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13 octobre 2011 4 13 /10 /octobre /2011 09:47

Entamée en 1911 la colonisation de la Libye s’achève brusquement en 1943 quand les armées alliées attaquant par l’Est et par l’ouest les  forces de l’Axe (allemandes et italiennes) les rejettent à la mer en Tunisie et les poursuivent sur le sol italien. Le régime fasciste s’écroule et la Libye qui a vu se dérouler pendant trois ans sur son sol une des grandes batailles de la seconde guerre mondiale se retrouve soudain  libérée.

Le colonisateur italien est remplacé temporairement par une occupation militaire franco-britannique, la France protégeant ainsi ses intérêts coloniaux au Maghreb et en Afrique centrale  la Grande Bretagne faisant de même pour l’Egypte et le Soudan. Les Etats-Unis se contentent pour leur part d’y installer une base militaire à proximité de Tripoli.

Mais, à part sa position stratégique,  le pays ne présente alors guère d’intérêt pour les puissances occupantes – le pétrole libyen ne sera découvert qu’en 1959 - et il va revenir à l’ONU de lui accorder une  l’indépendance gagnée sans combats en remettant le pouvoir à la confraternité politico-religieuse Senoussie et à son chef le roi Idriss revenu de son exil égyptien.

Le coup d’Etat des jeunes officiers conduits par Mouammar Khadafi va mettre à bas ce régime, faible et  pro-occidental et toutes les mesures prises par le nouveau régime : fermeture des bases militaires étrangères, nationalisation du pétrole sanctionnent le passage de l’indépendance formelle accordée par l’ONU à l’indépendance réelle.

Le nouveau régime libyen prend donc immédiatement place sur la liste des pays ennemis de l’Occident  et l’agression dont il vient d’être victime de la part des coalisés de l’OTAN est l’application, après de très nombreuses péripéties, d’une sanction prévisible dès l’origine 42 ans plus tôt.

Pendant toute cette période la régime libyen a  effectué un très important travail de mémoire sur la période coloniale (1911-1943) sur ses horreurs (bombardements aériens des populations , utilisations des armes chimiques, déportations, camps de concentration)comme  sur les hauts faits de la résistance libyenne dans la période 1922-1931 sous la conduite du « Lion du désert » Omar Al Mokhtar et il a osé proposer à la puissance coloniale de tourner la page de cette période sombre  et d’établir avec elle des rapports de coopération et de bon voisinage entre Etats souverains égaux.

Cette politique a été concrétisée par un accord dont le texte intégral suit signé en 1998 par les deux pays.

Cet accord constitue un modèle de ce que tous les peuples colonisés d’Afrique sont en droit d’exiger de l'ex puissance coloniale.


L’agression actuelle de la Libye en représente la totale destruction et ouvre une longue période qui va inévitablement voir se dérouler une nouvelle guerre d’indépendance dont les formes et la durée sont encore en gestation mais dont l’écho sur le continent africain sera puissant.

 

 

 

Texte de la déclaration commune italo-libyenne signée à Rome le 4 juillet 1998

 « Attendu que le peuple libyen et le peuple italien sont liés par des rapports profonds et solides qui remontent à des siècles de contacts, d'activités commerciales et d'histoire commune. Cependant, l'occupation a provoqué des blessures telles qu'un bon nombre de Libyens s'en souvient encore.

Ayant la volonté de consolider et de développer ces relations pour l'intérêt des deux peuples amis, l'Italie invite la Libye à oublier le passé et s'engage à ne pas reproduire à l'avenir ce qu'il a fait contre la Libye par le passé. S'engageant ainsi à respecter l'esprit de bon voisinage, aucune action d'hostilité, quelles qu'en soient les raisons, ne sera déclenchée par l'Italie en direction de la Libye. Celle-ci s'engage, à son tout, à la même chose vis-à-vis de l'Italie.

Les deux parties expriment leur désir et leur détermination de pousser plus avant leurs relations bilatérales sur des bases nouvelles consolidées par l'égalité, le respect mutuel et la coopération dans de nombreux domaines. Le tout pour le bien des deux peuples et pour tout ce qui peut contribuer à renforcer la paix, le développement économique et la prospérité du bassin méditerranéen et de ses habitants.

