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5 novembre 2017 7 05 /11 /novembre /2017 17:17

BRÈVE HISTOIRE DE LOTAN

DE 1991 À NOS JOURS

(3)

Manlio Dinucci

 

LE CONTOURNEMENT DE LARTICLE 5 ET LA CONFIRMATION DU LEADERSHIP USA

 

Alors quest en cours la guerre contre la Yougoslavie, est convoqué à Washington, les 23-25 avril 1999, le sommet qui officialise la transformation de lOtan en « une nouvelle Alliance plus grande, plus flexible, capable dentreprendre de nouvelles missions, y compris les opérations de réponse aux crises ».

   Dune alliance qui, sur la base de larticle 5 du Traité du 4 avril 1949, engage les pays membres à assister même avec la force armée le pays membre qui serait attaqué dans laire nord-atlantique, elle est transformée en alliance qui, sur la base du « nouveau concept  stratégique », engage aussi les pays membres à « conduire des opérations de riposte aux crises non prévues par larticle 5, en dehors du territoire de lAlliance ».

  Pour éviter tout équivoque, le président démocrate Clinton explique dans une conférence de presse que les alliés nord-atlantiques « réaffirment quils sont prêts à affronter des conflits régionaux au-delà du territoire de lOtan ». A la question de savoir quelle est laire géographique dans laquelle lOtan est prête à intervenir, « le Président se refuse à spécifier à quelle distance lOtan entend projeter sa propre force, en disant que ce nest pas une question de géographie ». En dautres termes, lOtan entend projeter sa propre force militaire en-dehors de ses frontières non seulement en Europe, mais aussi dans dautres régions.

   Ce qui ne change pas, dans la mutation de lOtan, est la hiérarchie à lintérieur de lAlliance. La Maison Blanche dit en toutes lettres que « nous maintiendrons en Europe environ 100 mille militaires pour contribuer à la stabilité régionale, soutenir nos liens transatlantiques vitaux et conserver le leadership des Etats-Unis dans lOtan ».
  Et c
est toujours le Président des Etats-Unis qui nomme le Commandant Suprême Allié en Europe, qui est toujours un général ou amiral étasunien, et non pas les alliés, qui se bornent à ratifier le choix. Même chose pour les autres commandements clé de lAlliance.

  

 

LA SUBORDINATION DE LUNION EUROPÉENNE À LOTAN

 

Le document qui engage les pays membres à opérer en-dehors du territoire de lAlliance, souscrit par les leaders européens le 24 avril 1999 à Washington, rappelle que lOtan « soutient pleinement le développement de lidentité européenne de la défense à lintérieur de lAlliance ». Lidée est claire : lEurope occidentale peut avoir son « identité de la défense », mais elle doit rester à lintérieur de lAlliance, cest-à-dire sous commandement USA.

   Ainsi est confirmée et consolidée la subordination de lUnion européenne à lOtan. Le Traité de Maastricht de 1992 établit, à larticle 42, que « lUnion respecte les obligations de certains Etats membres, lesquels estiment que leur défense commune se réalise par lintermédiaire de lOtan, dans le cadre du Traité de lAtlantique Nord ». Celui-ci stipule, à larticle 8, que chaque Etat membre « assume l'obligation de ne souscrire aucun engagement international en contradiction avec le Traité ».

   Et dans une confirmation ultérieure de ce quest le rapport Otan-UE, le protocole n° 10 sur la coopération instituée par larticle 42 souligne que lOtan « reste le fondement de la défense » de lUnion européenne.

 

 

LADOPTION PAR LITALIE DUN « NOUVEAU MODÈLE DE DÉFENSE » QUI VIOLE LARTICLE 11 DE SA CONSTITUTION

 

En participant avec ses bases et ses forces armées à la guerre contre la Yougoslavie, pays qui navait accompli aucune action agressive ni contre lItalie ni contre dautres membres de lOtan, et en sengageant à conduire des opérations non prévues par larticle 5 en-dehors du territoire de lAlliance, lItalie confirme avoir adopté une nouvelle politique militaire et, simultanément, une nouvelle politique étrangère. Celle-ci, en utilisant comme instrument la force militaire, viole le principe constitutionnel, affirmé par lArticle 11, que «lItalie répudie la guerre en tant quinstrument datteinte à la liberté́ des autres peuples et comme mode de solution des conflits internationaux ».

   Cest le « nouveau modèle de défense » adopté par lItalie, dans le sillage de la réorientation stratégique étasunienne, quand, avec le sixième gouvernement Andreotti, elle participe à la guerre du Golfe : les Tornado de laéronautique italienne effectuent 226 sorties pour un total de 589 heures de vol, bombardant les objectifs indiqués par le commandement étasunien. Cest la première guerre à laquelle participe la République italienne, en violant lArticle 11, un des principaux fondements de sa propre Constitution.

   Immédiatement après la guerre du Golfe, pendant le septième gouvernement Andreotti, le Ministère de la défense publie, en octobre 1991, le rapport Modèle de défense / Lignes de développement des Forces Armées dans les années 90. Le document reconfigure le positionnement géostratégique de lItalie, en la définissant comme « élément central de laire géostratégique qui s’étend de façon unitaire du Détroit de Gibraltar jusqu’à la Mer Noire, en se reliant, à travers Suez, avec la Mer Rouge, la Corne dAfrique et le Golfe Persique ». Etant donné la « significative vulnérabilité stratégique de lItalie » surtout pour lapprovisionnement pétrolifère, « les objectifs permanents de la politique de sécurité italienne se configurent dans la protection des intérêts nationaux, dans la plus vaste acception de ces termes, partout où cest nécessaire », en particulier de ces intérêts qui «ont une incidence directe sur le système économique et sur le développement du système productif, en tant que condition indispensable pour la conservation et le progrès de lactuelle organisation politique et sociale de la nation ».

   En 1993 -pendant que lItalie est en train de participer à lopération militaire lancée par les USA en Somalie, et quau gouvernement Amato succède celui de Ciampi - lEtat-major de la défense déclare qu’« il faut être prêts à se projeter à longue distance » pour défendre partout les « intérêts vitaux », afin de « garantir le progrès et le bien-être national en conservant la disponibilité des sources et voies dapprovisionnement des produits énergétiques et stratégiques ».

   En 1995, pendant le gouvernement Dini, l’état-major de la défense fait un nouveau pas en avant, en affirmant que « la fonction des forces armées transcende le strict cadre militaire pour se hausser aussi à la mesure du statut et du rôle du pays dans le contexte international ».

  En 1996, pendant le gouvernement Prodi, ce concept va être développé dans la 47ème session du Centre des hautes études de la défense. « La politique de la défense -affirme le général Angioni - devient un instrument de la politique de la sécurité et, donc, de la politique extérieure ».

    Cette politique anticonstitutionnelle, introduite par des décisions apparemment techniques, se trouve de fait institutionnalisée en passant au-dessus dun parlement qui, dans sa très grande majorité, sen désintéresse ou ne sait même pas précisément ce qui est en train dadvenir.

