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23 décembre 2013 1 23 /12 /décembre /2013 13:59

EXTRAIT DU LIVRE DE ROBERT CHARVIN

 

"LES TIERS MONDES"

"DU SUD AUX SUDS"

"PANORAMA CRITIQUE"

 

 

éditions Publisud

 

 

 PISTES D'EXPLORATION

 

1. Les progrès technologiques et scientifiques

Une approche globale du Sud peut être guidée par un certain nombre d'observations pouvant être pertinentes pour une meilleure compréhension de ses réalités, en dépit de la grande diversité des cas à prendre en considération.

Ce qui différencie le xxr° siècle et les siècles passés, c'est que le sous-­développement, le mal développement et les inégalités entre les peuples ne sont plus le résultat d'une situation de pénurie globale. Les écarts de développement entre les peuples ont été longtemps minimes. Le creusement entre les économies est relativement récent: il est lié aux révolutions scientifiques et techniques qui ne se sont pas produites partout simultanément. Or, l'immense progrès technologique et scientifique permet de résoudre. La plupart des problèmes restés jusque là insolubles. C'est ainsi, par exemple, que le désert n'est pas foncièrement un obstacle à la production agricole, comme le prouvent certaines réalisations dans le sud libyen, à proximité de Sebbah. La plupart des grandes pandémies peuvent' disparaître grâce aux vaccins et aux thérapeutiques existantes. Bien évidemment il faut, pour que ces révolutions s'accomplissent, des moyens financiers. Ils existent: chaque année, selon les Nations Unies, 900.000 milliards de dollars sont échangés. La mise en œuvre d'une fiscalité internationale assurant une redistribution équitable entre les peuples du monde, en lieu et place d'une "aide" toujours insuffisante et toujours source de dépendance, relève de la seule volonté politique des États, en premier lieu des Grandes Puissances. Cette révolution financière a des fondements idéologiques universels. On peut rappeler que toutes les grandes religions et les grandes philosophies qui ont marqué l'histoire de la pensée humaine ont invoqué la nécessité d'un partage jamais réalisé. La compassion à l'échelle mondiale n'a aucune chance de naître et surtout d'être efficace après des millénaires de conflits visant à permettre à certains de piller les richesses des autres. Par contre, la fiscalisation des relations internationales (très modestement amorcée avec le "projet de taxe Tobin" et l'apparition de taxes sur les billets d'avions pratiquée par une quinzaine d'Etats) peut être, au contraire, un mode de gouvernance rationnel, source de moyens financiers correspondant aux besoins des peuples. Il en est de même avec l'émergence des nouvelles notions du droit international, telles celles de Bien Commun, de Patrimoine Commun de l'Humanité, de Services Publics transnationaux, qui sont susceptibles d'aménager un socialisme planétaire et une gouvernance sociale, rappelant à une autre échelle, les vertus de l'Etat-Providence. L'eau, les ressources énergétiques, les productions alimentaires, le savoir scientifique relèvent de l'intérêt général pour la société internationale. Mais il conviendrait de procéder à une révolutionnarisation profonde d'un droit international fabriqué de longue date et encore maîtrisé par les Grandes Puissances pour privilégier avant tout leurs intérêts.

Bien que ces transformations radicales relèvent aujourd'hui de l'utopie, il est utile de situer l'ensemble des problèmes du Sud dans ce contexte politique nouveau et non dans la continuité des raisonnements anciens faisant du sous-développement des uns la nécessaire conséquence du développement des autres. L'esclavage a cessé lorsqu'il est apparu plus efficace d'avoir des travailleurs "libres" ; les dominations exploiteuses peuvent cesser s'il apparaît qu'une redistribution équitable des moyens financiers et des ressources cogérées à l'échelle planétaire ou, dans une première phase au niveau régional, pourrait être source de paix et d'une plus grande efficacité pour le développement humain et durable. Ainsi, aucun fatalisme n'est de mise au xxr° siècle. Tous les problèmes et tous les enjeux sont de nature fondamentalement politique.

 

2. L'Histoire continue

En dépit de ceux qui annoncent la "fin de l'histoire" parce qu'ils ont peur de son évolution et souhaitent donc en arrêter le cours (c'est le cas des Etats-Unis et de l'Occident dans son ensemble), l'Histoire continue. Déjà se profilent de nouvelles Puissances, en Asie particulièrement, mais aussi en Amérique du Sud et en Afrique qui, après avoir subi le mépris, sont en mesure, dans un avenir proche, d'exercer un hégémonisme renouvelé.

Or, la compréhension des positions des peuples et des Etats du Sud exige qu'ils soient resitués dans le cadre d'une séquence historique longue. Il en est de même pour examiner les stratégies et les réactivités du Nord vis-à-vis du Sud. La nature des relations Nord-Sud et leurs mutations sont plus lisibles si l'Histoire prise en compte est celle du sud-pré-colonial, puis de la colonisation, ensuite de la "décolonisation" c'est-à-dire du processus (diversifié) d'accession à l'indépendance, enfin des échanges contemporains entre le Nord et le Sud, particulièrement dans les domaines économique et financier.

Au contraire, toute séquence historique courte déforme gravement la réalité et surtout ile sens de l'évolution. Peut-on saisir les mutations chinoises, y compris dans ses dimensions mentales, si l'on oublie qu'il y a à peine plus d'un siècle, les "Concessions" que s'étaient octroyés les Etats occidentaux sur le territoire chinois interdisaient la libre circulation des Chinois (avec, par exemple, la très symbolique fermeture des jardins "publics" interdits "aux Chinois et aux chiens" !). Marx à ce sujet s'interrogeaient de manière prémonitoire: "II s'agit de savoir si l'humanité peut accomplir sa destinée sans une révolution fondamentale dans l'état social de l'Asie ? (32).

On ne peut mesurer l'évolution des sociétés qu'en prenant toute la mesure de sa marche diachronique : chaque société marche à son rythme, avec des accélérations et des ralentissements, des avancées et des reculs, ce qui crée entre elles des rapports de forces inégaux. Chaque Empire, par exemple, connaît dans I ‘Histoire une montée en puissance un apogée et un déclin : les phénomènes hégémoniques sont donc provisoires". Il y a donc une succession de phénomènes de domination et d'exploitation de puissances différentes et la hiérarchie d'un moment n'a pas la signification d'une supériorité "naturelle" comme, par exemple, le racisme le prétend. "La colonisation n'est, au fond, qu'une forme primitive de la domination de race", comme l'affirme le politologue camerounais Achille Mbembe (34). L'histoire du racisme est en effet significative. Le racisme occidental ne se développe qu'avec la colonisation, lorsqu'il légitime l'esclavage et la surexploitation des populations colonisées. Il était "utile" pour les colonisateurs de se persuader que les colonisés n'étaient que des barbares primitifs, donc corvéables à merci. Montesquieu en ironisant dans l'Esprit des Lors sur l'esclavage, fournit explicitement-la clé : "Il est impossible que nous supposions que ces gens-là (les nègres esclaves) soient des hommes ; parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens" ! Il en est de même aujourd'hui pour le racisme qui se développe vis-à-vis des immigrés dans les pays occidentaux : les discriminations qu'ils subissent (salaires, logements, etc.) ne sont "tolérables" que s'ils sont perçus comme appartenant à des catégories variées de sous-hommes.

Adopter une séquence historique courte, comme cela se fait de plus en plus dans les pays occidentaux, conduit (35) à majorer un événement récent pour en faire la source historique du racisme : ainsi, le racisme nazi (question européo-européenne) relègue le racisme d'origine coloniale au second plan. Les sciences sociales en Occident n'ont d'ailleurs commencé à s'intéresser au racisme qu'avec la question noire aux Etats-Unis et la montée de l'antisémitisme dans l'Allemagne durant l'entre deux guerres, malgré près de quatre siècles de racisme (qui ne portait pas ce nom (36) à l'encontre des peuples du Sud, africains et amérindiens notamment. Bien que racisme et expansion coloniale soient indissociables, "l'Empire occidental ne s'est par nature pas perçu comme raciste à l'occasion de sa domination des peuples "indigènes" ". Il ne découvre le phénomène que lorsqu'il perturbe sa vie intérieure (37) !

 

Cette longue inconscience a été favorisée par la position de l'Église catholique qui a cautionné la colonisation européenne durant des siècles, en dépit d'un certain "effort" (dont il est difficile d'évaluer l'authenticité) de limitation des "excès". Le Pape Alexandre VI, en 1659, a procuré à l'Espagne et au Portugal le titre de missionnaire-conquérant dans les deux Amériques : officiellement, il s'agissait de convertir des païens et de procéder à une sorte d' "assimilation" c'est en vertu d'un "droit naturel" que la "domination des barbares" était légitime (38) .Le juriste F. de Vittoria (en 1532) avait résumé la position chrétienne qui a perduré jusqu'à nos jours a propos des peuples colonisés: "ces barbares sont notre prochain"' Dans cette formule, toute l'ambigüité de la religion occidentale dominante est résumée : l'Occident est confronté à des peuples "barbares", marqués de différentes incapacités en particulier de se gouverner, eux-mêmes), mais ces "infériorités" ne sauraient conduire à une maltraitance excessive. Le Pape Pie V en 1568' par exemple' rappelle qu’ "en prenant les armes contre les païens, il faut faire attention de ne pas faire la guerre en dehors des conditions requises, afin qu'elle soit juste": (...) "de ne pas agir cruellement" 'n (...)". Cette mise en garde, reprise par urbain VIII, par un siècle plus tard, présente quelques analogies avec le discours officiel des Etats occidentaux à propos du Sud qu'ii n'est pas illégitime de dominer, mais occasions dans le cadre d'une certaine compassion, dont témoignent à diverses (surtout lors catastrophes naturelles) l'Europe ou les Etats-Unis et leurs ONG

 

Quant à la "démocratie", du moins celle limitée au politique, comme elle l'est en Europe et aux Etats-Unis, I ‘Histoire rappelle qu'elle s'est édifiée très progressivement et selon un rythme très heurté : le droit de suffrage ,en France par exemple, apparu en 1791 sous une forme censitaire, a attendu 1848 pour sa généralisation, à l'exclusion des femmes et 1945 pour devenir universel, soit un processus de plus d'un siècle et demi, sans pour autant atteindre le stade d'une pleine liberté d’expression des votants (découpage et inégalités des circonscriptions' variation des modes de scrutin, inégalités' des moyens médiatiques et matériels des aux candidats, etc.) ! Les leçons de démocratie électorale données en permanence pays du Sud (avec par exemple, l'envoi d'observateurs quand il ne s'agit pas de militaires, comme pour la Côte d'Ivoire en 2011 ne sont guère fondées. Nul ne peut dire, en effet que les colonisateurs ont été des "professeurs de démocratie électorale alors que lorsque par exception il y avait élection dans les colonies, en Afrique par exemple, les truquages étaient la règle ! Ki-Zerbo constate que "la période coloniale' n'était pas une bonne préparation à ta démocratie"(40) La colonisation a été au contraire l'école de l'autoritarisme, de l'arbitraire et de la bureaucratie sans contrôle.

