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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 09:47

Dossier Côte d’Ivoire

Comaguer a rassemblé dans ce dossier une série de documents qui aident à lutter contre la désinformation orchestrée par le gouvernement français.

Dans l’ordre :

1.      Article de Thabo M’Beki dans FOREIGN POLICY

2.      Extrait du livre de Simone Gbagbo « PAROLES D’HONNEUR »

3.      Documents diplomatiques révélés par Inner City  Press sur l’activité de la diplomatie française à l’ONU

Par ailleurs l’interview de Jean Ziegler que nous avons reprise dans notre émission du 11 Mai se trouve sur le site de SURVIE 13 (http://www.survie13.fr) qui avait eu la très heureuse initiative de cette interview .

La recherche de la vérité sur les derniers évènements survenus en Côte d’Ivoire se poursuit Sans aucunement prétendre à l’exhaustivité citons quelques sites bien informés

http://afrikdignite.com

http://frantz-fanon.blogspot.com

http://afrohistorama.over-blog.com

Lectures recommandées : outre le livre de Simone Gbagbo mentionné ci-dessus, celui de Robert Charvin, professeur de droit international, publié en Avril par l’Harmattan :

Côte d’Ivoire 2011

La bataille pour la seconde indépendance

 

1

 

Le texte qui suit a été publié en anglais par la revue Etasunienne FOREIGN POLICY. Son intérêt est de montrer que les élections présidentielles ivoiriennes de la fin 2010 étaient en fait un véritable déni de la démocratie dont l’issue – provisoire – ne pouvait être qu’une illustration crue et brutale de l’exercice de la  force dans les rapports internationaux en cette période  de contre offensive réactionnaire des puissances dominantes contestées.

Est-ce par courtoisie que Thabo MBEKI ne cite pas son successeur JACOB ZUMA qui n’a pas été aux avant-postes de la résistance anti impérialiste sur le dossier ivoirien ? La question est posée indirectement dans le jugement sévère qu’il formule sur la  carence de  l’Union Africaine qui manque de leaders progressistes et s’est trouvée paralysée dans le cas ivoirien par la position outrageusement « pro OUATARRA » de plusieurs pays de la région à commencer par le BURKINA FASO et le NIGERIA.

La réponse viendra beaucoup plus des actions de base des peuples contre les soubresauts morbides et mortifères du néocolonialisme que du vague appel à « un système global de gouvernance démocratique »   émanant d’on ne sait quel consensus entre gouvernements.

Traduction COMAGUER

 

En quoi  le monde s'est trompé en Côte d'Ivoire

Pourquoi est-ce que l'Organisation des Nations Unies enchâssement anciennes puissances coloniales sur notre continent ? Les africains devraient prendre l'initiative de régler leurs différends.

THABO MBEKI | 29 AVRIL 2011.

 

Le deuxième tour des élections présidentielles en Côte d'Ivoire, le  28 novembre 2010, a mis face à face deux opposants politiques de longue date, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara. Pour cette raison, d'une importance stratégique, il était inévitable que cet affrontement  électoral décide de l'avenir à long terme du pays.  Toute personne consciente aurait dû se poser très sérieusement cette question cruciale : les élections de 2010 allaient-elles créer les conditions fondatrices  du meilleur avenir possible pour le  peuple ivoirien ?

Cela n'a pas été fait.

La communauté internationale a préféré  insister sur le fait que ce dont la Cote d’Ivoire avait besoin pour mettre fin à la crise était d'organiser des élections démocratiques, même si les conditions pour mener de telles élections n'existaient pas. Bien qu'ils aient su  que cette idée était fondamentalement mauvaise, les ivoiriens ne pouvaient pas résister à la pression internationale pour organiser les élections.

Toutefois, la réalité objective est que l'élection présidentielle ivoirienne n'aurait pas dû avoir lieu quand elle a  eu lieu. Il était parfaitement prévisible qu'elle conduirait  davantage à enliser  un conflit dont on prétendait qu’elle  y mettrait un terme.

