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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 10:15

LE 6 FEVRIER 1934 vu par SIMON SABIANI

Un document peu connu sur les évènements du 6 Février 1934

 

Simon Sabiani est un homme politique assez connu. Il revient de la grande guerre blessé et comme beaucoup d’anciens combattants déterminé à s’opposer à la réédition de la grande boucherie. Cette attitude le conduit à rejoindre le Parti communiste français dés sa création au Congrès de Tours. Il s’oppose assez vite au PCF, le quitte et va entamer un parcours de gauche à droite très semblable à celui de Doriot au niveau national. Il sera d’ailleurs un des fondateurs du PPF en 1936, soutiendra activement le régime de Vichy dans toutes ses œuvres, fuira en Allemagne ,sera exfiltré en 1945 par des voies vaticanes vers l’Argentine et finira ses jours à Barcelone en 1956.

De sa rupture avec le PCF il conservera une haine féroce pour les « bolchéviques » comme on dit à l’époque et sa carrière politique à Marseille sera marquée par des rapports de plus en plus étroits avec à la fois la grande bourgeoisie armatoriale locale et la pègre. Mais comme les autre doriotistes il gardera un discours et un vocabulaire très « national et socialiste » et fondera localement un parti le « PARTI SOCIALISTE COMMUNISTE » dont la démarche consiste à arracher un électorat populaire à la fois à la SFIO et au Parti Communiste.

Elu député en 1928 il se trouve en séance au Palais Bourbon le 6 Février 1934. Il doit son siège de député à une curieuse élection qui annonce très clairement son parcours futur. Au premier tour il n’est devancé que par CANAVELLI le candidat de la SFIO. La Droite battue se trouve devant le dilemme de soutenir au second tour le candidat de la SFIO ou le candidat du « PARTI SOCIALISTE COMMUNISTE » (PSC). Son choix sera confirmé par le porte parole de la bourgeoisie commerçante qui financera la campagne de SABIANI et expliquera avoir soutenu « le moins rouge des deux ». En 1934 SABIANI est député non inscrit.

Il est également depuis les élections municipales de 1929 le premier adjoint du maire de Marseille à nouveau au titre d’une combinaison hostile à la SFIO et au PCF. Le maire Simon Flaissières élu en 1929 meurt en cours de mandat et il est remplacé par le docteur Ribot un personnage falot qui laisse la réalité du pouvoir à Sabiani.

Dans une annexe de la thèse de doctorat du 3° cycle non publiée que lui a consacré M. VAUCOURET en 1979 figure le récit par SABIANI de la journée du 6 Février 1934 écrit le onze Février et publié le 16 Février dans « Marseille Libre » le journal de Sabiani financé par le patronat. Le détail des dates est important en ceci que le 9 février a été organisée la première riposte syndicale à l’action violente des Ligues le 6 février et que le 12 aura lieu la convergence des deux manifestations de défense de la République organisées séparément par la SFIO et le PCF, convergence qui marquera la fin de la rupture du Congrès de Tours et sera la source politique du Front populaire et de la réunification de la CGT.

Sabiani, on le verra à sa critique de la grève générale du 9 Février, a bien senti que l’échec des Ligues et le caractère dramatique de la manifestation du 6 allait produire un renversement de la situation politique confirmé par la manifestation du 12 (donc avant la publication du texte) et auquel il est décidé à s’opposer jusqu’à la mort (voir les dernières phrases de l’article). En même temps son témoignage montre qu’il a bien compris que l’émeute avait été soigneusement organisée par des groupes qu’il connait certainement - les Croix de feu, les Camelots du Roi et l’action française sont très actifs dans la région marseillaise et Sabiani est un politicien très actif et averti - mais qui ont leurs racines dans des milieux sociaux de la petite et moyenne bourgeoisie traditionnelle différents de ceux où Sabiani recrute ses partisans et ses hommes de main. Etait-il dans le secret ?

Ni l’article ni la thèse elle-même ne permettent de répondre à la question mais il est certain qu’il avait lui-même et son parti mis en pratique localement l’alliance entre bourgeoisie d’affaires et mouvements de rue portés à la violence. *

La lecture de ce texte donne à réfléchir sur ce qu’est la base de masse du fascisme, sur son vocabulaire trompeur et sur ce qu’elle peut devenir lorsque la grande bourgeoisie décide d’avoir recours à ses services. Cette réflexion n’est pas sans intérêt dans la période actuelle.

 

*Nota bene : les lecteurs qui ne sont pas familiers avec les noms et les personnalités politiques cités dans l’article de Simon Sabiani peuvent utilement se reporter au livre d’Annie Lacroix-Riz Le CHOIX DE LA DEFAITE qui traite de cette période particulière de l’histoire de France et en particulier au chapitre 3. Ils y retrouveront le nom du préfet de police Jean Chiappe que Sabiani ne nomme pas mais qu’il évoque dans le paragraphe « La Grande faute » en en minimisant la responsabilité.

 

DISCOURS DE SIMON SABIANI DU 11 FEVRIER 1934

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Camarades, à mon tour, je dois vous adresser non seulement mes remerciements les plus chaleureux, mais les plus émus pour la façon dont vous avez répondu à cet appel. Il est indiscutable que les membres de mon Parti et mes amis peuvent aujourd’hui se rendre compte de la gravité de l'heure, et qu'ils veulent savoir exactement la ligne de conduite qu'ils doivent suivre.

Nous aurions manqué à un devoir impérieux pour tous, en ne nous réunissant pas ce matin, en ne convoquant pas les amis pour converser avec eux de ce qui se passe. C'est donc une conversation que nous allons tenir, au cours de laquelle nous passerons en revue le passé de notre Pays, son présent et surtout son avenir. Conversation au cours de laquelle nous aurons à déterminer exactement la ligne de conduite que nous allons suivre, afin que nous donnions à la Ville de Marseille, non seulement l'impression d'hommes qui savent ce qu'ils veulent, mais qui peuvent faire figure de dirigeants.

Vous avez répondu nombreux, vous a dit notre camarade Philibert Géra!d ; il ne pouvait pas en être autrement. Je suis fermement convaincu que le souci de notre Pays est partagé par vous tous, au même titre, bien entendu, car enfin il y a un certain calme nécessaire, je dirai même indispensable dans les heures affreuses que nous vivons. Enfin, il faut aussi que nous sachions que si demain il y a combat, il nous faut déterminer l'attitude que nous aurons.

Mes amis et les membres de mon parti ont estimé qu'ils ne pouvaient pas demeurer indifférents en présence de la situation créée à l'heure actuelle. En effet nous nous rendons compte que le pays qui avait la prétention d'être à gauche, est aujourd'hui dirigé par un gouvernement de droite, et nous en sommes à nous demander qui s'est trompé. Est-ce le pays qui s'est trompé en votant pour des hommes de gauche? Sont-ce les hommes de gauche qui ont trompé le pays lorsqu'ils sont arrivés à la Chambre? (applaudissements)

Depuis 1932, 400 députés n'ont pas su faire triompher les idées, mais ils ont dressé une plate-forme de leurs appétits, qui se sont traduits non pas par une action de masse, non pas par une action contre le capitalisme, mais simplement par une action d'égoïsme, par une action d'hypocrisie, par une action de mensonge et des profits constants.

Les hommes de gauche, à quelque parti qu'ils appartiennent, au Parlement, sont responsables de ce qui arrive aujourd'hui. Je n'en veux pas aux hommes de droite qui sont au pouvoir, ils ont agi pendant des années; sachant qu'ils avaient devant eux des hommes qui n'auraient pas résisté: ils avaient devant eux 400 députés non pas les représentants du prolétariat, mais de véritables profiteurs de la bourgeoisie. (vifs applaudissements)

Et c'est ainsi que ces hommes, avec le cynisme que nous connaissons dans les rangs de la droite, l'astuce qu'ils possèdent, et même le courage de certains, parce qu'il y en a qui ont été très courageux, et bien entendu la situation économique aidant, ces hommes, obéissant à une conduite tracée, ont déterminé leur attaque à différentes reprises, ont commencé par user tous les hommes de gauche et les ont usés avec leurs interventions au Parlement.

Mais ces hommes qui ont usé la gauche, aidés par la situation économique faite, ont profité de la première occasion favorable pour déclencher dans le pays une attaque qui devait coûter la mort au Cartel des gauches, et par là même, aux représentants des hommes de gauche, aux représentants du prolétariat pour ainsi dire.

L'AFFAIRE

C'est ainsi que l'affaire Stavisky nous a amené là où vous savez. L'affaire Stavisky, ainsi que beaucoup de scandales, n'est ni plus ni moins qu'un scandale, c'est banal dans tous les pays, et depuis toujours. Ce n'est pas le premier que nous avons; si nous remontons dans notre histoire, nous trouvons l'affaire de Panama, aussi grosse de conséquences. Il y a aussi d'autres affaires grosses de conséquences. On n'a point fait le bruit qu'on a voulu faire aujourd'hui pour l'affaire Stavisky, et remarquez ceci, c'est que je prononce ces paroles, non pas pour excuser ceux qui se sont faits les complices de Stavisky, ils sont condamnables, ils doivent disparaitre, mais je ne puis m'empêcher de voir ce qu'il y a là-dessous de jésuitisme, d'hypocrisie lamentable de la part des représentants de droite qui ont profité de l'affaire Stavisky pour donner un coup mortel à la démocratie. (Applaudissements)

En effet, l'affaire Stavisky n'a pas été la seule. Avant nous en avions eu d'autres sur lesquelles on n'a pas tant fait de bruit, pour ne parler que de l'affaire Oustric, sous M. Tardieu ; elle a été tenue sous silence; dans des conditions invraisemblables; on a mené cette affaire, on n'a pas fait grand bruit et pourtant elle coutait 250 millions à l'épargne nationale.