 

(3. A suivre)

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BRÈVE HISTOIRE DE LOTAN

DE 1991 À NOS JOURS

(4)

Manlio Dinucci

 

LEXPANSION DE LOTAN VERS LA RUSSIE

 

Dans cette même année -1999- où elle lance la guerre contre la Yougoslavie et annonce vouloir « conduire des opérations de réponse aux crises, non prévues à larticle 5, en-dehors du territoire de lAlliance », lOtan commence son expansion vers lEst. Elle englobe les trois premiers pays de lex Pacte de Varsovie : Pologne, République tchèque et Hongrie.

  Ensuite, en 2004, elle s’étend à sept autres : Estonie, Lettonie, Lituanie (auparavant parties de lURSS) ; Bulgarie, Roumanie, Tchécoslovaquie (auparavant membres du Pacte de Varsovie) ; Slovénie (auparavant partie de la Fédération Yougoslave). Au sommet de Bucarest, en avril 2008, est décidée lentrée pour lannée suivante de lAlbanie (membre à un moment du Pacte de Varsovie) et de la Croatie (auparavant partie de la Fédération Yougoslave).

  En les faisant entrer dans lOtan, Washington aliène ces pays non pas tant à lAlliance que directement aux USA. Roumanie et Bulgarie mettent immédiatement à disposition des Etats-Unis les importantes bases militaires de Costanza et Burgas en Mer Noire. La République Tchèque garantit la disponibilité de son territoire pour le déploiement de rampes de missiles du « bouclier anti-missiles » USA.

  La Lituanie, avant même dentrer dans lOtan, se met à acheter des armements étasuniens, en commençant par 60 missiles Stinger pour une valeur de plus de 30 millions de dollars.

  En 2002 la Pologne achète 48 chasseurs F-16 de la société étasunienne Lockheed Martin et, pour les payer, utilise un prêt étasunien de presque 5 milliards de dollars (avec intérêts non seulement financiers mais politiques).

  La Bulgarie procède, sur directive de Washington, à une drastique épuration des forces armées, en expulsant des milliers dofficiers (considérés comme non totalement fiables) pour les remplacer par plus de 2 mille officiers jeunes et fiables, formés par des instructeurs étasuniens et capables de parler un excellent anglais, ou plutôt américain.

  De cette façon les Etats-Unis renforcent ensuite leur influence en Europe. Sur dix pays de lEurope centre-orientale qui entrent dans lOtan entre 1999 et 2004, sept entrent dans lUnion européenne entre 2004 et 2007 : à lUnion européenne qui s’élargit vers lEst, les Etats-Unis superposent lOtan qui s’élargit à lEst sur lEurope. Le véritable but de lopération est révélé par les fonctionnaires du Pentagone : les dix pays de lEurope centre-orientale entrés dans lOtan - déclarent-ils en février 2003 - « sont en train de prendre dimportantes positions pro-USA, en réduisant efficacement linfluence des puissances de la vieille Europe, comme lAllemagne et la France ».

  Ainsi se révèle, clairement, le dessein stratégique de Washington : prendre appui sur les nouveaux membres de lEst, pour établir dans lOtan des rapports de force encore plus favorables aux Etats-Unis, afin disoler la « vieille Europe » qui pourrait un jour se rendre autonome.

  Lexpansion à lest de lOtan a, en plus de celles-là, dautres implications. En englobant non seulement les pays de lex Pacte de Varsovie mais aussi les trois républiques baltes autrefois membres de lURSS, lOtan arrive jusquaux confins de la Fédération Russe. Malgré les assurances de Washington sur les intentions pacifiques de lOtan, cela constitue une menace, y compris nucléaire, envers la Russie.

   Pour tranquilliser la Russie, lOtan affirme « ne pas avoir dintention, ni plans, de déployer des armes nucléaires sur le territoire des nouveaux membres » de lEurope centre-orientale. La valeur de cet engagement sera démontré par le fait que lOtan, après avoir promis solennellement de ne pas maintenir dunités de combat sur le territoire des pays de lEurope centre-orientale sur le point dentrer ou entrés dans lAlliance, utilise immédiatement après la base aérienne hongroise de Taszar comme principal centre logistique des forces étasuniennes opérant dans les Balkans.

  Lengagement de ne pas déployer darmes nucléaires dans les pays dEurope centre-orientale va être démenti par le fait que, parmi les armes nucléaires conservées par les Etats-Unis en Europe dans le  cadre de lOtan, se trouvent « des bombes nucléaires pour avions à double capacité ». Puisque des avions de ce type, tels les F-16 de lU.S. Air Force et les 48 achetés par la Pologne, opèrent dans les pays de lEurope centre-orientale entrés dans lOtan, leur présence dans ces bases avancées constitue une potentielle menace nucléaire à l’égard de la Russie.

 

(4. A suivre)

 

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BRÈVE HISTOIRE DE LOTAN

DE 1991 À NOS JOURS

(5)

Manlio Dinucci

 

 

AFGHANISTAN : LA PREMIÈRE GUERRE DE LOTAN EN-DEHORS DE LAIRE EURO-ATLANTIQUE

 

Le motif réel de lintervention USA/Otan en Afghanistan nest pas sa libération des talibans, qui avaient été entraînés et armés au Pakistan dans une opération dirigée par la CIA pour conquérir le pouvoir à Kaboul, mais loccupation de cette aire de première importance stratégique pour les Etats-Unis.

  LAfghanistan est au carrefour entre Moyen-Orient, Asie centrale, méridionale et orientale. Dans cette aire (dans le Golfe et dans la Caspienne) se trouvent les plus grandes réserves pétrolières du monde. Se trouvent aussi trois grandes puissances -Chine, Russie et Inde - dont la force est en train de saccroître et dinfluer sur lorganisation du monde. Comme lavait prévu le Pentagone dans son rapport du 30 septembre 2001, « la possibilité existe qu’émerge en Asie un rival militaire avec une formidable base de ressources ».

  La décision de délocaliser des forces en Afghanistan, comme premier pas pour étendre la présence militaire étasunienne en Asie centrale, va être prise à Washington non pas après le 11 septembre, mais avant. Cest ce que révèlent des sources fiables, selon lesquelles « le président Bush, deux jours avant le 11 septembre, était sur le point de signer un plan détaillé qui prévoyait des opérations militaires en Afghanistan » (NBC News, 16 mai 2002) : avant donc lattaque terroriste qui officiellement motive la guerre en Afghanistan, était déjà sur la table du président « le plan de guerre que la Maison Blanche, la CIA et le Pentagone ont mis en acte après le 11 septembre ».

