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Jeudi 21 juin 2012 4 21 /06 /Juin /2012 09:51

A propos d’un écrit de Jean-Jacques Rousseau

 

L'ÉTAT DE GUERRE

Que l'état de guerre naît de l'état social

 

Ce bref texte de Jean Jacques Rousseau dont nous citons  quelques extraits  devait trouver sa place dans le chapitre sur les « Principes du droit de la guerre » d’un ouvrage sur les « Institutions politiques » dont l’auteur avait formé le projet vers 1743-1744.

Il s’inscrit dans les réflexions qu’il conduit à l’époque et qui verront la publication du « Discours sur l’origine de l’égalité » (1754) et un peu plus tard du Contrat social (1762). Non publié du vivant de Rousseau, il figure dans les œuvres complètes de la Pléiade et a été publié séparément en 2000 par Actes Sud.

Le sous-titre dit assez la démarche poursuivie par l’auteur : établir que la guerre n’est pas l’expression d’une nature humaine éternelle et immuable mais un phénomène social qui voit l’affrontement entre des groupes humains organisés, entre des sociétés humaines.

Suivons le raisonnement.

D’emblée Rousseau s’en prend à Hobbes qui a publié un siècle plus tôt le Léviathan, pour réfuter l’hypothèse d’une nature humaine égoïste et violente qui conduirait les individus à s’entretuer en permanence. Il commence par pousser jusqu’à l’absurde le raisonnement de Hobbes, le «  sophiste ».

« Mais quand il serait vrai que cette convoitise illimitée et indomptable serait développée dans tous les hommes au point que le suppose notre sophiste  encore ne produirait-elle pas cet état de guerre universelle de chacun contre tous, dont Hobbes ose tracer l'odieux tableau. Ce désir effréné de s'approprier! Toutes choses est incompatible avec celui de détruire tous ses semblables; et le vainqueur qui, ayant tout tué, aurait le malheur de rester seul au monde, n'y jouirait de rien par cela même qu'il aurait tout. Les richesses elles-mêmes, à quoi sont-elles bonnes, si ce n'est à être communiquées; que lui servirait la possession de tout l'univers s'il en était l'unique habitant? Quoi? Son estomac dévorera-t-il tous les fruits de la terre? Qui lui rassemblera  les productions de tous les climats ; Qui portera le témoignage de son empire dans les vastes solitudes qu'il n'habitera point? Que fera-t-il de ses trésors, qui consommera ses denrées, à quels yeux étalera-t-il son pouvoir? J'entends. Au lieu de tout massacrer, il mettra tout dans les fers pour avoir au moins des esclaves. Cela change à l'instant tout l'état de la question ; et puisqu'il n'est plus question de détruire, l'état de guerre est anéanti. »

Et il revient aussitôt à ce qui restera  au cœur de sa démarche dans le Contrat Social

« L'homme est naturellement pacifique et craintif, au moindre danger, son premier mouvement est de fuir; il ne s'aguerrit qu'à force d'habitude et d'expérience. L'honneur, l'intérêt, les préjugés, la vengeance, toutes les passions qui peuvent lui faire braver les périls et la mort, sont loin de lui dans l'état de nature. Ce n'est qu'après avoir fait société avec quelque homme qu'il se détermine à en attaquer un autre, et il ne devient soldat qu'après avoir été citoyen. On ne voit pas là de grandes dispositions à faire la guerre à tous ses semblables. Mais c'est trop m'arrêter sur un système aussi révoltant qu'absurde, qui a déjà cent fois été réfuté.

Il n'y a donc point de guerre générale d'homme à homme  et l'espèce humaine n'a pas été formée uniquement pour s'entre-détruire. Reste à considérer la guerre accidentelle et particulière qui peut naître entre deux ou plusieurs individus.

Si la loi naturelle n'était écrite que dans la raison humaine, elle serait peu capable de diriger la plupart de nos actions, mais elle est encore gravée dans le cœur de l'homme en caractères ineffaçables et c'est là qu'elle lui parle plus fortement que tous les préceptes des philosophes; c'est là qu'elle lui crie qu'il ne lui est permis de sacrifier la vie de son semblable qu'à la conservation de la sienne, et qu'elle lui fait horreur de verser le sang humain sans colère, même quand il s'y voit obligé. »

D’où vient donc cette obligation ? Evidemment de la société et pour Rousseau à l’époque  (nous sommes au 18° siècle sous la monarchie) du souverain.

« Dans l'état civil, où la vie de tous les citoyens est au pouvoir du souverain et où nul n'a droit de disposer de la sienne ni de celle d'autrui, l'état de guerre ne peut avoir lieu non plus entre les particuliers ; et quant aux duels, défis, cartels, appels en combat singulier, outre que c'était un abus illégitime et barbare d'une constitution toute militaire, il n'en résultait pas un véritable état de guerre, mais une affaire particulière qui se vidait en temps et lieu limités, tellement que pour un second combat il fallait un nouvel appel. On en doit excepter les guerres privées qu'on suspendait par des trêves journalières appelées la paix de Dieu et qui reçurent la sanction par les établissements de Saint Louis. Mais cet exemple est unique dans l'histoire.