La rébellion de 2002 en Côte d'Ivoire a divisé le pays en deux parties, avec le Nord contrôlé par les rebelles des Forces Nouvelles, qui appuyait Alassane Ouattara et le sud dans les mains du gouvernement dirigé par Gbagbo. Depuis lors, Côte d'Ivoire a eu deux gouvernements, deux administrations, deux  armées et deux dirigeants « nationaux ».

Toute élection tenue en pareilles  circonstances aggraverait inévitablement les divisions et les animosités symbolisées et exacerbées par la rébellion de 2002.

Les problèmes structurels qui sont  à l’origine  de la rébellion de 2002 comprennent des questions inflammables comme les tensions transnationales affectant particulièrement la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso,  les antagonismes ivoiriens ethniques et religieux, le partage du pouvoir politique et l'accès à la puissance économique et sociale et aux  chances sociales offertes.

À cet égard, la communauté internationale a refoulé avec assiduité  toute prise en compte  des différentes allégations explosives qui, à tort ou à raison, ont formé et continueront de former l'opinion de la population  du Sud de la Côte d'Ivoire qui soutient Gbagbo et d’une grande partie de l'Afrique Francophone !

Elles concernent le fait  que Ouattara est un étranger né au Burkina Faso, qu'avec le président Burkinabè Blaise Compaoré, il a été responsable de la rébellion de 2002, que son accession au pouvoir se traduirait par la prise de contrôle du pays surtout par les burkinabés étrangers, et que par le passé, et jusqu’à ce jour, il a été prêt à faire progresser les intérêts français en Côte d'Ivoire.

Prenant tout cela en compte, l'Union africaine a compris qu'une solution durable de la crise ivoirienne  nécessitait  un accord négocié entre les deux factions belligérantes ivoiriennes, axé sur les questions interdépendantes de la démocratie, de la paix, de la réconciliation nationale et de l'unité.

En de longues négociations depuis 2002, les Ivoiriens ont convenu que les élections présidentielles ne se tiendraient pas tant  que diverses conditions ne seraient pas remplies. Mentionnons la réunification du pays, la restauration de l'administration nationale dans toutes les parties du territoire ivoirien et le désarmement des rebelles et de toutes les milices et leur intégration dans les structures  de sécurité nationale, ce dernier processus devant être terminé au moins deux mois avant les élections présidentielles. Malgré le fait que rien de tout cela n’a été accompli, les élections présidentielles ont été autorisées.

En fin de compte, Ouattara a été installé en tant que président de Côte d'Ivoire. Gbagbo et son épouse Simone, ont fini comme prisonniers humiliés. De  nombreux ivoiriens sont morts et ont été déplacés, beaucoup d’infrastructures ont été détruites et les animosités historiques ont été aggravées pour parvenir à ce  résultat.

Beaucoup de choses ont radicalement mal tourné pour y parvenir.

Les Accords relatifs à ce qu'il fallait faire pour créer les conditions d’élections justes et libres ont été volontairement et de façon méprisante ignorés. Le Conseil constitutionnel ivoirien (CC) est le seul organisme habilité par la Constitution pour déterminer le gagnant de toute élection présidentielle et pour installer le Président, et  la Commission électorale indépendante (CEI) est chargée de transmettre les résultats provisoires au Conseil Constitutionnel. Cependant, les gens qui insistent sur le caractère sacré de la primauté du droit comme fondement de toute pratique démocratique, ont choisi  illégalement de reconnaître les résultats provisoires annoncés par le président de la CEI de son propre chef, comme l'authentique résultat de l'élection présidentielle.

Comme le prévoit la loi, Gbagbo a contesté la régularité des élections dans certaines parties du pays, surtout dans le Nord. Le Conseil Constitutionnel, à tort ou à raison, a accepté la majorité des plaintes déposées par Gbagbo, a identifié d’autres « irrégularités »,  a annulé les votes dans certains districts et a déclaré Gbagbo vainqueur. Le président de la CEI n'a pas pris ces irrégularités en compte et a décidé que Ouattara avait gagné.

L'envoyé du Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-Moon, son compatriote sud-coréen, Représentant Spécial du Secrétaire Général, Choi Young-Jin, a aussi décidé que Ouattara avait gagné, mais sur la base de moins de voix que celles annoncées par la CEI, ayant admis que certaines des plaintes déposées par Gbagbo étaient légitimes. En termes de votes exprimés pour les deux candidats, la CEI, le CC et le représentant spécial des Nations Unies ont pris trois décisions différentes.

