 
Chers camarades!
Je vous salue, courageux combattants de la cause de la classe ouvrière! Je suis monté à cette tribune en tant que représentant de l'Ukraine, l'une des républiques de l'Union soviétique pour vous raconter ce par quoi le peuple ukrainien a payé l'effondrement de l'Union soviétique et la restauration du capitalisme en Ukraine, tout comme dans les autres républiques de l'U.R.S.S.
Cela fait vingt ans que se poursuit l'anéantissement ciblé de tout ce qui a été construit et créé durant les années du socialisme. Sous prétexte de retrouver le propriétaire effectif, il a été procédé à la privatisation, surnommée dans le peuple «prikhvatisatsiya »
(« prikhvatisatsiya »  il s'agit d'un paronyme de 'privatisatsiya' de création populaire, le verbe russe 'prikhavatit' signifiant 'prendre pour soi, accaparer, s'approprier'. N.d.T. )
ce qui est un acte cynique et éhonté sans équivalent dans le monde, à la suite de quoi 27 familles ont reçu en toute propriété la plus grande partie des richesses créées par des générations de Soviétiques et appartenant à l'ensemble du peuple. Ce que ces requins n'ont pas pu avaler en bloc des rapaces l'ont englouti en petits morceaux. Le peuple a été trompé et pillé. Quant à l'énorme part du potentiel économique, technique et intellectuel, elle a été perdue ou dilapidée.
Ce n'est pas un hasard si, au bout de vingt ans, l'Ukraine n'a même pas encore pu retrouver son niveau de produit intérieur brut de 1990. Il n’était, en 2010, que de 63 p. 100 du résultat le plus élevé de l'époque du socialisme ! Il ne pouvait pas en être autrement si, durant toutes ces années, le pouvoir vénal, malgré sa couleur politique et son nom, a, comme il s'est en suivi anéanti les forces productives du pays pour complaire au capital étranger. Des milliers d'entreprises ont été détruites, 12 millions d'emplois ont été perdus.
Rien que dans l'oblast de Kharkov, selon les données statistiques, au cours de la période de 1996 à 2008, 1879 entreprises ont été déclarées en faillite et liquidées. En deux ans, encore environ 200 entreprises ont été liquidées, dont l'usine ~appareillage électrique» qui, à l'époque soviétique, employait 15000 ouvriers. Encore quelques entreprises d'État sont menacées d'anéantissement: l'usine «Chevtchenko», l'Usine électromécanique de Kharkov (sigle russe: KhemZ), l'usine Proton, puis l'usine «Malichev » (où travaillaient 70000 ouvriers, alors qu'il n'en reste plus que 4000 aujourd’hui), l'usine d'aviation de Kharkov (sigle russe: KhaZ, qui produisait deux avions par mois et n'en a produit que quatre au cours des six dernières années). C'est précisément dans ces entreprises que se trouvent les plus fortes dettes de salaires. Ainsi, 27 millions de ghrivnyas sont dus aux chevtchekoviens, 31 millions aux avionneurs, 20 millions aux maltchéviens. L'usine KhTZ (usine de tracteurs), qui produisait plus de 50000 tracteurs par an et employait 40 000 ouvriers, en sort aujourd'hui par an autant qu'elle sortait par semaine en 1932, soit de 500 à 600 unités!! Il n'y reste plus que 3900 ouvriers. Les ouvriers de l'usine «Chevtchenko» qui restent encore à l'entreprise (1800 sur 22000 en 1990) ont été obligés, soutenus par les militants des organisations sociales «Kharkovienne laborieuse» et Union panukrainienne des ouvriers (sigle russe: VSR), de mener les 21 et 22 mars une action de protestation avec barrage de la chaussée de la rue suivie d'une marche à travers tout Kharkov jusqu'au bâtiment de l'Administration oblastale avec comme revendication le paiement des dettes de salaires et la garantie des emplois.
 
