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23 juin 2012 6 23 /06 /juin /2012 14:03

La    lecture de la traduction de l’article de Federico Roberti sur l’influence étasunienne en Italie (ci-dessous) a suscité de notre part un commentaire sur cette influence en France  qui figure en apostille du dit article (ci-après), façon de souligner que dans une temporalité différente la France contemporaine est elle aussi soumise à une influence permanente et organisée des Etats-Unis. Un « changement maintenant » ne saurait en faire abstraction !

 

Séduire les intellectuels pour éduquer le peuple

L’ambassadrice étasunienne Clare Boothe Luce en Italie (1953-1956)

 

Federico Roberti

5 juin 2012, http://byebyeunclesam.wordpress.com 

 

Avec la fin de la Seconde guerre mondiale, le réseau des services d’information étasunien développé par l’Office of War Information (OWI) et par le Psychological Warfare Branch (PWB) va désormais s’intituler United States Information Service (USIS), en Italie comme dans le reste du monde.

   A l’USIS et à son émetteur radiophonique La Voce dell’America[1], active en Italie dès la fin de février 1942, sera confiée la tâche d’agir « dans le domaine de l’éducation et de la formation mentale des Italiens, pour les orienter vers une vision démocratique de la vie », selon les termes de l’amiral Ellery Stone, chef de la Commission alliée de contrôle en Italie.

   A l’origine, les sièges de l’USIS sont au nombre de cinq, à l’ambassade et aux consulats étasuniens à Rome, Milan, Florence, Naples et Palerme, tandis que des salles de lecture sont progressivement équipées aussi à Gênes, Turin, Bari et Bologne, comme premier pas pour la constitution de l’USIS dans les consulats de ces villes.

   Le Notiziario quotidiano per la stampa, produit à Rome sur la base d’un bulletin qui est radiotélégraphié depuis New York puis traduit et distribué gratuitement aux journaux italiens, est l’organe principal de transmission des informations adopté par l’USIS. En Italie, c’est une édition spécialement étudiée pour l’Europe occidentale qui est envoyée, rapportant des nouvelles concernant surtout la politique étrangère étasunienne et divers approfondissements, ainsi que les textes intégraux des discours officiels de personnalités en vue.

  A partir de 1949, l’USIS commence à collaborer avec la propagande du Plan Marshall[2], gérée directement par l’organisme qui s’occupe de l’allocation des aides, la Economic Cooperation Administration (ECA).  Dans cette même période, se fait de plus en plus importante aussi la propagande liée à l’établissement du Pacte Atlantique, signé formellement le 4 avril 1949. A partir de ce moment,  les termes concernant la « sécurité » et la « paix » occupent un poste d’importance absolue dans la politique informative de l’USIS, avec une tendance qui va se consolider à partir de la naissance de l’Otan en 1950.

  Tout le programme informatif dépend directement de l’ambassadeur et du directeur de l’USIS, rôle qui est tenu depuis la fin de 1950 par Lloyd A. Free, ancien enseignant à l’université Princeton et directeur-adjoint de l’Office of International information, avec compétence sur la presse, le cinéma et les transmissions radiotélévisées, auprès du Département d’Etat. 

  A partir de 1951, grâce à l’augmentation des financements mis à sa disposition,  l’USIS Italia va connaître un grand développement, avec 61 employés étasuniens et 237 italiens, dont presque la moitié est en service à l’ambassade à Rome et le reste distribué dans les neuf autres bureaux présents dans le pays.

  Mais la plus grande impulsion au programme informatif et à la conduite de la politique extérieure étasunienne en Italie était encore à venir, et elle allait être le fait d’une femme…

 

A la fin de l’année 1952, le républicain Dwight D. « Ike » Eisenhower, ancien commandant en chef des Forces alliées en Europe pendant la seconde guerre mondiale, est élu 34èmePrésident des Etats-Unis.

   En Italie, Ellesworth Bunker, l’ambassadeur qui avait remplacé James C. Dunn, est destiné à ne rester en poste que quelques mois, car Eisenhower et sa nouvelle administration renouvellent les représentants diplomatiques à l’extérieur par des personnalités fortement liées au Parti Républicain. Pour l’Italie, en mars 1953, le choix tombe sur Clare Boothe Luce, journaliste et écrivain, plus connue en tant qu’épouse (en deuxièmes noces) du très puissant éditeur de Time, Life et Fortune, Henry R. Luce. Ancienne député à la Chambre des Représentants entre 1943 et 1947, Clare Boothe va mettre son anticommunisme viscéral au service de la nouvelle politique de « Ike », vouée à faire barrage au plus important Parti Communiste d’Europe occidentale, qui aux élections de juin 1953 gagne de nouveaux postes au détriment de la coalition centriste conduite par la Démocratie Chrétienne.