Gbagbo a proposé que pour résoudre ce problème, qui porte sur la question importante de la volonté du peuple ivoirien, une commission internationale soit  constituée pour vérifier les résultats de l'élection, à la condition importante que  Ouattara soit tenu d’accepter la décision de la commission.

Cette proposition a été rejetée par la communauté internationale-- malgré le fait qu'elle aurait résolu le différend électoral sans recourir à la guerre et malgré le fait que certains observateurs électoraux aient mis en doute la régularité des élections, surtout dans le nord de la Côte d'Ivoire.

Par exemple, rapportant sur les élections dans le Nord, la mission d'observation électorale de l'Union Africaine, dirigée par Joseph Kokou Kofigoh, ancien premier ministre du Togo, la société civile indépendante Société Civile Africaine pour la démocratie et l'assistance électorale dirigé par Seynabou Indieguene du Sénégal et la Coordination des Experts électoraux africaine (DPVE) du Cameroun, Sénégal, Bénin, Mali, Maroc, Gabon et Togo, dirigée par Jean-Marie Ongjibangte du Cameroun, tous ont tiré la sonnette d'alarme sur les élections dans le Nord.

Par exemple, le DPVE dit: « après le partage d'informations avec d'autres observateurs nationaux et internationaux, nous déclarons par les présentes que le second tour de l'élection présidentielle en Côte d'Ivoire a eu lieu au milieu des problèmes majeurs (diverses régions du Nord)

« Ces problèmes étaient les suivants : vol des urnes, arrestation de représentants des candidats, votes multiples, refus d'admettre des observateurs internationaux pour être témoins du dépouillement des bulletins de vote et  meurtre de représentants des candidats. À cet effet, nous déclarons que le deuxième tour de scrutin n'était pas libre, juste et transparent dans ces localités (nordiques). »

Pour sa part, à ce jour, la mission d'observation électorale la CEDEAO n'a pas publié son rapport sur le second tour de l'élection présidentielle ! Pourquoi ?

Clairement la commission internationale indépendante proposée par Laurent Gbagbo aurait peu être  mise en place   et habilitée  à  déterminer  définitivement et de façon contraignante ce qui était arrivé. Le temps nous dira pourquoi cela n'a pas été fait !

En outre, le représentant spécial des Nations Unies a pris la décision extraordinaire d’outrepasser son mandat en déclarant qui avait remporté l'élection présidentielle, contrairement à ses tâches détaillées  par le Conseil de sécurité. Cela a positionné la Mission des Nations Unies en Côte d'Ivoire (ONUCI) comme partisane dans le conflit ivoirien, plutôt que comme artisan de paix neutre, équidistant des parties belligérantes.

A partir de ce moment là, l'ONUCI n’avait pas d’autre  choix que de travailler activement à  l'installation de Ouattara comme président du pays et à l’élimination de Gbagbo. En fin de compte, cette position s’est exprimée dans l'utilisation flagrante de ses capacités militaires pour ouvrir la voie aux Forces Nouvelles pour vaincre les forces de Gbagbo et pour capturer Gbagbo, sous le prétexte trompeur qu'il s'agissait de protéger les civils.

Alors qu'elle était tenue de respecter son mandat de maintien de la paix, qui comprenait le maintien séparées  des forces belligérantes, l'ONUCI n'a rien fait pour arrêter l'avancée des Forces Nouvelles du Nord au sud, y compris et jusqu’à à Abidjan. Ni  l'ONUCI, ni la force française Licorne, telle qu’elle était mandatée par l'Organisation des Nations Unies, n’ont agi pour protéger les civils dans le domaine de Duékoué, où, de toute évidence, le meurtre de la plus forte concentration de civils a eu lieu ! Cela rappelle la défaillance de l'ONU pour mettre fin au plus catastrophiques des meurtres et des violences sur des civils dans l'est de la République démocratique du Congo !

La réalité ivoirienne met en évidence  un certain nombre de conclusions irréfutables.