 

On peut aussi s'interroger sur le poids de la ruralité dans les pays du Sud, qui pèse par exemple sur les comportements des citadins qui ne sont que des ruraux très partiellement urbanisés et sur leur productivité limitée dans les activités industrielles.

L'absence d'une révolution technique et scientifique ou sa simple amorce ne peut pas ne pas jouer un rôle déterminant sur les comportements d'une population et nul ne sait quelle peut être (variable sans doute d'un peuple à un autre) la durée de I ‘apprentissage.

 

3. Les méthodes de I ‘hégémonie

Les États et les forces qui sont en position avantageuse et tirent profit des inégalités et des diverses pathologies du monde montent toutes les opérations concevables pour conserver leurs privilèges. Concernant la période historique la plus récente, les puissances colonialistes ont usé de toutes les méthodes pour maintenir leur hégémonie sur les colonisés. Se mêlant à I ‘opposition entre le capitalisme occidental et le communisme d'État (essentiellement soviétique), la question coloniale a été traitée comme un enjeu de la "guerre froide", bien qu'étant très antérieure à elle. Très souvent, les mouvements de libération nationale des pays colonisés n'avaient aucun rapport avec le communisme ; ils en étaient même parfois très éloignés, voire hostiles. Ils ont néanmoins été traités comme s'ils avaient constitué des forces auxiliaires de I'URSS visant à détruire I ‘Occident. La légitimité du refus de la décolonisation se fondait ainsi sur un anticommunisme sommaire, alors qu'au contraire, les partis communistes d'Outre Mer, trop subordonnés aux partis correspondant de la métropole, avaient adopté une ligne politique inadaptée et subissait le rejet du mouvement nationaliste.

 

Les Mouvements de Libération ont ainsi connu un important manque à gagner avec l'absence ou la perte de forces laïques, progressistes et en général cultivées et expérimentées, que les colonisateurs ont tenté d'éliminer prioritairement et systématiquement. Il en a été ainsi par exemple des militants de I ‘Union des Populations Camerounaises (UPC) par le colonisateur français, usant à la fois de la répression de masse et de l'assassinat individuel de ses dirigeants (par exemple, Ruben Um Nyobé ou Félix Moumié).

A l'occasion de l'indépendance, les puissances occidentales ont poussé et aidé les gouvernants des nouveaux États à éliminer les communistes locaux, lorsqu'il en restait. Le Président Lumumba qui avait été assassiné en 1960 par les alliés congolais de la Belgique et des États-Unis, l'a été au nom de la lutte contre le communisme. Ce fut le cas, par exemple encore en Indonésie, en 1965, où 500.000 communistes ou personnes jugées comme tels ont été massacrés.

Cette division des forces nationales, entretenue par les Etats occidentaux (41), a été une source d'affaiblissement dans la mesure notamment où, dans certains cas, des forces nationalistes sectaires et des mouvements religieux, parfois obscurantistes, ont pris le relais des mouvements communistes et progressistes.

Le mimétisme pro-occidental a aussi été souvent imposé. Lorsqu'un Etat a tenté de mettre en œuvre un système politique spécifique, préoccupé d' "authenticité" nationale, il a été vivement combattu, isolé et sanctionné.

La crainte permanente de l'Occident est la contamination d'une forme de régime politique totalement étranger au modèle occidental: ce type d'expérience, selon les puissances occidentales, "doit" absolument échouer. La démonstration doit être faite qu'aucune expérience hors des valeurs et des principes occidentaux n'a la possibilité de réussir le développement et de fonder la démocratie. La Révolution française, comme la Révolution russe d'octobre, ont subi les mêmes agressions de la part d'une Europe conservatrice n'acceptant ni la République française ni la République" des Soviets, avant même qu'elles aient eu le temps de commettre ce qui a pu leur être reproché ultérieurement. La révolution castriste entraîne pour Cuba de multiples mesures hostiles (tentatives américaines armées de renversement du régime et d'assassinat de Castro, blocus économique et financier, financement de l'opposition, etc.), sources de difficultés de toutes natures. L'influence de Cuba en Amérique du Sud en a subi les contrecoups.

Il en est de même pour la RPD de Corée qui, après avoir connu à peine née une guerre dévastatrice (1950-1953), puis un développement plus rapide que la Corée du Sud, jusqu'aux années 1960, subit un embargo d'un demi-siècle de la part des Etats-Unis et de leurs alliés (qui devient presque total après la disparition de l'URSS), à l'origine de graves difficultés menaçant jusqu'à l'existence même du système nord-coréen (42)

De même, le régime Jamahiriyen de la Libye a rencontré aussi, bien avant la guerre de 2011, l'hostilité des Etats occidentaux (bombardements de Tripoli en 1986, embargo durant 11 ans, etc.), qui se sont efforcés en l'isolant de l'éloigner des autres pays arabes, malgré des tentatives nombreuses d'union (avec le Maroc, la Syrie, etc.).

L’Irak, une fois devenu une puissance conséquente au Moyen Orient, a été considéré comme une menace par Israël et les intérêts pétroliers occidentaux. Après avoir été refoulé du Koweït et placé sous embargo, le pays a été détruit et occupé militairement par les forces américaines et alliées. Les observateurs considèrent que l'économie irakienne a ainsi reculé de cinquante ans.

Enfin, la République Islamique d'Iran se voit menacée en permanence par Israël et les Etats-Unis, sous des prétextes divers, notamment la recherche d'une arme nucléaire qu'Israël possède déjà depuis longtemps.

 

Dans tous les cas, les arguments avancés par les puissances occidentales sont les mêmes : les droits de I ‘homme n'y sont pas respectés, le régime est dictatorial voire totalitaire et constitue une menace pour la paix et les Etats tiers. Les dirigeants de ces pays contestataires, quelle que soit ta nature de leur protestation, nationaliste, marxiste, islamique, etc... sont l'objet systématique d'un dénigrement permettant de les discréditer dans l'opinion internationale. Il en a été ainsi pour des personnalités aussi différentes que Kim Il Sung, Castro, Kadhafi, Chavez, Mahmoud Ahmadinejad, etc...(43).

 

Plus récemment, ces Etats sont accusés d’armer le terrorisme international ou sont eux-mêmes traités d'Etats terroristes. Ils sont tous qualifiés d'Etats « voyous » et le monde occidental s'estime, à leur égard, fondé à ne pas s'embarrasser des règles de droit, notamment des principes de souveraineté et de non ingérence, au nom d'une "légitimité démocratique" que les puissances occidentales ont elles-mêmes définie.

 

En réalité, quels que soient les fautes et les crimes commis par ces Etats, ce ne sont pas les motifs authentiques expliquant les agressions qu'ils subissent. Elles s'expliquent par le fait qu'ils mettent en cause l'ordre établi et constituent un manque à gagner pour les intérêts économiques dominants puisqu'ils n'ouvrent pas leur marché et ne facilitent pas l'accès à leurs ressources naturelles. La question des droits de l'homme, si souvent avancée, ne joue qu'un rôle très second : c'est ainsi que la mise en œuvre de la charria est vivement reprochée à l'Iran, mais tolérée avec complaisance pour l'Arabie Saoudite.

La dictature militaire sud-coréenne qui a duré plusieurs décennies n'a pas empêché les Etats-Unis de la soutenir sans défaillance tandis que le régime nord-coréen a, depuis ses origines, été condamné au nom de la démocratie !

Ce qui est refusé aux peuples du Sud et à leurs dirigeants, c'est d'avoir un imaginaire politique qui les éloignerait du modèle occidental présenté comme universel et éternel, en dépit des indépendances.

 

Selon Aminata Traoré, ancien ministre de la culture du Mali, la responsabilité majeure des ex-puissances coloniales est précisément d'avoir "violé l'imaginaire" des peuples colonisés (44) ce qui les a conduit à "recopier", malgré des conditions profondément différentes, les institutions, et le droit des pays développés, les rendant en fait ineffectifs.

Toute expérience politique "hors norme" doit être éliminée.

Il y a pourtant exigence pour les pays du Sud de procéder à un inventaire de l ‘héritage local, afin d'y puiser les éléments pouvant. Faire synthèse avec les innovations contemporaines et construire ainsi une modernité spécifique

 

4. Ne compter que sur soi-même

Un constat déterminant est que les peuples du Sud ne peuvent compter que sur eux-mêmes. S'ils n'ont pas de ressources suscitant l'intérêt des puissances, ils n’intéressent personne. S'ils sont riches en matières premières, en ressources énergétiques, etç…ils sont l'objet de toutes les "attentions" et subissent des' interventions de toutes natures. Les relations internationales n'ont jamais été inspirées par la philanthropie. Au sein des "sociétés civiles, les partis et mouvements solidaires des peuples colonisés et aujourd'hui des Etats du Sud doivent surmonter l'ethnocentrisme occidental et l'indifférence dominante de leur environnement politique pour des peuples lointains et méconnus. Lorsqu'il s'agissait pour certains groupes politiques d’imposer ou de maintenir une politique coloniale, l'indifférence populaire et même parlementaire de la métropole était bienvenue. Lorsque l'enjeu est de soutenir les mouvements de libération nationale ou de combattre les intérêts du Nord qui ne profitent qu'aux firmes transnationales, il est difficile, bien que la mondialisation ait un impact global, de sensibiliser l'opinion occidentale et de surmonter les chauvinismes.