   Dans la période précédant le 11 septembre 2001, apparaissent en Asie de forts signaux dun rapprochement entre Chine et Russie, qui se concrétisent quand, le 17 juillet 2001, les présidents Jiang Zemin et Vladimir Poutine signent à Moscou le «Traité de bon voisinage, damitié et de coopération», défini comme une « pierre angulaire » dans les relations entre les deux pays. Sans toutefois le déclarer, Washington considère le rapprochement entre Chine et Russie comme un défi aux intérêts étasuniens en Asie, au moment critique où les Etats-Unis essaient doccuper, avant dautres, le vide que la désagrégation de lURSS a laissé en Asie centrale. Une position géostratégique clé pour le contrôle de cette aire est celle de lAfghanistan.

  Sous la motivation officielle de pourchasser Ossama Ben Laden, désigné comme mandant des attaques du 11 septembre à New York et Washington, la guerre commence le 7 octobre 2001 avec le bombardement de lAfghanistan effectué par laviation étasunienne et britannique. Précédemment on a infiltré en territoire afghan des forces spéciales avec la mission de préparer lattaque avec lAlliance du nord, et dautres formations anti-Talibans. Sous les bombardements massifs et loffensive terrestre de lAlliance du nord, les forces talibanes, à qui se joignent des volontaires provenant du Pakistan et dautres pays, sont contraintes à abandonner Kaboul le 13 novembre.

   Le Conseil de sécurité de lONU autorise alors, par la résolution 1386 du 20 décembre 2001, la constitution de lIsaf (Force internationale dassistance à la sécurité). Sa mission est dassister lautorité afghane par intérim à Kaboul et environs. Selon larticle VII de la Charte des Nations Unies, lemploi des forces armées mises à disposition par des membres de lONU pour de telles missions doit être établi par le Conseil de sécurité assisté par le Comité d’état-major, composé des chefs d’état-major des membres permanents du Conseil de sécurité. Même si ce Comité nexiste pas, lIsaf reste jusquen août 2003 une mission ONU, dont la direction va être confiée successivement à la Grande-Bretagne, la Turquie, lAllemagne et les Pays-Bas.

  Mais soudain, le 11 août 2003, lOtan annonce avoir «pris le rôle de leadership de lIsaf, force sous mandat ONU ». Cest un véritable coup de force : aucune résolution du Conseil de sécurité nautorise lOtan à prendre le leadership, cest-à-dire le commandement, de lIsaf. Cest seulement après coup, dans la résolution 1659 du 15 février 2006, que le Conseil de sécurité « reconnaît lengagement continu de lOtan dans la direction de lIsaf ».
   Depuis le 11 ao
ût 2003 ce nest plus lONU qui dirige la mission mais lOtan : le quartier général de lIsaf se trouve en fait inséré dans la chaîne de commandement de lOtan, qui choisit tour à tour les généraux à mettre à la tête de lIsaf. Comme le souligne un communiqué officiel, « LOtan a assumé le commandement et la coordination de lIsaf en août 2003 : cette mission est la première en dehors de laire euro-atlantique dans lhistoire de lOtan ». La mission Isaf se trouve donc insérée dans la chaîne de commandement du Pentagone. Dans cette même chaîne de commandement sont insérés les militaires italiens assignés à lIsaf, avec hélicoptères et avions, y compris chasseurs-bombardiers Tornado.

 

(5. A suivre)

 

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BRÈVE HISTOIRE DE LOTAN

DE 1991 À NOS JOURS

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Manlio Dinucci

 

 

LA GUERRE US/OTAN EN IRAK

 

Le plan étasunien dattaquer et occuper lIrak apparaît dans son évidence quand, après loccupation de lAfghanistan en novembre 2001, le président Bush le met, en 2002, à la première place des pays faisant partie de l’ « axe du mal ».

   Après la première guerre du Golfe en 1991, lIrak a été soumis à un très dur embargo qui a provoqué en dix années environ un millions de morts, dont environ un demi-million denfants. Massacre provoqué, en plus de la dénutrition chronique et du manque de médicaments, par la carence deau potable et les maladies infectieuses et parasitaires qui en découlent. Les Etats-Unis - des documents découverts plus tard le montrent - ont mis en oeuvre un plan précis : dabord bombarder les sites d’épuration et les aqueducs pour provoquer une crise hydrique, puis empêcher avec lembargo que lIrak puisse importer les systèmes d’épuration. Les conséquences sanitaires étaient clairement prévues depuis le début et programmées de façon à accélérer leffondrement de lIrak. Dautres victimes seront provoquées, dans les années suivant la première guerre, par les projectiles à uranium appauvri, massivement utilisés par les forces étasuniennes et alliées dans les bombardements aussi bien aériens que terrestres.

  La seconde guerre contre lIrak se révèle cependant plus difficile à justifier que celle effectuée en 1990-1991. A la différence dalors, lIrak de Saddam Hussein naccomplit aucune agression et sen tient à la résolution 1441 du Conseil de sécurité des Nations Unies, permettant aux inspecteurs ONU dentrer dans tous les sites pour vérifier l’éventuelle existence darmes de destruction massive (qui ne seront pas constatées). Il devient par conséquence plus difficile pour les Etats-Unis de créer la motivation « légale » pour la guerre et, sur cette base, dobtenir un imprimatur international analogue à celui de 1991.
   L
administration Bush est cependant décidée à aller jusquau bout. Elle fabrique donc une série de « preuves », qui savèreront ensuite fausses, sur la présumée existence dun gros arsenal darmes chimiques et bactériologiques, qui serait en possession de lIrak, et sur sa présumée capacité de construire dans un bref délai des armes nucléaires. Et, comme le Conseil de sécurité de lONU se refuse à autoriser la guerre, ladministration Bush tout simplement le contourne.

  La guerre commence le 20 mars 2003 avec le bombardement aérien de Bagdad et dautres centres par laviation étasunienne et britannique et avec lattaque terrestre effectuée par des marines entrés en Irak par le Koweït. Le 9 avril des troupes étasuniennes occupent Bagdad. Lopération, dénommée « Iraqi Freedom », est présentée comme « guerre préventive » et « exportation de la démocratie ». Ainsi est mis en acte le principe énoncé dans le Quadrennial Defense Review Report du Pentagone (30 septembre 2001) : « Les forces armées étasuniennes doivent conserver la capacité, sous la direction du Président, dimposer la volonté des Etats-Unis à nimporte quel adversaire, y compris des états et entités non-étatiques, de changer le régime dun état adversaire ou doccuper un territoire étranger jusqu’à ce que les objectifs stratégiques étasuniens soient réalisés ».
   Mais, outre la
« volonté des Etats-Unis », il y a la volonté des peuples de résister. Cest ce qui advient en Irak, où les forces doccupation étasuniennes et alliées-y compris les forces italiennes engagées dans lopération « Antique Babylone »- auxquelles se joignent les mercenaires de compagnies privées, rencontrent une résistance quils ne sattendaient pas à trouver, malgré la très dure répression qui provoque (rien que par leffet des actions militaires) des dizaines de milliers de morts dans la population.

