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7 septembre 2017 4 07 /09 /septembre /2017 15:03

LE   DRIAN

DE LA FREGATE AU PAQUEBOT DE CROISIERE *

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Les liens étroits entre le secrétaire général de l’Elysée Alexis Kohler et la compagnie maritime italo-suisse MSC dont il a assuré la direction financière de 2016 à   2017 jusqu’à son installation à l’Elysée ne se sont pas desserrés.

En témoigne la récente visite de M. Le Drian au port de Marseille. Le Ministre des affaires étrangères et de l’Europe n’a pas de compétences particulières ni d’attributions spécifiques en matière portuaire. Il avait en apparence d’autant moins de raisons de s’intéresser aux activités portuaires à Marseille que sa collègue Madame Elisabeth Borne, en charge du secteur, avait effectué une visite détaillée du port au début du mois d’Aout

M Le Drian est venu à Marseille pour s’occuper du développement des croisières maritimes activité où la compagnie maritime MSC  occupe une place importante. Le marché méditerranéen de la croisière est le second du monde après celui des Caraïbes, la majorité des croisières se déroulent en Méditerranée occidentale et Marseille bien que nettement dépassé comme port d’escale par Barcelone et Civitavecchia (le port de Rome) occupe un rang honorable de 3° ou 4° au coude à coude selon les années avec Naples et Venise.

Promouvoir la croisière à Marseille, objectif grand public de la visite repris à son compte par le nouveau président du Conseil régional le marseillais Renaud Muselier  (LR) revient à promouvoir les intérêts de MSC.

Le plan initial MACRON KOHLER visait à introduire MSC dans le capital du chantier de St Nazaire STX France pour empêcher les italiens d’y détenir la majorité. La mise vente par l’armateur coréen STX de sa filiale française et du chantier de Saint Nazaire avait conduit l’équipe Hollande-Valls à rechercher de nouveaux actionnaires. Personne ne s’était présenté à part le groupe public italien FINCANTIERI, fine fleur de la construction navale italienne tant pour le secteur civil que pour le secteur militaire et le gouvernement français avait finalement accepté l’arrivée de deux nouveaux actionnaires italiens  FINCANTIERI pour  48  % accompagné d’un fonds de placement italien portant le nom trompeur mais conforme à la législation italienne de FONDATION  (CTR TRIESTE) pour  7  %.  Les analystes financiers pensaient que la dite « fondation » dont le siège à Triste est voisin de celui de FINCANTIERI était en fait un faux nez de FINCANTIERI. Les intérêts italiens prenaient donc la majorité du capital de STX France.

Sitôt au pouvoir MACRON et KOHLER profitant du lancement à St Nazaire du dernier né de la flotte MSC, le MSC Meraviglia remettaient publiquement en cause l’opération conduite par Hollande dans les dernières semaines de son mandat et annonçaient qu’ils voulaient un partage du capital 50/50 entre la France et l’Italie. Annonce très mal reçue en Italie qui a déchainé la presse économique et financière italienne contre  la France accusée d’arrogance, le gouvernement restant lui-même plus discret mais clairement opposé en principe au partage 50/50. L’Elysée profitant du fait que FINCANTIERI n’avait pas encore racheté les actions de STX France a fait jouer  une  disposition des accords initiaux qui permettaient à la France de bloquer temporairement l’opération avant règlement du litige. Cela s’est fait sous la forme d’une NATIONALISATION TEMPORAIRE  de STX RANCE garantie par un dépôt de fonds du Trésor public français dans la caisse de STX France. Le sujet sera le principal sujet du traditionnel sommet annuel franco Italien qui se tiendra fin Septembre et promet d’être houleux. Noter au passage que le grand capital financier quand il contrôle étroitement le pouvoir politique peut utiliser l’outil NATIONALISATION dans des batailles bancaires ce qui n’a évidemment aucun rapport avec le contrôle collectif des moyens de production

Dans cette partie de poker financier international l’équipe MACRON KOHLER dispose de la carte MSC. MSC, gros client du chantier de Saint Nazaire et très satisfait de son fournisseur, garantit pas ses commandes nombreuses de très gros navires de croisière  déjà signées l’activité du chantier   pour au moins les 5 ou 6 ans à venir et l’Elysée verrait bien MSC rentrer au capital de STX France pour appuyer l’actionnaire français NAVAL GROUP nouveau nom de la DCNS. La question qui peut se poser est de savoir si et jusqu’où  la compagnie italo suisse, siège à Genève mais capital entre les mains d’une famille italienne, est prête à  jouer le jeu de MACRON contre l’Italie.

La visite inattendue de Monsieur Le Drian à Marseille est un élément de réponse. En effet le Ministre des Affaires étrangères était accompagné et soutenu dans sa démarche  de soutien aux croisières à Marseille par le porte parole du lobby international des armateurs de croisières  et président de CLIA (lobby des croisiéristes opérant sur le marché français) un certain  Ermino Eschena  qui se trouve être aussi directeur des affaires institutionnelles et des relations industrielles pour le groupe MSC , autant dire son Ministre des Affaires étrangères.

M. Le Drian est donc venu :

1- pour le grand public et le patronat marseillais continuer à faire croire que les escales de navires de croisière sont une mine d’or pour l’économie locale. Cette affirmation est largement contestée : le croisiériste qui chaque jour change de port ne dépense pas des sommes folles à chaque escale pendant les quelques heures qu’il passe à terre d’autant plus qu’il est fortement sollicité aussi à bord. La croisière, leurre agité depuis plusieurs années ne peut masquer la difficulté structurelle des ports français et de Marseille en particulier qui provient de la désindustrialisation de la France et du déséquilibre persistant du commerce extérieur – la France importe plus qu’elle n’exporte - aggravé ces dernières semaines par la remontée du cours de l’Euro face au dollar. Mais sur ce sujet de fond, l’équipe Macron-Philippe est bien peu loquace.  Soutenir l’activité CROISIERE c’est inscrire encore plus l’économie portuaire et l’économie nationale dans l’ « INDUSTRIE » du divertissement, synonyme pour la majorité des emplois qu’elle crée de bas salaires, de travail au noir, de creux saisonniers et de précarité, c’est une sorte de DISNEYLANDISATION de l’économie nationale.

2- pour démontrer que le gouvernement français soutient MSC et que  Marseille peut être et va se donner les moyens de devenir la tête de pont des croisières MSC en Méditerranée. Bien conseillé  par Monsieur Eschena dont le groupe a pour ambition de ravir la première place des armateurs de croisière opérant dans les ports français à son confrère italien COSTA  Le Drian a lancé quelques idées pour attirer à Marseille la clientèle croisiériste : ouvrir des vols directs vers l’aéroport de Marseille depuis la Chine et les Etats-Unis  pays cibles des armateurs, créer à Marseille un colloque  international sur la croisière, bref et pour le dire simplement prendre la place de Barcelone comme port d’embarquement initial favori des croisiéristes car au lieu de passer quelques heures à terre au cours des escales suivantes, le passager croisiériste  (nom commercial : PAX) peut arriver la veille de son embarquement , dormir à l’hôtel , diner au restaurant, bref dépenser plus que dans les autres ports.

Jean Yves Le Drian, à qui on attribue le rare mérite d’avoir vendu à l’étranger des RAFALE considérés jusqu’alors  comme invendables, continue sa carrière d’agent commercial pour un nouveau produit et inscrit son action dans une opération où le grand capital italien affronte le grand capital français  dans « la meilleure Union Européenne possible ».

 

  • Voir sur ce sujet notre bulletin 345 sur le blog http://comaguer.over-blog.fr
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