On peut demander encore si les rois qui, dans le fait, sont indépendants de- puissance humaine, pourraient établir entre eux des guerres personnelles et particulières, indépendantes de celles de l'Etat. C'est là certainement une question oiseuse, car ce n'est pas, comme on sait, la coutume des princes d'épargner autrui pour s'exposer personnellement. De plus, cette question dépend d'une autre qu'il ne m'appartient pas de décider: savoir si le prince est soumis lui-même aux lois de l'Etat ou non; car s'il y est soumis, sa personne est liée et sa vie appartient à l'Etat, comme celle du dernier citoyen. Mais si le prince est au-dessus des lois, il vit dans le pur état de nature et ne doit compte ni à ses sujets ni à personne d'aucune de ses actions. »

Rousseau va maintenant approfondir la relation sociale d’où nait cette obligation

« Nous entrons maintenant dans un nouvel ordre de choses. Nous allons voir les hommes unis par une concorde artificielle se rassembler pour s'entre-égorger et toutes les horreurs de la guerre naître des soins qu'on avait pris pour la prévenir. »

Et il conclut ce premier développement par cette phrase décisive

« Il n'y a point de guerre entre les hommes ; il n'y en a qu'entre les Etats. »

Il va revenir ensuite sur cette conclusion provisoire pour en approfondir la portée en précisant la nature de l’Etat, qu’il nomme « corps politique »

« A cela, je pourrais me contenter de répondre par les faits et je n'aurais point de réplique à craindre mais je n'ai pas oublié que je raisonne ici sur la nature des choses et non sur des événements qui peuvent avoir mille causes particulières, indépendantes du principe commun. Mais considérons attentivement la constitution des corps politiques et quoique, à la rigueur, chacun suffise à sa propre conservation, nous trouverons que leurs mutuelles relations ne laissent pas d'être beaucoup plus intimes que celles des individus. Car l'homme, au fond, n'a nul rapport nécessaire avec ses semblables; il peut subsister sans leur concours dans toute la vigueur possible; il n'est pas tant besoin des soins de l'homme que des fruits de la terre; et la terre produit plus qu'il ne faut pour nourrir tous ses habitants. Ajoutez que l'homme a un terme de force et de grandeur fixé par la nature et qu'il ne saurait passer. De quelque sens qu'il s'envisage, il trouve toutes ses facultés limitées. Sa vie est courte, ses ans sont comptés. Son estomac ne s'agrandit pas avec ses richesses, ses passions ont beau s'accroître, ses plaisirs ont leur mesure, son cœur est borné comme tout le reste, sa capacité de jouir est toujours la même. Il a beau s'élever en idée, il demeure toujours petit.

L'Etat, au contraire, étant un corps artificiel, n'a nulle mesure déterminée, la grandeur qui lui est propre est indéfinie, il peut toujours l'augmenter, il se sent faible tant qu'il en est de plus forts que lui. Sa sûreté, sa conservation demandent qu'il se rende plus puissant que tous ses voisins. Il ne peut augmenter, nourrir, exercer ses forces qu'à leurs dépens, et s'il n'a pas besoin de chercher sa subsistance hors de lui-même, il y cherche sans cesse de nouveaux membres qui lui donnent une consistance plus inébranlable. Car l'inégalité des hommes a des bornes posées par les mains de la nature, mais celle des sociétés peut croître incessamment, jusqu’à ce qu'une seule absorbe toutes les autres.

Ainsi, la grandeur du corps politique étant purement relative, il est forcé de se comparer sans cesse pour se connaître; il dépend de tout ce qui l'environne, et doit prendre intérêt à tout ce qui s'y passe car il aurait beau vouloir se tenir au-dedans de lui sans rien gagner ni perdre, il devient petit ou grand, faible ou fort, selon que son voisin s'étend ou se resserre et se renforce ou s'affaiblit. Enfin sa solidité même, en rendant ses rapports plus constants donne un effet plus sûr à toutes ses actions et rend toutes ses querelles plus dangereuses

Il semble qu'on ait pris à tâche de renverser toutes les vraies idées des choses. Tout porte l'homme naturel au repos ; manger et dormir sont les seuls besoins qu'il connaisse; et la faim seule l'arrache à la paresse. On en a fait un furieux toujours prompt à tourmenter ses semblables par des passions qu'il ne connaît point; au contraire, ces passions exaltées au sein de la société par tout ce qui peut les enflammer passent pour n'y pas exister. Mille écrivains ont osé dire que le corps politique ­est sans passions et qu'il n'y a point d'autre raison d'Etat que la raison même. Comme si l'on ne voyait pas au contraire que l'essence de la société consiste dans l'activité de ses membres et qu'un Etat sans mouvement ne serait qu'un corps mort. Comme si toutes les histoires du monde ne nous montraient pas les sociétés les mieux constituées être aussi les plus actives, et soit au-dedans, soit au-dehors, l'action et réaction continuelles de tous leurs membres porter témoignage de la vigueur du corps entier. »

Pour Rousseau cette vigueur porte un nom : puissance

« J'appelle donc guerre de puissance à puissance l'effet d'une disposition mutuelle, constante et manifestée de détruire l'Etat ennemi, ou de l'affaiblir au moins, par tous les moyens qu'on le peut. Cette disposition réduite en acte est la guerre proprement dite ; tant qu'elle reste sans effet, elle n'est que l'état de guerre. »

Arrivé à ce point et après avoir au passage mentionné les enjeux matériels de la guerre :

« Ces diverses manières d'offenser un corps politique ne sont toutes ni également praticables, ni également utiles à celui qui les emploie; et celles dont résultent à la fois notre propre avantage et le préjudice de l'ennemi sont naturellement préférées. La terre, l'argent, les hommes, toutes les dépouilles qu'on peut s'approprier, deviennent aussi les principaux objets des hostilités réciproques. Cette basse avidité changeant insensiblement les idées des choses, la guerre enfin dégénère en brigandage, et d'ennemis et guerriers on devient peu à peu tyrans et voleurs. »

Rousseau en arrive à l’élaboration de la position du philosophe :

« J'ouvre les livres de droit et de morale, j'écoute les savants et les jurisconsultes, et, pénétré de leurs discours insinuants, je déplore les misères de la nature, j'admire la paix et la justice établies par l'ordre civil, je bénis la sagesse des institutions publiques et me console d'être homme en me voyant citoyen. Bien instruit de mes devoirs et de mon bonheur, je ferme le livre, sors de la classe, et regarde autour de moi ; je vois des peuples infortu­nés gémissant sous un joug de fer, le genre humain écrasé par une poignée d'oppresseurs, une foule affamée, accablée de peine et de faim, dont le riche boit en paix le sang et les larmes, et partout le fort armé contre le faible du redoutable pouvoir des lois.

