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20 septembre 2013 5 20 /09 /septembre /2013 13:16

LES ETATS-UNIS ET LA SYRIE

Histoire d’une hostilité contemporaine permanente

 

Préambule : Avant d’être en butte à une hostilité permanente des Etats-Unis, la Syrie avait souffert de la colonisation française qui avait pris la forme en 1920 d’un mandat de la Société des Nations, une sorte de mise sous tutelle qui suscita pendant toute sa durée une résistance nationale vigoureuse qui fut matée dans le sang.

Principales dates pour mémoire :

1920 : attaque et prise de Damas mais dans d’autres régions les combats continuent jusqu’en 1923. Dans cette période troublée la France divise le pays en « zones ethniques » et sépare le Liban de la Syrie

1925 : révolte dans le djebel druze qui s’étend dans tout le pays et dure jusqu’en 1927.La France utilise ses troupes coloniales pour une répression très brutale

La France abandonne alors l’administration militaire directe et cherche à s’allier les notables locaux en fragmentant le pays. L’échec de cette politique conduit le gouvernement du Front populaire à signer un traité de paix en Décembre 1936. Ce traité reconnait l’unité de la Syrie et conserve à la France une série de bases militaires. Le traité ne sera pas présenté pour ratification au vote du Parlement par les gouvernements français suivants et ne sera donc pas appliqué.

 

Chapitre I : de l’indépendance à l’alliance avec l’URSS

En 1946 les Etats-Unis reconnaissent la nouvelle Syrie indépendante. Débute alors une période troublée caractérisée par l’émergence difficile et chaotique d’une couche d’officiers nationalistes hostiles aux anciennes classes dirigeantes de propriétaires terriens et de commerçants qui avaient collaboré avec le mandataire-occupant français.

Le tout jeune état syrien est immédiatement confronté au bouleversement que représente la création de l’Etat d’Israël. Pour obtenir la création simultanée de l’Etat palestinien prévu par l’ONU les pays arabes entrent en guerre et sont battus (première guerre israélo-arabe). Cette défaite déstabilise la Syrie. En 1949 un premier coup d’Etat renverse le premier Président Shukri al Kuwaitli Il est remplacé par Husni al Za’Im, le chef d’Etat-major qui avait conduit l’armée syrienne dans la première guerre israélo-arabe. Paradoxalement cet échec n’entrave pas sa carrière politique car il va bénéficier du soutien secret des Etats-Unis pur accéder au pouvoir. Pour Washington la priorité est d’assurer l’acheminement du pétrole saoudien, leur pétrole (l’ARAMCO - Arabian American Company - est alors leur propriété intégrale) vers la Méditerranée sans passer par le canal de Suez alors sous contrôle franco-britannique. Ils lancent le projet de TAPLINE (Trans-arab pipeline) pipeline allant de la région productrice saoudienne (au Nord-est du territoire) au port libanais de SAIDA en traversant la Jordanie et le Golan syrien. Le Président en exercice plus proche des intérêts franco-anglais est opposé au projet de pipeline. Pour bien marquer son alignement sur Washington Husni al Za’im interdit bientôt le parti communiste syrien.

Quatre mois plus tard il est lui-même renversé par un groupe d’officiers conduit par Adib Shishakli et Sami al Hinnawi. En Décembre 49, troisième coup d’état, Shishakli élimine son complice qui était lui sous l’influence britannique (dont il était probablement un agent), favorable à l’union avec l’Irak pour constituer un bloc de deux Etats sous influence britannique. L’Irak est alors dirigé par le Chérif Hussein mis en place par Londres après qu’il ait été évincé de Syrie en 1920.Shishakli maintient d’étroites relations avec les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite Bien qu’il refuse dans un premier temps d’accorder la nationalité syrienne aux 500 000 palestiniens réfugiés en Syrie après la Naqba, les Etats-Unis le considèrent comme le plus puissant dirigeant anti-communiste du pays et envisagent dés 1950 de livrer des armes à la Syrie. Cependant Shishakli a des difficultés à stabiliser son pouvoir et en 1952 il dissout le parlement et installe une dictature militaire. Mais, malgré la bienveillance du département d’Etat étasunien qui pousse la Banque Mondiale à lui accorder un prêt de 200 millions de $ son alliance avec les Etats-Unis n’aura pas le temps de prendre véritablement corps. En 1954 – le 25 février 1954 Shishakli est renversé par un coup d’état organisé par un front de partis nationalistes comprenant le Baath et le parti communiste syrien. Les élections qui suivent – le 24 Septembre 1954 – voient le succès des partis de gauche et pour la première fois dans le monde arabe un député communiste : Khalid Bakdash est élu député.

Le commentaire d’Allen Dulles, le patron de la CIA, est sans ambigüité : « la situation dans ce pays est la pire de celle de tous les pays de la région ». La riposte se prépare sous la forme du lancement en Janvier 1955 du projet de « Pacte de Bagdad » pendant moyen-oriental de l’OTAN. La Syrie et l’Egypte s’opposent à cette création. Le plus ardent avocat de cette opposition, le colonel syrien Makli est assassiné le 22 Avril 1955 par un tueur du parti « Social nationaliste syrien » (SSNP) soutien de Shishakli et proche des Etats-Unis. Cet assassinat s’inscrit dans un plan commun des services britanniques et étasuniens pour rassembler dans le camp occidental à la fois d’une part l’Irak (sous influence britannique jusqu’au coup d’état du 14 Juillet 1958 qui amènera au pouvoir le général Aref et ensuite Saddam Hussein) d’autre part la Jordanie, l’Arabie Saoudite et Israël sous influence étasunienne. Le projet qui présente de grandes analogies avec la crise actuelle consistait à susciter des incidents frontaliers avec la Turquie qui justifierait une intervention militaire irakienne accompagnée de soulèvements tribaux suscités par les services britanniques et l’intervention armée de groupes rebelles du SSNP encadrés par des agents étasuniens. En Aout 1955 Shukri al Kuwaitli revient au pouvoir et dans un climat d’union nationale où s’affirme l’influence du Baath signe en Octobre un traité d’alliance militaire avec l’Egypte. Tous ces préparatifs sont bouleversés par la nationalisation du canal de Suez le 26 Juillet 1956 qui devient aussitôt le point le plus chaud de la crise moyen-orientale et va être l’occasion pour les Etats-Unis de prendre les rênes de la politique occidentale au Moyen-Orient au détriment des anciennes puissances coloniales : France et Grande-Bretagne qui se voient intimer par Eisenhower l’ordre humiliant de retirer leurs troupes d’Egypte.

Un nouveau coup d’état pro-occidental se prépare en Syrie mais le complot est déjoué par les services secrets syriens et dénoncé à la télévision le 23 Novembre 1956. La réaction des Etats-Unis est rapide et sans ambigüité. Sur la demande d’Eisenhower qui met en avant les derniers développements de la situation en Syrie, le 30 Janvier 1957 le Congrès accorde au Président l’autorisation d’utiliser l’armée pour contenir l’influence soviétique aux Moyen-Orient. Avant cette décision politique officielle la Syrie a été un laboratoire régional d’actions clandestines de la CIA qui est intervenue sans cesse pour favoriser l’accès ou le maintien au pouvoir des différents gouvernements qui se sont succédé à la tête du pays à partir du coup d’Etat du 30 Mars 1949. Cette politique d’ingérence permanente a été détaillée par le professeur Douglas Little spécialiste d’histoire du Moyen Orient à l’Université Clark dans son article « Cold War and covert actions. The US and Syria - 1945-1958 » publié en 1990 dans le numéro 44 du MIDDLE EAST JOURNAL (hiver 1990)

Les élections de Mai 1957 en Syrie voient le triomphe des partis de gauche. Des tentatives pour éviter la rupture totale avec l’occident conduites par Khaled al Azam et Salah Bitar ont lieu dans les mois qui suivent mais elles sont infructueuses et le 6 Aout 1957 ils signent à Moscou un accord d’assistance économique technique et militaire avec l’URSS. La guerre froide initiée par les Etats-Unis vient de s’installer durablement au Moyen-Orient, la Syrie est rangée pour des décennies par les Etats-Unis dans le camp des adversaires de l’Occident.