Tardieu et Flandin étaient alors au pouvoir, personne n'en a parlé, les ministres qui trempaient dans cette affaire n'ont pas été poursuivis, tout est passé sous silence. Le pays était très satisfait. Nous pourrions aussi parler de l'affaire de l'Aéropostale où Flandin a touché de très près au scandale.

LE VEAU D'OR

Ils n'ont pas su affermir la majorité des hommes de gauche que nous avaient déjà donné les élections de 1924 et en 1925 il leur a fallu laisser le pouvoir pour faire place aux hommes de droite.

Pour quelles raisons ? Tout simplement parce que les banquiers et les affairistes de notre pays, les financiers internationaux, leur avaient imposé leur volonté et comme les hommes politiques à quelque parti qu’ils appartiennent pour la plupart en même temps qu’ils sont des dirigeants sont des hommes à vendre, ces financiers ont contraint les hommes politiques du parti radical-socialiste, du parti socialiste unifié et des républicains socialistes, à s'incliner devant le veau d'or.

(Applaudissements)

ATTAQUE DU FRANC

Aujourd'hui, c'est la même situation, ce sont les mêmes conditions de l'attaque, non seulement préparée au point de vue politique, mais surtout au point de vue financier et économique. Ce sont les banquiers qui possèdent le pouvoir aujourd'hui. Ils ont vu arriver Daladier. Ils ont posé leurs conditions formelles qui consistaient à ne pas avoir d'hommes de gauche au pouvoir, à les obliger à s'en aller. Leurs conditions consistaient surtout à dire que s'ils n'avaient pas satisfaction ils allaient faire une autre attaque beaucoup plus formidable, c'était l'attaque du franc qu'on allait déclencher à la veille du 6 février. L'attaque du franc -a été faite quand même dans des conditions qui ont provoqué en 24 heures 8 milliards de retrait d'or de la Banque de France.

Certainement, un pays qui se trouve aux prises avec l'opinion répandue dans le public que la moralité de notre pays n'est plus ce qu’elle doit être, c'est-à-dire rectiligne, droite comme elle a toujours été, mais qu'elle n'est plus consciencieuse, troublée, devait :faciliter l'attaque du franc dans des conditions déterminées, permettant à ceux qui voulaient imposer leur volonté, d'avoir raison.

COURSE AUX PORTEFEUILLES

Et c'est ainsi qu'après avoir tenu deux ans de Parlement, nous avons perdu notre temps, nous n'avons rien fait, nous avons assisté à un spectacle lamentable: des hommes qui n'aspiraient qu'au pouvoir, les uns voulant être ministres, comme dans le parti radical socialiste, qui compte 165 membres, tous désireux d'arriver à être ministres. Et 25 ou 30, dans ce nombre aspirant à être Président du Conseil - Envers et contre tous! Non pas avec l'idée de faire du travail pour notre pays, non pas avec l'idée de défendre la démocratie, mais avec la préméditation de l'homme qui au pouvoir pendant un court passage saura profiter de ce pouvoir, pour en retirer le bénéfice que tout le monde connait, en fin de compte.

L'EQUIVOQUE DU SOUTIEN

Et, à côté de çà nous avons le parti révolutionnaire socialiste unifié qui ignorant les réalités ou faisant semblant de les ignorer, qui tantôt sera contre le gouvernement de gauche et qui tantôt se dira son soutien. Les Socialistes unifiés, les révolutionnaires en "peau de lapin" comme les a appelés Edouard Herriot, n’ont pas défendu le prolétariat, mais simplement défendu l.es intérêts des quelques individus qui commandent dans leur parti. (Applaudissements)

L'ARISTOCRATE S.F.I.O.

C'est ainsi qu'à différentes reprises, Mr. Léon Blum, bourgeois par excellence, qui a non seulement l'allure d'un bourgeois mais qui en a la parole, et qui trahit le bourgeois dans le moindre de ses gestes, le plus fieffé bourgeois aristocrate de notre pays, Blum a manœuvré les ficelles de la majorité dans la coulisse, s’entendant avec Tardieu pour essayer d'attacher le gouvernement qui ne faisait pas son affaire, de le culbuter le moment venu, et le lendemain de prendre le gouvernail avec les radicaux ou d'autres et démontrer ainsi qu'il faisait partie des démocrates sincères de la Chambre.

Mais, en faisant ainsi du Jésuitisme, de l'hypocrisie, cet homme-là attaquait tous les présidents du Conseil qui ne lui donnaient pas les satisfactions qu'il demandait et qui consistaient dans la défense d'un singulier marxisme. Lorsqu'il demandait des satisfactions, il les demandait avec la pensée d'en tirer constamment profit pour lui ou pour les siens. Il les demandait surtout avec cette intime pensée d'obtenir des gouvernements au pouvoir, ce qu'ils pouvaient donner en dehors des batailles que le prolétariat lui-même pouvait engager.

QU'A OBTENU LE PEUPLE?

De tout cela ce n'est pas le peuple, ce n'est pas notre pays qui a profité. Il n'a jamais donné ce que nous pourrions appeler la « Manne gouvernementale » à des gens affamés; à ceux qui aujourd’hui sont obligés de subir le chômage, cette calamité qui ronge notre pays. Nous avons vu partout, dans tous les services du ministère, dans toutes les administrations, des hommes, des socialistes unifiés, qui étaient élevés à des places très importantes, nous avons vu des francs-maçons qui s'emparaient un peu partout du pouvoir, dans les administrations, non pas pour servir le prolétariat mais pour servir leur propre intérêt. (Applaudissements)

C'était la course de vitesse et une course de vitesse pour gagner quelques points dans les batailles où le destin du peuple n'avait rien à voir.

Je vous parlais des batailles parlementaires qu'ils pouvaient livrer pour le compte de leurs amis, mais vous pensez bien qu'à l'heure où nous sommes, il n'est plus possible de continuer

À croire que la politique, à travers le suffrage universel, consiste surtout à partager la "manne céleste", vous pensez bien que le Pactole qui a tant coulé pendant quelques années est aujourd'hui tari. Tout a une fin, et cette fin ne pouvait être déterminée qu'autant qu'une affaire Stavisky donnait aux hommes sincères de la République non seulement la possibilité de la mettre en valeur, mais de montrer qu'ils sont des hommes de bonne foi.

JUSQU'AU SANG

Est-ce qu'il y a exagération de la part de ceux qui attaquent le régime? Je prétends que non. Nous devons considérer que dans la République démocratique et prolétarienne, les prérogatives ne sont pas du côté de la masse. C'est pourquoi l'on a dit qu'il s'est trouvé dans les rangs de gauche, des hommes trop faibles, qu'il s'est trouvé parmi les hommes de gauche des gens en nombre considérable qui n'ont vu que le profit à tirer de la République, des hommes de gauche qui n'ont considéré la République que comme une "vache laitière" qu’on pouvait traire jusqu'à lui tirer son sang.

Pour le compte de qui ? Non pas pour le compte du prolétariat, mais pour celui de quelques individus dans notre pays. Et alors, pas d'étonnement, ils ne sont pas du tout dans la ligne de conduite déterminée. Dans les hommes politiques d'aujourd'hui, nous en arrivons à reconnaître ceux qui nous ont amenés à l'état actuel, dont nous ne sortirons qu'autant que nous retrouverons notre énergie clairvoyante, que nous ferons avec sérénité des réflexions pour que nous puissions demain reprendre le mouvement, combattre nos adversaires, et en même temps les individus qui nous ont attaqués.

Dans quelles conditions ? La classe ouvrière est en désarroi; elle a supporté d'ignorer totalement ce qui se passait dans les rangs adverses, de se mettre un bandeau devant les yeux et de ne pas constater la politique lamentable faite par des hommes de gauche, politique qui nous a amenés au résultat où nous sommes.

LE CHANTAGE BLUM

Et la chambre de 1932, qui fait 6 ministères en l'espace de deux ans, que dis-je dans l'espace de 18 mois exactement, qu'a-t-elle fait ? Les uns et les autres étaient aplatis devant le grand prêtre Blum, qui venait à la tribune indiquer qu'on ferait on ne ferait pas le soutien du gouvernement, instaurant ainsi un intolérable chantage. Pour ne pas subir cette ignoble pression, pour rester digne de ceux qui me mandataient, j'ai voté Contre le gouvernement quand Blum le soutenait et pour lui quand Blum l’abandonnait ! (bravos prolongés) .

En effet, chers amis, je sentais qu’il n'y avait pas possibilité de déterminer un programme de politique franche et loyale, je sentais une politique de profits, et voyais des malheureux nommés ministres, appelés les uns après les autres à la présidence du Conseil.

HERRIOT-CHAUTEMPS-SARRAUT.

Nous les avons vus à l’heure, les uns pleins de bonne volonté, honnêtes, loyaux. Je vous citerai Herriot, sur lequel je vous dirai mon mot, parce qu'il faut dire ce que l'on pense en de semblables circonstances. Herriot, grand honnête homme, propre et trop bon malheureusement, tout sentiment, s'imaginant sans doute que tout le monde est fait à son image. Ce qui n'est pas exact, connaissant comme nous les connaissons les mauvais esprits dont souffre l'humanité.