Durant la période de la "guerre froide", les Etats-Unis et I'URSS ont fait la démonstration que leurs ingérences n'étaient fondées ni sur la générosité américaine de type messianique, ni sur un internationalisme révolutionnaire authentique pour les Soviétiques.

La longue série d'interventions nord-américaines révèle que ce sont les seuls intérêts économiques et stratégiques des Etats-Unis qui sont à l'origine des interventions dans les États du Sud.

 

En 1953, le régime iranien du Dr Mossadegh est renversé avec L'assistance directe des Etats-Unis;-il en est de même en 1954 pour le régime guatémaltèque de Jacob Arbenz, élu président en 1951, coupable d'avoir exproprié une partie des terres de la compagnie bananière américaine United Fruit; en 1961, deux années seulement après la victoire de Castro, c'est Cuba qui est L'objet d'une agression armée organisée et financée par les Etats-Unis (y compris en utilisant les services de la mafia-selon le rapport de la Commission d'enquête Church du Congrès). En 1964 le renversement du président brésilien Goulart donne le signal d'une série de coups d'état militaires et d'élimination des opposants dans toute l'Amérique du Sud, expression de la stratégie des Etats-Unis qui coordonnent l'ensemble des activités antipopulaires en Amérique du Sud.

En Afrique, les interventions américaines sont moins nombreuses (la France y est présente), mais toutes aussi radicales. Les Etats-Unis dans l'ancienne colonie-belge du Congo, fournissent un soutien aérien décisif aux forces du futur dictateur Mobutu contre les maquis lumumbistes. Les avions appartiennent à "Air America", propriété de la CIA.

 

Malgré diverses pressions, les Etats-Unis ne peuvent empêcher l'élection au Chili de S. Allende. L'élimination d'Allende en 1973 est l'œuvre directe des services spéciaux nord-américains.

L'ensemble des services secrets sud-américains et nord-américains sont coordonnés pour combattre par tous les moyens, y compris l'assassinat, les opposants aux dictatures militaires du continent américain. Les Etats-Unis dans les années 1980 inventent ainsi "les guerres de basse intensité", menées par exemple contre le Nicaragua sandiniste. Le Honduras est transformé en plate-forme militaire d'agression, Des liens sont tissés avec la mafia colombienne.

Aux multiples opérations clandestines et indirectes s'ajoutent évidemment les interventions massives contre le Vietnam, l'Irak ou I ‘Afghanistan (45) I'URSS, avec des moyens plus restreints qui ont nécessairement limité ses capacités d'interventions, n'a pas longtemps joué le rôle qu'il avait proclamé être le sien aux lendemains de la révolution (46)

Néanmoins, sa seule existence au sein d'un monde devenu bipolaire, après la Seconde Guerre mondiale, a permis à de nombreux mouvements de Libération nationale de bénéficier d'appuis logistiques et de soutiens politiques, notamment aux Nations Unies (47)

Dans une première phase, précédant la Seconde Guerre mondiale, les forces anticolonialistes ont reçu une aide sans précédent d'un Etat, resté longtemps le seul à manifester des positions de principe favorables aux peuples colonisés et une solidarité effective.

Dès le 26 octobre 1917, le "Décret sur la paix", premier document international du nouvel Etat, condamne le colonialisme. La Déclaration des droits des peuples de Russie du 2 novembre l9l7 reconnaît à tous les peuples de l'ex-Empire "égalité et souveraineté", "droit à la libre disposition", jusque et y compris la séparation et la formation d'Etats indépendants. Cette position est condamnée par les Etats occidentaux qui y voient un exemple dangereux et qui entendent ne pas porter atteinte à I ‘Empire tsariste. (48)

Le gouvernement soviétique, dans son message aux "travailleurs musulmans de Russie et d'Orient", du 20 novembre 1917, reconnaît solennellement le droit des peuples d'Orient à leur libre disposition. C'est la première fois qu'un État européen dénonce ainsi le fait colonial et les rapports basés sur des traités inégaux (comme par exemple, les traités entre Etats européens et la Chine). C'est l'Afghanistan, indépendant depuis 1919, qui est le premier Etat du Sud avec lequel la Russie soviétique établit des relations diplomatiques. Une note ministérielle soviétique du l4 janvier l918 annule les dettes de l’Iran.

La lll° Internationale communiste, sous hégémonie soviétique, adopte le principe du droit à l'autodétermination, (49) non par philanthropie ou en vertu d'une conception idéologique de la justice, mais parce que, comme l'avait noté Engels (50) :"Ne peut être libre un peuple qui en opprime un autre". Révolution et libération des peuples opprimés constituent pour le léninisme les éléments complémentaires d'un combat unique.

Cependant, après la Seconde Guerre mondiale, malgré l'appui fourni à la Corée du Nord (1951-1953) puis au Vietnam, la question du maintien de la paix et de la coexistence pacifique est devenue pour l'Etat soviétique prioritaire. Cette priorité a conduit à une diplomatie plus fluctuante, où les intérêts russes l'ont souvent emporté sur les principes internationalistes.

La coopération avec les nouveaux Etats indépendants, en Afrique par exemple, n'était pas toujours ajustée aux besoins réels des peuples africains : le "modèle" soviétique devait être reproduit par les forces nationales qui étaient proclamées très artificiellement " marxistes-léninistes".

Le lourd contentieux survenant entre la Chine et I'URSS et les conflits (y compris armés) qui en résultent (problème des frontières sino-soviétiques, intervention vietnamienne contre le Kampuchéa, affrontements armés entre la Chine et le Vietnam) contribuent à faire reculer l'influence soviétique dans les pays du Sud.

A cette perte de prestige s'ajoute une assistance aux Etats du Sud dont les limites sont les faibles moyens de l'économie russe et surtout les intérêts nationaux de l'Etat soviétique. En 1986, par exemple, lorsque l'aviation anglo-américaine a bombardé la Libye, les Soviétiques, prévenus de l'attaque, ont préféré quitter les ports libyens pour éviter d'être mêlés au conflit.

 

Lorsque l'armée soviétique, en vertu du traité d'amitié signé en 1978, intervient en Afghanistan, participant à une guerre qui dure dix ans, elle s'ingère dans des conflits extrêmement complexes et internes au peuple afghân, à l'origine de plus d'un million de victimes. La raison de l'intervention aurait été d'éviter celle des Etats-Unis qui semble avoir été programmée (51) mais la présence soviétique n'a été pour le peuple afghan qu'une ingérence et une occupation étrangère nocive. L'islamisme radical en a été fortement stimulé.

La leçon évidente qui peut être tirée de cette période bipolaire durant laquelle les peuples et les Etats étaient mêlés sans le vouloir à un conflit qui n'était pas le leur, c'est qu'ils ne peuvent compter que sur leurs propres forces. C'est le sens du discours de M. Kadhafi au Sommet Afrique-Amérique du Sud au Venezuela, le27 septembre 2009 : "Aucune puissance n'est prête à tendre la main" aux peuples du sud. Il est temps pour eux de construire leur propre puissance"(52). Cette construction passe par une alliance économique et politique Sud-Sud, source éventuelle d'une démocratisation des Nations Unies et des institutions économiques et financières internationales, revendiquée avec de plus en plus de force.

Alors que la souveraineté est mise à mal dans le cadre du processus de mondialisation, elle est, soit au stade national soit au niveau régional de pleine actualité pour les Etats du Sud (53).

 

 

5. La pauvreté de masse

Une source de complexité des relations Nord-Sud consiste à ce que la richesse et la pauvreté sont devenues des réalités transnationales. Si la pauvreté de masse se trouve concentrée dans les pays du Sud, une pauvreté croissante se développe dans les pays du Nord. Les pauvretés sont diverses : celles qui affectent les zones urbaines, par exemple, ne sont pas identiques aux carences qui atteignent les populations rurales. La pauvreté au Nord n'est pas de même nature que celle du Sud. Loin de constituer des forces coordonnées, les organisations (politiques, religieuses, syndicales, associatives) les plus proches des pauvres du Sud et du Nord expriment des points de vue très éloignés (exemple, les paysans sans terre d'Amérique du Sud et les paysans français du Larzac !), lorsqu'elles ne sont pas les porte-paroles des travailleurs en concurrence les uns avec les autres en raison du coût différent qu'ils représentent pour les firmes. Les opérations de diversion et de manipulation ne sont donc pas rares sur ces populations démunies aisément conduites vers des intégrismes religieux obscurantistes ou vers des nationalismes racistes. Les firmes transnationales qui sont en mesure d'utiliser les différences de coût de la main d'æuvre et les pouvoirs publics qui ont les moyens d'instrumentalise le religieux et le rejet traditionnel de l'étranger édifient des barrières entre les peuples du Nord et du Sud permettant en fait le maintien des structures sociales inégales et concurrentes. Malgré l'existence du mouvement altermondialiste, il n'y a pas d'internationale des Pauvres.

A l'inverse, en dépit des rivalités aléatoires, les classes privilégiées font alliance par-delà les frontières pour se soutenir réciproquement- Cette homogénéisation des "élites" à l'échelle planétaire résulte d'un mode de vie et de consommation standardisé, d'une éducation effectuée dans les mêmes écoles et universités, et surtout de la participation mêlée aux mêmes groupes économiques et financiers. S'est ainsi constituée une véritable classe dominante transnationale animée par les mêmes intérêts et dotés des mêmes valeurs. L'argent du Sud placé dans les banques du Nord représente un volume plus important que "l'aide" fournie officiellement par le Nord au Sud ! Le taux de profit y est plus élevé que ne peuvent l'être les investissements dans le Sud !

 

Les gouvernants des pays du Sud ont ainsi plus d'obligation vis-à-vis des Etats et des firmes du Nord que vis-à-vis de leur propre peuple. Quant aux gouvernants du Nord, ils soutiennent- y compris par des interventions militaires –les gouvernants du Sud, aussi longtemps qu'ils leurs paraissent utiles, ce qui conduit les dirigeants du Sud à diaboliser leurs opposants pour en faire des ennemis de l'ordre international. Ainsi, l'opposition Nord-Sud n'est qu'une facette relativement seconde de la réalité internationale bien qu'elle se développe et se renouvelle avec l'apparition des puissances émergentes comme la Chine. Les vrais conflits sont transnationaux à quelques exceptions près. L’espace dans lequel peut se réaliser une politique de développement est incertain. La réalité est que les mondialisateurs sont peu représentatifs et les principaux, sinon les seuls, bénéficiaires de la mondialisation, tandis que les mondialisés sont les peuples, mal représentés, qui ne réceptionnent que les miettes d'une mondialisation décidée et gérée sans eux.