Tout cela se fait paisiblement et sans résistance; c'est la tranquillité des compagnons d'Ulysse enfermés dans la caverne du Cyclope, en attendant qu'ils soient dévorés. Il faut gémir et se taire. Tirons un voile éternel sur ces objets d'horreur. J'élève les yeux et regarde au loin. J'aperçois des feux et des flammes, des campagnes désertes, des villes au pillage. Hommes farouches, où traînez-vous ces infortunés ? J'entends un bruit affreux ; quel tumulte ! quels cris ! J'approche; je vois un théâtre de meurtres, dix mille hommes égorgés, les morts entassés par monceaux, les mourants foulés aux pieds des chevaux, partout l'image de la mort et de l'agonie. C'est donc là le fruit de ces institutions pacifiques! La pitié, l'indignation s'élèvent au fond de mon cœur. Ah ! Philosophe barbare ! Viens nous lire ton livre sur un champ de bataille!

Quelles entrailles d'hommes ne seraient émues à ces tristes objets? Mais il n'est plus permis d'être homme et de plaider la cause de l'humanité. La justice et la vérité doivent être pliées à l'intérêt des plus puissants: c'est la règle. Le peuple ne donne ni pensions, ni emplois, ni chaires, ni places d'académies; en vertu de quoi le protégerait-on ? Princes magnanimes, je parle au nom du corps littéraire ; opprimez le peuple en sûreté de conscience; c'est de vous seuls que nous attendons tout; le peuple ne nous est bon à rien.

Comment une aussi faible voix se ferait-elle entendre à travers tant de clameurs vénales ? Hélas ! Il faut me taire ; mais la voix de mon cœur ne saurait-­elle percer à travers un si triste silence? Non ! Sans entrer dans d'odieux détails qui passeraient pour satiriques  par cela seul qu'ils seraient vrais, je me bornerai, comme j'ai toujours fait, à examiner les établissements humains par leurs principes; à corriger, s'il se peut, les fausses idées que nous en donnent des auteurs intéressés ; et à faire au moins que l'injustice et la violence ne prennent pas impudemment le nom de droit et d'équité.

La première chose que je remarque, en considérant la position du genre humain, c'est une contradiction manifeste dans sa constitution, qui la rend toujours vacillante. D'homme à homme, nous vivons dans l'état civil et soumis aux lois; de peuple à peuple, chacun jouit de la liberté naturelle : ce qui rend au fond notre situation pire que si ces distinctions étaient inconnues. Car vivant à la fois dans l'ordre social et dans l'état de nature, nous sommes assujettis aux inconvénients de l'un et de l'autre, sans- trouver la sûreté dans aucun des deux. La perfection de l'ordre social consiste, il est vrai, dans le concours de la force et de la loi; mais il faut pour cela que la loi dirige la force ; au lieu que, dans les idées de l'indépendance absolue des princes, la seule force parlant aux citoyens sous le nom de loi et aux étrangers sous le nom de raison d'Etat ôte à ceux-ci le pouvoir, et aux autres la volonté de résister, en sorte que le vain nom de justice ne sert partout de sauvegarde qu'à la violence.

Quant à ce qu'on appelle communément le droit des gens, il est certain que, faute de sanction, ses lois ne sont que des chimères plus faibles encore que la loi de nature. Celle-ci parle au moins au cœur des particuliers au lieu que, le droit des gens n'ayant d'autre garant que l'utilité de celui qui s'y soumet, ses décisions ne sont respectées qu'autant que l'intérêt les confirme. Dans la condition mixte où nous nous trouvons, auquel des deux systèmes qu'on donne la préférence, en faisant trop 'ou trop peu, nous n'avons rien fait, et nous sommes mis dans le pire état où nous puissions nous trouver. Voilà, ce me semble, la véritable origine des calamités publiques. »

Et Rousseau en revient à Hobbes

« Mettons un moment ces idées en opposition avec l'horrible système de Hobbes; et nous trouverons, tout au rebours de son absurde doctrine, que bien loin que l'état de guerre soit naturel à l'homme, la guerre est née de la paix, ou du moins des précautions que les hommes ont prises pour s'assurer une paix durable. »

Ce face à face Rousseau/ Hobbes est une illustration du face à face entre le plus politique et le plus républicain des penseurs français des Lumières et du chantre de l’utilitarisme individuel anglo-saxon dont les successeurs sont connus.

Rousseau, avant Marx, affirme déjà l’homme comme un être social. Certains critiques contemporains lui reprochent  de ne concevoir  que l’être social bourgeois mais c’est lui reprocher d’être de son temps, celui des débuts de la révolution industrielle.

Les utilitaristes anglo-saxons qui n’ont pas été bousculés par une Révolution dans leurs pays sévissent toujours. Simplement ils appliquent de nos jours leur théorie du fauteur de guerre individuel punissable à leurs adversaires militairement inférieurs. D’où les tribunaux spéciaux : Nuremberg, Tokyo au sortir de la seconde guerre mondiale contre des adversaires coriaces  puis plus tard les tribunaux spéciaux  contre des rétifs minuscules sur la Yougoslavie, le Rwanda et la Sierra Leone avant d’arriver à la compétence générale et, ô combien sélective, de la Cour Pénale Internationale.

Ils réduisent ainsi les guerres aujourd’hui locales défensives et civiles que mènent leurs adversaires politiques à des délits individuels et aussi énormes que soient leurs activités meurtrières d’Etat, ils s’attribuent le rôle supérieur, celui de Procureur mondial lui-même au dessus de la loi.

Rôle que Rousseau attribue au monarque !

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Par comag
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Lundi 11 juin 2012 1 11 /06 /Juin /2012 17:05

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Par comag
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Mercredi 6 juin 2012 3 06 /06 /Juin /2012 15:50


L’Europe n’existe pas !

A force de propagande, de colloques, de corruption des milieux de la presse et de l’éducation, l’Europe a fini par faire croire qu’elle existait.