La crainte d’une attaque armée des USA est telle qu’en Septembre le gouvernement fait creuser des tranchées dans la ville de Damas. Pour protéger la Syrie menacée les troupes égyptiennes débarquent à Lattaquié le 18 Octobre 1957. L’armée syrienne passe sous le commandement du maréchal égyptien Abdel Hakim Amer, bras droit de Nasser, L’union des deux pays est ainsi scellée sur le terrain et prendra la forme officielle de la République Arabe Unie créée en Février 1958 et massivement approuvée par un référendum commun le 21 Février 1958. La Syrie devient la province Nord de la RAU

Cet engagement syrien sous la bannière de Nasser confirme l’engagement de la Syrie dans le camp du nationalisme arabe hostile à la domination des Etats-Unis sur la région. Cependant la fusion des deux Etats se fait au détriment de la Syrie qui voit les principales institutions de la RAU s’installer au Caire et les principaux postes confiés à des égyptiens .La rupture intervient dés 1961. Le 28 Septembre un coup d’état militaire a lieu à Damas et la Syrie reprend son indépendance. Les troupes égyptiennes quittent Lattaquié. Ce changement rapide et brutal est aussi une réponse à la révolution irakienne. En effet le coup d’état militaire du 14.07.1958 à Bagdad a renversé la monarchie, les militaires nationalistes sont au pouvoir, le PC irakien se renforce. Le pays quitte le pacte de Bagdad pro occidental, se lie avec l’URSS ce qui est de nature à favoriser un rapprochement syro-irakien.

S’ouvre alors en Syrie une nouvelle période d’instabilité qui voit s’élaborer un nouveau projet d’union qui rassemblerait tous les pays se réclamant alors du nationalisme arabe : Irak, Egypte (qui continue à s’appeler République Arabe Unie), Yémen, Algérie et Syrie. En Syrie l’affrontement sur cette question a lieu entre des « unionistes », surtout puissants à Alep et les Baathistes favorables à l’indépendance. Ceux-ci finissent par s’imposer par un nouveau coup d’Etat en Avril 1963. La Syrie se retrouve seule et se dote en Avril 1964 d’une nouvelle constitution laïque.

Dés lors s’engage entre le Baath et les Frères Musulmans un conflit qui n’a jamais cessé et constitue la toile de fond de l’actuelle guerre même si les Frères Musulmans qui tentent à plusieurs reprises de prendre le pouvoir par la voie de l’insurrection sont durement réprimés à Banyas et à Hama. Qu’ils aient tenté en Mars 2011 de revenir sur la scène dans la foulée des crises politiques en Tunisie et en Egypte qui leur ont ouvert les portes du pouvoir n’est pas une surprise et confirme que dans le monde arabe chaque évènement politique national d’importance a une répercussion très rapide chez ses voisins mais, donnée oubliée par nombre de commentateurs occidentaux des « printemps arabes » sans en être jamais la reproduction à l’identique, les histoires nationales même récentes et les structures politiques propres ayant leur influence dans l’évolution des situations.

Jusqu’à la guerre de 1967 avec Israël (nommée « guerre des six jours par Israël et « guerre arabe de 1967 » par les pays arabes) la question du nassérisme divise la Syrie. Le prestige acquis par Nasser par la nationalisation du canal de Suez est tempéré par l’expérience malheureuse de la RAU. Paradoxalement la droite syrienne qui apprécie l’anticommunisme nassérien est plus nassérienne que la gauche plus franchement nationaliste et où le PC syrien a toute sa place. La guerre de 1967 lancée par Israël qui riposte aux actions de l’Egypte en soutien à une Palestine qui n’existe toujours que sur le papier voit la déroute de la coalition arabe. La Syrie n’est pas l’objectif militaire principal d’Israël. Cependant l’aviation syrienne comme l’aviation égyptienne toutes deux équipée par l’URSS sont totalement détruites au sol et l’armée syrienne sans couverture aérienne perd la bataille du Golan qu’Israël va coloniser progressivement. La perte est encore plus grave pour l’Egypte qui perd Gaza, le Sinaï et qui voit le canal de Suez, dont la rive orientale est fermement tenue par l’armée israélienne, fermé.

La ministre de la défense syrien de l’époque est Hafez el Assad. Pilote de chasse, formé en URSS il a été stationné en Egypte avec son unité pendant la période d’unité de la RAU (1957-1961) et a cruellement ressenti la marginalisation des syriens par l’Egypte. Il éprouvera le même sentiment au moment de la guerre de 1967, l’allié égyptien ayant conduit les opérations en solitaire, laissant la Syrie et la Jordanie impréparées face à l’attaque d’Israël. On peut en conclure qu’il n’a jamais été nassérien. Cette méfiance vis-à-vis de l’Egypte sera renforcée à deux reprises quand Hafez el Assad sera devenu chef d’Etat en 1970. Une première fois en 1973 lorsque Sadate lance ses troupes dans le Sinaï mais ne pousse pas son avantage et arrête l’offensive une fois repris le contrôle du Canal de Suez permettant à la contre offensive israélienne de se développer. Une seconde fois lorsque Sadate se rend à Jérusalem et ouvre la porte au traité de paix avec Israël.

L’analyse que la Syrie fait de la politique égyptienne de Sadate est exacte et correspond à l’analyse qu’en fera l’ambassadeur d’URSS au Caire à l’époque (voir annexe). La guerre de 1973 est destinée à laver l’affront de 1967 mais n’est pas une victoire. Elle répond aux deux objectifs des Etats-Unis : rouvrir le Canal de Suez nécessaire au développement du commerce international et à la circulation facile du pétrole moyen oriental vers l’Europe et les Etats-Unis, ne pas attaquer directement Israël et ouvrir la voie de la négociation de paix qui entérinera inévitablement les conquêtes israéliennes de 1967, Sinaï excepté. Ce plan égyptien est tellement conforme à la stratégie des Etats-Unis que ceux-ci s’emploient à en concrétiser rapidement tous les objectifs. Kissinger multiplie voyages sur place et rencontres et Nixon viendra lui-même en visite officielle pour bien montrer qui a tiré les marrons du feu. Hafez el Assad les accueille l’un et l’autre mais ne cède en rien sur son refus des conquêtes militaires israéliennes et refuse tout accord de paix avec Israël. La Syrie s’installe donc dans la position de leader du front du refus position qu’elle occupe encore aujourd’hui bien que le front n’existe plus. Le traité de paix entre l’Egypte et Israël viendra confirmer et au-delà toutes les réserves syriennes

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ANNEXE

Le document Vinogradov

Vladimir Vinogradov est ambassadeur d’URSS en Egypte où il est arrivé à la mort de Nasser (1970) au moment de la guerre dite du Kippour (1973). Il sait mieux que personne que les armées égyptienne et syrienne ont été largement fournies par son pays en armement de très bon niveau. Il connait personnellement Sadate et il sait que Sadate issu du mouvement des officiers nassériens est très anticommuniste et cherche en fait à tourner la page du nassérisme. Il observe les allées et venues de Kissinger dans la région et ne peut que soupçonner l’existence d’un projet des Etats-Unis pour la région. Il produira donc un document circonstancié sur le plan Sadate-Kissinger qu’il présentera à Moscou au Bureau Politique

Telle est au moins la présentation qu’en fait en 2012 le chroniqueur israélien d’origine russe Israël Shamir dans un article paru dans la revue étasunienne COUNTERPUNCH et repris depuis sur divers blogs et sites internet. Vladimir Vinogradov et tous les acteurs de l’éventuel complot : Sadate, Golda Meir sont morts. Un seul survivant : Henry Kissinger … Par contre il n’est paru aucune critique de l’article d’Israël Shamir dont la traduction française suit.