Les conditions convenues pour la tenue d'élections démocratiques en Côte d'Ivoire n'ont pas été créées. Malgré de fortes allégations de fraude électorale, la communauté internationale s’est opposée  à la réalisation de toute vérification du processus et des résultats annoncés. Ceci a laissé sans réponse  la question essentielle de qui avait réellement remporté les élections, ce qu’avait pu faire Ouattara.

L'Organisation des Nations Unies a choisi d’abandonner sa neutralité comme artisan de  paix, décidant d'être un partisan belligérant dans le conflit ivoirien.

La France a utilisé sa place privilégiée au Conseil de sécurité pour se positionner dans un rôle important dans la détermination de l'avenir de la Côte d'Ivoire, son ancienne colonie où, entre autres, elle possède des intérêts économiques importants. Elle s'est associée à l'Organisation des Nations Unies afin d'assurer que Ouattara émerge comme vainqueur du conflit ivoirien.

Ceci renvoie aux  intérêts nationaux de la France, conformément à sa politique de Françafrique, qui a pour but de perpétuer une relation particulière avec ses anciennes colonies africaines. Cela est conforme aux remarques faites par l'ancien président français François Mitterrand lorsqu'il a dit, "Sans l'Afrique, la France n'aura aucune histoire au XXIe siècle," ce qu’un ancien ministre des affaires étrangères français Jacques Godfrain a confirmé lorsqu'il a dit : "un petit pays [France] avec une petite quantité de force, nous pouvons faire bouger la planète grâce  nos]... relations avec 15 ou 20 pays africains... "

L'Union Africaine n’est également pas à l’abri de reproches, car elle n'a pas tenté de convaincre tout le monde de travailler pour parvenir à la réconciliation entre ivoiriens et par conséquent à la  paix. Tragiquement, le résultat qui a été obtenu en Côte d'Ivoire aggrave encore le conflit endémique dans ce pays. C'est parce que la capacité à déterminer l'avenir du pays, a été placée dans les mains exclusives de la rébellion ratée de 2002, alors que la situation objective dictait  et dicte  que ce soit les populations de Côte d'Ivoire qui  s’engagent  les unes  envers  les autre sur pied d’égalité  à déterminer leur destin commun.

Au cours de la décennie, pendant laquelle il a été président de Côte d'Ivoire, Gbagbo n'avait aucune possibilité d'agir par lui-même pour réunifier le pays et pour parvenir à la  réconciliation de sa population diversifiée, malgré l'existence d'accords négociés sur ce sujet. En tant que  président du pays, Ouattara ne parviendra pas à réaliser ces objectifs, en agissant de son propre chef, hors du contexte de l'accord honnête avec les sections de la population ivoirienne représentées par Gbagbo.

Ce qui allait se passer avait été prévu par l'Ambassadrice des États-Unis  en Côte d'Ivoire, Wanda L. Nesbitt. En juillet 2009, elle a informé le gouvernement des États-Unis :

« Maintenant, il semble que l'accord de Ouaga IV, [la quatrième Convention de l'accord politique de Ouagadougou, qui prescrit que le désarmement doit précéder les élections], est fondamentalement un accord entre Blaise Compaore [président du Burkina Faso] et Laurent Gbagbo de partager le contrôle du Nord après l'élection présidentielle, malgré le fait que le texte appelle pour les Forces Nouvelles à reprendre le contrôle du Nord du gouvernement et d’achever le désarmement deux mois avant l'élection...

« Mais les Forces Nouvelles 5 000 soldats qui sont à « désarmer » et se sont regroupés dans des caserne dans quatre villes clés dans le Nord et l'Ouest, jusqu'à ce qu'une nouvelle armée nationale soit créée, représentent une capacité militaire sérieuse que le FAFN [Forces Nouvelles] a l'intention de garder bien formée et en réserve jusqu’après les élections. La remise du pouvoir administratif  de la FAFN aux autorités civiles est un préalable aux  élections, mais, comme les voyageurs vers le Nord (y compris le personnel de l’ambassade) le confirment : les FAFN conservent le contrôle de facto de la région particulièrement lorsqu'il s'agit de finances. »

L'incapacité à résoudre les préalables aux élections  a prédéterminé  leur résultat. Le « contrôle » du Nord par les rebelles, mentionné par l'Ambassadeur Nesbitt, déterminait  le résultat de l'élection présidentielle de 2010. De même, c'est la « capacité militaire » de la rébellion, mentionnée par l’Ambassadeur Nesbitt qui a été utilisée pour s'assurer que Ouattara devienne président de la  Côte d'Ivoire.