   Comme la résistance irakienne enraye la machine de guerre étasunienne et alliée, Washington recourt à lantique mais toujours efficace politique du « diviser pour régner », en faisant des concessions à certains regroupements chiites et kurdes afin disoler les sunnites. Dans le cas où lopération ne réussirait pas, Washington a un plan de réserve tout prêt : désagréger lIrak (comme il la déjà fait avec la Fédération Yougoslave) de façon à pouvoir contrôler les zones pétrolifères et dautres aires dintérêt stratégique, à travers des accords avec des groupes de pouvoir locaux.

     Cest dans cet objectif quintervient officiellement l’’Otan, qui a de fait participé à la guerre avec ses propres structures et forces. En 2004 est instituée la « Mission Otan dentraînement », dans le but déclaré d’ « aider lIrak à créer defficientes forces armées ». De 2004 à 2011 vont être entraînés, dans 2000 cours spéciaux tenus dans des pays de lAlliance, des milliers de militaires et policiers irakiens qui sont aussi dotés darmes données par ces mêmes pays. Simultanément lOtan envoie en Irak des instructeurs et conseillers, y compris italiens, pour « aider lIrak à créer son propre secteur de la sécurité sous conduite démocratique et durable » et pour « établir un partenariat à long terme de lOtan avec lIrak ».

 

(6. A suivre)

 

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BRÈVE HISTOIRE DE LOTAN

DE 1991 À NOS JOURS

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Manlio Dinucci

 

 

LA COOPÉRATION MILITAIRE OTAN-ISRAEL DE PLUS EN PLUS ÉTROITE

 

En avril 2001 Israël signe au quartier général de lOtan à Bruxelles l’ «accord de sécurité », sengageant à protéger les « informations classifiées » quil recevra dans le cadre de la coopération militaire.

  En juin 2003 le gouvernement italien signe avec celui dIsraël un mémorandum dentente pour la coopération dans le secteur militaire et de la défense, qui prévoit notamment le développement conjoint dun nouveau système de guerre électronique.

    En janvier 2004 un avion radar Awacs de lOtan atterrit pour la première fois à Tel Aviv et le personnel israélien va être entraîné à lutilisation de ses technologies.

  En décembre 2004 on annonce que lAllemagne fournira à Israël deux autres sous-marins Dolphin, qui sajouteront aux trois (dont deux offerts) remis dans les années 90. Israël peut ainsi renforcer sa flotte de sous-marins dattaque nucléaire, constamment maintenus en navigation en Méditerranée, Mer Rouge et Golfe Persique.

    En février 2005 le secrétaire général de lOtan effectue sa première visite officielle à Tel Aviv, où il rencontre les plus hautes autorités militaires israéliennes pour « étendre la coopération militaire ».

    En mars 2005 se déroule en Mer Rouge le premier exercice naval conjoint Israël-Otan : le commandement du groupe naval de la « Force de réaction Otan » est confié à la marine italienne qui y participe avec la frégate Bersagliere.

   En mai 2005, après avoir été ratifié au Sénat et à la Chambre, le mémorandum dentente italo-israélien devient loi : ainsi est institutionnalisée la coopération entre les ministères de la défense et les forces armées des deux pays concernant l’« importation, exportation et transit de matériels militaires », l’ « organisation des forces armées », la « formation/entraînement ».

  En mai 2005, Israël est admis comme membre de lAssemblée parlementaire de lOtan.

  En juin 2005 la marine israélienne participe à un exercice Otan dans le Golfe de Tarante.

 En juillet 2005 des troupes israéliennes participent pour la première fois à un exercice Otan, qui se déroule en Ukraine.

  En juin 2006 un navire de guerre israélien participe à un exercice Otan en Mer Noire dans le but de « créer une meilleure interopérabilité entre la marine israélienne et les forces navales Otan ».

  En octobre 2006, Otan et Israël concluent un accord qui établit une coopération israélienne plus étroite avec le programme Otan « Dialogue méditerranéen », dont le but est de « contribuer à la sécurité et stabilité de la région ». Dans ce cadre, « Otan et Israël saccordent sur les modalités de la contribution israélienne à lopération maritime de la Nato Active Endeavour » (Nato/Israël Cooperation, 16 octobre 2006).

    Israël est ainsi récompensé par lOtan pour son attaque et invasion du Liban. Les forces navales israéliennes, qui avec les forces aériennes et terrestres viennent de pilonner le Liban avec des milliers de tonnes de bombes massacrant des civils, se trouvent intégrées dans lopération Otan qui devrait « combattre le terrorisme en Méditerranée ». Les mêmes forces navales qui, en bombardant la centrale électrique de Jiyyeh sur les côtes libanaises ont provoqué une énorme marée noire qui sest diffusée en Méditerranée (dont le traitement coûtera des centaines de millions de dollars), collaborent maintenant avec lOtan pour « contribuer à la sécurité de la région ».

   Le 2 décembre 2008, environ trois semaines avant lattaque israélienne contre Gaza, lOtan ratifie le « Programme de coopération individuel » avec Israël. Il comprend une vaste gamme de domaines dans lesquels « Otan et Israël coopèreront pleinement » : contre-terrorisme, dont échange dinformations entre les services de renseignement ; connexion dIsraël au système électronique Otan ; coopération dans le secteur des armements ; augmentation des exercices militaires conjoints Otan-Israël ; élargissement de la coopération dans la lutte contre la prolifération nucléaire (en ignorant quIsraël, unique puissance nucléaire de la région, a refusé de signer le Traité de non-prolifération).

 

 

LOTAN « À LA CHASSE AUX PIRATES » DANS LOCÉAN INDIEN

 

En octobre 2008, un groupe naval de lOtan, le Standing Nato Maritime Group 2 (Snmg2), traverse le Canal de Suez pour entrer dans lOcéan Indien. En font partie des navires de guerre dItalie, des Etats-Unis, dAllemagne, de Grande-Bretagne, de Grèce et de Turquie. Ce groupe naval (dont le commandement est assumé par roulement des pays membres) fait partie dune des trois composantes de lAllied Joint Force Command Naples, dont le commandement est attribué de façon permanente à un amiral étasunien, le même qui commande les Forces navales USA en Europe. Laire dans laquelle opère le Snmg2 na désormais plus de frontières, en ceci quil constitue une des unités de la « Force de réaction Otan », prête à être projetée « pour nimporte quelle mission dans nimporte quelle partie du monde ».

