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19 septembre 2013 4 19 /09 /septembre /2013 10:32

Medias serviles

En obtenant, sinon un abandon définitif, du moins une suspension sine die de l’attaque franco-étasunienne de  la Syrie, la Russie  a obtenu un incontestable succès diplomatique. Sa position, ferme et constante, en faveur de la résolution politique et non militaire de la crise syrienne, a fini par s’imposer alors que les tambours de la guerre avaient résonné avec une exceptionnelle intensité.

Pour parachever cette victoire la Russie a eu l’intelligence de ne pas humilier le vaincu qu’elle a sorti d’une impasse dans laquelle il s’était lui-même enfoncé  et elle a choisi de le faire magistralement par le biais d’une tribune libre de Vladimir Poutine sur le New York Times, quotidien étasunien d’audience mondiale  le 11 Septembre.

Magistralement d’abord parce que Poutine a réaffirmé le rôle central de l’ONU que les Etats-Unis et la France étaient prêts à contourner pour régler par une intervention  militaire directe un conflit qu’elles avaient alimenté par un soutien politique, logistique,  militaire et financier à des « rebelles »  dont le seul programme s’est avéré être le meurtre de masse et la violence sectaire et dans les rangs desquels les citoyens syriens se faisaient de plus en plus rares.

Magistralement ensuite parce que Poutine a clos sans agressivité mais dans des termes clairs la période historique ouverte par la disparition de l’URSS et qui a vu les Etats-Unis abuser de sa position dominante en usant de la violence militaire et en piétinant le droit international.

Magistralement enfin parce que Poutine a affirmé que le multilatéralisme venait de s’imposer sur la scène historique et que désormais les Etats-Unis n’étaient plus la puissance dominante par essence et ne pouvaient plus se considérer  que comme un Etat  parmi d’autres et que le principe du respect de la souveraineté des Etats était la pierre angulaire des rapports de droit entre eux.

Les grands médias français au lieu de publier intégralement cette interview  qui fera date et de permettre à leurs lecteurs de se faire une opinion, texte en main, se sont contentés des commentaires habituels sur la personne du président russe : le « tsar », l’homme du KGB… ce qui leur a permis de minimiser l’évènement. L’auraient-ils publié que les lecteurs auraient constaté que Poutine a parlé d’Obama  mais n’a à aucun moment mentionné la France et son Président montrant qu’il se désintéressait de ce second couteau sans classe.

Aussi avons-nous choisi, pour ceux de nos lecteurs qui n’auraient pas eu l’occasion de la découvrir sur Internet de joindre la tribune de Poutine dans son intégralité. Nous y avons ajouté la traduction du communiqué final de la réunion des présidents des Etats membres de l’Organisation de Coopération de Shanghai qui s’est tenue à Bichkek les 12 et 13 Septembre , communiqué qui confirme le soutien de la Chine , du Kazakhstan, de la république kirghize, de l’Ouzbékistan et du Tadjikistan aux positions de la Russie sur la politique internationale et réaffirme, en présence du nouveau président iranien ,  le droit de l’Iran, pays membre associé de l’OCS, à l’usage civil de l’énergie atomique. Ainsi après douze ans d’existence, l’OCS prend progressivement sa place sur la scène internationale, sur la base de rapports de coopération de plus en plus étroits entre ses membres et  sans construction d’une mécanique supranationale technocratique détruisant peu  à peu l’indépendance et la souveraineté des Etats membres  comme c’est le cas dans l’Union Européenne.

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Un appel à la prudence de la Russie (The New York Times)

12 septembre 2013

Vladimir V. Poutine

 

Les récents événements autours de la Syrie m’ont invité à parler directement au peuple américain et à ses dirigeants politiques. Il est important de le faire au moment d’une communication insuffisante entre nos sociétés.

Les relations entre nous sont passées par différentes étapes. Nous étions les uns contre les autres pendant la guerre froide. Mais nous avons aussi été des alliés un temps, et avons vaincu les nazis ensemble. L’organisation internationale universelle - l’Organisation des Nations Unies - a ensuite été mise en place pour empêcher qu’une telle dévastation ne se reproduise jamais.

Les fondateurs de l’Organisation des Nations Unies ont compris que les décisions concernant la guerre et la paix devraient ne se prendre que par consensus, et avec le consentement de l’Amérique le droit de veto par les membres permanents du Conseil de sécurité a été inscrit dans la Charte des Nations Unies. La profonde sagesse de ceci a maintenu la stabilité des relations internationales pendant des décennies.

Personne ne veut que l’Organisation des Nations Unies subisse le sort de la Société des Nations, qui s’est effondré parce qu’il lui manquait une véritable influence. C’est possible si des pays influents contournent les Nations Unies et entreprennent une action militaire sans l’autorisation du Conseil de sécurité.

