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23 mars 2016 3 23 /03 /mars /2016 17:24

« PARTENARIAT PUBLIC PRIVE » A LA MODE NEO COLONIALE

Etude de cas

L’approche des élections présidentielles françaises conduit les principaux candidats au primaire de droite à faire le traditionnel pèlerinage en Côte d’Ivoire.

Il s’agit évidemment du culte de Mammon.

Le parti socialiste n’est pas en reste puisque l’attentat terroriste de Grand Bassam a suscité le déplacement presqu’immédiat de deux des principaux ministres du gouvernement VALLS démontrant l’importance des intérêts français en Côte d’Ivoire et l’étroitesse des liens entre le gouvernement français et le Président de la Côte d’Ivoire.

La lecture de l’excellent livre de la journaliste FANNY PIGEAUD permet de mieux comprendre les rapports néocoloniaux. L’extrait du livre qui suit montre bien l’étroitesse des liens entre la néo colonie et la métropole maintenue.

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EXTRAIT DE « FRANCE  COTE D’IVOIRE -  UNE HISTOIRE TRONQUEE »

DE FANNY PIGEAUD  - EDITIONS VENT D’AILLEURS – 2015

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Éviter de revivre la mésaventure Gbagbo

Si l'objectif des responsables de l'État français était de reprendre le contrôle de la Côte d'Ivoire, il semblerait atteint. Paris a envoyé dès la fin de la guerre au moins une dizaine de conseillers qui ont intégré plusieurs ministères ivoiriens, ainsi que la: primature et la présidence? Dès le 11 juillet 2011, les autorités ivoiriennes ont annoncé que la Côte d'Ivoire allait dédommager pour environ 10 millions d'euros 44 entreprises françaises sinistrées en ... novembre 2004, lors des manifestations antifrançaises à Abidjan. Cette aide devait être prise sur les fonds accordés à la Côte d'Ivoire à titre de l'aide au développement par l'Agence française de développement (AFD) ! L'AFD a donc prêté de l'argent à l'État ivoirien pour financer ... le secteur privé français".

Bouygues a décroché en juillet 2012 le fameux marché de construction d'un troisième pont à Abidjan, objet de tensions au début de la présidence Gbagbo. La conception, la construction, l'exploitation et la maintenance de l'édifice pour une durée de trente ans ont finalement été confiées à un ami de Ouattara. Le géant français du BTP a aussi renforcé ses positions dans l'exploitation du gaz ivoirien et a obtenu le droit de se lancer dans l'exploration pétrolière avec sa filiale. (note de COMAGUER : le pont ‘Bouygues » est un pont payant en pleine ville)

Foxtrot International. Associé à deux entreprises sud-coréennes, il a également signé en 2014 1,1n accord préliminaire avec le gouvernement ivoirien pour la construction d'un train urbain à Abidjan. Bouygues est donc désormais présent dans le secteur de l'eau, de l'électricité, du gaz, du pétrole, des .infrastructures routières, du transport=. Fin 2013, Bolloré a de son côté remporté, dans des conditions critiquées, l'important marché de la 'réalisation, de la concession et de l'exploitation d'un second terminal à conteneurs au port d'Abidjan. Quant au géant pétrolier Total, il a annoncé en avril 2014 avoir découvert un gisement de pétrole de bonne qualité au large de la Côte d'Ivoire, parlant d'un «résultat très prometteur».

Paris a pu fêter, en octobre 2012, les 40 ans de la zone franc: Pierre Moscovici, ministre français de l'Économie et des Finances, a réuni pour un colloque lès ministres des Finances, les gouverneurs des banques centrales et les présidents des institutions régionales de la zone franc. C'est Ouattara qui a prononcé le discours d'ouverture de cette manifestation. Deux mois plus tard, Moscovici a signé avec Abidjan un «contrat de désendettement et de développement» (C2D), source d'importants marchés pour les entreprises françaises: officiellement, le C2D consiste à transformer la dette du pays signataire vis-à-vis de l'État français en «dons », censés financer des projets et infrastructures pour lutter, contre la pauvreté. Dans la pratique, le C2D profite essentiellement aux: sociétés françaises". Ces dernières vont également bénéficier des opportunités créés par l'accord de libre- échange conclu, grâce à Ouattara, en 2014 entre la Cédéao et l'Union européenne: le président ivoirien, alors président de la Cédéao, a joué un rôle essentiel pour l'obtention de la signature de ses pairs d'Afrique de l'Ouest sur cet accord de partenariat économique (APE) qu'ils rejetaient avec force depuis 2002.

Pour conquérir ou garder des marchés en Côte d'Ivoire, les entreprises françaises peuvent compter sur Jean-Marc Simon, ancien ambassadeur de France à Abidjan et acteur clé de la crise postélectorale. Retraité depuis mars 2012, Simon a fondé un cabinet de conseil, Eurafrique Stratégies, et est toujours en excellents termes avec Ouattara, dont il' est devenu l'un des conseillers. Il conseille aussi, entre autres, Total, GDF-Suez et Veolia en Côte d'Ivoire". Simon était également jusqu'en mars 2014 le suppléant à Senlis du député UMP Éric Woerth, ancien ministre du Budget sous Sarkozy et ex-trésorier de l'UlVIP. Après avoir été élevé par le président ivoirien, en juillet 2011, au grade de «commandeur de l'ordre du mérite de la République de Côte d'Ivoire », il a été récompensé pour« services rendus à la nation ». Il a fait en effet partie, en janvier 2012, de la centaine de personnalités du 'monde politique, diplomatique, économique, universitajre.et militaire français décorées par Ouattara de l'ordre national de Côte d'Ivoire à l'Ambassade de la Côte d'Ivoire à Paris - du jamais vu. Parmi les heureux élus: Sarkozy et Carla Bruni­-Sarkozy, les ministres Guéant, Juppé, Longuet, les entrepreneurs Bolloré, Bouygues, Castel, Fabre, Vilgrain, le chef d'état-major des armées, l'amiral Édouard Guillaud, le chef d'état-major particulier de Sarkozy, le général Benoît Puga. Ce dernier est depuis resté au même poste: il est chef d'état-major particulier de François Hollande. Il a joué un rôle essentiel dans les opérations militaires extérieures de la France au Mali et en Centrafrique (2013)

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Les quelques faits relatés par Fanny Pigeaud permettent de faire sur cet exemple un schéma des rapports économiques néocoloniaux en période capitaliste néolibérale.