LES CHEVTCHEKOVIENS FONT GRÈVE
Mais comme le chef de l'Administration ne sortait pas voir les ouvriers, les ouvriers ont été obligés de se rendre eux-mêmes à l'Administration. C'est alors que trois officiers généraux de la milice ont tenté de m'arrêter comme organisateur de l'action. En vain! Des femmes, ouvrières de l'usine, se sont cramponnées avec tant d'obstination à ces officiers que j'en étais arrivé à avoir bien peur pour leurs pattes d'épaule. Les femmes sont en fait une bien puissante force ! Le pouvoir a été obligé de s'occuper de résoudre les problèmes du personnel de cette entreprise.
Les processus de destruction ont touché pratiquement tout l'est industriel de l'Ukraine. La ville de Makéyevka, autrefois contre industriel du Donbass, s'est transformée en une petite ville de province, en un trou perdu. Ces dernières années, ont été anéantis: 20 des 30 mines de charbon, le combinat de cotonnades, l'usine «Scytche», l'usine de structures de béton armé, la fonderie de tuyaux, la verrerie; au combinat métallurgique qui fonctionne encore, il ne reste plus que 1500 ouvriers sur les 20 000 de 1991. Il n’y a rien d’étonnant au fait que, sur les 720000 habitants de Makéyevka en 1991, il n'en reste plus aujourd’hui que 380000.
Ville de Kramatorsk, oblast de Donets. Ont été anéanties les usines suivantes: Atfa (qui fabriquait de l'appareillage laser pour la médecine et la défense), « Konditsionère» (« Climatiseur»), le groupement des deux entreprises industrielles (trust) «Donmachstroï» et «Kramjilstroï». À l'usine de constructions mécaniques lourdes de Kramatorsk, le nombre de travailleurs est passé de 7000 à 800 et à l'usine de constructions mécaniques de Novokramatorsk (qui construisait des trains de laminoir, des excavateurs marchants et autres), il est passé de 34000 à 14000. C'est la même situation dans les autres entreprises de 1'0'blaste. Ont été fermées les entreprises suivantes: le Combinat de matériel chimique de Slavyansk, l'Usine de soude de Sla'l7ansk, les cokeries ont été partagées en plusieurs parties. Il est prévu de fermer plus de 100 mines en tout dans l'oblast. Au péril de leur vie, les ouvriers extraient le charbon en abattage à ciel ouvert organisé de façon criminelle sans autorisation. Ce genre de situation avait cours à la fin du XIXe s. Le nombre de chômeurs est officiellement estimée à 40000 personnes, mais, selon des données ~ officielles, il serait de 200000 personnes.
Dans l'oblast de Lougansk, sur 92 mines de charbon en 1990, il n'en reste plus que 38. La raffinerie de pétrole de «Linosse» et l'Usine de construction de locomotives Diesel de Lougansk sont arrêtées et ne travaillent plus.
C'est la même situation dans l'oblast de Dniépropétrovsk. Ici aussi, les constructions mécaniques sont en voie d'anéantissement. L'usine de matériel minier a cessé d'exister, Youjmach», qui produisait les meilleures fusées du monde et sur les fusées porteuses duquel on met encore jusqu'à présent sur orbite des satellites et des vaisseaux cosmiques, a réduit ses effectifs de sept fois, tandis que le nombre d'ouvriers de «Dnépropress» a été réduit de neuf fois. Dans les entreprises qui travaillent encore, on introduit le système contractuel pour l'embauche au trav.ail, ce qui rend le travailleur sans défense face au patron.
La situation n'est pas non plus meilleure dans la capitale. Les usines « Bolchévik» et « Arsénal» luttent pour leur survie. Kiev, qui a également été un centre industriel, s'est transformé en une ville de bureaux.
Nombre des usines qui travaillent encore sont incapables d'assurer des conditions de travail acceptables à leurs travailleurs. Ainsi, dans le froid hivernal, les ouvriers d'usines telles que l'usine de tracteurs de Kharkov et l'usine « Malichev» sont obligés d’allumer des feux de bois dans les ateliers pour réchauffer un peu les locaux et l'outillage.
Mais l'anéantissement touche non seulement les entreprises qui travaillent pour l'énergétique et ont travaillé pour le département de la Défense, mais également celles des autres domaines comme les constructions mécaniques, la microélectronique …
Mais n'est-il pas monstrueux que dans un pays ayant de tels tchernozioms (note Comaguer : les faneuses terres noires ukrainiennes à la fertilité exceptionnelle), (30 p. 100 des réserves mondiales), ayant de telles possibilités pour l'agriculture, on anéantisse les constructions de machines agricoles? Ont cessé d'exister: l'usine de châssis automoteurs de tracteurs de Kharkov produisant 100000 tracteurs par an, l'Usine «Faucille et Marteau» qui produisait des moteurs pour engins agricoles à raison de 50000 par an, l'usine de moteurs de tracteurs de Kharkov.
Le président criminel L. Koutchma a, par ses oukases, détruit les kolkhozes, ce que même Hitler n'avait pas osé faire, portant ainsi un coup gigantesque à la production agricole et à toute l'infrastructure agricole. A titre d'exemple, selon les données de la direction des statistiques de l'oblast de Kharkov, le cheptel bovin a été réduit plus que dans les années de l'occupation fasciste:
-- en 1990, le cheptel bovin s'élevait pour l'oblast à 1 million 203 000 têtes et, en 2009 à 101400 têtes: chute de 11,8 fois;
-- en 1990. le cheptel de vaches était de 311 900 têtes et, en 2009, de 40000 têtes: chute de 9,2 fois;
-- la production de lait était, en 1990, de 10299 000 quintaux et, en 2009, de 1 683000 quintaux: chute de 6 fois.
Les nouveaux propriétaires «effectifs» ayant rejeté les méthodes scientifiques de gestion de l'économie agricole, la rotation des cultures, cultiv.ent le blé, le tournesol, le maïs, le colza pour l'exportation et préparent le golodomor au peuple. Des types de produits comme la viande, les légumes, le sucre, l'Ukraine les achète à l'étranger, alors que sous le socialisme, elle les produisait en quantité suffisante pour sa propre consommation et pour les autres républiques de l'U.R.S.S. À titre d'exemple, le sucre, il en était produit 6,5 millions de tonnes par an et il n'en est plus produit aujourd'hui que 1,5 million de tonnes. Ce qui peut être le point final dans la question de l'anéantissement de la production agricole, c'est la mise en marche planifiée par le pouvoir du mécanisme de vente de la terre d'intérêt agricole, y compris à des ploutocrates étrangers, ce qui constitue le crime le plus monstrueux à l'égard des générations actuelles et futures d'Ukrainiens.
Mais une illégalité encore plus grande, aussi bien en ville qu'à la campagne, se produit avec ledit secteur parallèle. De l'aveu même des dirigeants de l'Etat, plus de la moitié de tous les moyens financiers sont générés dans le secteur parallèle de l'économie. Par conséquent, à peu près la même quantité de ceux qui travaillent dans ce secteur est pratiquement privée de tous moyens de détense. Ils ne sont pas officiellement enregistrés comme occupant un emploi et leur ancienneté au travail n'est pas prise en compte, ils n'ont pas droit à des congés payés, on ne leur rembourse pas leurs feuilles de maladie. En cas d'accident du travail ou autre, ils ne perçoivent pas d'allocations, ils ne touchent pas leurs salaires de façon artificielle et il n'en est pas tenu compte pour le calcul de leur retraite et autres fonds. Il ne peut même pas être question de syndicat pour eux. C'est-à dire qu’en Ukraine, il y a des ouvriers qui, dans leur propre pays, sont au même régime de droit, que les clandestins. Vaut-il la peine de s'étonner que durant les années qui ont suivi la récupération de ladite indépendance, la population se soit réduite de 6 millions d'habitants?