  Les années de Clare Boothe à Villa Taverna, siège de l’ambassade étasunienne,  sont caractérisées par une ingérence inédite dans les affaires intérieures italiennes. Débarquée de l’Andrea Doria à Naples le 22 avril, elle parcourt le pays sans relâche, depuis ce jour-là, en en visitant les zones les plus reculées, et en présidant foires, premières théâtrales, inaugurations (notamment celle, mémorable, de la Johns Hopkins University à Bologne). Mais avant tout elle s’efforce de gagner la sympathie des gens ordinaires, auprès de qui elle finira par être connue comme une « reine bonne».

  En de nombreuses circonstances, l’ambassadrice Luce ne cache pas sa propre défiance dans le gouvernement italien comme allié des Etats-Unis, opérant au fil du temps une approche de plus en plus radicale dans la lutte contre le communisme, qui se reflète dans la vaste organisation de l’USIS, lequel, entre temps, avait été englobé par l’agence gouvernementale USIA à peine née[3]. Le « Plan d’action » que celle-ci définit a deux objectifs : d’une part, mobiliser le consensus pour les politiques étasuniennes et accroître la confiance dans les gouvernants de la bannière étoilée, d’autre part s’opposer aux « extrémismes » de droite et de gauche par le biais de l’appel à la « lutte pour la démocratie en Italie ».

  Cela se résout inévitablement en une ingérence de plus en plus évidente dans les affaires intérieures du pays, non seulement dans les questions politiques mais aussi dans celles de la vie quotidienne. En effet, les indications contenues dans le « Plan d’action » de l’USIS pour les années 1953-1955 visent à endoctriner la population dans la longue période, en opérant spécialement dans les écoles, dans les universités et dans les milieux militaires. L’attention de la propagande étasunienne, à partir de ce moment-là, se concentre de plus en plus sur les représentants du milieu intellectuel, les professionnels du domaine de l’information, repérés comme médiateurs culturels et agents d’influence, capables de faire filtrer efficacement chez leurs propres co-nationaux les messages jugés opportuns, dans une sorte d’ « italianisation » de l’effort de propagande qui reflète aussi une réduction des ressources financières à disposition.

  Il s’agit d’un groupe de personnes choisies selon des critères très sélectifs, sur la base de contacts personnels déjà en cours. Ces gens ne seront pas seulement approvisionnés en matériel dans l’objectif de renforcer leurs convictions en syntonie avec la politique étasunienne, mais ils seront aussi poussés à promouvoir les instances chères aux Usa auprès du grand public qui, à leur différence, ne fréquentait pas les centres culturels ou les bibliothèques de l’USIS disponibles dans le pays, n’écoutait pas les transmissions radiophoniques de La Voce dell’America et ne pouvait pas bénéficier des échanges culturels présentés dans le cadre du Programme Fulbright (du nom du sénateur qui en avait parrainé l’adoption).

  D’autres cibles fondamentales de la propagande étasunienne sont les leaders politiques, auxquels on offre des abonnements aux principaux quotidiens d’outre-Atlantique, et le monde de l’école et de l’université : en particulier les facultés de droit, creuset des leaders de demain. Dans ce dernier domaine, l’intervention ne se limite pas à des bourses d’études mises à disposition pour fréquenter des cours aux Etats-Unis ou pour faire venir en Italie des enseignants étasuniens, mais à « travailler en direction des recteurs pour inclure des cours d’études américaines (étasuniennes, NdT) dans leurs universités, et en direction du ministre de l’Education pour donner plus d’ampleur aux thèses traitant de ces arguments… » comme indique un document préparatoire, allant même jusqu’à suggérer l’adoption des livres de textes opportuns présentés par les adeptes de l’USIS en Italie.

  Un des objectifs fondamentaux demeure cependant le monde syndical, où l’on intervient spécialement par l’intermédiaire des activistes des syndicats dits « libres », à l’exclusion de la Cgil.

 

Ouvrons ici une brève parenthèse[4].