Temps 1 : Un président ivoirien démocrate LAURENT GBAGBO arrive au pouvoir dans la régularité en 2000. Il n’a pas de programme de nationalisation socialiste de l’économie ivoirienne mais il souhaite simplement et il le dit desserrer l’étreinte du capitalisme français sur son pays c’est-à-dire  ne pas confier tous les grands projets économiques à la firme française en position de monopole dans chaque secteur d’activité et lancer des appels d’offre ouverts à la concurrence internationale . Ce qui revient à prendre à la lettre les idéologues du capitalisme libéral  et leur profession de foi qui se retrouve en l’état dans les traités européens: « favoriser une concurrence libre et non faussée ». Mais les idéologues ne sont là que pour faire le packaging de la violence du grand capital, pour faire un emballage médiatico-résistant à la violence du grand capital pour lequel la concurrence n’est jamais que le prélude, le plus bref possible,  du passage à l’oligopole ou au monopole, c’est-à-dire à la position de domination du marché, à la période où l’offre  - les grands capitalistes - écrase la demande – les consommateurs.

L’annonce de Laurent Gbagbo est perçue comme une agression par le grand capital français qui domine l’économie ivoirienne  et qui va donc lui déclarer la guerre.

Un bref sursis lui est procuré par la présence à la tête du gouvernement français de 2000 à 2002  de Lionel Jospin qui ne veut pas affronter un chef d’Etat membre comme lui de l’Internationale socialiste. La déconfiture socialiste à l’élection présidentielle de 2002 laisse le champ libre pour 10 ans à la droite capitaliste française et sitôt Chirac élu les manœuvres de déstabilisation de Laurent Gbagbo commencent. Le livre de Fanny Pigeaud raconte cette décennie  néo coloniale où la République française  sous les présidents Chirac et Sarkozy va utiliser tous les moyens possibles jusqu’à l’action militaire directe pour chasser Laurent Gbagbo du pouvoir.

Dans ce temps  1: le gouvernement :ses diplomates, ses militaires, ses moyens d’information/propagande,  dépense de l’argent public pour défendre le grand capital français menacé. Cet argent public est celui des citoyens et contribuables français et aussi celui des réserves de change du gouvernement ivoirien déposées au trésor public dans la cadre de la monnaie coloniale : le franc CFA. Pour faire simple : de la sueur française ajoutée à de la sueur ivoirienne.

Temps 2 : Laurent Gbagbo est finalement renversé. Le récit détaillé de ces dix années se trouve dans le livre de Fanny  PIGEAUD   N’étant pas choisi par les électeurs Le nouveau président est imposé militairement par la République française et se met au service du grand capital français (voir l’extrait du livre). Les bénéfices retrouvés de la position de monopole retrouvée permettent quelques largesses et les quelques miettes des larges  profits réalisés  deviennent entre des mains expertes des fortunes pour l’équipe dirigeante ivoirienne qui ne va évidemment pas faire des placements en franc CFA à Abidjan.

Temps 3 : Pour maintenir le système il convient que tout gouvernement français  puisse faire ce qu’ont fait Chirac et Sarkozy de 2002 à 2012 : s’ingérer puissamment dans la vie politique ivoirienne pour éviter toute dérive d’indépendance économique réelle du pays.  C’est alors au tour de L’équipe dirigeante ivoirienne de s’ingérer dans la politique française Elle prélève sur les commissions qui lui sont versées par les grandes entreprises française néocoloniales de quoi financer les partis et candidats français   qui soutiennent ou soutiendront, suivant des modalités diverses selon qu’il s’agit de la droite ou du PS, les dites grandes entreprises françaises.

Nous nous trouvons aujourd’hui dans ce troisième temps : Ouattara confirmé au pouvoir fin 2015, peut puiser dans sa caisse – c’est-à-dire dans l’argent de la corruption sorti de la caisse de corrupteurs  et qui sait dans la caisse publique ivoirienne - pour créer des liens forts et trébuchants avec la future équipe dirigeante  à Paris. Bien sur il faut miser sur plusieurs chevaux, les pronostiqueurs turfistes n’ayant pas encore émis leurs oracles, mais autant qu’on sache les mises ne dépassent pas quelques centaine de millions d’euros par casaque ! YES HE CAN !

 

Résumons le « partenariat public-privé » néo colonial dans la durée d’un cycle

1-Le public  (les contribuables français via le gouvernement français) paye pour choisir les politiques ivoiriens qui vont permettre l’enrichissement des monopoles français en Cote d’Ivoire

2-Les monopoles français  s’enrichissent en Côte d’Ivoire

3-Ils reversent une partie de leurs gains à l’entremetteur ivoirien complice : de l’argent privé devient de l’argent gris ou noir

4-Une partie de cet argent gris ou noir tombe dans l’escarcelle des futurs dirigeants français présélectionnés

5-Une fois élus, ceux-ci piocheront à nouveau dans la caisse publique française pour maintenir une présence diplomatique et militaire forte en Côte d’Ivoire garantissant le maintien de   la position et des profits des monopoles français

 

 

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