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L'histoire secrète de la Guerre du Kippour

Par ISRAEL SHAMIR

Je vous préviens tout de suite, cette information n’est pas comme les autres... Si ces écrits sont authentiques, ils remettent en question toute l'hégémonie américaine sur le monde. Et justement, cela est intéressant de les prendre en considération, alors que leur modèle économique est sur le point de s'effondrer. Est-ce que l'histoire ne chercherait pas tout simplement à rétablir la vérité ?

J'ai récemment reçu à Moscou une chemise bleu-marine datée de 1975, qui contenait l'un des secrets les mieux gardés de la diplomatie du Moyen Orient et des USA. Le mémoire rédigé par l'ambassadeur soviétique au Caire Vladimir M. Vinogradov, apparemment le brouillon d'un rapport adressé au Politburo soviétique décrit la guerre d'octobre 1973 comme un complot entre les dirigeants israéliens, américains et égyptiens, orchestré par Henry Kissinger. Cette révélation va vous choquer, si vous êtes un lecteur égyptien. Moi qui suis un Israélien et qui ai combattu les Égyptiens dans la guerre de 1973, j'ai été choqué aussi, je me suis senti poignardé, et je reste terriblement excité par l'incroyable découverte. Pour un Américain cela pourra être un choc.

À en croire le dit mémoire (à paraître in extenso dans le magazine prestigieux Expert de Moscou), Anouar al Sadate, qui cumulait les titres de président, premier ministre, président de l'ASU, commandant en chef des armées, avait conspiré de concert avec les Israéliens, avait trahi la Syrie son alliée, condamné l'armée syrienne à sa perte, et Damas à se retrouver bombardée, avait permis aux tanks de Sharon de s'engager sans danger sur la rive occidentale du Canal de Suez, et en fait, avait tout simplement planifié la défaite des troupes égyptiennes dans la guerre d'octobre 1973. Les soldats égyptiens et officiers se battirent bravement et avec succès contre l'armée israélienne - trop bien, même, au goût de Sadate, puisqu'il avait déclenché la guerre pour permettre aux USA de faire leur retour au Moyen Orient. Tout ce qu'il réussit à faire à Camp Davis, il aurait pu l'obtenir sans guerre quelques années plus tôt.

Il n'était pas le seul à conspirer: selon Vinogradov, la brave grand'mère Golda Meir avait sacrifié deux mille des meilleurs combattants juifs (elle ne pensait pas qu'il en tomberait autant, probablement) afin d'offrir à Sadate son heure de gloire et de laisser les USA s'assurer de positions solides au Moyen Orient. Le mémoire nous ouvre la voie pour une réinterprétation complètement inédite du traité de Camp David, comme un pur produit de la félonie et de la fourberie.

Vladimir Vinogradov était un diplomate éminent et brillant ; il a été ambassadeur à Tokyo dans les années 1960, puis au Caire de 1970 à 1974, co-président de la Conférence de Paix de Genève, ambassadeur à Téhéran pendant la révolution islamique, représentant au ministère des Affaires étrangères de l'URSS et ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie. C'était un peintre de talent, et un écrivain prolifique ; ses archives comportent des centaines de pages d'observations uniques et de notes qui couvrent les affaires internationales, mais son journal du Caire tient la place d'honneur, et parmi d'autres, on y trouve la description de ses centaines de rencontres avec Sadate, et la séquence complète de la guerre, puisqu'il l'observait depuis le quartier général de Sadate au moment précis où les décisions étaient prises. Lorsqu'elles seront publiées, ces notes permettront de réévaluer la période post-nassérienne de l'histoire égyptienne.

Vinogradov était arrivé au Caire pour les funérailles de Nasser, et il y resta comme ambassadeur. Il a rendu compte du coup d'État rampant de Sadate, le moins brillant des hommes de Nasser, qui allait devenir le président par un simple hasard, parce qu'il était le vice-président à la mort de Nasser. Il avait aussitôt démis de leurs fonctions, exclu et mis en prison pratiquement tous les hommes politiques importants de l'Égypte, les compagnons d'armes de Gamal Abdel Nasser, et démantela l'édifice du socialisme nassérien.

Vinogradov était un fin observateur, mais nullement un comploteur ; loin d'être un doctrinaire têtu, c'était un ami des Arabes et il soutenait fermement l'idée d'une paix juste entre Arabes et Israël, une paix qui satisferaient les besoins des Palestiniens et assurerait la prospérité juive.

La perle de ses archives, c'est le dossier intitulé "La partie en jeu au Moyen Orient". Il contient quelque 20 pages dactylographiées, annotées à la main, à l'encre bleue, et il s'agit apparemment d'un brouillon pour le Politburo et pour le gouvernement, daté de janvier 1975, juste après son retour du Caire. La chemise contient le secret mortel de la collusion dont il avait été témoin. C'est écrit dans un russe vivant et tout à fait agréable à lire, pas dans la langue de bois bureaucratique à laquelle on pourrait s'attendre. Deux pages ont été ajoutées au dossier en mai 1975 ; elles décrivent la visite de Vinogradov à Amman et ses conversations informelles avec Abou Zeid Rifai, le premier ministre, ainsi que son échange de vues avec l'ambassadeur soviétique à Damas.

Vinogradov n'a pas fait connaître ses opinions jusqu'en 1998, et même à ce moment, il n'a pas pu parler aussi ouvertement que dans ce brouillon. En fait, quand l'idée de collusion lui eût été présentée par le premier ministre jordanien, il avait refusé d'en discuter avec lui, en diplomate avisé.

La version officielle de la guerre d'octobre 1973 dit que le 6 octobre 1973, conjointement avec Hafez al-Assad de Syrie, Anouar al Sadat déclencha la guerre, avec une attaque surprise contre les forces israéliennes. Ils traversèrent le canal de Suez et s'avancèrent dans le Sinaï occupé, juste quelques kilomètres. La guerre se poursuivant, les tanks du général Sharon avaient traversé à leur tour le canal, et encerclé la troisième armée égyptienne. Les négociations pour le cessez-le6feu avaient débouché sur la poignée de main à la Maison Blanche.

En ce qui me concerne, la guerre de Yom Kippour, comme nous l'avions appelée constitue un chapitre important de ma biographie. En tant que jeune parachutiste, j'ai combattu, pendant cette guerre, j'ai traversé le canal, j'ai pris les hauteurs de Gabal Ataka, j'ai survécu aux bombardements et aux corps-à-corps, j'ai enseveli mes camarades, tiré sur les chacals du désert, mangeurs d'hommes et sur les tanks ennemis. Mon unité avait été amenée par hélicoptère dans le désert, où nous avons coupé la ligne principale de communication entre les armées égyptiennes et leur base, la route Suez-le Caire. Notre position, à 101 km du Caire, a servi de cadre aux premières conversations pour le cessez-le-feu ; de sorte que je sais que la guerre n'est pas un vain mot, et cela me fait mal de découvrir que moi et mes camarades en armes n'étions que des pions jetables dans le jeu féroce où nous, les gens ordinaires, étions les perdants. Bien entendu, je n'en savais rien à ce moment, pour moi, la guerre était la surprise, mais je n'étais pas général à l'époque.