  Objectif officiel de la mission du Snmg2 dans lOcéan Indien : mener des « opérations anti-piraterie » le long des côtes de la Somalie, en escortant les navires marchands qui transportent les aides alimentaires du World Food Program des Nations Unies. Dans cet « effort humanitaire », lOtan « continue à coordonner son assistance avec lopération Enduring Freedom sous conduite USA ». Derrière cette mission Otan, il y a donc bien autre chose. À ce moment-là, en Somalie, la politique étasunienne est en train de subir un nouvel échec : les troupes éthiopiennes, qui y ont été envoyées en 2006 après l’échec de la tentative de la CIA de renverser les Cours islamiques en soutenant une coalition « anti-terrorisme » des seigneurs de la guerre, ont été contraintes à se retirer par la résistance somalienne.
  Washington pr
épare alors dautres opérations militaires pour étendre son propre contrôle sur la Somalie, provoquant dautres désastreuses conséquences sociales. Ces dernières sont à la base du phénomène de la piraterie, né à la suite de la pêche illégale par des flottes étrangères et de la décharge de substances toxiques dans les eaux somaliennes, qui ont ruiné les petits pêcheurs, parmi lesquels certains ont eu recours à la piraterie.
  Dans la strat
égie USA/Otan, la Somalie est importante par sa position géographique sur les côtes de lOcéan Indien. Pour contrôler cette aire a été positionnée à Djibouti, à lembouchure de la Mer Rouge, une task force étasunienne. Lintervention militaire, directe et indirecte, dans cette zone et dans dautres sintensifie alors avec la naissance du Commandement Africa des Etats-Unis. Cest dans son « aire de responsabilité » quest envoyé le groupe naval Otan.

  Celui-ci a aussi une autre mission officielle : visiter certains pays du Golfe persique (Koweït, Bahreïn, Qatar et Emirats Arabes Unis), partenaires Otan dans le cadre de lInitiative de coopération dIstanbul. Les navires de guerre de lOtan vont ainsi sajouter aux porte-avions et autres nombreuses unités que les USA ont déployés dans le Golfe et dans lOcéan Indien, dans une fonction anti-Iran et pour mener, y compris avec laviation navale, la guerre aérienne en Afghanistan.

 

(7. A suivre)

BRÈVE HISTOIRE DE LOTAN

DE 1991 À NOS JOURS

(8)

Manlio Dinucci

 

 

LA DÉMOLITION DE L’ÉTAT LYBIEN

 

La stratégie USA/Otan consiste à démolir les Etats qui sont totalement ou en grande partie hors du contrôle des Etats-Unis et des plus grandes puissances européennes, surtout ceux situés dans les aires riches en pétrole et/ou avec une importante position géostratégique. On privilégie, dans la liste des démolitions, les Etats qui nont pas une force militaire  pouvant mettre en danger, par des représailles, celle des démolisseurs.

   Lopération commence en plantant des coins dans les fissures internes, quon trouve dans tout Etat. Dans la Fédération Yougoslave, dans les années 90, vont être fomentées les tendances sécessionnistes, en soutenant et armant les secteurs ethniques et politiques qui sopposent au gouvernement de Belgrade. Cette opération va être mise en oeuvre en prenant appui sur les nouveaux groupes de pouvoir, souvent formés de politiciens passés à lopposition pour saccaparer dollars et postes de pouvoir.

  Simultanément on mène une campagne de matraquage médiatique pour présenter la guerre comme nécessaire pour défendre les civils, menacés dextermination par un féroce dictateur.

  On demande ensuite lautorisation au Conseil de sécurité de lONU, en motivant lintervention par la nécessité de destituer le dictateur qui massacre des civils désarmés. Il suffit dun tampon où est écrit « on autorise toutes les mesures nécessaires» mais, sil nest pas donné (comme dans le cas de la Yougoslavie), on continue quand même. La machine de guerre USA/Otan, déjà préparée, entre en action avec une massive attaque aéronavale et des opérations terrestres à lintérieur du pays, autour duquel le vide a été fait par un embargo très sévère.

   Cette stratégie, après avoir été mise en oeuvre contre la Fédération Yougoslave, va être adoptée contre la Libye en 2011.

  Dabord on va financer et armer les secteurs tribaux hostiles au gouvernement de Tripoli et aussi des groupes islamistes définis comme terroristes jusque quelques mois auparavant. En même temps sont infiltrées en Libye des forces spéciales, dont des milliers de commandos qataris facilement camouflables. Toute lopération est dirigée par les Etats-Unis, dabord via le Commandement Africa, puis via lOtan sous commandement étasunien.

  Le 19 mars 2011 commence le bombardement aéronaval de la Libye. En sept mois, laviation USA/Otan va effectuer 30 mille missions, dont 10 mille dattaque, avec utilisation de plus de 40 mille bombes et missiles. lItalie participe à cette guerre avec ses bases et forces militaires, en foulant le Traité damitié, de partenariat et de coopération entre les deux pays. 

 Pour la guerre contre la Libye lItalie met à disposition des forces USA/Otan 7 bases aériennes (Trapani, Gioia del Colle, Sigonella, Decimomannu, Aviano, Amendola et Pantelleria), assurant assistance technique et approvisionnements. LAéronautique italienne participe à la guerre en effectuant 1182 missions, avec des chasseurs-bombardiers Tornado, F-16 Falcon, Eurofighter 2000, AMX, drones Predator B et ravitailleurs KC-767 e KC130J. La Marine militaire italienne est engagée dans la guerre sur plusieurs fronts : des opérations dembargo naval aux activités de patrouille et dapprovisionnement.

   Avec la guerre USA/Otan de 2011, lEtat libyen est démoli et Kadhafi assassiné ; lentreprise est attribuée à une « révolution inspiratrice » que les USA se disent fiers de soutenir, en créant « une alliance sans égal contre la tyrannie et pour la liberté ». Ainsi est démoli cet Etat qui, sur la rive sud de la Méditerranée face à lItalie, garantissait « de hauts niveaux de croissance économique » (comme le montrait) en 2010 la Banque Mondiale) avec une augmentation moyenne annuelle du PIB de 7,5%, et enregistrait de « hauts indicateurs de développement humain » dont laccès universel à linstruction primaire et secondaire et, pour 46%, à celle de niveau universitaire. Malgré les disparités, le niveau de vie de la population libyenne était notablement plus élevé que celui des autres pays africains. En témoignait le fait que plus de deux millions dimmigrés, en majorité africains, trouvaient du travail en Libye.

   La guerre, donc, va aussi toucher les immigrés venant dAfrique sub-saharienne qui, persécutés sous laccusation davoir collaboré avec Kadhafi, sont emprisonnés ou obligés de fuir. Nombre dentre eux, poussés par le désespoir, tentant la traversée de la Méditerranée vers lEurope. Ceux qui y perdent la vie sont eux aussi des victimes de la guerre par laquelle lOtan a démoli l’État libyen.

 

 

LES VRAIES RAISONS DE LA GUERRE CONTRE LA LIBYE

 

De multiples facteurs rendent la Libye importante aux yeux des Etats-Unis et des puissances européennes. Les réserves pétrolières - les plus grandes dAfrique, précieuses par leur haute qualité et leur faible coût dextraction - et celles de gaz naturel.