Herriot est un cerveau étonnant, mais fait surtout pour le silence du cabinet de travail, et non pour la lutte. Il ne voyait que les avantages. Il aurait de jeter un coup d'œil sur les membres de son parti incapables d'agir pour réaliser une stabilité mais prompts à discerner leurs profits. Amis, Herriot on l'a remplacé par Sarraut, Chautemps, Daladier.

ON CONNAISSAIT STAVISKY

Est-ce que l'on peut prétendre honnêtement, que le scandale Stavisky qui dure tout de même depuis 1926 n'a éclaté que depuis à peine un mois? Est-ce que demain nous n'aurons pas la preuve qu'il était depuis longtemps connu de certains fonctionnaires, et à plus forte raison des ministres qui étaient en place? Il n'est pas possible qu'un ministre de l'Intérieur comme Chautemps qui a vécu deux ans, sans désemparer au Ministère de la place Beauvau, il n'est pas possible que cet homme n'ait pas connu de très près les agissements de Stavisky. Et alors ? Si Chautemps a connu ça, pourquoi n'a-t-il pas pris des mesures, les mesures qui s'imposaient vis à vis de cet homme afin de le mettre hors d'état de nuire, en temps opportun t

En attendant c'est un crime énorme qui a été commis au détriment des épargnants de notre pays. Si Dalimier en savait autant que Chautemps, pourquoi n'a-t-il rien fait au ministère et pris les mesures nécessaires ? Et si M. Durand, ministre du commerce envoyait ses propres employés pour conseiller à Dalimier de signer cette fameuse lettre qui a permis tout cela, pourquoi n'a-t-on rien dit à la chambre, pourquoi n'a-t-on rien fait?

Tout cela vous démontre leur culpabilité, parce qu'ils avaient à côté d'eux, des hommes qui profitaient de l'escroc Stavisky.

REPUBLIQUE DES CAMARADES

Il y en a tant à placer des camarades et des amis ! Et ce qui s'est déclaré au Ministère de l'Air, au Ministère des Travaux Publics, au Ministère de l'Intérieur?

C'est tellement vrai que l'on a vu le spectacle d'une employée, rédactrice du Ministère de l'Air qui avec un autre employé, trouvait le moyen de sortir des dossiers qui pesaient plus de 200 kilos, alors qu'il fallait des charrettes pour les traîner, sortir ces dossiers tout tranquillement et sans être vus. Et cela intéressait la Défense Nationale. Et personne n'avait rien vu, n’avait rien à dire la dessus. Comment pouvait-on s'emparer de pareils documents sans être inquiétés? Alors qu'on pouvait s'emparer de tous les éléments convaincants. Puisque Blum le grand prêtre était au pouvoir, il pouvait dénoncer aussi le scandale Stavisky et l'arrêter net.

LE "POUVOIR" A BLUM

Blum disait il y a 8 jours : "Je suis prêt à prendre le pouvoir". Or, je suis à me demander s'il en est capable, s'il est capable de 'déterminer une action pour amener le prolétariat au pouvoir. Personne ne peut y croire. Les hommes ne se tromperont pas deux fois ; nous saurons bien distinguer ceux qui ne reculeront pas devant les responsabilités et les actes à accomplir. (Applaudissements)

MESURES POUR RIEN

L'affaire Stavisky a mis on peut le dire le feu aux poudres. Elle permettra de cacher, de passer sous silence tous les gros scandales qui dépassent l'affaire Stavisky de 1000 coudées. En voulez-vous une preuve? On désirait une commission, elle a été proposée par un homme de droite, Ybarnegaray, j'ai voté contre, pourquoi ? Parce que j'estimais que le gouvernement devait, dans les 15 jours, rapporter à la chambre et au pays, la liste des coupables, prononcer immédiatement les sanctions qui s'imposaient, on ne l'a pas fait.

Chautemps était dans l'impossibilité de prononcer la moindre sanction; il s'en est remis à un inspecteur de la santé qu'on appelle Bonny et qu'on offrait ensuite en holocauste, suivi de deux commissaires de police déplacés. Pourtant l'affaire Stavisky était connue du Parquet et de la section financière du Parquet, comme elle l'était des dirigeants de la sureté générale.

Il y a des hommes qu'il fallait frapper séance tenante. On atermoyait parce que le beau-frère de Chautemps était à la tête du Parquet, et qu'il était le véritable responsable. (Applaudissements)

Si bien, qu'au bout de 15 jours, nous constatons que nous ne savons absolument rien. Chautemps se présente les mains vides, Sans crânerie d'ailleurs (car il crâne volontiers dans les affaires qui l'intéressent, à la tribune, par exemple contre moi, lorsqu'il s'agit d'une affaire intéressant la Ville de Marseille). (Applaudissements)

Mais il ne crâne plus, lorsque directement on lui envoie une flèche qui l'oblige à mettre le genou par terre

EFFONDREMENT DES MINISTERES

Et, lamentablement, les ministères s'effondrent, donnant le spectacle qu'au lieu d'avoir des hommes qui sont de véritables démocrates, nous avons eu des profiteurs de la démocratie au pouvoir. Chautemps s'en va. Grand désarroi dans le pays, il <faut le remplacer. Mais par qui? On ne sait pas. Malgré sa bonne volonté, Herriot, il faut bien le dire, Herriot à lui seul est, incapable de tirer notre pays de là. Parce qu'il est trop bon, il a des faiblesses.

Herriot n'est pas un homme d'attaque, ce n'est pas un homme de combat. C'est un intellectuel travaillant en silence dans son cabinet. Incontestablement, il ne faisait pas l'affaire.

Après Herriot on faisait appel à un homme qui avait donné depuis de longues années déjà la preuve de son honnêteté, la preuve de son attachement indéfectible aux idées de gauche, la preuve, en même temps, qu'il était prêt assumer les responsabilités du pouvoir. Et l'on avait la conviction profonde que la République aurait été sauvée, parce qu'elle aurait été défendue par lui. Nous lui avons fait confiance, et lorsque le 6, il s'est présenté à la chambre, comme je vous l'ai déjà indiqué, il y a eu des fautes commises par lui, fautes très graves, qu'un homme de pouvoir ne doit pas commettre, et dont il aurait pu réparer les effets s'il les avait perçus.- Malheureusement, ils ne peuvent pas s'en tirer, les hommes qui ne sentent même pas les fautes qu'ils ont commises.

LA GRANDE FAUTE

Daladier, lui aussi a frappé trop tard, c'est certain, ou il n'a pas assez frappé, c'est encore certain. Daladier arrive au pouvoir et forme son ministère. Lorsqu'il sent que les élus du Parti socialiste unifié ne veulent pas le suivre, que tantôt ils se rangeaient à ses côtés, que tantôt ils le combattaient, il mesure que le pouvoir sera difficile, car il lui faudra expier la grande faute d'avoir dit à Blum: "Je n'ai ni capitaux, ni capitalistes à défendre".

Daladier ne voulait ni de Marin, ni du groupe Flandin, ni de la politique d'autres chefs de groupes. Il s'adresse à des individualités parce qu'il veut montrer au pays qu’il y a intérêt à créer un ministère qui sera en somme un ministère de concorde, et je suis convaincu que c'était là son sentiment intime. Il y a peu de jours qu'il est au pouvoir. Il forme un ministère de concentration avec des membres du centre et de la droite. Puis, il appelle immédiatement quelqu'un, un homme qualifié d'ailleurs, il faut bien le dire, et qui administra une ville pendant 7 ans (applaudissements). Et là, il commet une faute, une faute très grave contre celui qui était le Préfet de police de Paris.

Il lui affirme des sentiments très affectueux, il échange avec lui des propos confiants et va jusqu'à lui dire: "Nous marchons la main dans la main, est-ce que je peux compter sur vous ? Vous pouvez compter sur moi".

Oui, il fallait frapper cet homme le premier jour de l'arrivée, ou il ne fallait plus le toucher. On ne fait pas impunément cette comédie devant le pays tout entier.

Lorsque deux jours après, M. Daladier, sans prévenir, envoie en pleine nuit un Préfet de police pour le remplacer immédiatement, eh bien qu'a du dire celui qu’on remplaçait?

On ne remplace pas ainsi quelqu'un séance tenante. Et cela a porté un coup mortel à celui qui a commis la faute. (Applaudissements)

Le Préfet remplacé était-il coupable? Sans doute, cette culpabilité n’est pas bien grande ou inexistante, puisqu'on propose à l'homme qui est à ce moment Préfet de police, de partir pour la plus belle vice-royauté qui existe, on lui propose le Maroc, ce n'est pas peu dire ! Ou il ne vaut rien ou il vaut quelque chose ! Pourquoi le remplacer? Parce qu'il n'a pas vos idées. Mais on n'est pas obligé d'avoir à la tête des services des hommes qui partagent les idées du Pourvoir.

A certains moments, comptable de la sécurité publique, j'ai le droit d'exiger que ceux qui sont à la tête des services, qui ont des responsabilités, parce qu'ils ne pensent pas comme moi, soient obligés de s'en aller!

Mais alors il fallait le dire aussi. Il fallait dire à Monsieur le Préfet de police, du moment qu'il ne partageait pas les opinions du président du Conseil des Ministres, très gentiment "Je n'ai pas confiance en vous." Et c'était le droit le plus absolu du président du Conseil.

Mais le président du Conseil n'avait pas le droit de commettre cette erreur formidable de lui dire qu'il avait confiance et de le frapper 48 heures après.