 

6- La question de l'Etat

La question de l'Etat est, pour certains analystes du Tiers Monde, décisive. L'accession à l'indépendance s'est souvent faite dans des conditions d'extrême faiblesse des pouvoirs publics : le degré de compétence gestionnaire des premières équipes politiques était inévitablement insuffisant. La Belgique coloniale, par exemple,'n'avait assuré la formation que de quelques dizaines de cadres pour l’ensemble du Congo-Léopoldville. La longue guerre d'Algérie avait éliminé de très nombreux militants capables de diriger leur pays. La forte ruralité des populations et l’absence de l’expérience que procure la révolution industrielle et la révolution scientifique et technique, rend la gouvernabilité très difficile à exercer en matière de gestion économique et de bataille pour la productivité. Une adaptation rapide à la vie urbaine et industrielle est impossible, ce qui place les jeunes économies nationales dans une situation très difficile vis-à-vis de la concurrence des vieux pays industriels.

On constate, en prenant pour exemple les processus national comme celui de l’ltalie, par exemple, que la mise en relation d’un espace développé et d’un espace sous-développé favorise essentiellement la zone la plus avancée : l’unité italienne s'est faite au détriment du Sud dont le sous-développement s'est aggravé.

 

La mise en relation du Nord et du Sud à l'époque coloniale jusqu'à aujourd'hui a produit, à quelques exceptions près, le même phénomène : le surdéveloppement de quelques secteurs limités des capitales ou de certains quartiers dans ces villes, dans les pays en développement ne représente qu'un dysfonctionnement supplémentaire à l'inégal développement global.

La question est donc de construire un Etat efficace et compétent pou mener les politiques publiques qui s'imposent sans en avoir réellement les moyens ! Inévitablement, l'incompétence relative des gouvernants conduit à l'autoritarisme. Les erreurs des gouvernants sont compensées par la répression des gouvernés. L'extrême rareté des cadres favorise les rivalités de personnes et fait de l'élimination physique une solution efficace, ce qui n'est pas le cas dans les pays développés où les "remplaçants" sont nombreux.

Néanmoins, l'Etat, comme le démontre la Chine, demeure le seul outil incarnant (plus ou moins mal) l'intérêt général et qui puisse assurer la protection d'une nation parfois embryonnaire (en raison de l'ethnisme, du régionalisme, etc...) face aux grandes puissances.

Cet Etat est trop souvent édifié sur le modèle des Etats occidentaux: tes Constitutions de l'Afrique francophone, par exemple, sont pratiquement la copie des institutions de l'Etat français (ce sont souvent, d'ailleurs, des chargés de mission français qui ont rédigé ces Constitutions africaines (54). Ces Constitutions sont artificielles et ne correspondent ni à l’héritage culturel ni aux besoins des Etats nouveaux. Elles restent logiquement sans effectivité. Rares sont les Etats du Sud qui expérimentent des systèmes s'efforçant d'utiliser des formes de gouvernance issues de la tradition locale mais aménagées conformément aux besoins du temps. Ces expériences sont en général violemment dénigrées par l'Occident, comme si les multiples cultures du Sud n'étaient pas en mesure d'inventer de nouvelles formes politiques. Leurs échecs relatifs (les "Conférences Nationales", en Afrique, par exemple, à l'exception de celle du Bénin ou la tentative de démocratie directe en Libye) ne favorisent pas leur développement, en oubliant que les Etats européens ont mis des siècles à se construire et que les diverses constitutions se sont succédées à un rythme accéléré, comme en France par exemple depuis l'Ancien Régime.

Les Etats du Sud sont en général de nature autoritaire : la démocratie à l'occidentale n'y existe pratiquement nulle part. Certains médias osent qualifier l'lnde de "la plus grande démocratie du monde", alors que le système des castes éloigne .fortement la société civile indienne de toute pratique démocratique. Lorsqu'il s'agit d'Etats amis de l'Occident, celui-ci se satisfait, avec complaisance, de l'existence de procédures électorales douteuses dans le pays pour en faire une "démocratie", encore faut-il que les résultats électoraux soient jugés acceptables. Pour les autres Etats, les élections sont considérées comme des fictions et les insuffisances démocratiques systématiquement condamnées.

 

En réalité, on ne sait pas clairement quelle est la forme politique la plus efficace pour une sortie du sous-développement. Dans un premier temps (les années soixante-dix), il était admis qu'un régime « fort » s'imposait : la concentration des efforts pour le développement exigeait un pouvoir politique lui-même concentré. Dans un second temps, la démocratie pluraliste est communément considérée comme la meilleure structure politique pour assurer un développement équilibré, les controverses politiques permettant d'ajuster la production aux besoins. L'incertitude cependant demeure: la nature du régime politique et l'efficacité économique relèvent peut-être de catégories différentes. La puissance d'un Etat interventionniste en Chine comme en Corée du Sud semble permettre une croissance exceptionnelle. Inversement, l'absence d'Etat est source d'une impuissance totale en matière de développement comme en atteste l'expérience palestinienne. Quant aux grand nombre d'Etats faibles, ils assurent essentiellement la survie et la promotion du personnel dirigeant constituant une bourgeoisie d'Etat. Cette faiblesse est parfaitement compatible avec la mondialisation telle que la veulent les firmes transnationales dont les contrats peuvent ainsi leur être particulièrement favorables, sans opposition réelle.

 

Ainsi, l'Etat du Sud a, par malchance historique, essayé de se construire durant la période historique de la mondialisation qui tend à démanteler toute structure collective et étatique, au Nord comme au Sud pour le plus grand profit des pouvoirs privés. Au Nord, c'est l'Etat-social qui est remis en cause, au Sud, c'est l'Etat lui-même encore embryonnaire (55)

 

La réponse qui s'impose aux Etats du Sud est, outre les progrès qualitatifs de leur personnel, le regroupement régional ct même interrégional. C'est le cas par exemple de l'Union Africaine qui, sous l'impulsion de la Libye et de ses moyens financiers, tente de constituer une structure réellement opérationnelle. C'est aussi le cas de I ‘Alba, en Amérique Centrale et du Sud, où le Venezuela joue un rôle déterminant, ce qui explique les critiques occidentales véhémentes contre le régime de H. Chavez. Ces deux organisations tentent de surcroît d'établir entre elles des ponts pour une collaboration de plus en plus poussée. La coopération Sud-Sud peut en effet prendre le relais de la pseudo-coopération Nord-Sud qui n'a pas permis en un demi-siècle le décollage du plus grand nombre.

 

7. La structure de la société internationale

La structure de la société internationale ne cesse d'évoluer profondément. Du XVIe au XXe" siècle, les puissances occidentales ont exercé une hégémonie absolue exclusivement troublée par les rivalités entre Etats coloniaux. Les peuples du Sud ne comptaient pour rien, ils étaient objets d'une Histoire dont les fluctuations

résultaient de recompositions périodiques au gré de l'évolution des rapports de forces entre puissances coloniales.

C'est ainsi que le Moyen Orient, par exemple, après l'élimination de l'Empire Ottoman à partir de 1918, a été tout entier soumis aux décisions des compagnies pétrolières européennes (principalement britanniques), assistées des Etats européens qui assuraient politiquement et militairement le contrôle des peuples

de la région. De nombreux conflits ultérieurs ont été principalement le fruit. Des divisions artificiellement créées par tes occupants occidentaux (par exemple, le conflit Irak-Koweït (56)

 

A cette phase unipolaire, qui s’est achevée en 1945, a succédé une société internationale essentiellement bipolaire opposant I'URSS et les Etats-Unis et leurs alliés respectifs. Le mouvement de libération nationale et celui des Non Alignés ont constitué une troisième force qui a subi les contrecoups du bipolarisme sans pouvoir peser sur lui.

L'effondrement de I'URSS et des pays socialistes d'Europe de l'Est a donné l'illusion d'un nouvel ordre international sous hégémonie définitive et exclusive des Etats-Unis et de leurs alliés européens. Débarrassés de leur adversaire principal, les Etats-Unis ont cru pouvoir mettre en œuvre une politique ne tenant plus compte des limites imposées par les Nations Unies, le droit international et les valeurs légitimatrices qu'il s'agissait d'opposer au communisme aussi longtemps qu'il avait une existence. C'est ainsi, par exemple, que "l'humanitaire" invoqué pour justifier l'ingérence a pu s'associer au militaire dans le cadre de stratégies unilatérales servant les intérêts américains. La notion de "double norme" est communément admise dans le personnel politique et dans l'intelligentsia étasunienne : "Nous devons revenir, dans nos rapports avec le tiers monde, aux méthodes les plus rudes d'une époque antérieure, la force, l'attaque préventive, la ruse, tout ce qui peut servir". "Entre nous, nous observons la loi mais quand nous opérons dans la jungle, nous devons ainsi recourir aux lois de la jungle" (57)

 

L'Amérique s'autoproclame "responsable" de la résolution des problèmes mondiaux: elle doit donc être "forte, voire toute puissante" dans l'intérêt du monde et de l'Europe qui s'est affaiblie et a perdu une bonne part de sa capacité de résistance. Quant à I'ONU, elle était utilement instrumentalisée, comme le soulignait Dean Acheson quand il s'agissait de s'opposer au bloc communiste : elle n'est aujourd’hui qu'une aide - aléatoire - à la diplomatie américaine sinon elle n'est plus rien. Le multilatéralisme onusien ne peut que freiner la nécessaire domination des Etats-Unis. L'unilatéralisme doit donc régner. C'est I'OTAN, sous direction américaine, qui prend le relais des Nations Unies. Malgré la disparition de la puissance militaire soviétique, les Etats-Unis n'ont cessé d'augmenter massivement leurs dépenses militaires, soit près du triple des dépenses européennes afin de soutenir des conflits pourtant qualifiés "d'asymétriques" contre certaines forces du Sud et les quelques « Etats-Voyous" pourtant infiniment plus faibles. Dès la fin de I'URSS, les Etats-Unis ont en effet multiplié leurs interventions militaires (Panama, La Grenade, Guerre du Golfe, Somalie, Haïti, Bosnie, Kosovo, Irak, etc"')' La France, qui n'a jamais pu "s'auto-décoloniser", n'a pas cessé de faire de même, à une échelle plus modeste, dans ses anciennes colonies d'Afrique et en Libye, par des voies diverses (de la pression politique jusqu'aux opérations militaires, en passant par le montage de rebellions et de complots (58)

Les Etats du Sud sont donc confrontés à une contradiction majeure : leur souveraineté exige de faire front aux Etats-Unis et aux puissances européennes ex coloniales; mais cette tension est peu compatible avec une démocratisation interne, c'est-à-dire avec une authentique souveraineté populaire. La Corée du Nord, par exemple, a mis en œuvre la théorie de Songun, qui conduit à mobiliser toute la société et à la militariser dans un esprit d'indépendance face aux Etats-Unis et au Japon, mais cette affirmation ne peut qu'handicaper le processus de démocratisation interne.