Pour Vinogradov, aucune surprise : de son point de vue, tant la traversée du canal par les Égyptiens que les incursions de Sharon étaient planifiées, agréées à l'avance par Kissinger, Sadate et Golda Meir. Le plan comportait d'ailleurs la destruction de l'armée syrienne au passage.

Pour commencer, il pose certaines questions : comment la traversée pourrait-elle avoir été une surprise alors que les Russes avaient évacué leurs familles quelques jours avant la guerre ? La concentration des forces était facile à observer, et ne pouvait pas échapper à l'attention des Israéliens. Pourquoi les forces égyptiennes n'ont-elles pas avancé après avoir traversé, et sont-elles restées plantées là ? Pourquoi n'y avait-il aucun plan pour aller plus loin ? Pourquoi y avait-il un large espace vide de 40 km, non gardé, entre la deuxième et la troisième armée, une brèche qui était une invitation pour le raid de Sharon ? Comment les tanks israéliens ont-ils pu ramper jusqu'à la rive occidentale ? Pourquoi Sadate avait-il refusé de les arrêter ? Pourquoi n'y avait-il pas de forces de réserve sur la rive occidentale ?

Vinogradov emprunte une règle chère à Sherlock Holmes qui disait : quand vous avez éliminé l'impossible, ce qui reste, aussi improbable cela soit-il, doit être la vérité. Il écrit : on ne saurait répondre à ces questions si l'on tient Sadate pour un véritable patriote égyptien. Mais on peut y répondre pleinement, si l'on considère la possibilité d'une collusion entre Sadate, les USA et la direction israélienne. Une conspiration dans laquelle chaque participant poursuivait ses propres objectifs. Une conspiration dans laquelle aucun participant ne connaissait tous les détails du jeu des autres. Une conspiration dans laquelle chacun essayait de rafler la mise, en dépit de l'accord commun.

Le plan de Sadate

Sadate était au point le plus bas de son pouvoir avant la guerre : il perdait son prestige dans son pays et dans le monde. Le moins diplômé et le moins charismatique des disciples de Nasser se retrouvait isolé. Il avait besoin d'une guerre, d'une guerre limitée avec Israël, qui ne se terminerait pas par une défaite. Une telle guerre l'aurait soulagé de la pression de l'armée, et il aurait retrouvé son autorité. Les USA étaient d'accord pour lui donner le feu vert pour la guerre, chose que les Russes n'avaient jamais fait. Les Russes protégeaient le ciel égyptien, mais ils étaient contre les guerres. Sadate devait s'appuyer sur les USA et se dégager de l'URSS. Il était prêt à le faire parce qu'il détestait le socialisme. Il n'avait pas besoin de la victoire, juste d'une non-défaite ; il avait l'intention d'expliquer son échec par la déficience des équipements soviétiques. Voilà pourquoi il avait imparti à l'armée une tâche minimale : traverser le canal et tenir la tête de pont jusqu'à ce que les Américains entrent dans la danse.

Le plan des USA

Les USA avaient perdu leur emprise sur le Moyen Orient, avec son pétrole, son canal, sa vaste population, au cours de la décolonisation. Ils étaient obligés de soutenir l'allié israélien, mais les Arabes n'arrêtaient pas de se renforcer. Il aurait fallu obliger Israël à plus de souplesse, parce que sa politique brutale interférait avec les intérêts américains. Si bien que les USA devaient conserver Israël en tant qu'allié, mais au même moment il leur fallait briser l'arrogance d'Israël. Les USA avaient besoin d'une occasion de "sauver" Israël après avoir autorisé les Arabes à frapper les Israéliens pendant un moment. Voilà comment les USA permirent à Sadate d'entamer une guerre limitée.

Israël

Les dirigeants israéliens se devaient d'aider les USA, leur principal fournisseur et soutien. Les USA devaient consolider leurs positions au Moyen Orient, parce qu'en 1973 ils n'avaient qu'un seul ami et allié, le roi Fayçal (Kissinger avait dit à Vinogradov que Fayçal essayait de l'endoctriner sur la malignité des juifs et des communistes). Si les USA devaient retrouver leurs positions au Moyen Orient, les positions israéliennes s'en trouveraient fortifiées d'autant. L'Égypte était un maillon faible, parce que Sadate n'aimait pas l'URSS ni les forces progressistes locales, on pouvait le retourner. Pour la Syrie, il fallait agir au plan militaire, et la briser.

Les Israéliens et les Américains décidèrent donc de laisser Sadate s'emparer du canal tout en contrôlant les cols de Mittla et de Giddi, la meilleure ligne de défense de toute façon. C'était le plan Rogers en 1971, et c'était acceptable pour Israël. Mais cela devait être le résultat d'une bataille, et non pas une cession gracieuse.

Pour ce qui est de la Syrie, il fallait la battre à plate couture, au plan militaire. Voilà pourquoi l'État-major israélien envoya bien toutes ses troupes disponibles sur la frontière syrienne, tout en dégarnissant le Canal, malgré le fait que l'armée égyptienne était bien plus considérable que celle des Syriens. Les troupes israéliennes sur le canal allaient se voir sacrifiées dans la partie, elles devaient périr pour permettre aux USA de revenir au Moyen Orient.

Cependant, les plans des trois partenaires allaient se voir quelque peu contrariés par la réalité du terrain ; c'est ce qui se produit généralement avec les conspirations, rien ne se passe comme prévu, dit Vinogradov, dans son mémoire...

Pour commencer, le jeu de Sadate se trouva faussé. Ses présupposés ne fonctionnèrent pas. Contrairement à ses espérances, l'URSS prit le parti des Arabes et commença à fournir par voie aérienne l'équipement militaire le plus moderne, aussitôt. L'URSS prit le risque d'une confrontation avec les USA ; Sadate ne croyait pas qu'ils le feraient parce que les Soviétiques étaient réticents envers la guerre, avant qu'elle éclate. Son second problème, selon Vinogradov, était la qualité supérieure des armes russes aux mains des Égyptiens. Elles étaient meilleures que l'armement occidental aux mains des Israéliens.

En tant que soldat israélien à l'époque, je ne puis que confirmer les paroles de l'ambassadeur. Les Égyptiens bénéficiaient de la légendaire Kalachnikov AK-47, le meilleur fusil d'assaut au monde, alors que nous n'avions que des fusils FN qui détestaient le sable et l'eau. Nous avons lâché nos FN pour nous emparer de leurs AK à la première occasion. Ils utilisaient des missiles antichars Sagger légers, portables, précis, qu'un seul soldat pouvait charger. Les Saggers ont bousillé entre 800 et 1200 chars israéliens. Nous avions de vieilles tourelles de 105 mm sans recul, montées sur des Jeeps, et il fallait quatre hommes sur chacune (en fait un petit canon) pour combattre les chars. Seules les nouvelles armes américaines redressaient quelque peu l'équilibre.