Le pays ne comprend pas cette volteface. Le pays n'est pas habitué tout de même à ces atermoiements, qui consistent à faire des dosages pour satisfaire tout le monde, et à la fin du compte ne donner satisfaction à personne.

Vous devez bien penser que l'affaire Stavisky avait fait assez de bruit dans Paris et qu’elle avait ému profondément l'opinion de notre pays. Oh en avait assez, il fallait à la tribune donner la raison de tels actes. Rien, absolument rien de tout çà. Pas de sanctions.

Comme sanction, on peut trouver ridicule qu'on trompe un homme après lui avoir dit qu’on avait confiance en lui, qu'on le remplace et qu'après cela on lui propose la résidence dorée au Maroc.

C'est certainement un acte qui n'a pas été réfléchi de la part de Daladier. Il lui fallait en donner l’explication.

. .. ET LES AUTRES

A côté de cela il fallait immédiatement déplacer Thomé pour donner au pays l'impression qu’on prononçait des sanctions. Thomé était directeur de la sureté. On lui octroie un poste qu'il n'a jamais occupé, qu'il ne connaît pas. Mais, il y en a qui ont la science infuse ! Et c'est pour cela qu’on voit Thomé à la Comédie Française ! (Rires et applaudissements)

C'est un véritable Vaudeville. Et pendant ce temps, au directeur de la Comédie Française, qui est là depuis des années, qui ne fait pas de politique, qui ne commet aucune faute, qui est l'ami des artistes et du public, à cet homme-là, sans rime ni raison, on dit: "Allez-vous en, nous vous remplaçons par Thom."

L’opinion, déjà inquiétée par toutes ces affaires, se rend compte qu'on ne sait plus sur quel pied danser. Daladier se présente à la chambre donc, le lendemain, et dans quelles Conditions ? Il se présente avec une besace pleine d'erreurs, entouré, il faut bien le dire, de quelques jeunes ministres qui auraient pu être l'espoir de notre pays. Je reconnais volontiers que parmi eux il y a quelques hommes, 5 ou 6 qui ont des qualités que nous ne pouvons pas nier. Mais ils sont entourés aussi de quelques vieux qui, aujourd'hui, sont très heureux de vivre dans le calme, des braves gens qui, après une longue vie de bataille, sentent qu'ils sont sur le point de se retirer. Par conséquent, ce n'est pas parmi eux qu'on va trouver le fluide nécessaire, l'énergie indispensable pour communiquer le calme à la foule, pour se rendre ma1tre de la foule.

"DONNANT, DONNANT"

Daladier en arrive au processus lamentable que vous connaissez. Blum huit jours auparavant, l'avait attaqué très gravement et pour quelles raisons ?

Daladier est l'ennemi de Blum, personne ne l'ignore, c'est son adversaire de tous les instants. Mais Blum, ce jour-là, éprouve le besoin de l'appuyer et prend ses responsabilités après l'avoir attaqué 6 jours avant.

Savez-vous pourquoi? Parce que Blum n'avait promis le soutien qu'autant que Daladier lui apporterait la tête du Préfet de police. Voilà pourquoi Mr. Blum soutenait le ministère de Mr. Daladier.

Il ne s'agissait pas pour Blum de savoir si Daladier s'occuperait de la semaine des 40 heures ou du contrôle des banques, ni s'il mettrait un terme à la crise économique, ni s'il apporterait une amélioration à la lamentable crise du chômage, non, il fallait à tout prix exiger la tête du Préfet de police de Paris. C'est à de telles conditions que le "dur" des "durs" avait voté pour le ministère Daladier. (vifs applaudissements)

Bien entendu, Daladier, comme d' habitude - même s’il y en a parmi mes amis, je suis obligé de le dire - Daladier, a été tout simplement le jouet mis entre les mains de la franc-maçonnerie de notre pays. Vous l'ignorez peut-être, mais à l'heure actuelle, elle essaie encore de jouer un rôle, et comme conséquence du rôle joué, nous amène aux pires catastrophes.

Il y a déjà longtemps que la franc-maçonnerie règne, au détriment des intérêts de notre pays tout entier. (vifs applaudissements)

REMOUS

Daladier a donc cédé immédiatement. Ebullition devant une faute aussi capitale, des 4 millions d'hommes, des 4 millions d'habitants dis-je, sinon d'hommes que compte Paris, 4 millions parmi lesquels il y a des gens qui voient clair, il y a des gens qui en ont assez, il y a des gens qui ont décidé de manifester.

Les uns veulent manifester paisiblement, ce sont les Associations des anciens combattants et les Croix de feu, les autres comme les jeunes gens des Jeunesses patriotes, veulent manifester en chantant, et ils sont tout de même nombreux à Paris.

D'autres comme les Communistes veulent manifester à travers les rues de Paris en braillant comme ils font d'habitude. Et, enfin, ceux qui sont ou plutôt qui ont été pendant cette journée du 6 février, le plus grave danger pour nous autres, les factieux du moment, les camelots du Roy qui eux voulaient manifester en frappant, en prenant le dessus, si l'occasion s'était présentée.

A l'extérieur des grilles du Palais Bourbon, il y a des centaines, des milliers d'hommes qui se réunissent. A l'intérieur le gouvernement est à son banc et le président nous lit une déclaration qui ne disait pas grand-chose, où l'on ne trouvait rien, où l'on ne trouvait pas l'énergie qui était indispensable, où l'on ne sentait pas. L’autorité qui aurait da se montrer à ce moment-là.

OU EST LE PRESIDENT ?

Gravement il monte à la tribune, on le reçoit avec des sarcasmes. Pourquoi? Et au bout de trois minutes, il arrive ce qui n'a jamais vécu dans l'histoire de notre pays: le président de la chambre quitte son fauteuil et s'en va, laissant le président du Conseil c'est-à-dire le véritable patron de l'heure, seul à la tribune sans présidence.

Cela ne s'était jamais vu ! C'était la première fois que cette manœuvre était employée, consommée pendant 5 bonnes minutes. Le président du Conseil était à la tribune pour lire la déclaration ministérielle quand tout à coup, se retournant, il ne voit plus le président de la chambre, le président de la chambre s'en était allé il n’y avait plus personne pour diriger les débats.

Nous avons essayé de trouver dans l'histoire de notre pays, un fait semblable. Nous avons appris que sous le ministère Waldeck-Rousseau au moment où une discussion fébrile avait Iieu concernant les libertés de cette époque, le président du Conseil, avait la parole et à un moment donné le président de la chambre faisait semblant de se couvrir, de vouloir placer son chapeau, son "gibus". Il en fut empêché par les députés, séance tenante.

SOUS LES BAIONNETTES

Pourquoi Bouisson a-t-il eu cette attitude? Parce qu'il y avait trop de trouble, trop de bruit à la chambre. Mais si vraiment il avait eu peur, il avait des hommes pour le garder- et comment! Il y avait là des baïonnettes, des fusils.

Mais vous sentez bien que lorsqu'un pouvoir démocratique en arrive à discuter les intérêts du pays, sous la protection des baïonnettes, des canons, des mitrailleuses, la démocratie qui est au pouvoir n'est plus une démocratie qui gouverne c'est tout simplement une démocratie qui s'en va. (vifs applaudissements)

Il n'est pas possible de prétendre qu'un Parlement démocratique légifère dans un palais autour duquel il a force armée.

Ce n'est plus un pouvoir démocratique, c'est tout simplement un pouvoir de factieux, qui tente de s'imposer à l'opinion publique. Par conséquent, il ne peut plus se maintenir au pouvoir. Enfin Bouisson est rappelé, il est obligé de reprendre sa place. .

MON ATTITUDE

La discussion continue. Attaque sur attaque. Lecture de la déclaration ministérielle. Pendant la lecture impossible de comprendre un seul mot. Tout le conseil se trouve aux prises avec une grande partie de la chambre. Les attaques tombent sans arrêt de toutes parts, sur Daladier, aussi bien de la droite que de la gauche. Les éléments de droite avaient arrêté par avance les desseins qui viendront à la connaissance du pays. Daladier assis à son fauteuil, à sa place de président du conseil est pris à partie par les députés, soulevé de sa place par des hommes de droite.

Tout cela ne pouvait que déclencher une bagarre au sein de la chambre. Nous fûmes obligés de donner des coups de poings, des coups de pieds pour dégager le banc des ministres. Nous ne pouvions pas faire autrement; à ce moment-là, il y eut une offensive de la droite, et, même à cause des fautes commises, si je n'en avais pas envie, est-ce que je pouvais voter contre Daladier ? Non, je représente les électeurs, je représente un parti de Marseille qui ne se compose pas de banquiers ni d'affairistes. (Applaudissements)

Je me devais autant que possible, non pas de pardonner les fautes commises, mais de faire acte d’homme imbu d'idées, de faire acte d’homme qui ne veut pas faillir à son devoir. Et quand je sentis autour de nous tout le brouhaha, toutes ces discussions, je compris qu'il était impossible de placer un mot.

L'EMEUTE

On apportait au président à chaque instant, tin petit billet sur lequel il y avait : un mort et puis deux morts, trois morts et quatre morts, cinq morts. Vous mesurez la situation épouvantable d'un homme aux prises avec de pareilles difficultés intérieures, et aussi avec les difficultés à l'extérieur.

En même temps, il y a la foule qui gronde dans la rue, la foule qui ne gronde pas pour rire, cette fois, mais qui gronde pour œ bon. Elle gronde avec une raison. Celle qui consiste à démontrer incontestablement le danger que court notre pays.