Il n’est surprenant que lorsque la crise postélectorale s'est aggravée, Laurent Gbagbo se soit écrié : J'ai été trahi !

Au terme de tout ceci, il y a de nombreuses victimes.

L'une d'elles est l'Union africaine. Les événements tragiques en Côte d'Ivoire ont confirmé la marginalisation de l'Union dans sa capacité à résoudre les défis africains les plus importants.

Au lieu de cela, l'Union africaine a conforté la capacité des grandes puissances à intervenir pour résoudre ces problèmes en utilisant leurs capacités diverses pour légitimer leurs actions, en persuadant les Nations Unies d'autoriser leurs interventions servant leurs propres intérêts

L'Organisation des Nations Unies est encore une autre victime. Elle a gravement affaibli son acceptabilité comme force neutre dans la résolution des conflits internes, tels que celui de la Côte d'Ivoire. Maintenant, il sera difficile pour l'Organisation des Nations Unies de convaincre l'Afrique et le reste du monde en développement, qu'elle n'est pas un simple instrument entre les mains des grandes puissances du monde. Cela a confirmé l'urgente nécessité de restructurer l'organisation, fondée sur le point de vue que, comme elle est actuellement structurée l'Organisation des Nations Unies n'a aucune capacité à agir comme un représentant vraiment  démocratique de ses États membres.

Ainsi, de diverses façons, les événements en Côte d'Ivoire pourraient constituer un moment décisif de l'urgente nécessité de restructurer le système des relations internationales. Ils ont exposé la réalité de l'équilibre et des abus de pouvoir dans l'ère de l’après guerre froide et ont mis à bas la fiction selon laquelle les grandes puissances respectent la primauté du droit dans la conduite des relations internationales, même au sens de la Charte des Nations Unies, et que, en démocrates, elles respectent les opinions des peuples du monde.

Nous pouvons seulement espérer que Laurent et Simone Gbagbo et le peuple ivoirien ne vont pas continuer à souffrir comme victimes trompées et humiliées d'un système global qui, dans son intérêt, tout en criant  très fort  pour  les droits de l'homme universels, vise seulement à perpétuer la domination du plus grand nombre par la minorité  qui dispose du pouvoir prépondérant , sur les plans politique, économique, militaire et médiatique .

Les agissements pervers et empoisonnés  qui ont eu lieu en Cote d’Ivoire posent cette question urgente : Combien l’Afrique et le reste du monde en développement subiront-ils encore d’abus de pouvoir avant que le projet d’un système global de gouvernance démocratique voit le jour ?

 

2

Le chapitre qui suit du livre de Simone Ehivet Gbagbo prend aujourd’hui un relief tout particulier. L’attaque de la base française a en effet déclenchée une riposte musclée qui a détruit la modeste aviation militaire ivoirienne assurant ainsi  à l’ONUCI et à la France la maitrise complète du ciel ivoirien. Il s’est donc créé ce jour là, sans même avoir besoin de recourir à sa création par le Conseil de Sécurité de l’ONU,  une « no fly zone » qui a permis en Avril 2011 de faire attaquer l’armée légale ivoirienne au sol par des appareils hostiles. Le Président Gbagbo avait donc perdu dés 2004 la souveraineté aérienne dans son propre pays.

 

 

DE LA DIGNITÉ

Opération César

Mon pays était coupé en deux depuis plus de deux ans et les rebelles refusaient de désarmer. La feuille de route adoptée après Accra III enregistrait le même échec que les précédentes. Pour mettre fin à cette situation, l'armée ivoirienne, sur ordre du chef de l'État, Laurent Gbagbo, lança le 4 novembre 2004 une offensive afin de libérer les zones occupées par les rebelles. Cette opération, fut dénommée « César» par les militaires mais les Ivoiriens préférèrent l'appeler « Opération Dignité».