Ce qui a été le résultat des réformes capitalistes, c'est que l'Ukraine occupe l'avant-dernière place en Europe pour son niveau de vie. Le gouvernement n'a d'argent ni pour la médecine, ni pour l'instruction et la science, ni pour l'armée, ni pour la construction de logements, ni pour la gestion communale des immeubles d'habitation, ni pour le sport et l'art. Il n'a pas non plus d'argent pour les retraites, pour les allocations sociales, pour l'augmentation des salaires et des allocations. Mais il y avait de l'argent pour tout cela en Ukraine soviétique.
Dans les conditions du capitalisme, les syndicats officiels n'ont même pas acquis la combattivité nécessaire pour détendre les intérêts de l'homme qui travaille, c'est pourquoi ils «font le jeu» du patron ou du dirigeant de l'entreprise et deviennent de ce fait les complices de l'anéantissement de leur entreprise. On peut compter sur les doigts d'une main les manifestations d'ouvriers organisées par les syndicats. Aujourd'hui, le président de la FPU* est en même temps député du Parti des régions, le parti au pouvoir, à la Rada supérieure de l'Ukraine. Dans de telles conditions, il ne faut pas s'attendre à une intensification de l'action des syndicats.
* FPU, -- sigle russe de la fédération des syndicats d'Ukraine qui est un syndicat jaune, le seul à être officiellement agréé par le pouvoir bourgeois. (N.d.T.)
Les manifestations d'entrepreneurs contre le Code des impôts, des médecins pour des salaires dignes de leur qualification et autres qui ont eu lieu cette année ne sont pas à mettre au crédit du syndicat qui sert le pouvoir actuel. Il y a déjà longtemps que le syndicat a cessé d'être l'interprète et le défenseur des intérêts du peuple laborieux. S'il ne modifie pas sa politique, le syndicat va se retrouver sans adhérents qui quitteront cette organisation. Mais pour le moment, le syndicat vit en parasite sur sa position dominante, percev.ant par contrainte les cotisations des simples membres du syndicat.
Là où il n'a pas été mis en place de syndicat officiel, il s'en constitue d'indépendants, mais i1s se trouvent également souvent sous le contrô1e de tel ou tel parti politique bourgeois. Le rôle de défenseurs des travailleurs, ce sont les ouvriers eux-mêmes qui sont obligés de le prendre sur eux en se regroupant dans des organisations sociales. Quelques unes d'entre elles sont la Kharkovienne laborieuse et l'Union panukrainienne des ouvriers (U.P.O.; sigle russe: YSR).
Les actuels détenteurs du pouvoir sont, semble-t-il fort peu inventifs. Autrement, que penser de la réforme des retraites qu'11s préparent sur injonction du P.M.I., retardant l'âge de dé part à la retraite et dispensant l’Etat de son obligation de garantir son paiement ? (Ils introduisent un système de capitalisation auquel de nombreux Etats renoncent.)
Autrement, comment doit-on considérer le Code du travail qui accentue l'exploitation impitoyable des travailleurs par l'allongement de la durée du temps de travail et par la suppression de ce qui restait du droit des travailleurs de se défendre contre l'arbitraire de l'employeur qui peut licencier un ouvrier sans l'accord du syndicat ? Comment doit-on considérer le Code du logement que prépare le gouvernement, aux termes duquel les prix et les tarifs vont grimper en flèche, les amendes et les dettes devront être payées sous peine pour les gens de se voir mettre dehors de leur logement que le pouvoir soviétique leur donnait gratuitement Comment le considérer autrement que comme un code satanique?
Depuis 1992, l'Ukraine se trouve enserrée dans l'étau du F.M.I. et danse docilement au son des mirlitons du capital occidental. Le résultat est que l'Ukraine occupe la honteuse 6e place sur la liste des pays menacés de ruine financière (cessation de paiement) avec une dette extérieure de l'État de 54,6 milliards de dollars et une dette extérieure totale de 111,6 milliards de dollars. Le pouvoir ukrainien semble ne pas savoir qu'il n'est pas un seul Etat au monde qui se soit sorti de sa misère en suiv.ant les recettes du F.M.I., mais est inévitablement tombé dans le nœud coulant de l'endettement endémique de ce monstre financier.
Mais les hordes de politiciens bourgeois qui se sont succédées l'une après l'autre au pouvoir ont tout fait pour suiv.re les recettes du F.M.I., en conséquence de quoi il s'est produit non seulement une aggravation monstrueuse de la vie de la majorité du peuple laborieux, mais en même temps l'anéantissement de la production effective et des forces productives. Il n'est pas un seul Etat au monde qui se soit employé avec un tel acharnement à anéantir ses machines-outils, ses équipements, ses précieuses réserves, son matériel agricole, ses systèmes d'irrigation, livrant tout à la ferraille. Pas un seul État qui ait traité avec tant de dédain le système de formation des ouvriers qualifiés. Il s'est produit un vieillissement catastrophique du personnel des entreprises, le lien naturel entre les générations a été rompu, ce qui est porteur d'énormes problèmes pour l'avenir. On a nettement l'impression que, par la volonté de quelqu'un, on assiste à l'anéantissement de la classe ouvrière, et en plus, pour toujours. D'ailleurs, ils ne s'en cachent même pas. En 2000 déjà, prenant la parole à la Rada supérieure de l’Ukraine, le président du Sénat de France s'est permis de «définir» quelles étaient, selon lui, les - priorités pour l'Ukraine: métallurgie, chimie, agriculture. Tout le reste, de l'avis des brasseurs d'affaires de l'impérialisme international, 1''Ukraine n'en a nul besoin. Et encore, les dirigeants reptants de l'Ukraine ont, en 20 ans, largement surpassé toutes les attentes des firmes transnationales (les F.T.N.) et de l'impérialisme international dans la question de l'anéantissement de tout le potentiel économique de l'Ukraine. Il convient, il est vrai, de mentionner que, cela étant, la classe des bourgeois, qui a grandi durant ces 20 ans, ne s'est pas oubliée. Aujourd’hui, de nombreux représentants de cette gent pique-assiette sont devenus des milliardaires et font partie des individus les plus riches du monde. Il se peut qu'il n'y ait pas d'autres pays en Europe où le rapport du revenu entre les plus pauvres et les plus riches soit si criant: 1/40 à 1/60.
«Rendez tout, cela ne vous appartient pas»
Mais si vous venez à Kiev; vous y verrez les automobiles de luxe d'un coût de 100000 à 1 million de dollars qui sont plus nombreuses que les motocyclettes à Athènes. C'est la bourgeoisie qui a fait l'acquisition de ces voitures de marques étrangères avec l'argent qu'elle a volé aux travailleurs. Mais le temps viendra où nous pourrons lui dire: «Rendes-nous tout cela qui ne vous appartient pas !».
Nous, les représentants du mouvement ouvrier, nous nous en tenons à la théorie marxiste-léniniste d'avant-garde et comprenons parfaitement que l'issue de la crise très grave que traverse l'Ukraine, tout comme la majorité des anciennes républiques de l'U.R.S.S. passe par les transformations révolutionnaires.
Il nous reste encore beaucoup de travail à faire dans le sens de l'organisation du mouvement ouvrier protestataire pour défendre les conquêtes su socialisme, contre l'absence de droits et les abus de pouvoir qui sont devenus monnaie courante dans l'Ukraine contemporaine. L'expérience de nos frères de classe du monde entier, incontestablement, nous aide beaucoup dans notre travail.
Nous avons encore beaucoup de choses à taire.
L'année 2017 approche, qui sera le 100e Anniversaire de la Grande Révolution socialiste d'Octobre, et nous avons toutes les raisons de profiter de l’expérience de nos grands-parents et arrière grands-parents pour réitérer leurs transformations révolutionnaires
Vive le mouvement ouvrier mondial !
Vive l’inéluctable victoire du socialisme sur les ténèbres du capitalisme !
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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 19:26