Que veut cette foule? Elle veut un comité de Salut Public, un roi, un empereur, je ne sais pas, elle ne sait pas ce qu'elle veut. Ce qu'elle sait, pourtant, c'est qu'elle veut se faire entendre de tous les parlementaires, qu'ils soient des gens de droite ou des gens de gauche, nous sommes tous dans le même sac ; la foule crie: "A bas les voleurs! A bas les députés." (vifs applaudissements)

C'est vers 6 heures que nous constatons que les cris ne sont plus si loin, nous entendons monter vers le ciel des voix en quantité innombrable. Ce ne sont plus des milliers de communistes qui sont là, quelques milliers de camelots du Roy, ce ne sont pas les Jeunesses Patriotiques seulement, même pas les combattants, même pas les Croix de Feu. C'est toute la population de Paris, hommes et femmes venus à la Place de la Concorde par dizaines de milliers, et qui crient, qui crient contre les députés.

Est-ce à dire qu'on en veut au régime? Je ne le crois pas. Ces hommes sont venus pour démontrer, tout simplement que des fautes graves avaient été commises, qu'ils en avaient assez, qu'il fallait mettre un terme à tout cela, et que les chambres ne prenaient aucune position, aucune sanction, ils venaient affirmer aux députés tout leur mécontentement. Ce n'était pas seulement des combattants, ni des camelots du Roy c'était le peuple qui voulait simplement qu’on lui rendit des comptes !

LA LEÇON DU SANG

La journée du 6 février fut un drame, le sang a coulé, et si nous ne sommes pas capables de tirer un enseignement d'une pareille leçon, d'une aussi rude leçon, nous sommes voués certainement aux pires calamités, nous sommes faits pour nous incliner, nous n'aurons plus le droit de dire un mot. Il est nécessaire qu’UN tél enseignement nous profite. D'un c8té, je le répète, les combattants en nombre, 20 ou 25 mille, dirigés par de véritables combattants, d'un autre c8té, des colonnes de Croix de Feu, tous des camarades éclopés qui avaient donné leur sang pour le pays qui s'étaient battus de 1914 à 1918.

Et quelles que soient les idées que nous puissions avoir du point de vue international, il n'en demeure pas moins tout de même que nous devons respecter tous ceux qui ont donné leur chair et leur sang. (vifs applaudissements)

Ces hommes étaient dirigés intelligemment par un homme qui est encore jeune relativement, le colonel de la Roque, plein d'énergie, plein de savoir, plein d'audace et de courage, il nous faut bien le dire. Ils voulaient certainement manifester avec calme. La preuve en est que les combattants et les Croix de Feu avaient donné l'ordre formel de partir en colonnes par cinquante hommes, les mains vides et sans armes dans les poches. A tel point même que des blessés de la jambe, qui pouvaient à peine marcher, privés de leurs cannes, étaient obligés de s'arrêter de temps en temps. Donc aucune mauvaise intention de leur part.

LES VERITABLES EMEUTIERS

Mais, s'il en existait parmi ceux qui ne sentaient pas toutes les raisons de la manifestation, il est certain qu'il existait dans chaque groupe trois ou quatre hommes qui les dirigeaient avec une arrière-pensée, à l'insu de ceux qui les suivaient, très paisiblement, en nombre considérable, et venant de tous côtés.

Pour assurer l'ordre, il y avait la Garde Républicaine, les gardes mobiles, de gros effectifs de police, et même tout un attirail qu’on n'avait jamais vu, les pompiers avec la lance à la main. Pour pénétrer au Palais Bourbon, c'était difficile.

Le Palais Bourbon était cerné par la foule qui criait. Pendant que les Croix de Feu avançaient du côté du Pont Alexandre III, d'autres colonnes prenaient le Palais Bourbon par le revers, par le pont d'Austerlitz. La foule se massait devant les grilles du Palais, d'autres essayaient d'avancer par la rue de Bourgogne. Deux colonnes s'en allaient doucement; on avait ouvert les ailes, on les laissait passer, parce qu'on se doit de les laisser passer, on se doit de laisser passer des hommes qui ont la poitrine constellée de décorations gagnées dans le sang. Ce n'était pas de ces décorations comme certaine Légion d'Honneur qu'on distribue pour 50 ou 100 000 francs qu'on donne à tout venant dans notre pays. Ils avaient les seules récompenses qui démontraient que ces hommes avaient retenu l'attention de notre pays à une époque affreuse pour lui.

On ne pouvait pas moins faire, à tous les hommes, on ne pouvait pas moins faire que d'avoir du respect pour eux. Et cette marche vers le Palais Bourbon s'est faite dans de telles conditions que les gardes mobiles eux-mêmes étaient obligés de saluer au passage. Ils se sont approchés, mais là, autre face de l'attaque.

LES MUNICIPES PRETENTIEUX

C'est à ce moment qu'une délégation du Conseil Municipal de Paris, composée de tous les réactionnaires, arrive à la chambre en voiture, entre au Parlement.

Le président est aux prises avec les attaques intérieures. Ces hommes qui viennent d'arriver à la chambre exigent à tout prix que le président les reçoive, non pas dans un cabinet, mais à la chambre.

Vous sentez bien que l'attaque se déterminait. Si Daladier avait quitté sa place pour se porter au-devant du Conseil Municipal, que serait-il arrivé?

Le Conseil Municipal entrant à la chambre, les Croix de Feu qui suivaient, étant à peine à 100 ou 150 mètres, y pénétraient aussi, et pénétrant à la chambre, vous imaginez ce qui allait arriver.

On nous aurait pris les uns et les autres par les oreilles, et avec un coup de pied au derrière, on nous aurait jetés dans la rue. (Applaudissements)

Mais, d'ailleurs c'était tout naturel, et je dirai même ceci, qui ne dépasse pas ma pensée, je dirai même que cela s'imposait. Il fallait savoir où il fallait en venir, où on allait en faisant çà. Et que les députés méritaient une "conduite de Grenoble" nous sommes tous d'accord là-dessus.

TRIUMVIRAT FASCISTE

Mais une fois l'opération terminée, quelles étaient les vues ? Les vues proches de tous ceux qui dirigeaient le mouvement ? Ils étaient en petit nombre qui avaient le secret, ils le gardaient. Que voulaient-ils faire ? Qui voulaient-ils mettre à la place du gouvernement, Daladier? Ils voulaient le remplacer au pouvoir par qui ? Autant de questions que nous sommes obligés de nous poser. Nous sommes convaincus aujourd'hui qu'à ce moment-là, s'ils avaient réussi, nous aurions aujourd'hui un triumvirat de fascistes notoires à la tête de notre pays. (Applaudissements)

Heureusement Daladier tient encore tête et reprend la discussion.

BILLETS DE MORT

Pendant ce temps la foule grondait. On annonçait des morts, des dizaines de morts, des centaines de blessés, les petits billets se suivaient, on entendait des coups de feu. On entendait crier.

LA FAIBLESSE

Et un homme qui se trouve aux prises avec tant de difficultés, lui est-il permis d'avoir une faiblesse ? Je le crois.

Je crois que, quelque soit le tempérament qu'on puisse avoir, lorsqu'on se trouve en présence d'une pareille situation, aussi difficile qui peut devenir mortelle pour le régime républicain, je crois que l'homme qui est au pouvoir, si véritablement il n'est pas trempé d'acier, cet homme-là doit avoir un moment de faiblesse.

Il l'a eu, non pas à l'instant même, lorsque la foule grondait, il a éprouvé le besoin de terminer les débats en vitesse, en disant : "Plus de discussions je m'en vais, nous reprendrons la séance jeudi matin." On donnait ainsi le spectacle que c'en était fini de la constitution et certainement du régime républicain, car un homme au pouvoir qui n'accepte pas de discuter avec les orateurs, montre que sa situation devient intenable.

C'est à ce moment d'ailleurs, alors qu'on avait vécu de 3 heures jusqu'à 6 heures sans désemparer à la chambre, que les coups mortels étaient échangés. On se rendait compte que toutes les attaques n'avaient qu'un seul mobile: sauver le régime, mais encore celui de remplacer les hommes qui étaient au pouvoir par d'autres hommes. Il ne s'agissait plus que d'une action qu'il fallait t mener à bien afin d'obliger tous les hommes de gauche à s'en aller et à laisser le pouvoir immédiatement.

LES ADVERSAIRES

Elle était bien menée, l'attaque, par des hommes, et je ne crois pas me diminuer en reconnaissant leur mérite. Ces adversaires étaient menés par des hommes, Ybarnegaray, Xavier Vallat, Henriot et d'autres qui savaient ce qu'ils voulaient, en un mot des anciens combattants, des hommes qui attaquaient profondément. Et l'on vit à la chambre le spectacle ultime d'un homme, dont on ne sait s'il atteint au sommet de la sincérité ou s'il frise la folie.

Cet homme Franklin Bouillon, monta à la tribune disant Daladier ce que jamais un orateur n'a pu dire à un président du Conseil : "Vous êtes un lâche, vous êtes indigne, vous avez les mains pleines de sang, vous allez immédiatement vous en aller ou je vous sors". (Applaudissements)

Lorsqu'un homme, président du Conseil, est attaqué non seulement à l'intérieur mais encore à l'extérieur, qu'il est attaqué non seulement par l'extérieur ou l'intérieur, mais ce qui est pire, par ses propres amis du même parti que lui, comme Chautemps, qui lui flanquait un coup de poignard dans le dos. Que voulez-vous qu'il fit?