L’ambassade étasunienne à Rome, pendant la mission de Clare Boothe Luce, fût très active dans le soutien des intérêts des sociétés pétrolières étasuniennes et dans sa lutte, de toutes les manières possibles, contre Enrico Mattei, président de l’organisme pétrolier d’Etat ENI (Ente Nazionale Idrocarburi, Société nationale des hydrocarbures, NdT) depuis sa fondation en 1953 et artisan de la stratégie  d’autonomie et d’indépendance énergétique nationale.

  L’attaque contre l’ENI par la presse étasunienne, en particulier celle de toute la chaîne contrôlée par Henry R. Luce, le mari de l’ambassadrice, fut sans répit. Fortune publia un long article de Herbert Solow critiquant le système italien des participations de l’Etat, accusé d’empêcher la libre concurrence, et l’ENI de Mattei, responsable à ses dires du ralentissement des recherches pétrolières et de freiner les investissements étasuniens dans le secteur. Sur des arguments semblables étaient fondées les enquêtes publiées sur Newsweek, Time, The New York Herald Tribune et jusque dans certains journaux locaux. L’un de ceux-ci, The Providence Sunday Journal, publia un article –dont la coupure fut portée à l’attention même du président Eisenhower- où l’on affirmait que l’Italie, afin de pouvoir participer aux affaires pétrolières au Moyen-Orient était prête à « remettre en jeu ses relations amicales avec l’Occident ».

   L’ambassadrice Luce en personne ne dédaignait par ailleurs pas de contribuer à la campagne contre Mattei. Vincenzo Cazzaniga, à l’époque président pour l’Italie d’une des « Sept Sœurs », Esso pour la nommer, témoigna que Luce, dans une sorte de contrepartie pour avoir soutenu la CISL dans la scission syndicale, avait l’habitude de s’adresser au Secrétaire Giulio Pastore : lequel assurait avoir été littéralement obsédé par l’ambassade à propos de la campagne contre le président de la République de l’époque, Giovanni Gronchi, contre la gauche de la Démocratie Chrétienne ( n) et contre Mattei qui soutenait Gronchi. Il s’agit ici du même Pastore que l’ambassadrice Luce, en d’autres circonstances, accusait de se servir de l’ENI pour introduire des mécanismes de participation ouvrière dans l’organisation de la production, par des initiatives qui auraient été plus favorables à Palmiro Togliatti (alors Secrétaire général du Parti communiste italien, NdT) qu’à la démocratie Chrétienne !

Fermons la parenthèse.

 

Les organes de presse, jugés comme le moyen le plus utile pour influencer tous les « target groups » et qui jusqu’à fin juillet 1953 avaient été approchés par le Notiziario quotidiano per la stampa, sont à présent sensibilisés par l’envoi d’articles écrits spécialement pour eux, et dirigés vers les plus diffusés d’entre eux, avec fourniture aux directeurs et rédacteurs du matériel informatif nécessaire, sur des thèmes sélectionnés, pour qu’ils puissent les rédiger tout seuls. Pour les nouvelles les plus importantes, est activé un canal direct avec les principaux quotidiens et on perfectionne un accord avec l’agence ANSA (agence nationale de presse associée[5], NdT) à laquelle on fait parvenir des communiqués détaillés et complets, à faire tout simplement suivre à ses propres utilisateurs.

  Au cours d’un voyage à Washington en été 1954, l’ambassadrice Luce –accompagnée par le nouveau directeur de l’USIS Italia, Nedville E. Nordness- participe à quelques rencontres avec des fonctionnaires du Département d’Etat et de l’USIA, pour discuter de la réorganisation du service d’information en cours en Italie. C’est l’occasion de souligner l’importance d’infiltrer la Télévision d’Etat d’italienne en gestation, y compris avec la production de séries qui lui seraient spécialement destinées (hypothèse qui est à ce moment-là rejetée à cause de ses coûts élevés), avec la proposition collatérale de doter tous les sièges de l’USIS d’un téléviseur à placer près de l’entrée, pour qu’il soit visible aussi de l’extérieur afin d’attirer les curieux… et pour suggérer une présence étasunienne plus grande dans les foires et les fêtes locales, qui attiraient alors un important public.