La communauté internationale et la France étaient au fait de cette opération et ne s'y étaient pas opposées. J’en veux pour preuve la mise à disposition par la force Licorne du commandant Issar, officier de liaison Français, qui rendait compte, au quotidien, à ses supérieurs hiérarchiques de l'évolution de l'opération « César».

Les deux premiers jours se déroulèrent à la satisfaction de nos forces de Défense et de Sécurité. Soro Guillaume, le chef des rebelles, dénonça immédiatement ce qu'il considéra comme « une violation» flagrante » et « unilatérale » des accords de paix.

L'opération « Dignité » avait donc démarré le 4 novembre 2004. Elle allait prendre une tournure lourde de conséquences tant pour la France que pour la Côte d'Ivoire ...

Ce samedi 6 novembre 2004, nous étions au troisième et dernier jour des frappes aériennes. Les bases rebelles avaient été bombardées et des troupes de l'armée ivoirienne étaient aux portes de la ville de Bouaké. Nous devions libérer Bouaké au Centre, Bouna, Odienné el Korhogo au Nord et Danané à l'Ouest. Tout le monde suivait de près la progression de l'armée ivoirienne.

Nous étions heureux parce qu’enfin le pays allait être libéré.

En milieu de matinée, les nouvelles nous parviennent de Bouaké. Elles sont excellentes. Nos troupes sont entrées dans la ville, elle sera libérée avant la fin de la journée. Tout le pays est en liesse, même les populations des zones occupées.

Brusquement, en début d'après-midi, une nouvelle terrible déferle de Bouaké, enfle et s'empare de tout le pays : une base de la Force Licorne à Bouaké aurait été touchée par un obus. Peu de temps après la nouvelle se précisait. Un obus serait tombé « par mégarde » sur ce camp. Nous ne savions pas d'où était parti l'obus, car il y avait, non loin du camp, des affrontements entre nos soldats et les rebelles.

Quelques instants plus tard, une autre version la première. Il y aurait eu un raid de l'aviation sur le camp militaire français. Bilan selon la France neuf tués dont huit soldats français et un ressortissant américain.

Les premières informations qui nous ont été communiquées ne parlaient pas du tout d'un bombardement délibéré du camp militaire français. Que s'était-il donc passé?

Erreur de pilotage? Action délibérée?

La réaction de l'armée française est immédiate et d’une brutalité inouïe et démesurée. Ce même 6 novembre avant quinze heures, elle détruit les avions de l'armée stationnés à l'aéroport de Yamoussoukro ainsi que les hélicoptères de combat. Même celui qui avait été rangé dans la cour du palais présidentiel à Yamoussoukro est réduit en cendres et le palais lui-même en partie endommagé.

On dit même qu'en vue des opérations, des mirages avaient décollé depuis Djibouti pour être positionnés à Libreville, au Gabon.

Les événements se succèdent dans un ordre cauchemardesque. Presque tous nos avions sont partis en fumée. Un hélicoptère de combat MI 24, qui revenait d'une mission de reconnaissance avec à son bord des journalistes, est attaqué et endommagé par les militaires français qui s'étaient emparés de l'aéroport de Yamoussoukro. À Abidjan, la force française Licorne endommage également, mais à la hache cette fois, les aéronefs ivoiriens stationnés sur la base aérienne du GATL (Groupement Aérien de Transport et de Liaison), à proximité de l'aéroport international Félix Houphouët-Boigny. Je tiens à préciser que ces avions n'avaient pas pris part au combat.

Le palais présidentiel du Plateau est également attaqué. Un bitube anti aérien 2SU/34 est détruit.

« On a tiré essentiellement sur les appareils militaires pouvant constituer un danger pour nous, forces impartiales », prétendra le porte-parole de la Licorne.

En quoi est-ce que les appareils militaires pouvaient constituer un danger pour les forces impartiales? La Côte d'Ivoire n'était pas en guerre contre l'armée française, ni contre les casques bleus!

Quel intérêt avions-nous à nous en prendre aux forces impartiales?

Nos intérêts étaient diamétralement opposés à ce type d'action. Seul un fou aurait pu avoir une telle idée.