Il a fait lever la séance plus tôt, vers 7 ou 8 heures, je ne sais pas exactement, car vers 6 heures j'avais quitté la chambre, j'étais allé me poster sur le mur de clôture du Palais Bourbon.

C'était certainement pour moi l'occasion unique de vivre des heures qui auraient pu permettre de tirer de toute cette affaire l'enseignement indispensable. Eh bien l J'ai laissé les orateurs et j'ai observé tout simplement sur Ie mur, seul, tous les mouvements de la place de la Concorde !

Il y avait quelques députés, qui comme moi, étaient venus, et qui, soit parce qu'ils étaient plus petits que moi, 'ou bien qu'ils étaient plus mal placés, ne voyaient rien. De temps en temps, ils me demandaient : "Où en sont-ils ?"

SUR LA PLACE

On en était aux vociférations, on criait, on échangeait des coups de feu, et à un certain moment, vers 6 heures 1/4 la foule avançait, intrépide, malgré les forces militaires, malgré les gardes mobiles, malgré les gardes à cheval, malgré tout ce qu'il y avait autour et devant le Palais Bourbon.

Elle était à peu près à 30 mètres au plus, lorsque tout à coup, tentaient de franchir les grilles du Palais Bourbon ces hommes, des milliers, des milliers, un flot humain qui s'avançait, et qu'il fallait à tout prix arrêter.

C'est, en somme toute la population qui est là. On entend le clairon, mais on ne recule pas. Plusieurs coups sont tirés, c'est la bagarre, formidable. Finalement la police, la force armée a le dessus. On oblige toute la population, tous les combattants à se retirer. Mais le combat continue. Ils reviennent. A ce moment on ne peut les faire reculer. La foule s'avance sur un pont qui a 30 à 35 mètres de large, les hommes tenaient à 40 ou 50 ce front, recevaient chacun la douche froide des lances sur la figure. Ils étaient encore obligés de reculer. Une fois de plus les pompes, finalement eurent raison.

Pour la deuxième tentative, je vous avoue franchement je ne sais pas si les pompes en ont eu raison.

LA FUITE

J'ai vu la débandade, le jardin du Palais ne connaissait plus que la présence de 125 ou 130 députés. Ils font ce qu'ils peuvent l" (rires)

Tous voulaient partir les uns mettaient leur chapeau, les autres leur pardessus, on sentait qu'il n'y avait plus dans la chambre des hommes décidés à discuter ; je ne parle pas seulement des hommes de gauche, mais de tous les députés, à gauche comme à droite, à tel point que nous avons été à deux votes successifs, 517 présents pour voter, et que nous nous trouvâmes à 6 heures 1/2 exactement, 123 à être encore en séance. Il y en avait 30 ou 35 de la droite, et les autres des communistes qui n'avaient pas quitté leur pupitre, des républicains indépendants et enfin, quelques socialistes qui tenaient encore. Tout le reste était du parti radical. On voit que le parti peut compter sur ses hommes !

DANS LA FOULE

J'ai vu à ce moment que ma place n'était plus là. La chambre ne savait que faire. J'avais moi-même autre chose à vivre. On n'a pas tous les jours l'occasion de connaitre de telles heures. J'éprouvais moi aussi le besoin de prendre mon chapeau et mon pardessus et de m'en aller dans la foule.

Des camarades ont fait comme moi. Moustier, député de droite, Fayssat des Alpes Maritimes, venaient de partir à peine. Nous avons pu tant bien que mal nous frayer un passage. Nous rencontrons une colonne d'anciens combattants, en bon ordre. La bagarre continuait et nous offrait un spectacle épouvantable : on ne savait plus ce qui allait arriver. Il y avait des agents de la sureté en civil ; étaient-ils avec nous ou contre nous ? Il Y avait la police qui, ce soir-là n'a pas fait trop de mal. La police n'a pas frappé trop fort, je ne sais pas pourquoi, je ne sais quelles peuvent en être les raisons, mais la police était moralement blessée et recevait elle aussi des coups. Mais les gardes mobiles frappaient sabre au clair, à droite, et à gauche, frappaient partout. Pendant ce temps, des coups de feu partaient de tous c8tés. Nous assistions à ce spectacle : 120, 130 hommes, réunis sur une place? Camarades, il y avait de tout dans cette échauffourée ; à côté des socialistes et des communistes, il y avait les Jeunesses Patriotes, les Anciens Combattants, les Croix de Feu, les Camelots du Roy. On trouvait tous les éléments politiques dans cette bataille interminable.

LES CAMELOTS

Bien entendu, il était aisé de constater que parmi ces hommes qui criaient, il y avait des hommes qui, eux, avaient préparé leur affaire. Cette affaire on sentait qu'elle avait été bien préparée.

Il faut rendre hommage à ces hommes, qui sont nos ennemis au point de vue idées, mais "qui savent le moment venu être des combattants formidables. Ce sont les Camelots du Roy. On ne peut pas imaginer la minutie de ces hommes. Ils avaient certainement réfléchi leur attaque; ils s'étaient mêlés à la foule, à un moment donné avec, non seulement les mains dans les poches, mais avec les poches garnies, ils avaient des billes qu'ils lançaient sous les pieds des chevaux, ils frappaient les jarrets avec des gourdins munis de lames de rasoir; ils étaient munis de boulons de fer. Les chevaux tombaient~ les cavaliers ne pouvaient pas se relever. On ne savait pas qui avait raison. C'était une véritable échauffourée. Le sang giclait ... C'était lamentable comme spectacle.

SOURICIERE TRAGIQUE

Cependant cette bataille a duré de 6 heures du soir à 1 heure du matin sans discontinuer. Cent mille hommes et plus étaient pris dans la souricière à partir de 6 heures du soir, jusqu'à une heure très tardive. Il n'était pas possible de quitter la place de la Concorde. Partout où nous allions chercher une issue, partout on rencontrait la garde mobile, partout on était obligé de se mêler à la bagarre; impossible de savoir ce que nous faisions, où nous allions.

Ça a duré tellement que les morts suivaient les morts, que les blessés suivaient les blessés. On vous a dit camarades qu'il n'y avait que 15 morts, cela n'est pas vrai. Il y a intérêt à faire connaitre au pays la vérité entière, les morts ont atteint plusieurs dizaines et les blessés ont dépassé 1500 ; les blessés eux-mêmes à un moment donné donnaient des coups de poing ! Il en était dans des états graves dans les hôpitaux, on ne sait pas s'ils s'en tireraient, c'est la science qui pourra déterminer leur avenir.

Pour résumer en tout état de cause, l'échauffourée, on peut dire qu'elle n'a pas été véritablement connue dans le pays, qu'on n'a rien vu de plus affreux depuis la Commune, qu’on avait jamais rien vu d'aussi grave et d'aussi vaste.

FIN PANIQUE

A une heure du matin, il fallait arrêter çà à tout prix, les combattants en avaient assez, la population aussi, tout le monde était fatigué, vous vous imaginez faire des rues à pied, la force armée repoussant les manifestants de l'autre côté du pont, et ainsi de suite, ballades pendant des heures. A la vérité on était aux limites de l'épuisement.' Nous avions pour la plupart les poches vides, les mains vides, ce qui prouve que nous étions venus là sans mauvaises intentions, pour marquer la volonté du peuple devant ceux qui depuis des mois et des mois dirigent le pays, leur faire comprendre que le pays en avait assez de la chambre et des agissements des députés.

Finalement c'est une fuite panique vers la rue Royale, la police avait ouvert les ailes. Heureusement, car le massacre aurait duré jusqu'au matin. A ce moment-là, l'échauffourée diminue d'intensité, le sang français avait coulé sans savoir, ni pourquoi ni comment.

Personne ne peut dire qu'il a été donné une raison véritable ce soir-là aux manifestations. Personne ne peut dire qu'il y avait une raison impérieuse de se tuer entre Français. Personne ne peut dire comment véritablement ces attaques ont été déclenchées et si elles avaient pour but de changer le régime actuel.

PREMEDITATION ?

On a surpris des conversations, on a étudié les attitudes de certaines personnalités, deviné en quelque sorte ce qui se passait dans l'esprit de chacun, mais c'était bien difficile. Voulez-vous quelques détails inédits sur la journée du 6 février?

On avait surpris certaines conversations parmi nos aviateurs militaires, qui au nombre de 18 avaient décidé de s'élever de l'aérodrome pour venir survoler la capitale avec leurs avions, et plus particulièrement la place de la Concorde. Vous vous demandez pourquoi. On ne sait pas. Cela ne s'est pas fait parce qu'on avait consigné tous les appareils.

Ces indications sont suffisantes, je crois, pour indiquer qu'ils étaient prêts à faire quelque chose, à faire un coup. Heureusement, tous les appareils furent consignés, je le répète et les aviateurs ne sont pas venus survoler Paris. Cela prouve au moins que l'affaire mijotait depuis longtemps et, bien certainement, nous nous trouvons devant un mouvement qui n'était pas connu de la foule qui allait manifester, mais qui devait l'être de quelques personnalités, de quelques individualités.

Cela s'appelle simplement un attentat contre le régime, cela s'appelle un coup d'état qui pouvait avoir des répercussions terribles pour le Prolétariat. En fin de compte, il y a eu beaucoup trop de morts et de blessés.

DEBACLE DU POUVOIR

Vous vous imaginez que de pareilles nouvelles ne sont pas sans être inquiétantes. Les uns sont partis, les autres sont restés toute la nuit à discuter pour garder la République et le Régime.