Sadate ne s'attendait pas à ce que les troupes égyptiennes, entraînées par les spécialistes soviétiques, surpassent leur ennemi israélien, mais c'est ce qui se passa. Elles franchirent le canal bien plus vite que ce qui était prévu, et avec beaucoup moins de pertes. Les Arabes battaient les Israéliens, et c'était une mauvaise nouvelle pour Sadate. Il était allé trop loin. Voilà pourquoi les troupes égyptiennes s'arrêtèrent, comme le soleil au-dessus de Gibéon, et ne bougèrent plus. Ils attendaient les Israéliens, mais à ce moment les Israéliens étaient en train de combattre les Syriens. Les Israéliens se sentaient relativement tranquilles du côté de Sadate, et ils avaient envoyé toute leur armée au nord. L'armée syrienne reçut de plein fouet l'assaut israélien et commença à battre en retraite, ils demandèrent à Sadate d'avancer, pour les soulager un peu, mais Sadate refusa. Son armée resta plantée là, sans bouger, malgré le fait qu'il n'y avait pas un Israélien en vue entre le canal et les cols de montagne. Le dirigeant syrien Assad était convaincu à l'époque que Sadate l'avait trahi, et il le déclara franchement à l'ambassadeur soviétique à Damas, Muhitdinov, qui en fit part à Vinogradov. Vinogradov voyait Sadate tous les jours et il lui demanda en temps réel pourquoi ses troupes n'avançaient pas. Il ne reçut aucune réponse sensée : Sadate bredouilla qu'il ne voulait pas parcourir tout le Sinaï pour aller à la rencontre des Israéliens, qu'ils arriveraient bien jusqu'à lui tôt ou tard.

Le commandement israélien était bien ennuyé, parce que la guerre ne se passait pas comme ils s'y attendaient. Ils avaient de lourdes pertes sur le front syrien, les Syriens se retiraient, mais il fallait se battre pour chaque mètre ; seule la passivité de Sadate sauvait les Israéliens d'un revers. Le plan pour en finir avec la Syrie avait raté, mais les Syriens ne pouvaient pas contre-attaquer efficacement.

Il était temps de punir Sadate : son armée était trop efficace, son avance trop rapide, et pire encore ; il dépendait encore plus des Soviétiques, grâce au pont aérien. Les Israéliens mirent fin à leur avancée sur Damas et envoyèrent les troupes au sud, dans le Sinaï. Les Jordaniens pouvaient à ce moment-là couper la route nord-sud, et le roi Hussein offrit de le faire à Sadate et à Assad. Assad accepta immédiatement, mais Sadate refusa d'accepter l'offre. Il expliqua à Vinogradov qu'il ne croyait pas aux capacités de combat des Jordaniens. S'ils rentrent dans la guerre, c'est l'Égypte qui va devoir les tirer d'affaire. A un autre moment, il dit qu'il valait mieux perdre tout le Sinaï que de perdre un mètre carré en Jordanie : remarque qui manquait de sincérité et de sérieux, du point de vue de Vinogradov. Et voilà comment les troupes israéliennes marchèrent vers le sud sans encombre.

Pendant la guerre, nous les Israéliens savions aussi que si Sadate avançait, il s'emparerait du Sinaï en moins de deux ; nous examinions plusieurs hypothèses pour comprendre pourquoi il ne bougeait pas, mais aucune n'était satisfaisante. C'est Vinogradov qui nous donne la clé à présent ; Sadate ne jouait plus sa partition, il attendait que les USA interviennent. Et il se retrouva avec le raid de Sharon fonçant.

La percée des troupes israéliennes jusqu'à la rive occidentale du canal est la partie la plus sombre de la guerre, dit Vinogradov. Il demanda à l'État-major de Sadate au début de la guerre pourquoi il y avait une large brèche de 40 km entre les deuxième et troisième corps d'armées, et on lui répondit que c'était une directive de Sadate. La brèche n'était même pas gardée, c'était une porte grande ouverte, comme un Cheval de Troie tapi au fond d'un programme d'ordinateur.

Sadate n'accorda pas d'attention au raid de Sharon, il était indifférent à ces coups de théâtre. Vinogradov lui demanda de faire quelque chose, dès que les cinq premiers chars israéliens eurent traversé le canal, mais Sadate refusa, disant que ça n'avait pas d'importance militairement, que ce n'était qu'une "manœuvre politique", expression fort brumeuse. Il le redit plus tard à Vinogradov, lorsque l'assise israélienne sur la rive occidentale fut devenue une tête de pont incontournable. Sadate n'écouta pas les avertissements de Moscou, il ouvrit la porte de l'Afrique aux Israéliens.

Il y a place pour deux explications, dit Vinogradov : impossible que l'ignorance militaire des Égyptiens fût aussi grande, et improbable que Sadate eût des intentions cachées. Et c'est l'improbable qui clôt le débat, comme le faisait remarquer Sherlock Holmes.

Si les Américains n'ont pas stoppé l'avancée aussitôt, dit Vinogradov, c'est parce qu'ils voulaient avoir un moyen de pression pour que Sadate ne change pas d'avis sur tout le scénario en cours de route. Apparemment la brèche avait été conçue dans le cadre de cette éventualité. Donc, quand Vinogradov parle de "conspiration", il se réfère plutôt à une collusion dynamique, semblable à la collusion concernant la Jordanie, entre la Yeshuva juive et la Transjordanie, telle que l'a décrite Avi Shlaim : il y avait des lignes générales et des accords, mais qui pouvaient changer selon le rapport de force entre les parties.

Conclusion

Les USA ont "sauvé" l'Égypte en mettant un point d'arrêt à l'avancée des troupes israéliennes. Avec le soutien passif de Sadate, les USA ont permis à Israël de frapper durement la Syrie.

Les accords négociés par les USA pour l'intervention des troupes de l'ONU ont protégé Israël pour les années à venir (dans son document important mais différent, ses annotations au livre de Heikal « Road to Ramadan », Vinogradov rejette la thèse du caractère inévitable des guerres entre Israéliens et Arabes : d'après lui, tant que l'Égypte reste dans le sillage des USA, une telle guerre est à écarter. Effectivement, il n'y a pas eu de grande guerre depuis 1974, à moins de compter les "opérations" israéliennes au Liban et à Gaza.)

Les USA ont sauvé Israël grâce à leurs fournitures militaires.

Grâce à Sadate, les USA sont revenus au Moyen Orient et se sont positionnés comme les seules médiateurs et "courtiers honnêtes" dans la région.

Sadate entreprit une violente campagne antisoviétique et antisocialiste, dit Vinogradov, dans un effort pour discréditer l'URSS. Dans ses Notes, Vinogradov charge le trait, affirmant que Sadate avait répandu beaucoup de mensonges et de désinformation afin de discréditer l'URSS aux yeux des Arabes. Sa ligne principale était que l'URSS ne pouvait ni ne souhaitait libérer le territoire arabe alors que les USA le pouvaient, le voulaient, et le faisaient.

Vinogradov explique ailleurs que l'Union soviétique était et reste opposée aux guerres d'agression, entre autres raisons parce que l'issue n'en est jamais certaine. Cependant, l'URSS était prête à aller loin pour défendre les États arabes. Et pour ce qui est de la libération, bien des années sont passées, et ont prouvé que les US ne voulaient ou ne pouvaient nullement en faire autant, alors que la dévolution du Sinaï à l'Égypte était toujours possible, en échange d'une paix séparée, et cela même sans guerre.

Après la guerre, les positions de Sadate s'améliorèrent nettement. Il fut salué comme un héros, l'Égypte eut la place d'honneur parmi les États arabes. Mais en moins d'un an, sa réputation se retrouva en lambeaux, et celle de l'Égypte n'a cessé de se ternir, dit Vinogradov.