  Les rencontres en question donnent aussi et surtout à l’ambassadrice l’occasion de rappeler la nouvelle ligne des programmes d’action de la propagande culturelle étasunienne en Italie : ligne désormais presque entièrement tournée vers les professionnels de l’information et du monde intellectuel en général, en partant de la conviction, « mûrie après de minutieuses pondérations », que presque tous ceux-ci doivent être convaincus de la solidité de la culture d’un pays étranger avant d’accepter son leadership dans les affaires internationales[6]. Probablement l’ambassadrice pensait-elle à ces intellectuels « qui ne sont pas nos amis inconditionnels » mais qui manifestaient cependant souvent une curiosité pour la réalité américaine (du Nord, NdT), étant d’avides lecteurs de sa littérature ; à trois d’entre eux justement  (Ignazio Silone, Primo Levi et Alberto Moravia) auraient été consentis par l’USIS, l’année suivante, des aides financières pour se rendre en visite aux Etats-Unis.

  Dans ce but, en 1954 encore, le Congrès autorise un fonds spécial, appelé President’s Emergency Fund for international Affairs, pour soutenir les programmes développés par l’USIA. Parmi les nombreuses initiatives organisées, concerts, spectacles de théâtre et tournées d’artistes, on rappellera Porgy and Bess de George Gershwin, œuvre lyrique représentée sur diverses scènes dont La Scala de Milan, à qui l’USIS fournit un grand relief promotionnel.

  On essaie en outre d’assister les institutions culturelles étasuniennes qui ont un siège en Italie, comme l’American Academy et le North American College, afin d’encourager  la diffusion des études et recherches sur l’Amérique (du Nord, NdT) en collaborant à l’organisation d’expositions et en faisant la publicité de leurs initiatives.

  Un soutien clair et ouvert est aussi offert à l’Istituto Post-universitario per lo Studio dell’Organisazione Aziendale (Institut Postuniversitaire pour l’Etude de l’Organisation Entrepreneuriale) (IPSOA), fondé par l’université de Harvard et destiné à des opérateurs déjà affirmés mais encore assez jeunes pour assimiler la bonté des principes économiques en vogue outre-Atlantique, ainsi que la section européenne de l’Ecole de Recherches internationales Avancées de la Johns Hopkins University[7], dont l’inauguration –naturellement en présence de l’ambassadrice Luce- a lieu en février 1955.

  Le nouveau « Plan d’action » de l’USIS, promulgué en août 1955, rappelle en substance les mêmes principes et objectifs que ceux des deux années précédentes mais il contient quelques précisions importantes comme la quantification des interlocuteurs choisis, 21.000, divisés en  huit catégories, bien qu’aucun nom ne soit donné : 2.200 dans le domaine de l’économie et de l’industrie, 2.200 pour l’école et l’université, 3.400 dirigeants des syndicats « libres », 3.200 dans la presse, cinéma, radio et édition, 400 officiers des Forces armées, 6.500 politiques, de niveau national comme local, 2.100 professions libérales des secteurs les plus variés, mais capables par leur notoriété d’influencer les questions politiques et sociales, 1.100 étudiants universitaires, repérés surtout dans les dirigeants des organisations étudiantes. Les premiers cours de littérature américaine (nord-américaine), tenus l’année précédente dans les universités de Rome, Florence et Venise, avaient obtenu un grand succès, et le programme de traduction de textes étasuniens, adoptés ensuite dans les programmes universitaires, continuait aussi à être envoyé si bien que l’USIS de Florence avait réussi à développer à ce sujet un accord triennal avec la maison d’édition bolognaise Il Mulino.

  Le succès s’enregistrait aussi dans le champ de l’information destinée au grand public, du fait que la RAI « couvrait fréquemment les événements suggérés par l’USIS » et que l’ANSA tirait la majeure partie de ses dépêches d’agence sur les questions, pas seulement politiques, étasuniennes, directement des communiqués traduits par l’USIS, avec une procédure qui, entre temps, était devenue vraiment efficiente : le rédacteur en chef de l’USIS à Rome contactait par téléphone l’agence de presse (italienne) et dès que celle-ci indiquait quelles nouvelles, parmi celles du jour, l’intéressaient, celles-ci étaient immédiatement traduites et diffusées.

  A la fin de 1956, quand Clare Boothe Luce quitte sa charge d’ambassadrice, l’USIS italienne constitue un des plus importants et vastes programmes parmi ceux que gère l’USIA dans le monde entier. L’ambassadrice avait désormais décidé de quitter Rome quand l’USIS fit pour elle deux services importants.