Chris Floyd est un journaliste étasunien. Il a publié l’an dernier un livre très critique sur les deux mandats de George W. BUSH intitulé « EMPIRE BURLESQUE » et nous avons traduit son texte au moment où le retrait claironné des troupes US d’Irak n’est pas, loin s’en faut, le retrait des Etats-Unis qui  portent l’effectif de leur ambassade à Bagdad à 16 000 personnes, un record mondial , et laissent sur le terrain mercenaires, instructeurs et autres professionnels de la guerre permanente.

 

La guerre sans fin, Amen : La réalité de l'agression de l'Amérique contre l'Irak


Par Chris Floyd  (www.chris-floyd.com)


19 Décembre 2011

 

En Mars 2003 les Etats-Unis d’Amérique ont lancé une action d’agression militaire unilatérale contre une nation qui ne les avait pas attaqués et ne représentait pour eux aucune menace.

Cette action a conduit directement à la mort de centaines de milliers d'innocents. Il a conduit des millions hors de chez eux, et a plongé l'ensemble de la nation conquise dans la souffrance, la peur, la haine et la privation.


Il s'agit de la réalité de ce qui s'est réellement passé en Irak : agression, meurtre, atrocité, ruine. C'est la seule réalité ; il n'y en a pas d'autre. Et ceci a été fait délibérément, sciemment, volontairement. En effet, la structure du pouvoir américain bipartisan a dépensé plus de mille milliards de dollars pour y arriver. C'est un record de sauvagerie indicible, une abomination, une vague du mal moral le plus profond et le plus crasseux.

 

Faites le compte des corps des enfants, des milliers d'enfants--les nouveau-nés, les tout-petits, le les enfants des écoles --dont les corps ont été mis  en morceaux, brûlés vivants ou criblés de balles lors de l'invasion américaine et l'occupation de l'Irak. Alignez les dans le sable du désert, marchez, mile après mile, à côté de tous ces cadavres tordus, de ces morceaux de chair déchiré et des ces viscères suintants, de ces visages pâles, de ces yeux au regard fixé pour toujours sur le néant.


Il s'agit de la réalité de ce qui est arrivé en Irak ; il n'y a aucune autre réalité.


Ces enfants--ces milliers d'enfants--sont morts et seront toujours morts, comme une conséquence directe de cet acte sans raison d'agression militaire lancé et soutenu par la structure du pouvoir américaine. Tuer ces enfants, créer et maintenir des conditions qui ont conduit à l'abattage de ces enfants, était précisément ce que faisaient les forces armées des États-Unis en Irak. Sans l'invasion, sans l'occupation, sans les 1,5 millions de membres de l'armée américaine de bonne volonté  qui ont abdiqué  leur sens  moral pour «simplement  suivre les ordres » et exécuter le programme d'agression de leurs dirigeants, ces enfants ne seraient pas morts—n’auraient  pas été déchiquetés, éviscérés, abattus, brûlés et détruits.


Il s'agit de la réalité de ce qui est arrivé en Irak ; vous ne pouvez pas la changer. C’est ce qui est déjà arrivé ; ce  sera toujours ce qui est arrivé. Vous ne pouvez pas le défaire.


Mais vous pouvez, bien entendu, l'ignorer. C'est la voie choisie par l'écrasante majorité des américains et par l'intégralité de l'élite bipartisane. Cela suppose un degré pathologique de dissociation de la réalité. Ce qui est manifestement là--le mal, la perversion, la culpabilité--ne peut être accepté, et donc il est transformé en son contraire : bonté, triomphe, droiture. Les structures morales de la psyché sont dévorées  par cette dynamique maligne, comme le sont les capacités  de l'esprit à percevoir  et à juger. Ainsi la dépravation et le mal en viennent à paraître plus normaux ; Il devient de plus en plus difficile de se concentrer sur ce qui est vraiment en face de vous, de percevoir de juger  et de se soucier  des conséquences réelles de ce que vous avez fait ou ce qui est fait en votre nom. Détachés de la réalité, vous vous égarez dans un nihilisme sauvage qui enrobe sa rage non dissimulée sa peur et son chaos dans des piétés fatiguées. Et vous dérivez  ainsi de plus en plus  profondément dans le mal et le non-sens, en vous chantant à vous-même sur le chemin des chants de triomphe.


Et donc Barack Obama, le lauréat Nobel de la paix, l'héritier autoproclamé du manteau de Martin Luther King et du Mahatma Gandhi, est allé en Caroline du Nord cette semaine pour déclarer l'acte d'agression en Irak « un exploit extraordinaire ». Il a salué les soldats réunis devant lui pour leur « engagement à remplir votre mission »: la mission de mener une guerre sans provocation d'agression et d'imposer une occupation destructrices de la société qui a conduit directement à la mort de centaines de milliers d'innocents. Ces activités--"tout ce qu’ont fait les troupes américaines en Irak"--a conduit à "ce moment de succès", a-t-il proclamé.


Il a parlé de la souffrance, il a parlé du sacrifice, il a parlé de perte et de douleur durable--mais seulement pour les Américains impliqués dans la guerre d'agression sans provocation et de leurs familles. Il n'a pas dit un mot unique--pas un--sur des milliers et des milliers et des milliers et des milliers et des milliers d'Irakiens tués par cette "mission accomplie," ce "exploit extraordinaire", ce "succès. » Ces êtres humains--ces fils et  ces filles, ces pères, ces mères, ces parents, ces amoureux, ces amis--ne peuvent  être reconnus. Ils ne peuvent pas être perçus. Ce doit être comme si ils n'avaient jamais existé. Ce doit être comme s’ils n’étaient  pas maintenant des morts.


Le divorce avec la  réalité ici est au-delà de toute description. C'est seulement l'omniprésence pour tous de la dissociation qui masque sa folie flagrante et évidente. Il y a quelque chose d'intensément primitif et d’infantile dans la réduction, le nombrilisme, dans l’auto-aveuglement  monomaniaque  de la psyché américaine aujourd'hui. Pensez aux  Grecs anciens, qui ont construit leur pensée et leur vision du monde entier dans un poème épique, l'Iliade, qui dépeint leurs ennemis, les Troyens, avec une sympathie remarquable, avec  compréhension et perspicacité-- tout en montrant leurs propres dirigeants comme une bande de fous peu profonds, chamailleurs, meurtriers. Là résidait une  sophistication morale, une compréhension lucide de la réalité--et un niveau d'empathie pour les êtres humains--bien au-delà de la capacité de la société américaine moderne et infiniment hors de portée des meurtriers imbéciles qui cherchent à la diriger.


La guerre en Irak n'a pas pris fin. Ni pour les morts, ni pour ceux qui leur ont  survécu, ni pour les personnes déplacées, ni pour les blessés, ni pour les disparus, ni pour les malades, ni  pour tous ceux qui vivent dans le pauvre monde dégradé déstabilisé qu’elle a engendré, ni pour les générations futures qui vont vivre avec les conséquences toujours plus profondes de ce mal irrévocable.



 

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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 12:13

Production industrielle Grèce2     Voici trois graphiques  qui se passent presque de commentaires 

 

Le premier représente la production industrielle nationale. Il démontre que l'effondrement du pouvoir d'achat des habitants , que leur salaire ou leur retraite diminue ou qu'ils soient chômeurs se répercute trés rapidement sur l'activité des industries.

 

   Le second représente l'évolution du PIB grec et fait apparaitre que la Grèce a pris de plein fouet la crise financière de 2008-2009   donc une  crise globale  du systéme dont elle est une des victimes.

 

   Le troisième représente le taux de chômage dans la même période . Sa croissance est vertigineuse dans la dernière période alors qu'en début de période la Grèce se situe dans la moyenne de l'Union Européenne.

