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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 19:26

Chris Floyd est un journaliste étasunien. Il a publié l’an dernier un livre très critique sur les deux mandats de George W. BUSH intitulé « EMPIRE BURLESQUE » et nous avons traduit son texte au moment où le retrait claironné des troupes US d’Irak n’est pas, loin s’en faut, le retrait des Etats-Unis qui  portent l’effectif de leur ambassade à Bagdad à 16 000 personnes, un record mondial , et laissent sur le terrain mercenaires, instructeurs et autres professionnels de la guerre permanente.

 

La guerre sans fin, Amen : La réalité de l'agression de l'Amérique contre l'Irak


Par Chris Floyd  (www.chris-floyd.com)


19 Décembre 2011

 

En Mars 2003 les Etats-Unis d’Amérique ont lancé une action d’agression militaire unilatérale contre une nation qui ne les avait pas attaqués et ne représentait pour eux aucune menace.

Cette action a conduit directement à la mort de centaines de milliers d'innocents. Il a conduit des millions hors de chez eux, et a plongé l'ensemble de la nation conquise dans la souffrance, la peur, la haine et la privation.


Il s'agit de la réalité de ce qui s'est réellement passé en Irak : agression, meurtre, atrocité, ruine. C'est la seule réalité ; il n'y en a pas d'autre. Et ceci a été fait délibérément, sciemment, volontairement. En effet, la structure du pouvoir américain bipartisan a dépensé plus de mille milliards de dollars pour y arriver. C'est un record de sauvagerie indicible, une abomination, une vague du mal moral le plus profond et le plus crasseux.

 

Faites le compte des corps des enfants, des milliers d'enfants--les nouveau-nés, les tout-petits, le les enfants des écoles --dont les corps ont été mis  en morceaux, brûlés vivants ou criblés de balles lors de l'invasion américaine et l'occupation de l'Irak. Alignez les dans le sable du désert, marchez, mile après mile, à côté de tous ces cadavres tordus, de ces morceaux de chair déchiré et des ces viscères suintants, de ces visages pâles, de ces yeux au regard fixé pour toujours sur le néant.


Il s'agit de la réalité de ce qui est arrivé en Irak ; il n'y a aucune autre réalité.


Ces enfants--ces milliers d'enfants--sont morts et seront toujours morts, comme une conséquence directe de cet acte sans raison d'agression militaire lancé et soutenu par la structure du pouvoir américaine. Tuer ces enfants, créer et maintenir des conditions qui ont conduit à l'abattage de ces enfants, était précisément ce que faisaient les forces armées des États-Unis en Irak. Sans l'invasion, sans l'occupation, sans les 1,5 millions de membres de l'armée américaine de bonne volonté  qui ont abdiqué  leur sens  moral pour «simplement  suivre les ordres » et exécuter le programme d'agression de leurs dirigeants, ces enfants ne seraient pas morts—n’auraient  pas été déchiquetés, éviscérés, abattus, brûlés et détruits.


Il s'agit de la réalité de ce qui est arrivé en Irak ; vous ne pouvez pas la changer. C’est ce qui est déjà arrivé ; ce  sera toujours ce qui est arrivé. Vous ne pouvez pas le défaire.


Mais vous pouvez, bien entendu, l'ignorer. C'est la voie choisie par l'écrasante majorité des américains et par l'intégralité de l'élite bipartisane. Cela suppose un degré pathologique de dissociation de la réalité. Ce qui est manifestement là--le mal, la perversion, la culpabilité--ne peut être accepté, et donc il est transformé en son contraire : bonté, triomphe, droiture. Les structures morales de la psyché sont dévorées  par cette dynamique maligne, comme le sont les capacités  de l'esprit à percevoir  et à juger. Ainsi la dépravation et le mal en viennent à paraître plus normaux ; Il devient de plus en plus difficile de se concentrer sur ce qui est vraiment en face de vous, de percevoir de juger  et de se soucier  des conséquences réelles de ce que vous avez fait ou ce qui est fait en votre nom. Détachés de la réalité, vous vous égarez dans un nihilisme sauvage qui enrobe sa rage non dissimulée sa peur et son chaos dans des piétés fatiguées. Et vous dérivez  ainsi de plus en plus  profondément dans le mal et le non-sens, en vous chantant à vous-même sur le chemin des chants de triomphe.


Et donc Barack Obama, le lauréat Nobel de la paix, l'héritier autoproclamé du manteau de Martin Luther King et du Mahatma Gandhi, est allé en Caroline du Nord cette semaine pour déclarer l'acte d'agression en Irak « un exploit extraordinaire ». Il a salué les soldats réunis devant lui pour leur « engagement à remplir votre mission »: la mission de mener une guerre sans provocation d'agression et d'imposer une occupation destructrices de la société qui a conduit directement à la mort de centaines de milliers d'innocents. Ces activités--"tout ce qu’ont fait les troupes américaines en Irak"--a conduit à "ce moment de succès", a-t-il proclamé.


Il a parlé de la souffrance, il a parlé du sacrifice, il a parlé de perte et de douleur durable--mais seulement pour les Américains impliqués dans la guerre d'agression sans provocation et de leurs familles. Il n'a pas dit un mot unique--pas un--sur des milliers et des milliers et des milliers et des milliers et des milliers d'Irakiens tués par cette "mission accomplie," ce "exploit extraordinaire", ce "succès. » Ces êtres humains--ces fils et  ces filles, ces pères, ces mères, ces parents, ces amoureux, ces amis--ne peuvent  être reconnus. Ils ne peuvent pas être perçus. Ce doit être comme si ils n'avaient jamais existé. Ce doit être comme s’ils n’étaient  pas maintenant des morts.


Le divorce avec la  réalité ici est au-delà de toute description. C'est seulement l'omniprésence pour tous de la dissociation qui masque sa folie flagrante et évidente. Il y a quelque chose d'intensément primitif et d’infantile dans la réduction, le nombrilisme, dans l’auto-aveuglement  monomaniaque  de la psyché américaine aujourd'hui. Pensez aux  Grecs anciens, qui ont construit leur pensée et leur vision du monde entier dans un poème épique, l'Iliade, qui dépeint leurs ennemis, les Troyens, avec une sympathie remarquable, avec  compréhension et perspicacité-- tout en montrant leurs propres dirigeants comme une bande de fous peu profonds, chamailleurs, meurtriers. Là résidait une  sophistication morale, une compréhension lucide de la réalité--et un niveau d'empathie pour les êtres humains--bien au-delà de la capacité de la société américaine moderne et infiniment hors de portée des meurtriers imbéciles qui cherchent à la diriger.


La guerre en Irak n'a pas pris fin. Ni pour les morts, ni pour ceux qui leur ont  survécu, ni pour les personnes déplacées, ni pour les blessés, ni pour les disparus, ni pour les malades, ni  pour tous ceux qui vivent dans le pauvre monde dégradé déstabilisé qu’elle a engendré, ni pour les générations futures qui vont vivre avec les conséquences toujours plus profondes de ce mal irrévocable.



 

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