Le premier fut la collaboration offerte par l’éditeur Mondadori pour la traduction et publication en Italie d’un livre d’Alden Hatch, qui sortit en juin 1956 sous le titre Ambassadrice extraordinaire. Le second fut la préparation du texte de la transmission radiophonique en anglais (italiques de la traductrice) par laquelle la RAI adressa ses adieux à la première femme ambassadeur venue d’outre-Atlantique : « … she will always be welcome to Italy, even on the briefest of visits; not as a guest, though. To us, she is and always will be ‘one of the family’” (“de la famille”... surlignage NdT).

 

Publié le 14 juin 2012 par http://byebyeunclesam.wordpress.com 

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

 

Apostille de COMAGUER (Comité comprendre et agir contre la guerre, Marseille) pour la version française du texte de F. Roberti :

 

Au vu de ce texte très documenté le lecteur français pourrait céder à la tentation de se dire que le contrôle de la France par l’impérialisme étasunien n’a jamais été aussi puissant que celui exercé sur l’Italie, lequel demeure exceptionnellement visible : présence militaire massive avec ou sans truchement de l’OTAN, imbrication transatlantique du grand capital dont l’alliance FIAT-CHRYSLER est le symbole, liens mafieux, anglicisation de la langue quotidienne, jusqu’à un premier ministre issu directement de la banque US sans passer par les urnes, sans oublier évidemment les réseaux stay-behind bien décrits par Daniele Ganser.

Il y a effectivement une différence de degré.

 

Au sortir de la seconde guerre mondiale la France se retrouve dans le camp des vainqueurs. Elle doit cette position avantageuse :

- à l’alliance des gaullistes et des communistes qui reproduit au niveau national l’alliance mondiale antinazie,

- au maintien d’un empire colonial qui lui a fourni les bases arrière et les troupes de la reconquête du territoire national.

 

Rien de tel en Italie : elle s’est libérée elle-même du fascisme dans un mouvement où n’a pas existé comme en France une fraction bourgeoise organisée ayant participé à la résistance et ce sont les alliés, les Etats-Unis au premier chef, qui ont imposé aux communistes italiens dominants, avec l’appui de la mafia importée des Etats-Unis  une direction bourgeoise entièrement à leur service. Elle a perdu son petit empire colonial sans espoir de reconquête : la loi des vainqueurs.

Mais nous ne sommes plus  en 1945 et De Gaulle est mort. Le gaullisme ne lui a guère survécu puisque le premier geste du faux héritier Pompidou est de se rendre aux Etats-Unis pour faire acte d’allégeance en échange d’un respect  du « seigneur » pour l’empire néocolonial du « vassal » stabilisé – pour combien de temps ?-  après la perte de l’Indochine et de  l’Algérie. En éliminant le gaulliste Chaban-Delmas, Giscard, héritier de la France collaborationniste, poursuivra cette politique. Le soir même de son élection il prononce devant les caméras de télévision mondiales un discours en anglais et il propose l’année suivante la création du directoire impérialiste : le G7 outil non statutaire de dessaisissement systématique de l’ONU de ses  prérogatives fondatrices.

Mitterrand va réussir à maintenir cette position de vassal impérialiste en échange de la domestication des communistes  transformée aujourd’hui en simple satellisation électorale d’un parti dont le nom n’est plus que celui d’une nostalgie.

Mais dés ce moment le tropisme étasunien de la classe dirigeante s’affirme  et elle s’unifie dans un antisoviétisme orchestré méthodiquement par les Etats-Unis. Le discours de De Villepin à l’ONU contre la guerre d’Irak, qui faisait lui-même écho à la démission de Chevènement en 1991, sera le dernier soubresaut gaullien avant l’agonie.

Sarkozy n’a plus alors qu’à parachever le travail : se jeter au vu de la  planète entière dans les bras de Bush et des néoconservateurs, s’inspirer des politiques sécuritaires reconfigurées aux Etats-Unis sur la base théorique fournie par l’armée coloniale française,  réintégrer complètement l’OTAN et participer activement à toutes les aventures et agressions impérialistes : Afghanistan, Somalie, Libye, Syrie…

Il ne s’agit évidemment pas des orientations d’un homme seul mais de l’évolution d’ensemble d’une couche dirigeante, à droite comme à gauche de l’alternance, dont le référentiel idéologique commun est le mode de penser du  capitalisme impérialiste contemporain.