   Après que Washington a aboli en 2003 les sanctions en échange de lengagement de Kadhafi de ne pas produire darmes de destruction massive, les grandes compagnies pétrolières étasuniennes et européennes affluent en Libye avec des grandes espérances, qui seront cependant déçues. Le gouvernement libyen concède les licences dexploitation aux compagnies étrangères qui laissent à la compagnie nationale libyenne (National Oil Corporation of Libya, Noc) le plus haut pourcentage du pétrole extrait : étant donnée la forte compétition, celui-ci atteint environ 90%. De plus la Noc demande, dans les contrats, que les compagnies étrangères embauchent du personnel libyen y compris dans des postes dirigeants. En abattant lEtat libyen, les Etats-Unis et les puissances européennes visent de fait à semparer de sa richesse énergétique.

 En plus de lor noir, ils visent lor blanc libyen : limmense réserve deau fossile de la nappe nubienne (estimée à 150 mille km3), qui s’étend sous Libye, Soudan et Tchad. Les possibilités de développement quelle offre ont été démontrées par le gouvernement libyen, qui a construit un réseau daqueducs long de 4000 km pour transporter leau, extraite en profondeur par 1300 puits dans le désert, jusquaux villes côtières et à loasis de Koufra, en rendant fertiles des terres désertiques. Ces réserves hydriques, qui ont une perspective plus précieuse que celles pétrolifères, sont convoitées  - à travers les privatisations promues par le FMI- par les multinationales de leau, qui contrôlent presque la moitié du marché mondial de leau privatisée.

   Dans le viseur USA/Otan se trouvent aussi les fonds souverains, les capitaux que lEtat libyen a investi à l’étranger. Les fonds souverains gérés par la Libyan Investment Authority (Lia) sont estimés à environ 70 milliards de dollars, qui montent à plus de 150 si on inclut les investissements étrangers de la Banque centrale et dautres organismes. Depuis sa construction en 2006, la Lia a effectué en cinq années des investissements dans plus de cent sociétés nord-africaines, asiatiques, européennes, nord-américaines et sud-américaines : holding, banques, immobilières, industries, compagnies pétrolières et autres.  Ces fonds sont « congelés », cest-à-dire séquestrés, par les Etats-Unis et par les plus grandes puissances européennes.

  Lassaut sur les fonds souverains libyens a un impact particulièrement fort en Afrique. Cest là que la Libyan Arab African Investment Company avait effectué des investissements dans plus de 25 pays, dont 22 en Afrique sub-saharienne, en programmant de les accroître surtout dans les secteurs minéralier, manufacturier, touristique et dans celui des télécommunications. Les investissements libyens avaient été décisifs dans la réalisation du premier satellite de télécommunications de la Rascom (Regional African Satellite Communications Organization) qui, entré en orbite en août 2010, permettait aux pays africains de commencer à se rendre indépendants des réseaux satellitaires étasuniens et européens, avec une économie annuelle de centaines de millions de dollars.

  Plus importants encore avaient été les investissements libyens dans la réalisation des trois organismes financiers lancés par lUnion africaine : la Banque africaine dinvestissement, avec siège à Tripoli ; le Fonds monétaire africain, avec siège à Yaoundé (Cameroun) ; la Banque centrale africaine, avec siège à Abuja (Nigéria). Le développement de ces organismes aurait pu permettre aux pays africains de se soustraire en partie au moins au contrôle de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, instruments de domination néocoloniale, en affaiblissant le dollar et le franc Cfa (monnaie que sont obligés dutiliser 14 pays africains, ex-colonies françaises). Le gel des fonds libyens assène un coup mortel à tout le projet.

  Les emails de Hillary Clinton (secrétaire d’état de ladministration Obama en 2011), révélés ensuite en 2016, confirment quel a été le véritable but de la guerre : bloquer le plan de Kadhafi dutiliser les fonds souverains libyens pour créer des organismes financiers autonomes de lUnion africaine et une monnaie africaine alternative au dollar et au franc CFA.

  Pour les USA et lOtan, cest la position géographique même de la Libye qui est importante, à lintersection entre Méditerranée, Afrique et Moyen-Orient. On se souviendra que le Roi Idriss, en 1953, avait concédé aux Anglais lutilisation de bases aériennes, navales et terrestres  en Cyrénaïque et Tripolitaine. Un accord analogue avait été conclu en 1954 avec les Etats-Unis, qui avaient obtenu lutilisation de la base aérienne de Wheelus Field aux portes de Tripoli. Après labolition de la monarchie, la République arabe libyenne avait obligé en 1970 les forces étasuniennes et britanniques à évacuer les bases militaires et, lannée suivante, avait nationalisé les propriétés de British Petroleum et obligé les autres compagnies à verser à lEtat libyen des pourcentages beaucoup plus élevés de leurs profits.

 

(8. A suivre)

 

BRÈVE HISTOIRE DE LOTAN

DE 1991 À NOS JOURS

(8)

Manlio Dinucci

 

 

LA DÉMOLITION DE L’ÉTAT LYBIEN

 

La stratégie USA/Otan consiste à démolir les Etats qui sont totalement ou en grande partie hors du contrôle des Etats-Unis et des plus grandes puissances européennes, surtout ceux situés dans les aires riches en pétrole et/ou avec une importante position géostratégique. On privilégie, dans la liste des démolitions, les Etats qui nont pas une force militaire  pouvant mettre en danger, par des représailles, celle des démolisseurs.

   Lopération commence en plantant des coins dans les fissures internes, quon trouve dans tout Etat. Dans la Fédération Yougoslave, dans les années 90, vont être fomentées les tendances sécessionnistes, en soutenant et armant les secteurs ethniques et politiques qui sopposent au gouvernement de Belgrade. Cette opération va être mise en oeuvre en prenant appui sur les nouveaux groupes de pouvoir, souvent formés de politiciens passés à lopposition pour saccaparer dollars et postes de pouvoir.

  Simultanément on mène une campagne de matraquage médiatique pour présenter la guerre comme nécessaire pour défendre les civils, menacés dextermination par un féroce dictateur.

  On demande ensuite lautorisation au Conseil de sécurité de lONU, en motivant lintervention par la nécessité de destituer le dictateur qui massacre des civils désarmés. Il suffit dun tampon où est écrit « on autorise toutes les mesures nécessaires» mais, sil nest pas donné (comme dans le cas de la Yougoslavie), on continue quand même. La machine de guerre USA/Otan, déjà préparée, entre en action avec une massive attaque aéronavale et des opérations terrestres à lintérieur du pays, autour duquel le vide a été fait par un embargo très sévère.

   Cette stratégie, après avoir été mise en oeuvre contre la Fédération Yougoslave, va être adoptée contre la Libye en 2011.

  Dabord on va financer et armer les secteurs tribaux hostiles au gouvernement de Tripoli et aussi des groupes islamistes définis comme terroristes jusque quelques mois auparavant. En même temps sont infiltrées en Libye des forces spéciales, dont des milliers de commandos qataris facilement camouflables. Toute lopération est dirigée par les Etats-Unis, dabord via le Commandement Africa, puis via lOtan sous commandement étasunien.