 

Dans différents Etats sud-américains "rebelles" (Nicaragua, Venezuela, Équateur, etc...), l'ambassade des Etats-Unis est le véritable leader d'une opposition qui ne manque pas d'appuis financiers et médiatiques (59) extérieurs. Ces financements permettent aux plus puissants d'avoir des collaborateurs actifs et des agents à tous les niveaux des Etats et des sociétés visés. Face à cette pénétration généralisée de l'adversaire, source d'une décomposition de toute la société, seule ta répression autoritaire peut avoir quelque efficacité. Ce n'est pas toujours te cas, dans le Nicaragua sandiniste, par exemple, où le Président Ortega a été régulièrement élu face à l'opposition pro-américaine, malgré la quasi-totalité des médias restée privée (dont le premier quotidien du pays "la Prensa" est d'une vive hostilité au régime).Les campagnes électorales antisandinistes sont largement financées par les Etats-Unis. L'économie restée presque totalement privatisée (lors du retour de la droite précédant sa défaite élector.ale ultérieure) favorise une bourgeoisie d'affaires globalement hostile à D. Ortega et soutenue par la hiérarchie catholique. Le Nicaragua étant isolé, sans le soutien du Venezuela, le régime ne pourrait résister aux pressions pro-occidentales (60) et aux différentes ingérences américaines.

En Afrique, l'absence de moyens financiers conduit à accepter la présence d'investissements privés étrangers dont seules les "élites" locales bénéficient et qui parviennent à utiliser les antagonismes ethniques, religieux et à détourner ainsi de la lutte sociale des groupes humains entiers.

Il est donc paradoxal d'observer un Occident fondant sa légitimité sur les droits de l'homme civils et politiques et la démocratie politique, alors qu'il crée toutes les conditions pour qu'ils ne puissent pas se développer.

Par contre, lorsqu'il y a tentative de mise en æuvre d'une démocratie sociale assurant une certaine effectivité des droits économiques et sociaux (par exemple au Burkina Faso de T. Sankara ou au Venezuela de H. Chavez), qui vont à l'encontre des investissements et des intérêts des firmes étrangères, le système en cause est violemment attaqué et même parfois soumis à un embargo visant à l'asphyxier.

 

8. Les idéologies et les croyances

Le rôle des idéologies et des croyances dans les relations Nord-Sud ainsi que dans le fonctionnement des sociétés du Sud est à souligner.

Au Nord, l'image du Sud est très largement délibérément travestie. Une comparaison peut être faite, en France avec 'histoire du régime de Vichy, d'abord passée sous silence, puis aménagée par différentes "techniques"(6l) qu'admettent complaisamment certains historiens. C'est le cas du travail résultant de commandes "extérieures" financées par des fondations, des entreprises, dont l'intérêt est de réorienter la nature et le sens des événements marquants et de fabriquer une histoire "officielle". C'est ainsi qu'une prolifération de travaux au nom du "devoir de mémoire" s'est manifestée à sens unique créant une hiérarchie des crimes de masse et en négligeant, par exemple, les massacres subis par les peuples du Sud durant l'époque coloniale ou dans la phase de libération nationale (62) au profit des massacres euro-européens.

 

Au Sud, l'attitude des gouvernants légitime les difficultés de gestion ou les privilèges de certains dirigeants par l'entretien d'une mémoire favorable aux militants du mouvement de libération, à ses premiers leaders (souvent fondateurs de la Nation), aux martyrs et aux sacrifices consentis pour l'accès à l'indépendance. Par exemple,-c'est le Président Mobutu, lui-même responsable (avec la Belgique) de la mort de p. Lumumba, qui a organisé le culte populaire de sa victime. L'Occident demeure ainsi, quels que soient les compromis officiels conclus avec lui, le seul responsable des difficultés rencontrées par le pays du Sud, y compris un demi-siècle pour l'accession à l'indépendance. N'est pas rare un double discours, l'un à destination "des puissances occidentales (dont l'ex-métropole coloniale) de nature conciliant(e), l'autre à destination du peuple accusant les Occidentaux et exonérant de leur responsabilité les dirigeants du Sud.

Si la controverse idéologique est donc parfois confuse, elle est néanmoins d'une importance croissante.

 

Pour les puissances occidentales, relayées par les multiples "think tanks", fondations, bourses d'études, clubs, médias, etc...(63), I ‘objectif est, vis-à-vis de leurs propres populations et vis-à-vis du Sud, d'occidentaliser le monde tout entier. Au-delà des institutions de gestion et de contrôle (OMS, FMl, Banque Mondiale, OTAN, etc...), il s'agit d'accompagner idéologiquement avec volonté de persuasion le libéralisme en vigueur. Les élites et une partie de la population du Sud sont ainsi sensibilisées à un capitalisme imaginaire (très éloigné du capitalisme réel) composé de différents mythes (le "marché autorégulateur", la "liberté" de la concurrence, le «libre" échange, la croissance inséparable de la privatisation, la démocratie indissociable de l'économie de marché, etc...) présentés, comme le note Susan George (64), comme une véritable religion, périodiquement rajeunie par quelques thèmes nouveaux et par le discrédit jeté sur "le politique" au profit du "technique" aisément accueilli au Sud en raison de la mal-gouvernance chronique (65).

 

Le Sud est ainsi infantilisé, sans confiance en lui-même, déconnecté de sa tradition et pour certaines de ses composantes fasciné par une culture et un mode de vie qui lui sont étrangères.

Les pays du Sud manifestent ainsi facilement leur hostilité à l'égard d'autres pays du Sud, tout autant sinon plus qu'à l'encontre du Nord. Les diversités héritées du passé (Islam, confucianisme, négritude, etc...), au lieu de constituer des fondements d'une renaissance plurielle, sont instrumentalisées pour servir des pouvoirs autocratiques et retardent le nécessaire nouvel universalisme basé sur la coopération Sud-Sud. (66)

Ainsi, par exemple, en rupture avec un Islam des Lumières, un Islam politique est mis au service de certaines forces politiques dont certaines sont radicalement antioccidentales (en Iran), tandis que d'autres s'accommodent d'une étroite alliance avec les Etats-Unis (en Arabie Saoudite).Il convient donc de s'interroger sur la part que le Sud peut réserver à son héritage, qu'il n'a ni à renier ni à sacraliser, et la part de valeurs universelles contemporaines à créer en marchant, comme tentent de le faire, par exemple, les États d'Amérique du Sud et d'Amérique Centrale au sein de l'Alba où se conjuguent la culture amérindienne, l'affirmation de la souveraineté vis-à-vis de l'Amérique du Nord et la recherche de techniques politiques inédites

 

 

9. La violence

La violence s'exprime de tous temps et partout par la recherche de la dominance (67), €tr vue le plus souvent d'une appropriation jugée essentielle. La dominance établie, le dominant institutionnalise sa domination et condamne donc la violence, celle des dominés qui, constituant une résistance, demeure. Il peut se faire aussi que les dominants dont la dominance est menacée par une dissolution partielle du lien social sur lequel ils s'appuient, canalise la violence contre un bouc émissaire (dans l'ordre interne ou dans l'ordre international) afin de rétablir la cohésion, base de la domination.

On fait le constat que la violence dans les pays développés a diminué, alors qu’elle se manifeste dans les pays du Sud comme dans les relations entre Etats.

 

Cette pacification relative au sein des pays développés, dans un cadre capitaliste, est l; résultat d'une contradiction résolue pour une part dans l'inconscient des individus. Le système produit de multiples aliénations, mais l'individu ne réalise pas clairement qu'il fonctionne pour une seule finalité, la productivité e n marchandises et profits. La raison en est que cet individu dominé bénéficie aussi de différents facteurs de sécurisation (les lois sociales conquises mais permises par le niveau de développement) et de satisfaction (la consommation ou tout au moins le spectacle fascinant d'une consommation possible)

 

Dans les pays sous-développés, ou très inégalement développés, la violence est une réponse plus ou moins ajustée des dominés contre les dominants ou leur représentants symboliques (par exemple, les -"Blancs").La révolution est rare et souvent perdante, en raison' de la présence des "forces de l'ordre" aux côtés des dominants ou de l’intervention des forces extérieures alliées des dominants. Le "terrorisme* et les actes ponctuels de résistance sont, selon la formule de H. Laborit'" le langage des dominés (sous quelque drapeau que ce soit) qui ne parviennent pas à se faire entendre et qui focalisent contre quelques uns (pas toujours les vrais responsables,) la violence contre le système de dominance.

Contre les Etats, le recours à la force armée n'est que la violence exercée par les Etats se considérant les plus puissants contre les plus faibles qu'ils agressent au nom d'une « juste », cause. C’est le christianisme qui a longtemps théorisé la « guerre juste » au bénéfice des Etats européens, par exemple, contre l'Empire ottoman qui perturbait leur hégémonie. Depuis l'interdiction du recours à la force armée (sauf cas de légitime défense) par la Charte des Nations Unies, sans que cette disposition ait été adoptée à l'initiative des pays du Sud (dont la plupart n'avaient pas encore le statut d'Etais souverains), les grandes Puissances, gênées par le principe de non-ingérence, ont inventé de nouvelles 'Justes" causes: la lutte contre la nébuleuse terroriste, contre la détention d'armes de destruction massive ou à l’encontre de la violation des droits de l'homme, etc... La stratégie américaine de sécurité nationale, proclamée en2002, invoque la notion de guerre "préventive"' la légitime défense étant retournée en son contraire dans le cas, par exemple, de l'agression contre l'Irak.