 

   PIB Grèce2

 

chômage Gréce2

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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 11:14

Un nouveau chapitre dans le feuilleton Noriega

(voir les précédents chapitres dans les archives du blog)

  

La récente visite à Paris du Président panaméen  MARTINELLI a été fructueuse. Bien qu’il n’ait pas été reçu avec beaucoup d’éclat, le Président panaméen est à la tête d’un Etat latino-américain politiquement à droite comme la Colombie, le Chili, le Costa-Rica et le Honduras et ne peut donc qu’être apprécié par les autorités françaises.

Bien que son gouvernement soit rudement contesté à l’intérieur, que ce soit par les travailleurs agricoles des grandes plantations bananières ou les tribus indigènes qui refusent de voir leur territoire bouleversé par des sociétés minières internationales , il avance dans son projet de faire de Panama une sorte de DUBAI latino-caribéen,  ambition que viendra symboliser le doublement en cours du canal.

Les investisseurs étrangers montrent donc un intérêt soutenu pour ce petit pays. Ils sont pourtant freinés par le fait que le Panama a mauvaise réputation  et a été classé dans la « liste grise » des paradis fiscaux établie par l’OCDE et l’on sait que la chasse aux paradis fiscaux fait partie du discours convenu  resservi à chaque sommet où il est question de la « crise économique et financière ». De temps en temps il faut bien faire quelques gestes qui confirment les propos officiels. Comme nous le relations en Juillet 2010, la BNP PARIBAS a dû fermer son agence à Panama.

Mais ces gestes ne peuvent cacher longtemps la pression des intérêts capitalistes et la France cherchait depuis à ré-émerger sur le marché panaméen.

L’occasion lui a été offerte par le cas NORIEGA.

Celui-ci, bien que condamné en 2010 à sept ans de réclusion pour blanchiment d’argent par la Justice française, va quitter sa prison française et n’accomplira sans doute jamais le reste de sa peine. Il va être livré au Panama où d’autres procès l’attendent pour différentes atteintes aux droits de l’homme commises du temps où, appointé par la CIA *, il était, de 1983 à 1898, le véritable maitre du pays en qualité de commandant de la garde nationale.

En satisfaisant la demande d’extradition, déjà ancienne, du gouvernement panaméen, le gouvernement français sort en quelque sorte le Panama de la liste noire  des pays pas très présentables et obtient en échange le droit pour  les firmes françaises d’accéder aux marchés publics  panaméens. Il ne s’agit pas de perspectives théoriques mais de projets immédiats.

Les entreprises françaises de BTP n’avaient pas été retenues pour la première phase des travaux de doublement du canal consistant principalement en opérations préparatoires à la construction des nouvelles écluses (terrassements, viabilisation…).Elles pourront postuler pour la seconde (la construction des écluses elles-mêmes) le nouveau canal devant être mis en service en 2014.

La deuxième cible française est la construction du métro de Panama qui intéresse toute la filière ferroviaire française, du matériel roulant, à la signalisation  et à la billettique.

En ces temps de déséquilibre prolongé du commerce extérieur, le gouvernement  français n’allait pas continuer longtemps à faire la fine bouche sur le marché panaméen, paradis fiscal ou pas. La livraison de Noriega s’imposait.

Elle suscitera et suscite déjà quelques remous au Panama. En effet le code pénal panaméen prévoit qu’un inculpé âgé de plus de 70 ans –Noriega a 78 ans - peut ne pas être  incarcéré et simplement assigné à résidence. Les plaignants – des familles de citoyens panaméens assassinés du temps de la dictature de Noriega  - ne trouvent pas cette douceur de traitement à leur goût. D’autre part NORIEGA ne dirigeait pas seul le pays et certains de ses collaborateurs – donc des complices – sont encore sur place.

Elle peut également embarrasser les Etats-Unis car c’est bien un de leurs collaborateurs directs  qui va devoir rendre publiquement des comptes sur son action en tant que quasi chef d’Etat devant la justice panaméenne. Le procès à venir ne pourra pas non plus éviter que soit rappelé que le limogeage de NORIEGA en Décembre 1989 par celui même qui l’avait recruté du temps où il dirigeait la CIA , un certain George H.W. BUSH,  avait été une opération militaire brutale conduite par le même BUSH devenu Président et COLIN POWELL, alors chef d’Etat-major, qui avait fait 3000 morts à Panama et 30 000 sans abri.

 

*D’après les auteurs étasuniens qui se sont penchés sur son cas, Noriega issu d’un milieu très pauvre, orphelin très jeune, devient boursier de la CIA quand il est formé à l’école des officiers de Chorillos au Pérou. Il ne touche à l’époque que 5 dollars par mois en tant qu’agent débutant  mais renseigne sur les partis de gauche et les étudiants péruviens. Il  passe ensuite  par la fameuse ECOLE DES AMERIQUES dont il est diplômé en 1967 spécialisé en contre insurrection et combats dans la jungle  avant d’être recruté comme « patron » du Panama par BUSH qui lui fait allouer par la Centrale des sommes qui, selon les sources, varient entre 100 000  et 500 000 dollars par an.  NORIEGA avait vite compris qu’en prélevant au passage  une partie de la  commission occulte encaissée par la CIA sur le trafic de la cocaïne colombienne il pouvait gagner beaucoup plus. Mais , comme on dit, pour manger avec le diable, il faut une longue cuillère !

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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 11:14

La compagnie théatrale GRAT-JEAN-LOUIS HOURDIN a créé cet été au Festival d'Avignon sa pièce

COUPS DE FOUDRE - FRANTZ FANON .

 

Elle la présente en tournée dans toute la France.

Comaguer et Radio Galère ont rencontré Jean-Louis Hourdin et le comédien Cedric Djedje qui lit le dernier chapitre du livre de Fanon

 

Nous les écoutons !

 

 

 

http://drive7-dotspirit.com/OnlineDrive/navega.php?PHPSESSID=77e4fb7457ea564a19c1b5c200c27b55&lista=100

 

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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 11:07
La récente décision du gouvernement de transférer les cendres du général Bigeard aux Invalides et de le ranger ainsi au nombre des héros de la République a suscité une réelle émotion.
Bien que cette décision du candidat Sarkozy s’inspire d’une tactique électorale qui lui a réussi en 2007, à savoir  attirer sur son nom par tous les moyens, y compris les plus douteux,  le plus grand nombre possible de voix d’extrême-droite , elle ne peut pas masquer le fait qu’elle est une nouvelle manifestation d’un phénomène bien plus profond à savoir le cours outrageusement néocolonial  de la politique de l’actuel gouvernement français.  
L’enlèvement du Président Gbagbo, le renversement par la force du régime libyen et les préparatifs de « guerre civile » orchestrée en Syrie en sont une démonstration en politique étrangère, le niveau record du chômage dans les départements d’outre-mer en sont une autre en politique « intérieure ».
Honorer Bigeard c’est accepter la torture comme : « un mal nécessaire » ainsi qu’il le déclarait lui-même. Mais c’est surtout affirmer que dans ses rapports avec le colonisé, le colonisateur dévoile en torturant  les limites de sa « moralité ».  La torture fait donc partie intégrante du système politique colonial et Fanon qui a soigné des victimes de la torture le sait.
Relisons Frantz Fanon !
  