La frappe potentielle des États-Unis contre la Syrie, malgré la forte opposition de nombreux pays et les principaux responsables politiques et religieux, y compris le Pape, se traduira par plus de victimes innocentes et une escalade, propageant potentiellement le conflit au-delà des frontières de la Syrie. Une frappe augmentera la violence et déclenchera une nouvelle vague de terrorisme. Elle pourrait saper les efforts multilatéraux visant à résoudre le problème nucléaire iranien et le conflit israélo-palestinien et déstabiliser davantage le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Elle pourrait rendre l’ensemble du système du droit et de l’ordre international hors d’équilibre.

La Syrie n’est pas témoin d’une bataille pour la démocratie, mais d’un conflit armé entre le gouvernement et l’opposition dans un pays multi religieux. Il y a peu de champions de la démocratie en Syrie. Mais il y a plus qu’assez de combattants d’al-Qaïda et d’extrémistes de tous bords qui luttent contre le gouvernement. Le Département d’Etat des Etats-Unis a déjà désigné al-Nusra et l’Etat islamique d’Irak et du Levant, combattant avec l’opposition, comme des organisations terroristes. Ce conflit interne, alimenté par des armes étrangères fournies à l’opposition, est l’un des plus sanglants dans le monde.

Des mercenaires de pays arabes luttent là-bas, et des centaines d’activistes en provenance des pays occidentaux et même de Russie, sont pour nous une source de profonde inquiétude. Ne pourraient-ils pas retourner dans nos pays avec l’expérience acquise en Syrie ? Après tout, après les combats en Libye, les extrémistes sont passés au Mali. Cela nous menace tous.

Dès le début, la Russie a prôné un dialogue pacifique permettant aux Syriens d’élaborer un plan de compromis pour leur propre avenir. Nous ne protégeons pas le gouvernement syrien, mais le droit international. Nous devons utiliser le Conseil de sécurité des Nations Unies et croire que la préservation de la loi et de l’ordre dans le monde complexe et turbulent d’aujourd’hui est l’une des rares façons d’empêcher les relations internationales de sombrer dans le chaos. La loi est toujours la loi, et nous devons la suivre que nous le voulions ou non. Selon le droit international actuel, la force n’est autorisée qu’en cas de légitime défense ou par la décision du Conseil de sécurité. Tout le reste est inacceptable en vertu de la Charte des Nations Unies et constituerait un acte d’agression.

Personne ne doute que du gaz toxique ait été utilisé en Syrie. Mais il y a tout lieu de croire qu’il a été utilisé non pas par l’armée syrienne, mais par les forces de l’opposition, afin de provoquer l’intervention de leurs puissants protecteurs étrangers, qui seraient du côté des fondamentalistes. Les rapports indiquant que des activistes se préparent une nouvelle attaque - cette fois contre Israël - ne peuvent pas être ignorés.

Il est alarmant de constater que l’intervention militaire dans des conflits internes de pays étrangers est devenue monnaie courante aux États-Unis. Est-ce dans l’intérêt à long terme de l’Amérique ? J’en doute. Des millions de personnes dans le monde voient de plus en plus l’Amérique non pas comme un modèle de démocratie, mais aussi comme s’appuyant uniquement sur la force brute, bricolant des coalitions réunies sous le slogan "vous êtes avec nous ou contre nous".

Mais la force s’est révélée inefficace et inutile. L’Afghanistan chancelle, et personne ne peut dire ce qui se passera après que les forces internationales se seront retirées. La Libye est divisée en tribus et en clans. En Irak, la guerre civile se poursuit, avec des dizaines de morts chaque jour. Aux États-Unis, nombre d’entre vous établissent une analogie entre l’Irak et la Syrie, et se demandent pourquoi leur gouvernement voudrait répéter les erreurs récentes.

Peu importe à quel point les frappes seront ciblées ou à quel point les armes seront sophistiquées, des victimes civiles sont inévitables, y compris des personnes âgées et des enfants, que les frappes sont censées protéger.

Le monde réagit en demandant : si vous ne pouvez pas compter sur le droit international, alors vous devez trouver d’autres façons d’assurer votre sécurité. Ainsi, un nombre croissant de pays cherchent à acquérir des armes de destruction massive. Ce qui est logique : si vous avez l’arme nucléaire, personne ne va vous toucher. Nous sommes partis en parlant de la nécessité de renforcer la non-prolifération, alors qu’en réalité cela l’érode.

Nous devons cesser d’utiliser le langage de la force et reprendre le chemin du règlement diplomatique et politique civilisé.

Une nouvelle possibilité d’éviter une action militaire a émergé dans les derniers jours. Les Etats-Unis, la Russie et tous les membres de la communauté internationale doivent tirer parti de la volonté du gouvernement syrien de mettre son arsenal chimique sous contrôle international pour sa destruction ultérieure. A en juger par les déclarations du président Obama, les Etats- Unis voient cela comme une alternative à l’action militaire.