Mais la version des, événements donnée par la Force Licorne fait rapidement le tour des médias dans le monde entier. Les Ivoiriens durent mobiliser toute leur expertise informatique pour que, grâce à Internet, ils arrivent à rétablir la vérité des faits. La tension monta très vite entre la Côte d'Ivoire et la France.

Dire que cet événement tragique intervenait au moment même où nous commencions à voir le bout de tunnel !

La France s'est-elle saisie de ce prétexte pour briser l'élan des soldats ivoiriens et pour tenter ce qu'il faut bien appeler un coup de force: enlever Laurent du pouvoir? Elle n'a même pas pris le temps de vérifier si le « bombardement » de son camp était un acte intentionnel accidentel.

Le dimanche 7 novembre à 14 heures 30, lorsque les réfugiés français se retrouvent à l'hôtel La pergola le QG de l'ONUCI, à la question de Patrick : « Avez-vous prévu un plan d'évacuation pour les français ? », le colonel français présent répond: « Il n'y a de plan d'évacuation de prévu. De toutes les façons, ne vous inquiétez pas, Gbagbo dans quarante-huit heures, c’est terminé, on n'en parle plus ... »

Qui se cache derrière tout cela ? Quelques arbres cachent la forêt, pourtant c'est une forêt équatoriale!

Dès le lendemain du « bombardement », le président la République ordonna au Procureur militaire d’engager une enquête sur cette attaque du camp militaire français. Pour donner à l'enquête toutes ses chances d'aboutir, il suspend toute la chaîne de commandement militaire. Le capitaine de corvette, Ange Kessy, Procureur militaire, décida aussitôt de se rendre à Bouaké, afin de constater par lui-même ce qui s'était réellement passé au cours de cette soi-disant attaque et d'asseoir son opinion. Il constitua son équipe avec entre autres un artificier, un armurier et un spécialiste de balistique. À deux reprises, il essuya le refus du général Poncet, Commandant de la Force Licorne, de le laisser accéder au camp de Bouaké. Le commissaire de marine Deligne Jean Marie, conseiller juridique du général Poncet, affirma même que Paris s'opposait à toute enquête.

Il fallut attendre le 17 décembre 2004, c'est-à-dire quarante jours après le bombardement, pour que le général Poncet accepte enfin de conduire le Procureur militaire ivoirien sur les lieux, au lycée Descartes à Bouaké. Ce dernier dût s'y rendre seul à bord d'un hélicoptère français. En effet, le général Poncet s'opposait à ce que son équipe d'enquêteurs l'accompagne.

Sur place, aucune possibilité d'expertise, aucun élément de preuve, aucun reste de roquette et pourtant ce camp était censé avoir reçu trois paniers de quarante-huit roquettes. Les trous découverts et identifiés sur plan' n'avaient pu être réalisés que par des kalachnikovs et non des roquettes; également, quelques tas de gravats qui ne livraient aucun indice! Le colonel Destremau qui avait accueilli le Procureur ivoirien à Bouaké était pressé d'en finir. Il prétextait une attaque probable de rebelles présents dans les alentours. La visite ne dura pas plus de quinze minutes.

L'incompréhensible brutalité de la France

Des questions se lèvent dans mon cœur.

Nous n'avons pas pu voir les corps des victimes pour leur rendre un dernier hommage comme le veut l'usage. Pourquoi?

On ne nous a pas laissés accéder aussitôt au site bombardé pour faire nos constats, nous-mêmes. Pourquoi?

Les blessés ont tous été évacués sur la France sans même que nous les ayons vus. Pourquoi?

On ne sait pas ce qu'est devenu le corps de la victime ni qui il était. Pourquoi?

La France a rapatrié les corps des victimes sans même médecin légiste ivoirien les ait examinés. Pourquoi? Sur ces morts, il n'y a en moi que des questions sans réponse.

Quelles que soient les circonstances et avant qu'une enquête ne soit ouverte, Laurent aurait dû, comme il l'a fait, chaque fois qu'il y a eu mort de soldats français, la possibilité de rendre les honneurs à ces soldats sur le territoire ivoirien.

Nous ne savons pas, aujourd'hui encore, si c'est un de nos avions qui a commis cet acte ou si l'obus a été du camp des rebelles.