Les Syriens avaient compris très tôt le jeu de Sadate : le 12 octobre 1973, lorsque les troupes égyptiennes s'arrêtèrent et cessèrent de combattre, le président Hafez al Assad dit à l'ambassadeur soviétique qu'il était certain que Sadate était en train de trahir volontairement la Syrie. Sadate avait permis la percée israélienne jusque sur la rive occidentale de Suez, de façon à offrir à Kissinger une occasion d'intervenir et de concrétiser son plan de désengagement, confia Assad au premier ministre jordanien Abu Zeid Rifai qui le dit à son tour à Vinogradov durant un petit-déjeuner privé qu'ils prirent chez lui à Amman. Les Jordaniens aussi soupçonnent Sadate de tricher, écrit Vinogradov. Mais le prudent Vinogradov refusa de rentrer dans ce débat, tout en ayant bien l'impression que les Jordaniens "lisaient dans ses pensées."

Lorsque Vinogradov fut désigné comme co-président de la Conférence de paix de Genève, il fit face à une position commune à l'Égypte et aux USA visant à saboter la conférence, tandis qu'Assad refusait tout simplement d'y participer. Vinogradov lui remit un avant-projet pour la conférence et lui demanda si c'était acceptable pour la Syrie. Assad répondit : Oui, sauf une ligne. Quelle ligne, demanda plein d'espoir Vinogradov, et Assad rétorqua : La ligne qui dit "la Syrie accepte de participer à la conférence." Et la conférence fut un fiasco, comme toutes les autres conférences et conversations diverses.

Quoique les soupçons formulés par Vinogradov dans son document secret soient venus à l'esprit de différents experts militaires et historiens, jamais jusqu'alors ils n'avaient été formulés par un participant aux événements, une personne aussi haut placée, aussi informée, présente aux moments clé, et en possession de tous les éléments. Les notes de Vinogradov permettent de déchiffrer et de retracer l'histoire de l'Égypte : désindustrialisation, pauvreté, conflits internes, gouvernement militaire, le tout étroitement lié à la guerre bidon de 1973.

Quelques années après la guerre, Sadate était assassiné, et son successeur désigné Hosni Moubarak entama son long règne, suivi par un autre participant à la guerre d'octobre, le General Tantawi. Obtenu par le mensonge et la trahison, le traité de paix de Camp David protège toujours les intérêts américains et israéliens. C'est seulement maintenant, alors que le régime de l'après Camp David commence à donner des signes d'effondrement, que l'on peut espérer quelque changement. Le nom de Sadate au panthéon des héros égyptiens était protégé jusqu'à maintenant, mais à la fin, comme on dit, tout ce qui est caché un temps s'avérera transparent.

P.S. En 1975, Vinogradov ne pouvait pas prédire que la guerre de 1973 et les traités qui en découlèrent allaient changer le monde. Ils scellèrent l'histoire de la présence soviétique et de sa prépondérance dans le monde arabe, même si les derniers vestiges en furent détruits par la volonté américaine bien plus tard : en Irak en 2003, et en Syrie, c'est maintenant qu'ils se voient minés. Ils ont saboté la cause du socialisme dans le monde, ce qui a été le commencement de sa longue décadence. L'URSS, l'État triomphant en 1972, le quasi gagnant de la guerre froide, finit par la perdre. Grâce à la mainmise américaine en Égypte, le schéma des pétrodollars se mit en place, et le dollar qui avait entamé son déclin en 1971 en perdant la garantie or se reprit et devint à nouveau la monnaie de réserve unanimement acceptée. Le pétrole des Saoudiens et des émirs, vendu en dollars, devint la nouvelle ligne de sauvetage de l'empire américain. Avec le recul et armés du mémoire de Vinogradov, nous pouvons affirmer que c'est en 1973-74 que se situe la bifurcation de notre histoire.

Traduction: Maria Poumier

Source : Israelshamir.net, Leschroniquesderorschach, via conjointement Lodela971 sur LIESI et Le Veilleur par mail

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Shamir prend ainsi position à la fois comme analyste et comme témoin direct. Chacun est en droit de se demander pourquoi il a reçu le document Vinogradov et pourquoi il l’a reçu en février 2012 au moment où la guerre de Syrie oppose sur le plan diplomatique et sur celui de la fourniture de renseignement et de matériel militaire les Etats-Unis et leurs amis et la Russie

Retenons simplement les faits non contestés :

- L’ « Effet de surprise » fourni pour expliquer les graves revers de l’armée israélienne les deux premiers jours est contestable puisque tous les experts et techniciens soviétiques présents auprès de l’armée égyptienne (plusieurs milliers) sont rapatriés dans les deux jours précédant la guerre. A noter que Sadate, amorçant son virage pro- US, et après s’être débarrassé de ses collègues nationalistes nassériens avait mis fin dés 1972 à la présence massive de l’armée soviétique en Egypte – au moins de 50 000 hommes bien équipés et une aviation puissante - et qu’il ne restait plus en 1973 que les conseillers militaires et les techniciens. Donc l’URSS savait que l’offensive allait avoir lieu même si elle n’en a su que tardivement la date. Il n’est guère vraisemblable que les services israéliens n’aient rien su. Donc soit le gouvernement israélien n’a pas reçu l’information ou n’en a rien fait preuve de légèreté, soit il a décidé de ne pas en tenir compte, preuve de conspiration.

- Remarquable percée de l’armée égyptienne qui traverse très rapidement le Canal de Suez et perce la ligne de fortification israélienne Bar lev construite par Israël après la guerre de 1967 et considérée comme imprenable

- Après quoi l’armée égyptienne arrête son offensive victorieuse laissant à Israël le Sinaï conquis en 1967

- Cette trêve de fait permet à Israël de concentrer ses forces sur le front syrien et de regagner le terrain perdu sur le Golan les premiers jours. L’armée syrienne résiste pied à pied à cette contre- offensive qui menace directement Damas qui sera bombardé.

- La guerre de régionale qu’elle était à ses débuts devient très vite internationale. L’URSS qui ne veut pas participer directement aux combats ouvre un pont aérien pour approvisionner les armées syrienne et égyptienne, les Etats-Unis font de même pour Israël. Ce face à face des deux puissances laisse même planer sur le monde l’ombre d’une guerre nucléaire.

- L’armement étasunien reçu depuis l’Allemagne permet la contre-offensive victorieuse d’Israël dans la brèche de 60 kilomètres laissée dans les lignes égyptiennes. Cette contre- offensive permet à Israël de se réinstaller sur la rive occidentale du canal et de menacer la ville de Suez. Cependant Israël ne pousse pas son avantage et attend la négociation entre les deux grands.

L’impression générale qui prévaut est celle d’une duplicité des politiques qui du côté égyptien comme du côté israélien laissent les militaires agir sans afficher les objectifs politiques. Duplicité consciente et complice, c’est la « thèse Vinogradov » ou enchainement non maitrisé d’une partie politique planétaire qui les dépasse la question peut rester ouverte. Du côté des militaires égyptiens le sentiment d’avoir été trahis par Sadate sera exprimé des années plus tard par le général Saad el Shapley.

Au moment de la guerre d’Octobre Saad el Shazly est chef d’état-major de l’armée égyptienne et tous les préparatifs de l’offensive victorieuse ont été effectués sous ses ordres. Or ce personnage clé a parlé et même écrit un livre dont un éditeur algérien a publié la traduction française - l’original avait été publié en anglais - sous le titre « La traversée de Suez ». Le personnage mérite d’être présenté. Né en 1922 il fait une brillante carrière militaire qui le conduit à la tête des forces armées égyptiennes le 16 Mai 1971. La signature des accords de paix avec Israël, ultime étape de la « trahison » de Sadate le conduit à sortir de son silence et il publie son livre sans l’accord des autorités, seul ouvrage d’un égyptien sur la guerre d’Octobre qui n’ait pas été présenté à la censure. Menacé il s’exile en Algérie où il restera 14 ans. Une cour martiale le condamne à 3 ans de prison par contumace et sans défense .Quand il rentre d’Algérie en 1992 il est jeté en prison en contradiction avec la loi égyptienne qui oblige à la révision des procès tenus en l’absence de l’inculpé. Il mourra en Egypte en 2011 dans les jours suivant la chute de Moubarak et sa mort passera de ce fait inaperçue.