Dans de telles conditions autant de questions qui se posaient, autant de questions qui demandaient une réponse, une solution. La situation devenait plus tragique qu'elle ne l'avait jamais été. Pourquoi? Parce que la population de Paris n'a pas permis au Ministère en présence duquel elle se trouvait de rester, après avoir vu tant de morts, tant de centaines de blessés. Incontestablement, à ce moment-là, la population n'a qu'un souci: venger les morts, et on ne voit plus autre chose; il ne s'agit plus d'une question d'idées, il ne s'agit plus d'une question de front ou de programme, il s'agit du sang qui coule, du sang français qui coule par la faute des Français. Bien ou mal comprise, cette question s'est posée à la foule.

Le lendemain dans les journaux annonçaient une manifestation. Le Ministère est à son travail, un ministre vient et donne sa démission ; un autre donne sa démission, un autre encore donne sa démission.

Le président du Conseil, pourtant est à son travail, il est abandonné par une partie des membres du Cabinet. Il n'en reste que 5 ou 6 seulement autour de lui. Ils posent la question au ministre de l'Intérieur et disent: "Comment tenir ?" Avons- nous les possibilités de résister aux manœuvres ? Par quels moyens? La troupe, comment va-t-elle se défendre. Il y a des mitrailleuses. Alors les soldats français vont tirer sur la population française ? Nous sommes bien obligés de nous servir de la troupe pour préserver le pouvoir fut la réponse.

Et Daladier est parti.

FAUX BONSHOMMES

Vous connaissez la manifestation qui a eu lieu avant-hier soir, provoquée par les Communistes, vous en connaissez les résultats.

Pourtant "L'Humanité" publiait tous les jours un article de tête, signé Marty, qui indiquait aux camarades communistes que le temps était passé ou sans armes sans préparation, sans cadre, on pouvait descendre dans la rue. Aujourd'hui, on se fait hacher par la force armée. Il disait tout cela au cours de ces articles et, ajoutait-il : "Il vaut mieux que vous fassiez une heure de grève dans votre atelier, dans votre usine, il vaut mieux que vous obteniez le départ de contremaîtres trop sévères, il vaut mieux obliger le patron à accorder une augmentation de salaire, plutôt que de descendre dans la rue, ce qui ne pourrait pas aboutir, parce que nous ne sommes pas préparés.

PAS DE SANG INUTILE

Ce langage je le tiens depuis longtemps. Je vous dis constamment : descendre dans la rue, pourquoi faire ? Pour que vous soyez victimes, et, pour payer les pots cassés, pour qu'il y ait des cadavres qui jonchent le sol du pays ?

Non, je dis à mes amis qu'il ne faut pas descendre dans la rue, il faut que le moment soit choisi par nous, pour bien savoir où nous allons.

MINISTERE DE VIEUX

Et alors, on a constitué un nouveau ministère. A qui a-t-on fait appel ? A des gens des nombreuses contrées de France, à un homme respectable sans doute, le Maréchal Pétain, mais qui a 81 ans. Et on a choisi pour conduire la République, un homme qui avoue 70 ans - mais je crois qu'il faut ajouter 3 ou 4 ans de plus - à Cheron, un brave homme, mais rien que cela. A côté de lui Tardieu, Flandin, et puis à c8té de ces deux personnalités il y a Marin, un homme de droite, celui-là, dans toute la force du mot. Je dois indiquer qu’il est un homme grand et honnête, un homme qui est sacrement français jusqu'à la moelle des os.

Et à tous ceux-ci nous ajoutons des hommes qui prétendent être des radicaux-socialistes. Herriot qui, pour sauver le pays, accepte de faire partie du Ministère. Il se rend compte tout de même que sur 18 ministres, il y en 11 de droite. Il fallait bien que ceux qui courent derrière les portefeuilles aient une dernière chance à jouer. Riolle représente les combattants, ce n'est pas un homme politique, il est sans doute à sa place.

PARADOXE

Mais enfin, il arrive ceci : le ministère se compose d'hommes de droite, et la chambre se compose d'hommes de gauche. Ce n'est pas parce que Marquet a estimé devoir accepter le portefeuille du Travail que la gauche est représentée. Ce n'est pas non plus parce que Herriot, avec 5 Collègues, a estimé devoir faire partie du Ministère où se trouve Tardieu, l'ennemi du prolétariat. Ce ministère est-il l'image fidèle du corps électoral et du pays? Ce n'est pas prouvé. Il y a bien en vérité 400 dépités environ élus avec un programme nettement de gauche, 200 et quelques de droite, mais ce sont les 200 et quelques qui sont aujourd'hui au pouvoir contre les 400. -

OU ALLONS-NOUS ?

Eh bien, où allons-nous? Quelle est la situation créée? Avais-je raison de vous dire qu'il ne suffit pas de vous prononcer en période électorale, il ne suffit pas de faire des meetings où vous entendez des théories, il faut que vous suiviez un programme choisi, il faut que les idées soient portées à la connaissance du public, il ne faut pas, que vous soyez sans tempérament, sans cœur, sans voix, sans cerveau. (Applaudissements)

ET DEMAIN?

Que va faire un ministère ainsi composé? Ce ministère qu'on a appelé à un certain moment un ministère de Salut Public, pouvait véritablement l'être. Mais je pense que non, que ce n'est pas exact. Le problème demeurera entier. Le problème est soumis à tous ceux qui ont des responsabilités. Il faut apporter des solutions. Il ne suffit pas d'envoyer par exemple le Maréchal Pétain au Ministère de la guerre, pour que les Allemands eux, continuent à demander "l'anschluss", demain ils continueront à réclamer nos colonies et après-demain ils viendront nous attaquer.

En, vérité, il ne faut pas placer Pétain à la guerre, sous le fallacieux prétexte que sa présence permettra aux Italiens de passer sous silence leurs appétits énormes. Il ne faut pas placer Tardieu et Herriot dans un ministère qui n'est plus un ministère de concentration, mais un ministère de droite parce que demain le nombre des chômeurs du pays qui crient famine, au lieu de diminuer, augmentera.

DICTATURE DES BANQUES

Vous sentez bien que demain ou n'aura pas besoin de savoir si le Ministère permettra à notre économie le redressement. Nous sommes convaincus que demain les banquiers s'entendront avec les ministres, parce que les ministres sont obligés de se soumettre aux banquiers. (Applaudissements)

Et alors que va-t-il se passer ? Le Ministère est un ministère de droite, je le répète, et le Prolétariat n'a rien à attendre de lui. Demain sera à l'œuvre. On parle de calme, .on parle de réflexion, on parle d'apaisement ...

La chambre est formée de membres appartenant en majorité à la gauche, avec un programme de gauche. Et que va faire l'homme qui a la prétention de constituer le Ministère? Que va faire Mr. Doumergue ? On verra défiler dans les débats FIandin, Marin, Tardieu et quelques autres ; le spectacle sera joli. Les 400 députés de gauche seront obligés d'homologuer ce qui sera la pensée des hommes de droite, de ces hommes de droite qui sont les ennemis des idées qu'ils représentent eux-mêmes.

QUELQUES SOLUTIONS

Et puis que va-t-il se passer? Parce que d'ores et déjà j'ai pensé à toutes ces questions qui nous sont soumises, nous avons le devoir de demander des solutions au Parlement. Aurons-nous ces solutions? Il n'en est rien, absolument rien. Le Ministère qui vient de voir le jour se présente à la chambre en disant tout simplement aux députés: "Nous demandons six mois de calme entre les partis. Nous sommes un ministère de trêve. Laissez-nous dans la tranquillité~ pendant six mois, nous travaillerons pour notre pays.

Dans six mois d'ici, si vous n'êtes pas d'accord entre vous, il faudra revenir devant les ~lecteurs."

LE DRAME DU CHOMAGE

Mais pendant six mois, le nombre des chômeurs va en augmentant toujours davantage. Il y aura des souffrances terribles pour le pays, elles seront telles que l'opinion déjà inquiète, pourrait peut-être faire un mouvement d'une autre envergure.

Quelle préparation avons-nous pour cela ? Aucune. Il est peut-être exact que vous soyez moralement en état de faire quoique ce soit, mais il n'est pas exact que vous le puissiez matériellement, et je ne prononce pas ces paroles pour vous décourager, je les prononce pour que vous puissiez embrasser les réalités. Ces réalités il ne faut pas les fuir, il faut chercher à les réaliser et comment ? .

S'ORGANISER

Sans une ligne de conduite bien tracée, il n'est pas exact qu’on prétende que nous sommes en état de résister. Il n'est pas exact de baser l'offensive de demain avec l'assurance d'obliger Monsieur le Ministre à s'en aller. Nous serons obligés de le subir pendant six mois, et comme la situation deviendra de plus en plus fâcheuse pour notre pays, alors nous verrons.

Non, il n'y aura pas aujourd'hui d'amélioration possible, parce qu'il ne peut pas y en avoir avec notre économie dirigée par des Capitalistes ou par des institutions capitalistes.

FASCISMES

Et alors, dans six mois nous verrons ce que nous verrons. Du moment que Tardieu a pénétré dans un ministère, et pris le levier de commande avec ceux qui sont les siens. Croyez-vous que nous n'allons pas vers le fascisme?