Je me demande pourquoi nos pilotes seraient allés poser leurs appareils, juste devant les canons des Français sur  l'aéroport de Yamoussoukro, s'ils avaient vraiment commis la forfaiture d'aller bombarder un de leurs camps à Bouaké L’examen des faits et les témoignages des uns et autres conduisent à la non-imputabilité des pilotes du Sukhoi (avion de combat) ivoirien.

Ce sont les militaires français qui ont récupéré les boîtes noires » des Sukhoïs, détruits au sol par eux. Jusqu’à présent, ces boites noires demeurent silencieuses pour nous ... Ivoiriens bien sûr. Pourquoi?

Secret Défense de Michèle Alliot Marie!

Le « Pays des Droits de l'homme » se soustrait à la en terre ivoirienne alors qu'une enquête militaire conjointe aurait dû être menée sans difficultés. Pourquoi?

Les pilotes biélorusses, dont la responsabilité n'a jamais été établie dans le « bombardement » de la base française ;') Bouaké, ont été exfiltrés précipitamment de Côte d'Ivoire, sans que nous ayons pu les interroger. Pourquoi?

Qui les a exfiltrés de la sorte et pourquoi?

En janvier 2005, le pouvoir français refusera que le Parlement français enquête sur les événements dl' Côte d'Ivoire.

« La Commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale française a examiné, le 15 janvier 2005, le rapport d'Eric Raoult (UMP) sur la proposition de députés socialistes de création d'une "Commission d'enquête sur les conditions dans lesquelles le gouvernement .français est intervenu dans III crise en Côte d'Ivoire depuis le 19 septembre 2002" (LC N°463) ».

« Les militaires .français ont plus besoin de soutien que de mise en cause », a dit Jacques Godfrain (Ancien ministre RPR de la Coopération française).

Enfin, le président de la Commission, Edouard Balladur, a jugé qu'il était légitime que le Parlement français fasse connaître son jugement a posteriori, comme dans les cas du Rwanda et de Srebrenica. Mais « si la représentation nationale devait intervenir pendant le déroulement du conflit, cela ne pourrait que conduire à accroître la confusion de la situation et compliquerait la tâche du gouvernement ». Paul Quilès, à l'origine de cette proposition, a alors proposé la création d'une « mission d'information » plutôt qu'une « commission d'enquête », Edouard Balladur a jugé que la création d'une mission d'information n'était pas plus « opportune »... La Commission a donc rejeté la proposition de résolution. (LC N°464 du 10/212005)

Pourquoi?

La juge d'instruction, Brigitte Raynaud, en charge de l'enquête posait trop de questions. Elle exigea même que les pièces du dossier soient déclassifiées. Un grand nombre de pièces le fut par le ministre français de la Défense mais, quelques-unes, sûrement les plus importantes, restent encore classées secret défense. Ces pièces sont donc inaccessibles aux enquêteurs et depuis, la juge a été déchargée du dossier.

Pourquoi?

Comment peut-on imaginer un seul instant que Laurent Gbagbo ou un de ses proches, sain de corps et d'esprit, ait pu ordonner le bombardement du camp français, alors que son pays était à deux doigts de sa réunification, de sa paix?

On nous a parlé d'un rapport de la gendarmerie française, précisant que les neuf militaires auraient, en réalité, été tués par des rebelles pour obliger la France à arrêter le feu des Forces loyalistes.

Dans la revue Gend’ Info N°278, juin/juillet 2005, le capitaine Philippe Moreux, Conseiller en communication en poste à l'ONUCI (Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire) à Abidjan, lors des événements, rapporte les faits suivants: « Le 3 novembre, des affrontements opposant rebelles et forces nationales éclatent dans le pays. Des heurts qui gagnent en violence, jusqu'à atteindre leur apothéose le 6 novembre, lorsque les rebelles s’en prennent à une base  française en place dans le cadre de l'opération Licorne. Le bilan est lourd, l'armée française perd neuf soldats, vingt autres sont blessés ».

Le capitaine Moreux affirme donc clairement l'attaque du camp français par les rebelles? Se tromperait-il lui aussi ? Tous ces « camouflages », toutes ces manipulations toute cette perversion me donnent des frissons d’effroi.

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