Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 janvier 2014 5 17 /01 /janvier /2014 16:28

 

 

 

A 50 km à l’ouest de la Havane sur la côte nord de l’ile, Cuba  ouvre un nouveau port et autour de lui une zone économique spéciale directement inspirée des ZONES ECONOMIQUES SPECIALES ouvertes par la République populaire de Chine au début des années 80. Ces zones destinées à accueillir dans une série de ports chinois les investisseurs capitalistes étrangers ont permis une modernisation très rapide de l’industrie chinoise et la formation d’une classe ouvrière et technicienne abondante projetée en quelques années dans la technologie industrielle la plus avancée. S’il est incontestable que cette fraction de la nouvelles classe ouvrière chinoise a subi les conditions d’exploitation semblables à celles que les mêmes multinationales capitalistes imposaient à leurs salariés sous d’autres cieux, cette industrialisation de la Chine a d’une part stimulé la modernisation de l’industrie d’Etat ( qui reste aujourd’hui dominante dans la production globale) d’autre part permis à la Chine d’aborder le marché mondial en position excédentaire, ses exportations dépassant largement ses importations et garantissant à l’Etat chinois et à sa banque centrale non indépendante de tirer tous les avantages politiques d’une trésorerie florissante.

Le port et la zone industrielle  ,appelée zone spéciale de développement, de Mariel  ont donc pour objectif de faire pénétrer sous un contrôle très strict de l’Etat des capitaux étrangers qui bénéficieront de conditions favorables mais qui , outre le caractère formateur de la nouvelle classe ouvrière cubaine , aura en plus dans le cas cubain l’avantage de constituer une mise en cause directe de l’embargo. En effet aucun grand groupe capitaliste ne viendra s’installer là au cœur du marché de la Caraïbe et à moins de 100 km des côtes de Floride s’il ne peut exporter sa production. S’il est probable que les grandes firmes US seront réservées face à cette nouvelle opportunité, elles ne pourront rester longtemps indifférente au fait que leurs concurrents chinois, européens, brésiliens ou autres profiteront de l’aubaine. Ainsi sera vérifiée l’hypothèse selon laquelle la perte de l’hégémonie économique conduit progressivement à la  perte d’hégémonie politique.

La création du nouveau ensemble industrialo-portuaire est en  lui-même l’illustration de cette transformation.

La baie de Mariel est un excellent site portuaire qui permettra de décongestionner La Havane

 

 

 

 

 

 

 

 

La construction des infrastructures portuaires (quais- routes…) est revenue au groupe de BTP brésilien ODEBRECHT qui domine le marché latino américain. Les travaux  - environ 1 milliard de dollars - ont été financés par un prêt du gouvernement brésilien. Le port, équipé de grues chinoises  pourra recevoir les plus  grands navires porte-conteneurs et pourra servir de centre de redistribution pour la Caraïbe de marchandises venues de Chine et d’ailleurs en passant par le canal de Panama dont les travaux d’élargissement s’achèvent. La gestion du nouveau port a été confiée à l’autorité portuaire de Singapour. Le port de Singapour, le second du monde après Shanghai, a pris en gérance des terminaux à conteneurs dans le monde entier : Italie, Belgique, Pays-Bas, Japon, Corée du Sud, Argentine, Panama.

Les nouvelles grues chinoises arrivées par mer sur un navire spécialisé sont maintenant en place à Mariel

 

Cuba s’insère ainsi de  plein pied dans les réseaux du commerce international tout en gardant la maitrise d’ensemble sur cet espace ouvert au capital étranger. Le territoire de la ZES est séparé administrativement du reste du pays, les flux de marchandise et de personnel sont contrôlés.

Le port de Mariel est symboliquement un énorme pied de nez et une sorte de réplique historique à l’enclave étasunienne de Guantanamo à l’autre extrémité de l’ile. Guantanamo souveraineté perdue, occupation étrangère hostile et honteuse. Mariel, début  du déblocage de l’ile organisé depuis six décennies par le puissant voisin, reconquête du droit à commercer librement.

 

Mariel l’autre histoire

 

 

La baie et le port (petit à l’époque) ont été à la une de la presse internationale en 1980. A l’époque, le gouvernement cubain toujours soumis à des pressions et à des tentatives de déstabilisation des Etats-Unis  est aux prises avec les conséquences économiques de l’embargo. Il décide d’ouvrir la porte à ceux des cubains qui veulent fuir le pays et qui se sont mis à  organiser des manifestations  plus ou moins violentes pour obtenir ce droit.   A partir du 20 Avril 1980  et pendant 5 mois  125000 cubains vont embarquer sur des petits bateaux à moteur en direction de Key West à l’extrême sud de la Floride. Ils sont connus dans le pays comme les « Marielitos ». 

Ne pouvant pas accuser Castro de maintenir ses opposants en prison, la propagande occidentale changera  de discours et prétendra qu’il n’a laissé partir que des débiles mentaux et des repris de justice. Il y en avait mais dans des proportions faibles, les chiffres avancés ne dépassent pas 2% du total. En réalité les services de l’émigration US ont été débordés par ce flot inattendu et en même temps tétanisés par la crainte qu’une fraction  de ces émigrants soient des agents cubains. Carter sera contraint de négocier un accord avec Castro pour régulariser cette vague d’émigrants.  Beaucoup de ces émigrants rejoindront la communauté cubaine de Miami  et trouveront progressivement leur place dans l’économie locale.

Mais ce phénomène de masse sera en partie masqué par l’industrie médiatique étasunienne qui produira une nouvelle version cinématographique de SCARFACE.  Réalisée par Brian de Palma en 1983 elle remplace, sans en faire cependant un pamphlet anticastriste, l’AL CAPONE du film de Howard Hawks par un de ces émigrés cubains qui devient aux Etats-Unis un des chefs du trafic de drogue. Une constante de l’histoire des Etats-Unis où chaque vague d’émigration voit éclore en son sein une minorité de gangsters d’où vont émerger des grands mafieux  comme  Lucky Luciano  ou  Rudolf Slansky.

La littérature   gardera également la trace de l’évènement puisque l’écrivain cubain Reinaldo Arenas, poursuivi par le régime cubain pour son homosexualité  et anticastriste acharné, échappera à la surveillance policière et embarquera à Mariel. Il se verra ouvrir toutes grandes les portes des universités et des maisons d’édition pour exprimer son hostilité au régime cubain. Il raconte son départ à Mariel dans son autobiographie  «  Avant la nuit »   et avouera aussi avant sa mort sa déception face à la réalité de  la société étasunienne.

Partager cet article

commentaires