 

1- Géographie : cette péninsule du continent eurasiatique demeure un défi conceptuel pour les géographes.

 

Si à l’Ouest l’Océan Atlantique constitue bien une frontière commune, ses limites à l’Est sont imprécises :
- Les Dardanelles et le Bosphore? Mais alors  la plus grande partie d’Istanbul et la Turquie de l’ouest sont en Europe et donc l’entrée de la Turquie dans l’UE devrait elle se faire en n’acceptant qu’une fraction du pays. Hypothèse ridicule.
- L’Oural : c’est le sens de la célèbre formule gaullienne : « De l’Atlantique à l’Oural » Mais alors la Russie serait une entité artificielle mi européenne mi asiatique. Non sens : les populations sibériennes sont-elles asiatiques au même titre que les indonésiens, les birmans ou les japonais ? L’Asie elle-même est-elle une unité conceptuelle valable ? la réponse s’impose : dés l’instant où le géographe ou le géopoliticien fait un effort de précision il fait éclater le cadre et introduit des distinctions : Asie mineure (la pauvre !) Asie centrale, Asie du Sud-est, Asie orientale et pour brouiller encore les limites  s’y surajoute le concept d’Orient : Proche, Moyen, Extrême sans oublier la plaque tectonique indienne collée au « continent » par les hasards de la dérive qui sera un « sous-continent » trop à l’Est pour être moyen-orientale, trop à l’Ouest pour être extrême-orientale. Cette particularité fera le bonheur des tenants de l’invasion aryenne et des nazis qui accrocheront l’Inde à l’Europe prenant ainsi le monde arabe en tenaille.

 

2- Histoire :
Faute  de limites géographiques réelles, la Manche, pas plus que les Alpes ou les Carpates ne constituent pas des obstacles à une importante circulation humaine  l’Histoire de l’Ouest de l’Eurasie  est, le plus souvent, une histoire de conflits entre européens. Plus rarement il s’agit de conflits entre européens et non européens (turcs ottomans ou mongols) mais dans ces cas la traversée d’est en ouest de l’Eurasie n’a été empêchée par aucun obstacle géographique et ces empires disparus ont été plus victimes de leur immensité que de transgression de fortes  limites terrestres. L’empire romain ne s’étend par sur toute l’Europe du Nord et déborde largement sur le monde arabe et quand il éclate en deux parties l’empire d’Occident et l’empire d’Orient la coupure se fait en pleine Europe. 

 

 

3- Institutions :
 La situation contemporaine se caractérise par une énorme confusion (La Suisse, au cœur de l’Europe restant presque toujours un cas à part, comme elle s’est tenue à part des nombreuses guerres européennes)

  •  L’Union Européenne est l’héritière à la fois de la CEE et de l’OTAN. Ces deux institutions d’origine sont le produit de la mise sous tutelle par les Etats-Unis au sortir de la seconde guerre mondiale de la partie la plus occidentale de la péninsule eurasiatique. Cette tutelle va continuer à s’exercer jusqu’à l’élargissement l’UE en 2004 et ne seront admis dans l’UE élargie à l’Est que des membres de l’OTAN. Aujourd’hui les écarts entre les deux groupes sont très peu nombreux.  Quelques membres de l’UE ne sont pas membres de l’OTAN : Autriche Irlande, Suède, Finlande alors que l’ « orientale » Turquie  en est un membre de poids.
    Au sein même de l’UE  les sous-ensembles se sont multipliés : il y a les Schengen et les non Schengen, il y a les Euros et les non Euros il y a même les enclaves espagnoles en Afrique et  les régions « européennes » ultramarines ou ultra périphériques, ces colonies françaises éparpillées sur tous les océans
    Dans les compétitions sportives européennes sont admises les équipes turques et israéliennes mais pas celle des deux Etats qui les séparent géographiquement : la Syrie et la Liban.
    La mise en tutelle de l’Europe de l’extrême ouest par les Etats-Unis s’est faite économiquement par le biais du plan Marshall dont les crédits étaient répartis par l’Organisation Européenne de Coopération économique : OECE élargie ensuite aux autres pays mis sous tutelle économico politique par les Etats-Unis : Mexique, Chili, Corée du Sud, Japon, Turquie, Australie, Nouvelle-Zélande, Israël : ce sera l’OCDE
    Un des objectifs des gouvernements des pays membres de l’UE est de faire croire que cette Union déjà bourrée de contradictions institutionnelles et prospérant sur le maintien voulu par   les traités  d’inégalités de revenus, de régimes fiscaux, de systèmes de protection sociale, est un bloc solide alors qu’il est en première instance un espace de libre circulation des marchandises et des capitaux et un lieu d’exercice de la concurrence libre et non faussée.

 

  •  L’autre objectif est de minimiser deux autres institutions "européennes" elles aussi : l’Organisation pour la Sécurité Collective Européenne (OSCE) et le Conseil de l’Europe.

 

  • L’OSCE:
  • Issue des accords d’Helsinki  regroupe 56 Etats. Sa qualification d’européenne est discutée et discutable puisqu’en sont membres le Canada et les Etats-Unis d’une part et les républiques d’Asie centrale ex soviétiques d’autre part  Contrairement à la propagande otanienne la paix qui règne depuis 1945 en Europe est le résultat non pas de la politique de paix de l’OTAN mais d’abord de l’équilibre des forces URSS/USA jusqu’en 91.  Il a suffi que l’URSS disparaisse pour que l’OTAN mène une guerre en Europe contre la Serbie en 1997. Quant à la « politique européenne de défense » celle de l’UE elle n’est qu’une annexe de la politique de l’OTAN  et intéresse plus les fabricants d’armes européens que les populations du « continent ».  En pratique l’OSCE est affaiblie volontairement par les Etats-Unis  qui Serbie mise à part ne se gênent pas pour mettre en cause la stabilité des régimes qui leur déplaisent bien qu’ils soient membres de l’OSCE. De ce fait l’OSCE n’est plus un outil de  sécurité puisque, par le biais des révolutions de couleur un des membres de l’organisation s’ingère dans la vie des autres. Cette critique a été fortement exprimée par Vladimir Poutine en 2007 à la conférence de Munich et elle a toute sa place dans sa vision de l’avenir de l’Europe.