 

Pour les Puissances occidentales,''l’illégalité peut devenir à un moment donné de la légalité, ou vice-versa", écrit le juriste américain Michaël J. Glennon' (68) conseiller juridique au Sénat. Elles prétendent n'avoir de compte à rendre qu'à leurs pays, comme le relève P. Hassner sans remettre en cause cette position, rappelant la conception de B. Kouchner pour qui l' « humanitaire d'Etat » est, avec le droit d’ingérence, une étape vers un ordre international favorable aux "victimes des tyrannies" (69)

 

Ainsi le Sud, non seulement se voit imposer un droit international qu'il n'a pas élaboré lui-même, mais il doit subir les interprétations les plus défavorables à sa souveraineté.

La violence internationale contre le Sud est donc la règle, sans que les instances onusiennes compétentes et opératoires, comme le Conseil de Sécurité, puissent servir de contre feux (70), au contraire. Le Vietnam et l'Irak sont deux exemples parmi bien d'autres de pays du Sud, victimes de cette violence incontrôlée, mais légitimée en Occident. Par contre lorsque le Vietnam est intervenu au Cambodge contre les Khmers Rouges, il a été accusé d'agression, alors même qu'il faisait cesser un génocide ultérieurement reconnu par tous.

La violence du Nord est souvent considérée comme plus admissible, notamment dans l'opinion occidentale, que celle du Sud. C'est que les meurtres de masse commis par les dominants sont rapidement "oubliés" parce que la violence pratiquée est institutionnalisée et médiatisée à l'échelle planétaire de manière positive. Au contraire, les meurtres souvent très parcellaires provoqués, par exemple par le terrorisme provoquent une réaction bien pensante fabriquée par les dominants qui en entretiennent la mémoire (71).

De plus, la violence des armées du Nord, dont les moyens relèvent de la plus haute technologie, s'identifie à la guerre "propre", à l'exception des dommages dits "collatéraux" déclarés "inévitables". Celle que les forces du Sud pratiquent est par manque d'armements sophistiqués, plus primitive et a une apparence plus barbare. Dans les guerres civiles du Sud, les affrontements ne se dissocient pas du pillage le plus archaïque l'extrême pauvreté conduit à « se payer" sur l’ennemi, comme ce fut longtemps le cas en Europe avant la révolution industrielle.

Les Grandes Puissances, qui ont de facto rétabli la guerre prétendument « Juste », ont développé en contrepartie le "jus in bello", en s'auto-attribuant une légitimité supplémentaire : la violence doit être "civilisée", ce qui facilite la condamnation des violences du Sud (72)

 

La colonisation, la décolonisation et les ingérences des puissances occidentales ont enseigné au Sud la violence qu'aujourd'hui on lui reproche lorsqu'on ne va pas jusqu'à la fonder sur une "prédisposition naturelle" ! La longue période de dominance coloniale et raciste se prolonge ainsi par une accusation elle même raciste, de barbarie "propre" aux peuples du Sud

La doctrine de la "non violence" et de la désobéissance civique de Gandhi et de son Parti du Congrès, en Inde, ne pouvait être qu'exceptionnelle. La colonisation britannique y a d'ailleurs répondu par la répression de l9l9 jusqu'à l'indépendance de 1947 (73) .Sans qu'il soit fondé de réduire la violence au seul sous-développement économique, social et culturel, il est certain que ces facteurs sont à l'origine de la violence généralisée constatée dans toutes les zones de sous-développement profond (74)

Certains groupes humains sont, notamment dans une situation sans issue les poussant logiquement à toutes les extrémités: ce fut longtemps le cas des Amérindiens qui étaient jusqu'à l'avènement récent des gouvernements Chavez, Moralès, etc...-en Amérique du Sud, des exilés dans leur propre pays ; c'est aussi le cas du peuple palestinien négligé par ses alliés du monde arabe et dominé outrageusement par Israël; c'est le cas de nombreuses communautés minoritaires auxquelles les dominants refusent tout statut protecteur, par exemple les Tamouls au Sri Lanka ou les Biharis d'origine pakistanaise vivants au Bangladesh, rejetés à la fois par les Etats pakistanais et bengali, etc'

 

Seul un développement humain et social conséquent, source d'une plus grande égalité entre les peuples et les Etats pourrait ouvrir un avenir à des milliards d'êtres humains privés de moyens de survie élémentaires et permettre une diminution de la violence endémique que la pauvreté et l'humiliation génèrent.

 

10. La Chine

La République Populaire de Chine, qui s'est dotée du second P.I.B de l'économie mondiale, est devenue un facteur déterminant de l'avenir des pays du Sud et de leurs relations avec le Nord. La nouvelle puissance chinoise est l'expression à la fois symbolique et concrète du basculement du monde en cours. Objet de l'histoire au XIXe" siècle, victime de la domination et de l'exploitation des Etats européen s qui la considéraient comme un "eldorado commercial", conquise et démantelée parle Japon durant l'entre-deux guerres, la Chine a subi toutes les humiliations. Les puissances occidentales, la Grande Bretagne en tête(75), ont de concert de 1840 à l9l0multiplié les agressions, les annexions de fait, les ponctions économiques sans contrepartie, dans le cadre d'un réseau de traités inégaux (le premier étant celui de Nankin de 1842), au mépris du droit international dont les bénéficiaires étaient exclusivement les Etats occidentaux (76). Selon la formule du premier Président de la République chinoise, Sun Yat Sen, la Chine n'était qu'une "hypocolonie" sous la tutelle de plusieurs colonisateurs exploitant toutes les faiblesses de l'Etat chinois, notamment sa crainte de s'appuyer sur les mouvements populaires de contestations (77)

Toute l'économie est au début du XX*'siècle (1910-1920) entre les mains des entreprises étrangères (75.è 90% des mines, 50o/a de l'industrie cotonnière, 85 à90o/o du commerce extérieur, etc...). Elle subit, de plus, le contrecoup des crises venues d'Occident (par exemple, la crise de 1923).

A partir de 1931, c'est l'impérialisme japonais qui prend le relai. A la suite d'une pénétration localisée (création du Mandchoukouo en 1932, par exemple), l'agression japonaise se généralise à partir de 1937. Aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, les ex-puissances coloniales tentent leur "retour", mais sans résultat. C'est la révolution communiste et la naissance de la République populaire qui bouleversent radicalement la situation.

 

Aujourd'hui la Chine est à la fois une puissance "émergente" dont le taux de croissance est à deux chiffres (près d'un tiers de sa population bénéficie de s conditions de vie d'un pays développé), un pays appartenant encore au Tiers Monde (environ 900 millions de Chinois, surtout dans les régions de l'ouest et dans les zones rurales ne connaissent pas le même rythme de développement), et un pays de haute civilisation (78 - 79). En dépit des inégalités régionales et sociales, l'Etat chinois est d'ores et déjà en mesure de peser sur les politiques du Nord et de faire contrepoids aux grandes puissances occidentales. Il détient en 2010 environ 800 milliards de

dollars de créances sur les Etats-Unis, 600 sur l'Europe et ses investissements (en particulier dans le domaine des infrastructures), se réalisent sur tous les continents, substituant progressivement à l'emprise jusque-là monopoliste des firmes occidentales.

Le développement de l'économie chinoise et la progression culturelle et sociale de un milliard trois cent soixante millions de Chinois concernent ainsi tous les pays en développement. Sa capacité démontrée à surmonter les crises financières du monde capitaliste (qui ont, en particulier, lourdement frappé le Japon) fait de la Chine un allié stable et, sinon un modèle, du moins une référence pour de nombreux Etats du Sud qui s'étaient après la disparition de I'URSS alignés sur le néolibéralisme occidental.

La politique chinoise manifeste une indifférence à l'égard des pressions extérieures, conformément à sa tradition : elle incite ainsi l'ensemble du Sud à refuser les diktats et les ingérences. Elle réhabilite le principe de souveraineté et le droit des peuples à décider de leur système politique et économique. La chine, à la différence, par exemple, des pays de l'Union Européenne ou des Etats-Unis, n'impose aucune clause de conditionnalité politique ni aucun plan d'ajustement structurel comme l'exige le FMI. Lorsqu'elle s'engage financièrement, elle prend garde de ne pas perturber la société civile et la vie politique interne de l'Etat concerné : la chine aujourd'hui a pour principe de dissocier les échanges économiques et les relations politiques internationales. Les contrats ainsi conclus par la Chine et ses firmes s'interposent entre les pays du Sud et le Nord qui se trouve désormais placé en concurrence défavorable.

Son efficacité économique et ses capacités financières (80) en font un partenaire recherché : le Président Wade a pu ironiser en déclarant qu'un projet financé par la Banque Mondiale mettait plusieurs années à être décidé, tandis qu'un projet chinois ne mettait que quelques jours ! Or, pour des économies en état d'urgence, la rapidité est vitale'

Le rythme et la nature de l'évolution de l'économie chinoise ouvre des perspectives positives pour les économies du Sud. Les difficultés dans le domaine de l'exportation depuis la crise de 2008 - toujours en cours - commencent à être surmontées par le développement du marché intérieur extrêmement large, apte à maintenir un taux de croissance très élevé, créant des conditions favorables pour les accords avec les autre pays du Sud.

De plus, les secteurs que l'économie chinoise privilégie concernent les pays en développement, qu'il s’agisse du simple financement à bon marché d'infrastructures ou de fourniture de produits de haute technologie (métaux rares' nouvelles énergies, nucléaire, etc...). Les Etats du Sud ne sont plus (et le seront de moins en moins dans l'obligation de conclure des accords économiques excessivement favorables aux firmes occidentales alors qu'ils étaient depuis une vingtaine d'années placés dans leur dépendance (sauf à courir le risque d'embargo et de sanctions diverses). La Chine fait réapparaître un contrepoids créant un nouvel équilibre dans une société internationale devenant multipolaire (avec, outre la Chine et le pole euraméricain, un pôle sud-américain, un pôle indien et un pôle arabo-africain).Cette multipolarité (plus favorable encore que l'ancienne bipolarité Est-Ouest) peut conforter cette "libération" des pays en développement.

