Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 15:40

« L’Europe chrétienne »

Dans l’abondante propagande qui se déverse ces jours-ci dans les médias dominants et qui vise à persuader les citoyens européens d’aller voter pour élire le prochian parlement européen, un des thèmes classiques est celui de l’identification de l’Europe au christianisme.

Cette identification est aussi discutable que sont difficiles à définir les frontières géographiques de l’Europe ce morceau de continent aux limites tellement incertaines qu’il faut le subdiviser encore pour y insérer des nations et des Etats très divers et on va donc parler d’Europes occidentale, centrale, orientale  et puis l’esprit catégorisateur va s’arrêter stupéfait devant l’immensité russe et décider de dire que l’Europe s’arrête finalement à l’Oural, petit relief inespéré qui permet de tracer une ligne de démarcation Nord-Sud et d’éviter de voir que des citoyens russes peuvent simplement en traversannt une rivière se retrouver en Chine ou en Corée.

Cette imprécision constitutive se retrouve dans le domaine de la religion et prend même dans  ce cas figure de contre vérité historique.

Le Christianisme est né au proche-Orient comme l’attesttent les deux testaments. Dans son développement initial ses grandes figures ne sont pas européennes. Dans les découpages territoriaux actuels Paul  de Tarse serait né en Turquie et Augustin en Algérie. Quand il adopte le christianisme l’empire romain est autant européen qu’oriental et quand tombe l’empire romain d’Occident en 476 il ne reste plus qu’un empire chrétien, celui d’Orient  qui continue à se proclamer romain même si nous l’appelons aujourdhui byzabtin mais dont la langue officielle va rester le grec qui résistera longtemps aux assauts de l’Islam conquérant et  durera dix siècles jusqu’à la prise de Constantinople par les turcs en 1453. Chassé des terres byzantines le christianisme d’Orient continuera à vivre en Gèce , dans les Balkans , et en Russie  sous la forme de la religion orthodoxe. Mis à part le très bref épisode de l’empire de Charlemagne le christianisme mettra longtemps à s’installer comme religion dominante en Europe occidentale qui sera en outre le lieu de l’affrontement sanglant entre catholiques et  protestants.

L’Europe chrétienne présentée comme racine historique des actuelles institutions européennes est donc une mystification propagandiste qui remonte à la fin de la seconde guerre mondiale, mystification d’autant plus facile à mettre en œuvre   que l’histoire de l’empire byzantin, empire chrétien,  est très largment méconnue en Europe de l’Ouest.  Quand les Etats-Unis décident de rompre l’alliance anti-nazie conclue avec l’URSS et de mettre sous tutelle la partie occidentale de l’Europe ils ne peuvent éviter de trouver comme élément idéologique fondateur du projet  transatlantique toujours d’actualité que le christianisme puisqu’on le sait dans l’esprit de leurs dirigeants la création des Etats-Unis est une bénédiction divine qui a conféré à ce pays une mission civilisatrice mondiale.

Les péres fondateurs des institutions de l’Europe occidentale sont tous des démocrates chrétiens, issus et représentants des bourgeoisies chrétiennes qui à l’image du Vatican se sont accommodées plus ou moins allègrement des régimes fascistes installés  à partir de 1920  sur cette partie du continent de Vichy à Lisbonne en passant par Madrid, Berlin et Rome. Sur cette période le livre d’Annie Lacroix-Riz : « Le Vatican, l’Europe et le Reich » est une lecture incontournable.

L’instrumentalisation politique du christianisme par les Etats-Unis et en particulier de la division persistante depuis plus de 1500 ans entre catholiques et orthodoxes est également une constante de leur politique européenne. Cette division est à l’origine de l’opposition entre Pologne et Russie, de la division des slaves du Sud entre Serbes orthodoxes et Croates catholiques , de l’opposition entre l’Ouest de l’Ukraine où sont installés les  uniates rattachés au Vatican et l’Est de l’Ukraine où domine l’orthodoxie. Preuve s’il en était encore besoin que les impérialismes savent utiliser toutes les diversités culturelles et religieuses pour faire avancer leurs projets de domination.

 

 

l'empire byzantin à son apogée vers 600

 

l'empire byzantin en 1025

 

Partager cet article

commentaires