Le gouvernement italien exprime ses regrets pour les souffrances causées au peuple libyen par l'occupation. En vue d'en éliminer, autant que possible, les traces et dépasser le passé et l'oublier pour entamer une ère nouvelle de rapports amicaux et constructifs entre les deux peuples, le gouvernement italien s'engage à :

1/ rechercher par tous les moyens possibles les citoyens libyens déportés à l'époque loin de leur famille.

2/ procéder de façon directe et à travers la coopération bilatérale ou internationale, au nettoyage des champs de mines déposées lors de la seconde guerre mondiale. Pour cela, le gouvernement italien, offre son concours pour mettre en place des sessions de formation d'unités spécialisées de déminage en Libye. II apporte, par ailleurs, son soutien médical aux personnes souffrant de ces mines terrestres dans des centres spécialisés en Italie. Il installe en outre un centre hospitalier spécialisé dans le montage des prothèses en Libye en collaboration avec le Croissant rouge libyen et la Croix rouge italienne.

3/ offrir des indemnités et des aides aux personnes sinistrées.

Contribuer aux projets humanitaires susceptibles d'aider les familles des handicapés et des sinistrés. Collaborer avec la Libye pour développer l'environnement dans les régions qui ont subi des dommages. Des conventions particulières entre les deux pays en préciseront les détails.

4/ Pour réaliser ces objectifs, des dispositions seront prises pour créer une entreprise italo-libyenne dont le président sera désigné par la partie libyenne. Cette entreprise, dans laquelle d'autres entreprises publiques et privées seront sociétaires, sera chargée de soutenir l'économie libyenne à travers la mise en place de projets environnementaux notamment, mais aussi de projets de développement en général. Une caisse nationale sera créée à laquelle contribueront les entreprises des deux pays. Elle aura pour objectif:

- La mise en valeur des régions minées pendant la seconde guerre mondiale.

- La formation des spécialistes de déminage.

- Les soins aux Libyens victimes des mines.

- La création d'un centre hospitalier spécialisé dans le traitement des victimes des mines

- la recherche des citoyens libyens déportés à l'époque loin de chez eux et la réhabilitation de leurs familles moralement et matériellement ainsi que le peuple libyen

- la mise sur pied de toutes les actions opportunes pour amoindrir l'impact négatif du passé.

L'Italie apportera son soutien particulier à la Libye sur le plan culturel, économique et artistique. Des accords spéciaux entre les services compétents des deux pays en préciseront les détails.

L'Italie s'engage devant la Grande Jamahiriya Arabe Libyenne Populaire Socialiste de lui restituer l'ensemble des manuscrits, des archives, des documents et autres pièces archéologiques que l'on a transférés en Italie pendant ou après l'occupation, et ce, conformément à la Convention de l'UNESCO signée le 14 novembre 1970 qui concerne les dispositions à prendre pour empêcher d'importer, d'exporter et de transporter des propriétés culturelles illégalement. Les deux pays feront en sorte que ces manuscrits, documents et autres pièces de musée soient identifiés et localisés.

Les deux pays s'engagent à une assistance mutuelle.

Le gouvernement italien offre aux citoyens libyens le droit de jouir des avantages stipulés par la législation italienne pendant l'occupation, du moment qu'ils ne s'opposent pas aux engagements découlant de l'adhésion de l'Italie à l'Union européenne. Les autorités compétentes en Libye et en Italie se chargeront de déterminer ces avantages. En contrepartie, la Libye autorise les citoyens italiens interdits de séjour en Libye, en vertu de mesures antérieures, à entrer sur son territoire pour des raisons touristiques, familiales ou professionnelles

En définitive, les deux parties notent que la Grande Jamahiriya Arabe Libyenne Populaire Socialiste admet qu'il n:V a plus de raisons de conflit ou de controverse avec l'Italie à propos du passé, et ce, après application des dispositions de la présente déclaration ».

 

Cette déclaration a été préparée et signée à Rome le 4 juillet 1998.


Pour le gouvernement libyen: M. Orna Mustapha AI ­Mountasir

Ministre des affaires étrangères


Pour le gouvernement italien: M. Lamberto Dini Ministre des affaires étrangères

 

 

 

 

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commentaires

Tanguy 13/10/2011 10:53


A mettre en rapport avec les déclarations du président du cnt, Jalil, qui a vanté les mérites de la colonisation de la Libye par l'Italie!!!

Voir l'article de Manlio Dinnuci disponible là :

http://guerre.libreinfo.org/component/content/article/706-colonialisme-libye.html