Je ne prononce pas ces paroles dans le sens où les ouvriers les prononcent. Le Fascisme est simplement un mot dont on se sert aisément. Vous y voyez, vous, le sens péjoratif que tous les ouvriers mettent dans ce mot. Le fascisme a une définition, mais il s'agit de savoir s'il doit être à droite ou s'il doit être à gauche. Il s'agit de savoir si ce sont des hommes de droite qui doivent commander ou diriger, ou si ce sont les ouvriers et les travailleurs qui doivent être au pouvoir. (Applaudissements)

VELLEITAIRES

Toute la question est là. Depuis des années, nous nous trouvons en présence d'un nombre considérable de ministres décidés à mener une action, mais ils l'ont préparée cette action, à leur façon. Je ne vois pas parmi les six ministres que comporte le Cabinet, qui sont des hommes dits de gauche, des hommes capables vraiment de résister. Ils se sont affaissés lamentablement. Ils vont mettre le genou à terre, trop heureux de pouvoir ainsi "sauver leurs meubles". Mais du Prolétariat, ils s'en « fichent» royalement. Voilà la situation.

ENSEIGNEMENT

Eh bien, nous autres, nous sommes réunis pour que cette journée du 6 février nous serve d'enseignement, et cet enseignement je vais vous le définir.

Il n'est pas possible d'avoir le dessus en manifestant dans les rues, les poches vides e~ les mains vides. Il n'est pas possible d'avoir de l'action, de faire triompher les idées, si au préalable, il n'y a pas eu préparation sérieuse. Est-il possible d'obtenir des résultats si nous n'avons pas des forces disciplinées. Une force qui s'impose par sa ligne de conduite, de combattants pour les idées, et surtout si nous n'avons pas la foi !

Celui qui a la prétention de combattre sans foi, est incapable de servir la cause qu'il veut représenter. (vifs applaudissements)

Il faut avant de faire quoique ce soit avoir la foi. Que désirez-vous ? Que voulez-vous ? Vous voulez à tout prix prendre le dessus, vous voulez diriger, vous voulezfàl.re triompher la cause, vous voulez que le bon sens puisse régner. On ne peut pas le faire régner en prononçant des discours, en faisant des manifestations dans la rue ; il faut le faire régner en l'imposant par la force.

Mais cela, vous ne pouvez pas le faire sans préparation. Vous n’êtes pas préparés. La manifestation de demain dans la rue, c'est de la sottise ! On nous trompe une fois de plus ! La C.G.T. appelle tous ceux qui sont syndiqués, elle les invite à descendre dans la rue et à manifester paisiblement. Avez-vous vu un général qui, avant de livrer bataille s'en va chez l'ennemi lui dire: "Je vous demande la permission de descendre dans la rue." Est-ce qu'il vous est arrivé de voir pareille chose dans l'histoire? Avez-vous jamais vu un de nos généraux dire aux représentants ennemis : "Vous savez demain, je sors, attention, faites attention l" Mais tout cela est de la puérilité 1 on se moque du public. Allons donc !

LE VAUDEVILLE DE LA GREVE

Voyez-vous Mr. Jouhaux allant trouver le Président de la République pour lui faire connaitre ses sentiments ? C'est toujours Jouhaux qui lance l'ordre de bataille dans toute la France, qui ordonne 24 heures de grève. Et puis après? 24 heures de grève, qu'est-ce que ça représente ? L'ouvrier aura serré sa ceinture pendant 24 heures. Pendant un jour il n'aura pas touché un salaire que les patrons ne paieront pas. Cela aura rapporté quoi aux ouvriers ? On dira que les ouvriers de France sont incapables de faire quelque chose, moi, je crois qu'ils valent encore mieux que les autres.

Vous sentez qu'il faut une réorganisation sérieuse, de tous les instants? Nous ne voulons plus de ceux qui ont profité de la politique. Nous voulons le bon Socialisme. Nous demandons à être débarrassés de certaines personnalités. (Applaudissements)

LE BALAI

Par conséquent, il y a des mesures qui s'imposent. Ces mesures consistent à balayer les rangs du Prolétariat de tous les hommes politiques ou dirigeants qui ont trop profité dans un domaine comme dans l'autre.

Il n'est pas vrai qu'un homme, qu'un bourgeois, qui a table mise, sans souci du lendemain, ni pour lui, ni pour les siens, ni pour ses enfants, ni pour ses petits-enfants, qui se réclame sous un fallacieux prétexte des socialistes, il n'est pas vrai qu'il puisse demain se rendre au combat. Il n'est pas vrai qu’un ouvrier, qui ne travaille plus de ses mains depuis des années et des années, qui a des appointements qui dépassent les appointements des plus grands spécialistes aux frais de notre pays, il n'est pas vrai qu'il puisse se faire casser la figure dans la rue pour défendre les idées des ouvriers ! (applaudissements)

Il n'est pas vrai non plus, lorsqu'on a vécu en contact avec la bourgeoisie, que cette bourgeoisie s'appelle radicale centriste ou modérée, qu'on a demandé à celle-ci toutes sortes de services, qu'on a eu l'occasion de l'obliger mille et une fois, il n'est pas possible qu'on puisse lutter contre ces hommes. Et vous comprendrez pourquoi. Parce que comment voulez-vous avoir la possibilité de combattre contre Blum et Tardieu par exemple, Bouisson et Tardieu l'un révolutionnaire et l'autre extrême-droite, ces amis de tous les instants, comment peuvent-ils poursuivre leur idéal ? Le jour où ils ne seront pas à leurs petites combinaisons, il sera possible de faire quelque chose de bien. Il faut les empêcher de continuer leurs malversations à l'égard du pays, tant au point de vue politique qu'au point de vue administratif.

REVOLUTION

Et la Révolution ? Etes-vous prêts à recevoir demain matin la venue du pire des fascismes français ? Si c'est non, nous devons réfléchir, ne pas nous lancer dans un mouvement dont on peut dire qu'il n'apporte rien du tout. Quant à la grève de demain, ceux qui le veulent, doivent la faire ; la liberté est un sentiment qui s'impose toujours aux hommes loyaux, vous avez donc la possibilité de faire grève. Mais manifester dans la rue pour que les terroristes puissent aller crier, chanter, donner des coups de couteau, saccager les magasins, envoyer des pierres dans les vitrines, et ensuite faire retomber la faute sur les AMIS de SABIANI, non ! Sabiani ne veut pas cela ! (applaudissements prolongés)

Il y a ici d'ex-députés malheureux encrassés dans la bourgeoisie, comme MM. Emile Roux et Canavelli. Voyez-vous ces faces rubicondes lançant des pierres, des grenades à la main et les flanquant contre la Bourse de Commerce, c'est de la bouffonnerie, c'est pour rire !

PAS DE RISQUE

Mais ils auront demain la possibilité de crier aux oreilles du Prolétariat : "Nous aussi nous sommes des prolétaires, nous sommes encore dans les rangs de prolétaires ! ". Canavelli oubliera de vous dire qu'il est l'employé des Messageries Maritimes à des appointements qui sont deux fois les appointements d'un député.

Et Rémy Roux aussi a rarement cherché à tromper encore le public. Ils iront très paisiblement demander la permission au Préfet de manifester. On l'a demandée sans doute au ministère, on l'a demandée peut-être au Président de la République. Il n'y a pas de danger pour ces gens-là. Ce sont d'ailleurs des fonctionnaires qui ne courent aucun risque, qui savent qu'il n'y a aucun risque à courir.

On n'a pas des hommes décidés à défendre des idées, mais des hommes qui descendent dans la rue parce qu'ils savent qu'ils ne courent aucun danger.

POUR COMBATTRE, POUR MOURIR

Nous, lorsque nous descendrons dans la rue, nous savons que ce sera pour y combattre. Lorsque nous descendons dans la rue, ce sera ou pour tuer ou pour nous faire tuer voilà ! Nous sommes avec les gens de cœur. Nous sommes des hommes décidés à combattre, et qui préparons le combat pour défendre la République, les institutions républicaines et le prolétariat.

Mes amis sont décidés à défendre le pays, avec toute la force nécessaire ; ils répondront aux attaques, qu’elles viennent du dehors ou qu'elles viennent du dedans. Il faut qu'on nous trouve debout, prêts à lutter, à nous faire hacher, à combattre jusqu'au dernier souffle pour notre pays. (Applaudissements)

SAGE LABEUR

Voilà pourquoi, aux heures graves que nous subissons, je demande à mes amis du Parti, à mes amis de l'Union, de bien se rendre compte que nous avons un travail sérieux à faire. Il faut, non pas compter sur le grand nombre, peu importe le nombre, il ne me dit rien qui vaille. Je préfère une minorité d'hommes qui agissent et qui ne se perdent pas dans des discussions à perte de vue.

Je pense que vous m'avez compris. Dès demain, nous prendrons nos dispositions, elles seront excessivement sérieuses. Dès demain dans nos sections, dans nos sous-sections, parmi mes amis,

Il y a un travail qui s'impose. Il faut que nous puissions montrer notre volonté, qui est la volonté faite à l'image de tout le prolétariat. Je vous demande de vous unir, je vous demande d'avoir le cœur bien accroché, je vous demande d'avoir de la discipline, du respect pour notre pays, avec la volonté ferme de le défendre ... si besoin était. Nous nous passerons le mot d'ordre, les uns les autres, nous suivrons de très près les évènements, et si demain la chambre est dissoute, soyez convaincus que je n'aurai de cesse que lorsque vraiment je sentirai que nous avons dans notre ville et aussi dans notre nation, une organisation vraiment bien outillée, sérieuse, vraiment armée pour nous défendre. Je serai à vos côtés, non pas à la manière de certains hommes politiques, je ne serai pas à la queue, je serai, moi, à votre tête, et s'il faut tomber, je veux être le premier parmi vous.

(Marseille Libre - 16 février 1934 - p. 2, 3, 5)

 

 

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