Les années soixante-dix (avec par exemple la Charte des Droits et Devoirs économiques des Etats et le "Nouvel Ordre international économique" ne constitueraient plus la "parenthèse" jugée "irréaliste" par l'Occident(81)

 

Elles deviendraient une tentative simplement prématurée, préparatoire à la seconde "révolution" des pays du Sud, celle succédant à leur accession politique à l'indépendance, où l'imaginaire politique et l'intérêt économique national de chaque peuple auraient potentiellement la capacité de s'affirmer, en sortant définitivement du mimétisme (82) de I'humitiation (83) et du paternalisme, sans continuer à subir de s gouvernants soumis aux grandes puissances et à des politiques qu'ils n'ont pas décidées. La "réappropriation" par les pays du Sud de leur destin peut favoriser non seulement un bouleversement des relations internationales mais aussi un renouvellement des modes de développement.

Toutefois, une incertitude majeure règne sur la nature même du système chinois, entretenue par certaines ambigüités dans sa politique étrangère (84).

L'analyse occidentale la plus commune fait de la Chine un système capitaliste autoritaire, bien que le Parti communiste en soit la force dirigeante et que I ‘Etat reste très interventionniste. Une autre analyse, celle par exemple de Domenico Losurdo (85), voit dans la phase actuelle de la politique chinoise une gigantesque "N.E.P", c'est-à-dire une politique transitoire axée sur la révolution industrielle, scientifique et technique à l'aide de moyens capitalistes. (nationaux et internationaux) placés sous le contrôle de l'État qui limite et régule les opérateurs privés dans le cadre d'un plan quinquennal, avec pour perspective le développement d'un marché intérieur et la redistribution progressive des richesses. L'accès au statut de grande Puissance économique et financière. (le yuan est déjà la monnaie d'échanges de certaines régions d’Asie; est considéré comme une révolution prioritaire, sans laquelle aucune autre n'est possible. c'était déjà la position de Mao Zedong et de Zhou En Lai (86) selon d'autres modalités'

 

Si les interventions occidentales en faveur du Tibet, l'assistance militaire à Taïwan et à la Corée du sud et les critiques permanentes à propos des droits de l’homme n’ont pas de prise sur Pékin, l’avenir de la Chine reste hypothétique. Elle peut évoluer en un simple capitalisme original si la direction de l’Etat passe entre les mains de la nouvelle bourgeoisie d'affaires qui s'est constituée ’87) et dont certains éléments ont été admis au P.C.C. Les Etats et les peuples du Sud risquent de ne connaître qu'un nouvel hégémonisme, concurrent de celui des Etats-Unis et de l’'Europe.

Si la Chine, au contraire, réussit son socialisme (comme la direction de Gorbatchev à la manière soviétique, avait cru l'entreprendre), le basculement du monde ne sera pas seulement géographique et économique, mais aussi idéologique politique et social.

En tout état de cause, ,et d'ores et déjà, l'enjeu est de savoir lequel du système chinois, où le rôle de l'État est fondamental, ou du système occidental, où l’Etat, malgré un certain retour depuis la crise de 2008, a cédé le rôle déterminant aux pouvoirs privés, est le plus efficace pour le développement social et humains s'Grâce à la Chine, la parenthèse occidentale arrive peut-être à sa fin.

 

Notes

32- Article paru le 25 juin 1853 dans New York Daily Tribune, n° 3804.

33-Pour l'Empire Mongol, voir Ibn Abil, Hadid Al-Madaini. Les invasions mongoles en Orient. L'Harmattan. 1995,

 

34- Voir A. Mbembe. Sortir de la grande nuit. Essai sur l'Afrique décolonisée. La Découverte. 20t0.

 

35- Voir les ambigüités de l'ouvrage de M. Wieviorka. Le racisme, une introduction. La Découverte. 1998. L'auteur propose une conclusion révélatrice très "occidentalo-occidentale" : "plus l'idée de nation se rétracte", plus se développe le phénomène raciste (p.150). Il établit une relation directe entre les insuffisances démocratiques dans le traitement des difficultés sociales et culturelles et le développement du racisme, ce qui est essentiellement une réalité propre à l'Europe (p.152). 36 Le premier dictionnaire français Larousse qui mentionne le mot "racisme" date de 1932, c'est-à-dire à l'apogée du colonialisme français.

 

36- le premier dictionnaire français Larousse qui mentionne le mot « racisme » date de 1932

 

37- E. Mannoni, dans Psychologie de la colonisation (1950) fait une analyse psychologique des rapports indigènes-colonisateurs, qui le conduit à considérer que le "racisme colonial diffère des autres racismes" (p.19). Il en oublie cependant que le racisme reproduit la situation économique, ce qui n'est pas démenti par le rapport "petits blancs"-"indigènes", car la colonie institutionnalise une hiérarchie sociale accentuée entre ces deux catégories' comme c’était le cas entre le prolétariat blanc et le prolétariat noir et arabe en Afrique du Sud ou en Algérie. (Cf. F. Fanon. Peau noire, masques blancs' Seuil 1952),

 

38- Il est donc très abusif d'affirmer que "l'Eglise a été (...) l'un des seuls adversaires de l’impérialisme colonial, comme ose l'écrire le juriste Marcel Marlevin (p.11) in « L’anticolonialisme européen de Las Casas à Marx » A. Colin en 1969' La dénonciation par l’évêque Las Casas des excès de la colonisation n'est qu'un cas isolé !

 

39 Cité dans M. Merle. op.cit. p.63.

 

40- D.Ki-Zerbo. A quant l'Afrique ? L'Aube' 2003 p.67

 

41-Les gouvernements successifs d'Israël ont usé de la même tactique à l'encontre des mouvements palestiniens: ils ont d'abord combattu prioritairement la gauche (FPLP, FDLP), puis le Fatah, en particulier en favorisant le Hamas, avant de tenter de détruire le Hamas et d'imposer au Fatah une ligne collaboratrice

42- Cf. Robert Charvin, Guillaume Dujardin. Corée - Vers la réunification. L'Harmattan. 2010.

43- N'ont pas subi le même opprobre occidentale ni les comme ceux de Eyadema Bokassa Bongo, Ben Ali, militaires sud-américains.

44- A. Traoré. Le viol de l'imaginaire. Fayard. ZAA4.mêmes interventions, des régimes Moubarak et les divers dirigeants

 

45- Cf. différents ouvrages de Hernando Calvo Ospina et par exemple. L'équipe de choc de la CIA. Le Temps des Cerises. 2009

 

46 -Cf. R. Charvin, A. Marouani. Les relations internationales des Etats socialistes. PUF.1981

 

47- Un article (anonyme) de la Revue des Deux Mondes du 15 novembre 1927 intitulé "La défense contre le bolchévisme" exprime clairement ce que l'Europe craignait et la part de la révolution russe : "Que ce soit en Chine, aux Indes, au Maroc, en Égypte, en Syrie, en. Palestine, à Java ou ailleurs, les mouvements nationalistes sont canalisés par une organisation dépendant directement du Kominterm de Moscou. Le mot d'ordre apparent est "libération des peuples opprimés". Le mot d'ordre secret est "asservissement à la IIIe Internationale". Peut-on abandonner ces peuples à la domination bolchéviste ?" (...). "Le crime" du bolchévisme est de "dresser systématiquement contre la supériorité de la race blanche la totalité des races de couleur", et de "faire alliance avec elles". !

 

48- Les États occidentaux ne reconnaissent pas les Etats baltes, considérant que "les vraies frontières" de la Russie doivent inclure "tout l'Empire russe", car la politique officielle est sa restauration. Les principes "universels" du Président Wilson définis en l9l8 ne s'appliquent pas aux nations de I ‘Empire russe ! C. T.l. Kiss. Les pays de l'Europe de l'Est. Paris. 1964. p.34-35

 

49- Cf. C. Starouchenko. Le principe de I ‘autodétermination des peuples et des nations. Ed. du Progrès. Moscou (sans date). La valeur juridique de ce principe est contesté en Europe et aux Etats-Unis durant une très longue période aux Etats-Unis et en France par les représentants de la doctrine classique par exemple M. Sibert (Traité de droit international public. Paris. l95l) ou J-F. Cuilhaudis (Le droit des peuples ù disposer d'eux-mêmes. PUC.t976)

 

50- Cf. F. Engels. Textes d'émigration in Marx-Engels. (Œuvres. t" XV, p.223 (éd. Russe).

 

51- Z. Brzezinski, conseiller du Président Carter de 1975 à 19E0, a pu déclarer : "Nous avons attiré les Russes dans le piège afghan et vous voulez que je le regrette ? (:..). Qu'est-ce qui est le plus important au regard de I ‘histoire ? Les Talibans ou la chute de I ‘empire soviétique". interview dan le Nouvel Observateur. l5 juin 1998'

 

52 Cf. "Nous avons le droit d'être forts". Le Sato parallèlement au Nato. Foreign Media Corporation. Tripoli (sans date)

 

53- Lire L’éloge des frontières, à contre-courant de la pensée occidentale dominante, de Régis Debray. Gallimard.20lO.

 

54 -Ce phénomène s'est reproduit en Europe de l'Est après la chute du communisme.

55- Dans divers cas, les Etats "perturbateurs" n'ont pas été seulement affaiblis mais territorialement disloqués : c'est le cas de la Yougoslavie, ex-leader du mouvement des Non-alignés. où ont été stimulés des conflits nationalistes qui ont abouti à une implosion généralisée. C'est le cas de I'lrak. aujourd'hui divisé en espaces hostiles que le gouvernement de Bagdad ne contrôle plus (Voir P. Latour, M. Cury, Y. Yargas. Lrah guerre, embargo, mensonges et violences. Le Temps des Cerises. 1999'r. En Afrique, divers Etats sont victimes de sécessions de fait plus ou moins encouragées, voire armées par les puissances occidentales ou les firmes privées elles-mêmes (voir le cas de la R.D. du Congo, de la Côte d'Ivoire, etc.). En Palestine, tout est entrepris pour fractionner le territoire

"réservé" aux Palestiniens en espaces isolés les uns des autres, rendant impossible la création d'un Etat viable. L'arrêt Kosovo de la Cour Internationale de Justice du2? Juillet 2010 fonde une jurisprudence pouvant être lourde de conséquences, puisque pouvant être interprétée comme la reconnaissance d'un droit de sécession.