 

 

  •  Le Conseil de l’Europe :

Il se présente lui-même ainsi sur son site (www.coe.int)

Le Conseil de l’Europe, dont le siège est à Strasbourg (France), regroupe aujourd’hui, avec ses 47 pays membres, la quasi-totalité du continent européen. Créé le 5 mai 1949 par 10 Etats fondateurs, le Conseil de l’Europe a pour objectif de favoriser en Europe un espace démocratique et juridique commun, organisé autour de la Convention européenne des droits de l’homme et d’autres textes de référence sur la protection de l’individu.

Conçu lui aussi comme un instrument de la guerre froide et promu par le même homme qui en avait lancé le discours inaugural (Churchill – discours de Fulton) l’institution s’est progressivement élargie. Il est aujourd’hui l’institution européenne la plus large. Ainsi en sont membres des pays comme  l’Islande  la Suisse, l’Albanie, la Géorgie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan qui ne font pas partie des découpages traditionnels.  Il s’y ajoute deux observateurs : les Etats-Unis et le Canada  dont la présence rappelle l’origine historique de l’institution  et confirme le maintien d’une tutelle anglo-saxonne sur l’Europe. Le bannissement du Belarus, seul exclu du Conseil, illustre ce droit de veto otano-étasunien car aucun observateur honnête n’accepterait de dire que par exemple les performances de la Turquie en matière de  droits de l’homme qui constituent le critère d’admission  sont supérieures à celles du Belarus.

Le Conseil de l’Europe s’est cependant ces dernières années illustré en produisant des documents accusant les atteintes aux droits de l’homme de l’OTAN ( en ex Yougoslavie par exemple) ou la complicité de certains Etats européens dans l’ouverture sur leur territoire de prisons de la CIA destinées aux séquestrés de la « guerre contre le terrorisme ». Mais ces Etats étaient trop liés aux Etats-Unis pour leur refuser ce service si peu conforme aux principes « européens » des droits de l’homme et le Conseil de l’Europe n’a pu aller au-delà d’une simple  élucidation officielle de vilenies cachées.

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Bilan

Ce bref survol  démontre que l’EUROPE est un concept guimauve trituré de mille manières par les puissances du moment, que c’est un  drapeau arboré depuis 1945 autant à Washington qu’à Bruxelles (siège de l’Otan et de l’Union Européenne) qu’à Strasbourg (siège du Conseil de l’Europe et du Parlement européen). La crise économique européenne qui affecte les pays de la zone Euro comme d’autres (la Grande-Bretagne par exemple) est le prétexte d’une grande offensive idéologique en faveur de l’Europe fédérale. Il s’agit évidement d’un château de cartes : Quelle Europe ? Qui ? Comment ?

Laissant de côté le cas d’Etats centralisés préexistants qui se décentralisent en adoptant une constitution fédérale , comme par exemple le Brésil,  s’il y a une leçon à tirer de l’application concrète de la doctrine politique fédérale : libre association de partenaires égaux qui délèguent à l’échelon supérieur les pouvoirs  de défense et de représentation politique commune au niveau international , c’est qu’elle n’a été le plus souvent que la mise en œuvre d’une domination d’un partenaire sur les autres : le fédéralisme étasunien a été scellé par la guerre de Sécession et la défaite des confédérés, le fédéralisme allemand a été le fruit de la domination prussienne sur les autres principautés et régions.

Quels pays et quels intérêts domineraient une Europe fédérale ? « L’axe franco-allemand », si à l’honneur dans le discours ici dominant, peut légitimement inquiéter les citoyens des petits pays de cette Europe incertaine qu’ils soient  grecs, serbes,  hongrois , portugais ou autres et il en inquiète déjà beaucoup.

Etonnante contradiction du discours des puissants : la biodiversité serait à protéger impérativement chez les animaux et les végétaux  et à combattre chez les humains, espèce unique mais culturellement et socialement extrêmement diversifiée, au nom de l’unité du mode de  production et de consommation capitaliste, au nom de l’unicité du calcul bancaire.

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Les pays de l'OSCE : en vert les membres, en orangé les associés plus ou moins "européens" 

 

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Par comag
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Mercredi 16 mai 2012 3 16 /05 /Mai /2012 15:10

 

 

 

 

 

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L’Unité africaine est à construire

Les indépendances formelles des années 60 n’ont pas produit de miracle politique. Les histoires nationales, coloniales, des peuples de continent qui compte aujourd’hui ,1 milliard d’habitant (moins que la Chine ou  l’Inde mais est divisé en 54 Etats étaient trop diverses pour que l’Union Africaine puisse dépasser elle aussi le stade d’une représentation internationale formelle incapable jusqu’à présent de s’opposer à des conflits interétatiques africains qui n’étaient souvent que des affrontements directs ou indirects de sur le sol africain puissances extérieures.

L’histoire de l’Erythrée qui était jusqu’à la partition du Soudan en 2011 le dernier Etat africain à avoir accédé à l’indépendance (1991 confirmée par référendum en 1993) est à cet égard riche d’enseignements.

Nous l’aborderons sous forme de commentaire de texte à partir de la traduction d’un texte publié récemment par le FRONT POPULAIRE POUR LA DEMOCRATIE ET LA JUSTICE (sur son site en anglais : www.shaebia.org), héritier du FRONT POPULAIRE POUR LA LIBERATION DE L’ERYTHREE, au pouvoir en Erythrée depuis l’indépendance.