  Le 19 mars 2011 commence le bombardement aéronaval de la Libye. En sept mois, laviation USA/Otan va effectuer 30 mille missions, dont 10 mille dattaque, avec utilisation de plus de 40 mille bombes et missiles. lItalie participe à cette guerre avec ses bases et forces militaires, en foulant le Traité damitié, de partenariat et de coopération entre les deux pays. 

 Pour la guerre contre la Libye lItalie met à disposition des forces USA/Otan 7 bases aériennes (Trapani, Gioia del Colle, Sigonella, Decimomannu, Aviano, Amendola et Pantelleria), assurant assistance technique et approvisionnements. LAéronautique italienne participe à la guerre en effectuant 1182 missions, avec des chasseurs-bombardiers Tornado, F-16 Falcon, Eurofighter 2000, AMX, drones Predator B et ravitailleurs KC-767 e KC130J. La Marine militaire italienne est engagée dans la guerre sur plusieurs fronts : des opérations dembargo naval aux activités de patrouille et dapprovisionnement.

   Avec la guerre USA/Otan de 2011, lEtat libyen est démoli et Kadhafi assassiné ; lentreprise est attribuée à une « révolution inspiratrice » que les USA se disent fiers de soutenir, en créant « une alliance sans égal contre la tyrannie et pour la liberté ». Ainsi est démoli cet Etat qui, sur la rive sud de la Méditerranée face à lItalie, garantissait « de hauts niveaux de croissance économique » (comme le montrait) en 2010 la Banque Mondiale) avec une augmentation moyenne annuelle du PIB de 7,5%, et enregistrait de « hauts indicateurs de développement humain » dont laccès universel à linstruction primaire et secondaire et, pour 46%, à celle de niveau universitaire. Malgré les disparités, le niveau de vie de la population libyenne était notablement plus élevé que celui des autres pays africains. En témoignait le fait que plus de deux millions dimmigrés, en majorité africains, trouvaient du travail en Libye.

   La guerre, donc, va aussi toucher les immigrés venant dAfrique sub-saharienne qui, persécutés sous laccusation davoir collaboré avec Kadhafi, sont emprisonnés ou obligés de fuir. Nombre dentre eux, poussés par le désespoir, tentant la traversée de la Méditerranée vers lEurope. Ceux qui y perdent la vie sont eux aussi des victimes de la guerre par laquelle lOtan a démoli l’État libyen.

 

 

LES VRAIES RAISONS DE LA GUERRE CONTRE LA LIBYE

 

De multiples facteurs rendent la Libye importante aux yeux des Etats-Unis et des puissances européennes. Les réserves pétrolières - les plus grandes dAfrique, précieuses par leur haute qualité et leur faible coût dextraction - et celles de gaz naturel.

   Après que Washington a aboli en 2003 les sanctions en échange de lengagement de Kadhafi de ne pas produire darmes de destruction massive, les grandes compagnies pétrolières étasuniennes et européennes affluent en Libye avec des grandes espérances, qui seront cependant déçues. Le gouvernement libyen concède les licences dexploitation aux compagnies étrangères qui laissent à la compagnie nationale libyenne (National Oil Corporation of Libya, Noc) le plus haut pourcentage du pétrole extrait : étant donnée la forte compétition, celui-ci atteint environ 90%. De plus la Noc demande, dans les contrats, que les compagnies étrangères embauchent du personnel libyen y compris dans des postes dirigeants. En abattant lEtat libyen, les Etats-Unis et les puissances européennes visent de fait à semparer de sa richesse énergétique.

 En plus de lor noir, ils visent lor blanc libyen : limmense réserve deau fossile de la nappe nubienne (estimée à 150 mille km3), qui s’étend sous Libye, Soudan et Tchad. Les possibilités de développement quelle offre ont été démontrées par le gouvernement libyen, qui a construit un réseau daqueducs long de 4000 km pour transporter leau, extraite en profondeur par 1300 puits dans le désert, jusquaux villes côtières et à loasis de Koufra, en rendant fertiles des terres désertiques. Ces réserves hydriques, qui ont une perspective plus précieuse que celles pétrolifères, sont convoitées  - à travers les privatisations promues par le FMI- par les multinationales de leau, qui contrôlent presque la moitié du marché mondial de leau privatisée.

   Dans le viseur USA/Otan se trouvent aussi les fonds souverains, les capitaux que lEtat libyen a investi à l’étranger. Les fonds souverains gérés par la Libyan Investment Authority (Lia) sont estimés à environ 70 milliards de dollars, qui montent à plus de 150 si on inclut les investissements étrangers de la Banque centrale et dautres organismes. Depuis sa construction en 2006, la Lia a effectué en cinq années des investissements dans plus de cent sociétés nord-africaines, asiatiques, européennes, nord-américaines et sud-américaines : holding, banques, immobilières, industries, compagnies pétrolières et autres.  Ces fonds sont « congelés », cest-à-dire séquestrés, par les Etats-Unis et par les plus grandes puissances européennes.

  Lassaut sur les fonds souverains libyens a un impact particulièrement fort en Afrique. Cest là que la Libyan Arab African Investment Company avait effectué des investissements dans plus de 25 pays, dont 22 en Afrique sub-saharienne, en programmant de les accroître surtout dans les secteurs minéralier, manufacturier, touristique et dans celui des télécommunications. Les investissements libyens avaient été décisifs dans la réalisation du premier satellite de télécommunications de la Rascom (Regional African Satellite Communications Organization) qui, entré en orbite en août 2010, permettait aux pays africains de commencer à se rendre indépendants des réseaux satellitaires étasuniens et européens, avec une économie annuelle de centaines de millions de dollars.

  Plus importants encore avaient été les investissements libyens dans la réalisation des trois organismes financiers lancés par lUnion africaine : la Banque africaine dinvestissement, avec siège à Tripoli ; le Fonds monétaire africain, avec siège à Yaoundé (Cameroun) ; la Banque centrale africaine, avec siège à Abuja (Nigéria). Le développement de ces organismes aurait pu permettre aux pays africains de se soustraire en partie au moins au contrôle de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, instruments de domination néocoloniale, en affaiblissant le dollar et le franc Cfa (monnaie que sont obligés dutiliser 14 pays africains, ex-colonies françaises). Le gel des fonds libyens assène un coup mortel à tout le projet.

  Les emails de Hillary Clinton (secrétaire d’état de ladministration Obama en 2011), révélés ensuite en 2016, confirment quel a été le véritable but de la guerre : bloquer le plan de Kadhafi dutiliser les fonds souverains libyens pour créer des organismes financiers autonomes de lUnion africaine et une monnaie africaine alternative au dollar et au franc CFA.