 

(56) Voir aussi les multiples conflits entre Etats africains en liaison avec les frontières fixées arbitrairement par tes colonisateurs. Cf. H. Brunschwig. Le partage de l'Afrique noire. Flammarion. 1971.

 

57 Cf. R. Kagan " La puissance et la faiblesse mondiale. .Les Etats-Unis et l'Europe dans le nouvel ordre mondial Plon. 2003

 

58 -La Belgique, pour sa part n'hésite pas à armer des rebellions dans son « ex Congo Léopoldville aujourd'hui R.D. du Congo

 

59- Voir, par exemple, le procès systématique fait à H. Chavez et à son régime par les grands médias occidentaux.@ L'Église catholique, malgré la devise sandiniste "Christianisme, solidarité et socialisme », est en général hostile à D. Ortega. Cette hostilité est cependant atténuée par la corruption de certains hommes d'Eglise.

 

60-Ces "techniques" sont passées en revue par A. Lacroix-Ruiz dans L'Histoire contemporaine sous influence. Le Temps des Cerises.2004. !

 

62 -Les ouvrages publiés en France, par exemple, sur ces massacres coloniaux sont rares et souvent peu médiatisés. Voir par exempte, Alain Ruscio. La décolonisation tragique. 1945-1962 Ed. Sociales. 1987, ou Yves Benot. Massacres coloniaux. tg42-t950: La III° République et la mise au pas des colonies françaises. La Découverte' 1994. Dans chaque pays du Sud ayant accédé à I ‘indépendance. par contre. des ouvrages sont publiés faisant le procès des colonisateurs: par exempte, pour I ‘Algérie, R. Ainad Tabet Le 8 mai 1945 en Algérie. OPU. Alger. l985 M'Hamed Yousfi. L'OAS et la fin de la guerre d'Algérie. Alger.1985. Slimane Chikh. L'Algérie en armes ou le temps-des certitudes. Casbah Éditions Alger. 2006. ces comportements contradictoires entretiennent une profonde incompréhension entre les ex-colonisateurs et les ex-colonisés.

 

63- Voir le discours dominant des Rawls, Castells, Touraine, Ripkin et autres, qui s'inscrivent tous dans la tradition de la pensée libérale nord-américaine et européenne, complétée par une pensée plus sommaire, plus radicale et plus accessible sur le "choc des civilisations». par exemple destinée à cimenter le "racisme occidental" et à faire accepter à I ‘opinion la mise en æuvre d'un apartheid à l'échelle mondiale, par une pensée compassionnelle d'autolégitimation

64 -S. George. Leurs crises, nos solutions. Fayard. 2010.

 

65 -C'est ainsi, par exemple, qu'en matière de gestion de. I ‘eau, la mauvaise qualité du fonctionnement des régies favorise l'acceptation de la privatisation du traitement et de la distribution de l'eau remis entre les mains des firmes transnationales.

 

66 -Voir Samir Amin. Le virus libéral. La guerre permanente et l'américanisation du mande. Le Temps des Cerises. 2003.

 

67- Voir sur ce thème, H. Laborit. La colombe assassinée. Grasset. 1983.

 

68- Cf. M. J. Glennon. "Droit, légitimité * et intervention humanitaire", in G. Andreani' P.Hassner {sous la direct.) « Justifier la guerre « Sciences Politiques. Les Presses. 2005, p.213 et s.

 

69- Cf. P. Hassner. "Des dilemmes de l'action aux contradictions des institutions : ambigüités, de l'ordre", in Justifier la guerre 2 op. cit. p.321 et s.'

 

70- Le conseil de Sécurité, sous la direction des Grandes puissances dotées du droit de veto agit bien au-delà des compétences prévues par la Charte et sans contrôle de décisions.

 

71 -Voir les analyses d'H, Laborit, in La colombe assassinée op. cité p.180 et s.

 

72-La justice pénale internationale en voie de développement pratique, comme les instances dirigeantes des Nations Unies, une politique des "deux poids, deux mesures.

 

73- En 1919, par exemple, à Amritsar, au Pendjab, environ 600 manifestants pacifiques sont tués. Gandhi lui-même est emprisonné à plusieurs reprises comme les autres dirigeants du parti du Congrès. En raison de leur refus à être mêlés à la Seconde Guerre mondiale de1941 42,25.000 lndiens sont incarcérés. Gandhi n'est libéré qu'en 1944 à l'âge de 74 ans'Cf. O. Lacombe. Gandhi ou la force de l'âme. Plan. 1964. Voir B'R. Nanda. Mahatma Gandhi. Dehli-Oxford University Press. t989. S. Panter-Brick. Gandhi contre Machiavel. Denoë1. 1963, C. Drevet. Pour connaître la pensée de Gandhi. Bordes' 1954' Voir surtout les textes de Gandhi lui-même: Gandhi. Résistance non-violente. Buchet-Chastel. 1986. Gandhi. Tous les hommes sont frères. Gallimard. 1969

 

74- La violence plurimillénaire ne peut disparaître quelles que soient les conditions faites à I ‘homme" Elle peut cependant perdre en intensité et les affrontements armés peuvent diminuer en nombre, en raison notamment du coût économique très élevé des conflits dans les pays lorsqu'ils sont développés.

 

75- Ont aussi participé à la curée la France, la Belgique, I ‘Allemagne, la Russie, les Etats-Unis.

 

76 - Cf. Nora Wang. L'Asie orientale du milieu du XN" siècle à nos jours. A. Colin. 1993.

 

77- Les mouvements populaires de résistance (qualifiés par les Européens de "bandits") se sont multipliés dans la seconde moitié du XIX"* siècle, avec la révolte des Taiping (1851) (inspirée d'un syncrétisme idéologique basé sur Confucius, Bouddha Tao, Christianisme) et favorable à la mise en commun des terres), des Niam, des Boxeurs (premier grand mouvement anti-occidental- 1899-1900, écrasé par une armée européenne de 20.000hommes).

 

78- La place contemporaine de ta Chine est une renaissance : entre 1000 et 1500, elle était I ‘un des pays les plus avancés du monde et au XVIIIè* siècle elle connaissait le même niveau de développement que la Grande Bretagne. C'est surtout à partir du XIXè" siècle que la Chine a dû subir des agressions et des occupations étrangères, illustrées par une série de traités inégaux imposés par les puissances européennes.

 

79- Certains auteurs occidentaux, négligeant ce passé, osent déjà accuser la Chine "d'arrogance" et de "bête" menaçante (Voir, par exemple, E. Izraelewicz. L'arrogance chinoise. Essai.Crasset.2011). Sans crainte du paradoxe et sans complexe ces auteurs, partisans de l'hégémonie du capitalisme occidental, l’assimile à un "magasin de porcelaine" dans lequel s'est introduit "l'éléphant" chinois ! (p. 237). l. Izraelewicz conclut qu'il faut "faire comprendre à la Chine que la réciprocité ne peut être systématiquement bafouée » ce qu'a pourtant abondamment pratiqué I ‘Occident vis-à-vis d'elle !-46-

 

80- Les experts de la Banque Golden Sachs estiment que la Chine aura le plus fort PIB du monde en 2020

 

81- Voir, par exemple, C. Nigoul et M. Tonelli. Les mystifications du Nouvel Ordre international PUF. 1984.

 

82- La situation avec I'URSS, puissance avant tout européenne, était très différente. La politique soviétique s'évertuait à faire jouer en faveur de I'URSS un mimétisme (qui s'avérait pourtant souvent inadapté). Les membres des gouvernements du Sud qui s'y ralliaient étaient fortement influencés par l'assistance dont ils avaient bénéficié dans le cadre des mouvements de libération nationale, ainsi que par le modèle de développement qui semblait stable et efficace (le barrage d'Assouan en Egypte ou l'achèvement du Complexe métallurgique d'Annaba que la France avait abandonné dans le cadre de son "Plan de Constantine" avorté en étaient des illustrations). L'option en faveur d'un "socialisme d'Etat" plus ou moins ressemblant au modèle soviétique n'empêchait cependant pas la répression à l'encontre des communistes locaux (comme l'Egypte de Nasser, par exemple).

83 - Cf. Aminata Traoré. L'Afrique humiliée. Fayard. 2008.

 

84- Par exemple, l'abstention de la Chine au Conseil de Sécurité lors du vote de la résolution1973 du Conseil de Sécurité de 20ll permettant en fait le déclenchement d'une opération militaire contre la Libye. Cette abstention chinoise pourrait être due aux accords pétroliers vitaux conclus avec I ‘Arabie Saoudite, alliée des Occidentaux dans la crise libyenne.

 

85- D. Losurdo. Fuir l'histoire ? La révolution russe et la révolution chinoise aujourd'hui. Ed.Delga et Temps des Cerises.2007.

 

86 - Cf. Han Suyin. Le siècle de Zhou Enlai, le Mandarin révolutionnaire' Stock' 1993

 

87 -Un processus de cette nature s'est développé en Algérie, au sein même du FLN et à l'instigation du clan des importateurs (tous liés à I ‘Europe), en dépit de la conscience du risque qu’en avait le FLN lui-même (voir le Congrès de 1965 et le texte de la "Charte d'Alger".

 

88 - La Fondation Carnegie, dans le domaine de la lune contre la pollution, par exemple' va à contre courant de l’opinion dominante, en constatant en 2010 les interventions étatiques chinoises contre tes usines les plus polluantes (2097 fermetures). De plus' le développement des « énergies verte » (la Chine est la première productrice mondiale pour les matériels et cellules photovoltaïques, pour les batteries électriques de véhicules, et au quatrième rang pour les éoliennes).'Cf. La Tribune. "La Chine maître du green business". 3l mars 2010.

 

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