Je me réjouis de l’intérêt du président à poursuivre le dialogue avec la Russie sur la Syrie. Nous devons travailler ensemble pour maintenir cet espoir vivant, comme convenu lors de la réunion du G8 à Lough Erne en Irlande du Nord en juin, et réorienter le débat vers des négociations.

Si nous pouvons éviter la force contre la Syrie, cela permettra d’améliorer l’atmosphère dans les affaires internationales et de renforcer la confiance mutuelle. Ce sera notre réussite commune et ouvrira la porte à une coopération sur d’autres questions cruciales.

Ma relation professionnelle et personnelle avec le président Obama est marquée par une confiance croissante. J’apprécie cela. J’ai étudié attentivement son discours à la nation de mardi. Et je serais plutôt en désaccord avec une affirmation qu’il a faite sur l’exceptionnalisme américain, affirmant que la politique des États-Unis est "ce qui rend l’Amérique différente. C’est ce qui nous rend exceptionnels." Il est extrêmement dangereux d’encourager les gens à se considérer comme exceptionnels, quelle que soit la motivation. Il y a de grands pays et de petits pays, riches et pauvres, ceux qui ont de longues traditions démocratiques et ceux à qui il reste encore à trouver leur chemin vers la démocratie. Leurs politiques diffèrent aussi. Nous sommes tous différents, mais quand nous demandons la bénédiction du Seigneur, nous ne devons pas oublier que Dieu nous a créés égaux.

Vladimir V. Poutine,

Président de la Russie

Le 11 septembre 2013

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Bichkek, 13 septembre-

Les dirigeants des Etats membres de l'organisation de coopération de Shanghai (OCS) ont publié une déclaration conjointe ce vendredi, précisant la position du bloc sur des questions clés comme la Syrie et la lutte contre le terrorisme.

La déclaration de Bichkek, signée par les six présidents des pays de la Chine, Kazakhstan, Kirghizistan, Russie, Tadjikistan, Ouzbékistan, dit que les relations internationales subissent  des mutations profondes avec les facteurs d'instabilité et d'incertitude en forte augmentation.

Les différends Internationaux et régionaux devraient être pacifiquement résolus par des moyens politiques et diplomatiques en vertu des principes d'égalité, de respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale, de non-ingérence dans les affaires intérieures des autres Etats et sans aucune utilisation ou menace de recours à la force, a-t-elle affirmé

Réaffirmant le rôle prépondérant de l'ONU dans les affaires internationales, la déclaration a exhorté les pays liés à trouver un ensemble de solutions sur la réforme du Conseil de sécurité, qui prenne en considération les intérêts et les préoccupations des uns et des autres.

La déclaration appelle sur les membres de l'OCS à améliorer la base juridique de leur coopération dans la lutte contre le terrorisme international, le séparatisme, l’extrémisme et le crime transfrontalier  organisé.

Sur la Syrie, les États membres ont exprimé leur vive préoccupation et préconisé que la région devrait atteindre la paix, la stabilité, la  prospérité et le progrès sans ingérence extérieure, notamment l'ingérence de la force, non autorisée par le Conseil de sécurité de l'ONU.

Sous réserve du respect de la souveraineté de la Syrie, les pays de l'OCS soutiennent le peuple syrien pour résoudre la crise dès que possible en mettant  un terme à la violence dans le pays et en lançant t dialogue politique vaste et inconditionnel entre le gouvernement syrien et l'opposition sur la base du communiqué de Genève publiée le 30 juin 2012.

Les États membres ont exprimé leur soutien à une conférence internationale pour  jeter les bases de la réconciliation en Syrie, de la  normalisation et de la participation internationale, dit la déclaration.

Le bloc a également exprimé son soutien pour mettre les armes chimiques, sous la supervision de la communauté internationale et les détruire étape par étape, et suggéré à la Syrie d’adhérer à la Convention sur l'interdiction du développement, de la Production, du stockage et de  l'utilisation des armes chimiques et sur leur Destruction.

La déclaration a également exprimé des inquiétudes sur la question de l'Iran, considérant comme inacceptable la menace de recours à la force par certains pays et les sanctions unilatérales.

Le bloc estime que la confrontation, si on la laisse se développer, va faire des dommages incalculables à la paix et à la sécurité de la région et du monde entier.

Les pays membres de l'OCS ont également exprimé leur position sur les questions de l'Afghanistan et de la péninsule coréenne.

Dans le domaine de l'économie, la déclaration appelle les États membres à prendre des mesures efficaces pour stimuler la coopération économique, qui constitue une garantie importante pour la stabilité de la région et le développement durable.

Enfin, les États membres de l'OCS se sont engagés  à renforcer la coopération dans le cadre de l'OCS et à porter  la coopération à un niveau supérieur afin de transformer la région en une zone  harmonieuse et  durable de paix, de convivialité et de la prospérité.

 

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