  Pour les USA et lOtan, cest la position géographique même de la Libye qui est importante, à lintersection entre Méditerranée, Afrique et Moyen-Orient. On se souviendra que le Roi Idriss, en 1953, avait concédé aux Anglais lutilisation de bases aériennes, navales et terrestres  en Cyrénaïque et Tripolitaine. Un accord analogue avait été conclu en 1954 avec les Etats-Unis, qui avaient obtenu lutilisation de la base aérienne de Wheelus Field aux portes de Tripoli. Après labolition de la monarchie, la République arabe libyenne avait obligé en 1970 les forces étasuniennes et britanniques à évacuer les bases militaires et, lannée suivante, avait nationalisé les propriétés de British Petroleum et obligé les autres compagnies à verser à lEtat libyen des pourcentages beaucoup plus élevés de leurs profits.

 

(8. A suivre)

 

 

BRÈVE HISTOIRE DE LOTAN

DE 1991 À NOS JOURS

(10)

Manlio Dinucci

 

 

LE COUP D’ÉTAT EN UKRAINE

 

Lopération conduite par lOtan en Ukraine commence quand en 1991, après le Pacte de Varsovie, se désagrège aussi lUnion Soviétique dont elle faisait partie. Les Etats-Unis et leurs alliés européens agissent immédiatement pour tirer le plus grand avantage de la nouvelle situation géopolitique.

 

LUkraine -dont le territoire de plus de 600 000 km2 fait tampon entre lOtan et la Russie, et est traversé par les couloirs énergétiques entre la Russie et lUE- nentre pas dans lOtan, comme le font dautres pays de lex URSS et de lex Pacte de Varsovie. Elle va par contre entrer dans le Conseil de coopération nord-atlantiqueet, en 1994, dans le Partenariat pour la paix, en contribuant aux opérations de maintien de la paixdans les Balkans.

 

En 2002 est adopté le Plan daction Otan-Ukraineet le président Kouchma annonce lintention dadhérer à lOtan. En 2005, dans le sillage de la révolution orange(orchestrée et financée par les USA et par les puissances européennes), le président Yushchenko est invité au sommet Otan de Bruxelles.

 

Immédiatement après est lancé un dialogue intensifié sur laspiration de lUkraine à devenir membre de lOtanet en 2008 le sommet de Bucarest donne le feu vert à son entrée. En 2009 Kiev signe un accord qui permet le transit terrestre en Ukraine dapprovisionnements pour les forces Otan en Afghanistan. Désormais ladhésion à lOtan semble certaine mais, en 2010, le président nouvel élu Yanoukovitch annonce que, tout en continuant la coopération, ladhésion à lOtan nest pas au programme de son gouvernement.

 

Mais entretemps lOtan tisse un réseau de liens à lintérieur des forces armées ukrainiennes. Des officiers supérieurs participent pendant des années à des cours de lOtan Defense College à Rome et à Oberammergau (Allemagne), sur des thèmes concernant lintégration des forces armées ukrainiennes avec celles de lOtan. Sinsère dans le même cadre linstitution, auprès de lAcadémie militaire ukrainienne, dune nouvelle faculté multinationaleavec des enseignants Otan.

 

Est aussi très développée la coopération technico-scientifique dans le domaine des armements pour faciliter, à travers une plus grande interopérabilité, la participation des forces armées ukrainiennes à des opérations conjointes pour la paixsous conduite Otan.

 

En outre, étant donné que de nombreux Ukrainiens manquent dinformations sur le rôle et les objectifs de lAlliance et gardent à lesprit des stéréotypes dépassés datant de la guerre froide, lOtan institue à Kiev un Centre dinformation qui organise des rencontres et séminaires et même des visites de représentants de la société civileau quartier général de Bruxelles.

 

Et comme nexiste pas seulement ce qui se voit, il est évident que lOtan construit un réseau de relations dans les milieux militaires et civils beaucoup plus étendu que celui qui apparaît.

 

Sous direction USA/Otan, à travers la Cia et dautres services secrets vont être recrutés, financés, entraînés et armés des militants néo-nazis. Une documentation géographique montre des jeunes militants néo-nazis ukrainiens de Uno-Unso entraînés en 2006 en Estonie par des instructeurs Otan, qui leur enseignent des techniques de combat urbain et lutilisation dexplosifs pour des sabotages et attentats.

 

Même méthode que celle utilisée par lOtan, pendant la guerre froide, pour former la structure paramilitaire secrète Gladio. Active aussi en Italie où, à Camp Darby et dans dautres bases, sont entraînés des groupes néo-fascistes en les préparant à des attentats et à un éventuel coup d’état.

 

Cest cette structure paramilitaire qui entre en action Place Maïdan, en la transformant en champ de bataille : tandis que des groupes armés donnent lassaut aux édifices de gouvernement, des tireurs isolés inconnustirent avec les mêmes fusils de précision à la fois sur les manifestants et sur les policiers (presque tous touchés à la tête).

 

Le 20 février 2014 le secrétaire général de lOtan sadresse, sur un ton de commandement, aux forces armées ukrainiennes, en les avertissant de rester neutres, sous peine de graves conséquences négatives pour nos relations. Abandonné par le sommet des forces armées et par une grande partie de lappareil gouvernemental, le président Viktor Yanoukovitch est contraint à la fuite.

 

Andriy Parubiy -co-fondateur du parti national-social, constitué en 1991 sur le modèle du Parti national-socialiste dAdolf Hitler, et chef des formations paramilitaires néo-nazies est mis à la tête du Conseil de défense et de sécurité nationale.

 

Le putsch de la Place Maïdan est accompagné par une campagne de persécution, dirigée notamment contre le Parti communiste et les syndicats, analogue à celles qui marquèrent lavènement du fascisme en Italie et du nazisme en Allemagne. Sièges de parti détruits, dirigeants lynchés, journalistes torturés et assassinés ; activistes brûlés vifs dans la Maison des Syndicats à Odessa ; des habitants, sans armes, de lUkraine orientale dorigine russe sont massacrés à Marioupol, bombardés au phosphore blanc à Slaviansk, Lugansk et Donetsk.

 

Cest un véritable coup d’état sous régie USA/Otan, dans le but stratégique de provoquer en Europe une nouvelle guerre froide pour frapper et isoler la Russie et renforcer, en même temps, linfluence et la présence militaire des Etats-Unis en Europe.

 

Face au coup d’état et à loffensive contre les Russes dUkraine, le Conseil suprême de la République autonome de Crimée - territoire russe passé à lUkraine pendant la période soviétique en 1954- vote la sécession vis à vis de Kiev et la demande dannexion à la Fédération russe, décision qui sera confirmée par 97% des votes favorables par un référendum populaire. Le 18 mars 2014 Vladimir Poutine signe le traité dadhésion de la Crimée à la Fédération russe avec le statut de république autonome.

 

La Russie va alors être accusée par lOtan et par lUE davoir annexé illégalement la Crimée et soumise à des sanctions.

 

(10, à suivre)

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