 

A la recherche d'une Union africaine réelle

Mardi 13 mars 2012 14:13 | Écrit par Daniel s. |

Traduction COMAGUER

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L'Union africaine (UA) a construit elle-même un nouveau siège social. C'est une bonne chose, même si beaucoup peuvent ne pas en voir la nécessité. Au moins, avons-nous réussi à trouver un lieu historique pour  construire le nouveau bâtiment.  L’endroit accueillait une prison où beaucoup de vies innocentes furent achevées  par des dictateurs brutaux, tous ces massacres disparaissant d’une façon ou d’une autre des écrans radars de l’Union. (1) Bien sûr, ce n'est pas une histoire dont  l'Union africaine peut être  fière, mais oublions  tout ça et imaginons l'avenir du continent et le rôle de l'Union dans celui-ci. C'est un jour nouveau et nous devrions essayer de repérer les défauts  de l'Union et d’y  trouver remède.

Assez  de rêve, revenons à la réalité. Peut-on faire des recherches sur les failles ou les bévues de l'Union Africaine ? Et quelqu'un peut-il suggérer des remèdes ? C’est hautement improbable. C'est parce que l'Union n'a jamais vraiment réussi à atteindre un objectif  important  pour les pays africains. Contrairement aux autres regroupements  régionaux liés par des intérêts communs, économiques par exemple, l'Union Africaine n'est pas unie par une vision claire, sauf pour les quelques premières années de sa vie lorsque la question de l'indépendance a été un point de ralliement. Mais cette période et ce contexte sont à présent bien dépassés et  l'Union n'a pas depuis été en mesure de se restructurer et de se repositionner face aux nouveaux défis du continent. Inutile donc de faire des recherches car  l'Union n'a pas vraiment entrepris quelque chose de significatif pendant la plus grand partie de son existence. Expliquer sa faiblesse est la question fondamentale, exigeant du  bon sens et pas de recherche.

Le problème avec l’Union Africaine est fondamental car il  mène à la conclusion qu’elle est par nature obsolète. Quels résultats concrets ont-ils été obtenus  jusqu'ici grâce aux  efforts de l'Union ? Le plus souvent, l'Union a plutôt été une extension de la manipulation des pays africains par des puissances étrangères. L’approbation de l'Union de la sanction illégale et injuste de l'Érythrée, où paradoxalement pas une seule preuve concrète n’a été apportée pour la  justifier, peut être mentionnée. (2) N’allons pas jusqu’à suggérer que l’UA ait le pouvoir d’imposer une sanction significative à un de ses membres si elle était considérée comme justifiée. Mais pourquoi, au moins moralement, ne pourrait-elle  se tenir au  côté de ses membres lorsqu'ils sont attaqués ? La rhétorique des objectifs de l'Union et sa pratique ont été jusqu'à présent deux pôles séparés.

Toute Union est composée de membres, et donc sa faiblesse ou sa force devrait  être le reflet direct de ses membres. Cependant, dans l’idéal   et tant qu’il s’agit   des besoins et de l'impact sur les membres individuels, les unions composées  de membres faibles auraient dû  être  plus entendues.

Cela aurait accru sa capacité à accomplir plus que ce qui, autrement, aurait pu être impossible ou au moins beaucoup plus difficile. En considérant cet argument comme  rationnel, l’engagement des membres de l'Union Africaine aurait dû être plus important que dans  toute  autre Union. Exceptée  la ferveur nationaliste et panafricaine des premières années  de l'Union, ce n'a pas  été le cas pour la plus grande partie des cinquante années de  l'existence de l'Union. (3)

Ce serait donner une idée trompeuse que  compter le nombre d'années pendant lesquelles   l'union a subi, jusqu’à se proclamer  résiliente. La résilience d’une organisation et surtout une organisation régionale ou continentale comme

L’Union africaine, peut seulement être mesurée par la  façon adaptative et souple, avec laquelle elle  traite des questions importantes au fil du temps. Par conséquent, ce fait rend indispensable pour elles de revoir constamment leurs objectifs, leurs règles et leurs priorités selon les exigences  du contexte dans lequel elles existent. À cet égard, l'échec se dresse au cœur du problème inhérent à  l'Union africaine et qui la mène à l'impuissance. Cela a fait de  l'Union africaine, comme elle a toujours été, une organisation basée sur des sentiments et des vœux creux

L'urgente nécessité pour l'Union africaine n'est donc pas un  nouveau siège, mais une nouvelle vision et un nouvel engagement face à de très grands   défis pour les peuples africains, dont l'union a jusqu’à présent été incapable. Puisque l'engagement implique des sacrifices, ses membres devraient également être prêts à faire tous les sacrifices nécessaires pour une union plus forte qui sera en mesure de conduire  l'Afrique hors de la pauvreté généralisée, de l’anarchie et des injustices. Une union  qui défendra ses États membres et les peuples africains, qui ne restera pas passive  lorsque se produisent des injustices flagrantes, comme celles qui ont été commises sur le site du nouveau quartier général. Bien sûr, cette histoire  n'est pas une histoire dont  l'Union africaine peut être fière, mais maintenant nous ferions  mieux de ne pas tout oublier si nous voulons imaginer l'avenir du continent et le rôle de l'Union dans celui-ci

Dernière mise à jour  le mercredi 21 mars 2012

 

 

 

EXPLICATION DE TEXTE

(1) Le nouveau siège de l’Union Africaine à Addis Abeba a été inauguré le 28 Janvier 2012 en présence de Jia Qiglin, un des neuf membres de la commission permanente du Bureau Politique du Parti Communiste chinois, l’organe dirigeant du pays. Le lendemain c’était au tour du président chinois Hu Jintao lui-même de visiter le nouveau bâtiment. La justification de cette présence de la Chine Populaire au plus haut niveau s’explique par le fait que le bâtiment a été entièrement financé par la Chine pour un prix de 150 millions d’Euros, construit en moins de 3 ans par une entreprise chinoise et  avec des matériaux importés de Chine. Ces conditions ont été acceptées par le gouvernement éthiopien  qui voulait conserver le siège de l’UA dans sa capitale où il se tient depuis sa fondation en 1963 et faire pièce à la volonté de Kadhafi de l’installer et de le construire aux frais de la Libye dans sa ville natale de Syrte. Le Président éthiopien MELES ZENAWI était donc prêt à tout comme il a accepté en 2005 d’envoyer l’armée éthiopienne envahir la Somalie à la demande des Etats-Unis.