  
L’Algérie face aux tortionnaires français
Texte de Frantz Fanon publié dans El Moudjahid, N° 10, septembre 1957
La Révolution algérienne, par l’inspiration profondément humaine qui l’anime et son culte passionné de la liberté, procède depuis trois ans à la destruction méthodique d’un certain nombre de mystifications.
Certes, la Révolution algérienne restitue ses droits à l’existence nationale. Certes, elle témoigne de la volonté du peuple. Mais l’intérêt et la valeur de notre Révolution résident dans le message dont elle est porteuse.
Les pratiques authentiquement monstrueuses qui sont apparues depuis le 1er novembre 1954 étonnent surtout par leur généralisation… En réalité, l’attitude des troupes françaises en Algérie se situe dans une structure de domination policière, de racisme systématique, de déshumanisation poursuivie de façon rationnelle. La torture est inhérente à l’ensemble colonialiste.
La Révolution algérienne, en se proposant la libération du territoire national, vise, et la mort de cet ensemble, et l’élaboration d’une société nouvelle. L’indépendance de l’Algérie n’est pas seulement fin du colonialisme mais disparition, dans cette partie du monde, d’un germe de gangrène et d’une source d’épidémie.
La libération du territoire national algérien est une défaite pour le racisme et l’exploitation de l’homme ; elle inaugure le règne inconditionnel de la Justice.
   La véritable contradiction
Les guerres de libération nationale sont souvent présentées comme exprimant les contradictions internes des pays colonialistes. La guerre franco-algérienne, bien que s’inscrivant dans un contexte historique caractérisé par l’éclosion simultanée et successive de mouvements de libération nationale, présente des particularités propres.
Colonie de peuplement déclarée territoire métropolitain. L’Algérie a vécu sous une domination policière et militaire jamais égalée en pays colonial. Ceci s’explique d’abord par le fait que l’Algérie n’a pratiquement jamais déposé les armes depuis 1830. Mais surtout, la France n’ignore pas l’importance de l’Algérie dans son dispositif colonial, et rien ne peut expliquer son obstination et ses incalculables efforts, sinon la certitude que l’indépendance de l’Algérie entraînera à brève échéance l’écroulement de son empire.
L’Algérie, située aux portes de la France, permet au monde occidental de voir dans le détail et comme au ralenti les contradictions de la situation coloniale. L’appel au contingent français, la mobilisation de plusieurs classes, le rappel des officiers et des sous-officiers, les invitations au sacrifice lancées périodiquement au peuple, les impôts et le blocage des salaires ont engagé la totalité de la Nation française dans cette guerre de reconquête coloniale.
L’enthousiasme généralisé, et quelquefois véritablement sanguinaire, qui a marqué la participation des ouvriers et des paysans français à la guerre contre le peuple algérien a ébranlé dans ses fondements la thèse d’un pays réel qui s’opposerait au pays légal.
Selon une phrase significative d’un des Présidents du Conseil français, la Nation s’est identifiée avec son armée qui se bat en Algérie.
La guerre d’Algérie est faite consciencieusement par tous les Français et les quelques critiques exprimées jusqu’ici par quelques individualistes évoquent uniquement certaines méthodes qui « précipitent la perte de l’Algérie ». Mais la reconquête coloniale dans son essence, l’expédition armée, la tentative d’étouffer la liberté d’un peuple ne sont pas condamnées.
   La torture, nécessité fondamentale du monde colonial
Depuis quelques temps on parle beaucoup de tortures appliquées par les soldats français aux patriotes algériens. Des textes abondants, précis, effroyables, ont été publiés. Des comparaisons historiques ont été faites. Des personnalités étrangères, et parmi elles des Français, ont condamné ces pratiques.
Les Français qui s’insurgent contre la torture, ou en déplorent l’extension, font immanquablement penser à ces belles âmes dont parlait tel philosophe, et l’appellation « d’intellectuels fatigués » qui leur est donnée par leurs compatriotes Lacoste et Lejeune est très pertinente On ne peut à la fois vouloir le maintien de la domination française en Algérie et condamner les moyens de ce maintien.
La torture en Algérie n’est pas un accident, ou une erreur, ou une faute. Le colonialisme ne se comprend pas sans la possibilité de torturer, de violer ou de massacrer.
La torture est une modalité des relations occupant-occupé.
Les policiers français, qui pendant longtemps ont été les seuls à pratiquer ces tortures, ne l’ignorent pas. La nécessité de légitimer les tortures a toujours été considérée par eux comme un scandale et un paradoxe.
   La torture, style de vie
Il reste que le système a des accidents, des pannes. Leur analyse est d’une extrême importance.
Au cours du premier trimestre 1956, des cas de policiers à la limite de la folie se sont révélés nombreux.
Les troubles qu’ils présentaient au sein du milieu familial (menaces de mort adressées à leur femme, sévices graves sur leurs enfants, insomnies, cauchemars, menaces continuelles de suicide9 et les fautes professionnelles dont ils se sont rendus coupables (rixes avec des collègues, laisser-aller dans le service, manque d’énergie, altitudes irrespectueuses avec leurs chefs) ont nécessité à maintes reprises des soins médicaux, l’affectation dans un autre service ou, plus souvent, une mutation en France.
L’apparition multiple d’organismes révolutionnaires dynamiques, les réactions foudroyantes de nos fédayins, l’implantation du F.L.N. sur l’ensemble du territoire national posaient aux policiers français des problèmes insurmontables. Le qui- vive permanent auquel les condamnait le F.L.N. semblait devoir expliquer l’irritabilité des policiers.
Or, rapidement, les policiers s’expliquent.
Ils frappent durement leurs enfants car ils croient être encore avec des Algériens.
Ils menacent leurs femmes car « toute la journée, je menace et j’exécute ».
Ils ne dorment pas, parce qu’ils entendent les cris et les lamentations de leurs victimes.
De tels faits posent évidemment certains problèmes. Sommes-nous en présence d’hommes torturés par le remords ?
S’agit-il d’une révolte de la conscience morale ?
Les tortures reconnues par ces policiers constituent-elles des exceptions ?
L’existence de ces policiers à la limite du pathologique indique-t-elle le caractère inhabituel, inaccoutumé, somme toute illégal de la torture ?
Autrement dit, le policier tortionnaire est-il en contradiction avec les « valeurs » de son groupe et du système qu’il défend ?
Après avoir nié l’existence des tortures en Algérie, les Français ont utilisé un double argument.
D’abord, a-t-il été affirmé, il s’agit de cas exceptionnels.
La plus grande démission des intellectuels français est d’avoir toléré ce mensonge. Des sanctions vont être prises, a dit le Gouvernement français, mais nous ne devons pas les rendre publiques. Comme si la torture d’un homme ou le massacre organisé ne relevaient pas tous deux du droit criminel public. La passion de la vérité et de la justice ne peut, sans se contester, accepter pareille supercherie.
   La fuite devant les responsabilités
Mais les témoignages se faisaient de plus en plus nombreux, les tortures se révélant de moins en moins exceptionnelles, toute responsabilité fut rejetée sur des éléments étrangers servant dans l’armée française. Ce deuxième argument est important. Il montre à la fois le cynisme des autorités françaises et l’impossibilité croissante de ruser, de dissimuler, de mentir. Les Français, depuis un an, ne cessent de répéter que seuls d’anciens S.S. servant dans la Légion sont responsables des tortures. Or, la majorité des déserteurs de l’armée française sont des légionnaires étrangers. C’est parce que les méthodes policières françaises les révoltent que ces Allemands et ces Italiens abandonnent les rangs ennemis et rejoignent les unités de l’A.L.N. C’est par dizaines que nous les interrogeons avant leur rapatriement. Ces anciens légionnaires sont unanimes : la cruauté et le sadisme des forces françaises sont effroyables.