Dans son livre Saad el Shazly affirme que son plan de bataille, approuvé par Sadate consistait à traverser le canal de Suez et à s’emparer de la ligne Bar Lev sans aller plus loin à l’Est car les missiles sol-air soviétiques dont il disposait n’avait pas une portée suffisante pour protéger l’armée égyptienne des attaques de l’aviation israélienne. Or il constate que Sadate trompe la Syrie en lui faisant croire que l’Egypte va poursuivre l’offensive dans le Sinaï. Saad el Shazly refuse clairement cette option ce qui lui vaudra d’être très vite relevé de ses fonctions mais en même temps il déplore que, toujours sous les ordres de Sadate, une énorme brèche de 60 kilomètres soit laissée ouverte dans la ligne de front par où les divisions de Sharon une fois équipées par les Etats-Unis s’engouffreront, repasseront le canal de Suez et seront en position de menacer le Caire avant que n’intervienne l’arbitrage des « deux grands ».

 

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La Syrie face à la création de l’Etats d’Israël, une position de refus intangible

L’ETAT D’ISRAEL N’A PAS ETE CREE PAR L’ONU !

 

L’acharnement de tous les gouvernements israéliens et de ses amis à faire reconnaitre par les Etats arabes voisins l’ETAT d’ISRAEL en tant que personne morale en droit international s’explique mal sans revenir aux conditions de création de cet Etat. Sur ce sujet, un travail très important a été réalisé par JEREMY R. HAMMOND un analyste étasunien indépendant qui a publié en 2011 un article intitulé « THE MYTH OF THE U.N. CREATION OF ISRAEL » sur lequel nous nous sommes appuyés.

(Voir http://www.countercurrents.org/hammond210211.htm)

1- Rappel des faits : Mandat britannique sur la Palestine

Pendant la première guerre mondiale dés Novembre 1915 au moment où la défaite de l’empire ottoman semble pratiquement acquise, son démantèlement est organisé par le fameux accord Sykes-Picot passés par la Grande-Bretagne la France. La démarche est en elle-même particulière. Sykes est un parlementaire britannique spécialiste de l’empire ottoman, Georges Picot est un diplomate français, ancien consul de France à Beyrouth en poste à l’ambassade de France à Londres. Leur accord sera validé le 16 Mai 1916 par une lettre de l’ambassadeur de France à Londres Paul Cambon, adressée au Ministre britannique des Affaires étrangères Edward Grey. Le découpage ainsi réalisé du Proche Orient arabe qui sera retouché par la suite est très favorable aux britanniques puisque la France ne se voit concéder que la tutelle sur la Syrie.

La Palestine est placée dans la future zone britannique d’influence. Son statut ne sera clarifié juridiquement que par la Société des Nations qui, en 1922, fait de la Palestine un territoire sous mandat britannique. Entretemps les britanniques auront contribué à sceller le destin de ce territoire en signant la déclaration BALFOUR. Cette déclaration issue de plusieurs mois de négociation entre le ministre des Affaires Etrangères Balfour et les représentants du mouvement sioniste en Grande-Bretagne est adressée par Balfour à Lord Rothschild et rendue publique le 9 Novembre 1917.Sa phrase clé est la suivante.

« le Gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un Foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui pourrait porter préjudice aux droits civils et religieux des communautés non juives en Palestine, ainsi qu’aux droits et au statut politique dont les Juifs pourraient jouir dans tout autre pays ».

Du point de vue du droit international il s’agit d’un document extrêmement fragile voire sans valeur. Lord Rothschild ne représente pas un Etat et le terme de « foyer national » n’a pas de bases juridiques. Presque un siècle plus tard cette ambigüité fondatrice qui est admise et en quelque sorte validée par la décision de la SDN de 1922 continue de produire des effets désastreux. L’émigration juive vers la Palestine commence alors sous la tutelle britannique.

 

2- Fin du mandat britannique

La seconde guerre mondiale achevée, la Grande Bretagne qui est très consciente de la difficulté d’imposer aux palestiniens la colonisation juive et qui cherche à se débarrasser d’un problème déjà très conflictuel demande à l’ONU par lettre en date du 2 Avril 1947 au secrétaire général de soumettre à l’Assemblée générale la question de l’avenir de la Palestine. L’assemblée générale décide la création d’une commission spéciale sur la Palestine pour enquêter sur la question palestinienne et proposer des mesures pour la régler. La commission présente son rapport le 3 Septembre 1947. Elle y souligne trois données centrales :

- Sur la base des recensements de 1946 la Palestine compte 1 203 000 arabes (65%) quasiment tous nés sur place et 608 000 juifs (33%) principalement immigrés

- Les deux populations sont mélangées sur tout le territoire et même dans les secteurs où les juifs sont nombreux (district de Jaffa) les arabes sont majoritaires

- Les arabes sont propriétaires de 85% des terres et les juifs de 7% (voir carte ci-dessous)

Disposant de ces informations, l’assemblée générale crée alors une commission sur la question palestinienne pour continuer l’étude du problème et faire des recommandations. Le 11 Novembre une sous-commission chargée d’étudier l’aspect juridique de la situation conclut que l’ONU n’est pas en droit de priver la majorité des habitants de leur territoire et de le transférer à une minorité.

 

3- L’ONU se laisse manipuler

Malgré cette restriction , l’Assemblée générale recommande au Royaume Uni de mettre en place le plan de partage de la Palestine et demande à ce que le Conseil de Sécurité veille à ce que cette mise en place ne constitue pas une menace pour la paix .

Le Conseil de sécurité se réunit le 9 décembre 1947. Ce jour là une voix s’élève pour dire que l’ONU est en train s’abuser de son pouvoir. C’est celle du représentant de la Syrie, alors premier ministre, FARIS EL KHOURY qui, observe :

« L’Assemblée générale n’est pas un gouvernement mondial qui peut donner des ordres, partager des pays, imposer des constitutions, des règles, et des traités à un peuple sans son consentement ».

Cette prise de position a une portée historique puisqu’elle est fondatrice de la politique syrienne constante depuis cette date sur la question palestinienne. Jeune république, la Syrie est alors le seul pays arabe vraiment indépendant mais sa position sera reprise par les autres états arabes y compris les monarchies sous influence britannique dans un communiqué commun en date du 6 Février 1948 qui souligne que l’Assemblée générale n’a qu’un droit de recommandation, propose que la question de la partition de la Palestine soit soumise à la Cour Internationale de Justice et souligne que toute tentative de créer un Etat juif sur le territoire arabe sera perçue comme un acte d’agression auquel ils sera répondu en usant du droit de se défendre par la force.