En témoigne l’adhésion de nombreux dirigeants français actuels aux cercles néo impérialistes transatlantiques organisés dont le plus structuré est la FRENCH AMERICAN FOUNDATION, fondation bipolaire, un pied à Washington, l’autre à Paris. Présentée sur son site,  elle a été bien décrite récemment par l’historien Pierre Hillard dans un texte accessible sur Internet et dont suit un extrait particulièrement démonstratif :

http://www.voltairenet.org/Un-relais-des-Etats-Unis-en-France

 

« La clef du système d’influence de la French-American Foundation est sa capacité à recruter des personnes appelées à occuper de hautes fonctions. Sa grande force est d’accueillir en son sein les représentants politiques issus de courants qui, officiellement, s’opposent – des socialistes à l’UMP en passant par le gaulliste Nicolas Dupont-Aignan ou le responsable de la communication de la campagne présidentielle de José Bové, Bernard Loche. Pour éviter toute conclusion hâtive, soulignons que les personnes approchées par la Fondation et qui ont accepté de la fréquenter n’ont pas pour autant accepté les offres de services qui leur ont été ultérieurement présentées.

C’est dans le programme intitulé Young Leaders qu’une véritable sélection s’opère. Comme l’affirment clairement les textes officiels : « Le programme phare des Young Leaders, piloté par les deux entités (ndlr : New York et Paris), vise à créer et à développer des liens durables entre des jeunes professionnels français et américains talentueux et pressentis pour occuper des postes clefs dans l’un ou l’autre pays » 

Au sein de la sélection, c’est le professeur de science politique états-unien et membre du CFR, Ezra Suleiman, qui fut l’unique responsable de 1981 à 1984, puis de 1994 à 2001, du recrutement des Young Leaders en France. Après une sélection drastique, seuls 125 Étasuniens et 126 Français composent les Young Leaders depuis 1981. Dans le cas de la FAF US, nous pouvons citer les noms suivants avec la date d’admission : Antony Blinken (1998, ancien conseiller en politique étrangère du président Clinton), Ian Brzezinski (2001, chargé aux affaires de défense de l’OTAN, fils du célèbre géopolitologue Zbigniew Brzezinski), le général Wesley K. Clark (1983, ex-commandant en chef des troupes de l’OTAN en Europe), le président Clinton (1984) et Hillary Clinton (1983, sénateur).

 

Dans le cas de la branche française de la French-American Foundation, nous pouvons relever en particulier :

Philippe Auberger (1989, député UMP), Yves Censi (2003, député UMP), Jérôme Chartier (2003, député UMP), Nicolas Dupont-Aignan (2001, député UMP, Debout la République), Alain Juppé (1981, député UMP), Éric Raoult (1994, député UMP), Valérie Pécresse (2002, député UMP), Jacques Toubon (1983, député UMP),

 

François Hollande (1996, député socialiste), Arnaud Montebourg (2000, député socialiste), Pierre Moscovici (1996, député socialiste), Alain Richard (1981, socialiste, ancien ministre de la Défense)

 

Henri de Castries (1994, Directeur général du groupe AXA assurances), Emmanuel Chain (1999, journaliste), Jérôme Clément (1982, Président d’Arte), Annick Cojean (2000, journaliste au Monde), Jean-Marie Colombani (1983, Directeur de la publication du Monde), Matthieu Croissandeau (2002, rédacteur en chef adjoint du Nouvel Observateur), Jean-Louis Gergorin (1994), Bernard Guetta (1981, journaliste à France Inter), Erik Izraelewicz (1994, rédacteur en chef des Échos), Laurent Joffrin (1994, PDG de Libération), Jean-Noël Jeanneney (1983, président de la Bibliothèque nationale de France), Sylvie Kaufmann (1998, journaliste au Monde), Yves de Kerdrel (2005, journaliste aux Échos), Marwan Lahoud (1999), Anne Lauvergeon (1996, présidente d’Areva), François Léotard (1981, ancien ministre de la Défense), Alain Minc (1981), Laurent Cohen-Tanugi (1996, Sanofi-Synthélabo et membre du conseil d’administration du think tank « Notre Europe » créé par l’ancien président de la Commission Jacques Delors , Christine Ockrent (1983), Olivier Nora (1995, président des Éditions Grasset), Denis Olivennes (1996, président de la FNAC)… »

  

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