En tout état de cause il importe de ne pas oublier que l’apparition de soldats tortionnaires remonte à l’hiver 1955. Pendant près d’un an, seuls les policiers ont torturé en Algérie.
On possède aujourd’hui des précisions sur les méthodes employées par les Français. De multiples témoignages ont été publiés et l’importante gamme des techniques, répertoriée. Toutefois, aucun élément n’a été fourni sur la doctrine, la philosophie de la torture. Des renseignements parvenus au F.L.N. éclairent singulièrement cette rationalisation.
   Lofrédo et Podevin, théoriciens de la torture.
Les policiers français Lofrédo (commissaire à Alger) et Podevin (chef de la police judiciaire de Blida) ont précisé, à l’intention de leurs amis et au cours d’exposés techniques à leurs nouveaux collaborateurs, certaines des caractéristiques de leurs méthodes.
1) Plusieurs témoignages et des rapports convergents d’indicateurs désignent un Algérien comme jouant un rôle important dans l’organisation locale du F.L.N. Le patriote est arrêté et conduit dans les locaux de la P.J. On ne lui pose aucune question car, à ce moment de l’enquête, « nous ne connaissons pas la direction que doit prendre l’interrogatoire et le suspect ne doit pas se rendre compte de notre ignorance ». Le meilleur moyen consiste à briser sa résistance en utilisant la méthode dite de « mise en train par l’exemple ».
Quelques jeeps quittent la P.J. et ramènent une dizaine d’Algériens ramassés au hasard dans la rue ou, plus fréquemment, dans un douar environnant. Les uns après les autres, en présence du suspect qui, seul, intéresse la police, ces hommes vont être torturés jusqu’à la mort. On estime qu’après 5 ou 6 assassinats, le véritable interrogatoire peut commencer.
2) La deuxième méthode consiste à torturer d’abord l’intéressé. Plusieurs séances sont nécessaires pour casser son énergie. Aucune question n’est posée au suspect. L’inspecteur Podevin, qui a largement utilisé cette méthode à Blida puis à Alger, avoue qu’il est difficile de ne rien dire lorsque le torturé demande des explications. Aussi faut-il se dépêcher de briser sa résistance.
A la sixième ou septième séance, on se contente de lui dire : on t’écoute.
Ici l’interrogatoire n’est absolument pas orienté. Le suspect, en principe, doit dire tout ce qu’il sait.
Dans les deux cas, le même phénomène est retrouvé : l’interrogatoire est différé.
Dans cette perspective où l’excuse de la fin tend de plus en plus à se détacher des moyens, il est normal que la torture devienne sa propre justification. Et le système colonialiste, pour être logique, doit accepter de revendiquer la torture comme un de ses éléments importants.
   Les intellectuels français et la presse française
M. Martin-Chauffier, dans un rapport prudent où il n’est pas difficile de découvrir une semi-approbation, ne peut échapper à ce dilemme. L’argument de la torture exceptionnelle est repris ici avec une particulière vigueur. Toutefois l’auteur en arrive à reconnaître que « commis à l’étage inférieur, ces crimes se trouvent en quelque sorte couverts par la négligence des pouvoirs supérieurs à en prendre un suffisant souci, et menacent par la quasi-impunité qui les encourage à s’ériger en un véritable système ». La contradiction ne peut guère être niée et à la phrase suivante c’est un I.G.A.M.E., la plus haute autorité française en Algérie, qui approuve, conseille et légitime ces crimes. La prétendue ignorance des pouvoirs supérieurs est manifestement un mensonge et une duplicité.
M. Martin-Chauffier serait très étonné d’apprendre que son attitude est jugée ici incompréhensible. En réalité, la torture n’est pas un moyen d’obtenir des renseignements. On torture en Algérie par perversion sadique et c’est le seul mot valable du rapport de M. Martin-Chauffier : « Ce système, dit-il, a pour effet de pervertir ceux qui s’en font les instruments ».
M. G. M. Matte (Note de GD [1]), qui a participé aux expéditions françaises en Algérie, vient de publier quelques pages dans le numéro de juillet-août des « Temps Modernes ». « Je me souviens, écrit-il, que de temps en temps, lorsque le cinéma ambulant du bataillon venait nous projeter un film, et qu’il ne plaisait pas, des soldats et des officiers se levaient et allaient tranquillement passer la fin de la soirée en compagnie des prisonniers… Les cris étaient en partie couverts par la musique du film ».
M. Mattei se révolte contre ces atteintes à la dignité et à l’honneur français. Et naturellement, il termine son témoignage par l’argument désormais classique des démocrates français : « Quelle génération nous prépare-t-on dans ce bouillon de culture qu’est aujourd’hui l’Algérie… ? Car « le plus grave », évidemment, « c’est ce qu’étaient devenus, après douze mois d’A.F.N., ces jeunes rappelés avec qui j’ai passé six mois : de véritables mercenaires ».
On ne peut trouver de meilleur exemple de ce que l’on doit somme toute appeler perversion du sens moral. Lorsque les intellectuels français, avec M. Mattei, reprennent en chœur « qu’il y a actuellement en Algérie une vaste entreprise de déshumanisation de la jeunesse française » ou déplorent que les appelés français « y apprennent le fascisme », il faut savoir que seules les conséquences morales de ces crimes sur l’âme des Français intéressent ces humanistes. La gravité de tortures et des « corvées de bois », l’horreur des viols de fillettes algériennes, sont perçues parce que leur existence menace une certaine idée de l’honneur français.
Il vaut la peine de méditer sur cette attitude. Pareille exclusion de l’Algérien, pareille ignorance de l’homme torturé ou de la famille massacrée, constituent un phénomène entièrement original. Il s’apparente à cette forme de pensée égocentrique, sociocentrique, qui est devenue la caractéristique des Français.
En réalité, il semble que la crainte d’une contamination morale (?) soit totalement vaine. Les policiers malades n’étaient point tourmentés par leurs consciences. S’ils maintiennent le rythme professionnel en dehors de leurs bureaux ou de leurs ateliers, en l’occurrence les salles de tortures, c’est parce qu’ils sont victimes du surmenage. Ce que réclamaient ces policiers, c’est moins un apaisement moral que la possibilité de reprendre les tortures.
   Le système en question
Le policier qui torture en Algérie n’enfreint aucune loi. Ses actes se situent dans le cadre de l’institution colonialiste. En torturant, il manifeste une réelle fidélité au système. Aussi les soldats français ne peuvent-ils guère faire autrement sans condamner la domination française. Tout Français en Algérie doit se comporter en tortionnaire. Voulant rester en Algérie, il n’y a pour la France d’autre solution que le maintien d’une occupation militaire permanente et d’une puissante structure policière.
Les forces ennemies ne peuvent s’imaginer à quel point il leur est impossible de faire autre chose que d’évacuer le territoire national.
Le peuple algérien ne lutte pas contre les tortures, le viol des fillettes ou les assassinats collectifs. L’histoire de l’occupation française est jalonnée de tels crimes et en Kabylie, récemment encore, on faisait peur aux enfants en les menaçant d’ « appeler Bugeaud ».
Le peuple algérien n’ignore pas que la structure colonialiste repose sur la nécessité de torturer, de violer et de massacrer.
Aussi notre revendication est-elle d’emblée totale et absolue.
Les policiers sadiques qui ont perdu le sommeil et les soldats tortionnaires qui « risquent de se transformer en fascistes » nous posent, à nous Algériens, un problème précis. Comment modifier notre stratégie et intensifier notre combat pour que le territoire national soit, le plus tôt possible, libéré ?
Toute autre considération nous est radicalement étrangère.
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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 12:33