Cet avertissement solennel n’est pas entendu. La commission constatant l’opposition des pays arabes qui rejettent la résolution de l’Assemblée générale demande au Conseil de Sécurité de prendre les mesures nécessaires, donc d’user de la force, pour imposer la « recommandation ». Paradoxalement cette position qui viole plusieurs dispositions de la Charte des Nations Unies suscite quelques réserves de deux délégués, celui des Etats-Unis et de la Colombie mais finalement les Etats-Unis proposent un autre texte non moins ambigu. A nouveau FARIS EL KHOURY s’oppose :

« Toute recommandation pour régler un conflit ne peut être mise en application que si le parties concernées l’acceptent et la mettent en œuvre. »

Rien n’y fait car malgré la poursuite de débats juridiques oiseux sur le respect des articles 39 et 41 de la Charte des Nations unies le Royaume- Uni force la décision en déclarant qu’il abandonnera son mandat le 15 Mai en faisant comprendre que sans son interposition les affrontements entre arabes et juifs vont s’intensifier et qu’il reviendra à l’ONU de maintenir le calme. Le 14 Mai l’entité sioniste déclare unilatéralement la création de l’Etat d’Israël

4- Le viol originel du droit international se poursuit

La guerre commence et l’ONU s’est ridiculisée en laissant faire et en acceptant par faiblesse des responsabilités qu’elle n’avait pas. Inaugurés sous de tels auspices les rapports d’Israël avec l’ONU ne pouvaient être que ce qu’ils sont encore, ceux de l’indifférence et du mépris, mépris entretenu par le soutien continu et sans faille des Etats-Unis au Conseil de Sécurité.

Le second enseignement qui prend aujourd’hui tout son sens est que la Syrie est le seul Etat à avoir tenu dés l’origine une position ferme et juridiquement fondée à savoir que « L’Etat des palestiniens est en Palestine et nulle part ailleurs». Même si cela lui sera quelquefois reproché dans le mouvement de soutien à la cause palestinienne la Syrie ne suivra jamais les dirigeants palestiniens qui à un moment ou à un autre et souvent dans des situations d’extrême fragilité envisageront de renoncer à ce droit pour créer un état palestinien par défaut en Jordanie ou au Liban.

Se débarrasser de la Syrie, Etat oppositionnel qui n’a jamais varié, est un objectif historique d’Israël qui peut nouer pour y parvenir les alliances les plus douteuses dans le monde arabe et bénéficier sans scrupule du soutien d’Etats qui respectent bien peu le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

5-l’approbation du plan de partage de la Palestine par l’Assemblée générale de l’ONU

La Syrie ne sera pas la seule opposante au plan de partage mais ce qui fera basculer la situation sera le vote favorable de l’URSS.

Comment expliquer cette position qui a pesé lourd sur le destin de la Palestine?

Quelques éléments de réponse :

-nous sommes en 1948 la guerre froide est commencée mais l’URSS est en position d’infériorité stratégique puisqu’elle ne disposera de la bombe atomique que l’année suivante, couronnement du plan d’action conduit avec succès par Beria dans un pays très diminué par la guerre avec une rapidité qui laissera les occidentaux déconcertés

- l’URSS est plus préoccupée par les tensions avec les occidentaux en Europe en particulier en Allemagne et en Tchécoslovaquie où elle est présente militairement qu’au Proche-Orient où elle a tendance à considérer qu’il n’y a que des pays rétrogrades et semi colonisés. Que n’a-t-elle écouté FARIS EL KHOURY ?

- pour se souvenir des pogroms tsaristes et pour avoir vu ce qu’étaient les camps d’extermination nazis que l’Armée rouge a libéré dans sa marche victorieuse vers Berlin, l’URSS peut comprendre l’utilité d’un Etat refuge pour les juifs et se révélera sensible au discours de gauche de la première génération de dirigeants israéliens : Ben Gourion et Golda Meir.

Cette position de l’URSS fera une victime : le parti communiste syrien qui sera perçu par les syriens comme aligné sans réserve sur Moscou et qui ne sera jamais plus qu’une force d’appoint dans les alliances qu’il nouera régulièrement avec un parti Baas resté lui toujours fidèle à la cause palestinienne.

 

Chapitre 2 : après la disparition de l’URSS

La Syrie, alliée de l’URSS, armée par l’URSS va devoir se positionner dans le monde unipolaire que les Etats-Unis tentent d’imposer à partir de 1991

La première étape est connue : la guerre du Golfe

La Syrie va se rallier à la coalition internationale contre l’Irak. Les soutiens à l’IRAK seront très rares. La position de la Syrie peut s’expliquer. Hafez el Assad connait bien Saddam Hussein et il a surement compris que celui-ci était tombé dans le piège tendu par l’équipe BUSH.

Sitôt achevée la guerre Iran-Irak voulue par les Etats-Unis pour faire tomber le régime islamique iranien, Saddam Hussein qui a, dans cette guerre, servi, sans succès, les intérêts de l’Occident qui lui a fourni tout le matériel nécessaire y compris de armes chimiques utilisées à la fin du conflit contre l’armée iranienne dans la région du Chott el Arab comme cela vient d’être révélé récemment par des documents déclassifiés, est sûr de lui et il va accorder foi aux propos de l’ambassadrice US à Bagdad : April Glaspie qui lui assure que les différends qu’il a avec son voisin le Koweït, petit émirat séparé de l’Irak par l’empire britannique, sont des conflits entre pays arabes qu’ils doivent régler entre eux. Croyant, comme l’ambassadrice elle-même qui l’a reconnu par la suite, que les Etats-Unis n’interviendraient pas dans ce conflit local, il commet la faute au regard du droit international de vouloir régler le contentieux par la force. Or une toute petite équipe autour de Bush avait tout préparé pour une riposte cinglante et massive à l’invasion du Koweït. La Syrie ne pouvait pas l’ignorer.

Ce ralliement à la coalition occidentale vaudra à la Syrie quelques années de calme dans les années 90. A l'inverse le Soudan qui soutienra l'Irak verra les Etats-Unis s'acharner sur lui. Il s’en faudra de peu que Clinton n’arrache la signature de la Syrie à un traité de paix avec Israël, la rupture venant au dernier moment d’EHUD BARAK, le premier ministre israélien qui refuse de signer. Mais pendant ce temps les néo conservateurs se préparent à reprendre le pouvoir et sur leur agenda le renversement du régime syrien est toujours à l’ordre du jour.

G.W. BUSH sitôt élu, la Syrie retrouve sa place dans la liste des pays de « l’axe du mal ». Priorité sera donnée après le 11 Septembre 2001 à l’Afghanistan et à l’Irak, la Syrie et l’Iran devant suivre.

Les évènements de la dernière décennie sont connus , la machine impériale anti syrienne est en route : assassinat de Rafik Hariri attribué à la Syrie d’où vote de sanctions économiques par le Congés US (Syria Accountability Act), dans le même temps et dans un processus bien coordonné dont sera victime la Libye, pression via l’union européenne pour « libéraliser » l’économie syrienne trop autocentrée et, pour finir, le SOFT IMPERIALISM de temps de crise d’Obama qui poursuit les objectifs des néoconservateurs avec d’autres méthodes : les drones remplacent les B 52 , le mercenaires illuminés remplacent les « marines ».

 

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Annexe : les accords Sykes-Picot

Le tracé des frontières arrêté en 1916, tel qu’il figure sur le plan ci-dessous, aurait dû rester secret mais le document avait été communiqué à la Russie alliée dans la guerre contre l’empire ottoman et il tomba entre les mains des bolchéviques quand ils s’emparèrent du pouvoir en 1917.

Il fut modifié par la suite, la France cédant à la Turquie nouvelle une grande partie de la zone bleue et la Grande-Bretagne étendant sa zone rouge vers le Nord avec l’espoir d’y contrôler la zone pétrolière autour de Kirkouk. Les traités de Sèvres 1920 et de Lausanne 1923 fixeront ensuite les nouvelles frontières, la Turquie réalisant en 1923 d’importants gains territoriaux au détriment de la France mais surtout de l’Arménie réduite au petit territoire actuel et du Kurdistan qui ne vit jamais le jour.

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