 

 

  siege-UA.jpeg le nouveau siège de l'union africaine

 

   

Le bâtiment, composé d’une tour de 100 m de hauteur et d’une salle de congrès de 2500 places, a été construit sur un terrain  que l’Ethiopie a cédé à cette fin à l’Union Africaine. A cet  emplacement avait été construite par le régime impérial dans les années 1920 une prison. Après l’invasion italienne (1935)  l’occupant l’avait agrandie et « modernisée » Y furent enfermés successivement torturés et assassinés des résistants éthiopiens du temps de la colonisation, ensuite des opposants éthiopiens, et  des nationalistes érythréens et somaliens.  Cette prison politique, très connue sous le nom d’ALEM BEKAGH  n’était pas la seule en Ethiopie mais elle était et reste dans la mémoire éthiopienne et africaine le symbole de la répression la plus brutale.  Il est estimé que plus de 10000 prisonniers politiques y sont morts.  

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Memorial des droits de l'homme  de l'Union Africaine

 Sur le site du nouveau siège, la plaque du mémorial des droits de l’homme de l’UA à la mémoire des victimes : « du trafic des esclaves, du colonialisme  et particulièrement du génocide rwandais 1994), des massacres de la prison d’Alem Bekagn (1937-1974) de la terreur rouge (1977-1978) en Ethiopie et de l’apartheid en Afrique du Sud

 

A la mort de l’empereur Hailé Sélassié, le DERG , la junte militaire dirigée par le colonel MENGITSU qui prend le pouvoir, va utiliser à plein cet instrument d’oppression et d’exécution dans la période 1976-1977 connue sous le nom de « terreur rouge ».Ainsi  les cadavres de 60 anciens ministres de l’empereur déchu qui avaient été enterrés dans la cour de l’établissement ont été retrouvés à l’occasion des travaux de construction du siège de l’Union Africaine.      

 

 

L’expression « terreur rouge » est très largement utilisée à l’époque car le DERG qui se réclame du marxisme-léninisme va recevoir le soutien militaire de l’URSS pour s’opposer à la tentative d’invasion de l’Ethiopie par la Somalie voisine. En effet, dans le découpage  colonial la province de l’Ogaden bien que peuplée de somalis parlant le somalien a té rattachée à l’Ethiopie. Le régime somalien dictatorial, qui se réclame lui aussi du marxisme-léninisme, conduit par le général Siad Barre va détourner l’énergie nationale  des tâches de la construction du pays et s’engager dans l’aventure militaire de la conquête de l’Ogaden. On assiste alors à un spectaculaire renversement d’alliance. L’URSS, jusque là alliée de la Somalie, désavoue l’invasion de l’Ogaden et s’engage militairement du côté de l’Ethiopie. Elle le fait au nom du respect des frontières et dans une période où la direction soviétique s’est engagée sur le continent africain dans une partie de « grand échiquier » avec les Etats-Unis soutenant militairement des gouvernements qui  sous un label marxiste-léniniste ne conduisent pas une politique d’orientation socialiste. Sitôt parties les forces soviétiques de Somalie les Etats-Unis apporteront leur soutien à ce pays mais sans s’engager militairement en direct.        

Ce type d’intervention militaire à l’étranger et ce jeu de domino sur le continent africain conduira à l’époque la Chine Populaire à considérer l’URSS comme un nouvel impérialisme : le  « social-impérialisme. »  

L’URSS va effectivement engager des moyens militaires lourds  dont le maniement sur le terrain est assuré par dix mille  militaires cubains et l’invasion somalienne est repoussée.

Le DERG essaiera ensuite de l’entrainer dans une attaque de la SOMALIE mais elle s’y refusera toujours au nom du respect des frontières coloniales. Fidel Castro reconnaitra ultérieurement que l’engagement cubain en Ethiopie  - et donc en Erythrée - sera le seul cas où il aura obéi sans discuter à l’URSS et qui laissera de mauvais souvenirs à l’armée cubaine qui perdra 5000 hommes dans les combats (contre 1 mort du côté soviétique)

En effet les troupes soviéto-cubaines ne quittent pas l’Ethiopie et adoptant la position du gouvernement d’Addis-Abeba qui considère l’Erythrée comme une province éthiopienne elles vont prendre une part active dans  la lutte contre la guérilla érythréenne.

Les principales villes d’Erythrée, en particulier le port de Massawa, que la flotte soviétique va utiliser en remplacement des ports somaliens qu’elle a dû abandonner,  sont occupées et la guérilla, face des forces très supérieures se replie sur les zones rurales. Ce sera la période la plus difficile de la lutte pour l’indépendance.

 

Mais la situation géopolitique d’ensemble subit de profonds changements : révolution iranienne, invasion de l’Afghanistan et le continent africain perd temporairement de l’importance. L’URSS va alléger sa présence en Ethiopie et Cuba concentrer son intervention militaire sur le continent africain en Angola où son action assurera la victoire du MPLA dans la guerre civile qui l’oppose depuis l’indépendance à l’UNITA soutenue militairement par l’Afrique du Sud et les Etats-Unis, et politiquement par la Chine.