Le porte avions USS GEORGE H.W BUSH a fait escale à Marseille

du 25.11 au 29.11

 

 

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Il s’agit du dernier porte-avions nucléaire mis en service par les Etats-Unis, le dixième de la série Nimitz. Avec ce dernier porte-avions les Etats-Unis possèdent à eux seuls plus de porte-avions lourds que tous les autres Etats du monde.

 

   

Lancé en 2009 le bâtiment, qui a coûté 6 milliards de dollars, a effectué ses essais et il effectue en ce moment sa première tournée opérationnelle.

Parti de Norfolk (côte Est des Etats-Unis) il a traversé l’Atlantique puis la Méditerranée. Au printemps 2011 il a participé aux opérations de l’OTAN contre la Libye, puis a continué sa route jusqu’au détroit d’Ormuz via le canal de Suez et la Mer Rouge.

Dans ce détroit stratégique de 35 km de large qui voit passer 20% du pétrole mondial, l’USS BUSH a montré ses muscles : 60 avions de combat, leurs missiles et leurs bombes (peut-être nucléaires),  à l’Iran riverain puis il est reparti vers l’Ouest.

Un certain nombre d’organes de presse ont supposé qu’il allait au retour du Golfe d’Aden d’où il a participé aux bombardements de routine ( depuis 10 ans) de l’Afghanistan en complément du porte-avions de la 5° flotte habituellement sur cette zone, exhiber à nouveau sa musculature de prédateur d’acier au large des côtes syriennes.

Il ne semble pas que ce soit le cas puisqu’il est depuis le 25 Novembre en escale civile à Marseille dans les bassins du port de commerce au quai  où sont accueillis habituellement les plus gros navires de croisière et que le Pentagone annonce officiellement son retour prochain vers Norfolk. Il pourrait évidemment être remplacé au large de la Syrie par un des neuf autres. Mais il se peut que la présence dans les eaux syriennes de l’unique porte-avions russe : l’Amiral Kuznetsov ait temporairement dissuadé les militaires US d’une intervention directe. Ils préfèrent s’en prendre à des adversaires dix, vingt trente fois plus faibles et faire de leurs guerres de simples lynchages de masse.

   

Cette escale n’est pas un évènement exceptionnel puisque les porte-avions de la 6° flotte US font assez régulièrement à Marseille pour des « escales de loisir » pour un équipage  qui compte  sur l’USS BUSH 5600 personnes.

Souvenons-nous qu’en Décembre 2001 le porte-avions TRUMAN avait fait une « escale de loisir »  à Marseille avant d’aller prendre position en Méditerranée orientale pour attaquer l’Irak. Il faut toujours faire un effort d’imagination pour comprendre que ces jeunes gens et jeunes filles attablés paisiblement aux terrasses des cafés marseillais vont dans quelques jours faire un geste simple et comme routinier, si ce n’est ludique: appuyer sur un bouton ou abaisser une manette, qui tuera à des centaines de kilomètres des humains par dizaines ou par milliers.

En régime capitaliste, le summum de la technologie engendre le summum de l’immaturité humaine.


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24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 17:43

La compagnie théâtrale GRAT – Jean Louis Hourdin a présenté au festival d’Avignon 2011 sa pièce


COUPS DE FOUDRE-FRANTZ FANON


Cette pièce qui illustre les turpitudes du temps présent et appelle à reconstruire l’espoir se conclut par la lecture du dernier chapitre de PEAUX NOIRES, MASQUES BLANCS.

(des détails sur http://www.jeanlouishourdin.com)


Une démonstration supplémentaire de l’actualité de FRANTZ FANON


La tournée de la compagnie l’a conduit à Port de Bouc. Radio Galère et Comaguer ont profité de sa présence pour réaliser une interview du metteur en scène- animateur de la troupe  JEAN LOUIS HOURDIN et de CEDRIC DJEDJE, le comédien qui lit –excellemment  - le texte de FANON.


Ce document peut être écouté et téléchargé dans les archives sonores  de COMAGUER

 

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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 12:41

    Les forces armées américaines à l’étranger

 

    GIS

Le

 

 

 

 

 

Tableau extrait de l’excellent livre de

HENRI HOUBEN

La Crise de trente ans

La fin du capitalisme ?

(Aden septembre 2011)


    Même si le sous-titre se termine sur un point d’interrogation, le livre présente une très importante quantité de documents élaborés par l’auteur à partir de document officiels qui fournissent au lecteur des matériaux de qualité pour avancer dans l’élaboration d’une réponse à cette question qui est dans la tête de beaucoup aujourd’hui.


    Les manifestations impérialistes violentes de cette crise en constituent un élément de première importance. D’où l’intérêt du document joint élaboré à partir de sources US officielles.   Où il apparait que l’empire étasunien, apaisé par la disparition de l’URSS et du bloc socialiste  et se contentant de succès militaires faciles  comme  en Yougoslavie, baisse  la garde et ses effectifs militaires après  1991 et se réarme à partir de 2001 pour se lancer dans une série d’opérations visant à assurer sa domination sans partage sur le monde et ses ressources face à la montée du multipolarisme et à la croissance rapide de nouvelles puissances économiques.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 
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