 

Il faudra cependant toute la décennie 80, marquée en outre par une terrible famine en 84-85, pour que la guérilla érythréenne parvienne à reconquérir la totalité du territoire national. Aujourd’hui la plupart des citoyens érythréens âgés de plus de 40 ans, hommes et femmes confondus, sont d’anciens guérilleros. La nation érythréenne s’est construite seule, dans une guerre prolongée, autour d’un parti fort, au prix de sacrifices considérables et elle ne fait pas bon accueil aux donneurs de leçon occidentaux, surtout les Etats-Unis  qui après la chute de l’URSS ont remplacée celle-ci à Addis-Abeba et y faisaient, jusqu’à l’arrivée de la Chine, la pluie et le beau temps. D’où les sanctions honteuses prises contre l’Erythrée par le Conseil de Sécurité (voir point 2 du texte) alors que les récents incidents frontaliers reprochés à l’Erythrée sont le fait d’une Ethiopie qui n’a jamais accepté d’être privée d’un accès à la Mer Rouge. 

Entourée de son ennemi éthiopien, de la Somalie chaotique et du Soudan divisé, gardée au Sud par l’armée US fortement installée à Djibouti, qui pourrait reprocher à la petite Erythrée d’avoir une indépendance, si chèrement gagnée, ombrageuse et farouche.

 

Qu’elle ne porte pas aux nues l’Union Africaine qui n’a jamais rien fait pour elle, qui a en permanence laissé libre cours aux aventures guerrières de sa voisine éthiopienne dans la région n’est pas pour surprendre. A la lumière de l’histoire de l’Erythrée, le panafricanisme est une baudruche.

 

Ce qui n’empêche pas l’Erythrée de poursuivre sa marche pour sortir de la pauvreté et pour le bien être de son peuple. Elle commence à mettre en valeur son potentiel minier, a depuis deux ans un des meilleurs taux de croissance économique du continent et parallèlement a réussi, par sa politique sociale volontaire et prolongée, à placer le pays au premier rang d’Afrique subsaharienne pour l’âge moyen au décès : 61 ans.

 

Par comag
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Mercredi 18 avril 2012 3 18 /04 /Avr /2012 10:30

 

     

 

 

 

GROS APPETITS POUR LE SAHEL

16.04.2012

 

Tandis que les médias de masse nous abreuvent de détails sur l’ordre constitutionnel, l’islamisme, l’intangibilité des frontières, chaque « expert » (bien payé et pas neutre comme le démontre le documentaire sur « les nouveaux chiens de garde ») trouvant ainsi l’occasion d’étaler son savoir sur des questions qui, pour les puissants de ce monde, sont secondaires.

L’ordre constitutionnel n’est respectable que tout autant qu’il n’est pas dérangé par le résultat d’un référendum comme en 2005 en France , l’islamisme est ici encouragé ( guerre d’Afghanistan 1979-1989) là utilisé ( Yougoslavie) ou brandi à l’occasion comme un épouvantail  alors que les relations les plus étroites sont entretenues avec les pays qui le financent ( Arabie saoudite, Qatar) .

Tout ce spectacle hypocrite sert à masquer d’autres enjeux.

La carte qui suit émane d’un club très officiel puisqu’il est une sorte de commission spécialisée de l’OCDE sur le Sahel et l’Afrique de l’Ouest. Rien de plus respectable pour les pouvoirs capitalistes en place puisque l’OCDE est l’institution qui a succédé à l’OECE chargée dés les débuts de la guerre froide de la répartition des crédits Marshall c'est-à-dire de la mise sous contrôle économique par les Etats-Unis des pays de l’Ouest européen. Depuis l’OCDE s’est installée comme bureau de recherche et de planification de l’ordre capitaliste occidental dominant.

Qu’ait été créé au sein de l’OCDE un club SAHEL et AFRIQUE DE L’OUEST  suffit à démontrer que cette région  du monde est considérée par le capitalisme occidental comme une de ses arrière-cours et qu’il a dans cette zone des projets et des appétits qui ne s’embarrassent pas de la souveraineté des Etats de la région.

Que dit cette carte ?

1-      D’abord sur la population

Que les touaregs sont majoritaires dans la zone Nord du Mali, ce qui est une évidence démographique de longue date  et cette partie du territoire malien actuel est appelée AZAWAD, terme revendiqué par le MNLA.

Qu’ils ne sont pas majoritaires au Sud de la boucle du Niger. Là aussi simple rappel des faits.

Mais surtout elle montre que la zone à dominante touareg dépasse très largement le Mali, qu’elle s’étend jusqu’en Libye et qu’elle est donc déstabilisée par la disparition du régime libyen. 

2 -Ensuite sur les ressources convoitées :

Le niveau actuel des cours de l’or et les inquiétudes des possédants sur la stabilité des monnaies des pays capitalistes riches a déchainé une ruée mondiale vers le métal jaune

L’accès à de nouvelles sources de pétrole et de gaz est une préoccupante stratégique des Etats-Unis comme de l’Union européenne et iles veulent mettre la main sur les nouveaux gisements avant l’Inde et la Chine. L’Afrique de l’Ouest est donc de ce point de vue le terrain de chasse prioritaire.

3 - Dernière indication de portée politique et stratégique considérable : « le gaz du bassin de Taoudéni pourrait être exporté via l’Algérie ». Là s’exprime la crainte que l’Algérie et sa société pétrolière nationale la SONATRACH qui a déjà commencé à prendre part aux côtés des sociétés occidentales (Total et ENI en particulier) aux recherches prometteuses en Mauritanie et au Mali devienne le maitre du jeu.

 Pour l’empêcher rien de tel qu’un  bon gros désordre « islamique » pour mettre le pouvoir algérien, le seul qui conserve encore un peu d’indépendance du Caire à Rabat, sur la défensive. 

Mais une autre histoire est possible qui n’est évidemment pas celle que veulent écrire les puissances membres de l’OCDE : que sous la houlette de l’Algérie, qui aujourd’hui a seule les capacités militaires et techniques pour le faire,  les pays de la région se mettent d’accord pour exploiter ensemble ces nouvelles ressources pétrolières, les utilisent pour leur propre développement et exportent  le reste par un port à construire sur l’Atlantique en Mauritanie ou au Sénégal. Un vrai projet Sud-Sud qui constituerait une véritable décolonisation du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest.

 

 

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Par comag
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